Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 274)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Dans la même confession (à l’article sur la confession, dans l’édition de 1531), il dit : « Avant, on portait aux nues immodestement les satisfactions, et on ne faisait aucune mention de la foi, du mérite du Christ, et de la justice de la foi ». Et dans l’édition 1540 : « Ils n’enseignent jamais rien de certain sur la façon dont se fait la rémission des péchés. Sur la foi, ils gardent le plus profond silence. Et ils vont même jusqu’à enseigner qu’il faut douter de la rémission des péchés. » Et plus bas : « Les savants parmi les catholiques s’imaginent que la mort éternelle est vaincue par les satisfactions; et les non savants croient que la rémission de la faute se fait par les œuvres. » Le même Philippe Mélanchthon (dans son apologie à l’article 12) a accumulé tant de fraudes et d’impostures qu’il est impossible de les énumérer toutes. Nous en avons déjà réfuté une partie dans l’opuscule que nous avons intitulé « jugement sur le livre la concorde des Luthériens. » Mais il y a un mensonge, autant dans les confessions de 1540, que dans l’apologie, que nous ne pouvons pas laisser passer inaperçu. Il se glorifie d’une maxime comme d’une lampe allumée par les siens : « La simple doctrine de la pénitence a été ensevelie sous un amas d’opinions inutiles et mauvaises. » Et un peu après, il dit : « Voilà pourquoi les nôtres se sont appliqués à apporter de la lumière sur cet article. Ils l’ont éclairci et illustré à un point tel que même nos adversaires anciens reconnaissent qu’en cela, ils ont bien mérité de l’église. »

Et dans son apologie, il ajoute : « Tous les hommes de bonne foi de tous ordres, et même les théologiens, reconnaissent qu’avant les écrits de Luther, la plus grande confusion régnait dans la doctrine de la pénitence. Existent toujours les livres des sentences où se trouvent une infinité de questions qu’aucun théologien n’a pu expliquer suffisamment. Le peuple n’a pas pu saisir l’ensemble de cette question, ni comprendre ce qui était vraiment requis dans, la pénitence, là où l’on devait chercher la paix de la conscience. Qu’on nous montre donc un texte de nos adversaires où est expliqué quand se fait la rédemption des péchés. Grands dieux ! Quelles ténèbres épaisses ! Ils se demandent si c’est dans l’attrition ou dans la contrition que se fait la rémission des péchés. » Et plus bas : « Nous donc, pour retirer les consciences pieuses des labyrinthes de ses sophistes, nous établissons deux parties de la pénitence : la contrition et la foi. »

Nous pouvons dire, nous, en toute vérité, qu’avant la défection de Luther et ses écrits contestataires, la doctrine de la pénitence avait été formulée pleinement, si on regarde les choses qui appartiennent à ce sacrement, pour qu’il soit reçu et administré avec fruit, et que le prêtre et les fidèles devaient connaitre. Car tous savaient et admettaient que la pénitence était un sacrement, car jamais il n’y a eu de contestation là-dessus. Ils savaient à quel temps il était nécessaire de faire pénitence, et de se présenter au confessionnal. Ils savaient ce qu’il fallait faire pour que ce sacrement soit reçu utilement : pleurer le péché, et prendre la décision de ne plus le commettre; confesser au prêtre tous les péchés mortels qui viennent à l’esprit, et accomplir la pénitence que le prêtre impose. Ils savaient que les péchés étaient remis par l’absolution grâce aux mérites du Christ appliqués par le ministère des prêtres; que cela se faisait gratuitement, non en vertu de nos mérites ou de la dignité de la contrition, ni non plus de l’attrition, selon le mensonge imposé par nos adversaires. Ils savaient ensuite à qui ils devaient demander le sacrement de pénitence, c’est-à-dire au propre pasteur de leurs âmes, ou à celui qui en aurait reçu la capacité par le pasteur commun de toute l’église. Toutes ces choses étaient connues de tous, et n’étaient contestées ou contredites par personne. Aucune controverse ne portait sur cette question. Tous pouvaient les trouver facilement dans les petits catéchismes ou dans des livres populaires. Et si, dans les écoles, certaines questions plus subtiles étaient discutées entre théologiens, ces disputes savantes n’avaient aucun impact sur le peuple, et ne troublaient en rien leur foi, car tous ces raisonnements leur étaient inaccessibles. Les disputes savantes sur la Trinité, sur l’incarnation, le péché originel et sur d’autres mystères de notre foi n’empêchaient pas les pasteurs d’expliquer en mots simples la foi du symbole.

Mais, après les écrits de Luther et ses contestations, les choses sont obscurcies et rendues confuses à un point tel que les luthériens ne conservent rien de certain sur les principaux chapitres de la doctrine de la pénitence. Il ne faut pas s’étonner qu’ils aient mis fin aux disputes scolastiques, puisqu’ils ne s’entendent pas encore entre eux sur les premiers éléments, et sur ceux que le peuple doit connaitre. Ils cherchent encore à savoir si la pénitence est un sacrement, s’il faut conserver la confession privée; quels sont les péchés qu’on doit nécessairement confesser, à quel moment doit-on se confesser; à qui doit-on se confesser; et si les mourants et les enfants peuvent aussi se confesser; est-ce que la foi doit précéder la contrition ou la contrition la foi.

Car Luther, dans la captivité de Babylone, (au chapitre sur la pénitence), vocifère comme un tragédien contre ceux qui font passer la contrition avant la foi, et les appelle impies et infidèles : « O colère insoutenable de Dieu ! De pareilles choses sont-elles enseignées dans l’église du Christ ? » Et cependant, dans la confession d’Augsbourg (article 12, sur la pénitence, et dans l’apologie, à l’article 12) ils enseignent en toutes lettres que la pénitence précède, et que la foi suit. Il s’ensuit que la contrition ne se trouve que dans les impies et les infidèles. Donc, cette Confession, qui pour les luthériens tient lieu d’évangile, milite dans une chose de première importance, contre Luther qui est, pour eux, le nouvel évangéliste. Mais, poursuivons notre propos.

Le même Philippe Mélanchthon (dans sa dispute sur la pénitence, proposition 7), dit : « Les scolastiques ont enseigné sottement et avec impiété, que les péchés sont remis par la contrition sans la foi. » Et proposition 11 : « Toute la doctrine de la pénitence chez les scolastiques est pleine d’erreurs et d’impiétés, parce qu’ils omettent le chapitre du négoce, c’est-à-dire la foi, car ils n’enseignent pas que c’est par la foi que l’homme reçoit la rémission des péchés. » De même, en discutant contre l’article 9 des propositions de Louvain, il dit : « Ils rabaissent la gloire du Christ quand ils disent que les péchés sont remis à causes de nos mérites. » Et la proposition suivante : « Cette erreur sinistre par laquelle est détruit le principal article de la foi : « je crois en la rémission des péchés », les théologiens de Louvain la défendent en impies dans leur décret. » Il dit la même chose (dans la dernière édition des lieux communs, à confession) : « Les moines ont imaginé que l’énumération des péchés en confession était un culte rendu à Dieu, et qu’elle méritait la rémission des péchés. »

Toutes ces affirmations sont de purs mensonges, qui ne s’appuient sur aucun témoignage d’aucune sorte. Et on ne peut en donner d’autre preuve que le désir de Luther de les inventer. Car, tout ce qu’il dit, selon les luthériens, doit être réputé vrai, et être souvent répété, même si c’est archifaux. Ensuite, (dans les lieux communs, édités en 1522) quand il se glorifiait de posséder les prémices de l’esprit de Luther, il semait, par des mensonges et des impostures, le mépris envers le très ancien et célèbre concile œcuménique de Nicée. Voici, en effet, ce qu’il écrit (dans son livre sur les lois humaines) : « Dans le synode de Nicée, ont été instituées certaines formes de pénitence. Je ne dirai pas par quel esprit les pères les ont décrétées. Mais, ce que je vois, c’est qu’une bonne partie de l’évangile, celle qui est la plus fondamentale, a été obscurcie par cette tradition. Car, c’est de là que sont nées d’abord les satisfactions » Et plus bas : «Les théologastres de notre temps ont suivi la tradition qui provient du synode de Nicée, et ont fait des satisfactions une partie de la pénitence. Or, rien n’est plus nuisible que cette erreur. »

Il y a trois choses à noter dans ces paroles. La première. L’audace incroyable de cet homme, qui était encore jeune à cette époque, qui n’en était encore qu’aux écoles des grammairiens, et qui n’avait pas encore commencé l’étude des lettres sacrées et de la théologie. Et pourtant, ivre de l’esprit hérétique, il ose déclarer que la vertu principale et fondamentale de l’évangile a été obscurcie ou affaiblie par le concile général de Nicée, le plus ancien et le plus saint de tous ! La deuxième. L’ignorance intolérable de celui qui s’autoproclame le censeur du concile de Nicée ! Car, il n’est pas vrai que le concile de Nicée ait été le premier à parler des satisfactions, puisque le concile de Néo Césarée et celui d’Ancyre, qui sont plus anciens que le concile de Nicée, sont remplis de canons pénitentiels. Et le sermon de saint Cyprien de Carthage sur les tombés pendant les persécutions, et le livre de Tertullien sur la pénitence ne parlent rien d’autre que de satisfactions. Personne ne peut nier que saint Cyprien de Carthage ait vécu quatre-vingts ans avant le concile de Nicée, et que Tertullien ait vécu plus de cent ans avant le même concile.

La troisième. Une admirable inconstance. Notre doctrine sur la pénitence qu’ils combattent, ils l’appellent souvent nouvelle, et une invention des papistes. Et pourtant, Philippe n’a pas hésité à affirmer que les théologastres de notre temps qui ont fait de la satisfaction une partie de la pénitence, n’ont fait que suivre les pères du concile de Nicée. S’il en est vraiment ainsi, il faut donc appeler cette doctrine : la plus ancienne de l’église catholique. Et c’est celle qui combat cette doctrine qui est la nouvelle, celle des luthériens.

CHAPITRE 4 : Les calomnies et les mensonges de Tilmann Heshusius

Tilmann Heshusius se dit évêque de Sambiensis. Il s’est rendu compte que les catholiques protestent depuis plusieurs années contre les nombreux mensonges de Luther et de Philippe Mélanchthon et des autres sectaires; que, comme ils ne pouvaient pas réfuter la doctrine catholique par des raisons solides, pouvaient au moins la rendre odieuse par des impostures. Il entreprit alors d’indiquer les auteurs de toutes ces erreurs qui nous sont reprochées par les luthériens, pour que, après avoir fait connaitre les auteurs de nos sentences, nous cessions enfin de rendre les luthériens coupables de tant de mensonges et de tant d’impostures. Voilà pourquoi il a écrit un livre sur les six cents erreurs que l’église romaine commet contre la parole de Dieu. Sur lequel livre nous avons déjà écrit beaucoup de choses. Contentons-nous donc maintenant du lieu 9, qui porte sur la pénitence. à cet endroit, il a énuméré quatre-vingt-huit erreurs qu’il affirme être soutenues par les catholiques. Nous ne trouvons pas dans cette liste d’erreurs, celles que Luther et Philippe Mélanchthon nous objectaient souvent, à savoir, que nous excluons la foi du sacrement de pénitence, que nous acquerrons la grâce par nos propres mérites, et d’autres de ce genre. Il n’a pas indiqué les auteurs des erreurs qu’ils nous attribuent faussement et impudemment.

Les erreurs qu’énumère Tilmann Heshusius sont souvent les mêmes que celles de Luther. Ou ces erreurs ne seront pas des erreurs, ou les luthériens erreront avec les papistes, ou on devra dire aux papistes : beaucoup ont été prises telles quelles dans les livres, qui doivent être expurgés, des plus anciens et des plus saints pères, qui ont vécu dans les premiers siècles. Ou il s’ensuivra que ces anciens saints pères ont été des papistes, et que l’église des papistes est la vraie et l’antique église, celle des premiers siècles.

Il y a parmi ces erreurs, de vraies sentences catholiques, que certains comme Heshusius n’arrivent pas à comprendre, ou qui sont volontairement rendues ineptes et ridicules. Il y en a d’autres qui contiennent des mensonges et des calomnies manifestes. Si on retire toutes ces soi-disant erreurs de sa liste, cette montagne d’erreurs sera réduite à un petit tas. Voyons d’abord quelques exemples du premier genre. La huitième erreur de Héshusius est la suivante : dans le concile de Trente session 14, chapitre 1, les catholiques soutiennent qu’avant la venue du Christ, la pénitence n’était pas un sacrement; et que même après la venue du Christ, elle ne l’est pour personne avant le baptême. Cette sentence, les luthériens l’admettent autant que nous. Car, ni Luther ni aucun luthérien n’a jamais enseigné que la pénitence était un sacrement qui agissait avant le baptême, ou que dans l’ancien testament, il ait eu un sacrement de pénitence proprement dit.

Heshusius note à l’erreur 54 que le même concile de Trente (session 14, chapitre 6, enseigne que les prêtres qui sont en état de péché mortel, exercent, par la vertu de l’Esprit saint reçu à l’ordination, la fonction de remettre les péchés en tant que ministres du Christ. Cette sentence est commune aux catholiques et aux luthériens, car, dans la confession d’Augsbourg, (article 8) sont condamnés les donatistes qui nient que le ministère des mauvais prêtres dans les sacrements soit utile et efficace. Et, au même endroit, on affirme clairement qu’à cause de l’ordination et du mandat du Christ, les sacrements sont efficaces, même quand ils sont administrés par de mauvais prêtres. Donc, ou Hesusius condamne cette erreur, ou il affirme être un donatiste condamné par la confession d’Augsbourg.

L’erreur 71 de Heshusius : on ne doit pas faire de satisfaction pour le péché originel. Il cite comme auteur de cette erreur saint Thomas d’Aquin (4 dist 16, quest 1 art 2) Qui, parmi les luthériens, a jamais pensé quelque chose de tel, eux qui rejettent toute satisfaction. Est-il crédible qu’ils admettront la satisfaction pour expier le péché originel ?

Et voici des exemples du second genre. Il dit que la première erreur consiste en ce que la pénitence pleure les péchés passés, et n’admet pas qu’ils doivent être pleurés.

Ces paroles se trouvent dans saint Grégoire (homélie 31 sur l’évangile, et on cite de semblables de saint Ambroise et de Gratien (canon 3cc3 nunc, la pénitence, dist 1). Si donc cette erreur est celle des papistes, Heshusius devrait donc dire que saint Grégoire et saint Ambroise sont des papistes et sont adversaires des luthériens. La troisième erreur relevée par Heshusius est la suivante : « la deuxième planche ou épave après le naufrage est de confesser ses péchés. » Or, ces paroles sont celles de saint Jérôme (dans sa lettre à Pammachius et à Oceanus sur les erreurs d’Origène, dans une autre lettre à Démétriade et à Sabinisnus, et dans le chapitre 3 d’Isaïe). Tu vois donc, cher lecteur, de quel papiste antique noble nous fait cadeau Heshusius, lequel papiste nous pouvons placer avant les six cent luthériens. L’erreur 15 consiste en ce que nous disons que la pénitence est un baptême laborieux, et cela dans le concile de Trente (session 14, chapitre 2). Les pères du concile affirment aussi qu’on parvient à la nouveauté de la vie par le sacrement de pénitence, mais non sans beaucoup de pleurs et d’efforts. Or, cette sentence n’est pas celle d’un auteur en particulier, mais de tous les écrivains anciens, de sorte qu’on ne peut pas dire que c’est une erreur des papistes, à moins de concéder que les pères les plus anciens et les plus saints ait été des papistes.

Car, ceux qui comparent la pénitence avec le baptême comme l’épave d’un navire échoué avec un navire intact, indiquent assez clairement que la pénitence est un baptême laborieux. Mais, en plus de saint Jérôme, ont écrit sur ce sujet saint Cyprien, saint Clément d’Alexandrie, Tertullien, Pacianus, saint Ambroise, Théodoret, saint Jean Damascène, et d’autres, dont on donnera des extraits au chapitre 12. La vingt-huitième erreur est que la douleur qui vient de la contrition doit être tellement véhémente et intense, qu’on puisse la comparer avec la grandeur des fautes. Cette sentence ce n’est pas seulement le catéchisme romain qui l’enseigne, mais le grand et saint martyr Cyprien. Car, voici ce qu’il écrit dans son sermon sur les tombés pendant la persécution : « Nos pleurs doivent être aussi grands que sont nos fautes. Ta plaie est profonde, mais le long traitement ne manque pas. Que la pénitence ne soit pas plus petite que le crime ! » L’erreur 40. La confession libère de la mort, ouvre le paradis, et donne l’espoir du salut. Heshusius rend Pierre Lombard l’auteur de cette erreur. Or, les paroles qu’il attribue au Maître des sentences il ne les pas inventées, mais il les a prises dans un sermon de saint Ambroise sur le carême. Et voilà pour le deuxième genre.

Des exemples du troisième genre. La cinquième erreur dit que le sacrement de pénitence consiste essentiellement dans l’acte de celui qui est sanctifié. Cette sentence les catholiques l’entendent ainsi : ils veulent que la confession, la contrition et la satisfaction qui sont appelées les parties matérielles de ce sacrement consistent dans l’action du pénitent. Que cela soit vrai, personne en état de sobriété ne le contestera. Car de qui peut bien être l’action de se repentir, de confesser et de satisfaire si ce n’est de celui qui se repent, se confesse et satisfait ? La sixième erreur consiste en ceci que la pénitence, en tant qu’habitus, doit être perpétuelle, mais non en tant qu’acte. Cette sentence qui peut la nier s’il la comprend ? Car, nous ne pouvons faire pénitence en acte, en dormant. Il n’est donc pas possible d’avoir toujours la pénitence en acte. Mais nous pouvons et devons être prompts et prêts à faire pénitence, si la chose le demande. Qui a jamais nié cela ? La treizième erreur dit que la foi n’est pas une part de la pénitence, mais la précède. Et cette sentence, si par foi, on entend ce que les catholiques entendent par foi, qui est de donner un ferme assentiment à toutes les choses que Dieu a daigné nous révéler par son Verbe, ni les luthériens, ni aucun autre sectaire ne peuvent le nier. Car à moins que quelqu’un croie fermement en Dieu, dans le péché, le jugement et autres choses révélées, il ne peut pas se faire qu’il soit amené à la pénitence. Voilà pourquoi on dit que si la foi ne précède pas, la pénitence ne peut pas suivre.

L’erreur 14 explique qu’il y a deux douleurs dans la contrition, une rationnelle, et une autre sensible; que la première est nécessaire à la contrition, et la seconde, non nécessaire. Mais cette distinction est des plus spécieuses. Tilmann niera-t-il que l’homme peut concevoir une douleur et avec l’esprit et avec la chair ? Or, s’il nie cela, ce n’est pas un homme qu’il nous donnera, mais un ange ou une bête. Niera-t-il que la douleur conçue par l’esprit peut difficilement exister sans une douleur sensible et externe ? Combien de fois nous expérimentons en nous-mêmes, quand quelque chose nous touche profondément, et que nous en avons un grand repentir, que nous ne pouvons pas obtenir de nous une seule larme. Quel chrétien se demandera si un cœur contrit et un esprit contrit peuvent suffire à la détestation du péché, même sans larmes corporelles ?

Erreur 25 . Nous disons que la contrition doit être parfaite, et qu’il suffit d’avoir une douleur conçue du péché si grande qu’on ne puisse pas en concevoir de plus grande. Et ils font du catéchisme romain l’auteur de cette erreur. Mais Heshusius se trompe, car ce n’est pas le catéchisme romain qui est l’auteur de cette sentence, mais l’Esprit Saint qui l’a attesté souvent par la bouche de Moïse et du Christ, à savoir qu’on doive aimer Dieu de tout son esprit, de tout son cœur et de toutes ses forces, c’est-à-dire d’un amour sincère et total; qu’on ne doit placer personne avant lui, ou sur le même pied que lui. Il est certain qu’on doit se désoler de tout son cœur, de tout son esprit, et toutes ses forces, à cause des péchés contre Dieu qu’on admet avoir commis; et qu’on doit éprouver une plus grande douleur pour la perte de la vie divine que pour la perte de toute autre chose créée. Heshuhius pense-t-il- donc qu’on doit éprouver une plus grande douleur pour la perte de l’argent que pour avoir offensé Dieu ? Mais, venons-en au dernier genre, celui des calomnies et des mensonges.

Dans l’erreur 12, il dit que, c’est du catéchisme romain que vient la sentence qui veut que c’est par la vertu et de l’efficacité du sacrement de pénitence, --qui consiste dans un acte externe de l’homme-- que le sang du Christ efface nos péchés. Ce qui revient à dire que le sang du Christ reçoit sa vertu de l’acte humain. Ce qui est un blasphème horrible. Mais ce qui est horrible, c’est plutôt l’impudence du mensonge de Heshusius, qu’on ne trouvera dans aucun catéchisme. Le catéchisme enseigne seulement ceci : par la vertu du sacrement, en tant qu’instrument divin, le sang du Christ, par lequel les péchés sont purgés, dérive vers nous. Le sang du Christ ne tire pas sa vertu des sacrements selon le mensonge de Heshusius, cela aucun auteur ne l’a jamais écrit, ni n’a même pu l’imaginer en rêve.

Voici quelles sont les paroles du catéchisme citées par l’adversaire : « Comme personne ne peut obtenir le salut que par le Christ et par le bienfait de sa passion, il a juté qu’il ’était fort utile d’instituer un sacrement qui, par la vertu et l’efficacité du sang du Christ coulant sur nous, effacerait les péchés commis après le baptême. » Dans ce texte, le catéchisme ne veut pas dire que le sang du Christ tire sa force de la vertu et de l’efficacité du sacrement; mais que le sang du Christ, qui est le seul à couler pour nos péchés, efface en nous nos péchés par la vertu et l’efficacité du sacrement. Il ne s’ensuit donc pas plus que le sang du Christ reçoive du sacrement le pouvoir d’effacer le péché, que l’eau ne reçoit la capacité d’humecter d’un canal, parce qu’elle descend par un canal.

Dans l’erreur, il note que Gratien et Pierre Lombard enseignent qu’on ne peut faire pénitence qu’une seule fois. Mais, à sa façon habituelle, il a agit en imposteur. Car, Gratien (dist 2 et 3 sur la pénitence) et Pierre Lombard (livre 4, sentences, dist 14) présentent différents témoignages des pères, qui semblent enseigner des choses contraires, les uns voulant que la pénitence ne soit reçue qu’une seule fois, et les autres plusieurs fois. Mais il réconcilie ces divers auteurs en faisant observer que c’est la pénitence publique qu’on ne peut recevoir qu’une seule fois, mais qu’on peut recevoir plusieurs fois la pénitence privée. Pour en imposer aux simples, Heshusius cite ce que ces auteurs présentent pour une partie de la question comme étant la sentence catholique.

Dans l’erreur 21, il reproche au catéchisme romain d’enseigner que la contrition n’est pas l’œuvre du Saint-Esprit, mais est un acte de la volonté élicité par la vertu du libre arbitre. Il se comporte ici comme un imposteur d’une grande audace. à quel endroit, dans tout le catéchisme, trouvera-t-il que « la contrition n’est pas l’œuvre du Saint-Esprit »? Ils disent que l’auteur du catéchisme enseigne que la contrition est un acte de la volonté, ou du libre arbitre (que Heshusius seul cite, mais ce n’en est pas moins vrai), un acte du seul libre arbitre qui n’est pas en même temps un don du Saint-Esprit. Ce que les catholiques n’enseignent pas. Enfantin est le raisonnement de Hsehusius : la contrition est un acte de la volonté humaine, elle ne peut dons pas être une œuvre de l’Esprit Saint. Comme si une œuvre ne pouvait pas être est opérée en même temps par Dieu et par notre volonté. Saint Augustin (dans son livre sur la prédestination des saints, chapitre 3) dit, en dissertant sur les actes de foi et de charité : « L’un et l’autre sont nôtres, à cause du libre arbitre, et l’un et l’autre sont des dons, à cause de l’Esprit de foi et de charité. »

Dans l’erreur 58, dont Heshusius n’a pas pu trouver l’auteur, on lit ces mots : « Ils enseignent que l’absolution des péchés ne doit pas se faire seulement au nom de Jésus-Christ, mais au nom de la Sainte Vierge, de tous les saints et de nos œuvres. Voici donc ce qu’est la formule d’absolution commune et remplie de blasphèmes, qui nous vient des monastères : «Que le mérite de la passion de notre Seigneur Jésus-Christ, de la bienheureuse Vierge Marie, et de tous les saints; le mérite de l’obéissance, le poids de la religion, l’humilité de la confession, la contrition du cœur, les bonnes œuvres que tu as faites pour l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ te procurent la rémission de tes péchés, une augmentation de mérite et de grâce, et la récompense de la vie éternelle.

» J’ai voulu rapporter ces choses telles quelles pour faire connaitre l’impudence des hérétiques, leur soif du mensonge, Car, il n’a pu trouver aucun auteur qui reconnaisse ces paroles comme étant une formule d’absolution. Car, la vraie formule qu’emploient tous les catholiques, comprend les mots suivants : « Je t’absous de tous tes péchés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Dans cette formule, il n’est fait aucune mention de la Vierge ou des saints, mais de Dieu seul, à qui il revient exclusivement de remettre les péchés par lui-même, ou par ses ministres. Que cette formule soit celle de l’absolution, tous peuvent l’apprendre du concile de Trente, de Florence et de tous les auteurs catholiques qui traitent de cette question.

Ce que cite Seshehius ce n’est pas la formule d’absolution, mais une prière pieuse que quelques-uns ont coutume de réciter après avoir reçu l’absolution. Ce n’est pas une chose absurde de prier pour la rémission de la peine due au péché, ou pour l’augmentation de la grâce, l’obtention de la vie éternelle par les mérites du Christ, de la sainte Vierge, de tous les saints qui règnent avec le Christ, et de nos bonnes œuvres. Car, toutes ces choses ont leur utilité propre. Mais, cela devrait suffire pour Heshusius. Nous n’avions pas l’intention de tout traiter, mais de nous en tenir à certains exemples.

CHAPITRE 5

Les calomnies et les mensonges de Calvin et de Théodore de Bèze

Il semble qu’il faille encore citer quelques mensonges et quelques calomnies de Calvin. La première est dans le livre 3, chapitre 4, verset 1 : « Les catholiques sont tellement tournés vers les exercices externes de mortification que, dans leurs immenses volumes, tu ne trouveras rien d’autre que la pénitence est une discipline et une austérité qui sert en partie à dompter la chair, en partir châtier et punir les vices. Du renouvellement intérieur de l’esprit, qui entraine avec soi la vraie correction de vie, silence complet » . Cette sentence répugne à ce que le même auteur ajoute tout de suite après, et contient un mensonge manifeste. Car, voici ce qu’il dit après : « Sur la contrition et l’attrition, il y a. chez eux, de grands développements. » Or, si les catholiques parlent souvent et longuement de la contrition et de l’attrition , comme peuvent-ils garder un silence total sur le renouvellement de l’esprit interne ? Car, à la contrition appartient proprement la célèbre définition de la pénitence que le même Calvin attribue aux mêmes catholiques : « Pleurer les péchés passés, et ne pas commettre ceux qu’on doit pleurer. » Celui qui pleure si sérieusement ses péchés que son âme en tire un ferme propos de ne plus pécher, acquiert certainement le renouvellement intérieur de l’esprit, qui amène avec soi la vraie correction de la vie. Ce que Calvin ajoute un peu après que les catholiques guérissent toute l’amertume de leur cœur par une légère aspersion cérémonieuse, c’est une nouvelle calomnie, qui peut être réfutée par le témoignage même de Calvin, car un peu avant, il avait dit que la pénitence n’était pour eux que de la discipline et de l’austérité qui servait à punir et châtier les vices. Or, si, chez nous, sont requises pour les pénitents l’austérité, la grâce de la satisfaction, les jeûnes, les prières, les aumônes, les pèlerinages, toutes sortes de mortification imposées par les prêtres, comment ne ment-il pas celui qui, tout en reconnaissant cela, prétend que toute l’amertume du cœur est guérie par une légère aspersion cérémonieuse.

Deuxièmement. Calvin, au même endroit, semble reprocher aux docteurs catholiques une ignorance crasse, du fait qu’ils s’embrouillent et s’empêtrent dans des questions d’une grande facilité. Exemples. Est-ce que la pénitence d’un seul péché plait à Dieu quand demeure l’attachement à d’autres péchés ? Est-ce que les peines infligées par Dieu valent pour la satisfaction ? Est-ce que la pénitence pour des péchés mortels peut être répétée souvent ? Mais, moi je n’ai jamais lu aucun auteur qui se sentait empêtré dans ces questions. Car, tous répondront immédiatement que ne plait pas à Dieu la pénitence pour un seul péché, et qu’ il ne peut pas y avoir une vraie pénitence là où demeure l’attachement à d’autres péchés mortels. Et ils ont pour axiome cette phrase de saint Augustin (ou de quiconque fut l’auteur du livre sur la vraie ou fausse pénitence, chapitre 9) : « Il y a une certaine impiété de l’infidélité qui consiste à espérer un pardon à moitié de celui qui est le juste et la Justice. » Ils ne sont pas moins tous d’accord que tous les fléaux envoyés par Dieu valent pour la satisfaction. Car c’est ce qu’ils soutiennent contre les hérétiques qui le nient, comme on le voit dans le concile de Trente (session 14, canon 13). Et il n’y a personne parmi les catholiques qui se demande si la pénitence privée peut être répétée à chaque fois que quelqu’un tombe dans le péché.

Troisièmement. Calvin ment impudemment quand il dit : « Ils définissent honteusement en impies qu’on ne doit faire pénitence à tous les jours que pour les péchés véniels. » Je demande donc : quels sont ceux qui définissent cela ? Pourquoi ne cite-t-il aucun décret d’auteur ? Les écrivains catholiques écrivent qu’on commet des péchés véniels à tous les jours, et qu’on doit donc faire pénitence pour eux à tous les jours. Et cela, non seulement les plus récents, mais même saint Augustin qui l »enseigne en termes formels. (la dernière homélie du livre 1 sur ses homélies, chapitre 8). Mais personne n’a jamais enseigné qu’on ne pouvait pas faire pénitence pour les péchés mortels en tout temps de la vie. Il existe au contraire plusieurs anciens canons qui ordonnent la pénitence perpétuelle pour certains crimes. Et sont grandement loués chez nous, ceux qui, pour expier des péchés de jeunesse, font pénitence en embrassant, pour toute la durée de leur vie, un genre de vie austère dans un ermitage ou un monastère.

Quatrièmement. Le même Calvin (dans le même chapitre, verset 2) écrit que les catholiques exigent des pénitents une contrition tellement juste et parfaite, qu’on doive la peser sur une balance pour avoir la confiance du pardon. Et en expliquant la même chose plus clairement, il dit que les catholiques veulent que cette contrition mérite la rémission des péchés, même si personne ne peut jamais l’avoir : « Il y a une grande différence, dit-il, entre : est-ce que tu enseignes que la rémission des péchés est méritée par une contrition juste et pleine, que ne peut jamais avoir un pécheur, ou est-ce que tu l’institues pour tarir et faire taire la miséricorde de Dieu? » Mais les catholiques n’enseignent pas que nous méritons la rémission des péchés par la contrition. Ils n’enseignent pas non plus qu’on doive peser sur une balance l’acuité de la souffrance pour avoir la confiance dans le pardon. Car, tous les catholiques admettent le synode de Trente (session 6, chapitre 8) qui prêche de toutes sortes de façons que rien de ce qui précède la justification ne mérite la grâce de la justification; et que c’est donc gratuitement que les hommes sont justifiés par le Christ. Les catholiques veulent donc que la contrition soit une disposition de l’âme, non ce qui mérite la rémission des péchés.

Au sujet de ce que Calvin lance en passant, à savoir qu’aucun homme ne peut avoir la juste et vraie contrition; et qu’il n’y a personne qui ne soit pas, par la doctrine catholique de la pénitence, poussé au désespoir, ou qui ne verse des larmes de crocodile, au lieu de ressentir une vraie douleur. Mais, toutes ces choses ne sont que de nouvelles calomnies. Car, les catholiques enseignent que même si on ne peut savoir de certitude de foi qu’on ait la contrition parfaite ou imparfaite, il est cependant possible d’avoir la parfaite, et nous enseignons que plusieurs l’ont eue. Nous ne connaissons personne qui ait été poussé à la séparation par cette doctrine, ou qui ait présenté à Dieu une douleur feinte à la place d’une douleur sincère. Mais, c’est en vain que nous entamerions la lutte, puisque, content de ses seules affirmations, l’adversaire n’amène aucun témoin.

Cinquièmement. Dans le même chapitre ((versets 16, 17, 18), est calomniée la doctrine des catholiques sur l’énumération des péchés qui doit être faite au confessionnal. Il ajoute seulement qu’ils prescrivent une chose impossible : « Je dirai d’un mot ce que cette loi sera : impossible. » Or, personne ne niera que c’est une calomnie, si quelqu’un prend la peine de parcourir les livres catholiques, ou de lire le concile de Trente (session 14, chapitre 5). Notre loi ne commande pas d’énumérer tous nos péchés, mais ceux-là seulement qui, après un examen sérieux, se présentent à l’esprit. Il s’agit ici de la même diligence et du même sérieux avec lesquels nous traitons les affaires importantes. Et que dire de ce que Calvin enseigne précisément cela au même endroit. Car, il dit qu’il faut confesser ses péchés non en général, mais en particulier : « Que dire ? Allons-nous donc confesser chaque péché en particulier ? Aucune confession ne sera donc agréable à Dieu, si elle ne se termine pas par ces deux seuls mots : je suis un pécheur ? Bien plus, il faut faire en sorte, que en tant qu’il dépend de nous, nous répandions tout notre cœur devant Dieu; non pas seulement en disant que nous sommes pécheurs, mais en déclarant la quantité et la nature des péchés.

Après une longue réflexion, reconnaissons-nous non seulement immondes, mais demandons-nous quelle est cette iniquité , en combien de parties elle se divise, et combien de fois nous l’avons commise. Nous ne pouvons pas dire seulement que nous sommes des débiteurs, mais nous sommes tenus de faire connaître la sorte et le nombre des dettes. IL ne suffit pas dire que nous sommes blessés, nous devons indiquer aussi le nombre et la gravité de nos blessures. » Et à quelqu’un qui lui aurait objecté qu’il n’est pas possible d’énumérer tous les péchés, il ajoute : « Quand par cet examen de conscience, il se sera reconnu coupable de tout devant Dieu, s’il pense sérieusement et sincèrement qu’il reste encore plusieurs péchés, et qu’ils sont enfoncés si profondément dans sa mémoire qu’il ne peut pas y descendre, qu’il s’exclame comme David : « Qui connait ses erreurs ? De mes erreurs cachées purifie-moi, Seigneur. » Comme il n’estime pas qu’elle est impossible la loi qui nous oblige de confesser chacun de nos péchés à Dieu, parce que nous ne sommes tenus à le faire que dans la mesure de nos moyens, de la même façon il ne pas doit juger qu’elle est impossible la loi qui nous oblige à confesser tous nos péchés à un prêtre. Car, nous ne sommes tenus de le faire que dans la mesure où nous pouvons nous en souvenir. Et pour les reste, il faut supplier Dieu avec le prophète : Qui comprend ses fautes ? De mes fautes passées purifie-moi Seigneur !

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