Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 238)
Cette seconde objection repose sur deux mensonges éhontés. Calvin ose affirmer que les anciens n’ont jamais reconnu que deux sacrements. Ce mensonge, nous l’avons réfuté par les témoignages ci-haut cités, et quand nous avons traité du nombre des sacrements. Calvin nie aussi que les anciens aient appelé la confirmation sacrement. Nous avons réfuté ce mensonge par les citations de Melchiade, d’ Eusèbe, de Cyprien, d’Augustin et d’autres. Et au sujet du texte de saint Augustin que cite Calvin, je réponds que saint Augustin ne parle que de la simple imposition des mains qui se faisait lors de la réconciliation des pénitents, non de l’imposition des mains avec chrême, qui est proprement le sacrement de confirmation.
Mais Calvin insiste en disant : « Qu’ils ne nous assomment pas avec leur bavardages et leurs distinctions fétides : saint Augustin, osent-ils dire, ne parlait pas de l’imposition des mains de la confirmation, mais de celle qui était utilisée pour la guérison ou la réconciliation. Son livre est encore là. » Et Calvin prouve qu’il s’agit des deux impositions (guérison, confirmation) en même temps, parce que saint Augustin parle des hérétiques qui retournent à l’Église et qui ne sont pas rebaptisés, mais sur lesquels on impose les mains , et qui de cette façon reçoivent le Saint-Esprit. Et il confirme son propos par le livre 5, chapitre 23 sur le baptême.
Je réponds d’abord que si ces considérations prouvaient quelque chose, elles prouveraient que la confirmation est le seul sacrement qu’on puisse répéter. Elles ne prouveraient pas qu’il n’est pas un sacrement proprement dit, ce que Calvin avait à prouver. Car, saint Augustin parle ainsi : « L’imposition des mains n’est pas comme le baptême qui ne peut pas être répété. Car, qu’est-elle d’autre qu’une prière sur un homme ? » Du fait que l’imposition des mains est une prière, saint Augustin n’en conclut pas qu’elle n’est pas un sacrement, mais qu’elle n’est pas un sacrement qui ne peut pas être répété. Car, on peut facilement prouver que c’est un sacrement. En effet, voici la matière sensible : l’imposition des mains; la forme, la prière; l’effet, la grâce de l’Esprit Saint, comme Calvin lui-même le soutient. Pourquoi n’est-elle donc pas un sacrement ?
On ne peut pas non plus conclure de ce passage que la confirmation est un sacrement réitérable. Car, comme je l’ai dit, il ne s’agit pas ici de la confirmation, mais de la réconciliation des pénitents. Ce que je prouve par les raisons suivantes. D’abord, saint Augustin enseigne souvent que la confirmation se fait avec le chrême, comme on le voit pas les lieux cités. Or, dans le texte présent, non seulement il ne dit pas un seul mot sur le chrême, mais il laisse entendre clairement qu’il est question de l’imposition des mains sans le chrême. Autrement, il n’aurait pas dit : « qu’est-ce autre qu’une prière ? » Car, on pourrait lui répondre : c’est une consécration, et une consignation par l’onction du chrême.
Deuxièmement. Le sacrement de confirmation, une fois qu’il a été donné, ne peut pas être répété, selon le concile de Tarragone, et le rescrit du pape Grégoire 11, comme Gratien l’atteste (dist 5, canon sur la consécration). On en a parlé aussi dans le canon de homine. Et, de plus, on trouve la même chose dans saint Augustin (livre 2, chapitre 104, contre les lettres de Petilian). Il dit, là, que « le sacrement de confirmation, comme celui du baptême, peut être et demeurer dans les mauvais, mais pour leur condamnation. » S’il demeure dans les mauvais, il ne peut donc pas être redonné à ceux qui se convertissent, puisqu’ils l’ont déjà et ne l’ont jamais perdu. On peut donc conclure de ce qu’il enseigne ici, que quand il a dit que l’imposition des mains pouvait se répéter, il ne parlait pas du sacrement de confirmation.
Troisièmement. Saint Augustin parle de la réconciliation des pécheurs, comme Calvin le reconnait, et c’est ce que les textes cités nous font manifestement comprendre. Mais l’imposition des mains de la réconciliation est, surtout dans l’église occidentale, distincte de l’imposition des mains de la confirmation. Saint Augustin ne parlait donc pas de l’imposition des mains de la confirmation.
Nous prouvons l’antécédent avec l’épitre 1 du pape Vigile (chapitre 3) où il affirme cela formellement. Avec l’épitre 61 de saint Grégoire (livre 9), où il dit que, dans l’église orientale, on avait coutume d’être reçu par l’onction du chrême; en Occident, par la seule imposition des mains. Cette diversité de cérémonies s’explique ainsi : les ariens, dans leur secte, n’étaient pas confirmés par le chrême, alors que les occidentaux l’étaient. Voilà pourquoi, en Orient, il fallait oindre les ariens qui revenaient à l’Église, parce que cela leur manquait. Et voilà pourquoi aussi le concile de Nicée ((récemment traduit de l’arabe), au canon 13, ordonnait que soient oints les ariens qui retournaient à l’Église. Or, si, même en occident, les ariens rejetaient la confirmation, cependant, quand ils revenaient à l’Église, ils n’étaient pas confirmés tout de suite, mais plus tard, selon les circonstances, comme nous le faisons aujourd’hui avec les luthériens qui reviennent à l’Église. C’est peut-être aussi parce que cette onction, dans l’église orientale, n’était pas un sacrement, mais un rite quelconque.
Quoi qu’il en soit, le pape Grégoire dit, en toutes lettres, qu’en occident, on ne les oint pas, mais qu’on les réconcilie par l’imposition des mains. Voilà pourquoi quand saint Augustin, qui était de l’église occidentale, parle de la réconciliation des hérétiques par l’imposition des mains, il ne parle donc pas de la confirmation qui ne se faisait pas sans onction, mais d’une simple réconciliation.
Deux choses semblent contredire notre explication. La première. Au livre 3 sur le baptême, (chapitre 16), dans le même chapitre où saint Augustin avait dit que l’imposition des mains n’était rien d’autre qu’une prière, il a dit aussi que, par cette imposition des mains, on ne s’attendait pas à ce que les confirmands parlent en langues, comme cela se faisait au temps des apôtres, mais qu’il suffisait que le Saint Esprit soit infusé invisiblement. Or, c’est précisément ce passage que nous avons déjà cité en parlant du sacrement de confirmation. Saint Augustin, parle donc de l’imposition des mains de la confirmation. Ou il emploie équivoquement l’imposition des mains dans un seul et même chapitre. Ce qui semble absurde.
L’autre. Au livre 5, chapitre 23 du baptême, saint Augustin dit que, par l’imposition des mains réconciliatrice, le Saint Esprit est donné. Or, cela est, pour nous, un effet de la confirmation. Donc, pour saint Augustin, l’imposition des mains confirmatrice et l’imposition des mains réconciliatrice étaient donc une seule et même chose.
Je réponds à la première que, dans le même chapitre, saint Augustin a, sans faute de sa part, parlé de l’imposition des mains dans deux sens différents. Car, son intention était de réfuter l’argument de saint Cyprien, qui, du fait que l’Esprit Saint ne pouvait être donné et reçu que dans la seule église catholique, concluait que les sacrements des hérétiques n’étaient ni vrais ni valides. Or, pour réfuter cet argument, saint Augustin explique, au début du chapitre, ce que l’on doit entendre par l’Esprit Saint, quand on dit qu’il ne peut être donné que dans la seule église catholique par l’imposition des mains. Il faut entendre, dit-il, le don de charité, que ne peuvent avoir que les bons, et seulement dans l’église catholique, parce que, en dehors, d’elle aucun n’est bon. Dans ce passage, saint Augustin entend l’imposition des mains dans un sens général, qui vaut autant pour la confirmation que pour la réconciliation, ou pour une ordination. Car, par elle, la grâce et la charité sont toujours données à ceux qui n’y mettent pas d’obstacle.
Il veut donc montrer que, par l’imposition des mains, est réellement donné le don de la charité. Et il l’affirme en donnant comme exemple l’imposition des mains de la confirmation quand il dit qu’on ne s’attend pas que ceux sur qui on impose les mains parlent en langues, mais que la charité leur est infuse secrètement. Il emploie donc, ici, l’expression imposition des mains dans un sens plus strict (c’est-à-dire la seule imposition des mains de la confirmation), sans faire de vicieuse équivoque, car ce qui convient à tout le genre peut être déclaré correctement par l’exemple d’une seule espèce.
Il retourne ensuite à l’argument de Cyprien, et distingue trois choses : le sacrement, le don du Saint-Esprit gratuitement donné, comme une prophétie, et le don qui fait un reconnaissant, c’est-à-dire la charité. Et il dit que en dehors de l’église ou dans les hommes mauvais, les deux premières peuvent exister, mais non la troisième. Et que c’est pour cela qu’il faut revenir à l’Église pour que, par l’imposition des mains de la réconciliation, ils l’a reçoivent. Et comme quelqu’un aurait pu penser que cette imposition des mains ne pouvait pas être répétée, comme on ne peut répéter ni le baptême, ni la confirmation ni l’ordre, c’est pour cette raison qu’il ajoute qu’on peut répéter cette imposition des mains de la réconciliation, parce qu’elle n’est rien d’autre qu’une prière sur un homme, c’est-à-dire, elle n’est pas une consécration qui demeure et qui imprime un caractère. Comme elle n’est qu’une cérémonie qui aide la prière, elle peut être répétée.
À l’autre argument, je réponds, comme je l’ai déjà dit, que le Saint Esprit est donné par l’imposition des mains en vue de plusieurs effets. Car,l’imposition des mains dans la confirmation est donnée pour fortifier l’âme dans la profession de la foi; l’imposition des mains de la réconciliation est donnée pour la rémission des péchés; l’imposition des mains du sacrement de l’ordre est donnée pour procurer le pouvoir d’administrer les sacrements.
Au texte de Gratien allégué par Kemnitius, je réponds que Gratien veut dire que l’imposition des mains dont parle saint Augustin n’est celle ni du sacrement de confirmation, ni celle du sacrement de l’ordre. Il a tout à fait raison de dire cela. Et il le prouve correctement par le fait qu’elle peut être répétée. Il ne nie pas que ce soit le sacrement de réconciliation, car, même l’eucharistie, qui est certes un sacrement proprement dit, peut être répétée.
La troisième objection est que, pour les anciens, la confirmation ne fut que la catéchèse des enfants qui avaient été baptisés à leur naissance. C’est ce que soutient Calvin, (au même endroit, versets 4 et 13) où il cite Léon (épitres 35 et 77) et saint Jérôme (livre contre les lucifériens). Tous pensent de la même façon. Mais c’est une objection qui ne vaut rien du tout. Car, d’abord, ni l’Écriture, ni aucun auteur ne parle de cette catéchèse. Dans les Actes (8 et 19), il est écrit que les apôtres ont prié, on imposé les mains, et que c’est de cette façon qu’a été donné le Saint Esprit. Or, il n’est fait aucune mention de l’examen des enfants. Les pères parlent comme nous l’avons montré plus haut. Saint Léon , dans les .épitres 35 et 77 ne dit rien sur ce sujet, car il parle de la réconciliation des hérétiques, non de l’examen des enfants. Saint Jérôme non plus, ne prononce pas le mot examen.
D’ailleurs, non seulement cette proposition n’est pas conforme à la doctrine des pères, mais elle leur répugne. Car, les pères ont donné même aux enfants la confirmation par l’onction et l’imposition des mains, comme l’enseigne expressément Innocent 1 (épitre 1, et dans son livre sur les dogmes ecclésiastiques, chapitre 52, et son ordre romain. ) Et de plus, il est très certain qu’ils le donnaient aux enfants avant l’eucharistie, comme nous le montre le sermon de saint Cyprien sur ceux qui ont apostasié pendant la persécution. Ils ne leur donnaient l’eucharistie qu’après la confirmation, comme nous le montrent Denis, Ambroise et d’autres. Or, il est certain que des enfants ne sont pas capables de comprendre une catéchèse, ni de répondre aux questions d’un examen. Et les adversaires ne veulent pas que cet examen s’adresse à des enfants, mais à des adolescents. Il est donc évident que tous les pères ne parlent pas du rite de confirmation que les hérétiques de notre temps ont créé de toutes pièces Enfin, presque tous les pères ont parlé du Chrême, et du signe de croix sur le front. Et c’est en cela qu’ils ont placé l’essence de ce sacrement, comme leurs citations le démontrent.
Dans la deuxième partie de son examen (page 297), Kemnitius disserte des sentences des pères; et il réduit à cinq chapitres toutes ses solutions. Il dit d’abord que, parmi les auteurs cités en faveur du sacrement de confirmation, beaucoup sont des apocryphes et des faussaires. Mais c’est parler pour rien. Car, même si les épitres citées de Melchiade, d’Eusèbe et d’Urbain, les livres de Denys l’aréopagite, les homélies d’Eusèbe Emissenis, et les sermons de Cyprien sur les œuvres capitales du Christ, sont pour certains, des œuvres douteuses, et même contrefaites, nous en avons quand même un grand nombre de tout à fait certaines et parmi les auteurs les plus approuvés. Mais ces auteurs qu’on dit douteux ou apocryphes sont quand même anciens et excellents, même si on n’est pas sur que ce soit eux qui aient écrit les livres qui portent leur nom.
Deuxièmement. Il ajoute que des auteurs qui parlent de la confirmation sont reconnus par tous pour avoir vraiment écrit les livres qui portent leur nom, mais qu’ils venaient de l’école de Montan, comme Tertullien et Cyprien. Mais, nous avons déjà démontré que c’est un impudent mensonge. Il dit aussi que d’autres, qui sont de vrais auteurs, ont appelé la confirmation sacrement, mais improprement, au sens large, parce que c’est une cérémonie humaine qu’on a coutume d’utiliser dans le baptême. Et c’est dans ce sens qu’il explique les passages de saint Augustin cités par nous (livre 20, chapitre 26, sur la trinité, et livre 2, chapitre 104, contre les lettres de Peilian). Mais Kemnitius commet ici une grosse erreur.
Nous avons montré, plus haut, que presque tous les pères distinguaient la confirmation du baptême, et l’effet spirituel qui leur est attribué, et qui n’appartient proprement et vraiment qu’à ces sacrements. Et c’est ce qui se dégage clairement des passages de saint Augustin ci-haut cités que, à sa façon coutumière, Kemnitius a cités incorrectement et en les tronquant. Car, dans le premier texte, il dit que les préposés de l’Église imposaient les mains et les oignaient du chrême pour que soit donné le Saint Esprit , comme faisaient autrefois les apôtres (Actes V111). Or, il est certain que l’action des apôtres ne fut pas une cérémonie humaine ajoutée au baptême, mais une autre cérémonie, divine, et très efficace.
Dans l’autre texte, Saint Augustin fait beaucoup d’efforts pour montrer que la vraie confirmation, comme le baptême, peut être donnée et reçue par les méchants. Or, quel besoin y avait-il de donner péniblement des preuves pour une cérémonie purement humaine et stérile ? Et qui pouvait nourrir des doutes à ce sujet ? Puis, ce même Augustin, au même endroit, dit que les mauvais reçoivent le sacrement de confirmation visiblement, sans la grâce invisible du Saint Esprit, et qu’ils le reçoivent pour leur condamnation. Or, il ne mettrait pas, dans les mauvais, une distinction si nette entre le sacrement visible et la grâce invisible s’il ne croyait pas que, dans les bons, ils sont unis de façon à ce que l’un soit donné par l’autre. Et, une cérémonie purement humaine n’est pas reçue pour la condamnation, même si elle reçue par des mauvais. Enfin, saint Augustin dit, au même endroit, que le sacrement du chrême est un sacrement comme l’est le baptême lui-même. Et quel blasphème ce serait de rabaisser le baptême à n’être plus qu’une cérémonie humaine !
Quatrièmement. Kemnitius dit que même si les anciens ont parlé de différentes façons de cela, il n’y en eut aucun, dans la prime antiquité, qui ait extorqué au baptême ses effets propres pour les attribuer au chrême, comme le font les papistes aujourd’hui. Et parce que saint Cyrille de Jérusalem lui donnait du fil à retordre, il met en doute qu’il ait été le véritable auteur des catéchèses; et le soupçonne d’avoir, pendant un certain temps, erré dans la foi. Ce qui lui permet de rejeter comme faux ce qu’enseigne saint Cyrille. Mais tout cela n’est qu’une bouffée de vent. Car, aucun de nous ne dit qu’il faut enlever au baptême ses effets pour les reporter à la confirmation, mais nous attribuons à chacun de ces sacrements ses effets propres respectifs.
Au sujet des catéchèses de saint Cyrile, personne n’en a jamais mis en doute la paternité. Et Kemnitius ne donne aucune raison ou prétexte qui nourrirait son doute. Au sujet de la probité et de la crédibilité de saint Cyrille, nous possédons un témoignage irrécusable, une lettre du concile de Constantinople au pape Damase (d’après Theodoret, livre 5, chapitre 9). Tout le concile œcuménique recommande vivement Cyrille « qui a livré de nombreux et grands combats pour la foi contre les Ariens. »
Cinquièmement. Kemnitius dit que les pères parlent fort différemment des auteurs récents. Car, les anciens inculquent une imposition des mains qui est maintenant abolie. De même, les anciens parlent de l’huile, mais aucun auteur approuvé ne décrit un mélange d’huile et de baume, comme le font les plus récents. De plus, les anciens attribuent au baptême les effets que les auteurs récents attribuent à la confirmation, comme donner la grâce, donner le Saint Esprit, parfaire, et armer contre le diable. Enfin, les auteurs anciens annexent l’onction au baptême; les auteurs récents les séparent.
En parlant ainsi, Kemnitius radote ou hallucine. D’abord, il est faux que l’imposition des mains ait été abolie, comme nous l’avons démontré plus haut, au chapitre 2. Ensuite, le pape saint Grégoire (chapitre 1 des cantiques) dit en toutes lettres que l’huile est mélangé au baume, et il est certes, un auteur très approuvé. Ensuite, il est faux que les pères attribuaient au baptême les mêmes effets que ceux que nous attribuons aujourd’hui à la confirmation, même si les noms des effets sont parfois semblables. Car, le baptême donne une grâce et le Saint Esprit, mais pour d’autres effets que ceux que procure la confirmation. Ne voyons-nous pas (en Jean XX) que c’est par une insufflation que le le Seigneur a donné l’Esprit-Saint à ses apôtres ? Et cependant, au même moment, il leur a promis le Saint-Esprit. (Actes 1), et il l’a donné (Acte 2).
Le baptême arme aussi, parce qu’il donne la grâce pour bien agir. Mais la confirmation ajoute une force spéciale pour professer la foi. Voilà pourquoi il a été dit aux apôtres déjà baptisés : « Restez assis dans la cité, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut. » Enfin, le baptême perfectionne, dans son genre, parce qu’il fait réellement et vraiment des justes et des fils de Dieu. Mais, pourtant, la confirmation perfectionne encore, dans son genre. Exemple. Un enfant est parfait, quant à son essence, mais ne l’est pas quant à la taille et le poids. C’est pourquoi les pères qui ont parlé magnifiquement du baptême ont aussi parlé magnifiquement de la confirmation, comme les citations données plus haut le montrent.
L’objection qu’il fait à propos de l’union de l’onction avec le baptême démontre tout simplement son ignorance. Car, les anciens avaient même coutume d’unir le baptême avec l’eucharistie, pour les baptêmes d’enfants autant que pour les baptêmes d’adultes. Et pourtant, nul ne doute que ces deux sacrements soient des sacrements distincts. Aujourd’hui, quand on baptise des adultes, on donne le même jour le baptême, la confirmation et l’eucharistie, comme le faisaient les anciens. Mais, quand on baptise des enfants, on reporte les autres sacrements jusqu’à ce que les enfants parviennent à l’âge de raison. En effet, ces sacrements ne sont pas nécessaires aux enfants, et c’est avec plus de fruit et de révérence qu’ils peuvent être reçus par les adultes. Les luthériens ne nous contredisent pas là-dessus.
CHAPITRE 8
La matière du sacrement de confirmation
Vient ensuite une autre question qui porte sur la matière de ce sacrement. Même si nous avons dit plusieurs choses là-dessus dans le chapitre précédent, la chose demande d’être expliquée avec plus de précision. La matière éloignée de ce sacrement tous les catholiques, à l’unanimité, enseignent que c’est de l’huile mêlée à du baume, qui a été consacré par un évêque. La matière prochaine, qui est proprement l’autre partie de ce sacrement, est l’onction (avec le mélange de baume et d’huile consacré par l’évêque), faite sur le front du confirmand en forme de croix.
Non seulement les hérétiques rejettent tout cela, mais ils en font des gorges chaudes, et ce mélange de baume et d’huile ils l’appellent, par mépris, graisse ou embonpoint. Et, à la page 324, Kemnitius ne pense même pas devoir oindre, avec ce chrême, les pieds d’un impie torréfiés par une longue marche au soleil. Et l’on dit qu’en Gaule, les calvinistes oignaient leurs jambières avec ce chrême. Pour établir plus commodément la vérité, j’énoncerai les propositions suivantes.
La première. Le chrême, ou l’onction, est la matière du sacrement de confirmation. Cette proposition est, pour les catholiques, tout à fait certaine. Car, c’est ce qu’enseignent le concile de Florence (dans son instruction aux arméniens), le concile de Trente (session 7, canon 2 sur la confirmation). On le prouve par les deux textes de l’Écriture où il est fait expressément mention de cette onction, ou qui y font surement allusion. Le premier est 11 Corinthiens 1 : « Le Dieu qui nous confirme, qui nous a oints, signés, et a donné les arrhes de l’Esprit dans nos cœurs. »
Les pères voient dans ce texte le sacrement de confirmation. Comme saint Ambroise (le chapitre 7 du livre sur l’initiation aux mystères), Anselme, et Theodoret dans son commentaire. Et c’est ce que ces mots signifient clairement. Car, d’abord, le verbe «confirmer » est propre à ce sacrement, dans lequel la force est donnée. Ensuite « il nous a oints » indique une onction externe. Et s’il se rapporte à une onction interne, il fait en même temps allusion à une onction externe. Car l’opération interne du Saint-Esprit est appelée onction, parce qu’elle a coutume d’être donnée et signifiée par une onction externe. Le « il vous a signés » peut se référer autant à la contresignature par le caractère qu’au signe de croix externe qui, dans le sacrement, est imprimé sur le front. Ensuite, le « il a donné les arrhes de l’Esprit dans nos cœurs » désigne ouvertement l’effet principal de ce sacrement, qui est un don de la charité.
L’autre passage est celui de 1 Jean 11 : « Quant à vous, que l’onction que vous avez reçue de Lui demeure en vous. » Ce texte les pères l’appliquent au sacrement de confirmation. Saint Cyrille de Jérusalem (dans sa catéchèse mystagogique 3), et saint Augustin (traité 3 sur l’épitre de saint Jean) disent qu’il s’agit là du sacrement de l’onction dont l’effet est seulement une vertu invisible.
On le prouve en second lieu, et avec plus d’efficacité, par le consentement unanime des pontifes, des conciles, des pères grecs et latins, que nous avons cités plus haut. Les témoignages de l’Écriture, il est vrai, tiennent la première place. Mais, quand ils ne sont pas aussi clairs qu’on aimerait, l’autorité de l’Église qui recommande clairement ces textes de l’Écriture, revêt alors une immense importance.
La seconde proposition. La matière de la confirmation n’est pas seulement de l’huile, mais de l’huile mêlée au baume. On le prouve d’abord par la tradition. Même si Denys l’aréopagite ne nomme pas expressément le baume, il en décrit clairement l’effet ou la propriété. Au chapitre 4, part 3, de sa hiérarchie ecclésiastique, il enseigne que le chrême est composé de différentes choses, et qu’il est odoriférant. Voici ces paroles : « Nous apprenons que la composition de l’onguent est une mixture de matériaux qui répandent une suave odeur. »
Saint Clément (livre 8, chapitre 44) des constitutions apostoliques) Dans la bénédiction du chrême, il fait mention d’une odeur parfumée. Saint Fabien, pape et martyr, (dans son épitre 2 aux orientaux), dit ouvertement que c’est le Christ lui-même qui a institué que le chrême soit confectionné avec de l’huile mêlée à du baume. Saint Cyprien, ou quiconque est l’auteur du sermon sur l’onction du chrême, dit : « Aujourd’hui, dans l’église, le saint chrême est confectionné. Le mélange d’huile et de baume sacerdotal exprime l’unité de la gloire royale. »
Saint Grégoire de Tours (livre sur la gloire des martyrs, chapitre 41) raconte un miracle prodigieux, qu’avait raconté Prudence dans son livre contre les Juifs. Là où Prudence disait seulement « lavé et oint » (comme le requérait la poésie), Grégoire dit : « Lavé par le baptême, et oint par le baume. » Grégoire témoigne donc qu’au temps de Prudence, il y avait du baume dans le chrême. Et même bien avant l’époque de Prudence. Car, le même Grégoire raconte une histoire qui est arrivée au temps d’un empereur païen. Quand il examinait les intestins des victimes et cherchait des réponses par les artifices des démons, il n’obtint aucun résultat. C’était parce que les démons redoutaient la présence d’un adolescent qui accompagnait l’empereur. Cet adolescent avait été lavé par le baptême, et oint sur le front par le chrême.
Comme nous l’avons déjà dit, saint Grégoire premier (chapitre 1 du cantique des cantiques) affirme en toutes lettres que le chrême est composé avec de l’huile et du baume. C’est aussi ce qu’ont enseigné le concile de Florence (dans son instruction aux Arméniens), et tous les scolastiques, ainsi que tous les auteurs récents.
Même si les autres pères anciens n’employaient pas le mot baume, ils laissaient entendre assez clairement que c’était du baume qu’ils parlaient, quand ils appelaient l’onction qui est donnée dans le sacrement de confirmation chrême, et non huile. Car, par l’usage qu’en fait l’église, le mot chrême ne signifie pas seulement de l’huile, mais un onguent confectionné de plusieurs choses. Un texte d’Innocent 111 nous fait bien comprendre cela, (chapitre sur la pastorale, sur la non-itération des sacrements). Il rapporte que, par erreur, quelqu’un avait été confirmé uniquement par de l’huile bénite, et non avec un onguent confectionné avec de l’huile et du baume, comme c’est la coutume. Et il écrit que cette personne n’avait été ointe qu’avec de l’huile bénie, non avec du chrême. Peut-onc avoir une plus claire distinction entre l’huile et la mixture d’huile et de baume ?