Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 240)
Ce serait aussi la même chose si quelqu’un disait : je te baptise, ou je te baptise avec de l’eau. Nous ne considérons donc pas que ces mots soient essentiels, bien qu’on ne doive pas les omettre parce que l’Église prescrit qu’on les dise. Dans la formule du baptême le mot ego (moi) n’est pas essentiel, et dans la formule de l’eucharistie le mot enim (car) ne l’est pas non plus.
Ce qui nous fait comprendre deux choses. La première. Alcuin (dans son livre sur les divins offices, au chapitre du samedi saint) dit que quand le pontife romain confirme, il a coutume d’oindre le front et de dire : au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il n’emploie pas la formule au complet, mais seulement une partie. Et il cite l’ordo romain où, comme il l’avait dit, il y a beaucoup plus de mots.
La deuxième. Nous comprenons qu’ils se trompent ceux qui pensent que saint Ambroise avait employé la forme de la confirmation quand il avait dit (livre 2, chapitre 7 sur les sacrements): « Tu es venu au prêtre ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Que Dieu le Père tout puissant qui t’a régénéré par l’eau et par le Saint-Esprit, et qui t’a remis tes péchés, t’oigne pour la vie éternelle ! » Car, ces paroles prononcées par saint Ambroise sont dites par le prêtre quand il oint le sommet de la tête du baptisé pendant le baptême. Et c’est après cette cérémonie que vient la confirmation épiscopale.
Voilà pourquoi Amalarius (livre 1, chapitre 27 des offices ecclésiastiques) dit que ces paroles sont celles du prêtre qui ne se sert que de la forme déprécatoire. Car, ce n’est pas seulement par mode déprécatoire, mais par son pouvoir propre qu’il a reçu de Dieu, qu’un évêque dit : « Je te confirme. » D’ailleurs, parmi les pères, saint Ambroise , en est un qui parle assez clairement de cette forme, quand il dit, par exemple (au chapitre 7 des livres sur l’initiation aux mystères) : « Conserve ce que tu as reçu. Dieu le Père t’a signé, le Seigneur Christ t’a confirmé. » Il ne faut pas s’étonner qu’il ait omis certaines choses. Car, en cet endroit, il ne se proposait pas de décrire toute la forme, mais il ne faisait que rappeler à la mémoire des confirmés le rite avec lequel ils avaient été confirmés. Et, pour atteindre ce but, quelques mots lui suffisaient.
Il ne faut pas trouver étrange que les pères ne parlent pas expressément de cette forme. Ils ne décrivent pas, non plus, la forme des autres sacrements, parce que c’étaient des choses qui, par un usage quotidien, étaient connues de tous les chrétiens; et aussi pour que ces mystères ne soient pas connus sans nécessité par les gentils qui liraient ces livres. Voilà pourquoi il n’y aucun ancien qui nous dise, en toutes lettres, que la forme du baptême est : « Je te baptise au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. » Il en est de même pour la confirmation. Ils disent seulement : celui qui l’oint lui impose les mains. Cette solution semble plus probable, car il appert que, dans la confirmation les apôtres ont utilisé un chrême, comme le rapportent Denys et Clément. Et de plus, ont parlé de l’onction des anciens auteurs, comme Theophile, Antioche, Tertullien, Cyprien, Corneille, Origène et d’autres, avant lesquels il n’y avait pas eu de concile œcuménique, durant lequel il aurait pu être institué.
Il va de soi aussi que, pour qu’on puisse défendre ce point, on doive désirer que les apôtres aient toujours usé de la même matière, et non tantôt d’une et tantôt d’une autre. Car, cela est plus sur et plus efficace. Et pourquoi, je le demande, ne peut-on pas défendre cela ? « Parce que, disent-ils, Luc parle de l’imposition des mains, mais il ne parle pas d’un saint chrême. » ---Mais jamais Luc, jamais aucune écriture, jamais aucun auteur ancien n’a dit que les apôtres avaient administré ce sacrement de différentes manières. Et que dans les paroles de Luc, on puisse aussi y voir le chrême, nous pouvons le prouver de plusieurs façons. Mais que les apôtres aient changé de matière, on ne peut le prouver que par l’autorité des auteurs les plus récents.
Je le prouve donc ainsi. En imposant les mains, les apôtres ont toujours signé avec le chrême. Saint Luc a donc résumé le rite en nommant un tout par une partie. Car, les mêmes pères qui, en un endroit, disent que le Saint-Esprit est donné par l’imposition des mains, disent en un autre endroit, qu’il est donné par l’onction du chrême, et il leur arrive aussi de joindre les deux. De quoi il ressort que l’une et l’autre appartiennent au rite de ce sacrement, et que c’est pour cela qu’ils parlent tantôt de l’une tantôt de l’autre.
Parlant de ce rite dans son livre sur la résurrection de la chair, Tertullien dit que « la chair est ointe, qu’elle est signée, et ombragée par l’imposition des mains ». Mais, cependant, dans son livre des prescriptions, il ne parle que du signe de croix sur le front. Saint Cyprien (livre 1, dernière lettre) ne parle que de l’onction. Dans son livre 2, épitre 1, quand il traite de la même chose, il ne parle que de l’imposition des mains. Et dans son épitre à Jubajanus, il ajoute à l’imposition des mains le sceau ou signe du Seigneur, dont il n’avait pas parlé dans ses deux premières épitres.
Il en est ainsi du concile d’Arles 1, (canon 8). Il nomme seulement l’imposition des mains. Et, cependant, au concile d’Arles 2, célébré un peu après, il nomme, en traitant le même sujet, l’onction du chrême (canon 17). Saint Damase et saint Léon, ci-haut cités, disent qu’il n’est pas permis aux chorépiscopes d’oindre le front des baptisés avec du chrême. Et cependant, Jean 111, citant ce même décret, et alléguant nominalement Damase et Léon, ne dit pas un mot sur le chrême ou le front, mais appelle tout simplement ce rite imposition des mains. On pourrait amener plusieurs exemples de cette sorte. Qu’y a-t-il donc d’étonnant à ce que saint Luc ait signifié tout un rite par une seule partie ?
Je prouve la même chose par une autre raison. Quand les pères disent que seuls les évêques peuvent donner le Saint-Esprit par l’onction du chrême, ils se réfèrent toujours à Actes V111, comme nous le montrent Innocent 1 (épitre 1), Damase (épitre 4), saint Léon (épitre 88), Saint Cyprien (à Jubajanus), saint Augustin (livre 15, chapitre 26 sur la trinité), et les autres déjà cités. Donc, ou les apôtres ( actes (V111) oignaient du chrême en imposant les mains, ou tous ces pères ont mal argumenté.
Tu diras qu’ils ont bien argumenté parce que, même si les apôtres ne se servaient pas de chrême, le chrême qu’ils utilisaient a pris la place de l’imposition des mains. --- Il faut dire plutôt le contraire, car s’il en était ainsi, un au moins parmi les pères nous aurait mis sur la piste, pour que nous saisissions la force de leur argumentation.
Je prouve ensuite la même chose avec des textes scripturaires semblables qui nous font comprendre quelque chose en quelques mots, quand il y a plusieurs choses à comprendre. Exemples. Dans les épitres à Timothée et à Tite, saint Paul appelle toujours une ordination une imposition des mains. C’est ce que signale saint Augustin (chapitre 9 du livre sur la foi et les mœurs, et au chapitre 8 des Actes). Car nous y lisons qu’un eunuque a été baptisé par le diacre Philippe en disant : « Crois que Jésus est le Fils de Dieu. » Saint Augustin note avec raison que Luc raconte la chose en résumé, mais qu’il faut absolument croire que l’eunuque avait été examiné longtemps, et que les autres cérémonies avaient été employées dans son baptême.
L’autre exemple pourrait porter sur ce que saint Luc a écrit (actes 8 et 19) : les apôtres baptisaient au nom du Christ. Or, comme nous l’avons montré plus haut, les apôtres baptisaient au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Saint Luc, dans une chose connue de tous, a préféré parler en mots brefs. Un autre exemple pourrait être tiré de saint Paul (Tite 3). Il dit que nous sommes sauvés par le bain de la régénération, sans dire un mot sur les paroles qui sont la forme du baptême. Mais il parlait surement d’un lavage avec paroles, comme il l’a d’ailleurs dit expressément ailleurs (Éphésiens V1). Il serait beaucoup trop long de donner tous ces exemples.
Mais il se présente ici une difficulté majeure. Notre réponse semble répugner à Innocent 111 ( chapitre cum venisset, l’onction sacrée), et au concile de Florence (instruction aux Arméniens). Car, Innocent dit que le chrême sur le front désigne l’imposition des mains faite par les apôtres. Et le concile dit que la confirmation est donnée maintenant dans l’Église à la place de l’imposition des mains.
Je réponds que n’appartient pas à la foi tout ce qu’il y a dans les décrets et les conciles, mais seulement les choses qui ont définies. Or, ce dont il est question ici n’a pas été défini. On en a tout simplement parlé en passant pour expliquer quelque chose.
Je tenterai ensuite une réponse meilleure, et plus sure. En disant que le chrême prend la place de l’imposition des mains, Innocent et le concile ne veulent pas dire que les apôtres ne se servaient pas de chrême et que nous ne nous servons pas de l’imposition des mains. Ils veulent dire ceci : ce que faisaient les apôtres, quand on dit qu’ils imposaient les mains, les évêques d’aujourd’hui le font quand on dit qu’ils confirment avec le chrême. Ils n’établissent pas une distinction entre un rite et un autre rite, mais entre une manière de parler et une autre manière de parler, et entre personnes et personnes. Et ensuite, entre l’imposition des mains d’autrefois et celle d’aujourd’hui.
On avait coutume autrefois d’appeler imposition des mains le sacrement qu’on appelle aujourd’hui confirmation. De plus, la première était donnée par les apôtres, et l’autre par les évêques. Ensuite, la première était plus efficace parce que, avec l’effet interne, elle donnait aussi l’effet externe; et avec la grâce qui fait un reconnaissant, elle donnait aussi gratuitement les dons des langues et des miracles. On peut donc dire, de ce point de vue, que ce qui se fait maintenant se fait à la place de ce qui se faisait autrefois, même si, quant à la substance, c’est la même chose.
Et que ce soit cela leur sens, on le prouve de deux façons. La première. Parce que le concile et le pape Innocent ne disent pas que le chrême remplace l’imposition des mains, mais que le sacrement de confirmation prend la place de l’imposition des mains. Or, tous admettent sans conteste que les apôtres donnaient le sacrement de confirmation, qu’ils se soient servis du chrême, ou qu’ils ne s’en soient pas servis, parce que Innocent et le concile disent que les évêques sont, dans l’église, à la place des apôtres, ou en tant que leurs représentants. Or, il est certain que les apôtres étaient de vrais évêques, même s’ils avaient quelque chose de plus.
La deuxième objection de Kemnitiius contre cette proposition est tirée des pères. Il dit que Tertullien (dans son livre sur le baptême) soutient que cette onction provient de l’ancienne discipline, c’est-à-dire de l’ancien testament. Elle n’a donc pas été instituée par le Christ. Dans son sermon sur le lavement des pieds, saint Cyprien enseigne que ces cérémonies n’ont pas été instituées par le Christ, mais par les hommes. Et, dans son sermon sur le chrême, il dit que cette onction est un reliquat de l’ancien testament. Saint Basile dit qu’il n’existe aujourd’hui aucune parole écrite (logon gegrammenon ) sur l’onction du chrême. Il conclut des paroles de ces pères, qu’est clairement réfuté le mensonge du pape Fabien martyr, selon lequel cette onction a été donnée aux apôtres par le Christ.
Je réponds que Tertullien dit seulement que, dans l’ancien testament, des figures de ce sacrement ont précédé la réalité de la chose. Il ne s’ensuit pas qu’il n’ait pas été institué par le Christ. Car, le même affirme que le déluge a été une figure du baptême, et cependant, comme le reconnait Kemnitius, Tertullien ne nie pas que le baptême ait été institué par le Christ.
Dans son sermon sur le lavement des pieds, saint Cyprien ne parle pas du sacrement de confirmation, quand il dit que les cérémonies des sacrements ont été instituées par les hommes, mais des autres rites que nous utilisons. C’est plutôt le contraire que nous découvrons dans cet auteur. Car, dans ce sermon sur le lavement des pieds, il dit que le Christ est l’auteur de son sacrement, et dans le sermon suivant, qui porte sur le chrême, il dit que cette onction est d’institution divine, et qu’elle est un sacrement. Qu’elle a donc été instituée par le Christ.
Le fait qu’elle provienne de l’ancien testament ne milite pas contre elle, car, comme l’enseigne aussi Tertullien, elle n’existait autrefois que comme figure du sacrement de la nouvelle loi. Et saint Basile n’enseigne rien qui nous soit contraire à nous ou à saint Fabien. Car nous ne disons pas, nous non plus, que l’institution du saint chrême est racontée dans les saintes lettres. Ce que nous disons c’est que nous le savons par une tradition non écrite, mais très sure, à laquelle il faut prêtre foi comme à l’évangile, comme l’écrit saint Basile (livre du Saint-Esprit, chapitre 27).
Ces choses ne répugnent pas non plus à ce qui a été dit au début du chapitre précédent, à savoir que le baptême est donné par l’invocation du Saint-Esprit (sans parler de l’eau.) Saint Denys ne dit-il pas, dans le dernier chapitre de sa hiérarchie ecclésiastique, qu’il n’est pas permis de mettre par écrit les mots utilisés par l’Église dans l’administration des sacrements. Et Innocent 1, (lettre 1, chapitre 3), dit, en parlant de la confirmation : « Je ne peux pas dire les paroles, de peur d’aller plus loin que ce qu’exige une simple consultation. » Enfin, le maître des sentences lui-même (livre 4, dist 7) n’a pas voulu écrire les paroles de la forme de ce sacrement. Tellement est archi connue la forme, ou les paroles dont se servent les évêques quand ils administrent ce sacrement.
Mais, venons-en aux objections des hérétiques. La première objection est celle de Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 5). Après avoir rappelé cette forme (je te signe du signe de la croix), il dit : « Beau et sublime ! Mais, où est donc la parole de Dieu ? » Je réponds que la parole de Dieu n’a pas été écrite, mais transmise, comme le témoigne suffisamment la coutume de l’église universelle. Nous n’avons pas non plus, dans l’Écriture, les paroles des autres sacrements en termes exprès. Il n’est écrit en aucun endroit, dans l’Écriture qu’on doive dire en baptisant : « Je te baptise. » Et Calvin ne reconnait-il pas (livre 4, chapitre 19, verset 31) que l’ordination des ministres est un sacrement ? Et, cependant, il ne trouvera jamais, dans l’Écriture, la parole qui, avec l’élément, fait le sacrement, comme lui-même le requiert pour la confirmation.
J’ajoute que nous avons au moins les mots en général, puisque, à Actes 8, on dit que les apôtres priaient quand ils imposaient les mains. Car, les formes des sacrements sont souvent appelées des prières mystiques, même si elles sont proférées par la parole du préposé. Car, c’est toujours de Dieu que, dans les sacrements, est attendue ce que demande l’opération principale du sacrement. Et faisant allusion à la forme de ce sacrement, Saint Paul (2 Cor 1) en a exprimé les paroles principales quand il a dit : « Le Dieu qui nous confirme et qui nous signe. »
La deuxième objection (verset 7) : « Qu’est-ce qui leur permet de l’appeler l’huile du salut ? Qui leur a enseigné de chercher le salut dans l’huile ? » Et plus bas : « Je prononce cela avec audace non en mon nom, mais au nom du Seigneur : ceux qui appellent l’huile « huile du salut » renient le salut qui est dans le Christ, et n’ont pas de part dans le royaume des cieux. L’huile est pour le ventre, et le ventre pour l’huile. Dieu détruira l’un et l’autre. »
Je réponds que tout cet argument ne s’appuie que sur l’autorité de Calvin. Car, il ne présente aucune parole de Dieu, même s’il affirme mensongèrement qu’il parle au nom de Dieu, quand il dit qu’ils renient le Christ ceux qui appellent l’huile, l’huile du salut. Si dans l’huile nous recherchions le salut sans le Christ, Calvin ne parlerait pas pour ne rien dire. Mais, puisque nous faisons de l’huile un instrument pour appliquer la grâce du Christ, comment Calvin peut-il imaginer que celui qui se sert de cette huile renie le Christ ? Ajoutons qu’on rencontre souvent, dans l’Écriture, cette sorte d’expression. (4, Rois 13) « La flèche du salut » (11 Cor V1) « Le jour du salut », (Luc 1) « La science du salut ».
Ajoutons encore que l’argument de Calvin ne vaut pas moins contre l’eau du baptême et le pain de l’eucharistie, que contre l’huile de la confirmation, car on appelle l’eau du baptême lavement de régénération et de rénovation, et le pain de l’eucharistie, pain de vie (Jean V1). Calvin répond, au même endroit, que dans les sacrements, il faut considérer deux choses : la nature des éléments, qui est corruptible, et ne peut pas apporter le salut; et la force spirituelle, imprimée par la parole de Dieu, à cause de laquelle l’eau dans le baptême, et le pain et le vin dans l’eucharistie, apportent le salut. Je lui demande donc : pourquoi ne pourrions-nous pas dire la même chose de l’huile ?
La troisième objection est celle de Kemnitius (part 2 de son examen, page 288) : « La forme de ce sacrement (signo te signo crucis) ne se trouve pas dans les anciens écrivains, ni même dans les canons. » Je réponds que j’ai déjà répondu à cette question.
La quatrième objection au même endroit : « Dans les pontificales, la forme n’est pas la même. Car Gabriel rapporte que certains disent « chrême de sanctification, » à la place de « chrême du salut. » Et Gerson a la forme suivante : « Je te marque du signe de la croix, et du chrême du salut. »
Je réponds que ces autres choses veulent dire la même chose que notre forme. Car, le sens est toujours le même que tu dises « salut » ou « sanctification »; « je confirme » ou « je marque). Car, bien qu’il faille utiliser les termes prescrits et ne rien changer, ce qu’on ne peut faire sans pécher, cependant (comme nous l’avons dit souvent), pourvu que le sens demeure le même, le sacrement est toujours conféré. Et il peut facilement arriver qu’il y ait, dans différentes églises, une certaine variété dans les paroles. Mais, c’est sans importance, pourvu que le sens demeure le même, comme on le voit dans la forme du baptême des grecs et des latins. 2019 01 08 fin
2019 01 11 deb
CHAPITRE 11
L’effet de ce sacrement
L’effet de ce sacrement est double. Un premier. Il confère une grâce qui fait un reconnaissant, et même plus grande que celle du baptême, pour fortifier l’âme contre les assauts du démon, mais moins grande pour obtenir la rémission des péchés. En effet, il ne remet pas toute la peine, comme le fait le baptême. Il n’y a pas lieu d’ajouter quoi que ce soit ici, car tout a été abondamment prouvé dans la première controverse. Nous avons prouvé que la confirmation est un sacrement proprement dit, parce que l’Écriture et tous les pères affirment que, par cette cérémonie, est donnée une immense grâce, et même le Saint-Esprit.
L’autre effet est le caractère qui nous inscrit dans la milice du Christ, comme le baptême nous inscrit dans la famille du Christ. Ce caractère de la confirmation on le prouve de la même manière qu’on a prouvé le caractère du baptême : par le fait que la confirmation ne peut pas être réitérée. Nous avons montré, plus haut, qu’il est impossible de trouver une autre raison qui explique pourquoi ces sacrements ne peuvent pas être répétés, que parce qu’ils impriment un caractère indélébile. C’est donc aussi par l’effet qu’on démontre le caractère, quand nous disons que ce sacrement ne peut pas être réitéré.
Que la confirmation ne puisse pas être répétée, on le prouve par saint Paul (épitre aux Hébreux, V1) : « Ne posant pas de nouveau le fondement de la pénitence pour les œuvres mortes, de la foi en Dieu, de la doctrine du baptême, et de l’imposition des mains. » D’après saint Jean Chrysostome, Theodoret, Theophylactus et les autres, par imposition des mains l’apôtre entend, dans ce passage, le sacrement de confirmation, qui était donné tout de suite après le baptême. Saint Paul enseigne là qu’il n’est pas permis à celui qui tombe après le baptême et la confirmation, de revenir au baptême et à la confirmation. Car, ce sont là les fondements qu’il n’est permis de poser qu’une fois.
On le prouve ensuite par le concile de Tolède 8, canon 7, où il est dit ouvertement que le chrême une fois donné ne peut pas être redonné, ni non plus les ordres sacrés. Le concile de Tarraconensis dit la même chose, ainsi qu’un décret de Grégoire 11 (Gratien dist 5, la consécration, canon dictum est, et canon de homine). Auxquels j’ajoute le concile de Florence dans son instruction aux Arméniens, et celui de Trente (session 7, canon 9).
Nous trouvons la même chose chez les pères. Saint Cyprien, ou quiconque fut l’auteur du sermon sur le lavement des pieds, dit : « Les règles ecclésiastiques interdisent de réitérer le baptême. Personne ne reçoit de nouveau les ordres sacrés une fois reçus. Personne n’oint ou ne consacre de nouveau avec la sainte huile. Personne ne déroge au ministère des prêtres par l’imposition des mains. Car, ce serait mépriser le Saint-Esprit, si pouvait s’évacuer ce que lui-même a sanctifié, ou si une autre sanctification pouvait amender ce qu’il a statué et confirmé une fois. »
Saint Augustin (livre 1, chapitre 104, contre les lettres de Petilianus) enseigne clairement que le sacrement du chrême, une fois donné, demeure même dans les plus méchants, et ne peut jamais être aboli. Il ne peut donc pas être répété. Raban enseigne la même chose (livre 1, chapitre 39, sur l’institution des clercs), ainsi que Amalaric, (livre 1, chapitre 7, les offices ecclésiastiques.)
CHAPITRE 12
Le ministre de ce sacrement
Vient ensuite la cinquième controverse. Le ministre du sacrement de confirmation est-il seulement l’évêque ? Même si les hérétiques enlèvent la confirmation du nombre des sacrements, ils se comportent comme s’ils en faisaient un sacrement, quand ils soutiennent que ce ministère ne se rapporte en rien aux évêques. Jean Wiclef (livre 4, chapitre 14, trilogie) nie ouvertement que la confirmation soit un ministère propre aux évêques. Calvin dit la même chose (livre 4, chapitre 10, verset 10.), ainsi que Kemnitius (2 par examen, page 324) et presque tous les autres, surtout parce qu’ils ne voient pas de différence entre un prêtre et un évêque, comme nous l’avons montré dans le livre sur les clercs.