Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 250)
Le troisième argument est tiré du mot corps. Argument que répètent souvent Calvin, le martyr et les autres. Cette phrase (ceci est mon corps) est sacramentelle. Il faut donc l’expliquer sacramentalement. Elle signifie donc que c’est sacramentalement que le pain est le corps du Christ, ou significativement. Cet argument Calvin en faisait un si grand cas que, dans la dernière admonition à Westphalus, il s’écrit, au sujet de cet argument qu’il est un mur d’airain.
Je réponds qu’une proposition sacramentelle peut être considérée de deux façons. La première. Elle est dite sacramentelle parce qu’elle explique un sacrement, ou sa signification, comme dans l’Apocalypse (17) : « les sept têtes sont sept collines. » Car, Dieu avait montré, dans une vision, à Jean une femme assise sur une bête à sept têtes, qui signifiait Rome, qui est sise sur des collines. L’ange dit donc : « Je te dirai donc le sacrement de la femme. Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise. » On trouve des choses semblables dans Matthieu X111 : « La semence est la parole de Dieu. » Et en Genèse 41 : « Les sept bœufs sont des années » Dans ce genre de phrases, les prédicats sont toujours pris figurativement, non proprement.
La seconde. On peut dire aussi d’une phrase qu’elle est sacramentelle parce que, par elle, un sacrement est institué, déclaré ou confectionné. Comme ce que l’on dit de la matière du baptême en saint Jean 111 : « À moins que quelqu’un ne renaisse de l’eau et de l’Esprit Saint », ou, comme nous disons en baptisant : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Et de cette façon, c’est au sens propre qu’on reçoit les paroles qui désignent la matière et la forme du sacrement. Car il n’est pas permis de dire que, dans le baptême, on ne peut pas prendre le mot « eau » au sens propre, mais que quelque chose d’autre est signifié par elle; ou qu’il ne faut pas invoquer la trinité en termes propres, mais en termes figurés. Autrement, dans les sacrements, il n’y aurait plus rien de certain.
Toute la question est donc : est-ce que ces mots (ceci est mon corps) sont dits pour expliquer le sacrement, ou pour l’instituer, et le confectionner ? Mais, en toute vérité, il n’y a pas là de question à se poser, car il est certain que ces mots ont été dits pour instituer et confectionner le sacrement. Car, chez les catholiques, ces mots sont de l’essence du sacrement, et sont opératoires, comme saint Ambroise l’atteste (livre 4, chap 4.) Même si les hérétiques disent que ces mots ne sont pas à proprement parler la forme du sacrement, et ne les considèrent pas comme étant opératoires, ils soutiennent cependant qu’ils sont nécessaires pour confectionner le sacrement, parce qu’ils contiennent une promesse, sans laquelle, selon eux, aucun sacrement ne peut exister. Et comme le sacrement selon Calvin est postérieur à la parole de promesse, en tant que son sceau, comme il le dit lui-même (livre 4, chapitre 14, verset 2), il s’ensuit que le pain ne sera un sacrement qu’après la récitation de ces prières.
Ce ne fut donc pas une explication du sacrement –puisque le sacrement n’existait pas encore- mais une institution, une confection. De plus, pourquoi tous les hérétiques prononcent-ils tous ces mots avant la célébration de leur cène, se ce n’est parce qu’ils pensent que, sans ces mots, le sacrement est nul ? Or, dans l’Écriture, partout où on lit une explication d’un mystère, cette explication précède le mystère lui-même; et l’Écriture indique, par les mots subséquents, ce qui doit être déclaré. Cela se produit dans toutes les paraboles, les songes et les visions qui sont déclarés dans l’Écriture. Or, dans ce passage, aucun mystère n’est raconté, ni n’est indiquée aucune déclaration consécutive. Il appert donc que ces mots se rapportent à l’institution et à la confection du sacrement, mais non à la déclaration de sa signification. Son mur en airain s’est donc avéré n’être qu’un mur de paille.
Le quatrième argument du même Calvin (livre 4, chapitre 17, verset 23) se présente ainsi. Si les apôtres n’avaient pas compris qu’il fallait entendre le mot corps au sens figuré, ils auraient été troublés par une chose aussi prodigieuse. Or, on lit que c’est en toute tranquillité et sérénité qu’ils ont mangé cette chair sacrée.
Je réponds qu’il y a deux raisons qui expliquent pourquoi les apôtres n’ont pas été troublés et décontenancés. La première. Parce qu’ils avaient été avertis et instruits à l’avance, comme l’enseigne saint Jean Chrysostome (dans son homélie 83 sur saint Matthieu). L’autre, parce que, en communiquant ses mystères, le Christ illuminait leurs esprits pour qu’ils puissent croire. Ils avaient d’ailleurs entendu plusieurs choses étonnantes sans aucun trouble. Comme, par exemple, qu’il était le vrai Dieu cet homme qu’ils voyaient manger, boire, dormir, se fatiguer; et qu’il était dans le ciel au moment où il parlait sur la terre. N’avaient-ils pas, sans broncher, écouté Jésus dire : « Personne ne monte au ciel sauf celui qui en est descendu, le Fils de l’Homme qui est au ciel ? » Et aujourd’hui pourquoi tant de milliers de catholiques simples ne se troublent-ils pas quand ils entendent dire que, dans l’eucharistie, le Christ est là réellement, corporellement, avec son âme et sa divinité ? Parce que la foi les a persuadés que c’est le Christ qui a dit cela, le Dieu qui ne peut pas mentir.
Le cinquième argument est de Klebitius (dans son livre sur la victoire de la vérité, par 1, argument 8 et des autres). Le Christ a dit de son corps : prenez et mangez ! Or, on ne peut pas vraiment manger le corps du Christ, puisqu’on ne peut pas le mastiquer avec nos dents. Donc, on doit entendre au sens figuré ou corps du Christ, ou la manducation elle-même. Ou bien on l’entend dans le sens suivant : mangez ce pain qui est le signe de mon corps; ou mangez mon vrai corps avec votre cœur, non avec cotre corps, c’est-à-dire, avec la foi, non avec la bouche.
Je réponds que, dans l’eucharistie, le corps du Christ est vraiment et réellement mangé par le corps. Car, pour qu’il y ait vraiment manducation, la mastication n’est pas nécessaire. Seules suffisent l’assomption et la transmission de la bouche à l’estomac par les instruments humains et naturels, comme la langue, la salive, et le palais. Autrement les vieux édentés et les tout petits enfants ne mangeraient jamais rien. Et nous, quand nous déglutissons certains aliments d’une traite, ou des hosties non consacrées, on ne dirait pas, alors, que nous mangeons. Ajoutons, de plus, que même si la manducation ne pouvait pas se faire sans la mastication avec les dents, ce serait quand même réellement et non figurativement que le corps du Christ est mangé dans l’eucharistie.
Car nous ne disons pas que le corps du Christ est mangé absolument parlant, mais sous l’espèce du pain. Ce qui veut donc dire que les espèces sont mangées visiblement et aussi, mâchouillées par les dents; et que, sous elles, le corps du Christ est invisiblement pris, et transmis à l’estomac. Car, le pain lui-même, n’est trituré par les dents qu’en raison de ses accidents. En effet, la substance d’une chose n’est pas divisible par elle-même. Mais la différence qu’il y a entre la substance du pain et le corps du Christ sous les espèces du pain, est que celle du pain s’étend selon l’extension de la quantité, qui est vraiment informée, et est toute entière sous chaque particule. Voilà pourquoi le pain est mangé absolument parlant, et le corps du Christ sous l’espèce du pain seulement.
Le sixième argument ils le tirent de tous les textes de l’Écriture où le mot « est » est employé au sens de « signifie », ou dans les passages où le prédicat est certainement pris au sens figuré. Calvin (livre 4, chapitre 17, versets 21 et 22), tire des exemples de la Genèse 17 : « La circoncision est une alliance ». Exode 12 : L’ange est dit Dieu, l’agneau est la pâque, c’est-à-dire le passage. Levit 16 : « Les sacrifices sont des expiations. ». Psaume 84 : « L’arche est Dieu. » Matthieu 3 : « La colombe est dite Esprit Saint ». Jean V11 : « L’Esprit n’était pas encore. » On ne peut pas ici, entendre le mot être substantivement, car, autrement, le Saint-Esprit ne serait pas éternel. 1 Corinthiens X : « Le rocher était le Christ. » Et, au même endroit : « Le pain est la communion au corps du Christ. » 1 Corinthiens 12 : « L’Église est le Christ. » Tit 111 : « Le baptême est le lavement de la régénération. » Si on entendait ce « est » substantivement, tous ceux qui sont baptisés seraient régénérés, alors que nous savons très bien que pour beaucoup le baptême est inutile.
D’autres présentent d’autres textes, comme : « Les sept bœufs sont les sept années. » Genèse X11 : « La semence est la parole de Dieu. », Luc V11 : « je suis la porte, » et d’autres de ce genre. Et ils confirment l’argument en disant que des hérésies sont nées parce qu’on avait entendu certains mots de l’Écriture au sens propre, comme celle des anthropomorphites. Calvin (livre 4m chapitre 17, verset 23) et Klebitius (dans la victoire de la vérité, par 1, arg 16),
Je réponds que cet argument est défectueux de plusieurs façons. On ne peut pas, à partir de quelques exemples, conclure que le mot être ou le prédicat est employé partout au sens figuré. Car, nous pourrions présenter un plus grand nombre de cas où le verbe être signifie être. Cette réponse Klebitius la réfute (dans son livre sur la victoire de la vérité, par 1, argument 16). Il dit que ses adversaires argumentent de la même façon. Ils prouvent que ceci est mon corps doit être compris au sens propre et non figuré, parce que dans l’Écriture, beaucoup de verbes être ne peuvent pas s’entendre au sens figuré. Mais il ment, car ce que nous disons, en règle générale, et ce que nous répétons partout, c’est qu’il faut conserver le sens propre des mots à moins qu’il soit évident que dans, tel cas, tel mot est pris au sens figuré. C’est avec cette règle universelle que nous prouvons que le mot « est » dans ceci est mon corps, doit être entendu au sens propre.
Je dis la même chose pour la confirmation. On ne prouve pas correctement qu’il faut se garder en tout et toujours du sens littéral, parce que quelques-uns y ont trouvé une occasion d’errer. Car, en raisonnant ainsi, on prouverait aussi qu’il faut toujours et partout se garder du sens mystique parce que quelques-uns y ont tiré une occasion d’errer, comme les origénistes et les donatistes. Il faudrait même continuellement se mettre en garde contre toute l’Écriture, parce que beaucoup d’erreurs ou presque proviennent d’une fausse interprétation de l’Écriture.
Les arguments de nos adversaires pèchent aussi en ce qu’ils n’ont présenté aucun exemple semblable. Car, dans les exemples allégués, c’est toujours quelque chose de disparate qui est prédiqué d’une chose disparate, comme le montrent certains exemples : les bœufs et les années, la semence et la parole, le Christ et la vigne. Comme, dans ces cas, il ne peut absolument pas se faire que les mots soient pris au sens propre, on a forcément recours au trope. Or, dans cette phrase : ceci est mon corps, un disparate n’est pas prédiqué d’un disparate. À quoi se réfère ce « ceci », voilà quelle est la question qui se pose. Et on ne doit pas assumer qu’il se réfère au pain, puisque le texte ne le dit pas explicitement. Il faudrait donc apporter un exemple où, du pronom ceci, quelque chose serait prédiqué figurativement.
Klebitius présente deux exemples. Un dans son argument 16 : Exode 24 : « Cela est le testament » , là où le pronom démonstratif désigne le sang. L’autre ( à la fin de son livre tiré de la confession du duc de Wertemberg) : Ézéchiel V : « Celle-ci est Jérusalem. » Là où est montrée une image de Jérusalem, mais de la vraie Jérusalem, d’après le texte lui-même, et comme le commentaire de saint Jérôme le montre. Car, même si (au chapitre 4), il avait été commandé à Ézéchiel de peindre cette ville, au chapitre 5, toutefois, on ne parle plus de cette peinture. J’ajoute que, en montrant Jérusalem, Ézéchiel n’a pas dit : ceci est Jérusalem, mais voilà Jérusalem. Jésus, en effet, a dit : ceci est mon corps, et non, cette chose est mon corps. Ce qu’il aurait du dire s’il avait voulu montrer le pain. Ces cas ne sont donc pas semblables.
L’argument pèche une troisième fois en ce qu’il mêle plusieurs faussetés. Car quelques textes sont faussement cités, comme, par exemple : les sacrifices sont des expiations. Or, cette phrase on ne la retrouve pas à l’endroit indiqué, ni ailleurs. De même, Calvin cite le verset du psaume 84 pour prouver que l’arche est dite Dieu. Mais on ne trouve pas cela à cet endroit. La phrase que cite Calvin : « Le Dieu des dieux sera vu dans Sion. » a été commentée par saint Augustin, saint Jérôme, Theodoret, et d’autres. Or, ce ne sera pas l’arche, mais Dieu lui-même qui sera vu dans Sion. Et dans la Sion terrestre, il sera vu quand il revêtira une chair. Ajoutons que même si on voyait une arche dans ce passage, on ne pourrait quand même pas dire : cette arche est Dieu, mais par cette arche, Dieu est vu, ou par le lieu sacré par Dieu, où des réponses étaient données. Il agit de la même façon quand il fait dire à saint Paul : « L’église est le Christ. » Ce que Paul a dit c’est : « Il en va ainsi du Christ. » À cet endroit, il appelle le Christ le Seigneur lui-même avec le corps mystique. Mais cela ne nous permet cependant pas de dire : « L’Église est le Christ. » Nous ne disons pas non plus : le corps est la tête, ou le royaume est le roi, à moins que, parfois, par le nom du roi, nous entendions le roi lui-même avec tout son royaume.
Et cette autre citation (Jean V111) : « L’Esprit Saint n’était pas encore, » se lit différemment dans des textes plus corrects : « Le Saint-Esprit n’avait pas encore été donné. » C’est ce que lit Didyme l’aveugle (dans son livre 2 sur le Saint-Esprit), et saint Augustin (dans son traité 52 sur saint Jean), saint Léon (sermon 2 sur la pentecôte), et d’autres. Et même si on lisait : l’Esprit Saint n’était pas encore, il n’y aurait pas là de trope, car tous comprendraient que le Saint-Esprit n’était pas encore dans les apôtres, comme le lit saint Jérôme (question 9 à Hedibia).
Certains textes sont bien cités, mais mal interprétés, comme par exemple, « l’agneau est la pâque, c’est-à-dire, le passage. » Car, on ne disait pas que l’agneau pascal était la pâque au sens figuré, parce qu’il aurait signifié le passage, car il n’y avait aucune similitude entre l’égorgement de l’agneau et le passage du Seigneur. Mais on l’appelait pâque au sens propre, comme la fête elle-même s’appelait pâque, nom dérivé du passage du Seigneur, parce que l’agneau était immolé. et que ce jour de fête avait lieu en souvenir et en honneur de ce passage. Voilà pourquoi dans l’évangile, l’agneau pascal est appelé pâque, au sens propre : « Où veux-tu que nous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque ? » Et : « Il était nécessaire que la pâque soit tuée. » (Marc 14), (Luc XX11).
Et cette autre citation (1 Corinthiens X) : « Le rocher (la pierre) était le Christ. » Selon l’interprétation plus vraie et littérale de saint Jean Chrysostome, de Theophylactus, de Theorodret et d’Ambroise, ce n’est pas le rocher matériel qui signifie le Christ. Ce rocher, en effet, ne suivait pas les Juifs. Mais le rocher invisible et spirituel qui procurait aux Juifs tout ce qui était nécessaire. C’est ce rocher, ou cette pierre, qui était vraiment et proprement le Christ, comme Dieu. Car, même si on fait un trope quand on appelle le Christ rocher ou pierre, cependant, par l’addition de spirituelle, le trope est expliqué, et cette parole est dérivée vers la signification du mot Christ. Et donc, cette phrase : « la pierre spirituelle est le Christ » est entendue au sens propre, et au non au sens figuré.
Même si dans son institution, au lieu cité, Calvin par pierre, entend roche, cependant, dans sa dernière admonition à Westphalus, il entend, par métonymie, « eau » au lieu de « pierre ». Car, par de petits filets d’eau, l’eu pouvait facilement suivre les Hébreux dans le désert. Ce commentaire, Theodoret l’avait autrefois réfuté, et même Pierre le martyr ne l’épargna pas dans son commentaire de ce passage. Car cette explication répugne à l’Écriture, car, un peu après, ils manquèrent d’eau de nouveau (Nombres 20 et 21). Or, ils n’en auraient certainement pas manqué, si l’eau du rocher les avait suivis.
Le martyr présente deux explications. La première. Ce « la pierre les suivant », signifie les aidant, les servant. Les pères grecs qui comprenaient parfaitement le sens du mot grec akolouthousès, lui font dire accompagnant, non servant. Comme d’ailleurs Érasme, à qui nos adversaires attribuent beaucoup de choses. Il dit que ce mot accompagnant réfère au Christ, non au rocher, comme nous l’avons dit. Mais, il ne se rend pas compte que, par cette explication qu’il fait sienne, qu’il trouve préférable aux autres, il détruit lui-même ce qu’il avait dit plus haut. Car, de cette façon, il ne peut pas y avoir de trope dans les sacrements. En effet, si le rocher qui accompagne n’est pas le rocher matériel, mais le Christ, rocher invisible, ils ne peuvent certainement pas dire que dans « La pierre était le Christ », ou la pierre (ou le rocher) signifie le Christ. Ce que pourtant il soutient avec force.
Il faut, toutefois, observer ici que nous ne nions pas que ce rocher matériel ait été une figure du Christ, et que l’eau qui en coulait ait été une figure du sang du Christ qui coulait de son côté percé. Ce que nous nions c’est que, par ces paroles (le rocher était le Christ) cette figure était expliquée, comme nous nions que par ces paroles (ceci est mon corps), soit expliquée la signification des espèces du pain.
Au sujet de cette autre citation : le pain est la communion, ils n’en donnent pas une explication exacte quand ils disent : le pain signifie la communion. Car, le sens est : dans la cène du Seigneur, la communion au pain consacré n’est-elle pas une communion au corps du Seigneur ? Il n’y a là aucun trope enlevant la vérité de la chose, ou obscurcissant la phase. Car, on entend par pain, l’usage du pain, et la manducation du pain. Il n’y a pas de trope dans le mot pain, parce qu’on parle du pain consacré qui est vraiment le corps du Seigneur, comme nous le montrerons dans le chapitre suivant.
Ensuite la phrase suivante : le baptême est le lavement de la régénération est mal expliquée en disant : le baptême signifie le lavement, car, il ne signifie pas seulement, mais lave vraiment les âmes des péchés, en tant que cela dépend de lui, à moins que son effet soit entravé par notre indisposition. Pèche aussi le quatrième argument qui veut que dans tous les textes cités où il y a un trope ou une obscurité quelconque, une explication soit toujours ajoutée, comme dans Genèse 17, où la circoncision est appelée alliance. Au même endroit, elle est appelée aussi signe de l’alliance. Exode 11, là où on dit que l’agneau est la pâque, on dit au même endroit que la victime est appelée passage du Seigneur. Dans 1 Corinthiens X, le rocher était le Christ, est expliquée au même endroit comme étant le rocher spirituel qui les suivait. Ensuite, dans toutes les paraboles et visions, ou songes, on indique toujours que c’est une parabole ou une vision mystique.
Du reste, il est à noter que, dans les textes où l’on trouve des paraboles, des comparaisons, des visions, le moto « est » peut être pris pour « signifie » sans le recours à aucune trope, cat l’essence de telles choses réside totalement dans la signification, comme nous l’avons dit plus haut, lors de l’explication des mots de la consécration. Comme, par exemple, dans la Genèse, quant on dit que sept bœufs étaient sept années, le sens n’est pas que les bœufs signifient des années, mais que, dans la vision, les bœufs ont été montrés comme signifiant des années. Or, cette phrase (ceci est mon corps), comme nous l’avons dit souvent, n’est pas l’explication d’un signe ou d’une parabole, mais l’assertion d’une chose. Voilà pourquoi Calvin (livre 4, chapitre 17, verset 21), étant sur le point de montrer un exemple de tropes, a préféré ne pas tirer d’exemple des paraboles, car il se rendait compte qu’elles n’auraient rien prouvé.
Le septième argument est de Calvin (livre 4, chapitre 17, verset 23). Dans cette phrase (ceci est mon corps) le mot corps, pris au sens propre, signifie seulement le corps, ou tout le Christ. S’il signifie seulement le corps, le corps du Christ sera là sans son âme, son sang et sa déité. S’il signifie tout le Christ, ce sera alors une confuse battologie. Car, cela est mon corps et ceci est mon sang signifieront la même chose, et on pourra dire du Pain : ceci est du sang; et du calice, ceci est un corps. On le confirme ainsi. Si le Christ entier signifie le mot corps, ce sera un trope, qu’on appelle intellection. Nous ne pouvons pas fuir les tropes dans cette sentence, à moins qu’avec impiété nous séparions le corps du Seigneur de son sang.
Je réponds que les mots signifient au sens propre; que par le mot corps, on n’entend que le corps, et par le mot sang, que le sang, parce que, en vertu de la nécessaire concomitance, ils sont unis l’un à l’autre. Même si cette union n’est pas signifiée par ces mots; comme elle n’est pas, non plus, niée. Exemple. Si quelqu’un disait en montrant le corps de Pierre : Cela est le corps de Pierre, le pronom ne signifie que le corps de Pierre. Il ne s’ensuit pas, cependant, que ce corps soit privé de son âme. Il n’a pas dit, en effet : ceci est un corps sans âme, mais simplement : ceci est un corps. Ce qui reste vrai, qu’il soit uni ou pas à une âme. Voilà pourquoi il n’y a ici aucune battologie, ou trope.
Et même si nous étions forcés d’y voir une intellection, cela ne compliquerait pas les choses, parce qu’il y a une grande différence entre l’intellection et une métaphore ou métonymie. L’intellection n’enlève pas la réalité ou vérité de la chose, mais les autres l’enlèvent. Voilà pourquoi dans ces mots : le Verbe s’est fait chair, tous les catholiques admettent une intellection, qui nous fait comprendre un tout par une partie. Mais personne n’y voit une métonymie ou une métaphore, sauf les hérétiques qui nient une véritable chair dans le Christ.
Le huitième argument de Calvin (verset 20) et de Pierre le martyr est tiré du (chapitre 11, 1 Corinthiens) : « Ce calice est le nouveau testament dans mon sang. » Il faut nécessairement admettre là deux tropes. Le premier, dans le mot calice. Car, selon le commun usage, le contenant est pris pour le contenu. Ce trope s’appelle une métonymie. Le deuxième, dans le mot testament. Car ni le pain ni le vin ne sont proprement une alliance, mais des signes de l’alliance. Ce qu’ils prouvent en disant d’abord que, autrement, à chaque jour on devrait renouveler l’alliance, puisque la précédente aurait été supprimée. De plus, il serait nécessaire que le Christ meure continuellement, car un testament ne vaut qu’après la mort du testateur (Hébreux 1X). Troisièmement. Dans Matthieu, le Seigneur a dit : « Ceci est mon sang, le sang du nouveau testament. » Le sang n’était donc pas le testament; et, selon Luc, ce qui était dans le calice était le testament. Il n’y avait donc pas de sang dans le calice. Quatrièmement. Luc et Paul disent que le calice est le testament dans le sang. Donc, ce qui était dans le calice n’était pas le sang. Car alors le sens serait : ce sang est le testament dans le sang, ce qui est absurde et impossible. Car, quand l’un est dans l’autre, ils ne peuvent pas être une seule et même chose. Il déduit de là qu’on doit interpréter les paroles de Matthieu et Marc, par les paroles de Luc et de Paul, pace que celles de Luc et de Paul sont plus brèves, et celles de Matthieu et de Marc sont plus longues.
Donc, le « ceci est mon sang » de Matthieu et de Marc doit recevoir le sens de : ceci est le testament dans mon sang, c’est-à-dire le signe du testament confirmé par mon sang. Et, de la même façon, le ceci est mon corps, doit avoir le sens de : ceci est le testament dans mon corps. Mais, non seulement le sang, mais le corps du Christ a rendu stable le nouveau testament. On ne peut donc pas entendre le mot corps au sens propre, à moins qu’on ne veuille que le corps et le testament dans le corps ne soient une seule et même chose. C’est ce qui semble être, sur ce sujet, le talon d’Achille de Calvin.
Je réponds que nous ne nions pas qu’il y ait un trope dans le mot calice. Mais, ce trope est, là, clairement exprimé. Mais, on ne peut pas mettre un trope dans le mot corps, comme le font les adversaires, car le Seigneur a dit : prenez et buvez, ceci est le calice, et, pourtant, il est certain qu’on ne boit pas le vase, mais le liquide qu’il contient. Et de même, Luc ajoute au sujet du calice : qui a été répandu pour vous. Or, ce n’est pas le vase qui est répandu ou versé, mais le liquide qui s’y trouve. Luc et Paul : ceci est le calice; Matthieu et Marc, ceci est le sang. Or, il faut expliquer les mots obscurs par des mots plus clairs, et des mots figurés par des mots au sens propre. Il est certain que si le même homme disait du même vase : buvez de cette coupe, personne ne douterait que, dans cette coupe, du vin soit contenu. Que les adversaires montrent que, dans l’Écriture, le trope est expliqué aussi clairement qu’ils l’imaginent dans le mot corps, et ils auront remporté la victoire. J’omets de dire qu’employer le mot calice pour signifier ce qui est contenu dans le calice est un trope si usité et vulgarisé que le sens de ce trope n’est pas moins clair que celui des mots pris au sens propre.
Quant à l’autre trope qu’ils placent dans le mot alliance ou testament, je réponds qu’il n’y a là aucun trope. Il faut noter ici qu’on a coutume de donner le nom de testament ou alliance à deux choses. La première : la volonté elle-même du testateur, qui dispose de l’héritage, qu’elle soit absolue ou conditionnelle, et qui peut être appelée aussi pacte. C’est dans ce sens que prend ce mot l’Exode 24 : « Ceci est le sang de l’alliance. » Ou, comme le cite saint Paul (Hébreux 9) : « Ceci est le sang du testament. » Car, le sens est le même. Ceci est le sang par lequel est sanctionnée et confirmée la volonté, le pacte, la promesse de Dieu. C’est ainsi que l’emploie la Genèse 17, où la circoncision est dite signe de l’alliance, ainsi que les épitres aux Galates (4), aux Hébreux 8), et Jérémie (31) où l’on distingue deux testaments.
Deuxièmement, le testament est appelé un instrument authentique, qui contient la volonté du testateur, et par lequel l’héritier acquiert le droit à l’héritage. Et, de cette façon, ce n’est pas improprement que, dans la bible sacrée, sont appelés ancien et nouveau les testaments dans lesquels est contenue la volonté de Dieu sur les biens temporels à donner aux Hébreux, et sur les biens éternels à donner au peuple chrétien. Ainsi que les sacrements qui sont des instruments authentiques qui nous appliquent le droit à l’héritage. Et l’héritage lui-même, du moins en partie. Car, l’héritage est une grâce et une gloire. Dans la présente ère de grâce, il nous est donné par les sacrements, ainsi que le droit à la gloire. Voilà pourquoi la circoncision, qui était un sacrement de l’ancienne loi, et par laquelle était donné aux Hébreux le droit à la terre promise, est appelée testament dans l’Eccl 1V : « C’est dans sa chair, qu’il a établi le testament. »
La même est aussi appelée le signe de l’alliance, et l’alliance elle-même (Genèse 17), et l’un et l’autre au sens propre. Car, elle était le signe de l’alliance comme l’alliance est prise pour la divine promesse. Elle était en même temps l’alliance, en tant que l’alliance est prise pour un instrument qui explique cette promesse. Parmi tous les sacrements, c’est l’eucharistie qui est principalement appelée alliance, car non seulement elle est un instrument qui procure l’héritage, mais elle contient aussi une représentation très claire de l’effusion du sang du Seigneur, duquel le nouveau testament tire sa vertu.