Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 273)
Tu diras. Si le corps du Christ est vraiment dans l’eucharistie, et si, quand tombe par terre l’eucharistie, le corps du Christ ne tombe pas, dans ce cas, le corps du Christ est donc séparé de l’eucharistie : l’un demeure sur l’autre, et l’autre git par terre, ou il est demeuré dans les mains de celui qui a échappé l’eucharistie. Je réponds que, tant que les espèces demeurent intègres, le corps du Seigneur n’est pas séparé de l’eucharistie. C’est pour cette raison que si l’eucharistie tombe par terre, le corps du Seigneur sera par terre, mais on ne dira pas de lui qu’il a tombé. Car, tombe au sens propre du terme ce qui est un corps, existe et se meut corporellement. Et c’est pour cela que quand un homme tombe, le corps tombe, mais non l’âme, même si elle est mue par accident. Il en est ainsi du corps du Christ qui demeure invisiblement dans l’eucharistie. Il change de lieu quand tombe l’hostie, mais ne tombe pas au sens propre.
Deuxièmement. Plusieurs philosophes, et surtout les épicuriens, niaient la providence de Dieu sur les choses qui se trouvent en dessous de la lune, en disant qu’il était indigne de Dieu de s’abaisser à pourvoir à des choses si viles. Mais les chrétiens ont appris de l’Écriture que non seulement il n’est pas indigne de lui, mais qu’il est très digne de lui de montrer sa bienveillance, sans s’épuiser et sans en être incommodé, envers les oiseaux, les animaux, les fleurs et les vers de terre. Nous pouvons dire la même chose aux hérétiques. Ce n’est pas une chose indigne du Christ, mais plutôt très digne de s’offrir ainsi à nous sans lésion, pour nous montrer son suprême amour.
Troisièmement. Ceux qui niaient l’incarnation ne pouvaient pas trouver d’argument plus fort que celui de l’indignité. Comme les marcionistes (Tertullien, livre de la chair du Christ) qui objectaient qu’il était indigne de Dieu d’être enfermé dans le sein d’une femme, d’être placé dans une crèche, et d’autres choses du même genre. Et Nestor (Theodoret, livre 4, sur les hérésies fabuleuses), et Évagre (livre 1, chapitre 2, histoire) n’apportaient pas d’argument plus percutant que de dire qu’il était indigne de Dieu de dire de lui qu’il avait deux mois ou deux coudées. Or, c’est ce qu’on aurait du dire si le Christ avait été enfant et Dieu en même temps. C’est pourquoi les Juifs et les païens ne trouvaient rien de plus horrible et de ridicule dans la religion chrétienne que l’indignité avec laquelle les chrétiens adoraient un homme pendu, et espéraient dans quelqu’un qui a été crucifié entre deux brigands, comme on le voit chez saint Justin dans son dialogue avec Tryphon, et dans Minitius Flix (Octave). Mais, instruite par l’apôtre, (1 Corinthiens 1) du mystère de la croix qui est un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils, mais qui est, pour les élus, une vertu de Dieu, et une sagesse de Dieu, l’église méprise ces dérisions et ces sarcasmes. Car, dans tous les tourments du Christ, la divinité n’a été lésée en aucune façon. Mais cependant, de sa passion, sont nées, pour Dieu une immense gloire indescriptible, et pour les humains, une utilité ineffable.
Nous pouvons répondre la même chose aux sacramentaires, et avec beaucoup plus d’à propos. Car il semble que ce soit une plus grande indignité pour le Christ, homme et Dieu, d’être lésé dans sa nature propre, que dans l’espèce du pain. Or, dans l’espèce du pain, le Christ homme ne souffre en rien. C’est dans sa forme propre qu’il a vraiment souffert de la flagellation, du crucifiement, et d’une mort ignominieuse sur un gibet, entre deux bandits.
Quatrièmement. Pour combattre la divinité du Christ, les ariens objectaient toujours que la divinité requérait l’honneur qui est rendu à Dieu le Père, comme on le voit dans saint Hilaire (livre 12 sur la trinité, et le livre contre l’empereur arien Constance). Pour nier le pouvoir sacerdotal d’absoudre les péchés, les novatiens (comme le rapporte saint Ambroise livre 1, chapitre 2 sur la pénitence), disaient qu’il était indigne d’attribuer aux hommes ce qui est le propre de Dieu. Mais les pères répondirent que personne ne déshonorait plus le père que ceux qui ne croyaient pas dans ses paroles : « Celui-ci est mon Fils », et « Tout ce que vous délirez sur la terre ». Nous répondons la même chose aux sacramentaires, car le Père n’avait pas parlé plus clairement que le Christ quand il a dit : « Ceci est mon corps. » Dieu n’aime pas ces défenseurs qui ne savent pas lui rendre honneur et gloire sans corrompre ses paroles, et faire de lui un menteur.
Enfin, à ceux qui ne peuvent pas supporter que le Christ soit enfermé dans une lunule, qu’il tombe par terre, qu’il soit brûlé et rongé par une souris, je poserais la question : croyez-vous que le Christ enfant a vraiment été enfermé dans l’utérus obscur et étroit d’une femme, et a été vraiment emmailloté ? Croyez-vous qu’il ait pu non seulement tomber par terre, mais s’étendre souvent sur le sol ? Croyez-vous que, sans miracle, le même enfant aurait pu être brulé vif et dévoré par une bête ? S’il avait donc pu supporter toutes ces choses dans sa forme humano-divine en étant vraiment lésé, pourquoi ne pas dire que, dans une autre espèce, la même chose peut lui arriver, sans être lésé. J’ai bien dit dans une autre espèce, car, nous ne concédons pas d’une façon absolue, que le corps du Christ dans l’eucharistie puisse être rongé ou brulé, de peur de laisser entendre que le Christ endure cela dans sa forme humano-divine.
2019 03 11 fin A SUIVRE
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LE SACREMENT DE PéNITENCE
QUATRE PARTIES : LE PREMIER LIVRE Le sacrement de pénitence
CHAPITRE 1 Ceux qui ont écrit sur la pénitence, autant les catholiques que les hérétiques.
CHAPITRE 2 : On dévoile certaines impostures et certains mensonges de Luther
CHAPITRE 3 : Les calomnies et les mensonges de Philippe Mélanchthon
CHAPITRE 4 : Les calomnies et les mensonges de Tilmann Heshusius
CHAPITRE 5 Les calomnies et les mensonges de Calvin et de Théodore de Bèze
CHAPITRE 6 Calomnies et mensonges de Martin Kemnitius
CHAPITRE 7Le nom de la pénitence
CHAPITRE 8 La pénitence est-elle un sacrement proprement dit ?
CHAPITRE 9 On explique les sentences des adversaires sur la question proposée
CHAPITRE 10 : La pénitence est un sacrement proprement dit
CHAPITRE 11 On solutionne les arguments de Calvin et de Kemnitius
CHAPITRE 12 Est-ce que le sacrement de pénitence est différent de celui du baptême ?CHAPITRE 13 On prouve la vérité.
CHAPITRE 14 On répond à des objections
CHAPITRE 15 Les parties essentielles du sacrement de pénitenc
CHAPITRE 16 On réfute des objections
CHAPITRE 17 Les parties matérielles du sacrement de pénitence : question qui se pose entre catholiques
CHAPITRE 18 Les sentences variées des hérétiques sur les parties de la pénitence CHAPITRE 19 Réfutation des sentences des hérétiques, et confirmation de la sentence es catholiques
CHAPITRE 20 Nous répondons aux arguments des adversaires
CHAPITRE 21 La troisième division de la pénitence en privée, publique et solennelle
CHAPITRE 22 : Les rites de la pénitence solennel
LE DEUXIèME LIVRE : LA CONTRITION
CHAPITRE 1 : On propose la doctrine de l’église
CHAPITRE 2 La contrition est une action bonne et libre, et qui appartient à l’évangile.
CHAPITRE 3 On ne peut avoir la contrition sans un don spécial de Dieu
CHAPITRE 4 Dans la contrition est incluse la haine ou la détestation du péché commis.
CHAPITRE 5 On réfute les objections
CHAPITRE 6 Dans la contrition est inclus le propos de bien vivre
CHAPITRE 7 On réfute les objections
CHAPITRE 8 La contrition est tout à fait nécessaire pour la justification
CHAPITRE 9 On réfute d’autres objections
CHAPITRE 10 La quantité de la contrition
ONZIèME CONTROVERSE GéNéRALE SUR LE SACREMENT DE PéNITENCE
EN QUATRE PARTIES
LE PREMIER LIVRE DES CONTROVERSES SUR LA PéNITENCE
Le sacrement de pénitence
Sur le sacrement de pénitence, il y a quatre controverses principales que nous expliquerons, dans la mesure où nous le donnera le Seigneur, pour lequel nous écrivons. La première : la pénitence est-elle un sacrement proprement dit; et quelles en sont les parties. La deuxième : la contrition, qui est la première partie matérielle de la pénitence. La troisième : la confession, qui est la deuxième partie matérielle. La quatrième : la satisfaction, qui est la troisième partie matérielle.
Mais avant d’en venir aux controverses, nous avons jugé qu’il valait la peine de parler de trois choses.
[N 1] Quels sont les auteurs qui ont écrit sur ce sujet ?
[N 2] Dans quelles impostures et mensonges les adversaires ont-ils cherché à noyer la vérité ?
[N 3] Et qu’est-ce que les Hébreux, les grecs et les latins entendent par pénitence ?
CHAPITRE PREMIER
Ceux qui ont écrit sur la pénitence, autant les catholiques que les hérétiques.
Parmi les catholiques beaucoup nous ont laissé des livres célèbres sur la pénitence. Commençons donc par les anciens. Le premier à avoir écrit un livre complet sur la pénitence est Tertullien, que nous ne nommons pourtant pas parmi les catholiques. Ensuite, saint Cyprien a écrit sur ce sujet dans son sermon 5 sur les tombés pendant la persécution, et dans sa lettre à Novatien. Troisièmement, Pacianus a écrit trois lettres contre les novatiens, et Parénèse sur la pénitence. Quatrièmement, saint éphrem a écrit un livre sur la pénitence, et un autre sur la vraie pénitence. Cinquièmement, saint Ambroise a écrit deux livres sur la pénitence contre les novatiens. Sixièmement, saint Jean Chrysostome a écrit douze homélies sur la pénitence. Septièmement, saint Augustin a écrit deux homélies (27, et 50, dans le premier livre de ses homélies.), une sur le titre du livre de l’utilité de la pénitence, et une autre sous le titre du livre de la médecine de la pénitence. (On les trouve aussi dans le tome 9). Huitièmement, Théodoret dans l’épitomé des décrets divins, il a fait un traité qui ne porte que sur la pénitence. Neuvièmement, Victor de Chartes a écrit un volume célèbre sur la pénitence. Dixièmement, Hugues de saint Victor, (livre 2 sur les sacrements, part 14). Onzièmement, Pierre Lombard, et après lui, les scolastiques (livre 4 des sentences, dist 14) et Gratien, et après lui, le jurisconsulte, 33, quest 3.
Voici les théologiens qui écrivirent récemment contre les hérétiques. Thomas Waldensis (tome 2 sur les sacrements, chapitre 135 et suivants), Jean Eck (dans ses homélies sur les sacrements, et dans les trois livres sur la pénitence.) Jean Roffessis, dans sa réfutation des articles de Luther. Albert Pighiius (neuvième controverse), Pierre de Soto (dans l’institution des prêtres), Ruardus Taperus (dans son explication des articles de Louvain), Alphonse a Castro (dans ses livres contre les hérésies), Diegus Payva (livre 3 de ses explications ), Jacques Latomus (dans sa défense du troisième article des théologiens de Louvain, dans le livre de la confession secrète, et dans un autre contre Oecolampadius), Jean Antonius Delphinus (livre 2 sur l’église), Marianus Victorius a écrit une histoire sur le sacrement de la confession. Le cardinal Hosius (dans sa confession polonaise, livre 4 de la panoplie, chapitre 57 et suivants. Peresius Ajala (dans le livre sur la tradition, part 3), André Vega (livre 13, sur le concile de Trente), Jean Cochlaeus (dans sa discussion des articles 1 et 13 de la confession d’Augsbourg), Jean Daventria, (dans son jugement des mêmes articles), Alphonse Virvesius (Philippique 9, 10, et 11.) Jean Medina (traité sur la pénitence, la confession et la satisfaction), Melchior Cano (dans la relecture de la pénitence), Chrysostome Javellus, (livre de la philosophie chrétienne, part 5, trait 5), et Tilmann (dans son livre sur les sacrements, chapitre 4).
Parmi les hérétiques de notre temps, le premier à avoir écrit sur la pénitence est Martin Luther, dans son livre sur la captivité de Babylone, au chapitre du sacrement de pénitence, dans les assertions de ses articles, et dans les disputes contre les Antinomes. Philippe Melanchton (dans sa confession d’Augsbourg, et son apologie (art 11 et 14 dans les lieux communs, au titre de la pénitence, de la contrition, de la confession, de la satisfaction, et dans une dispute sur la pénitence. Jean Oecolampadius (dans son livre sur la confession), Jean Brentius (dans la confession de Wirtemberger, dans son apologie, et dans ses homélies sur la pénitence), Jean Calvin (livre 3, chapitre 4, livre 4, chapitre 19), Jean Wigandus, (dans un livre qui décrit la méthode de la doctrine de l’église des magdebourgeois, chapitre 18), Pierre Palladius (dans l’avertissement sur la pénitence et la justification), David Chytraeus, dans sa catéchèse, lieu 8), Martin Kemnitius (dans sa seconde partie de l’examen du concile de Trente, session 14), et Théodore de Bèze (dans sa confession de la foi, chapitre 7).
CHAPITRE 2 : On dévoile certaines impostures et certains mensonges de Luther
Venons-en maintenant aux mensonges. [Premièrement] Voici ce qu’écrit Luther dans son libelle intitulé : contre l’exécrable bulle de l’antichrist, en parlant de l’article 6 : « Lis les livres de ces sophistes sur la pénitence, et tu verras qu’ils ne font aucune mention de promesse ou de foi. Car, ils omettent les parties vitales de la pénitence, et ne poussent les hommes qu’à ces contritions mortes. » Il répète la même chose dans son livre sur la captivité de Babylone, chapitre de la pénitence : « Non content de cela, notre Babylone éteint la foi à un point tel que, d’un front impudent, elle nie qu’elle soit nécessaire dans ce sacrement. Bien plus, avec une impiété digne de l’antichrist, elle condamnerait quelqu’un comme hérétique s’il osait affirmer que la foi est nécessaire. » Cette calomnie impudente est non seulement réfutée par tous les livres catholiques, qui exigent en premier lieu la foi dans la justification des adultes. Mais, dans la même page, au bout de sept lignes, on voit Luther se contredire. Car, dans le livre cité plus haut, Contre la bulle exécrable de l’antichrist, et dans la même page, il écrit : « J’ai parlé de cette doctrine : la pénitence ne vaut rien si elle n’est pas faite dans la foi et la charité. C’est ce qu’ils enseignent (les papistes) aussi, sans savoir enseigner ce qu’est la foi et ce qu’est la charité. »
Deuxièmement, le même Luther (dans le même livre de la Captivité de Babylone, chapitre sur la pénitence), dit : « Au début, ils enseignèrent la contrition de la façon à lui donner le premier pas sur la foi de la promesse, et de la rendre plus vile, en n’en faisant plus l’œuvre de la foi, mais un mérite. Ils en même perdu le souvenir. » Et plus bas : « Plus audacieux, et pires encore qu’eux, ils imaginèrent une attrition, qui, en vertu du pouvoir des clefs, deviendrait la contrition qu’ils ignorent. Ils la donnent aux impies et aux incrédules, pour abolir ainsi la contrition universelle. O colère insoutenable de Dieu ! Que de telles choses soient enseignées dans l’église du Christ ! »
Toutes ces choses, évidemment, ne sont que des impostures et des calomnies. Car, jamais aucun catholique n’a fait passer la contrition avant la foi, ni n’a pu enseigner qu’on puisse avoir l’attrition sans la foi. Nous sommes si certains que la foi est un don de Dieu que nous enseignons constamment qu’elle ne peut être acquise ni par la contrition, qui nait de la foi, ni par aucune œuvre, comme si elle pouvait être acquise par le mérite. Et Luther n’a pu citer aucun de nos auteurs catholiques qui auraient écrit les choses qu’il nous reproche en vociférant dramatiquement. Mais je ne vois que trop bien ce qui lui a fourni l’occasion de cette calomnie. Car, ce nouvel apôtre décrit la foi bien autrement que ne la décrit l’auteur de la lettre aux Hébreux, et que ne l’entend l’église catholique du Christ. C’est cette persuasion oiseuse de la rémission de tous leurs péchés, en laquelle les luthériens ont l’obligation de croire, nous, les catholiques, nous ne la reconnaissons pas, et nous ne daignons pas lui donner le nom de foi catholique. Voilà pourquoi Luther nous calomnie, en faisant croire aux gens simples que nous séparons la foi de la contrition, et que, de cette façon, nous l’éliminons. Et ce que nous soutenons, nous, ce n’est pas que la foi dans le Christ n’est pas nécessaire à la contrition, mais que c’est l’hérésie de Luther qui n’est pas nécessaire à la contrition.
Troisièmement, le même Luther (dans la dispute 4 contre Antinomos, propos 3) enseigne que, « chez les catholiques, le pénitent doit demeurer incertain de la rémission de ses péchés ». Et, dans la même dispute, (proposition 9), il affirme que « les papistes forcent les hommes à douter que le Christ soit vraiment mort pour effacer leurs péchés ». Et, dans son sermon sur l’eucharistie, (en l’an 1526), il dit que « personne qui sait ce que c’est que l’absolution, ne croira pas avec certitude avoir été absous ».
Notons brièvement qu’il est facile de détecter le fondement de ces calomnies. Comme trois choses concourent à la rémission des péchés, le mérite du Christ, la vertu de sacrement, et la disposition propre des pénitents, qui ne peut exister sans un acte de la foi et des autres vertus, les catholiques ne doutent pas du mérite du Christ ou de la vertu du sacrement, puisqu’ils estiment hérétiques ceux qui ont osé enseigner que le Christ n’est pas mort pour tous, ou que sa mort ne suffit pas pour effacer les péchés de tous les hommes, ou que la vertu du sacrement est inefficace ou incertaine. Au sujet de la disposition propre à chacun, ils enseignent qu’il est permis de douter si elle est comme elle devrait être.
Chose que même les luthériens sont d’ailleurs forcés de reconnaitre, car ils ne nient pas que la foi et la pénitence sont requises. Et ils concèdent même que l’homme peut errer dans le jugement qu’il porte sur sa foi et sur sa pénitence. Car, voici ce que Luther dit dans son sermon sur le baptême (en l’an 1535) : « Pour que le baptême soit certain, Dieu ne le fonde pas sur notre foi, qui peut être incertaine et fausse, mais sur sa parole et sur son institution. » Et Jean Calvin (livre 3, chapitre 2, verset 10), dit, en parlant de ceux qui pensent avoir la foi sans l’avoir vraiment, « Le cœur humain a tant de replis où se cache la vanité, tant d’antres de mensonge, tant de déguisements inspirés par la fraude et l’hypocrisie, qu’il se trompe souvent lui-même. Que ceux qui se glorifient de tels simulacres de foi comprennent qu’ils ne le cèdent en rien aux diables ! »
Donc, comme Luther comprend, et souvent les autres luthériens, que ce n’est pas sans raison que les catholiques doutent de l’obtention de la rémission des péchés, ils transfèrent, par une pure fraude, ce qui relève d’une cause à une autre cause, et nous reprochent de douter du prix de la mort du Christ, de l’efficacité et de la vertu du sacrement. Du reste, les catholiques n’enseignent pas, selon le mensonge de Luther, que les pénitents doivent être incertains de la remise de leurs péchés. Ils les exhortent plutôt à vivre de telle sorte et de recevoir le sacrement avec une telle diligence et une telle ferveur qu’ils puissent être certains que leurs péchés leur sont remis, et jouissent en toute sérénité du témoignage de leur conscience pacifiée.
Mais il y a deux choses que les catholiques enseignent, et avec lesquelles nous différons des adversaires. N 1 : La certitude que nous pouvons avoir de la rémission de nos péchés, et qu’ont plusieurs chrétiens après les sacrements, n’est pas une certitude de foi catholique, mais une certitude morale et humaine, non une certitude de foi mais une certitude de confiance. N 2 : Ceux qui n’ont pas cette certitude morale ou humaine, et qui craignent à cause de leur infirmité, de ne pas percevoir les fruits du sacrement, ne sont pas, à cause de cela, comptés parmi les infidèles et les impies. Et ils ne reçoivent pas inutilement les sacrements du seul fait qu’ils craignent les recevoir inutilement.
Les adversaires leur ordonnent de ne pas moins croire que leurs péchés sont remis par ceux qui administrent les sacrements, qu’à l’existence de Dieu ; et ils déclarent que ce sont des impies et des infidèles ceux qui doutent de leur justification. En quoi ils se trompent lourdement. Car, même si, par la parole de Dieu, nous sommes certains que les péchés sont remis à tous ceux qui se présentent au confessionnal avec les dispositions voulues (les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, Jean 20, 23), on ne peut pas savoir par la parole de Dieu que tel ou tel homme se présente avec les conditions voulues. On ne peut le savoir cela, que par des conjectures humaines, ou des signes. Voilà pourquoi cela ne peut, en aucune façon, appartenir à la foi qui est basée sur la parole de Dieu.
Quatrièmement. Le même Luther (dans son livre sur la messe privée, en l’an 1534), enseigne, avec une impudence horrible et diabolique, qu’un grand nombre de catholiques enseignent de nouveau que le Christ n’a satisfait que pour le péché originel, et que, pour les péchés actuels, c’est nous qui devons satisfaire. Et qu’ainsi, après avoir conspué le Christ, nous devenons des Turcs et des païens. De même, dans la préface de son commentaire sur la lettre aux Galates, (en l’an 1535), il va encore plus loin. Il dit que les catholiques ont le Christ en plus faible estime que ne l’ont les Juifs. Car, les Juifs voyaient le Christ comme un larron pendu à un gibet à cause de ses crimes; et les catholiques comme un être fabuleux, un dieu fictif comme l’étaient les dieux des païens.
Ce mensonge est tellement gros et évident qu’il ne demande aucune réfutation. Car, les catholiques n’attribuent pas à la satisfaction la rémission des péchés actuels, si ce n’est par mode de disposition, mais seulement celle des peines temporelles, qui demeurent après la rémission des péchés, comme l’a voulu la divine sagesse. Quant aux fautes des péchés actuels, tous les catholiques affirment qu’elles sont remises par le sacrement de pénitence, qui tient sa vertu du sang du Christ. Chose que Luther ne peut pas ignorer, car, dans la dispute de Philippe sur les parties de la pénitence, que l’auteur a préfacée par une lettre louangeuse, voici ce qu’on lit dans la proposition 10 : « Les adversaires admettent avec raison que les satisfactions ne méritent pas la rémission de la faute. » Et Philippe répète la même chose dans son apologie de la confession d’Augsbourg (article de la confession et de la satisfaction). Ajoutons que les catholiques n’enseignent pas seulement que le Christ a satisfait pour toutes les fautes, mais aussi pour toutes les peines ; que la satisfaction ne nous est pas appliquée autrement pour le péché originel que pour le péché actuel, pour la peine éternelle que pour la peine temporelle, comme nous l’expliquerons en son lieu.
Cinquièmement. Le même Luther, dans son commentaire de la lettre aux Galates, écrit en commentant ces mots : « Car si je construis de nouveau ce que j’ai détruit » : « Les catholiques, dans le sacrement de confession, ne font aucune mention des mérites du Christ, mais ils n’inculquent que les satisfactions humaines. » Et il le prouve cela avec la formule d’absolution employée par les papistes les plus religieux. Mais ce mensonge, je ne pense pas que c’est à l’état de veille qu’il l’a vomi, mais plutôt en somnolant, car la formule de l’absolution dont il parle ici et que Tilmann[Tilman Heshusius (latin), ?Tilemann Hesshus (allemand)] rapporte dans son livre sur les six cents erreurs des pontifes (9, numéro 57) commence ainsi : « Par le mérite de la passion du Christ, et par les mérites de la bienheureuse vierge et de tous les saints. »
Sixièmement. Le même Luther (dans sa captivité de Babylone, au début du sacrement de pénitence, dit : « La première chose qui est mauvaise dans ce sacrement, et la plus importante, c’est qu’ils ont aboli totalement le sacrement, sans n’en laisser aucun vestige. » Or, s’il en était vraiment comme il le dit ici, les catholiques n’estimeraient pas, d’après Luther, qu’il y a sept sacrements. Car, il est trop évident que s’il en manque un, il ne peut pas y en avoir sept. Quand le même Luther, au début de son livre sur la captivité de Babylone, déclare qu’il faut nier qu’il y ait sept sacrements, et, pour le moment, n’en conserver que trois, il indique assez clairement que les catholiques comptent sept sacrements.
Septièmement. Dans son livre contre la fondation de la papauté à Rome, en l’an 45, un an avant son trépas, c’est avec une grande impudence qu’il ment. Et il parle avec une telle vulgarité et une telle arrogance qu’il est à se demander si même, pour les siens, il n’était pas plutôt un bouffon qu’un évangéliste. Il ose écrire que le pape a dit : « En dehors de moi, de mes clefs et de mes messes, personne ne peut apporter d’aide. » De même : « Le Christ est un ivrogne, un abruti, un écervelé. Il ne se souvient plus de l’immense pouvoir de lier qu’il m’a donné avec les clefs. » De même : « Celui qui n’adore pas mes flatulences commet un péché mortel, et est digne de l’enfer. » Au même endroit, il affirme sérieusement que le pape et tous ses adhérents, qu’il appelle rustres, stupides, et des ânes scélérats, « ne connaissent rien de Dieu, du Christ, du baptême, de l’eucharistie, du pouvoir des clefs, et des bonnes œuvres » Il dit même que, hors de tout doute, « aucun catholique ne sait un seul des dix préceptes, ou une seule demande de l’oraison dominicale, ou un article du symbole ». Et que pourtant, chez les luthériens, un enfant de cinq ans connait très bien tous les préceptes. Si je voulais rapporter tout son vomissement, je ferais injure aux luthériens en semblant les croire hébétés et retardés, du fait qu’ils ont avalé sans broncher des mensonges si sublimes.
Le même Luther dans les articles Smalkalde (1537), qu’il a formulés et promulgués dans un conventum des siens, (paragraphe 3,) sur la fausse pénitence des papistes, impute aux catholiques, en plus de plusieurs autres mensonges, d’enseigner que « ceux qui font correctement la pénitence méritent la rémission des péchés. » Il ajoute que « les catholiques ne font aucune mention du Christ ou de la foi, mais espèrent abolir, par leurs propres œuvres, tous leurs péchés devant Dieu. » Il dit aussi que la contrition des catholiques est une pensée des péchés fictive et simulée, « qui provient de leurs propres forces, sans la foi et sans la connaissance du Christ ». Ces choses et d’autres semblables, loin de les reconnaitre pour nôtres, nous les condamnons dans les hérésies pélagiennes. Mais, comme je l’ai souvent dit, il n’est que trop facile d’affirmer n’importe quoi sans preuve et sans témoignage, d’autant plus que les hérétiques ont une tendance naturelle au mensonge.
CHAPITRE 3 : Les calomnies et les mensonges de Philippe Mélanchthon
Philippe Mélanchthon, auteur de la confession et de l’apologie, et le propre père des confessionistes, a pensé que, pour donner plus de force à ce texte sur la pénitence, il devait le corser de divers mensonges et calomnies. Tout d’abord (dans la confession d’Augsbourg, article 12), il enseigne le mensonge suivant : « les catholiques n’enseignent pas que la rémission des péchés s’obtient par la foi, mais par notre amour et nos œuvres; et que les satisfactions sont nécessaires pour racheter les peines éternelles ».
Mais il vaut la peine d’écouter de combien de façons différentes il a exprimé ce mensonge, dans les éditions successives.
Dans la confession de 1530 qu’ils montrèrent à Charles Quint, nous lisons : « Sont rejetés ceux qui n’enseignent pas que la rémission des péchés s’obtient par la foi, mais qui nous ordonnent de mériter la grâce par nos satisfactions, » Dans son édition de Wirtemberg, de l’an 1531, ils ont changé le texte de cette façon-ci : « Sont rejetés aussi ceux qui n’enseignent pas que la rémission des péchés s’obtient par la foi, mais enseignent que la rémission des péchés s’obtient par notre amour et nos œuvres. Sont rejetés aussi ceux qui enseignent que « les satisfactions canoniques sont nécessaires au rachat des peines éternelles ou du purgatoire. » Dans l’édition de 1540, voici ce qu’ils ont mis : « Ils condamnent aussi ceux qui n’enseignent pas la rémission des péchés par la foi, gratuitement, à cause du Christ; mais qui soutiennent que la rédemption des péchés s’obtient par la dignité de la contrition, de l’amour, ou d’autres œuvres. Ils condamnent ceux qui ordonnent aux consciences de douter que dans la pénitence, ils obtiennent réellement la rémission des péchés, et qui affirment que ce doute n’est pas un péché. »