Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 239)
Il en est ainsi dans le concile de Carthage 2 (canon 36) où il est dit qu’il n’est pas permis aux prêtres de confectionner un chrême. Qu’est-ce d’autre confectionner un chrême si ce n’est faire un seul onguent de plusieurs ingrédients ?
Se présente ensuite une figure de l’ancien testament. Car, l’onguent que Dieu a ordonné de confectionner (Exode XXX), pour oindre le tabernacle et les prêtres, était une figure du chrême de l’Église, qui est le brai tabernacle de Dieu, et qui oint les baptisés. C’est ce qu’enseignent saint Cyprien (dans son sermon sur l’onction du chrême), et saint Pierre Damien (dans son sermon 1 sur la dédicace.) Cet onguent était composé d’huile d’olives avec l’ajout de sucs odoriférants, dont l’un était de la myrrhe, et l’autre du baume.
Il se produit aussi quelque chose de cocasse. Car, en voulant ridiculiser, Kemnitius se rend lui-même ridicule. Les théologiens, comme saint Thomas, (3, par question LXX11, enseignaient que la matière du sacrement doit signifier l’effet du sacrement. Or, l’effet de ce sacrement est principalement la confirmation dans la foi, qui requiert deux choses : la pureté, et la ferveur de la foi dans le cœur, ainsi que la constance dans la confession orale de la foi. La première est signifiée par l’huile, qui est un liquide très pur, subtil, clair, beau. Le second n’est pas moins bien signifié par le baume, lui qui répand une bonne odeur sur les autres.
De plus, les effets de ce sacrement sont signifiés par les langues de feu qui apparurent aux apôtres le jour de la pentecôte. Car, même si les apôtres ont été confirmés immédiatement par Dieu, en ce jour-là, sans sacrement, cependant l’effet invisible ne s’est pas produit sans un signe symbolique visible. Ces deux signes, les langues et les feux, ou plutôt ce seul signe constitué de deux signes (des langues de feu) correspond admirablement à notre sacrement formé d’huile et de baume, ou au chrême formé de ces deux mêmes éléments.
Kemnitius se moque de ces rapprochements (page 286) en ces mots : « Dresse tes oreilles, cher lecteur, tu vas entendre quelque chose d’inouï et de tout à fait génial. » Et plus bas : « Je sais que tu t’émerveilleras quand tu auras entendu. Le feu de la pentecôte correspond à l’huile du pontife dans la confirmation ! Pour quelle raison ? Parce que l’huile nourrit le feu. Mais c’est ce que fait aussi un morceau de bois de chêne, qui se durcit à la fumée. La forme des langues répond au baume, parce qu’il est odoriférant. Mais qu’est-ce que les langues ont en commun avec des odeurs ? Sommes-nous parfumés par une langue ? »
Or, il n’est pas surprenant qu’un homme sot entende sottement ce qui a été bien dit et bien écrit par les doctes. Car, nous ne disons pas, évidemment, que l’huile correspond au feu parce qu’elle nourrit le feu, mais que, dans l’Écriture, la sagesse et la charité ont été représentées par le feu, et aussi le Saint esprit qui éclaire et réchauffe les cœurs, comme le feu éclaire et réchauffe les corps. De la même façon, dans les Écritures, l’huile ou l’onction signifient également la charité et la sagesse, et le Saint-Esprit lui-même. Car, l’huile rend les choses claires, perceptibles, et en même temps donne de la saveur, amollit et pénètre.
Au sujet du feu, nous lisons dans Luc X11 : « Je suis venu mettre le feu sur la terre. » Et aux Hébreux X11 : « Notre Dieu est un feu consumant. » Au sujet de l’onction, nous lisons des choses semblables. Actes X : « Il l’a oint du Saint-Esprit, et de sa force. » Et en 1 Jean 11 : « L’onction vous enseignera toutes choses. » Kemnitius ne trouvera pas dans l’Écriture un texte où l’Esprit Saint est comparé à un morceau de bois de chêne. En ce qui a trait aux langues et au baume, la ressemblance réside en ceci : comme par la langue la voix est communiquée, et que c’est de cette façon que s’exprime à l’extérieur la profession de foi, c’est aussi par le baume qu’est communiquée l’odeur, et c’est de cette façon qu’est signifiée la proclamation externe de la vraie foi. Mais assez des âneries de Kemnitius.
La troisième proposition. Le chrême, qui est la matière du sacrement de confirmation, doit d’abord être béni et consacré. Tous les catholiques s’entendent là-dessus. Mais Calvin et Kemnitius taxent cette bénédiction de superstition et de magie. Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 8) appelle le chrême consacré « l’huile du démon polluée par un mensonge. » Et Kemnitius (page 287) dit qu’on doit l’appeler le chrême « enchanté ou ensorcelé ».
Nous prouverons donc cette vérité par des témoignages des anciens pontifes, des conciles et des pères. Saint Clément (livre 7, chapitres 42 et 44 des constitutions apostoliques) parle assez longuement de cette consécration, qu’il fait même remonter jusqu’aux apôtres. Le pape Fabien enseigne la même chose (dans son épitre 2 citée plus haut). Il ajoute même que, à chaque année, (à la férie 5 de la cène du Seigneur) un nouveau chrême doit être consacré. Saint Damase 1 épitre 4, Innocent 1 (épitre 1, chapitre 3) , Léon 1 (épitre 88), Gelase 1 (épitre 1), Jean 111 (épitre unique), saint Grégoire 1 (chapitre 1 des cantiques), et Innocent 111 (chapitre cum venisset, la sainte onction). Tous ces pères enseignent clairement et formellement que le chrême doit être consacré, et cela, par le seul évêque.
On le prouve ensuite par les conciles. Le canon 69 du concile de Nicée (selon la traduction récente en latin du codex arabique) parle expressément de trois consécrations, qui sont encore en vigueur dans l’église catholique de maintenant : celle de l’huile des catéchumènes, celle des infirmes, et celle du chrême. Le concile de Laodicée (canon 48) parle du très saint chrême. Le concile romain, sous Sylvestre, interdit aux prêtres (au canon 5) de faire du chrême, parce que c’est une cérémonie qui relève des évêques. Donc, faire un chrême ce n’est pas seulement mélanger de l’huile avec du baume, mais aussi consacrer le tout. Car, autrement, même les pharmaciens pourraient faire du chrême. Un peu après, les conciles de Carthage 2, canon 3, et 3, canon 36, ordonnent aux prêtres, à chaque année, d’aller quérir du chrême auprès de leur évêque propre, et cela, non par des jeunes clercs, mais par eux-mêmes, ou par celui qui préside ou par le sacristain. Nous voyons donc dans ce concile, qui pour tous possède une grande autorité, qu’au sujet du renouvellement du saint chrême, chaque année on trouve la même chose que ce qu’on lit dans la lettre du pape Fabien qui est, pour certains, apocryphe.
Nous voyons aussi quel respect, quelle révérence, le concile a portée à cette sainte huile quand il a interdit qu’elle soit apportée par des jeunes clercs, et quand il a prescrit expressément que ce soit à celui qui préside à la paroisse ou au moins au sacristain, d’aller la chercher. Le concile de Vasense dit la même chose (canon 3). Il dit qu’il ne convient pas que les choses sublimes soient confiées à de simples clercs; que celui qui vient la chercher doit être au moins sous-diacre. Le concile de Tolède 1 (canon 20) déclare, à son tour, qu’il n’est permis qu’à l’évêque de consacrer le chrême; et qu’il faut aller le lui demander à chaque année, avant pâque. Le concile 2 de Hispalense, (canon 7) et le concile de Bracarense (canon 37), le concile de saint Boniface martyr, (que l’on trouve dans sa vie), et celui de Wormasciense (canons 2 et 8) et celui de Florence (instruction aux Arméniens) enseignent la même chose.
Il faut noter que, à l’exception de celui de Florence, ces conciles sont non seulement très anciens, mais ont été célébrés dans des provinces différentes. Nicée et Laodicée, en Grèce, le romain et le florentin en Italie, les Carthaginois en Afrique, ceux de Tolède et d’Hispalensis en Espagne, celui de Bracarense en Lusithanie, de Vasense en Gaule, et celui de saint Boniface et de Wormasciense en Allemagne. Ce qui nous fait comprendre que c’est toute l’église ancienne qui a foulé aux pieds les hérétiques de ce temps, qui exècrent la consécration du saint chrême, et qui la voient comme une incantation, ou un tour de passe-passe de magicien.
Troisièmement. On le prouve avec les pères. Denys l’aréopagite parle de cette consécration dans tout le quatrième chapitre de sa hiérarchie ecclésiastique. Il affirme même qu’il l’a apprise des apôtres. Théophile d’Antioche, le sixième successeur de saint Pierre (livre 1 à Autolycus, qui se trouve au tome 5 de la bibliothèque des saints pères) appelle le saint chrême « l’huile divine ». Il dit aussi que c’est à cause de cette onction, que les chrétiens sont appelés chrétiens (oints).
C’est quelque chose qu’il faut relever contre Kemnitius, qui, page 305, accuse saint Cyrille de mensonge contre la parole de Dieu, parce qu’il avait dit « qu’ils n’étaient pas dignes d’être appelés chrétiens ceux qui n’ont pas été oints du chrême ». ---« Il appert cependant, réplique Kemnitius, que le mot chrétiens vient d’Antioche, comme le témoigne saint Luc Actes X1. » Comme si ce nom ne pouvait pas avoir été donné d’abord à Antioche et provenir, en même temps, du mot chrême. Il est tout à fait certain que, étant proche des temps apostoliques, Théophile d’Antioche connaissait mieux l’histoire d’Antioche que Kemnitius, qui est un allemand, et qui vient tout juste de commencer à respirer.
Tertullien (au livre du baptême) : « Une fois sortis du bain, nous sommes oints par l’onction bénie. » Saint Cyprien (livre 1, épitre 12) : « C’est sur l’autel que l’huile est sanctifiée. Or, celui qui n’a ni autel, ni église, ne peut pas sanctifier la créature huile. L’onction spirituelle ne peut donc pas exister chez les hérétiques, puisqu’il est certain que, chez eux, l’huile ne peut pas être consacrée, et que l’eucharistie ne peut pas être faite. » L’auteur du sermon sur l’onction du chrême (que l’on trouve dans les œuvres de saint Cyprien dit (férie 5, cène du Seigneur) dit : « Aujourd’hui, l’onguent est préparé pour la sanctification. »
Saint Basile (chapitre 27 de son livre sur le Saint-Esprit) écrit : « Nous bénissons l’eau du baptême et l’huile de l’onction. » Saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 3 mystagogique) : « Après avoir été consacré, le saint onguent n’est plus un onguent quelconque (nu), mais le chrême du Christ. » Optatus (livre 2 ) : « Pour que vos évêques violent toutes les choses sacrosaintes, ils ordonnèrent de nourrir les chiens avec l’eucharistie, et de projeter par la fenêtre l’ampoule du saint chrême, pour la casser. » Or, il est certain que, si le chrême n’avait pas été consacré, Optatus n’aurait pas dit que le chrême est « sacrosaint), et il ne l’aurait pas comparé avec l’eucharistie.
Saint Augustin (livre 5 sur le baptême, chapitres 19 et 20), commente l’argument de saint Cyprien qui lui permettait de prouver que « les hérétiques n’avaient pas les vrais sacrements, parce qu’ils ne peuvent pas consacrer d’huile, avec laquelle sont oints les baptisés pour qu’ils reçoivent l’Esprit Saint ». Il ne dit pas (ce qu’il aurait du dire selon Calvin et Kemnitius) qu’on n’a nul besoin de consacrer de l’huile, que c’est de la superstition et de l’incantation, mais il répond que les hérétiques peuvent consacrer l’huile, car le pouvoir de consacrer ne leur vient pas de leur hérésie, mais de l’ordination qu’ils ont reçue, qui est vraie et sainte.
Et il le prouve ainsi. SI, de l’avis même de saint Cyprien, les prêtres catholiques homicides et adultères peuvent consacrer l’huile, pourquoi les hérétiques ne le pourraient-ils pas, pourvu qu’ils aient été vraiment ordonnés ? : « Pourquoi Dieu pourrait-il consacrer l’huile par les paroles qui sortent de la bouche d’un homicide, et ne le pourrait-il pas sur un autel que des hérétiques ont dressé ? » Voir aussi son traité 118 sur saint Jean, près de la fin,
À ces auteurs s’adjoignent Bède (chapitre 8 des Actes), Rupert (livre 5, chapitre 17, sur l’office divin), Isidore (livre 1, chapitre 28, des offices divins), Raban (livre 2, sur les divins offices, chapitre de la férie 5, la cène du Seigneur), Amalarius (livre 1 sr les offices ecclésiastiques, chapitre de la même férie 5), et saint Pierre Damien (sermon 1 sur la dédicace du temple.)
La quatrième proposition. Pour qu’elle soit vraie, et soit la matière prochaine de ce sacrement, l’onction du chrême en forme de signe de croix doit être faite sur le front du baptisé. Les textes déjà cités ont rendu cette proposition évidente. Parmi les pontifes, Damase, Innocent, Léon, Jean 111 et Grégoire 1 parlent explicitement du signe de croix sur le front. Et parmi les conciles, il y a celui d’Hispalensis et de Florence. Parmi les pères, Tertullien (livre sur la prescription) : « Il signe sur le front ses soldats. » Saint Cyrille (catéchèse mystagogique 3), Prudence dans psulomaxia, saint Augustin (psaume 161), en commentant ce verset : « Sur le chemin où je marchais ils m’ont tendu un piège. » Il dit, là, que différents sacrements sont reçus sur différentes parties du corps, les uns sur tout le corps, comme le baptême, d’autres dans la bouche, comme l’eucharistie, d’autres sur le front, en forme de signe de croix, dans la confirmation. Et il donne pour raison que c’est parce que le front est le lieu de la pudeur. Il est donné comme un signe, pour qu’on ne rougisse pas de confesser le Seigneur, même devant des persécuteurs. Raban, Pierre Damien disent la même chose, ainsi que tous les autres.
CHAPITRE 9
On réfute les objections contre la matière de la confirmation
La première objection est celle de Brentius (dans la confession de Wirtemberg, chapitre sur le baptême). L’usage du chrême appartient aux éléments de ce monde, et aux cérémonies judaïques, dont nous éloigne saint Paul en disant (Coloss 11) : « Si vous êtes morts avec le Christ aux éléments de ce monde, pourquoi êtes-vous encore retenus par eux ? » Je réponds que si cet argument avait quelque valeur, il prouverait qu’on ne peut pas, non plus, utiliser de l’eau dans le baptême, ni du pain dans l’eucharistie, car ces choses étaient utilisées par les Juifs. N’avaient-ils pas l’eau d’expiation, et les pains de proposition ? Voilà pourquoi, comme l’eau et le pain ont pu servir pour l’ombre et la vérité, l’huile le peut aussi. Saint Paul nous détourne des cérémonies judaïques qui sont des éléments étrangers qui ne peuvent pas justifier. Il ne nous détourne pas des sacrements chrétiens, même s’ils sont formés de la même matière.
La seconde objection. Denys l’aréropagite laisse entendre assez clairement que le rite du chrême provient en partie des onctions des athlètes païens, et en partie de la loi mosaïque. Deutéronome X11 : « Veillez à ne pas imiter les Gentils et ne pas demander leurs cérémonies. » Je réponds que Denys attribue aux apôtres du Christ la doctrine du chrême; non aux Juifs et non aux païens, comme nous l’avons montré plus haut. Ce qu’il dit des Juifs se rapporte à la figure de ce sacrement, non à son essence ou à sa vérité. Et ce qu’il dit des athlètes n’a rien à avoir avec les cérémonies ou le culte, comme l’imagine en rêve Kemnitius, mais par l’effet du sacrement qu’on peut expliquer par quelque chose de semblable. Car, comme les athlètes étaient oints pour pouvoir remporter la victoire dans un combat corporel, nous sommes oints nous aussi, par le Saint-Esprit pour triompher de nos ennemis dans le combat spirituel.
Plusieurs pères se sont servis de cette comparaison, dont saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Augustin, et d’autres. Et le témoignage du Deutéronome est hors de propos, car les athlètes n’étaient pas oints pour honorer Dieu par cette cérémonie.
La troisième objection. Les actes des conciles attestent que le chrême a été institué par Sylvestre. Les apôtres n’ont donc pas pu s’en servir. Je réponds que seuls les actes des conciles, qui se trouvent dans la vie de Sylvestre, attestent que c’est Sylvestre qui a prescrit que les prêtres touchent le sommet de la tête du baptisé avec le saint chrême. Or cette onction est différente de celle de la confirmation qui est donnée sur le front par l’évêque. Que le saint chrême n’a pas pu être institué par le pape Sylvestre nous le montrent assez clairement Tertullien, Théophile d’Antioche, Cyprien, Corneille et d’autres cités plus haut. Ils ont tous vécu avant le pape Sylvestre, et ils parlent expressément du saint chrême.
Le premier argument de Kemnitius porte sur la pentecôte. Aux actes 2 et 10, le Saint Esprit est donné sans chrême. De même, dans Actes 8 et 9, on fait mention, de l’imposition des mains, mais non du chrême. Je réponds qu’aux chapitres 2 et 10 des Actes, ce n’est pas par le moyen des sacrements que le Saint-Esprit a été donné là, mais que c’est par un privilège de Dieu que l’effet du sacrement ait été donné sans le sacrement.
Pour les autres citations des Actes, on peut donner deux réponses. La première qui est celle de certains scolastiques qui disent que l’apôtre a administré ce sacrement de différentes façons. Parce que, comme aux premiers temps, l’Esprit Saint descendait visiblement, l’onction était moins nécessaire, et l’imposition des mains suffisait. Le feu externe qui apparaissait miraculeusement attestait suffisamment le feu interne. Et, plus tard, quand les formes visibles cessèrent, c’est alors qu’on commença à se servir de l’onction, pour signifier, par elle, ce qui, auparavant, était signifié par l’apparition miraculeuse de signes visibles.
Tu rétorqueras peut-être que les apôtres n’avaient pas le pouvoir de choisir la matière de ce sacrement. Ils te répondront que ce n’est pas eux qui l’ont instituée, mais que c’est du Christ qu’ils ont reçu le mandat de se servir tantôt de l’imposition des mains, tantôt du saint chrême, comme ils le jugeraient bon. Cette solution n’est pas tout à fat improbable, et saint Thomas ( 3 par quest LXX11, art 2) ne l’a pas en horreur, et peut-être pourrait-on faire dire quelque chose de cela aux conciles de Florence et d’Innocent. Ils disent, en effet, que l’onction sacrée, est donnée, dans le sacrement de confirmation, à la place de l’imposition des mains apostolique.
Il existe une autre solution qui me parait de loin plus vraisemblable. C’est celle de Thomas Waldensis (tome 2, chapitre 113, les sacrements) et de Hugues de Saint-Victor (livre 1, par 7, cap 2 sur les sacrements) Ils disent que l’onction du chrême et l’imposition des mains sont une seule et même chose. Car, dans les épitres de Paul et de Jean, on en fait mention, mais non de l’institution du chrême.
La troisième objection de Kemnitius est contre la troisième proposition. Il est avéré que le baume natif a péri avec les arbres. Car Pline écrit (livre 12, chapitre 25) que le vrai baume n’a coutume de naitre que dans deux jardins de Judée, qui ont déjà été dévastés. « La matière de la confirmation a donc péri, écrit Kemnitius, si elle requiert nécessairement du baume. Et on ne peut pas remplacer le baume nature par un baume artificiel et factice, comme on ne peut pas remplacer l’eau du baptême par de l’eau d’érable, ni le vin de l’eucharistie par du cidre. Il n’est donc pas probable que le Christ ait voulu instituer un sacrement avec une chose si précieuse, si rare, si incertaine qu’on ne peut obtenir que par un grand labeur et de grandes dépenses.
Je réponds que la question qui se pose aux théologiens est la suivante : le baume est-il requis dans le chrême par une nécessité provenant du sacrement lui-même, ou seulement par une nécessité provenant d’un précepte. Tous les anciens théologiens (dist 7, livre 4, sent) et les jurisconsultes (chapitre pastorale, sur la non répétition des sacrements) enseignent que le baume est requis par une nécessité qui vient du sacrement lui-même, de sorte que le sacrement serait invalide s’il était donné sans baume. Mais les auteurs plus récents comme Cajetan (3 part question LXX11, art 2), Dominique a Soto (livre 4, dist 7, quest 1, art 2), et François Victoria (dans son précis du sacrement de confirmation) estiment que le baume n’est pas requis par la nécessité du sacrement, mais qu’il doit être nécessairement employé à cause d’un précepte divin. Les deux se basent sur un texte du droit canon (chapitre sur la pastorale, la non réitération des sacrements), que chacun interprète dans son sens.
Aucune de ces deux opinions est de foi ou contre la foi. Et il se trompe Kemnitius quand (à la page 309) quand il enseigne que le concile de Florence a défini, contre les scolastiques, que le baume était requis dans le chrême. Car, le concile n’exprime pas comment il est requis, mais il dit seulement que la matière est l’huile avec le baume, comme il avait dit aussi que, dans l’eucharistie, la matière est le vin avec de l’eau. Et cependant, tous estiment que, dans l’eucharistie, l’eau ne fait pas partie de l’essence, et que, sans elle, le sacrifice serait invalide.
Je nie, ensuite que, comme le prétend Kemnitius, le baume véritable et natif ait péri. Car, même si, selon ce que pensait Pline, le baume ne poussait que dans deux jardins de Judée, il pousse encore dans les Indes, et c’est de là qu’il nous arrive. Il importe peu que Pline ait ignoré cela, car il ne pouvait pas tout savoir. On ne doit pas dire non plus que le baume importé de Indes est artificiel et factice, même s’il n’est pas de la même espèce que celui de Judée. Il peut, en effet, y avoir diverses espèces de baume comme il y a différentes espèces de vin.
Ajoutons que quand il parle de deux jardins, il décrit une époque ancienne. Car, en son temps, on raconte qu’il y avait plusieurs arbres balsamiques en Palestine. Et, saint Jérôme, qui vécut trois cents ans après Pline, (chapitre 27 d’Ezéchiel), et aussi saint Grégoire, qui vécut deux cents ans après saint Jérôme, et cinq cents ans après Pline, affirment que, de leur temps, le baume poussait dans les vignes d’Engaddi. Il est donc faux de dire que baume natif a péri.
À la confirmation, c’est la pratique de l’Église qui répond. Car, bien que le baume soit précieux et rare, il n’a jamais encore fait défaut dans l’Église, et la confirmation n’a jamais été remise à plus tard à cause d’une pénurie de baume. Si Dieu a pu y pourvoir pendant quinze cents ans, il ne cessera certes pas de le faire.
La cinquième objection est contre la quatrième proposition. Kemnitius va la chercher chez Cyrille et Ambroise. Dans sa troisième catéchèse mystagoqique, saint Cyrille dit que « tous les sens du corps sont oints par le chrême. » Dans son livre sur l’initiation aux mystères (chapitre 6). Saint Ambroise dit que « la tête est ointe, et que l’huile coule sur la barbe. » Il n’est donc pas certain que, comme nous le disons, l’onction ait été donnée sur le front.
Or, Cyrille au lieu cité, veut que ce soit le front qui soit principalement oint, et ensuite les autres sens. Cela ne nous contredit en rien, car, la seule chose que nous disons c’est que le sacrement est nul si l’onction n’a pas été faite sur le front. Nous ne nions pas que, selon les rites d’autres églises, d’autres parties du corps puissent être ointes. Et dans le passage cité, saint Ambroise ne parle pas de l’onction de la confirmation, mais de celle qui se fait dans le baptême, que nous affirmons, nous aussi, devoir être faite sur le sommet de la tête. C’est dans le chapitre suivant que saint Ambroise parle de la confirmation.
CHAPITRE 10
La forme du sacrement de confirmation
Les paroles suivantes sont la forme de ce sacrement : « Je te signe du signe de la croix, et je te confirme par le chrême du salut, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » On ne peut douter que ce soit une forme qui convient, puisqu’elle indique ouvertement et la cause principale qui est la sainte trinité, et la cause ministérielle qui est celui qui profère ces paroles; et l’effet du sacrement, qui, est, en le confirmant par le chrême et en le signant de la croix, de faire un soldat du Christ, de fortifier et d’armer. Nous trouvons cette formule dans le concile de Florence, dans le pontifical romain, et chez saint Thomas (111 par quest LXX11, article 4.
On ne trouve pas, chez les anciens auteurs, toutes ces paroles, présentées dans le même ordre, mais le sens est le même. Et cela suffit, car la vertu de la forme sacramentelle repose dans le sens, non dans un son ou un nombre de lettres. Autrement, si on disait ces mots en hébreu ou en grec ou dans une autre langue, ils n’auraient aucun effet. L’ordre romain, qui est un livre très ancien, et qui est cité par Alcuin et Amaralic, qui vécurent avant l’an 800, dit dans l’office du samedi saint, en décrivant le rite de la confirmation, que l’évêque, doit en priant réciter cette formule : « Signe-les, Seigneur, du signe de la croix ! » Et, quand il touche le front avec le pouce, il dit : « Je te confirme au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
Nous voyons ici que le sens des mots est le même. Il importe peu qu’il dise : « Signe-le » et que nous disions « Je te signe. » Car, nous signifions toujours que c’est Dieu qui signe principalement, et l’homme, secondairement, comme un ministre. Voilà pourquoi nous considérons comme légitime la formule dont se servent les Grecs dans le baptême : « Que le serviteur du Christ soit baptisé ! » Même si nous le disons d’une autre façon. Et que, dans l’ordre romain, on n’ait pas « par le chrême du salut », nous ne voyons pas là une insuffisance, car le chrême est inclus dans le mot confirmé, et l’action elle-même montre suffisamment que c’est par le chrême que s’opère la confirmation.