Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 235)
Cette cérémonie semble provenir des cérémonies de l’ancien testament. Car, à la circoncision, on imposait un nom à l’enfant. (Luc 1, et Luc 2 : Jean et le Christ.) Saint Denys l’aréopagite rapporte la même chose. Quand ils se faisaient baptiser à la fin de leur vie, ou à un âge très avancé, les anciens ne changeaient pas de nom, comme on le voit pour Saul (Actes 9) et Corneille (Actes 10), et dans les œuvres d’Ambroise, de saint Augustin. Mais quand c’était des enfants que l’on baptisait, leurs pères avaient coutume de leur donner un nom, un nom de saints, comme nous faisons encore. Voir saint Denys d’Alexandrie (d’après Eugène de Césarée, livre 8, chapitre 20 de son histoire, selon la traduction de Christophorsone.
Ce Denis écrit qu’on imposait souvent aux fils des chrétiens les noms de Pierre, Paul et Jean, comme on le voit par les noms de beaucoup d’anciens, comme Pierre d’Alexandrie, Pierre Chrysologue, Pierre, frère de saint Basile, Jean Chrysostome, Jean Cassien, et beaucoup d’autres qui eurent des noms hébreux, tout grecs qu’ils étaient. Sur ce sujet demeure toujours le canon 30 du concile de Nyssée, dans la traduction récente en latin des canons de ce concile écrits en arabe, qui vient tout juste de paraitre. Ce canon ordonne aux chrétiens de ne donner à leurs enfants, lors du baptême, que des noms chrétiens.
La seconde cérémonie voulait que les enfants aient des tuteurs, qui les levaient des fonds baptismaux, et qui, par la suite, les éduquait soigneusement dans la foi. Denys l’aréopagite leur donne le nom de récepteurs. Tertullien (dans son livre sur le baptême) les appelle répondants ou parrains. Voir, à ce sujet, saint Augustin (sermon 116, est le troisième des dimanches des rameaux, et le livre 1, chapitre 24 du livre sur les mérites et la rémission des péchés.)
La troisième est la consécration de l’eau, dont parle saint Denys dans son chapitre sur le baptême : « L’eau de la régénération sera d’abord consacrée par de sainte invocations. » Disent la même chose saint Cyprien (livre 1, dernier chapitre), saint Ambroise (livre1, chapitre 5, sur les sacrements), saint Basile, (livre sur le Saint Esprit,) chapitre 27, où il dit que « c’est une tradition apostolique. » Ensuite, saint Augustin (livre 6, chapitre 8 contre Julien, et homélie 27, dans le livre des 50 homélies, et dans le traité 18 sur saint Jean, à la fin.
La quatrième est la trine immersion, dont parle saint Clément (canon 49 des constitutions apostoliques), Denys l’aréopagite, œuvre citée, Tertullien, (livre sur la couronne des soldats, et livre contre Praxeas). Saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 2), saint Basile de Césarée (livre sur le Saint-Esprit, chapitre 27), saint Jean Chrysostome (homélie 24 sur saint Jean). Saint Augustin (sermons 94 et 201).
Il faut noter que les Ariens ont abusé de cette cérémonie (comme saint Grégoire l’écrit au livre 1, épitre 41 à Léandre), pour confirmer leur hérésie. Les catholiques, en effet, faisaient trois immersions pour signifier les trois personnes divines, et les trois jours de sépulture du Christ, comme le même saint Grégoire l’explique. Mais les ariens se servaient des trois immersions pour signifier les trois natures des trois personnes. Voilà pourquoi il avait semblé bon à Grégoire qu’on ne fasse, en Espagne, qu’une seule immersion. Et c’est ce que le concile de Tolède 4, a confirmé peu après, dans le canon 5. Maintenant, selon différentes régions, une seule immersion ou trois immersions sont faites. Car, cela n’est pas de l’essence du sacrement, comme l’attestent saint Grégoire et le concile cité.
Cinquièmement. Le temps pascal et le temps de la pentecôte. Même si l’on pouvait conférer le baptême à n’importe lequel temps, en cas de nécessité, les anciens observaient diligemment la cérémonie suivante : on ne baptisait ordinairement que le jour de Pâque ou de la Pentecôte. Nous avons encore, là-dessus, les décrétales du pape Siricius ( 1, chapitre 2), et saint Léon 1 (épitre 4 et épitre 80), de saint Gélase (épitre 1, chapitre 12).
Dans ces lettres les papes réprouvent sévèrement les évêques qui osaient, en dehors des cas de nécessité, conférer le baptême le jour de l’Épiphanie, ou les jours des fêtes de martyrs. Ils leur ordonnaient d’observer la coutume antique et universelle, qui voulait qu’on ne baptise qu’à Pâque. Saint Jérôme relate la même chose (dans son épitre à Pammachius contre les erreurs de Jean de Jérusalem), et saint Augustin (dans son livre sur le soin à accorder aux morts, chapitre 12) : « Pâque est venu. Il lui a donné un nom parmi les autres « compétents ».
Enfin, il a plus à Dieu de nous faire comprendre l’importance de cette cérémonie par un miracle que raconte l’évêque Paschasinus (dans sa lettre à saint Léon, que l’on trouve avant l’épitre 64 de saint Léon). Il rapporte, là, qu’en Sicile, en son temps, il y avait une fontaine sacrée, dans une chapelle, sise sur une montagne, qui demeurait aride pendant toute l’année, mais qui débordait d’eau seulement à la vigile de Pâque, à l’heure où on devait administrer le baptême, bien qu’on ne vit aucun canal, aucun puits, aucun cours d’eau tout proche.
On nous objecte que, selon les actes des apôtres, on n’a pas tenu compte de cette cérémonie quand on a baptisé saint Paul, Corneille, et d’autres. Saint Ambroise a déjà répondu pour nous. Il dit (Éphésiens 1V) que, pour que le peuple chrétien puisse se propager plus facilement, il fut concédé à tous, au début de l’église, de baptiser à n’importe lequel temps; et que, quand plus tard, les églises furent constituées, on a statué que seuls les prêtres baptiseraient, et cela, à des jours fixes.
CHAPITRE 27
Les cérémonies qui suivent le baptême
Les cérémonies qui suivent le baptême sont au nombre de cinq. La première semble avoir été le baiser de paix, pour signifier que celui qui vient d’être baptisé est notre frère. Saint Cyprien parle de cette cérémonie (livre 3, épitre 8 à Fidus) en répondant à ceux qui estimaient qu’il ne fallait pas baptiser les enfants nouveaux nés, parce que, entre autres, il y avait l’obligation d’embrasser le bébé. Or, disaient-ils, tous répugnent à embrasser un enfant qui vient de naitre. Saint Cyprien leur répondit qu’il n’y avait aucune raison d’avoir horreur d’embrasser celui que Dieu lui-même avait créé.
La deuxième est l’onction du chrême sur le sommet de la tête, qui semble avoir été introduite plus tard, car il n’y a pas toujours eu un évêque qui puisse, immédiatement après le baptême, donner le sacrement de la confirmation. Voilà pourquoi, entretemps, le baptisé était oint par un prêtre, non sur le front, mais sur le sommet de la tête, avec un chrême consacré par un évêque. La pape Damase parle de cette cérémonie dans la vie du pape Sylvestre, ainsi que Innocent 1 (épitre 1, chapitre 3), saint Ambroise (livre 3, chapitre 1 sur les sacrements), et saint Jérôme, dans son dialogue contre les lucifériens, où il dit qu’il n’est pas permis au prêtres de baptiser sans le chrême. Il parle, là, clairement de l’onction que le prêtre donnait, avec le chrême, sur le sommet de la tête. Car, on peu plus loin, il déclare que le sacrement de confirmation n’est donné que par un évêque.
La troisième cérémonie est le cierge allumé qui est donné au baptisé en signe de la foi et de la grâce reçues, et pour signifier qu’il a été transféré du pouvoir des ténèbres à la lumière et au sort des saints. Saint Grégoire de Nazance parle aussi de cette cérémonie (dans son sermon sur le saint lavement), et saint Augustin (dans le psaume 65, aux mots : « nous avons passé à travers le feu et l’eau. »)
La quatrième est la robe blanche que les baptisés avaient coutume de porter du samedi saint jusqu’au premier dimanche après pâque (dit in albis). Saint Denys l’aréopagite en parle dans sa hiérarchie ecclésiale, au chapitre du baptême. De même saint Ambroise (dans son livre d’initiation aux mystères, chapitre 7), ainsi que saint Augustin (sermon 157, à l’octave de pâque.)
La cinquième cérémonie consistait en un prélèvement de miel, de lait ou de vin, chose qui ne se fait plus aujourd’hui. Tertullien parle de cette cérémonie (livre 1 contre Marcion), et saint Jérôme (dans son dialogue contre les lucifériens) où il dit qu’on avait coutume de faire cela en signe d’une nouvelle enfance dans le Christ. Voilà pourquoi, le dimanche après pâque (dimanche in albis) on lit, à cause des néophytes, ce passage de la lettre de saint Pierre : « Comme des enfants nouveaux nés, désirez le lait ». Mais ce ne fut jamais, semble-t-il, une coutume générale, puisqu’elle n’a été connue qu’en Occident, comme l’écrit saint Jérôme (chapitre 55 d’Isaïe) sur : « Envoie le vin et le lait. » Il ne faut donc pas s’étonner qu’elle soit devenue caduque. Comme cette autre, dont parle saint Ambroise, (livre 3, chapitre 1 sur les sacrements) qui consistait à laver les pieds des nouveaux chrétiens tout de suite après le baptême. Cette coutume était celle d’un petit nombre d’églises, et elle est facilement devenue désuète.
2018 12 28 fin
Fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin : JesusMarie.com, France, Paris, 18 mars 2019.
Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chretienne contre les Heretiques de ce Temps
JesusMarie.comSaint Robert Bellarmin
Saint Robert Bellarmin
Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps
Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.
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2019 01 08 début
LES SACREMENTS EN PARTICULIER
LIVRE SECOND LE SACREMENT DE CONFIRMATION
Sur le sacrement de confirmation, il y a six controverses.
La première : est-ce un sacrement propre et véritable ?
La seconde : la matière du sacrement.
La troisième : la forme du sacrement.
La quatrième : l’effet du sacrement.
La cinquième : le ministre du sacrement.
La sixième : les cérémonies. La première controverse comportera trois parties.
La première : les erreurs sur le sacrement de confirmation.
La deuxième : la confirmation de la vérité.
La troisième : la réfutation des objections.
CHAPITRE 1
Les erreurs et les mensonges sur le sacrement de confirmation.
Presque tous les hérétiques de notre temps enlèvent la confirmation du nombre des sacrements. Car, même si, en l’an 1548, au conventum de Lipsiensis, les théologiens de Lipsiensis et ceux de Wirtemberg reçurent sept sacrements, y compris la confirmation, comme sacrement proprement dit conférant la grâce, ils ne persévérèrent pas longtemps dans leur reconnaissance de la confirmation comme véritable sacrement.
En effet, presque tous ceux qui ont écrit avant ou après cette date rejettent la confirmation. Mais, comme ils ne peuvent nier que, dans l’église ancienne, ait existé un rite appelé confirmation, ils ont imaginé que ce rite n’était pas un véritable sacrement institué par Jésus-Christ, mais une cérémonie quelconque introduite par l’Église, pour des raisons d’ordre pratique. Kemnitius parle de cette cérémonie en six chapitres (2 par, examen, page 320). C’est lui, en effet, qui décrit avec le plus de précision le rite luthérien de la confirmation.
Il dit, d’abord, que quand ceux qui ont été baptisés dans l’enfance parviennent à l’âge de raison, on doit leur enseigner le petit catéchisme; et quand ils ont appris au moins les choses essentielles, on doit les amener à un évêque qui, devant l’Église, leur apprendra ce qu’ils ont reçu de leur baptême, et ce qu’ils ont promis. Deuxièmement. Les enfants doivent réciter publiquement la profession de la foi et la doctrine qu’ils ont apprise. Troisièmement. On doit les interroger sur les principaux chapitres de la doctrine chrétienne, et recevoir leurs réponses. Quatrièmement. On doit leur faire comprendre que, par cette profession de foi, ils sont en désaccord avec les païens, les hérétiques, les fanatiques, et les mondains. Cinquièmement. Par une pressante exhortation, on doit les persuader de persévérer dans la profession de foi, et les convaincre qu’ils sont confirmés en professant leur foi. Sixièmement. On doit faire une prédication publique pour ces enfants, pour que, par son Esprit Saint, Dieu daigne les gouverner et les confirmer dans cette profession de foi. On peut, en même temps, ajouter une imposition des mains.
Cette conception du sacrement de confirmation Luther l’avait présentée brièvement dans son livre sur la captivité de Babylone (au chapitre de la confirmation). Il nie, là, que ce soit un véritable sacrement. Mais, il ajoute qu’on peut la recevoir comme une cérémonie ecclésiastique, comme la consécration de l’eau et d’autres choses. Zwingli (dans son livre de la vraie et fausse religion, au chapitre des autres sacrements), nie que la confirmation soit un sacrement. Et il ajoute que ce fut un rite institué par l’Église, et un examen des enfants qui ont été baptisés dans l’enfance. C’est ce qu’enseigna aussi, après, Philippe (dans lieux, chapitre sur la confirmation), et Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 4), Jean Brentius (dans la confession de Virtemberg, chapitre sur la confirmation).
Ils ne sont cependant par les premiers à avoir rejeté le sacrement de confirmation. Même si Jean Wiclef (livre 4, chapitre 14, trilogie) ne semble pas rejeter ce sacrement, il soutient, cependant, qu’on ne peut pas le prouver avec l’Écriture, et il blâme ouvertement la doctrine des catholiques. Il dit même qu’il semble à certains que ce sont les évêques qui ont introduit la confirmation avec tous ses rites. Il ne dit pas qu’ ont tort ceux qui pensent ainsi. Il laisse plutôt entendre qu’il est de leur avis. Dans un livre, qu’on trouve difficilement, il rejette ouvertement l’onction du saint chrême, comme l’atteste Thomas Waldensis (tome 2, sacrements, chapitre 113.)
Avant Wiclef, les Vaudois rejetèrent ce sacrement, au témoigne d’Énée Sylvius (dans son histoire de la Bohème, chapitre 35). Et avant eux tous, les novatiens, selon Theodoret (livre 3 des fables hérétiques) : « Les novatiens écartaient complètement la pénitence de leur association, et à ceux qui ont été aspergés, ils ne conféraient pas le saint chrême. Voilà pourquoi les pères bénis ont commandé que soient oints les membres de cette hérésie qui se joignaient au corps de l’Église. »
La raison pour laquelle les novations rejetèrent ce sacrement ne fut pas une raison convaincante, ou un texte clair de l’Église, parce que Novatien lui-même (comme l’écrit Eusèbe au sujet du pape Corneille, dans le livre 6, chapitre 33 de son histoire) fut baptisé alité, sans les cérémonies coutumières de l’Église. Et il ne se soucia pas, par la suite, de compléter les cérémonies omises. Et c’est pour cela qu’il ne fut pas marqué du saut du Saint-Esprit. Et comme il entendait parler en mal de lui à cause de cette omission, il s’en tira en niant qu’il n’était pas nécessaire d’oindre les hommes après le baptême.
Optatus écrit (dans son livre 2, contre Parmenianus) que les donatistes n’eurent que du mépris pour ce sacrement. Mais il est difficile de déterminer s’ils détestaient ce sacrement en lui-même, ou en tant qu’il était administré par les catholiques. Il est probable qu’ils aient méprisé ce sacrement pour lui-même, comme aussi les Ariens et d’autres hérétiques qui, quand ils se convertissaient à la vraie église, devaient recevoir le sacrement de confirmation.
Mais, revenons aux hérétiques de notre époque. Leur doctrine est tellement chargée de mensonges crasses, d’impudents blasphèmes qu’il est tout à fait évident que ceux qui attaquaient ce sacrement avaient accueilli le malin esprit en plénitude; et que ceux qui le reçoivent avec révérence ont reçu la plénitude du Saint Esprit.
Jean Calvin (antidote du concile, session 7, canon 2) : « Parmi les anciens, il n’y en a pas un qui fasse mention d’une huile. Ni même au moyen-âge, où abondaient déjà beaucoup de vices » Or, plusieurs anciens, et même parmi les plus anciens, ont parlé de l’huile. Tertullien (livre 1, contre Marcion) dit, en parlant des sacrements du Christ : « Lui, il ne répudia pas l’eau du Créateur, ni l’huile avec laquelle il oint les siens. » Et saint Augustin : « livre 5, chapitre 20, contre les Donatistes) : « Si ce qui est écrit dans l’Évangile (Dieu n’écoute pas un pécheur) voulait dire qu’on ne célèbre pas les sacrements pour un pécheur, comment Dieu a-t-il pu exaucer la prière d’un homicide, ou celle faite sur l’eau d baptême, sur l’huile, sur l’eucharistie, ou sur la tête de ceux auxquels on impose les mains ? » Enfin, des auteurs anciens comme Tertullien, Cyprien, Cyrille en ont souvent parlé. Kemtnitius, en effet, rejette ces pères par leur nom, et, par mépris; et il appelle le sacrement de confirmation le chrême cyrillien.
Le même Calvin (au même endroit, canon 3 du concile de Trente) affuble les pères du nom d’ânes et de porcs, tout en voulant paraitre très modeste. Ensuite (dans son institution, livre 4, chapitre 19, verset 8, il dit : « La prétention des confirmés (des oints) est que, dans le baptême, ils n’ont perçu aucune promesse qui les fortifie dans les combats à mener dans le futur. »
Or, aucun catholique n’enseigne cela. Car la citation qu’il fait de l’épitre de Melchiade : « Dans le baptême nous sommes régénérés pour la vie, dans la confirmation nous sommes armés pour le combat, » il faut la référer, cette citation, à l’effet propre à chacun de ces sacrements. Car, le propre du baptême est de régénérer à la vie, même si cette grâce de la régénération vaut aussi pour éviter les péchés. Et le propre de la confirmation est une augmentation de force pour lutter contre les ennemis de la foi.
De plus, au verset 10, Calvin profère un autre mensonge en disant : « Ne montrent-ils pas qu’ils sont des donatistes ceux qui jugent la vertu du sacrement d’après la dignité du ministre ? » Il dit cela parce que nous enseignons que ce sacrement ne peut être conféré que par un évêque. Or, Calvin n’ignorait certes pas que les donatistes avaient coutume de parler d’une autre dignité, c’est-à-dire de la dignité de l’honnêteté et de l’innocence, et non de la dignité du ministère ecclésiastique. Car, autrement, même un Calvin serait un donatiste, lui qui ne veut pas que le baptême soit conféré par un laïc ou une femme, mais seulement par un ministre public. Il a donc parlé contre son intelligence et sa science, et a donc menti.
Et voici les propres paroles du pape et martyr Melchiade , cité par lui à tort et à travers.: « Bouche sacrilège ! Tu oses comparer la graisse souillée par ton haleine, et ensorcelée par le susurrement de tes paroles, avec l’eau sanctifiée par la parole de Dieu ? Or c’était encore faire montre de peu de malhonnêteté. Tu vas jusqu’à affirmer que c’est cela la réponse du saint siège, que ce sont là les oracles du trépied apostolique. »
Calvin pouvait-il avec plus impudence blasphémer contre un si saint homme ? Pouvait-il plus clairement montrer qu’il n’avait rien en commun avec l’église ancienne ? Et voici ce que dit saint Augustin (épitre 162), de saint Melchiade : « Quelle était magnifique la dernière sentence prononcée par Melchiade. Comme elle est innocente, intègre, profitable et pacifique. »
Au verset 11, Calvin profère cet autre mensonge : « Voici que l’eau est devenue obsolète, et laissée sans valeur. Les papistes ne magnifient que l’huile dans le baptême ! » Un passage du maître des sentences, qu’il interprète de travers, lui a fourni l’occasion de pondre ce mensonge. Le maître dit (livre 4, dist 7, chap 2) que, dans un certain sens, le sacrement de confirmation est plus noble que le sacrement de baptême, en raison du ministre qui le donne, et du membre sur lequel il est administré, car, le front est le plus noble de tous les membres.
Calvin a pensé que le maître comparait l’onction sur le sommet de la tête, qui se fait au baptême, avec l’onction sur le front qui se fait à la confirmation; et qu’il pensait donc que le baptême ne consistait pas dans de l’eau, mais seulement dans de l’huile.
Or, Calvin n’a pas voulu comprendre le vrai sens des paroles du maitre des sentences. Car, ce n’est pas avec l’onction du baptême qu’il compare l’onction de la confirmation, mais avec le baptême lui-même qui est conféré avec de l’eau, non avec de l’huile. Car, il compare entre eux les sacrements. Dans le baptême, ce n’est pas l’onction qui est le sacrement, mais l’aspersion de l’eau.
Mais, dit Calvin, l’aspersion de l’eau se fait aussi sur le front. Je réponds que la différente entre le baptême et la confirmation est que la confirmation ne se confère que sur le front, tandis que l’aspersion de l’eau peut se faire sur le front au au-dessus du front. Quand on baptise les enfants, on ne répand habituellement de l’eau que sur le sommet de la tête. Une autre différence : la confirmation n’est donnée que par le seul évêque, tandis que le baptême peut être donné aussi bien par un prêtre que par un évêque. Et voilà pourquoi, tant à cause du ministre que du sujet, la confirmation est supérieure au baptême, comme le dit à juste titre le maître des sentences. Voilà pourquoi le mensonge est sans aucun fondement qui lui fait dire que les catholiques ne font aucun cas de l’eau dans le baptême.
Au même endroit Calvin dit que, dans le baptême ou dans la confirmation, l’huile n’a pas plus de valeur pour lui que du fumier. Or, de l’une et de l’autre huile les saints pères ont toujours parlé dans les termes les plus honorables, comme nous l’avons montré plus haut dans la dispute sur les cérémonies du baptême, et comme nous le montrerons plus loin, quand nous traiterons de la matière de la confirmation.
Passons maintenant à Martin Kemnitius qui profère lui aussi beaucoup d’insultes et de mensonges. Mais, contentons-nous d’une seule citation. Dans son examen du concile de Trente (2 par page 298), il agglutine trois mensonges. Le premier. L’onction du chrême provient de l’école de Montan. Le second. Tertullien et Cyprien sont, dans ces passages, des montanistes. Le troisième. Saint Jérôme réfute cette sentence dans son dialogue contre les lucifériens. Or, aucun auteur n’a jamais prétendu que cette erreur provenait de Montan, même s’ils sont nombreux à avoir écrit sur Montan : Tertullien (dans son livre sur la prescription), Épiphane (hérésie 48), Eusèbe (livre 4, chapitre 14), Clément d’Alexandrie (strom 4), Philastrius (dans son catalogue), saint Jérôme (dans son épitre à Marcella sur les erreurs de Montan), saint Augustin (hérésie 26), Theodoret (livre 3 sur les fables hérétiques), saint Jean Damascène (dans son livre sur les 100 hérésies). Or, aucun de ces auteurs n’a soufflé mot de cela.
Mais, même si jamais personne n’en a parlé, Kemnitius imagine que Montan fut l’auteur de cette hérésie, parce que Tertullien est devenu montaniste; et que c’est lui, Tertullien, qui a écrit que le Saint-Esprit était donné aux baptisés par l’onction du chrême. Or, même si Tertullien est devenu montaniste dans les dernières années de sa vie, tout ce qu’il a écrit ne provient pas nécessairement des erreurs de Montan. Autrement, il faudra compter parmi les hérésies de Montan la filiation divine du Christ, la célébration du baptême dans l’eau, de l’eucharistie avec du pain et du vin, et tous les autres mystères qu’il explique.
Et quelle n’est pas l’impudence de Kemnitius de faire un montaniste du très célèbre martyr Cyprien ? Et que dire de ce que cet auteur ne soit pas toujours conséquent avec lui-même ! En effet, à la page 317, il dit que cette erreur a été inventée par des pères très anciens, Tertullien, Cyprien, et Corneille. S’ils l’ont inventée, ils ne l’ont donc pas reçue de Montan !
Un autre mensonge crasse est que saint Jérôme réfute cette erreur dans son dialogue contre les lucifériens. Car, dans ce dialogue, tout ce qu’explique saint Jérôme, c’est comment on dit qu’est donné le Saint-Esprit par l’imposition des mains, alors qu’il est donné aussi avant le baptême. Or, loin de rejeter Montan, Tertullien, ou les saints évêques Corneille et Cyprien, il ne les nomme même pas. Et du fait que saint Jérôme ai dit que le Saint-Esprit est donné dans le baptême, il ne s’ensuit pas qu’il ait rejeté la sentence de Tertullien et de Cyprien qui enseignent que c’est dans la confirmation qu’il est donné.