Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 275)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Sixièmement.

Le même Calvin, dans le même chapitre (25) ment de nouveau. Il nous accuse d’enseigner que nous acquérons le pardon de nos péchés par nos mérites : « Tout se ramène à ceci :

c’est la clémence de Dieu qui nous obtient le pardon de nos fautes, mais par l’intermédiaire du mérite de nos œuvres. »

Et plus bas, au verset 26 : « à la vérité, avec quelle perversité ils disent que la rémission des péchés et la réconciliation se fait seulement une fois, quand nous sommes reçus en grâce de Dieu par le Christ dans le baptême, et que après le baptême, il faut se relever par les satisfactions. » Que faire à ce calomniateur qui expose de travers la sentence des catholiques sur les dites œuvres, pour la rendre odieuse ? Car, ce que les catholiques disent au sujet de la satisfaction à faire pour les peines temporelles qui peuvent rester après la réconciliation avec Dieu et la rémission gratuite de la peine et de la faute éternelle, il l’applique au mérite de la réconciliation. Les catholiques sont si loin de penser que la réconciliation s’acquiert par les mérites de la satisfaction, qu’ils enseignent que personne ne peut satisfaire à Dieu sans être réconcilié. Et pour que tu te rendes compte, cher lecteur, que ce n’est pas par ignorance, mais par malice que Calvin pèche, lis les versets 29 et 30 du même chapitre. Car, il reconnait là que les catholiques ne réfèrent pas la satisfaction à la réconciliation, ni non plus à la rémission des péchés, mais seulement à l’expiation de la peine temporelle due au péché : « Ils imaginent, dit-il au verset 29, une distinction entre la faute et la peine. Ils soutiennent que la faute est remise par la miséricorde de Dieu, mais que la peine demeure après la rémission de la faute, qui, selon la justice de Dieu, doit être purgée. Et, au verset 30 : « Je sais qu’ils vont encore plus loin dans les subtilités, car ils font une distinction entre la peine éternelle et les peines temporelles. »

Septièmement. Le même Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 16). Comme les catholiques remuent ciel et terre et suent sang et eau pour faire de la pénitence un sacrement, il leur explique qu’il serait plus logique et plus simple de fonder le sacrement sur l’absolution du prêtre que sur une action du pénitent; et il n’en revient pas de la cécité des scolastiques qui n’ont pas pigé cela : « Ils étaient hallucinés plus que des enfants, et aveuglés par le soleil ceux qui ont se sont épuisés à rechercher des choses difficiles sans apercevoir une chose aussi simple et évidente. » Et voilà pour Calvin, qui n’aurait pas menti si impudemment s’il avait pris le temps de lire les scolastiques. Car, parmi les scolastiques, Scot, Ockam et Gabriel (4 sent dist 4), placent le sacrement de pénitence dans la seule absolution. Tous les autres veulent que les actes du pénitent (la confession, la contrition, la satisfaction) soient une partie de ce sacrement, mais non sans l’absolution, qu’ils enseignent être la forme et la partie principale du sacrement. En conséquence, Calvin, imagine qu’est venu à la tête de tous, ce qui n’est jamais venu à la tête de personne. Et c’est lui qui hallucine comme un enfant et qui est aveuglé par le soleil, s’il lit les livres des scolastiques sans voir une chose si obvie.

Huitièmement. Le même Calvin dans son antidote des livres parisiens (article 3) fait parler ainsi les catholiques : « En ce qui a trait à la confession, il est à noter que la matière est de droit divin, et la forme de droit positif. » Et un peu plus bas, il dit que la forme a été surajoutée par le pape Innocent, qui a statué qu’il fallait se confesser à son propre pasteur. Ensuite il prétend que la sentence des luthériens (nous sommes réconciliés gratuitement par la satisfaction du Christ) est contraire aux catholiques. Mais ce sont de pures impostures ! Car, aucun catholique n’a jamais enseigné que la forme de la confession est de droit positif. Les théologiens n’appellent pas non plus forme, la confession à son propre pasteur, mais tous enseignant d’une seule voix que la forme se trouve dans les paroles de l’absolution. Le pape Innocent n’a pas non plus décrété qu’il fallait se confesser à sons propre pasteur, mais il a expliqué que, de droit divin, ne possèdent le pouvoir d’administrer ce sacrement que ceux qui ont juridiction sur les autres, comme sont les pasteurs propres. La sentence qui veut que nous sommes réconciliés gratuitement par la satisfaction du Christ non seulement ne nous est pas contraire ni ne nous semble absurde, comme il plait à Calvin de se l’imaginer, mais nous disons anathème à ceux qui veulent la nier. Et les calvinistes n’ont jamais pu présenter aucun témoignage de docteurs catholiques qui enseigneraient ce que Calvin leur impute mensongèrement.

Théodore de Bèze a des mensonges à peu près semblables. Dans sa confession, (chapitre 7, article 11), où il disserte sur la pénitence des papistes, il affirme d’abord que les catholiques ne sont pas tant des médecins que de cruels dévoreurs d’âmes, en ce qu’ils requièrent de tous les adultes la confession, la contrition et la satisfaction, comme nécessaires au salut, réellement, si la chose est possible, ou en vœu ou en désir. C’est de la cruauté d’exiger le désir de se confesser, et d’accomplir la pénitence imposée. Il affirme ensuite que nous exigeons que ces trois choses (la confession, la contrition, la satisfaction) soient parfaites, ce qui semble être un chemin qui mène rapidement au désespoir. Or, nous n’exigeons pas la perfection, mais seulement ce que peuvent les forces humaines aidées par Dieu. Nous ne requérons la confession que des péchés dont on se souvient, et nous n’imposons comme pénitence que ce que chacun peut facilement faire. Voilà pourquoi nous ne voyons jamais quelqu’un halluciner dans ce chemin qui mènerait au désespoir.

Troisièmement, il affirme qu’à la plus grande honte du Christ, nous mettons la rémission des péchés dans ces trois choses. Quelle contumélie peut-on infliger au Christ en disant que le mérite de sa passion est la vraie et unique médecine des péchés, et qu’elle est appliquée par la parole de l’absolution à ceux qui par la confession, la contrition et le propos de la satisfaction se sont préparés à recevoir cette médecine ? Or, si cela est un mépris ou une contumélie pour quoi n’en est-ce pas une, si quelqu’un dit que le baptême de l’eau est le bain de la régénération ? Ou que, dans ce lavement, est placée la rémission des péchés; que par ce lavement nous est appliqué le mérite du Christ, par lequel les péchés sont remis ?

Quatrièmement, il affirme que la doctrine sur la contrition est un blasphème, que nous voulons la satisfaction pour le pardon de nos péchés devant Dieu, et que nous transférons ainsi aux hommes ce qui est propre au seul Christ. Mais, ce n’est pas ce qu’enseignent les catholiques, car ils ne croient pas qu’on puisse satisfaire proprement par la contrition pour les fautes commises envers Dieu, comme si la contrition était un juste prix, qui satisfasse à la colère du Dieu offensé. Ils enseignent en toutes lettres que seuls ceux qui sont été justifiés et rendus amis de Dieu par le mérite du Christ peuvent et doivent satisfaire pour les peines temporelles dues au péché. Mais nos adversaires ne prennent pas la peine de comprendre la doctrine catholique, et ils ne cherchent qu’à la trouver en faute, comme si l’envie leur soufflait des paroles à l’oreille.

CHAPITRE 6

Calomnies et mensonges de Martin Kemnitius

Tout d’abord. Pour se disculper, lui et les siens, de l’accusation d’hérésie novatienne, il expose de travers leur sentence. Car, voilà comment il parle (2 par examen, page 900) : « Nous ne sommes pas non plus des novatiens qui, aux justifiés une fois pour toutes, qui retombaient dans le péché après le baptême, niaient tout espoir de pardon ou de réconciliation avec Dieu, ou mettaient la chose en doute, même pour ceux qui se convertissaient de nouveau, et faisaient pénitence. » Mais que ce ne fut pas cela la sentence des novatiens, nous pourrions le prouver par plusieurs arguments, s’il en était besoin. Mais Kemnitius a la gentillesse de nous dispenser de ce labeur. Car, un peu plus bas, à la page 902, il rapporte, à partir de l’histoire tripartite, ce qu’était l’opinion nestorienne, en ces paroles : « C’est à bon droit qu’on désapprouve la sentence du novatien Acesius qui, dans son livre à l’empereur Constantin (livre 1, chapitre 13), soutenait qu’il faut inviter à la pénitence ceux qui sont tombés pendant les persécutions, mais qu’on doit leur laisser espérer le pardon non des prêtres, mais seulement de Dieu , qui seul possède le pouvoir de remettre les péchés. » Tu vois ici que les novatiens ne niaient pas l’espérance du pardon et de la réconciliation avec Dieu, comme l’écrivait faussement Kemnitius, mais qu’ils déniaient aux prêtres le pouvoir d’absoudre, qui, selon eux, n’appartenait qu’à Dieu. C’est aussi ce que nient avec obstination les luthériens, comme nous le verrons plus loin.

Deuxièmement. Le même Kemnitius (page 902), fausse les paroles de saint Ambroise pour les ramener à son sens. Voici ce qu’il dit : « Saint Ambroise rapporte ainsi l’opinion des novatiens : « à ceux qui font pénitence après la chute, il ne faut pas leur enlever tout espoir de pardon. Mais les prêtres ne peuvent et ne doivent pas leur annoncer la rémission des péchés, ou leur donner l’absolution, de peur que, avec une audace téméraire, ils n’usurpent le rôle de Dieu. » Or, jamais dans saint Ambroise, nous ne trouvons cette façon de penser et de s’exprimer qui est propre aux luthériens. Ce que saint Ambroise enseigne ont le trouve dans son livre 1 sur la pénitence, chapitre 2 : les Novatiens nient qu’ait été concédé aux prêtres le pouvoir de remettre les péchés. Mais, ajoute-t-il : « Ils n’honorent et ne vénèrent que Dieu, à qui seul il concède le pouvoir de remettre les crimes. »

Troisièmement. A la page 905, Kemnitius écrit : « Quand les tombés après le baptême recherchent la réconciliation avec Dieu et la rémission des péchés, les pontifes, par leur sacrement de pénitence, les conduisent à des choses humaines pour que, à l’aide de la parole de l’absolution, elles deviennent et soient un sacrement, c’est-à-dire une cause efficiente qui confère la grâce de la réconciliation avec Dieu, et de la rémission des péchés. » Voilà ses propres paroles. Il se trompe d’abord, et entre en opposition avec lui, quand il appelle choses humaines la contrition et la confession, alors qu’elles sont plutôt des dons de Dieu, comme le même Kemnitius le reconnait à la page 955 : « La vraie contrition n’est pas une œuvre du libre arbitre ou des forces humaines. Mais, c’est l’Esprit Saint qui, par la parole prêchée, écoutée et pensée, l’excite en nous, la commence, l’opère et l’effectue. » Or, comme la contrition et donc aussi la confession ne sont pas seulement notre œuvre, mais aussi l’œuvre de Dieu qui l’inspire en nous, Kemnitius a prononcé une grande fausseté quand il écrit un peu plus haut que les pontifes amènent les pécheurs vers des œuvres humaines.

IL est vrai que les catholiques veulent que la confession, la contrition et la satisfaction appartiennent à la partie matérielle du sacrement de pénitence. Cependant, la cause efficiente de la rémission des péchés, en tant qu’instrument de Dieu, ils ne la mettent que dans la seule absolution, ou dans les actions du pénitent jointes à l’absolution, non en tant qu’elles sont des actions humaines, mais des instruments de Dieu. Autrement, l’absolution elle-même, l’ablution, la consécration et la distribution du corps du Christ pourraient être appelées des actions humaines, car elles ne sont pas moins faites par les hommes que l’énumération des péchés. Kemnitiius n’a donc aucune raison de clamer à haute voix que nous plaçons dans l’œuvre du pénitent la cause efficiente de la rémission des péchés, alors que nous la mettons dans la parole elle-même, dans le nom de Dieu prononcé par le prêtre.

Quatrièmement (page 911). Voulant démontrer que la pénitence prêchée par saint Jean- Baptiste et ensuite par le Christ, n’était pas ce que les catholiques appellent sacrement de pénitence, il parle ainsi : « Parce que dans cette pénitence, les péchés étaient remis gratuitement, sans les œuvres, par la seule foi envers le Christ. Car, autant saint Jean Baptiste que le Christ enseignait que la foi dans le Fils médiateur était une partie de la conversion nécessaire à l’obtention de la rémission des péchés. Pour ces raisons, la pénitence des souverains pontifes n’est pas un sacrement. » O misérables luthériens, de l’ignorance desquels Kemnitius abuse, au point que non seulement il les enfarge avec des mensonges palpables, mais leur enjoint même de considérer attentivement ces mensonges comme de grands mystères.

Or, voici ce qu’écrit le concile de Trente (session 14, chapitre 1) : « Le sacrement de pénitence a été institué après la résurrection du Christ, et c’est pour cela que les catholiques enseignent que n’était pas une pénitence sacramentelle celle que saint Jean Baptiste et le Christ ont prêchée. » Or, les causes qu’imagine Kemnitius non seulement aucun catholique ne les admet, mais tous considèreraient comme hérétiques ceux qui, à cause de ces raisons, nieraient que la pénitence est un sacrement. Car, nous sommes fort éloignés de ne pas considérer la pénitence comme un sacrement parce qu’en elle les péchés sont remis par le Christ, gratuitement, et sans œuvres, ou parce que nous prêchons que la foi dans le Christ est une partie de la conversion nécessaire à l’obtention de la rémission des péchés. Nous disons au contraire, que là où ces choses sont absentes, le sacrement de pénitence est nul, ou est administré inutilement.

Cinquièmement, page 931. Ce n’est pas avec une faible audace que Kemnitius attribue au concile de Trente des choses auxquelles les pères n’ont jamais pensé : « Mais, dit-il, autre est ce que le concile de Trente recherche dans le baptême, c’est-à-dire la rémission gratuite des péchés, sans nos œuvres personnelles, donnée à cause des mérites du Christ, et reçue par la foi, et autre la demande de pardon des tombés, dans la pénitence après le baptême, non gratuitement par la foi, non sans les œuvres, mais par et à cause des œuvres de pénitence. » Et, au paragraphe suivant, il dit : « C’est la même chose que ce d’autres disent, à savoir qu’il y a deux justifications, dont l’une est donnée gratuitement, dans la foi, sans les œuvres, à cause du Christ, et une autre qui n’est pas donnée gratuitement, mais par et à cause des œuvres. »

Si ces choses ne sont pas des mensonges, qu’on nous montre un seul écrivain catholique, un seul décret d’un concile oecuménique ou particulier, qui enseigne que la justification dans le sacrement de pénitence n’est pas donnée gratuitement par la foi, sans le mérite des œuvres, à cause de la passion et de la mort du Christ. Parce que nous requérons la contrition et la confession, ainsi que la satisfaction, il ne faut pas en déduire que nous ne sommes pas justifiés gratuitement, et par le Christ, mais par nos œuvres propres. Car, autrement, même la justification qui se fait dans le baptême, ne serait pas faite gratuitement, mais par les œuvres, pace qu’on requiert une certaine pénitence avant le baptême, comme le dit l’apôtre saint Paul , actes 2 : « Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, en rémission de vos péchés ».

Et que de dire de ce que Kemnitius avait, auparavant, confessé reconnaitre que, pour les catholiques, la rémission des péchés se fait par le mérite du Christ dans le sacrement de pénitence. Car, voici ce qu’il écrit à la page 903 : « Les pontifes affirmaient que la pénitence, par laquelle les tombés étaient réconciliés avec Dieu, est un sacrement particulier, par lequel, après le baptême, est appliqué aux tombés le bénéfice de la mort du Christ. » Le témoignage qu’il nous rend là est véridique, mais il concorde plutôt mal avec toutes les erreurs qu’il nous impute souvent.

Sixièmement, page 935. Kemnitius fait de Pierre Lombard le premier auteur du sacrement de la pénitence, qui vécut après 1100 : « Parce que, dit-il, Pierre Lombard a été le premier à faire de la pénitence un sacrement. Et, après lui, les scolastiques commencèrent à se demander quelle en est la matière, et quelle en est la forme. » Personne, qui ait seulement lu un peu les pères, ne peut douter que ce soit là un mensonge. Car, les pères joignent souvent la pénitence ou la réconciliation avec le baptême, ou avec d’autres sacrements proprement dits. Ces témoignages nous les présenterons en temps et lieu. Pour l’instant, que suffise un seul témoignage , celui de saint Augustin (dans son épitre 180 à Honorat) : « Quand nous parvenons au plus fort de ces périls, et qu’il n’y a aucune porte de sortie, ne réalisons- nous pas quels secours l’église a coutume de donner à l’un et l’autre sexe, et à tous les âges, aux uns en leur procurant le baptême, à d’autres la réconciliation, à d’autres encore l’action elle-même de la pénitence, à tous la consolation, la confection et l’administration des sacrements ? Si les ministres, font défaut quel supplice attend ceux qui sort sortis de ce monde sans avoir été régénérés, ou étant encore liés ? »

Septièmement, page 944 et 45. On peut à peine croire avec quelle impudence il ment ou pervertit la sentence du concile de Trente. Le concile avait nié que les parties de la pénitence étaient les terreurs et la foi, car les terreurs et la foi peuvent être présentes même dans les impénitents. Saint Jacques ne dit-il pas que les démons croient et tremblent, eux qui ne feront jamais un seul acte de pénitence. Nous reviendrons là-dessus plus tard, en son lieu. Or, Kemnitius expose ainsi la sentence du concile : « Et les terreurs, dit-il, infligées par Dieu à la conscience au moyen de la parole de la loi, ne veulent pas être une partie de la pénitence, parce qu’ils veulent que la contrition donnée volontairement pour les péchés, afin de satisfaire à la justice divine, soi une œuvre qui mérite la miséricorde divine. » Mais, il ment sur sa tête, car le concile n’a jamais dit que la contrition est une œuvre qui mérite la rémission des péchés. Au contraire, (session 6, canon 8), le concile a décrété que, selon l’apôtre, nous sommes justifiés gratuitement par le Christ, parce que rien de ce qui précède la justification, la foi ou les œuvres, ne mérite la grâce de la justification.

Et parce que le concile nie que la foi soit une partie de la pénitence, tout en concédant qu’elle est nécessaire à la pénitence, et que les théologiens enseignent que la foi est le fondement de la pénitence, Kemnitius explique la pensée du concile et des théologiens de cette façon : « Quant ils disent que la foi est le fondement de la pénitence, voici ce dont ils veulent nous persuader : si quelqu’un accepte ces actions de pénitence prescrites par les pontifes, c’est pouf faire comprendre que, par ces actions, il obtient le pardon des péchés et est réconcilié avec Dieu. Et voilà pourquoi ils disent que la foi est le fondement de la pénitence ».

Or, c’est tout autrement que le concile explique ce qu’il entend par là. Car, voici ce qu’il dit ( à la session 6, chapitre 5), où il explique le rôle que la foi joue dans l’affaire de la justification : « Ils sont disposés à cette justice quand, excités et aidés par la grâce divine, et concevant la foi par l’audition, ils se meuvent librement vers Dieu, croyant être vraies les choses qui ont été divinement révélées et promises, et ceci, d’abord et avant tout, que Dieu justifie l’impie par sa grâce, par la rédemption qui vient du Christ Jésus. Et pendant qu’ils comprennent qu’ils sont pécheurs, se tournant, par la crainte de la justice qui nous terrorise utilement, vers la miséricorde de Dieu, ils sentent croitre en eux l’espérance, et, croyant que Dieu leur sera propice à cause du Christ, ils commencent à l’aimer comme fontaine de toute justice, et se retournent contre les péchés en les détestant et en les haïssant ».

Ces explications nous font comprendre que la foi qui est le fondement de la pénitence n’est pas (selon le mensonge de Kemnitius), la persuasion que par les actions de la pénitence nous obtenons le pardon des péchés et la réconciliation, mais que vraies sont les promesses de Dieu, et d’abord celle que l’impie est justifié par la grâce de Dieu, par la rédemption qui est dans le Christ. Et nous tenons que la foi et les terreurs ne sont pas exclues de la pénitence, maison plutôt inclues, non en tan que parties, mais en tant que causes qui précèdent la pénitence. Car, croire et trembler ce n’est pas faire pénitence, mais c’est de la foi et des terreurs que nait la pénitence. Il importe peu que dans le lieu déjà cité, le concile explique la justification qu’on acquiert dans le baptême, et non celle qu’on acquiert dans le sacrement de pénitence. Car le progrès des dispositions et de la conversion est le même, même si les œuvres de pénitence exigées pour le baptême sont beaucoup plus faciles à faire que celles qui sont imposées pour la réconciliation.

Huitièmement, la page 945. Avec une malice ou une ignorance incroyable, (canon 4, session 14 du concile de Trente), Kemnitius déclare que, par la pénitence, les catholiques ont rejeté tout l’évangile. : « Quand le quatrième canon condamne et anathématise ceux qui disent que la foi conçue de l’évangile ou de l’absolution, par laquelle quelqu’un croit que ses péchés lui sont remis, est une partie nécessaire pour obtenir la rémission des péchés, que fait-il d’autre que d’enlever tout l’évangile de la pénitence, et de condamner la propre parole de l’évangile telle qu’est a été transmise par les prophètes, le Christ et les apôtres ? » Et, à la page 946 : «Que reste-t-il de l’évangile s’il enlève le Christ, la foi dans le Christ, et la rémission des péchés acquise par la foi dans le Christ ? Et cependant, le concile de Trente ne craint pas d’anathématiser quelqu’un qui dirait qu’une partie de la pénitence est la foi conçue de l’évangile, par laquelle quelqu’un croit que ses péchés lui sont remis par le Christ. » Et (à la page 947) : « Pour mémoire perpétuelle de la chose, qu’il soit connu par tous que le concile de Trente de la vraie église de Dieu promet, par la pénitence, la réconciliation avec Dieu et la rémission des péchés, sans la foi conçue de l’évangile, par laquelle quelqu’un croit que ses péchés lui sont remis par le Christ.

Ses objections sont si puériles que j’ai un peu honte de réfuter de simples racontars, et que je ressens pour lui, quoique adversaire, plutôt de la pitié, qu’autre chose. Le concile est bien loin de nier que la foi conçue de l’évangile soit nécessaire à la pénitence. Mais, il nie que la foi soit une partie de la pénitence, puisque, comme nous l’avons dit plus haut, c’est la foi qui engendre la pénitence. IL nie aussi que la foi par laquelle quelqu’un croit que ses péchés sont remis soit la vraie foi conçue par l’évangile, puisque la seule chose qu’on puisse dire d’elle c’est qu’elle est une invention de Luther. Car, l’évangile promet la rémission des péchés à ceux qui se repentent vraiment. Mais, que celui-ci ou celui-là ait la vraie pénitence, l’évangile ne le dit jamais. Voilà pourquoi, nul ne peut concevoir de l’évangile une foi qui l’assure que tous ses péchés lui sont remis. Nous pouvons et nous devons espérer, comme le dit le concile (session 6, chapitre 5, session 11, chapitre 1) que Dieu nous sera propice. Mais, il est certain que croire cela comme nous croyons les articles de la foi, c’est de la pure sottise.

Neuvièmement (page 958) . Il attribue faussement à saint Thomas d’avoir écrit que pour la rémission des péchés est requise, de notre part, un acte, qui est forcément méritoire parce qu’il tombe sous notre libre arbitre. Cela, saint Thomas ne l’a jamais écrit, et ne pouvait pas l’écrire, à moins d’avoir oublié la théologie. Qui d’autre qu’un théologien minable dirait que nos actes sont méritoires parce qu’ils tombent sous la juridiction de notre libre arbitre ? Car un grand nombre d’actes tombent sous notre libre arbitre sans être méritoires. Le même saint Thomas (1 2 question ultime, art 5) n’explique-t-il pas longuement que personne ne peut mériter la grâce de la justification, alors que Kemnitius lui impute le contraire ? Dixièmement. Kemnitius profère une calomnie semblable (à la page 961), en disant : « Telle est la foi de la pénitence pontificale : une foi dans nos œuvres non dans le Christ. Ils ne veulent pas d’une miséricorde de Dieu gratuite, qui remette gratuitement les péchés à cause du mérite du Christ, mais qui attribue à nos œuvres la récompense et la réconciliation avec Dieu, et la rémission des péchés. » Mais il s’en faut tellement que ce soit la sentence des catholiques, qu’il n’y a personne parmi les catholiques qui ne soit pas prêt à déclarer anathèmes tous ceux qui pensent comme Kemnitius s’imagine que nous pensons.

Onzièmement (page 962). Il prétend que Scot affirme que nous pouvons aimer Dieu plus que toute autre chose par nos seules forces naturelles, et que cet amour est une disposition suffisante, immédiate et ultime à l’infusion de la grâce. Et il ajoute à la page 963 : « Et c’est cela le dogme scolastique, pour la stabilisation duquel a été fait ce décret du concile. » Nous trouvons là deux mensonges. Le premier, que ce soit là le dogme des scolastiques. Car, Scot qui est le seul à être nommé par Kemnitius, pense bien autrement, comme l’a démontré brillamment André Vegas (dans son livre sur la justification, question 10). Et quoi qu’il en soit de Scot, il appert que saint Thomas et la meilleure partie de l’école enseigne tout à fait le contraire. L’autre mensonge : c’est pour stabiliser ce dogme que le concile a fait ce décret (que nous avons dans la session 14, chapitre 4 et canon 5). Car, dans ce canon, le concile enseigne que l’attrition, qui est une contrition imparfaite, est un don de l’Esprit Saint. Il est facile d’en déduire que la contrition parfaite, qui inclut un amour de Dieu plus grand que tout, ne provient pas des seules forces de la nature, mais est un don de Dieu.

Et (à la session 6, chapitre 3), il condamne la sentence que Kemnitius ne craint pas de lui imputer : « Si quelqu’un dit que c’est sans inspiration prévenante du Saint-Esprit et sans son aide, que l’homme peut croire, espérer, aimer et se repentir comme il faut pour que lui soit conférée la grâce de la justification, qu’il soit anathème. » Douzièmement, page 964. Kemnitius nie que Luther a enseigné ce que nous lisons avoir été condamné dans la bulle de Léon X, à savoir que « l’attrition rend un homme hypocrite et encore plus pécheur ». Il prétend qu’Il n’a fait que reprocher aux scolastiques d’enseigner que la détestation des péchés produite par le libre arbitre, avec les seules forces de la nature, constitue une disposition suffisante pour l’obtention de la grâce.

Ce qui est faire montre d’une audace incroyable, car les paroles de Luther ne sont pas écrite en un seul livre, elles sont très claires, et n’admettent aucune autre interprétation. C’et du sermon sur la pénitence prononcé en 1517, qu’ont été tirés les articles condamnés par Léon X. Voici les propres paroles de Luther : « La contrition est préparée de deux façons différentes. La première, par la discussion, la réflexion et la détestation des péchés par laquelle (comme on dit) quelqu’un se rappelle ses années dans l’amertume de son âme, en pesant la gravité de ses péchés, le tort qu’ils ont causé, leur puanteur, leur multitude, et l’acquisition de la damnation éternelle, et d’autres choses qui peuvent exciter la tristesse et la douleur. Cette tristesse fait un hypocrite, et le rend encore plus pécheur, parce qu’elle ne fait cela que par la crainte du précepte et la douleur. » Voilà les paroles propres de Luther où il ne condamne pas la contrition, mais l’attrition.

Après avoir reproduit (dans son livre contre la bulle de l’antichrist), l’article 6 condamné par Léon X où se trouve mot à mot ce que nous venons de citer de son sermon sur la pénitence, le même Luther ajoute : « C’est surement mon article, et il est archi chrétien. Et je ne laisserai pas les innombrables papes et papistes me l’extorquer » . Je pose donc la question. Qui faut-il croire ? Luther qui reconnait son article, ou l’impudent menteur Kemnitius, qui nie que Luther ait jamais pensé à une chose pareille ? Et aussi, dans le relevé de tous ses articles, il cite de nouveau cet article six, le reconnait pour sien, et s’efforce de le consolider par moultes arguments. Ensuite (dans ses solutions données aux questions disputées à Lipsis), il dit clairement que l’hérésie pélagienne consiste à admettre que la pénitence commence avant l’amour de la justice. C’est là qu’il enlève la première partie de la pénitence. Et il la fait consister dans les terreurs de l’âme qui précèdent la foi. Les luthériens sont donc devenus des pélagiens, selon le témoignage de Luther lui-même. Et il n’y a pas de quoi se surprendre, si Kemnitius a préféré nié impudemment des écrits de Luther, plutôt que se reconnaitre pélagien.

Treizièmement, page 967. Par un stratagème vicieux, Kemnitius attribue aux catholiques des idées qui sont propres à Luther. Il reproche aux scolastiques d’enseigner que si la contrition ne nait pas de l’amour de Dieu mais de la crainte et de la colère et du jugement de Dieu, la pénitence n’est pas salutaire, mais judaïque, même si elle demande et affirme que nous péchés sont remis à cause du Christ. Cela, les scolastiques ne l’ont jamais enseigné, mais Luther, que Léon X a condamné ainsi que l’académie catholique, et de nos jours le concile de Trente. Constatez donc avec quelle exactitude et quelle fidélité Kemnitius rapporte nos sentences. En voilà assez sur les mensonges et les calomnies.

CHAPITRE 7

Le nom de la pénitence

Les adversaires commencent par poser le fondement de leurs erreurs sur le nom de pénitence. Et la pénitence semble venir du mot peine, elle peut être référée autant à la douleur des péchés passés, -que nous appelons contrition—qu’à la punition qui est infligée aux pénitents, --que les catholiques appellent satisfaction. Voilà pourquoi nos adversaires n’emploient pas ce mot volontiers, et, dans l’écriture, lui substituent presque un peu partout, le mot résipiscence. Laurent Villa, qui semble avoir été une sorte de précurseur de la faction luthérienne, écrit (dans son annotation de la deuxième épitre aux Corinthiens, chapitre 7) que les mots grecs metanoia, et metameleia semblent plus élégants que le mot latin poenitentia, parce le mot pénitence (poenitantia) signifie la tristesse de celui qui s’est engagé à purifier son esprit. Et il en conclut que travaillent pour rien ceux qui, de ce passage de saint Paul, tirent trois sortes de pénitence : une qui serait la contrition, une autre la confession, et une autre encore la satisfaction, parce que chez saint Paul, on ne trouve que les mots metanoia et metameleia.

érasme qu’on peut considérer comme un autre précurseur de Luther, (dans ses annotations du nouveau testament, au chapitre 3 de Matthieu, et très souvent ailleurs) est d’avis qu’on traduise les mots grecs matanoia et metameleia par résipiscence et « résipiscer », (verbe qui n’existe pas en français), plutôt que par pénitence et faire pénitence : « Les gens du peuple pensent que faire pénitence c’est expier, avec une peine prescrite, les péchés que nous avons commis. Voilà pourquoi, chez les chrétiens, les pécheurs publics étaient chassés de la communauté, et châtiés publiquement. Et cette peine ou satisfaction on s’est mis à l’appeler pénitence. De cette chose non banale, une erreur naquit dans l’esprit de certains théologiens, qui détournèrent ce que saint Augustin avait écrit sur la pénitence au sens de satisfaction publique , vers la douleur de l’âme, qu’ils appellent contrition. Le mot metanoia vient de metanoein, c’est-à-dire de « comprendre après coup » : quand celui qui est tombé ne prend conscience de sa faute qu’après avoir commis son péché ».

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