Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 234)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

La troisième. Pour montrer aux pécheurs quelle estime ils devaient avoir pour le baptême du Seigneur, quand le Seigneur lui-même faisait grand cas du baptême du serviteur. C’est ce qu’enseignait saint Augustin (traités 3 et 14 sur sains Jean.) La quatrième. Pour qu’il lave nos crimes dans le Jourdain, comme l’Église le chante le jour de l’Épiphanie. Et, comme l’a écrit saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur les saintes lumières), pour qu’il fasse suffoquer dans l’eau le vieil Adam, et émerger le nouveau. Ce qu’il fit, comme nous l’avons déjà dit, non par la vertu du baptême reçu, mais par le mérite de son humilité. La cinquième. Pour que, dans sa personne, il figure notre baptême et la grâce que nous en recevons, comme l’enseigne saint Augustin (livre 15 sur la trinité, chapitre 26.)

Mais la raison principale fut d’instituer et de consacrer un baptême salutaire. Car, il l’a institué en sanctifiant les eaux par le contact de sa chair, comme l’ont expliqué saint Ambroise et Bède (Luc 111), saint Jérôme et saint Jean Chrysostome (Matthieu 111) et beaucoup d’autres pères. Le Christ montre en figure l’effet de son baptême à lui, quand il a voulu que le ciel s’ouvre, et que l’Esprit-Saint descende, et qu’on entende la parole, comme l’explique saint Hilaire (Matthieu 111.)

Mais de quel profit sont toutes ces choses pour Kemnitius ? Ou plutôt, comment ne s’opposent-elles pas à lui ? Car, avant que le Seigneur ne soit baptisé, aucune colombe n’est apparue, aucune voix céleste n’a été entendue, aucune eau n’a été sanctifiée. Et pourtant, selon lui, le baptême de Jean est le même baptême que celui qui est venu après. Le baptême que le Seigneur reçut de Jean n’était donc pas le même que celui que nous recevons. Car il a reçu un baptême qu’il n’avait pas institué. Et notre baptême, il l’a institué sans l’avoir jamais reçu.

Le cinquième argument est à la page 119. Paul a dit (1 Cor X11) : «Par le baptême, nous sommes tous devenus un seul corps. » Or, nous ne devenons pas un seul corps seulement entre nous, mais aussi avec le Christ. Nous avons donc, avec le Christ, le même baptême.

Je réponds que c’est injurier et blasphémer le Christ de penser qu’il ait eu besoin d’un baptême pour devenir membre de l’Église. Il y a de quoi s’étonner qu’il n’ajoute pas que le Christ ait du, par la foi et la pénitence, obtenir la rémission des péchés. Je dis donc que saint Paul ne parle que du corps, non de la tête. Car, nous sommes membres du Christ, et c’est par le baptême que nous devenons un seul corps, parce que, par ce sacrement, nous sommes régénérés, et nous sommes rattachés au Christ.

Or, lui, il est devenu notre tête, non par le baptême, mais par la grâce de l’union hypostatique. Comme c’est par la génération charnelle, que nous devenons, nous, fils d’Adam, ce n’est pas par une génération charnelle que le Christ est devenu la tête de tous les hommes, mais par la création et une grâce singulière de Dieu.

Le sixième argument. Nous sommes un seul corps, non seulement entre nous, mais aussi avec ceux qui étaient présents à la prédication et au baptême de saint Jean, avant que le Seigneur ne commence à baptiser. Nous devenons donc un seul corps par un seul baptême.

Je réponds que l’Église a toujours été un seul corps mystique, mais que les homes n’ont pas toujours été unis à ce corps par le même sacrement, mais par la circoncision, pour les Juifs, et d’une autre façon pour les païens. Et maintenant, après le temps du Christ, par le baptême. Donc, au temps de saint Jean, les Juifs étaient un seul corps par la circoncision, non par le baptême de Jean ou du Christ. Or, saint Paul parle de son temps.

Le septième argument est contre la réponse précédente. Au temps de saint Paul, plusieurs étaient membres de l’unique corps du Christ, qui n’avaient pourtant que le baptême de saint Jean. Car, à l’exception de saint Paul, les apôtres n’ont été baptisés que du baptême de saint Jean. De même Apollon (Actes XV111) ne connaissait que le baptême de saint Jean, et pourtant, on ne l’a pas obligé à recevoir de nouveau le baptême. Saint Jean Baptiste lui-même ne fut baptisé ni par le Christ, ni par un de ses disciples.

Je réponds que Tertullien (dans son livre sur le baptême) et saint Augustin (dans son épitre 108 à Séleucianus, et dans son livre 3 sur l’origine de l’âme) écrivent et prouvent que les apôtres ont été baptisés par le baptême du Christ. Car, comme le Seigneur (Jean 111) avait déclaré avec tant d’insistance que nul ne peut être sauvé sans être baptisé, on ne doit pas douter qu’aient reçu le baptême du Christ tous ceux qui ont vécu à cette époque et se sont agrégés à l’Église du Christ, même si on le dit pas expressément. Autrement, mous serons forcés de nier qu’aient reçu le baptême les Romains, les Galates, les Éphésiens, les Philippiens, Timothée, Tite, Philémon et les autres à qui saint Paul écrit.

On peut dire la même chose d’Apollon, qui, selon les saints pères, comme Chrysostome et Oecumenius, a été baptisé du baptême du Christ (Actes 18). Au sujet de saint Baptiste, il est vrai qu’on ne nous dit pas qu’il a été baptisé par le Christ, mais on ne nous dit pas non plus qu’il ne l’a pas été. Et ce n’est pas sans raison qu’on peut conjecturer qu’il a été baptisé par le Christ, puisqu’il lui a dit : « C’est moi qui dois être baptisé par toi. » Mais, quoi qu’il en soit de tout cela, il est certain qu’il a été au moins baptisé spirituellement par le Christ, comme l’affirme saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur les saintes lumières) et saint Jérôme, et l’autre de l’œuvre imparfaite dans saint Jean Chrysostome, Matthieu 111,) Si saint Jean Baptiste ne fut pas baptisé, il ne faut pas s’en étonner, car il est mort avant que la loi du baptême du Christ entre en vigueur.

CHAPITRE 24

Les cérémonies du baptême

Thomas Waldensis a écrit longuement sur les cérémonies de ceux qui doivent recevoir le baptême (tit 5, chapitre 45 et suivants, contre Jean Wiclef), et contre tous ceux qui rejetaient les rites baptismaux et les cérémonies de l’église latine. Toutes ces cérémonies sont très bien expliquées par le rituel romain, par Alcuin (dans son livre sur les offices divins, au chapitre du samedi saint), Amalarius (livre 1 sur les offices ecclésiastiques), Ilabanus (livre 1 sur l’institution des clercs), saint Cyrille (dans ses catéchèses), et saint Ambroise (dans son livre sur les sacrements.)

Tous les hérétiques d’aujourd’hui, à quelques exceptions près, condamnent ces rites. Surtout Jean Calvin (livre 4, chapitre 15, verset 19), et Illyricus (centuries, livre 2, chapitre 6, et centurie 2, chapitre 6). Les seuls reproches qu’ils leur font c’est qu’ils ne sont, dans l’Écriture, recommandés ni par un précepte ni par un exemple.

Voici ce que nous répondons à ceux deux objections. Dans l’administration du sacrement du baptême, eux-mêmes prescrivent des choses qui ne sont pas dans l’Écriture. Car, dans son livret sur la façon d’administrer les sacrements, Calvin prescrit d’abord qu’on emmène l’enfant le dimanche ou un jour où le peuple vient écouter un sermon, pour que le baptême se fasse devant le peuple. Ensuite qu’on interroge ceux qui portent l’enfant et qu’ils répondent que, quand l’enfant sera adolescent, ils l’instruiront dans la doctrine de la foi et des mœurs, et qu’on procède, ensuite, au baptême après avoir reçu la réponse. Il prescrit aussi qu’on donne un nom à l’enfant; que la cérémonie ait lieu dans la langue du pays; qu’on récite le symbole, l’oraison dominicale et d’autres prières. Or, on ne trouve aucune de ces choses-là dans l’Écriture.

Les luthériens ajoutent le renoncement à Satan et à ses pompes. Voilà pourquoi Illyricus n’oser pas rejeter le renoncement à Satan (centurie 1, livre 2, chapitre 6, colonne 497. Et Kemnitius ( 2 par examen, page 219, en examinant le canon 7 du baptême du concile de Trente) admet que la renonciation à Satan est une des choses qu’on doit proposer pendant le baptême. Dans son catéchisme, Luther a voulu qu’on fasse le signe de croix sur le front et sur la poitrine du baptisé. Je leur demanderais donc de justifier ces rites ou cérémonies par des témoignages et des exemples de l’Écriture.

En effet, l’Écriture rapporte le baptême de plusieurs milliers de personnes (Actes 2 et 4). De même le baptême de l’eunuque de la reine d’Éthiopie (Actes 8), celui de saint Paul (Actes 9) de Corneille (Actes 10), de Lydia et du geôlier (Actes 16), et des douze asiatiques, (actes 19), mais aucune mention n’est faite du jour de dimanche, ni d’une église, ni de la présence du peuple, ni de l’imposition d’un nom, de parrain et de marraine, de la prédication dominicale et du symbole des apôtres, et même du signe de la croix. Les centuriates avaient remarqué, eux aussi, que toutes ces prescriptions ne se trouvent pas dans l’Écriture ( l1 livre 2, chapitre 6, colonnes 496, 497); que le symbole et l’oraison dominicale étaient dans l’Écriture, au moins selon le sens, mais qu’on ne les récite pas durant le baptême. Et dans aucun de ces nombreux passages, on ne lit qu’une prédication a été faite.

Que les adversaires rejettent donc toutes les cérémonies, et qu’ils ne baptisent qu’en aspergeant et qu’en récitant les paroles, ou qu’ils trouvent d’autres arguments pour s’en prendre aux rites approuvés par l’Église.

Deuxièmement. Nous leur opposons le témoignage de l’ancienne église. Car, tous les rites dont nous nous servons actuellement sont très anciens. Ou ils émanent de la tradition apostolique, on ils ont été institués par des saints pères dont l’autorité, confirmée par tant de siècles, a pour nous beaucoup plus de valeur que les récriminations des novateurs, d’autant plus qu’ils ne peuvent pas prouver que nous fassions rien qui soit contraire à l’Écriture. Il nous suffira donc d’apporter, pour chacun de ces rites, des témoignages de l’antiquité. Et pour procéder avec plus d’aisance, divisons les cérémonies du baptême en trois classes. Celles qui précèdent le baptême qui l’accompagnent ou qui le suivent.

CHAPITRE 25

Les douze cérémonies antérieures au baptême

La première cérémonie consiste en ceci. Que ceux qui désirent être baptisés donnent leur nom, et à partir de là ils sont appelés compétents, ou élus, et sont reçus par l’Église pour être instruits et préparés au baptême. De là vient qu’il y a deux genres de catéchumènes (comme le note Raban au livre cité). Le premier est formé de ceux qui écoutent les catéchèses, veulent devenir chrétiens, mais ne sont pas encore prêts à demander le baptême. On les appelle des auditeurs ou des écoutants.

L’autre groupe est constitué de ceux qui demandent le baptême, et qui sont appelés compétents ou élus, comme ils sont appelés dans le rituel romain du baptême. Saint Augustin leur donne ordinairement le nom de compétents. Car, voici ce qu’il dit dans son livre sur le soin à apporter aux défunts , au chapitre 12: « Pâque approchait. Il donna un nom parmi les autres compétents ». Voir aussi le livre 9 des confessions (le chapitre sur la foi et les œuvres, et le sermon 118 qui est destiné aux compétents.) Saint Jérôme se sert du même nom (dans l’épitre à Pammachius sur les erreurs de Jean de Jérusalem.)

La deuxième cérémonie est l’examen, ou l’inquisition. Elle a pour but de découvrir si les compétents croient fermement et sincèrement. Cet examen contenait aussi un catéchisme, un exorcisme et d’autres cérémonies qui se faisaient le jour où on donnait un nom, jusqu’au jour où avait lieu le baptême. Il y avait en tout sept examens, dont le troisième était le plus important, et qui se tenait la quatrième férie après le quatrième dimanche du carême. C’est alors que se faisaient les autres cérémonies dont nous parlerons bientôt. Le mot « scruter » (examiner) ce n’est pas seulement le rituel romain qui l’utilise, mais aussi des auteurs comme Amalarius, Alenimus, et Raban, et même des auteurs plus anciens comme saint Augustin (livre sur la foi et les œuvres, chapitre 6) et saint Léon le grand (épitre 4 aux évêques de Sicile, chapitre 6.)

La troisième est le renoncement à Satan et à ses œuvres, qui est souvent répétée, autant avant le scrutin (l’examen) qu’un peu avant le baptême. Ce qui, sans doute possible, descend de la tradition des apôtres. Car, saint Clément en parle (livre 7, chapitres 41 et 42 des constitutions apostoliques) et saint Denys l’aréopagite (dans la hiérarchie ecclésiale, chapitre du baptême).

Tertullien (dans son livre sur les spectacles, chapitre 1) dit : « Après être entrés dans l’eau, nous avons professé la foi chrétienne dans les paroles de sa loi, et nous avons promis, de vive voix. de renoncer au diable et à ses pompes. » Il dit des choses semblables dans son livre sur l’idolâtrie, et dans celui de la couronne du soldat, où il prouve, par cet argument, qu’un chrétien ne doit pas devenir le soldat d’un empereur païen, de peur d’être contraint de défendre les temples des démons, auxquels il a renoncé dans son baptême.

Saint Cyprien rappelle ces mêmes cérémonies (dans son livre sur le double martyre). Origène (homélie 12 sur les Nombres), saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse mystagogique 1), saint Basile (livre sur le Saint-Esprit, chapitres 11 et 27, saint Jean Chrysostome (homélie 21 au peuple), saint Ambroise (livre 1 sur les sacrements, chapitre 2, et livre 2, chapitre 7), saint Jérôme (chapitre 2 d’Amos), saint Augustin (livre 1, chapitre 1 sur le symbole aux catéchumènes, et li 1 chapitre 34 sur les mérites et la rémission des péchés).

La quatrième cérémonie est la profession de foi qu’ils font après plusieurs interrogations, et qu’ils prononcent, aussi, publiquement, le jour du baptême en récitant le symbole des apôtres. Saint Cyprien relate cette cérémonie et Denys l’aréopagite, dans les lieux cités. De même Origène (homélie 5 sur les Nombres), saint Cyprien (livre 1, épitre 12), saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 1), saint Hilaire (chapitre 15 Matthieu), saint Jérôme (dans son dialogue contre les lucifériens), Épiphane (contre Ancorat), et saint Augustin (livre sur la foi et les œuvres, chapitre 11, et le livre 8 des confessions, chapitre 2.) Il rapporte là l’histoire d’un baptisé du nom de Victorin à qui les prêtres avaient demandé s’il désirait réciter le symbole en privé, et qui préféra professer sa foi en public, dans un édifice érigé à cet effet.

La cinquième. Le signe de la croix sur le front et sur la poitrine. À chacun des examens, le signe de la croix est imprimé par les prêtres ou les clercs. Denys l’aréopagite décrit cette cérémonie dans le lieu cité. Saint Basile (dans son livre sur le Saint-Esprit, chapitre 27) place cette cérémonie parmi les traditions apostoliques, comme la renonciation aux démons et les autres cérémonies qui se font au baptême. Saint Augustin (dans son livre sur la catéchèse des illettrés, chapitre 20), dit, en décrivant ce qu’on doit enseigner le premier jour aux catéchumènes : « Tu dois être signé du signe de la croix sur ton front, comme sur un jambage ». Voir la même chose dans son épitre 118 sur le psaume 36, dans son sermon 2, les traités 3 et 36 sur saint Jean, et son sermon 19 sur les saints.

La sixième cérémonie est l’exorcisme, c’est-à-dire l’abjuration des démons faite avec des prières précises, pour qu’ils s’éloignent de celui qui sera baptisé. Calvin se moque de cette cérémonie plus que de toutes les autres, en disant (livre 4, chapitre 19, verset 29) qu’elle est vaine et factice. Mais, nous pouvons facilement montrer que toutes les choses que l’Église d’aujourd’hui a conserve sur l’exorcisme correspondent à la lettre à ce que les anciens pères décrivent dans leurs livres.

D’abord, l’Église a reçu de Dieu le pouvoir de réprimer les démons par l’exorcisme. C’est ce qu’attestent les anciens pères comme saint Justin dans son dialogue avec Tryphon : « Conjurés par le nom de Jésus-Christ, les démons nous obéissent. » Tertullien dit la même chose dans son litre sur la couronne du soldat, dans son apologie, chapitre 32, et dans son livre sur les spectacles, au chapitre de la récompense.

Saint Cyprien dit, dans son livre à Démétrianus : « Si tu voulais les entendre et les voir quand ils sont adjurés et tourmentés par nous. Ils sont forcés de sortir par nos prières, qui sont comme des fouets spirituels. » Minutius dit des choses semblables dans Octave. Lactance (livre 2, chapitre 16) raconte que « quand les exorcistes demandent aux démons quel est leur nom, ils sont forcés de répondre. » Bède le vénérable raconte la même chose (Luc V111). Voir aussi Lactance (livre 4, chapitre 27, livre 5, chapitre 22. Enfin Prudence s’exprime ainsi dans son poème sur l’apothéose contre les Juifs : « Apollon est torturé quand il est frappé par le nom du Christ. Il ne peut pas supporter la foudre de ses paroles. Le ministre du Seigneur commence ainsi : « Fuis, astucieux serpent, sors de ces membres, et dénoue tes nœuds latents, «

Qu’il existe dans l’église non seulement un don qui est propre aux grands saints, mais un ministère ordinaire d’exorciser et de réprimer les démons les conciles anciens l’attestent, comme celui d’Antioche (canon 10), de Carthage 4 (canon 7), de Laodice (canon 29), ainsi que des pères très anciens, comme saint Cyprien (livre 4, épitre 7), et Corneille (dans son épitre à Fabien d’Antioche, d’après Eusèbe, livre 6, chapitre 33 de son histoire.)

Troisièmement. Que les exorcismes n’aient pas été des prières laissées au libre choix des exorcistes, mais des formules précises, prescrites par l’Église, qui portent proprement le nom d’exorcismes, on le voit par les conciles comme celui de Carthage 4, canon 7, et par le livre de Jean Micrologue sur les observances ecclésiastiques (chapitre 7), où il note que les exorcismes ne finissent pas par « par le Christ notre Seigneur », mais « par celui qui viendra juger le siècle par l’eau. », parce que les démons craignent surtout le jour du jugement dernier.

Quatrièmement. Qu’un exorcisme était placé avant le baptême, l’attestent saint Denys au lieu cité, et saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur le saint lavement) : « Ne crache pas sur la cure de l’exorcisme. Car, elle est, elle aussi, d’une vérité antique. » Saint Cyrille de Jérusalem (dans sa catéchèse 1) : « Reçois le trésor céleste, et réfléchis longuement sur l’exorcisme. » Il répète la même chose dans la préface de ses catéchèses. Voir aussi saint Cyprien (livre 4, épitre 7), saint Ambroise, (livre 1, chapitre 5 sur les sacrements), Optatus (livre 4, contre Parmenianus), saint Augustin (livre sur la foi et les œuvres, chapitre 6, ) dans son livre 2 sur le mariage et la concupiscence, chapitre 18, où il dit que « cette coutume existe dans toute l’Église. » Voir aussi Célestin 1, (opus 1, chapitre 12.) Et saint Léon 1 (épitre 4, chapitre 7) où il dit que « selon la règle apostolique, les catéchumènes doivent être scrutés par des exorcismes. »

La troisième cérémonie est l’exsufflation qui est annexée à l’exorcisme. Car, par les paroles des exorcismes, les démons sont chassés, et les cérémonies d’exsufflation expriment leur expulsion. Elles signifient en même temps le souffle du bon Esprit que reçoivent les hommes quand s’éloigne l’esprit malin. Saint Augustin (livre 6, chapitre 2 contre Julien) dit : « L’Église n’exorciserait pas et n’insufflerait pas les fils des fidèles, si elle ne les arrachait pas au pouvoir des ténèbres, et au prince de la mort. » Et plus bas : « Et toi, tu as craint de commémorer cela. Mais, en voulant contredire l’exsufflation par laquelle le prince de ce monde est éjecté des petits, tu aurais du être projeté par cette exsufflation hors de l’univers. » Il répète la même chose dans son livre sur le péché originel (chapitre 40) et dans son livre 2, sur le mariage et la concupiscence, chapitre 17 et 18, et dans son livre 5 sur l’hypo gnostique (près de la fin).

Saint Ambroise (dans ses livres d’initiation aux mystères, chapitre 1) dit : « Jouissez de l’odeur de la vie éternelle qui vous a été inhalée. » On ne peut pas d’ailleurs rire de cette cérémonie sans rire du Seigneur, qui, en Jean XX, a voulu se servir d’une cérémonie semblable. Quand il donna le Saint-Esprit sur eux, n’a-t-il pas soufflé sur eux ? Le deuxième concile général, au canon 7, parle de cette cérémonie.

La huitième cérémonie est la dégustation du sel. Car, on donne aux catéchumènes du sel à goûter, comme on le voit dans Origène (homélie 6 sur Ézéchiel) et dans le concile 3 de Carthage, canon 5. Et c’est peut-être à ce sel que fait allusion saint Augustin quand il parle ainsi de son enfance, dans les confessions au chapitre onze. « J’ait été signé du signe de sa croix, et j’ai goûté à son sel. » On donnait aussi un pain béni à la place de l’eucharistie, comme saint Augustin l’atteste (livre 2 sur les mérites et la rémission des péchés, chapitre 26.) Le concile de Carthage cité nous explique que ce sel était donné à la place de l’eucharistie.

La neuvième cérémonie. On touche avec de la salive les narines, les oreilles, et on leur dit : ouvrez-vous. Calvin n’a que de l’indignation et du mépris pour cela. Or, saint Ambroise en donne une explication (dans son livre sur les sacrements, chapitre 1), et dans ces livres d’initiation aux mystères, (chapitre 1). C’est là qu’il donne l’exemple du Seigneur qui, en Marc 7, touche avec sa salive la langue d’un muet, et les oreilles d’un sourd, en disant : ouvre-toi. À Calvin qui nous demande pourquoi nous touchons les narines et les oreilles des catéchumènes avec notre salive, je réponds : pourquoi le Seigneur a-t-il touché à la langue et les oreilles d’un sourd et muet ? Car, il est tout à fait certain que le Seigneur pouvait guérir l’un et l’autre sans ces simagrées (pour parler comme Calvin.)

La dixième cérémonie est l’imposition des mains et la bénédiction du prêtre. Saint Denys se souvient de cette cérémonie (leu cité), ainsi que saint Clément (livre 7, chapitre 39 des constitutions apostoliques), et le concile de Carthage 4, au canon 85. De même, au témoignage de Vincent Thibari, les actes du concile de Carthage, affirment, selon saint Cyprien, que « les exorcismes et l’imposition des mains doivent précéder la régénération du baptême. » Saint Augustin (livre 2 sur les mérites et la rémission des péchés, chapitre 26) dit : « Je pense que les catéchumènes doivent être sanctifiés par le signe du Christ et la prière de l’imposition des mains. » Or, on rencontre souvent cette cérémonie dans les saintes lettres. Le Seigneur (Matthieu 19) a imposé les mains aux petits enfants, et les apôtres ajoutaient souvent à la prière l’imposition des mains (Actes 8, 9, 13 et ailleurs.)

La onzième cérémonie est l’onction. Car, avant le baptême, on oint les catéchumènes avec de l’huile bénie, sur la poitrine et sur les épaules. Et, après le baptême, on doit les oindre avec le saint chrême. Saint Clément parle de cette onction dans le livre 3 des reconnaissances. Et même si ce livre est d’une foi douteuse, il est d’une très grande antiquité : « Que chacun d’entre vous soit baptisé dans des eaux perenelles, au nom de la triple béatitude qu’ils invoquent sur eux, et que chacun soit oint par l’huile qui a été sanctifiée par la prière. » Saint Jean Chrysostome (homélie 6, chapitre 2, Colossiens) : « Celui qui doit être baptisé est oint à la manière des athlètes qui sont sur le point d’entrer dans le stade. »

À la question 107, saint Justin se demande pourquoi les Chrétiens sont oints deux fois, une fois avant le baptême, et une autre fois après le baptême. Saint Ambroise parle aussi de l’une et de l’autre. De la première, dans le livre 1 des sacrements (2); et de la postérieure (1, 2, chapitre 7). Saint Cyrille se souvient aussi de l’une et de l’autre. De la première dans sa catéchèse mystagogique 2; de la deuxième, dans la catéchèse mystagogique 3. Saint Augustin se souvient aussi des deux (sermon 206).

La douxième est l’abstinence du vin, de la chair, des relations conjugales, et d’autres pénitences, non pour satisfaire pour les péchés, mais pour être plus prêts pour accéder au sacrement du baptême , comme le montrent les catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, le sermon sur le saint lavement de saint Grégoire de Naziance, le livre de la foi et des œuvres de saint Augustin, au chapitre 6, et le concile 4 de Carthage , canon 85.

CHAPITRE 26

Les cérémonies qui se font pendant le baptême

La première. On impose un nom au baptisé. Illyricus a fait rire de lui quand (dans la centurie 1, livre 2, chapitre 6, colonne 497) il prétendit prouver qu’au temps des apôtres, cette cérémonie n’était pas en usage parce que l’eunuque de la reine de Candie est toujours appelé eunuque, autant après qu’avant son baptême. Comme si l’appellation eunuque était un prénom, et non plutôt un vice corporel que le baptême ne peut pas enlever.

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