Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 241)
Parmi les catholiques il n’y a que Richard Armachanus qui (livre 11 des Arméniens, chap 4) qui estime que la confirmation appartient autant aux prêtres qu’aux évêques. Thomas Waldensis (livre 2, chapitre 114, sur les sacrements) estime que c’est là que Wiclef a puisé son hérésie. Car, cet Armachanus fut plus âgé que Wiclef, même s’ils vécurent tous les deux dans le même siècle. Tous les autres enseignent à l’unanimité que seul l’évêque est le ministre propre de ce sacrement.
Les catholiques se posent une question. Un prêtre pourrait-il, par une dispense, conférer ce sacrement ? Car, saint Bonaventure, Durand et Adrien (4, dist, 7) soutiennent que ce sacrement ne peut en aucune façon être confié à un prêtre. Mais saint Thomas (3 p, question 72, art 11) et tous ses disciples enseignent le contraire. Et ce que ces derniers enseignent est de loin le plus vrai.
Car, saint Ambroise (chapitre 4 aux Éphésiens) atteste que, en Égypte, les prêtres confirment en l’absence des évêques, et il ne blâme pas cet usage. Saint Grégoire (livre 3, épitre 26) permet officiellement aux prêtres de la Sardaigne de confirmer en l’absence des évêques. Ce passage de saint Grégoire a été corrompu, peut-être par les fauteurs de l’opinion contraire. Car, il dit qu’il permet que soient oints « ceux qui doivent être baptisés, » alors qu’il devrait dire : « ceux qui ont été baptisés ». Si on rapproche ce texte de l’épitre 9 (du même livre 3), la corruption apparait manifeste. En effet, dans l’épitre 26 il dit qu’il permet ce qu’il avait interdit dans l’épitre 9. Or, il avait interdit là que les prêtres oignent les baptisés sur le front. Voilà pourquoi Gratien et saint Thomas citent ce texte comme il devrait être, et non comme il apparait dans les livres imprimés.
De plus, le concile d’Orange 1 (canons 1 et 2), de Tolède 1 (canon 20), et Martin Bracarensis (chapitre 52 sur les synodes grecs), celui de Florence (dans son instruction aux Arméniens) disent tous la même chose. Enfin, le concile de Trente (session 7, canon 3 sur la confirmation ) parle de « ministre ordinaire », pour laisser entendre que le prêtre peut être la ministre extraordinaire de ce sacrement. Ce qui nous fait comprendre l’erreur (ou mensonge) de Kemnitius qui (dans son examen, part 2, page 225) dit que le concile a défini contre saint Thomas et les autres docteurs, et contre saint Grégoire lui-même, que l’évêque est le seul ministre de la confirmation.
Mais, laissons cela de côté, et prouvons la vérité catholique par un témoignage très clair de l’Écriture. Car, dans les Actes V111, Pierre et Jean sont envoyés pour, avec l’imposition des mains, donner le Saint Esprit à ceux qui avaient été baptisés par le diacre saint Philippe. Et, aux Actes X1X, saint Paul impose les mains à ceux que d’autres avaient baptisés. Il est certain qu’on ne peut imaginer une autre raison pour expliquer le fait que seuls les apôtres imposaient les mains. Bien plus, c’est précisément pour cela qu’ils sont venus de la Judée à la Samarie. C’est donc que ce ministère appartient en propre au premier degré ecclésiastique, c’est-à-dire aux évêques.
Wiclef répond à cette vérité que ceux que Philippe avaient baptisés n’avaient peut-être pas été légitimement baptisés, et que c’est pour cela qu’ils ont été baptisés de nouveau, pour qu’ils reçoivent le Saint-Esprit. Mais cette réponse fait pitié. Car, qui peut croire que, après avoir reçu le Saint-Esprit , le saint diacre n’ait pas baptisé correctement ! Et, s’ils devaient être rebaptisés, quel besoin y avait-il que des apôtres viennent de Jérusalem pour cela ! Ne pouvaient-ils pas nommer par lettre ou par messager, quelqu’un capable de les baptiser correctement ? Et s’ils n’avaient pas été validement baptisés, pourquoi les apôtres leur ont-ils imposé les mains, au lieu de leur verser de l’eau ? Il importe peu qu’ils aient été baptisés au nom du Seigneur Jésus et non au nom de la Trinité. Car, comme nous l’avons expliqué plus haut, saint Luc décrit brièvement un rite, en exprimant le tout par une partie.
Au lieu cité, Calvin répond que ce que les apôtres ont fait ne peut pas être attribué à des évêques, et certainement pas aux évêques seuls. Car les évêques ne sont pas des apôtres. Et si, en quelque chose, ils remplacent les apôtres, les prêtres les remplacent aussi. Car, autrement on ne dirait pas qu’il est aussi permis aux prêtres de communier sous les deux espèces, mais seulement aux évêques. En effet, à la dernière cène, seuls les apôtres ont communié aux deux espèces.
Je réponds que seuls les évêques ont succédé aux apôtres, en plénitude et en totalité. Car il faut observer que c’est dans l’autorité apostolique qu’est contenue toute la puissance ecclésiastique. Les apôtres étaient d’abord des chrétiens et des membres de l’Église. Ils étaient aussi des prêtres, ainsi que des grands prêtres. Grands prêtres non d’un seul lieu, mais de toute la terre, car, partout ils pouvaient prêcher, baptiser, ordonner, légiférer, et punir. Mais ce ministère suprême ne fut ordinaire que pour le seul Pierre. Dans les autres, il fut extraordinaire, et comme délégué. Voici pourquoi ce pouvoir sur toute la terre ne s’est continué que dans les successeurs de Pierre, non dans les successeurs des autres apôtres.
Les trois autres pouvoirs étaient ordinaires aux autres apôtres. Tous les chrétiens succèdent aux apôtres en tant qu’ils ont été les premiers chrétiens. Tous les prêtres succèdent aux apôtres en tant qu’ils ont été les premiers prêtres. Tous les évêques ont succédé aux apôtres, en tant qu’ils ont été les premiers pontifes suprêmes. Mais, ils sont les seuls à leur succéder pleinement, parce qu’ils leur succèdent dans toute leur autorité ordinaire, dans laquelle seule ils peuvent leur succéder.
Ce que démontrent la pratique et le témoignage des saints. Car, si quelqu’un demande : qui a succédé à l’apôtre Jacques ? Tous répondent : l’évêque de Jérusalem. Qui a succédé à l’apôtre Jean ? L’évêque d’Éphèse. Voir le concile de Néo Césarée (canon 13), le pape Damase (épitre 4 sur les périscopes), saint Jérôme (épitre à Marcella sur les erreurs de Montan), saint Léon (épitre 88), saint Augustin (psaume 44 sur le verset : « des fils de sont nés à la place des pères. » Il y a d’autres auteurs qui affirment que les évêques ont succédé aux apôtres.
Mais du diras : d’où savons-nous que les apôtres ont imposé les mains en tant qu’évêques et non en tant que prêtres, ou en tant qu’apôtres, en vertu de leur puissance extraordinaire ? Non en tant que prêtres. Car l’Écriture n’a jamais attribué cette fonction à d’autres qu’aux apôtres, alors qu’à des ministres inférieurs ont été attribués d’autres offices, comme ceux de prêcher, et de baptiser. Non en tant qu’apôtres en vertu de leur puissance extraordinaire, parce que (en Hébreux 6) on énumère l’imposition des mains avec les autres rites ordinaires de l’Église. Et parce que, dans l’Église, a toujours demeuré la coutume qui veut que ce soient les évêques qui imposent les mains aux baptisés.
On prouve ensuite la vérité par les témoignages et la tradition de l’Église. Car, les conciles, les papes et les pères cités dans la première controverse, enseignent unanimement que seuls les évêques sont proprement les ministres de ce sacrement. Et cela, ils le prouvent avec le chapitre V111 des Actes des apôtres.
On le prouve aussi par la raison. Car, la confirmation est un complément et un perfectionnement du baptême. Il convient donc qu’elle soit donnée par le premier officiant. Il en va ainsi dans les autres choses. La dernière touche est donnée par l’agent premier. De plus, la confirmation inscrit un baptisé à la milice du Christ. Or, enrôler quelqu’un c’est l’œuvre d’un chef ou d’un général d’armée.
Les arguments de Kemnitius et de Calvin ne sont pas difficiles à résoudre. Le premier argument de Calvin : faire dépendre les sacrements de la dignité du ministre est une erreur des Donatistes. Je réponds que si l’on parle de la dignité morale, c’est vrai, mais si l’on parle de la dignité ecclésiastique, c’est très faux. Autrement, ce serait aussi une erreur des donatistes que seuls les prêtres administrent le corps du Seigneur, et même le baptême, selon Calvin.
Le second argument. Les prêtres succèdent aux apôtres, comme il appert du sacrement de l’eucharistie, qui n’avait été commis qu’aux seuls apôtres. Je réponds que, à la dernière cène, les apôtres ont été faits prêtres, non évêques. Ce n’est qu’après la résurrection qu’ils ont été faits évêques, quand il leur a été dit en Jean XX : « Voici que je vous envoie. » Voilà pourquoi les évêques succèdent, en quelque sorte, aux apôtres, mais non en tout, ni absolument et pleinement.
Le troisième argument. Il est tiré de Timothée 4 : « Ne néglige pas la grâce qui t’a été donnée par l’imposition des mains d’un presbytre. » Et Ananie (Actes 1X) a, sans être évêque, imposé les mains à Saul. Je réponds à cet argument d’Armachanus que, en cet endroit, saint Paul ne traite pas de la confirmation, mais de l’ordination de Timothée, et que, par le mot presbytre, il faut entendre le chœur des presbytes ou des épiscopes, comme l’expliquent saint Jean Chrysostome et d’autres. Car si plusieurs évêques ordonnent un évêque, un seul confirme un baptisé.
Et au sujet d’Ananie, je dis qu’Ananie a imposé les mains à Saul pour recouvrer la vue, comme nous le lisons dans le texte. Voilà pourquoi cette imposition des mains ne fut pas une imposition de confirmation mais de guérison. Et c’est pour cela qu’elle a été faite avant le baptême, et non après, comme il conviendrait à une confirmation. Le Saint-Esprit ne descendit pas non plus d’une façon visible, mais tombèrent de ces yeux comme des écailles.
Mais, répliquent-ils, en imposant les mains, Ananie a dit : « Salut, frère. Le Seigneur m’a envoyé pour que tu voies, et que tu sois rempli de l’Esprit Saint. » Le but de cette imposition des mains fut donc de donner l’Esprit Saint. Je réponds qu’Ananie a exprimé en même temps la fin prochaine et la fin éloignée de sa visite. La fin prochaine était la guérison de ses yeux, et la fin lointaine la parfaite justification et l’infusion de l’Esprit-Saint, que Paul a obtenues, un peu après, par le baptême. Voilà pourquoi est décrite, un peu avant, la vision de Paul qui lui montrait ce qui allait arriver : « Il vit un homme qui entrait chez lui, du nom d’Ananie, et qui lui imposait le mains pour qu’il recouvre la vue. » Et, au chapitre 22, où saint Paul raconte cette histoire, il dit n’avoir reçu d’Ananie que la guérison de la cécité, et ensuite le baptême. Or, il est fort probable que saint Paul, comme les autres apôtres, aient, sans imposition des mains humaine, reçu la confirmation immédiatement de Dieu.
Le quatrième argument. Si c’est de droit divin que seuls les évêques peuvent confirmer, comment le pape Grégoire a-t-il pu concéder aux simples prêtres d’administrer ce sacrement ? Je réponds que, de droit divin, les évêques sont les seuls ministres ordinaires de ce sacrement. Il ne s’ensuit pas que, par une concession extraordinaire, cela ne convienne pas aux prêtres. Exemple. De droit divin, la prédication appartient en propre aux évêques. Et pourtant, avec l’autorisation des évêques, les prêtres prêchent aussi, et même les diacres.
Mais certains auteurs catholiques insistent. La confirmation convient à l’évêque en vertu de l’ordre, ou en vertu de la juridiction. Si c’est en vertu de l’ordre, le pouvoir de confirmer ne peut être concédé à aucun de ceux qui n’ont pas reçu cet ordre, comme on peut le voir dans des cas semblables. Aucune dispense, en effet, ne peut rendre un diacre capable de consacrer l’eucharistie. Si c’est en vertu de la juridiction, un évêque non consacré pourrait confirmer, parce qu’il a l’ordre sacerdotal et la juridiction épiscopale. Je réponds que confirmer est l’acte d’un ordre, et que cet ordre existe aussi dans le prêtre, au moins à l’état d’ébauche ou d’imperfection.
Il faut noter que le caractère épiscopal, qu’il soit différent de celui du prêtre ou simplement plus grand, est un pouvoir absolu et parfait et indépendant de conférer le sacrement de confirmation et d’ordre. Aucun pouvoir supérieur ne peut empêcher un évêque de conférer vraiment ces sacrements s’il le veut, même s’il pèche en le faisant contre la volonté du pape. Le caractère presbytéral est un pouvoir absolu, parfait, et indépendant relativement aux sacrements de baptême et d’eucharistie. Mais, relativement au sacrement de confirmation, c’est un pouvoir imparfait qui dépend de la volonté d’un supérieur. Voilà pourquoi, à moins que son pouvoir ne soit perfectionné par la dispense d’un supérieur, le prêtre, en confirmant, n’opérerait rien. Mais si son pouvoir est perfectionné, c’est par son pouvoir propre qu’il confirmera.
Ce qui semblera moins étonnant si l’on pense que le caractère n’est pas un pouvoir physique qui opère quelque chose physiquement (car alors, il serait difficile de comprendre comment il pourrait être perfectionné par la dispense d’un supérieur), mais est le signe d’un pacte divin, par lequel Dieu concourt à l’effet sacramentel, en le produisant avec celui qui a le caractère, et non avec les autres. Il n’est pas très difficile de comprendre qu’un de ces caractères est le signe d’un pacte absolu, et que l’autre est le signe d’un pacte conditionnel.
Le cinquième argument est de Kemnitiius au lieu cité. L’Écriture ignore la différence entre l’évêque et le prêtre. Je réponds que l’Écriture n’ignore pas cela, mais que c’est Kemnitius qui ignore l’Écriture. Car en 1 Timothée 1V, quand il est dit : « Les accusations contre les prêtres, ne les reçoit qu’avec deux ou trois témoins. » Il fait clairement là une distinction aussi grande entre un évêque et les prêtres qu’entre un chef et ses sujets. Épiphane et saint Augustin accusèrent les Ariens d’hérésie parce qu’ils niaient cette distinction.
Le sixième argument est du même Kemnitius. Il dit que saint Jérôme, dans son dialogue contre les lucifériens, enseigne que c’est par respect pour le sacerdoce que seuls les évêques imposent les mains, et non par obéissance à une loi. Je réponds que ce texte va dans notre sens. Car, saint Jérôme ne nie pas qu’il ne soit permis qu’aux évêques de conférer la confirmation. Il va même plus loin, car il affirme et démontre, par les actes des apôtres, que ce que seuls les apôtres ont pu faire autrefois, seuls les évêques peuvent le faire, aujourd’hui. Il donne ensuite la raison pour laquelle Dieu a voulu que ce ministère appartienne en propre aux évêques : c’est ce requérait l’honneur du sacerdoce suprême. Car, comme saint Paul l’explique encore mieux un peu après, il est nécessaire que, dans chaque église, il n’y ait qu’un seul évêque, pour qu’il ‘y en ait pas plusieurs qui soient égaux, de peur que se forment des schismes, si tout n’est pas référé à un seul.
Voilà pourquoi Dieu a voulu que certaines choses soient propres aux évêques, pour que, par leur dignité, ils apparaissent au-dessus des autres. Le « non en vertu de la nécessité de la loi » ne se rapporte par à la loi qui régit l’administration de la confirmation, mais à la loi qui porte sur l’obtention du salut. Car, saint Jérôme veut dire que ce n’est pas une chose absolument nécessaire au salut que quelqu’un soit confirmé par un évêque. Car, sans une telle confirmation, il peut être sauvé par le seul baptême. Voilà pourquoi, pour expliquer ce qu’il venait de dire, il ajoute tout de suite après : « Non à cause de la nécessité d’une loi ». Autrement, ils devraient pleurer ceux qui, sans avoir vu d’évêques, ont été baptisés dans les chaînes avant leur mort, par des prêtres ou des diacres.
Si cette explication ne plait pas, on pourrait dire aussi que saint Jérôme parle de la loi qui est tirée de la nature d’une chose. Le sens serait donc le suivant : cela est attribué aux seuls évêques non en vertu de la nécessité d’une loi, c’est-à-dire non parce que c’est ce que requiert nécessairement la nature d’une chose, comme si on ne pourrait pas faire autrement, mais parce que le Seigneur l’a voulu ainsi, pour honorer la dignité épiscopale.
Le septième argument. Depuis un bon nombre d’années, en Allemagne, aucun évêque ne confirme, mais leurs suffragants, qui sont des évêques fictifs, ou des larves d’évêques, plutôt que de vrais évêques. Je réponds que les évêques suffragants ou auxiliaires sont de vrais évêques, parce qu’ils ont et l’ordination et la juridiction, même s’il leur manque la possession d’une église à eux. Voilà pourquoi, même si, en dehors de leur diocèse, ils ne peuvent pas confirmer de leur propre autorité, ils le peuvent, cependant, s’ils sont invités par un autre évêque.
CHAPITRE 13
Les cérémonies de la confirmation
Il y a deux cérémonies dans ce sacrement. La première. Dans la consécration du saint chrême, en la férie 5 (la cène du Seigneur), plusieurs cérémonies sont employées. La deuxième. D’autres sont employées pendant la confection de ce sacrement.
Ont traité du rite de la consécration tous ceux qui ont écrit sur les divins offices, au chapitre de la férie 5, la cène du Seigneur, comme saint Isidore, Alcuin, Amalaric, Raban, Rupert, et d’autres.
On fait quatre cérémonies. Les bénédictions de l’huile et du baume en récitant des prières. Cela, on ne peut pas le critiquer parce que l’Apôtre (1 Timothée 4) dit qu’faut tout sanctifier par la parole de Dieu et la prière. C’’est par le signe de croix que se font les bénédictions de l’huile et du baume. On ne peut pas non plus critiquer cela, car, sans ce signe, rien ne peut être consacré, comme l’attestent tous les pères, mais surtout saint Jean Chrysostome (homélie 25 sur Matthieu, et dans son livre sur la divinité du Christ), et sain Augustin (traité 118 sur saint Jean, et sermon 181, chapitre 3).
L’évêque exhale une odeur sur l’ampoule du chrême. Vue par les hérétiques, cette cérémonie est ridicule et incantatoire. C’est du moins ce qu’écrit Kemnitius (à la page 285) et Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 10) écrit que « le chrême est corrompu par une exhalation fétide. » Mais cette cérémonie est très ancienne. Plusieurs auteurs en parlent, comme les auteurs cités et Amalaricus. De plus, elle vient de l’exemple du Seigneur. Car, pour nous montrer cette cérémonie, il souffla (en Jean XX) sur les apôtres pour faire descendre le Saint-Esprit sur eux. Et quand l’Église veut, pour sanctifier quelque chose, désigner la descente du Saint-Esprit, de quel meilleur signe peut-elle se servir que de celui qu’a utilité le Seigneur pour désigner la même chose ?
Et si cette cérémonie est une cérémonie magique, il faudra considérer Jésus comme un sorcier, ce qui serait un blasphème satanique. Et on ne peut appeler magique une cérémonie que quand ont attend du démon des effets merveilleux. Car, ces avec les démons que les sorciers ont conclu un pacte. Nous nous n’attendons aucun effet du diable, mais de Dieu seul. Et c’est par des prières, et non par des incantations, que nous le lui demandons.
La quatrième cérémonie est la suivante. Quand le chrême a été consacré, il est salué par l’évêque en ces mots : « Salut, saint chrême ! » Nos adversaires disent que cette cérémonie est de l’idolâtrie. Tinmann Heshusius (dans son livres sur les erreurs des papes, tit 23, numéro 26, dit : « On ne doit pas adorer le chrême. Et pourtant, ils ordonnent qu’on dise ces paroles : « Salut, saint chrême ! » Kemnitius réprouve aussi cette cérémonie (page 289) et Calvin (au livre 4, chapitre 19, verset 21).
Mais, sans raison qu’ils font un reproche d’idolâtrie, car adorer est une chose, et saluer est une autre chose. Autrement, le Seigneur aurait adoré les femmes (Matthieu, dernier chapitre) quand il leur a dit : « Salut. » On fait un geste de révérence envers le chrême, parce que c’est une chose sacrée, et parce que, en tant qu’instrument de Dieu, il a le pouvoir de sanctifier. Mais, on ne l’adore par comme Dieu. Car, les Hébreux auraient été des idolâtres quand ils adoraient l’arche de bois du Seigneur. Et c’est ce que faisaient les prophètes, selon le psaume 98 : « Adorez l’escabeau de ses pieds, parce qu’il est saint. »
Tu diras que c’est une chose ridicule de saluer un être inanimé. Je réponds que c’est une chose très usitée. Voici ce que saint Grégoire de Naziance a dit devant 150 pères, quand il abdiqua l’épiscopat : « Salut cathédrale, temple, psalmodies, et autres choses semblables ! » Saint Jérôme, dans son épitre sur la mort de Paule, rapporte le salut qu’elle a fait à Bethléem, quand elle la vit pour la première fois. Même un Énée, dans Virgile, (Énéides 7) salua l’Italie, dès qu’il y pénétra.
Dans la confirmation elle-même, en plus de l’onction, et du signe de croix sur le front, il y a huit autres cérémonies. Comme dans le baptême, il y a un répondant ou un parrain, qui offre le confirmand à l’évêque. Cette cérémonie est très antique, comme le prouvent les anciens décrets des pontifes et des conciles, qui sont cités par Gratien (30 quest 1 can si quis, et le canon de his, et question 4, canon si quis ex uno, et sur la consécration (dist 4, canon , dans le catéchisme).
La deuxième. Des prières variées sont dites sur les confirmands, et avec imposition des mains. Le seul rite que les adversaires ne réprouvent pas. La troisième. La paix est donnée au confirmé par l’évêque, en signe de l’acceptation de la grâce du Saint Esprit, dont l’effet est la paix. La quatrième. L’évêque frappe légèrement de la main le confirmé pour qu’il comprenne qu’il doit s’armer de patience pour porter la parole du Christ face à l’ignominie. La cinquième. Des bandelettes sont attachées sur son front pour que le chrême ne coule pas facilement, et aussi pour montrer que la grâce reçue, il faut savoir la conserver avec soin, selon Jean 1, 11 : « Que l’onction que vous avez reçue demeure en vous ! » Dans cette cérémonie, il faut conserver la coutume particulière de chaque église. En certains endroits, on conserve les bandelettes du front pendant sept jours; en d’autres, trois jours, et en d’autres, on les enlève aussitôt, et le chrême est asséché par les prêtres, pour qu’on n’ait plus besoin de bandelettes.
La sixième. Pendant sept jours, on ne se lave ni la tête, ni le front (par 7, chap 6). Hugo (livre 2, par 7, chap 6 sur les sacrements) se souvient de toute cette cérémonie. Tertullien (livre sur le baptême) écrit que, depuis le jour du baptême, les chrétiens avaient coutume de se priver de lavage pendant une semaine entière. Ce qu’ils faisaient pour le chrême plutôt que pour le baptême. Ne recevaient-ils pas ces deux sacrements le même jour ? La septième. La confirmation était donnée le sabbat de Pâques et de la Pentecôte, parce que le baptême devait être donné en ces jours, comme nous l’avons vu plus haut.
Et comme la plupart du temps, à notre époque, ces deux sacrements ne sont pas donnés ensemble, louable est la coutume de beaucoup d’évêques qui veut que la confirmation soit conférée aux fêtes de la pentecôte, car c’est à la Pentecôte que la première confirmation a été donnée aux apôtres. La huitième. Elle est donnée et reçue à jeun, comme l’ont décrété des conciles (Gratien, dist 5, canon ut jejuni, et canon ut episcopi. »
À toutes ces choses, Kemnitius ajoute (page 523) : « On s’étonne que les évêques préfèrent ces cérémonies à l’examen des enfants, à la profession de foi, et à l’exhortation ». Et il se lamente parce que nous avons rejeté toutes ces choses, et que nous n’acceptons aucun amendement. Mais ce sont des paroles vaines et oiseuses. Car, nous ne rejetons aucune de ces choses, mais nous voulons que chaque chose se fasse en son lieu, et à son heure. Nous ne souffrons pas, en somme, qu’on nous arrache un sacrement institué par le Christ et une cérémonie transmise par les pères, sous le prétexte fallacieux d’un examen d’enfants.
Nous en avons assez dit du sacrement de confirmation.
2019 01 11 FIN
Fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin : JesusMarie.com, France, Paris, 19 mars 2019.
Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chretienne contre les Heretiques de ce Temps
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Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps
Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.
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2019 01 23 début
CONTROVERSE SUR LE SACREMENT D’EUCHARISTIE
LIVRE PREMIER
LA PRÉSENCE RÉELLE DU SEIGNEUR CHRIST DANS LE SACREMENT DE L’EUCHARISTIE SELON LA PAROLE DE DIEU
Le plan du livre
Tout ce dont les catholiques ont coutume de disputer entre eux dans la paix chrétienne et en respectant la foi, nous le passerons sous silence. Entre les catholiques et les hérétiques, on recense quatre controverses principales. C’est de ces quatre que, avec l’aide du Seigneur, et le peu de forces que nous possédons, nous entreprenons de disputer.