Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 278)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Mais, on ne peut pas dire cela. Car, la nature et l’essence propre du baptême ne consiste pas dans une substance, mais dans une action. Le symbole externe auquel est annexée la grâce, et qui est appelé proprement baptême, ce n’est pas l’eau, mais l’ablution avec l’invocation de la sainte Trinité. L’ablution et l’invocation, en effet, ne sont pas des substances, mais des actions. Voilà pourquoi c’est sans aucune raison valable que Kemnitius reproche aux catholiques d’avoir transformé un élément qui relève de la substance, en une action. On ne peut pas, non plus, affirmer, généralement, que tous les sacrements consistent dans une action, car le sacrement de l’eucharistie n’est par proprement une action transitoire, mais une chose permanente. Car, ce n’est pas l’action de consacrer que nous appelons eucharistie, mais le pain consacré, et changé dans le corps du Seigneur.

Ce qu’il y a de vraiment semblable entre les symboles du baptême et ceux des autres sacrements, on doit le rechercher dans la fin pour laquelle les sacrements ont été institués. Or, la fin tant du baptême que des autres sacrements, comme tous l’admettent, est la justification interne. Et, comme un homme est formé d’un corps et d’un esprit, c’est par des symboles sensibles et corporels qu’il est amené à la connaissance des choses intelligibles et spirituelles. Voilà pourquoi on appelle les sacrements des signes ou des symboles. Car, comme saint Augustin le dit (dans son épitre à Boniface) : « Comme dans le baptême, on donne une ablution externe avec de l’eau, pour signifier la purification extérieure par l’esprit, de la même façon, dans l’eucharistie, le pain et le vin sont placés bien en vue, ou plutôt les espèces du pain et du vin, pour que nous comprenions que le corps et le sang du Christ sont une nourriture et un breuvage pour les âmes. Et, il en est ainsi, dans les autres sacrements. La nature du sacrement demande seulement que des signes externes soient présentés pour signifier un effet spirituel. Il importe peu qu’il s’agisse de substance ou d’accident; que ces signes soient perçus par les yeux ou les oreilles. Car, le Christ ne justifie pas plus facilement avec des substances qu’avec des accidents ».

Voilà pourquoi dans le sacrement de pénitence, dans lequel nous avons comme signe externe la confession du pénitent et l’absolution du prêtre prononcée à voix haute, ne fait pas défaut la nature d’un vrai sacrement. Car, les paroles ne sont pas seulement des signes externes et sensibles, mais, dans le genre de signes, elles sont ce qu’il y a de plus important, comme le dit avec raison saint Augustin : (livre 2, chapitre 3 de la doctrine chrétienne.) Le même saint Augustin (traité 80 sur saint Jean) distingue l’élément de la parole, quand il dit : « La parole accède à l’élément, et le sacrement devient. » On ne doit pas appliquer cela à tous les sacrements. Il ne parle pas, lui non plus, de tous les sacrements en général, mais seulement du baptême, pour que nous comprenions que, par ces paroles, « enlevez la parole, qu’est l’eau, sinon de l’eau ? » Autrement, comme nous l’avons démontré dans le livre sur les sacrements en général, les mots pourraient tenir lieu d’élément ou de chose, et la chose pourrait tenir lieu de paroles.

La seconde objection de Kemnitius consiste en ce qu’il cherche à prouver que le sacrement de pénitence n’a de fondement ni dans la parole de Dieu, ni dans les écrits des pères. Il le fait cela dans une dispute répartie en cinq chapitres. Nous allons parler brièvement de chacun d’entre eux. Dans le premier chapitre, que nous avons à la page 908, il prouve que le sacrement de pénitence n’a pas de fondement dans l’ancien testament; et du concile de Trente il tire que pendant quatre mille ans, il n’y a pas eu de sacrement de pénitence. Mais, ce sont là des stupidités. Nous reconnaissons que, comme les sacrements de baptême et d’eucharistie, le sacrement de pénitence a été institué par le Christ, et il n’y a donc pas de quoi s’étonner que pendant quatre mille ans il n’y ait pas eu de sacrement de pénitence. Et pour qu’il ne semble pas ne rien faire, il propose un argument qu’il peut présenter sous la forme d’un syllogisme. Dans la pénitence de l’ancien testament, il y avait la contrition, la confession, et une certaine satisfaction, avec le pouvoir de remettre les péchés. Or, cette pénitence n’était pas un sacrement proprement dit. Donc, ni la pénitence des catholiques avec sa contrition, sa confession et sa satisfaction, avec la rémission des péchés, n’est un sacrement proprement dit.

La proposition, il la prouve ainsi. Dans l’ancien testament, sont attestés des exemples de contrition et de confession des péchés. Et à la sœur de Moïse et à David, Dieu imposa, après la réconciliation, certains châtiments, dont se servent habituellement les catholiques pour prouver la satisfaction. Nous avons aussi l’exemple de l’absolution de Nathan : il a absout le péché d’un David repentant et croyant. Il prouve l’assomption par le concile de Trente, (session 11, chapitre 1), où les pères enseignent que la pénitence de l’ancien testament n’était pas un sacrement proprement dit. Je réponds que la proposition de cet argument est fausse en grande partie. Car, pour omettre le reste, il n’y a pas eu, dans l’ancien testament, de vrai pouvoir de remettre les péchés. Et ni Nathan, ni aucun autre, n’a remis les péchés en tant que ministre de Dieu. Car, on n’avait pas encore entendu cette parole : les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. écoute saint Jean Chrysostome (dans son livre 3 sur le sacerdoce) : « Purger la lèpre corporelle, ou pour parler plus justement, non pour la purger, mais pour approuver les guérisons de la lèpre, cela n’était permis qu’aux prêtres des Juifs. Or, à nos prêtres ce n’est pas la lèpre corporelle qu’il a été accordé de purger, mais les souillures de l’âme ».

Et l’exemple de Nathan (livre 2, chapitre 12), n’a rien à voir avec la question débattue. Et c’est bien inutilement que Kemnitius nous rabâche cet exemple. Car, Nathan n’a pas dit : je t’absous, ou je remets tes péchés par le pouvoir qui m’a été donné de Dieu. Mais seulement : le Seigneur a pardonné ton péché. Le prophète a simplement dit que ses péchés étaient remis, mais il ne les lui a pas remis. Et si on prétend que rapporter que quelque chose a été fait est la même chose que dire que quelqu’un a fait telle chose, qu’est-ce qui empêche que les évangélistes aient enfanté le Christ, l’aient tué et l’aient rappelé des morts et l’aient fait monter dans le ciel, et qu’ils aient aussi envoyé le Saint-Esprit, parce qu’ils rapportent que toutes ces choses ont eu lieu. Nous ne disons donc pas, comme l’imagine Kemnitius, que Nathan ne l’a pas absout par un pouvoir judiciaire, ou par un ministère, comme chez nous les prêtres absolvent par un pouvoir royal et suprême, mais nous disons que dans le sacrement de pénitence, les prêtres absolvent les pécheurs par un pouvoir judiciaire et ministériel, en tant que ministres, non en tant que rois ou seigneurs. Quant à Nathan, ce n’est ni par un pouvoir royal ou ministériel qu’il a absout, mais seulement en tant que, par une vertu prophétique, il a connu et annoncé qu’il avait été absout par Dieu. Et cela n’a été fait qu’une fois, par une providence extraordinaire de Dieu. Des cas particuliers ne constituent pas une loi générale.

Mais Kemnitius insiste : « L’apôtre Pierre (Actes X) et saint Paul (Actes XXV1) affirment que, sur la pénitence et la rémission des péchés, ils n’ont pas enseigné autrement que les prophètes. » Et qu’est-ce que cette observation vient faire ? Et qu’est-ce qu’il y a de nouveau là-dedans ? Car, les apôtres parlent de la vertu de la pénitence, et de ce qui, surtout, se rapportait aux infidèles qui se convertissaient à la foi. Elle a toujours été en usage dans l’église, et nous ne nions pas qu’elle ait été prêchée par les prophètes. Mais autre est une vertu de pénitence qui a toujours été nécessaire, autre un sacrement de pénitence, institué par le Christ. Pourquoi donc, rétorque Kemnitius, vous appuyez-vous sur les exemples de l’ancien testament pour confirmer le sacrement de pénitence, si la pénitence, dans l’ancien testament, n’était pas un sacrement ? Je réponds. Nous ne prouvons pas le sacrement de pénitence par l’ancien testament, si ce n’est pas les prophéties et les figures, mais la vertu de pénitence, sans laquelle le sacrement ne peut ni exister ni être utile. De la pénitence de David et des autres anciens, nous prouvons que la contrition ne consiste pas seulement dans les terreurs ou dans la douleur des péchés passés, avec la décision d’une vie meilleure. Et, avec le même exemple, nous apprenons que la faute est remise, mais pas toujours la peine temporelle. Et d’autres choses du même genre, dont on parlera plus tard.

Dans le second chapitre (page 910), Kemnitius prouve que le sacrement de pénitence n’est pas fondé sur la prédication de la pénitence du Christ et de son précurseur. Ce que nous concédons volontiers, puisque nous enseignons que le sacrement de pénitence a été institué par le Christ après la résurrection. De plus, notre adversaire a voulu s’amuser, et comme d’habitude, dire des inepties. Car, voici comme il parle : « Saint Jean le Batiste a prêché la pénitence pour la rémission de péchés. Il décrit ainsi un résumé de la prédication du Christ : « Faites pénitence, et croyez à l’évangile ! » Saint Jean le Baptiste et le Seigneur ont parlé de la contrition. Les auditeurs du Précurseur ont confessé leurs péchés (Matthieu 3), et le Christ a donné une absolution privée (Matthieu 9, Luc 7). Pourquoi donc, d’après la définition de la pénitence transmise par les pontifes, la pénitence prêchée par Jésus et son précurseur n’est-elle pas un sacrement ? Le concile de Trente, en effet, nie qu’elle ait été un sacrement (sessions 14, chapitre 10 »

à cet argument répond celui qui l’a fait, mais de façon absurde, pour montrer qu’on ne peut y répondre sans faire de grandes concessions qui pour aucune raison ne devraient être faites. « Je réponds, dit-il, que c’est parce que la contrition et la confession n’eurent pas l’énumération de chacun des péchés. Le Christ a imparti l’absolution sans procès judiciaire préalable, et sans imposer de pénitences, mais gratuitement, à ceux qui se reconnaissaient pécheurs, qui craignaient la colère de Dieu, et qui demandaient pour eux par la foi, et recherchaient la réconciliation. En somme, dit-il, parce que c’était dans la pénitence gratuite, sans les œuvres, que les péchés étaient remis. Parce qu’autant le Baptiste que le Christ prêchèrent que la foi dans le Christ Médiateur est nécessaire à l’obtention de la rémission des péchés. C’est à cause de ces raisons, que, pour les pontifes, une telle pénitence n’est pas un sacrement. Le concile de Trente concède et admet que le sacrement de pénitence n’a de fondement ou d’exemple ni dans l’ancien testament, ni dans les prédications du Baptiste et du Christ avant la résurrection. »

à l’argument fait au début, je réponds que la pénitence que le Christ et le Baptiste ont prêchée, n’a pas été un sacrement parce que faisait défaut une partie essentielle du sacrement, la parole de l’absolution, jointe à la confession des péchés. Car, en Matthieu 3, nous lisons que les auditeurs du Baptiste avaient coutume de confesser leurs péchés, quand ils avançaient vers le baptême. Mais, que le Baptiste ait prononcé les paroles d’absolution, nous ne le lisons pas. Le Christ, il est vrai, a remis les péchés au paralytique et à la femme pécheresse, mais qu’ils aient confessé leurs péchés, nous ne le lisons pas. Donc, à moins que Kemnitius veuille faire un seul sacrement avec la confession des auditeurs de Jean et l’absolution du paralytique, nous n’avons pas d’exemple du sacrement de pénitence dans les actions du Batiste et du Christ avant la résurrection. Ajoutons que quand le Christ a absout le paralytique et la pécheresse, il n’a pas institué de rite par lequel seraient par la suite réconciliés les pécheurs. Ce n’est donc pas par la parole d’un sacrement, mais par son pouvoir personnel et unique que le Christ a remis les péchés.

Ensuite, la réponse de Kemnitius à cet argument ne vaut rien du tout.

Et les catholiques n’ont jamais reconnu ce genre de réponse. D’abord, il est faux que leur contrition fut intérieure, et ne fut pas extérieure. Car, il est certain que ceux qui confessaient leurs péchés en Matthieu 3, et celle qui lavait les pieds du Seigneur avec ses larmes, démontraient une contrition par des signes manifestes. Que leur confession n’ait pas été une confession de tous leurs péchés en particulier, c’est faux, ou c’est incertain. Il confessait leurs péchés, a dit Mathieu, sans préciser si c’était en général ou en particulier. Ensuite, le Christ a remis les péchés à ceux qui reconnaissaient avoir péché, qui craignaient la colère de Dieu, demandaient pour eux par la foi, et cherchaient la réconciliation, je ne sais pas où Kemnitius a lu ça.

Car, dans les passages qu’il cite (Matthieu 9, Luc 7), nous ne lisons rien de tel. Le paralytique en Mathieu 9, n’a rien demandé pour lui. C’est par autrui qu’il cherchait la guérison, non la réconciliation. Et il n’est fait aucune mention de la reconnaissance du péché, ou de la crainte de la colère de Dieu. En Luc V11, la haine du péché est manifestée, mais cela, non pas tant pas à cause de la peur de la colère de Dieu, comme le rêve Kemnitius, qu’à cause de l’amour du Christ qui naissait avec véhémence. Et c’est peut-être pour cette raison que le Christ n’imposa aucune pénitence. Car, depuis ce temps, les théologiens enseignent que, dans un pénitent, la contrition et l’amour peuvent être tellement grands qu’après la réconciliation, il ne reste plus aucune peine due au péché. Jésus n’a-t-il pas dit : celui à qui on remet moins aime moins, et beaucoup de péchés lui sont remis parce qu’elle a beaucoup aimé.

Que nous nions que la pénitence prêchée par le Christ et le Baptiste ait été un sacrement parce que la rémission des péchés s’y faisait gratuitement et à cause du Christ, c’est un mensonge souvent réfuté. Ensuite, nous admettons de grand cœur que le concile de Trente enseigne que le sacrement de pénitence n’ait aucun fondement, témoignage ou exemple dans les prédications du Baptiste et dans tout l’ancien testament. Si cela semble étonnant à quelqu’un, qu’il s’étonne aussi de ce que, dans l’ancien testament et dans les prédications du Baptiste, nous n’ayons aucun fondement, témoignage ou exemple d’un baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; et de l’eucharistie confectionnée avec du pain et du vin par les paroles de la consécration. Dans le chapitre 3, page 911, et suivants, Kemnitius prouve que le sacrement de pénitence ne se fonde pas sur ces paroles du Seigneur : les péchés seront remis (Jean XX), et il répète de nouveau ses arguments sur l’absolution des péchés de David par le prophète Nathan, et sur la pénitence que le Christ et le Baptiste ont prêchée. Mais, toutes ces choses ont déjà été réfutées. Car, parce que le sacrement de pénitence procède vraiment de ce témoignage du Seigneur, c’est pour cela que, dans le chapitre précédent, nous avons parlé de ces paroles, là où nous présentions nos arguments en faveur de la vérité.

Dans le quatrième chapitre, à la page 921, il s’efforce de prouver par la doctrine des apôtres et par des exemples, qu’on ne peut rien avancer pour confirmer le sacrement de pénitence. Et bien que cela ait très peu d’importance, puisque devrait suffire la parole du Christ, répondons quand même brièvement, pour que Kemnitius n’aille pas se targuer qu’on ne puisse rien lui répondre. Kemnitius dit que, dans les actes des apôtres (26), « saint Paul, expliquant sa doctrine de la pénitence, affirme n’avoir rien enseigné d’autre que ce qu’ont dit les prophètes ». Mais, ces deux choses sont des mensonges. Dans les actes 26, saint Paul ne fait pas un exposé de sa doctrine sur la pénitence, mais dit seulement que Dieu a annoncé aux hommes qu’ils devaient faire pénitence; qu’ils se convertissent à Dieu, en faisant de dignes œuvres de pénitence. Ce qui n’est surement pas un exposé de sa doctrine sur la pénitence, mais une exhortation à la pénitence. Et saint Paul ne parle là que de la pénitence qui précède le baptême, laquelle n’est pas, pour nous, un sacrement. Ce que saint Paul ajoute ensuite, à savoir qu’il ne leur a rien dit en dehors de que les prophètes avaient annoncé, ne se rapporte pas à la doctrine de la pénitence, mais à la doctrine de l’avènement du Christ, de sa passion et de sa résurrection. Car, voici ce que dit l’apôtre : « Je me tiens debout jusqu’au dernier jour, témoignant au plus petit comme au plus grand, ne disant rien d’autre que ce que les prophètes et Moïse ont prédit du futur : que devait être enseigné au peuple et aux Gentils un Christ passible, le premier à être ressuscité des morts. »

Kemnitius ajoute : « Pierre (Actes X) affirme transmettre le moyen de l’obtention de la rémission des péchés qu’il tient du témoignage des prophètes. » Or, Pierre ne lègue aucun rite de pénitence, ni n’explique ce qui lui est requis nécessairement. Il écrit seulement que tous les prophètes rendent au Christ ce témoignage que la rémission des péchés est reçue en son nom à tous ceux qui croient en lui.

Ces choses sont vraies, et ne s’opposent en rien à notre sentence. Kemnitius ajoute : « On ne lit jamais que les apôtres aient exigé l’énumération des péchés comme une condition nécessaire à l’absolution. On ne lit pas non plus qu’ils aient imposé une pénitence, par laquelle les péchés seraientt remis. On ne lit pas non plus que les péchés aient été remis à quelqu’un ». Kemnitius donne des exemples où les apôtres ont accordé, ou annoncé (comme ils préfèrent) l’absolution à un pécheur en particulier après le baptême. Et il nous somme de montrer que dans cette réconciliation, il ait été question d’une confession ou d’une pénitence. Qui peut nier que les apôtres aient fait et prêché beaucoup d’autres choses que celles qui sont écrites ? Autrement, il faudrait enseigner qu’il ne faut pas baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, parce noue ne voyons jamais les apôtres baptiser ainsi.

Il pense peut-être à l’exemple du corinthien incestueux. Mais, saint Paul ne l’a pas absout lui-même; il a seulement accepté l’absolution donnée par les Corinthiens (11 Corinthiens 11). Que ce ne soit pas sans une pénitence que les Corinthiens l’aient absout, le même apôtre l’indique à 11 Cor 7, où, parmi plusieurs autres choses, il nomme la vindicte qu’ils avaient exercée à cause du péché de cet incestueux. Kemnitius ajoute encore : « Il est vain et faux que les apôtres aient enseigné la pénitence, qui a trait à la substance, par laquelle les impies sont convertis à Dieu avant le baptême; et une autre différente par laquelle les tombés après le baptême retournent en grâce avec Dieu. Car, aux tombés après le baptême, ils n’ont pas proposé une autre loi, un autre évangile, un autre Christ, une autre foi »

Où lis-tu donc, menteur, que, chez les catholiques, la pénitence d’avant le baptême diffère de celle qui a lieu après le baptême ? Qu’elle requiert une autre foi, une autre loi, un autre évangile, un autre Christ ? Ce sont là vos mensonges, non nos dogmes. Lis, si le cœur t’en dit, le concile de Trente (session 6, chapitres 6 et 7), où est décrit la justification de l’impie après le baptême; et au chapitre 14, où est décrite la justification par le sacrement de pénitence. Tu verras, en ces endroits, que, dans l’une et l’autre justification, les péchés sont remis par les mérites du Christ, par la foi qui précède et par la pénitence, pour que, avec l’aide et la grâce de Dieu, ils se convertissent sérieusement, fassent pénitence, comme il se doit. Tout cela dérive en entier d’un seul et même évangile.

La différence qu’il y a entre la pénitence d’avant le baptême et celle d’après le baptême c’est que la deuxième est la matière d’un sacrement, et qu’elle exige la confession sincère des péchés, et des œuvres pénibles; et que la première n’est pas la matière d’un sacrement, et ne demande pas une confession détaillée des péchés, ni des œuvres pénibles. Choses qui sont accidentelles à la pénitence, et non substantielles. Il arrive, en effet, à la vertu de pénitence, de se manifester à l’extérieur de telle ou telle manière, et qu’avec l’absolution, ces signes externes effectuent un sacrement. à la fin, Kemnitius ajoute ceci : « On trouve, dans les écrits des apôtres, des exemples de conversion de ceux qui, après le baptême, sont tombés, comme Galatarus. Ces gens-là saint Paul ne les a pas amenés à un mode de réconciliation nouveau et différent, mais il a prêché avec force contre la persuasion de la justice des œuvres. »

Mais, que Galatarus se soit converti, on ne le lit à nulle part. Saint Paul raconte qu’ils s’étaient détournés de la foi, et qu’il a tenté de les ramener dans la voie de la vérité. Mais, est-ce qu’ils sont retournés à la vérité de la foi, et par quel rite ont-ils été réconciliés, ni saint Paul ni un autre ne le rapporte. Quand ils n’étaient pas encore convertis de leur erreur, dans laquelle ils étaient tombés par le faux zèle des pseudos apôtres, saint Paul n’avait pas encore à leur prescrire une pénitence, mais seulement à les exhorter à la pénitence et à la conversion, et à réfuter l’erreur qui les enchaînait, --ce qu’il fit diligemment.

De la même façon, quand les docteurs catholiques vous exhortent à la conversion vous autres, les luthériens, ils ne vous incitent pas à confesser chacun de vos péchés aux pieds d’un prêtre avant qu’ils vous aient amenés, en disputant et en réfutant vos erreurs, à professer la foi catholique et à accepter l’église catholique. Car pourquoi inviterions-nous au sacrement de pénitence ceux pour qui, nous le savons, le sacrement serait inutile ? Ce que fut le rite au temps des apôtres, de quelle façon était réconciliés ceux qui avaient péché après le baptême, on ne peut aucunement l’apprendre de l’épitre aux Galates. Le plus illustre exemple est celui du Corinthien incestueux (1 Cor 6, 2 Cor 2 et 7). Et bien que rien n’ait été révélé en particulier au sujet de cette réconciliation, quel rite a été employé, il est quand même assez évident qu’on s’est comporté envers lui plus sévèrement que s’il avait commis le même crime avant le baptême.

Dans son cinquième et dernier chapitre, Kemnitius déclare que le sacrement de pénitence n’a aucun fondement dans l’enseignement des anciens pères de l’église. Il dit d’abord que c’est hors de tout doute que la toute première origine du sacrement de pénitence, élaboré par les catholiques, ait été tirés des spectacles de pénitence publique qu’avec une grande sévérité l’ancienne église organisait pour les crimes les plus grands et les plus atroces. On requérait là des signes externes de contrition, l’aveu et la confession des crimes. Et des châtiments spécifiques étaient imposés à titre d’exemple pour les autres, ou pour découvrir si la pénitence état sincère. Il ajoute que la pénitence privée a aussi été en usage, dans l’antiquité; et que des prêtres, comme Origène, ont exhorté le peuple à confesser des fautes non aussi grandes, non aussi notoires. Et c’est de là qu’a commencé à devenir une règle et une doctrine générale la pénitence par laquelle, en plus de la contrition du cœur et de la foi dans le Christ, les tombés après le baptême étaient réconciliés par la confession orale à un prêtre, et la satisfaction obtenue par les œuvres.

Il ajoute ensuite que, chez les catholiques, il l existe plusieurs opinions sur la nécessité de la confession. Et il le prouve cela avec Gratien, et sa glose, et saint Bonaventure. Voilà donc tous les pères et tous les historiens que Kemnitius cite, bien qu’il ait été trop pressé pour annoter le passage de saint Bonaventure.

Je demande d’abord à Kemnitius, dans quel auteur, dans quel livre d’histoire il a pris ce récit sur l’origine de la pénitence. Car, il ne nous a cité aucun témoin apte à approuver ses racontars. Il a du lire quelque chose de semblable dans Calvin, je présume. Cela suffisait peut-être pour lui, mais certes pas pour nous, puisque Calvin a été convaincu d’un si grand nombre de mensonges. De plus, quel rapport cela a-t-il avec ce dont nous discutons ? Admettons que la première réconciliation des tombés se soit faite dans une pénitence publique. Pourquoi ne peut-elle pas être un sacrement ? Pourquoi les signes externes de contrition et la confession des crimes joints à la parole de l’absolution, n’ont-ils pas été des sacrements ? Admettons ensuite que la confession ne soit pas de droit divin, comme le dit une certaine glose, que même des catholiques réprouvent, Kemnitius a besoin de nous prouver pourquoi cette absolution ne sera pas un sacrement, puisque c’est un symbole externe divinement institué, qui a la promesse de la grâce et de la justification, comme l’admet Kemnitius lui-même. Kemnitius aurait agi plus sagement si, avec l’apologie de la confession d’Augsbourg, dans les paroles de laquelle il avait juré, il avait défendu la pénitence comme un sacrement véritable et proprement dit contre les calvinistes, non à la manière de catholiques, mais selon le jugement et la censure des luthériens hérétiques eux-mêmes.

CHAPITRE 12

Est-ce que le sacrement de pénitence est différent de celui du baptême ?

Les hérétiques qui ont enlevé du nombre des sacrements la pénitence, sont tombés de cette erreur, dans une autre. Car comme ils ne pensaient pas à nier qu’après le baptême les pécheurs pussent être réconciliés à Dieu, et comme ils ne croyaient pas qu’une réconciliation pusse se faire sans sacrement, il leur vint à l’esprit de dire que le baptême pouvait être dit et être le sacrement de pénitence. Ils enseignèrent donc que les tombés après le baptême, étaient réconciliés par le baptême répété non réellement, mais par la mémoire. De ce nouveau dogme, nos adversaires dirent trois choses. La première. Le pacte de réconciliation que Dieu a fait après le baptême n’est pas plus sévère que celui qu’il avait fait avant le baptême. Il est aussi facile, et pour tout dire, il est semblable. Voilà pourquoi ils se déchaînent contre ceux qui disent que la pénitence est la planche ou l’épave d’un naufrage, comme s’il ne leur était plus permis de retourner dans le navire.

Ils enseignent ensuite que l’homme n’est pas moins rénové intégralement dans la réconciliation après le baptême, que dans justification d’avant le baptême. Et comme dans la régénération qui se fait avec le baptême, tous les péchés sont remis quand à la coulpe et la peine, la même chose survient dans la réconciliation qui se fait après le baptême. Troisièmement. Il ne faut pas chercher, après le baptême, un symbole externe divinement institué, par lequel les mérites du Christ sont appliqués, puisque le baptême suffit pour cela, quand il est pensé et répété par la mémoire.

Le premier auteur de cette erreur, comme d’après peu toutes les autres qui pullulent de nos jours chez les luthériens, est Luther. Car, voici ce qu’il écrit dans la captivité de Babylone, au chapitre du baptême : « Ce qui a donné lieu à ces opinions c’est une parole de saint Jérôme, périlleuse, mal conçue ou mal comprise, par laquelle il appelle la pénitence une nouvelle arche ou planche ou épave après le baptême, comme si le baptême n’était pas la pénitence. Ceux qui étaient tombés dans la persécution désespéraient de la première arche ou navire, comme s’ils l’avaient perdue une fois pour toutes; ils commencèrent à mettre leur foi dans une seconde planche ou arche ou épave, la pénitence. »

Et (dans le même livre, près de la fin), il dit : «Le sacrement de pénitence manque d’un signe visible institué divinement; il n’est rien d’autre qu’un chemin de retour vers le baptême. » Remarquons, en passant, l’inconstance étonnante de Luther. Car, au début de ce même livre, il expliquait longuement qu’il n’y a que trois sacrements : le baptême, la pénitence et le pain; ou plutôt, un sacrement et trois signes sacramentaux. En cet endroit, il met un signe sacramental dans le sacrement de pénitence clairement distinct du signe du baptême et de l’eucharistie. Mais, à la fin de son libelle, il changea d’idée, ou plutôt il oublia ce qu’il avait écrit auparavant; et il nie formellement que le signe sacramental de la pénitence soit distinct du signe sacramental du baptême.

Philippe Melanchton (dans les lieux de 152l, à la pénitence) dit qu’il suit Luther. Et il écrit « que le signe de la pénitence est le baptême. » Calvin dit la même chose (livre 4, chapitre 15, verset 4. Il dit là « que c’est du baptême que dépend le pouvoir des clefs, que la vertu du baptême s’étend à tous les péchés de la vie, et que c’est par l’ignorance de cette vérité qu’est né un sacrement de pénitence inventé de toutes pièces ». Et, au chapitre 19, verset 17, il reproche à saint Jérôme d’avoir dit que la pénitence est la planche ou l’épave du naufrage : « Mais il y a cette expression de Jérôme. Quel que soit celui qui ait dit cela, on ne peut en aucune façon lui trouver d’excuse, car c’est une impiété flagrante qu’il a proférée. C’est comme si le baptême était dissout par le péché, et que le pécheur ne devait pas plutôt, autant de fois qu’il pense à la rémission des péchés, le ramener à sa mémoire, pour qu’il revienne à lui-même et confirme la foi. » Et plus bas : « Tu parleras correctement si tu appelles le baptême sacrement de pénitence, puisqu’il est donné comme une confirmation de la grâce, un seau de fiducie à ceux qui méditent la pénitence. »

Martin Kemnitius (2 par examen, pages 929, 930, 931et 932), admet que la pénitence est quelque chose d’autre que le baptême, et que le pécheur doit déployer plus d’énergie pour les péchés commis après le baptême. Mais, comme il ne peut pas ne pas se mettre à la suite de Luther et de Calvin, il blâme l’image de la planche du salut après le naufrage, et veut que l’alliance du baptême soit perpétuelle, soit que nous persévérions toujours en lui, ou soit que, si nous avons le malheur de la perdre, nous y retournions par le souvenir. Il blâme ensuite le concile de Trente qui veut que la réconciliation dans la pénitence soit différente de la réconciliation dans le baptême; et qu’elle soit plus difficile et plus pénible. Et avec des mensonges impudents, il détourne de son sens la sentence du concile pour lui faire dire ce que les pères n’ont jamais pensé, ou qu’ils ont plutôt déjà condamné et anathématisé, à savoir que dans le sacrement de pénitence, nous ne nous enrichissons pas avec la satisfaction et le mérite du Christ, mais avec nos propres œuvres.

C’est contre cette nouvelle erreur que le concile de Trente a décrété, session 14, canon 2 : « Si, confondant les sacrements, quelqu’un prétend que le baptême est le sacrement de pénitence, comme si ces deux sacrements n’étaient pas distincts, et que la pénitence ne peut pas être vraiment appelée une seconde arche après le naufrage, qu’il soit anathème ». Cette vérité doit être confirmée par trois arguments : par le témoignage de l’écriture, des anciens et de la raison.

CHAPITRE 13

On prouve la vérité.

En ce qui a trait au premier point, nous avons d’abord des exemples, ou plutôt des types ou des figures de l’ancien testament. Nul ne conteste que la circoncision ait été donnée aux Juifs en figure du sacrement de baptême. Voilà pourquoi l’apôtre (Colossiens 2) dit « que le baptême est une circoncision spirituelle, non faite de main d’homme. » Si quelqu’un lit attentivement tout l’ancien testament, il ne trouvera jamais que le souvenir de la circoncision soit prescrit comme un remède pour les péchés commis après la circoncision; mais des sacrifices, des expiations, la confession des péchés, comme on peut le lire dans Lévit 4, 5, 6. De la même façon, dans le nouveau testament, ce n’est pas le souvenir du baptême qui a été institué comme un remède pour la purgation des péchés commis après le baptême, mais le sacrifice du nouveau testament, l’expiation par la confession et l’absolution.

Nous avons, ensuite, le témoignage de l’apôtre Jean (épitre 1, chapitre 1) : où parlant du remède pour les péchés commis après le baptême, il ne dit pas : si nous nous rappelons notre baptême, mais « si nous confessons nos péchés, Dieu, qui est fidèle et juste, nous remettra nos péchés, et nous purifiera de toute iniquité. » Nous avons, troisièmement, le témoignage de l’apôtre saint Paul (Hébreux, chapitre 6) : « à ceux qui sont tombés après avoir été illuminés (baptisés), avoir goûté le don céleste, et être devenus participants du Saint-Esprit, il est impossible d’être renouvelés de nouveau par la pénitence, crucifiant de nouveau le Christ en eux-mêmes. »

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