Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 237)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Et il donne comme exemple les Actes des Apôtres V111. Ici, le pape Innocent distingue clairement l’onction épiscopale qui se fait dans la confirmation par un évêque et qui communique le Saint-Esprit de l’onction qui se fait par le prêtre dans le baptême, et qui n’est pas un sacrement, mais un sacramental. Et il ajoute que cela descend de l’enseignement des apôtres.

Le septième est saint Damase (dans son épitre 4). Le huitième est le pape saint Léon (épitre 86, ou 88). Le huitième saint Jean 11 (dans son épitre aux évêques de Germanie). Ces trois papes déclarent qu’il n’est permis qu’aux seuls évêques, et non aux chorépiscopes, de donner l’Esprit Saint par l’imposition des mains, et par l’onction du chrême sur le front. Et le pape Jean 111, citant les papes Damase et Léon, donne la raison de leurs décrets. C’est parce que, dans les actes des apôtres, (chapitre V111) les apôtres étaient les seuls à donner l’Esprit Saint par l’imposition des mains. Ils parlaient donc de la même cérémonie qui était en usage au temps des apôtres.

Le dixième est saint Grégoire qui (dans le livre 3, épitre 9) avertit les prêtres de ne pas oser oindre du chrême les baptisés sur le front, puisque ce ministère relève exclusivement des évêques. Et au chapitre 1 des cantiques des cantiques, il explique le verset : « dans les vignes d’Engaddi » en disant que c’est là que nait le baume qui est utilisé avec l’huile dans la bénédiction pontificale du chrême, lesquels signifient les dons du Saint-Esprit. » Ajoutons aussi Innocent 111 (au chapitre cum venisset, l’onction sacrée.)

CHAPITRE 4

On prouve la même chose avec les conciles

Le premier est le très antique concile eliberitanus (canon 38). Après avoir dit que, en cas de nécessité, un laïc pouvait baptiser, il ajoute : « Si l’enfant survit, qu’on l’emmène à l’évêque, pour qu’il puisse être perfectionné par l’imposition des mains. » On trouve la même chose dans le canon 77 jubet diacono, si quos baptizaverit.

Le second est le concile d’Arles 1, célébré au temps de saint Sylvestre. Le canon 8 stipule que si hérétiques qui retournent à l’Église ont été baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il ne fallait pas réitérer le baptême, mais qu’un évêque devait leur imposer les mains pour qu’il reçoive le Saint-Esprit, car ces hérétiques avaient coutume de donner le baptême, mais non la confirmation.

Le troisième est celui d’Arles 2, sous le même Sylvestre. Il décrète la même chose en parlant du chrême avec l’imposition des mains. Le quatrième est le très ancien concile de Laodicée où, au canon 7, où on ordonne aux novatiens d’être oints par le saint chrême. Et au canon 48 : « Il faut que ceux qui ont été baptisés reçoivent le très saint chrême, et deviennent participants du royaume céleste. » Le cinquième est le concile d’Aurélie d’après Gratien (sur la consécration, dist 5, canon ut jejuni) : « Qu’ils viennent à jeun à la confirmation de l’âge parfait. Qu’on les avertisse de faire d’abord une confession pour que, purifiés, ils puissent recevoir le don du Saint-Esprit. »

Le sixième est celui de Meldensis d’après Gratien (même distinction, canon ut episcopi) : « Que les évêques ne donnent le Saint-Esprit, par l’imposition des mains, que quand ils sont à jeun. » Le septième est le deuxième concile d’Espagne (canon 7). Il reproduit la citation faite plus haut du pape saint Léon. Le huitième concile, célébré par saint Boniface, évêque et martyr, que l’on trouve dans la vie du pape Sirius, tome 111. Il est statué là que les évêques devaient faire le tour de leurs diocèses en confirmant.

À ces conciles s’ajoutent des conciles généraux, comme celui de Constantinople 111, canon 7, de Florence (dans l’instruction aux Arméniens), et du concile de Trente (session 7, canon 1 sur la confirmation.)

CHAPITRE 5

On prouve la même chose avec les pères Grecs.

Le premier est Denys l’aréopagite. 1 hiérarchie ecclésiale, chapitre 2, part 2 : « On conduit au pontife le baptisé revêtu d’une robe blanche, et le pontife signe le baptisé avec l’onguent divin et déifiant. » Et, au paragraphe 3 : « En appliquant cette onction, il le rend parfait. » Et, au chapitre 4, paragraphe 3 : « C’est à ceux qui ont été consacrés par le mystère très saint de la régénération que donne la venue du Saint-Esprit l’onction d’onguent qui consomme le mystère . » Tu vois ici la cérémonie et son effet, et la raison pour laquelle la confirmation est appelé un sacrement proprement dit.

Clément d’Alexandrie qui, selon Eusèbe (livre 3, chapitre 17 de son histoire, d’après la traduction de Christophorsonius), rapporte l’histoire d’un jeune que saint Jean l’évangéliste avait remis entre les mains d’un évêque nouvellement créé, et il dit, entre autres choses : « L’évêque l’a illuminé par le sacrement du baptême, l’a perfectionné ensuite par le vrai sceau du Seigneur, et il l’a contresigné pour la garde de toute son âme. »

Il parle là ouvertement du sacrement de confirmation, qui est le sceau du Seigneur imprimé sur le front, et qui apporte une protection par la grâce qu’il confère. Justin (question 137 des orthodoxes). Il écrit que quand sont terminés les mystères du baptême, « les fidèles sont signés par le saint onguent ».

Origène (homélie 8 sur le Lévitique, près de la fin) : « Si donc à ceux qui se sont détournés du péché une purification est donnée par toutes les choses que nous avons dites plus haut, il faut savoir que le don de la grâce du Saint-Esprit est représenté par l’image de l’huile, pour que celui qui a renoncé au péché ne puisse pas obtenir seulement une purification, mais soit aussi rempli de l’Esprit Saint. » Et, dans l’homélie 9, passé le milieu : « Tous ceux qui ont été oints par l’onguent du saint chrême sont devenus prêtres (évêques), au sens où saint Pierre dit à toute l’église : « Vous êtes un peuple élu, un sacerdoce royal. »

Saint Cyrille de Jérusalem a composé cinq catéchèses mystagogiques. La première et la deuxième, il les consacre au baptême. La troisième au sacrement de confirmation, et la quatrième et la cinquième à l’eucharistie : trois sacrements qui sont reçus le même jour par les néophytes. Il appert donc que saint Cyrille ne considérait pas la confirmation comme un sacrement au sens large, mais comme un sacrement proprement dit, puisqu’il le met sur le même pied que le baptême et l’eucharistie.

De plus, dans la catéchèse 3 au lieu cité, il parle ainsi : « Comme, après l’invocation du Saint-Esprit, le pain de l’eucharistie n’est plus un pain ordinaire, mais est le corps du Christ, de la même façon, après avoir été consacré, l’onguent n’est plus un onguent quelconque, mais le chrême du Christ. À la venue de l’Esprit saint et vivifiant, il reçoit de sa divinité le pouvoir de sanctifier l’âme, en oignant symboliquement le front et les autres sens. »

Notons d’abord, que, dans ce passage, il compare le chrême avec l’eucharistie. Ce qui est un argument pour prouver que l’un et l’autre sont des sacrements proprement dits. Notons ensuite que l’onguent consacré a la vertu de sanctifier, ce qui est propre aux seuls vrais sacrements, qui sont des instruments de sanctification. Troisièmement. Non seulement ils ont le pouvoir de sanctifier, mais l’âme est réellement sanctifiée par le Saint-Esprit quand le front est oint par le saint chrême.

Notons enfin que cet auteur parle avec la précision d’un théologien quand il dit que, après la consécration, le pain est le corps du Christ, et quand il ne dit pas que, après la consécration, l’onguent est le Saint-Esprit. Pour que nous ne pensions pas que saint Cyrille imagine une transsubstantiation de l’huile dans le Saint-Esprit, semblable à celle qui se fait dans le pain. Mais il dit que ce n’est pas un pain quelconque, ou un pain nu, mais le chrême du Christ, qui a reçu du Saint-Esprit le pouvoir de sanctifier.

Le même saint Cyrille enseigne au même endroit comment le Christ reçut le baptême. Ensuite, comment il descendit sur lui sous la forme d’une colombe. Troisièmement, comment enfin il fut tenté. Il dit qu’il en va ainsi de nous. Nous sommes d’abord baptisés, ensuite, par le Christ nous recevons le Saint-Esprit, et puis nous descendons à la lutte contre le démon. Il dit, au même endroit, que le chrétien tire son nom du mot chrême. Car comme le chrétien s’appelle un oint, il ne semble pas digne de ce nom celui qui n’a pas été oint par cet onguent, par lequel les chrétiens obtiennent leur perfectionnement. Il dit aussi avec raison, au même endroit que quand saint Jean (épitre 1, chapitre 2) a dit (« Et l’onction que vous avez reçue de lui de meure en vous, et cette onction vous enseignera en toutes choses. ») il fait allusion au chrême par lequel est donné le Saint-Esprit, qui nous enseigne en toutes circonstances.

Saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur le saint lavement) dit : « Si, par le baptême, tu t’es confirmé toi-même, et si par une aide sublime et puissante tu prends soin de ton âme et de ton corps en les signant par l’onction et le Saint-Esprit, comme autrefois Israël quand le premier né a été protégé pendant la nuit meurtrière, qu’est-ce qui t’arrivera ? Et quel secours te seras-tu procuré ? Écoute les récompenses énoncées par Salomon : si tu t’assoies, tu seras intrépide; si tu dors, tu auras un sommeil paisible. »

Amphilochius dans la vie de saint Basile (si c’est vraiment lui l’auteur de ce livre) écrit : « L’évêque Maximin a baptisé Basile et Eubulus, et les a revêtus d’une robe blanche. Puis, les oignant du saint chrême, il leur donna une communion vivifiante. » Theodoret (dans son commentaire du chapitre 1 des cantiques des cantiques) : « Ceux qui, après avoir renoncé à Satan et confessé leur foi, sont initiés par le baptême, sont oints ensuite par l’onguent du chrême comme un signe, ou une marque royale spirituelle. Et par cette onction visible, ils reçoivent la grâce invisible du très saint Esprit. »

Saint Jean Damascène (livre 4, chapitre 10 sur la foi) : « L’huile, qui est utilisée dans le baptême, signifie l’onction qui fait de nous des oints (des Christ) et qui nous annonce la miséricorde de Dieu par l’Esprit Saint. »

Il parle clairement du sacrement de confirmation, qui est donné après le baptême. Car, un peu avant, il avait dit que, aux apôtres, le Saint Esprit avait été donné en forme de feu, et il ajoute peu après qu’à nous il est donné pas l’huile. Il est certain que la confirmation des apôtres, le jour de la pentecôte, ne correspond pas au baptême, mais à la confirmation par le chrême. Et un peu après, le même auteur dit que comme la colombe apporta un rameau d’olivier après le déluge, de la même façon, après le baptême, dont le déluge était une figure, le Saint-Esprit vient par l’huile, dont fut une figure la colombe avec le rameau d’olivier.

Les mots grecs qu’il emploie (to elaion baptismati tapalambanetai) devraient être traduits ainsi : « L’huile succède au baptême, c’est-à-dire à l’huile qui est reçue au baptême. », comme Oecolampadius traduit. Car, dans le grec, on n’a pas « dans le baptême » et le verbe tapalambanetai se dit proprement de ce qui est reçu pour succéder à autre chose.

CHAPITRE 6

On prouve la même chose avec les auteurs latins.

Tertullien (dans son livre de la résurrection de la chair ) semble présenter brièvement tout le rite, à savoir l’onction, le signe de croix, et l’imposition des mains : « La chair est ointe, pour que l’âme soit consacrée. La chair est signée, pour que l’âme soit munie. La chair est ombragée par l’imposition des mains, pour que l’âme soit illuminée par l’Esprit. » Et, au même endroit, il associe ce sacrement avec le baptême et l’eucharistie. Car, il avait dit auparavant : « La chair est lavée pour que l’âme soit purifiée. » Et, après toutes ces choses, il ajoute : « La chair est nourrie du corps du Christ, pour que l’âme s’engraisse de Dieu. »

De même (dans le livre 1 contre Marcion, non loin de la fin), il unit de nouveau l’onction de l’huile avec l’eau du baptême et le pain de l’eucharistie. Et, il dit la même chose dans le livre sur la prescription des hérétiques. Enfin (dans son livre sur le baptême), il dit : « Ensuite, après être sortis du bain, nous sommes oints par l’onction bénite. » Et, un peu après : « L’onction s’écoule en nous charnellement, mais nous est spirituellement profitable. » Et un peu après : « Après cela, on impose les mains, en invoquant et invitant l’Esprit Saint par la bénédiction. »

Saint Cyprien (livre 1, dernière épitre) : « Il est nécessaire que soit oint celui qui aura été baptisé, pour que, après avoir reçu le chrême, il soit l’oint de Dieu; et puisse avoir en lui la grâce du Christ. » Et, dans le livre 2, épitre 1 : « Ils peuvent être pleinement sanctifiés et devenir fils de Dieu s’ils naissent de l’un et l’autre sacrement ».

Ne voyez-vous pas que la confirmation est appelée sacrement, et qu’elle est mise sur le même pied que le baptême ? D e même, dans l’épitre à Jubanus : « Voici ce qui se passe chez nous aussi. Ceux qui sont baptisés dans l’église sont offerts par les préposés de l’Église; et par notre prière et notre imposition des mains, ils reçoivent le Saint-Esprit. Et tout s’achève par le sceau dominical. »

Si quelqu’un nous objecte que, dans ces passages, saint Cyprien plaide la cause des anabaptistes, il faudra répondre que c’est vrai, mais que, pour autant, ne sont pas fausses les choses qu’il dit procéder du rite du chrême en tant qu’effet. Car, l’église catholique a toujours condamné l’erreur de saint Cyprien sur l’anabaptisme. Mais elle n’a jamais statué qu’était erroné ce qu’il enseignait sur la confirmation. Et saint Augustin (dans son livre 5 sur le baptême), réfute les arguments de Cyprien en faveur de l’anabaptisme. Mais, il n’a jamais, même pas par un seul mot, blâmé ce que saint Cyprien avait magnifiquement écrit sur le sacrement de confirmation.

Même si l’auteur des sermons sur les œuvres du Christ (que nous trouvons dans les œuvres de Cyprien), n’est pas vraiment Cyprien, il est quand même un auteur très ancien et fort instruit. Il attribue ouvertement au chrême consacré le pouvoir de sanctifier, de la même manière que saint Cyrille, dont nous avons déjà écouté les paroles. Or, voici ce qu’il dit dans son sermon sur l’onction du chrême : « Aujourd’hui, dans l’église, pour sanctifier le peuple d’acquisition, le crème sacré est conféré dans la participation de la dignité et du nom. Il exprime l’unité de la gloire sacerdotale; et, c’est pour initier à ces dignités, que l’onction a été divinement instituée. »

Et, plus bas, parlant du chrême : « Ce n’est pas par sa nature propre qu’il procure un effet à des éléments sanctifiés, mais c’est la vertu divine qui opère puissamment. La vérité est rendue présente par le signe, et l’Esprit par le sacrement. » Et plus bas : « Et, par le bienfait de cette onction, la sagesse et l’intelligence nous sont divinement octroyées, le conseil et la force nous sont surnaturellement accordés, la science, la piété et la crainte nous sont infusées par des inspirations surnaturelles. »

Le prochain est Eusèbe Émissenus, ou quiconque fut l’auteur du sermon sur la pentecôte. Ce fut certes un latin, et un auteur insigne. Voici ce qu’il dit dans son sermon sur la pentecôte : « Ce que, maintenant, pour confirmer les néophytes, l’imposition des mains répartit à chacun, c’est la descente du Saint-Esprit sur le peuple des croyants, qui le donnait alors à tous. » Et plus bas : « Donc, l’Esprit Saint qui, sur les eaux du baptême, descendit dans un élan salutaire, procure, dans la fontaine, la plénitude de l’innocence, et dans la confirmation, il pourvoit à l’augmentation de la grâce. »

Quand Prudence, dans sa psukomakia, décrit la lutte de la luxure et de la sobriété, il dit : « Après qu’ont été inscrits, par l’huile, les sceaux sur le front, que donnent un onguent royal , et un chrême perennel…. » Et dans son hymne avant le sommeil : « Adorateur de Dieu, souviens-toi que tu as reçu la rosée sainte de la fontaine et du lavement, et que tu as été rénové par le chrême. »

Pacianus, (dans son livre sur le baptême) dit : « Par le lavement, les péchés sont purgés; par le chrême, l’Esprit saint nous est sur-infusé. L’un et l’autre de ces deux, c’est de la main et de la bouche du préposé que nous les obtenons. » De même, (dans l’épitre 1 au novatien Symphronianus : « Si donc le pouvoir du lavement et du chrême descend des évêques (des apôtres), ainsi que le droit de lier et de délier, le chrême est donc de loin plus grand. »

Tu vois que, dans ce texte, la confirmation n’est pas seulement associée au baptême et à la pénitence, mais déclarée plus grande. Car il dit que pouvoir oindre avec le chrême constitue un pouvoir d’un plus grand charisme que lier ou délier. Et il prouve par là que l’évêque peut lier et délier parce qu’il peut baptiser et consigner avec le chrême, qui sont de plus grandes choses. De même, dans l’épitre 2 : « Où est l’Esprit dans votre peuple, que ne contresigne pas un prêtre oint ? »

Saint Ambroise (livre 3, chapitre 2 sur les sacrements) : « Vient ensuite le sceau spirituel, parce qu’il vient après la fontaine, pour que la perfection soit donnée quand, à l’invocation du prêtre, le Saint Esprit est répandu. » Et (dans le livre de l’initiation aux mystères, chapitre 7) : « Répète que tu as reçu le sceau spirituel » Et plus bas : « Conserve ce que tu as reçu. Dieu le père t’a signé, le Seigneur Christ t’a confirmé. »

Après que (dans son dialogue contre les lucifériens) saint Jérôme ait dit que, par l’imposition des mains, les évêques donnent le Saint-Esprit, il ajoute : « Tu exiges qu’on te montre où cela est écrit ? Dans les actes des apôtres. Mais, même si l’autorité des Écritures n’était pas si décisive, le consentement de toute la terre sur ce sujet devrait avoir la force d’un précepte. »

Saint Augustin (livre 4, chapitre 26, de la trinité) dit que l’Église conserve encore ce qu’ont fait les apôtres (Actes 8) : « Ses préposés imposent les mains pour qu’on reçoive le Saint-Esprit ». Au même endroit, il parle aussi du chrême. De même, dans la préface de son deuxième sermon sur le psaume 26, il dit que « par cette onction, les hommes sont perfectionnés spirituellement. » De même, (dans son livre 3 sur le baptême, chapitre 16, et dans le traité 6 de son épitre sur saint Jean), il dit que maintenant, ceux qui reçoivent l’imposition des mains ne parlent pas en langues, mais « qu’ils reçoivent quand même réellement le Saint Esprit, et que la grâce est infusée invisiblement et secrètement ».

Mais son texte principal se trouve dans son livre 2 contre les lettres de Petilianus, chapitre 104 : « En parlant de l’onguent, dit-il, Petilianus cherche à interpréter le sacrement du Chrême de la façon suivante : il est sacrosaint comme étant le sceau de choses invisibles, mais il peut exister dans des hommes méchants. » Et plus bas, saint Augustin dit : « On peut donc faire cette distinction dans le saint sacrement visible, qui peut exister aussi bien dans les mauvais que dans les bons. Pour les premiers, il est là pour leur récompense, pour les autres, pour leur condamnation, de par l’onction invisible de la charité qui appartient en propre aux bons.

Saint Bède (livre 6 sur saint Luc), dit en expliquant les paroles suivantes de saint Luc 22 : « Et après être sorti, il allait, selon sa coutume, sur le mont des oliviers » : « Il amène ses apôtres sur le mont des oliviers, pour montrer que tous ceux qui ont été baptisés dans sa mort, doivent être confirmés par le chrême très élevé du Saint Esprit. »

Se présentent après ceux-là ceux qui ont traité la question pour elle-même, comme Raban (livre 1, chapitre 30, sur l’institution des clercs). Amalarius (livre 1 sur les devoirs des ecclésiastiques). Hugues (livre 2, par 4, sur les sacrements), et le Maître des sentences avec toute son école (livre 4, dist 7, les sentences).

Et, à toutes ces citations nous ajoutons la confirmation de trois miracles, donnés par Dieu. Le premier se trouve dans Optatus (livre 3). Il rapporte qu’une ampoule du saint chrême qu’un arien avait jetée par une fenêtre, n’a pas pu se briser, car elle avait été interceptée par la main d’un ange. L’autre se trouve dans la vie de saint Rembert de Brème, évêque de Surius, tome 1, au mois de février, l’en 700. Nous lisons là que Rembert a rendu la vue à un aveugle en le confirmant. Le troisième est dans la vie de saint Malachie, écrite par saint Bernard. « Saint Malchus guérit, en le confirmant, quelqu’un qui avait subi la mauvaise influence de ceux qu’on appelle lunatiques. » Il parlait du précepteur de Malachie, l’évêque Malchus.

CHAPITRE 7

On réfute leurs arguments contre la vérité qui sont tirés des pères.

Voyons maintenant ce que répondent les adversaires à tant de témoignages des pères, et ce qu’ils nous objectent. Calvin rejette tout simplement les pères. En effet, (au livre 4, chapitre 19, verset 4), il dit que saint Jérôme a halluciné en pensant que le rite de confirmation avait été exercé par les apôtres. Et, aux versets 8 et 10, il s’en prend avec violence à saint Melchiade, comme nous l’avons noté plus haut, au chapitre 1. Ensuite, au chapitre 12, il parle ainsi : « Comme ils se voient vaincus par la parole de Dieu et des raison probables, ils prennent comme prétexte que cette observance est très ancienne, et qu’elle a été confirmée par l’approbation d’un très grand nombre de siècles. Même si cela était vrai, ce ne leur serait d’aucun profit, car un sacrement ne vient pas de la terre, mais du ciel, non des hommes, mais de Dieu. »

Comme si nous recourions aux pères pour enseigneur que c’est eux qui ont institué ce sacrement-là. Nous admettons que les sacrements viennent du ciel, et non de la terre, mais nous nous servons de certains hommes comme témoins des sacrements. Leur témoignage ne doit pas être considéré comme venant de la terre, mais du ciel, car ce n’est pas de leur tête qu’ils ont tiré ce qu’ils pratiquent, mais de la doctrine des apôtres et de la tradition de l’Église. Ajoutons que nous n’admettons par que nous n’ayons aucune parole de l’Écriture qui plaide en notre faveur, puisque nous l’avons déjà montré dans le deuxième chapitre.

Deuxièmement. Le même Calvin, au même endroit, nie que les pères aient connu ce sacrement : « Mais pourquoi nous objectent-ils l’ancienneté, puisque, quand les pères voulaient parler en propres termes, ils n’ont jamais recensé plus que deux sacrements ? S’il fallait demander un renfort à notre foi, nous avons une citadelle inexpugnable en ce que les anciens n’ont jamais reconnu ceux que les papistes énumèrent. Les anciens, il est vrai, ont parlé de l’imposition des mains. Mais l’ont-ils appelée sacrement ? Saint Augustin dit clairement (livre 3, chapitre 16 sur le baptême) « que ce n’est rien d’autre qu’une prière. » Kemnitius ajoute (page 319) l’autorité de Gratien qui (au canon arianos 1 quest 1) déduit, de ce texte de saint Augustin que l’imposition des mains n’est pas un sacrement, parce qu’elle peut être répétée, puisqu’elle n’est rien d’autre qu’une certaine prière.

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