Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 236)
Autrement saint Jérôme réfuterait aussi saint Luc qui dit dans les Actes 8 : « Il n’était pas encore venu sur aucun d’entre eux, mais ils n’avaient été baptisés qu’au nom du Seigneur Jésus. Ils imposèrent alors les mains su eux, et ils recevaient l’Esprit Saint. » Or, saint Jérôme ne réfute personne. Car, Luc et les autres ne nient pas que l’Esprit Saint soit donné au baptême, mais non dans cette plénitude avec laquelle il est donné dans la confirmation.
CHAPITRE 2
On prouve le sacrement de confirmation par l’Écriture.
Je vais avoir recours à cinq arguments pour prouver que la confirmation est vraiment un sacrement proprement dit, comme l’enseigne le concile de Trente (session 7, canon 1 sur la confirmation.) D’abord, par l’Écriture, ensuite par la tradition. Enfin, par les témoignages des souverains pontifes et des conciles, des pères grecs et des pères latins.
La confirmation est un sacrement proprement dit. Trois choses sont requises à l’essence d’un sacrement chrétien proprement dit. D’abord, la promesse d’une grâce, puis un signe visible avec une parole, qui est le moyen ou l’organe par lequel la promesse est appliquée. Ensuite, un mandat divin par lequel il est ordonné d’agir ainsi. Ces trois conditions nos adversaires nous demandent de les leur montrer dans la sainte Écriture.
Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 5), et Kemnitius ( 2 par, examen, page 276) : « Pour la confirmation, quels sont donc les moyens par lesquels il faut croire que l’Esprit Saint veuille être vraiment efficace ? Avant toutes choses, nous demandons qu’on nous montre, dans la parole de Dieu, un mandat clairement exprimé, et une promesse divine. Car, quand nous avons ces choses là, nous savons que nous devons nous servir révérencieusement de ces moyens en tant que divinement institués. »
Il ne demande donc rien d’autre, et avec raison, car tout se résume à cela. Tous, en effet, sont d’accord pour reconnaitre que, quand ces trois conditions sont réunies, nous avons affaire à un vrai sacrement.
La promesse nous l’avons amplement dans Jean (X1V), où le Seigneur promet un Esprit paraclet qui console dans toutes les adversités. De même au chapitre XV. Il promet un Saint Esprit qui rendra les disciples forts et intrépides dans la proclamation de la vérité. Et, au chapitre 16 : un esprit qui convaincra le monde de péché, de justice et de jugement, c’est-à-dire qui donnera la force aux apôtres de vaincre l’incrédulité des hommes, de témoigner de la justice du Christ, et d’annoncer que le prince de ce monde est jugé.
Luc dit la même chose à la fin : « Restez assis dans la cité jusqu’à ce que vous soyez munis de force par en haut. » Ensuite, aux Actes 1 : « Vous recevrez la vertu du Saint Esprit qui surviendra en vous, et vous serez mes témoins. » Cela, certes, c’est une promesse divine, contenue dans l’Écriture. Et on ne peut absolument pas nier que c’est à des hommes déjà baptisés et justes qu’est promise une grâce plus grande du Saint Esprit qui les fortifiera dans la confession de la foi.
Or, le moyen ou l’organe ou le signe sensible, qui consiste dans des choses et des paroles, par lequel est appliquée cette promesse, c’est l’imposition des mains jointe à une prière. Par un miracle et un bienfait singuliers, les apôtres, le jour de la pentecôte, reçurent, sans moyen ou sacrement, cette grâce promise.(Actes 11).
Mais, les autres reçurent cette même grâce du ministère des apôtres, par ce moyen, comme on le voit dans Actes V111 : « Alors, ils leur imposaient les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit. » Et avant, Jésus leur avait dit de prier pour qu’Il vienne. On a la même chose dans les actes X1X. Et que ce moyen (l’imposition des mains) soit vraiment le moyen par lequel est accomplie la promesse d’envoyer le Saint-Esprit, l’effet le montre avec évidence. Car, le Saint-Esprit venait sur chaque baptisé sur lesquels les apôtres imposaient les mains.
Ensuite, que ce don qui était donné alors, à tous les baptisés, par les mains des apôtres, était exactement ce qui avait été promis aux apôtres, le témoignage de saint Pierre nous le montre. Dans Actes 2, il prêchait au peuple, et il leur promettait qu’ils recevraient s’ils croyaient et étaient baptisés, le même don qu’il avait lui-même reçu. Et il citait Joël qui avait prédit que ce don serait répandu non seulement sur les apôtres, mais sur toute chair. Le même Pierre (Actes X1), certifiait que Corneille et ses compagnons avaient reçu le même don que les apôtres avaient reçu à la Pentecôte. « Il n’a pas fait de différence entre vous et nous. » Et, cependant, l’Écriture ne rapporte jamais d’autres moyens ou signes sensibles, pour communiquer ce don, que l’imposition des mains jointe à la prière.
Il reste le mandat. Mais, à la place d’un mandat à eux donné, nous présentons l’exécution d’un mandat. Car les apôtres n’auraient jamais aussi habituellement et avec autant de confiance, imposé les mains à des baptisés pour que survienne sur eux le Saint-Esprit, si le Seigneur ne le leur avait pas commandé. Exemple. Quand un serviteur, qui n’est pas sot, fait quelque chose qu’il ne peut pas faire sans l’ordre de son maître, tous comprennent qu’il en a reçu l’ordre, même s’il ne le dit pas. Si des licteurs arrêtent un homme puissant au milieu du forum, ou si des voyageurs indiquent à des sénateurs que le sénat se réunira à tel jour etc… Que ce rite fut ordinaire et commun à tous les baptisés, les chapitres 8 et 19 des Actes nous le montrent; ainsi que l’Épitre aux Hébreux, chapitre 6.
Calvin lui-même (livre 4, chapitre 19, verset 5) dit que si on lui demandait de lui montrer un mandat, il se répondrait à lui-même au nom des catholiques : « ils s’appuient sur l’exemple des apôtres ceux qui estiment qu’ils n’ont rien fait par témérité. » Et, acceptant cette réponse, il dit : « Qu’il en soit bien ainsi. Ils ne seront pas réprouvés par nous s’ils se montrent être les imitateurs des apôtres. »
Voyons maintenant ce que les adversaires ont à répondre à cela. La première réponse est celle de Calvin, au lieu cité. Il dit que cette imposition des mains ne fut pas un sacrement, mais une certaine offrande des baptisés à Dieu. Ils avaient coutume, en effet, par l’imposition des mains, d’offrir à Dieu ceux qu’ils avaient baptisés.
Mais cette réponse est facile à réfuter. D’abord, Calvin se contente d’affirmer cette sentence. Il ne la prouve et ne peut la prouver par aucun texte de l’Écriture, mais par sa seule autorité. Car, voici ce qu’il dit : « Ne pense pas qu’à cette imposition des mains corresponde un mystère céleste, mais interprète une cérémonie de cette sorte comme se recommandant et s’offrant à Dieu, par ce geste, ceux à qui on impose les mains. » Or, l’Écriture dit que l’effusion d’un don admirable venait toujours après cette imposition des mains. Elle dit même plus, car elle affirme que, par cette imposition des mains, était donné le Saint Esprit (Actes V111).
Et Tite 111 : « Nous sommes sauvés par le lavement de la régénération. » Comme le lavement n’est pas une simple ablution, mais un mystère (sacrement) qui confère la grâce, il en va de même de l’imposition des mains. Ce n’est pas un simple geste, mais un mystère qui confère la grâce. De plus, offrir à Dieu un baptisé, ce n’est pas quelque chose de plus grand que baptiser, surtout selon Calvin, qui prétend qu’il n’y a aucun mystère dans cette cérémonie. Ceux qui les avaient baptisés pouvaient donc, selon lui, les offrir à Dieu.
Or, c’est le contraire que l’Écriture enseigne. Dans Actes V111, nous lisons que le diacre Philippe avait baptisé, mais n’avait pas pu imposer les mains. On a du faire venir Pierre et Jean de Jérusalem, pour faire cette imposition des mains. Et, dans Actes X1X, en présence de saint Paul, on baptise deux cents hommes, et on ne précise pas par qui, car tous pouvaient baptiser. De plus, quel besoin y avait-il d’une nouvelle oblation si, par le fait même que quelqu’un est baptisé, il s’offre à Dieu, se soumet à ses lois et se met à son service ?
La deuxième réponse est celle de Calvin au même endroit, et de Brentius (dans son confession de Virtemberg, au chapitre de la confirmation). Ils disent que, au début de l’église naissante, des dons visibles du Saint-Esprit ont été donnés aux fidèles par les mains des apôtres, comme le don des langues, des miracles, et d’autres semblables. Il s’ensuit donc que cette imposition des mains n’était pas un sacrement, parce qu’elle ne donnait pas la grâce de la justification. Et il le confirme par des choses semblables. Par exemple. L’ombre de Pierre guérissait des malades, ainsi qu’un mouchoir de Paul. Mais, nous n’en faisons pas des sacrements.
Mais, il est facile de répondre à cela. Car, ceux qui prétendent que cette imposition des mains ne donnait que des dons comme celui des langues et de guérison, ne disent pas la vérité. Car, ces choses données gratuitement ne portent pas le nom de Saint Esprit; et on ne dit pas que le Saint Esprit habite en ceux qui possèdent ces dons. On dit plutôt que le Saint esprit fuira la feinte, et n’habitera pas dans un corps soumis aux péchés. (Matthieu V11). Or, par l’imposition des mains, l’Esprit Saint est donné. (Actes V111, et X1X). Il ne s’agit donc pas seulement des dons donnés gratuitement.
Deuxièmement. Était donné par l’imposition des mains ce qui avait été promis par le Seigneur (Jean 14, 15, 16) et par Luc, à la fin, comme nous avons montré plus haut. Or, ce que le Seigneur avait promis ce n’était pas le don des langues et de guérison (car cela fut un certain ajout), mais la grâce qui fortifie et confirme la foi. Troisièmement. Ces dons n’étaient pas communs à tous, comme on le voit dans Romains X11 et 1, et Corinthiens X11. « Est-ce que tous prophétisent ? Tous parlent-ils en langues ? » Or, par l’imposition des mains, le Saint Esprit était donné à tous, comme on le déduit des lieux cités : Actes V111, et X1X.
Quatrièmement. Dans Hébreux V1, l’apôtre énumère l’imposition des mains avec le baptême, avec la foi, la pénitence et toutes les choses qui se rapportent au salut. Et surtout, aux fondements de la religion, comme l’apôtre le dit à cet endroit. Or, il est certain que parler en langues et prophétiser n’appartiennent pas au salut, encore moins aux fondements de la religion.
Cinquièmement. Si le Saint Esprit donné par l’imposition des mains ne conférait pas d’autres grâces que ces dons miraculeux, il est certain qu’on n’aurait pas demandé aux plus importants apôtres (Pierre et Jean) de descendre de Jérusalem à Samarie, pour imposer les mains. Car, le diacre Philippe faisait un assez grand nombre de miracles, et on ne ressentait pas le besoin d’autres thaumaturges. Sixièmement. C’est ce que montrent aussi les exemples présentés par nos adversaires, comme l’ombre de Pierre et le vêtement de Paul. Or, nous n’avons jamais lu que, par ces instruments, l’Esprit Saint ait été donné, mais seulement la santé temporelle.
La troisième solution Calvin en parle, dans le livre cité, mais Kemnitius la développe plus longuement (page 290.) Ce fut un privilège singulier, propre aux apôtres, de donner le Saint-Esprit par l’imposition des mains. Ils ont donc eu un mandat spécial et une promesse particulière. Nous, nous n’avons pas un tel mandat, ni une telle promesse. Ce serait donc une grande témérité de tenter de les imiter.
On confirme l’argument par l’évènement. Car, un effet suivait l’imposition des mains des apôtres. Aucun effet ne suit l’imposition de nos mains, et les langues de feu ne descendent pas. Ce don a donc cessé. Et c’est une cérémonie oiseuse et vaine qui est demeurée.
Cette opinion est facile, elle aussi, à réfuter. D’abord, les adversaires n’indiquent pas où le Seigneur a commandé à ses apôtres d’imposer les mains pour qu’on reçoive le Saint-Esprit. Or, nous lisons en Marc fin : « Ils imposeront les mains sur les malades, et ils iront mieux. » Mais ces choses sont dites pour toutes, non seulement pour les apôtres : « Ces signes accompagneront ceux qui croient. » Et, de plus, cette imposition des mains avait pour but de guérir les maladies, non de faire venir le Saint Esprit. Nous lisons, en effet, dans les Actes, qu’Ananie avait reçu l’ordre d’imposer les mains sur saint Paul. Ce passage, Calvin l’applique à tort et à travers à l’imposition des mains dont nous parlons maintenant (antidote session 7, canon 3, chapitre de la confirmation, et institutions livre, 4, chapitre 19, verset 10.)
Mais ce passage est hors de propos. Car, cette imposition des mains fut de nature curative, et servit à éliminer la cécité corporelle, non à donner le Saint-Esprit. Voilà pourquoi elle a été faite avant le baptême. Deuxièmement. Ils ne montrent pas non plus qu’aucune promesse ait jamais été faite aux apôtres que le Saint-Esprit serait donné à tous ceux auxquels ils imposeraient les mains. Car, le Seigneur avait promis aux apôtres le Saint-Esprit qu’ils reçurent après la Pentecôte. Mais, qu’ils aient à le donner aux autres, nous ne le lisons jamais. Et, cependant, ils le donnaient, et habituellement. Une promesse particulière n’était donc pas requise. Troisièmement. Une promesse générale n’a pas été faite seulement aux apôtres, mais à toute l’Église. Et la cérémonie, par laquelle était appliquée cette promesse, devait donc être générale et perpétuelle.
On prouve l’antécédent. Même si c’est aux apôtres que le Seigneur parlait, quand il leur promettait le Saint-Esprit, il parlait cependant en eux, à toute l’Église, comme le dit saint Léon dans son sermon 9 sur le carême : « Toue l’Église entendait universellement son salut dans ceux qui étaient présents. Voilà pourquoi le Seigneur a dit en saint Matthieu, à la fin : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du monde. » Il parlait là à ceux qui allaient tous mourir dans le premier centenaire, et il leur dit quand même qu’il sera toujours avec eux, parce qu’ils seront toujours dans leurs descendants. Il en de même de cet autre texte (Luc XX11) : « Faites cela en mémoire de moi. » Ce qu’il disait aux apôtres s’adressait certainement aussi à d’autres, qui n’étaient pas des apôtres.
Saint Pierre comprenait très bien que ces promesses annonçaient que le Saint-Esprit serait donné à tous ceux qui croiraient et seraient baptisés. Et il alléguait la prophétie de Joël : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair. » Et pour une raison évidente. Car, la raison pour laquelle Dieu promit et donna l’Esprit Saint ne vaut pas moins pour nous que pour les apôtres. Car, c’est en tout temps que les fidèles ont besoin de la vertu du Saint-Esprit pour résister aux persécutions et confesser la foi. Car, le Seigneur n’a pu ni voulu pourvoir à son Église pendant seulement dix ans ou vingt ans, mais perpétuellement, c’est-à-dire aussi longtemps qu’elle en aura besoin.
Mais Kemnitius répond que cette promesse est générale, et que l’instrument par lequel elle est appliquée n’est pas l’imposition des mains, mais d’autres moyens comme le baptême et l’eucharistie. Or, c’est une affirmation téméraire et partisane, et contraire à la parole de Dieu que de vouloir inventer des instruments par lesquels sont appliquées les divines promesses. Car, si le baptême et l’eucharistie sont les instruments qui appliquent les promesses divines, pourquoi les apôtres se servaient-ils de l’imposition des mains ? Le baptême et l’eucharistie faisaient-ils donc défaut ? De plus, c’est avant la passion du Sauveur que les apôtres ont été baptisés et ont reçu l’eucharistie, et pourtant le Saint-Esprit leur a été promis bien après tout cela. Ce n’est donc pas par le baptême et l’eucharistie qu’ils ont reçu en plénitude les dons qui sont octroyés par le sacrement de confirmation.
Ensuite, aux Actes V111, les Samaritains avaient été baptisés, et pourtant, saint Luc, en mots très clairs, déclare que l’Esprit Saint n’était venu sur aucun d’eux, si ce n’est après l’imposition des mains des apôtres. Donc, puisque l’Écriture enseigne si clairement que le moyen pour recevoir ce don est l’imposition des mains, quelle témérité n’y a-t-il pas à le rejeter et à en concocter d’autres !
Mais, rétorquent-ils, l’effet qui venait après l’imposition des mains, a complètement cessé. Je réponds. Il a cessé quant aux symboles visibles, non quant à la grâce invisible. Car, que le Saint-Esprit puisse être donné de façon invisible, on le voit par l’exemple que donne le Seigneur. N’a-t-il pas soufflé sur ses disciples en disant : « Recevez le Saint-Esprit ? »
Qu’il ait du toujours le donner, et toujours invisiblement, on l’a prouvé un peu avant. Il y avait une bonne raison pour expliquer qu’il ait été donné visiblement au début, et invisiblement après. Ces miracles étaient nécessaires, au tout début de l’Église pour enraciner et nourrir la foi. Voilà pourquoi saint Augustin dit (livre 3, chapitre 16 sur le baptême) : « Car par l’imposition des mains, le Saint-Esprit n’est plus donné maintenant, comme il l’était à la l’église naissante, avec des miracles sensibles et temporels, qui l’attestaient et le recommandaient à la foi des illettrés. Car qui s’attend, aujourd’hui, à ce que se mettent à parler en langues ceux sur qui on impose les mains, pour qu’ils reçoivent le Saint-Esprit ? Mais, leur paix intérieure nous fait comprendre que, invisiblement et secrètement, la charité divine a été infusée dans leurs cœurs. »
D’autres textes nous font comprendre la même chose. Car, au début de l’Église, ceux qui croyaient opéraient des miracles (Marc, fin) : « Ceux qui croiront feront les signes suivants : ils imposeront les mains sur la malades, et ils seront guéris. » Maintenant, cet effet de la foi a cessé. La foi n’en est pas pour autant devenue oiseuse et vaine, car elle conserve son effet principal, qui est de vivifier : « Car le juste vit de la foi. » Voir Grégoire dans son homélie sur l’évangile de l’ascension.
Pour une raison semblable, au début de l’Église, on punissait les pécheurs par des peines visibles, comme dans le cas d’Ananie et de Saphyr (Actes V), de Simon le magicien (Actes X111), et de ceux qui communient indignement (1 Corinthiens 11). Et parce que, de nos jours, ces péchés ne sont pas punis par des peines visibles, sont-ils, pour autant, impunis ? Ne sont-ils pas punis au moins invisiblement, et dans cette vie, et dans l’autre ? La même chose vaut donc pour les bons.
La quatrième est celle de Kemnitius, page 291). Tout ce passage des Actes (8 et 19) n’a rien à voir avec nous qui rejetons, dit-il, l’imposition des mains, et mettons à sa place l’onction du saint chrême.
Cette réponse ne vaut rien. Car, pour omettre ce qu’on devra dire plus bas sur le saint chrême, c’est une grande fausseté d’affirmer que l’imposition des mains a été rejetée. Car, l’évêque impose deux fois les mains aux confirmands, comme on le voit dans le pontifical romain : une première fois quand il étend sur eux les mains en priant, et une deuxième fois quand il signe sur le front et oint. Car, comme ce signe de croix et cette onction se font avec la main, on les appelle à juste titre imposition des mains, comme l’enseigne Hugues (livre 2, chapitre 2, par 7 sur les sacrements). On constate la même chose dans Marc V11. Quand on demanda au Seigneur d’imposer les mains à un lunatique, il le fit en touchant avec son doigt et la langue et les oreilles.
CHAPITRE 3
On prouve la vérité par des témoignages des souverains pontifes
Nous allons laisser de côté les témoignages qui n’affirment pas, en termes clairs, que la confirmation soit un sacrement. Car ils ne s’imposent pas, puisqu’on peut facilement les entendre au sens d’un sacrement au sens large. Nous ne citerons donc que les témoignages qui démontrent la chose elle-même, c’est-à-dire une cérémonie, distincte du baptême, qui donne la grâce.
Le premier est le pape et martyr saint Clément. Voir livre 3, constitutions apostoliques, chapitres 10, 16 et 17, et livre 7, chapitre 44. Le deuxième est saint Urbain, dans son épitre décrétale : « Tous les fidèles doivent, après le baptême, recevoir, par l’imposition des mains des évêques, le Saint Esprit, pour qu’ils deviennent des chrétiens complets. » Le troisième est saint Corneille, pape et martyr (dans son épitre à Fabien d’Antioche, d’après Eusèbe, livre 6, chapitre 33 de son histoire) : « Il n’a pas été rendu parfait par le sceau du chrême. Il n’a donc pas pu mériter le Saint-Esprit. »
Le quatrième est le pape martyr, saint Melchiade (dans son épitre aux évêques d’Espagne). Comme on lui avait demandé lequel de ces deux sacrements était le plus grand, le baptême ou la confirmation, il répondit par ces mots : « Sachez que l’un et l’autre est un grand sacrement. » Et, il ajouta que « la confirmation l’emporte sur le baptême en ce qu’elle ne peut être conféré que par les pontifes suprêmes, les évêques ». Il affirme donc là clairement que la confirmation est un sacrement proprement dit, puisqu’il le compare avec le baptême, et le juge supérieur, à un certain point de vue. Or, tous admettent que le baptême est un véritable sacrement, un sacrement proprement dit.
Le cinquième est le pape saint Eusèbe (dans son épitre 3 : « Le sacrement de l’imposition des mains, il faut lui accorder une grande vénération parce qu’il ne peut être conféré que par les souverains pontifes. » Et il le prouve par les Actes des apôtres. Le sixième est le pape saint innocent 1 (dans son épitre à Decentius, chapitre 3) : « Il est permis aux prêtres d’oindre les baptisés d’un chrême qui a été consacré par l’évêque. Mais non sur le front, ce qui est réservé aux seuls évêques quand ils communiquent le saint Esprit Paraclet. »