Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 279)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Dans ce passage, l’apôtre ne nie pas, comme le pensaient faussement les novatiens, que les tombés après le baptême puissent être réconciliés, puisqu’il a permis la réconciliation d’un baptisé Corinthien, qui avait commis un grave péché. Mais, il nie qu’ils puissent être renouvelés par le baptême. C’est ainsi que comprennent ce passage saint Jean Chrysostome, Theodoret, Oecumenius, Theophylactus, saint Ambroise, et d’autres commentaires de ce texte. Et saint Ambroise (dans son livre 2, chapitre 2 sur la pénitence), où il donne cette explication en réfutant les novatiens. Saint Augustin enseigne la même chose (au début et à la fin de l’épitre aux Romains). Il dit, en toutes lettres, que ceux qui tombent après le baptême peuvent être guéris par la pénitence, mais non renouvelés ou régénérés, ce qui est le propre du baptême. L’auteur du livre sur la vrai et fausse pénitence, (chapitre 3) dit la même chose. On trouve son texte dans le quatrième tome des œuvres de saint Augustin.

Ensuite le contexte ne souffre pas une autre explication. Car, au début du chapitre, l’apôtre avertit les Hébreux de ne pas s’arrêter au baptême, à la foi, et à la pénitence qui précèdent le baptême, ce qui est comme le fondement de l’édifice spirituel : « Voilà pourquoi, mettant de côté le sermon inchoatif du Christ, lançons-nous vers la perfection, ne posant pas de nouveau le fondement de la pénitence pour les œuvres mortes, de la foi en Dieu , de la doctrine du baptême, de l’imposition des mains, de la résurrection des morts, et du jugement dernier. » Commentant ces paroles de saint Paul, saint Augustin (livre sur la foi et les œuvres, chapitre X1) : Il est impossible à ceux qui ont été une fois illuminés, etc. « C’est comme s’il disait encore plus ouvertement : Cette rénovation qui se fait par le baptême n’arrive qu’une seule fois. On ne peut douter que ce soit le baptême qu’il décrive par le mot illumination. Car, tous les anciens, et surtout les Grecs, disent qu’être baptisé c’est être illuminé; et ils appellent le baptême sacrement de la lumière. » Donc, comme nous apprenons des apôtres qu’il est impossible d’être renouvelés de nouveau par la pénitence qui est jointe au baptême, il est nécessaire ou de nier la réconciliation, avec les novatiens, ou admettre, avec les catholiques, un autre sacrement distinct du baptême, par lequel est accordée la rémission des péchés commis après le baptême.

Les adversaires ne peuvent pas dire que saint Paul est le seul à ne pas vouloir que soit réitéré le baptême. Car, ce n’est pas de la cérémonie que parle saint Paul, mais de son effet, de la rénovation. Si on ne peut plus avoir l’effet du baptême, on doit donc certainement chercher un autre rite, un autre sacrement. Ajoutons que, dans l’écriture, nous lisons des exemples de ceux qui sont tombés après le baptême, comme Simon (Actes 8) et le corinthien incestueux, (1 Corinthiens 6). Il y aurait, certes, de quoi s’étonner que le souvenir du baptême soit l’unique remède pour toute la vie, et que l’écriture ne fasse aucune mention de ce remède.

Que se présente maintenant la tradition des anciens pères, qui enseignent d’une seule voix ce que nos adversaires reprochent au concile de Trente, à savoir que ce n’est pas sans des pleurs, des lamentations et des actions pénibles que ceux qui font pénitence après le baptême peuvent parvenir à l’intégralité de la réconciliation, à laquelle ils étaient parvenus sans effort pas le baptême. Tertullien (dans son livre sur la pénitence), appelle la pénitence « l’arche ou la planche du salut après le baptême, et une seconde porte, qui ouvrira à ceux qui frappent, la porte de l’indulgence ayant été obstruée par le péché, ainsi que la serrure du lavement. » Il appelle aussi la pénitence « le second espoir après le baptême, et le deuxième subside » . Et il montre, au même endroit, que c’est par de nombreux labeurs qu’on parvient à la rémission des péchés après le baptême, alors qu’avant le baptême, l’accès à l’indulgence était archi facile.

Saint Clément d’Alexandrie (d’après Eusèbe, livre 3, chapitre 17, 24 pour d’autres) appelle la pénitence « le baptême des larmes. » Et il précise, au même endroit, que « la pénitence qui se fait après le baptême exige beaucoup de prières et de jeûnes » Saint Cyprien (dans le sermon 5, sur les tombés) ne dit rien d’autre que, si quelqu’un tombe dans le péché après le baptême, « il a besoin de beaucoup de larmes et de jeûnes pour effacer la faute. » Et dans le livre 3 (épitres 15 et 16), il blâme fortement ceux qui donnaient l’absolution aux pénitents avant qu’ils aient fait une pénitence appropriée. Saint Ambroise dit des choses semblables (dans son livre sur la vierge tombée, chapitre 8), où il compare la pénitence à la planche de salut du naufrage.

La même chose saint Grégoire de Naziance (dans son sermon sur les saintes lumières), où il distingue le baptême de l’eau, qui est facile, du baptême laborieux et larmoyant qui est le propre de ceux qui font pénitence après le baptême. Pacianus dit la même chose (dans son épitre 1 à Symphonianus), et saint Jérôme (dans son épitre 3 à Demetriade, et dans une autre à Sabinianus). Dans l’hérésie 53, qui est celle des Cathares, saint épiphane écrit que ceux qui sont tombés dans le péché après le baptême, « ne peuvent plus de nouveau se réfugier dans le baptême, mais doivent chercher un autre remède, la pénitence ».

Saint Augustin (dans l’épitre 23 à Boniface, écrit : « Si un enfant, après le baptême, commence à avoir des péchés propres, ils ne seront pas enlevés par la régénération, mais seront guéris par un autre remède. » Et, (dans le livre 2, sur les époux adultérins, chapitre 16), il écrit : « Si un homicide est fait par un catéchumène, il est effacé par le baptême. Si par un baptisé, il est assaini par la pénitence et la réconciliation. » Et, (dans l’homélie 50, livre 50), il distingue trois actions de la pénitence : une qui se fait avant le baptême, l’autre quotidienne et perpétuelle, pour les péchés véniels, pour lesquels nous disons continuellement : remettez-nous nos péchés, et une troisième pour les péchés mortels commis après le baptême.

Et, de cette troisième, il parle ainsi : « Dans cette pénitence, chacun doit faire montre d’une sévérité plus grande envers lui-même, pour que jugé par lui-même, il ne soit pas jugé par Dieu. » Saint Jean Chrysostome (livre 3 sur le sacerdoce), et Saint Cyrille (livre 2, chapitre 56) sur saint Jean distinguent nettement les péchés qui sont remis par la pénitence de ceux qui le sont par d’autres sacrements. Ce qu’ils n’auraient certainement pas fait, si par le baptême tous les péchés passés et futurs étaient remis.

Theodoret (dans son épitomé des décrets divins, au chapitre de la pénitence), écrit que « les plaies qui nous sont infligées après le baptême sont guérissables, mais non, comme autrefois, par le moyen facile du lavement de la régénération, mais par beaucoup de larmes et d’actions pénibles ». Ensuite, saint Jean Damascène, pour omettre les auteurs plus récents, (livre 4, chapitre 10, de la foi), répète la sentence de saint Grégoire de Naziance sur la distinction à faite entre le baptême d’eau et le baptême laborieux et douloureux. Le sacrement de pénitence est donc vraiment un baptême, mais un baptême, selon le témoignage des pères, dans les larmes, les jeunes et les mortifications de toutes sortes.

Se présentent à leur tour les raisons. La raison ne souffre pas que Dieu pardonne avec la même facilité ceux qui ont péché sans le savoir, et ceux qui ont péché en le sachant. Car, vraie est la sentence du Seigneur : « Le Seigneur qui connait la volonté de son maître, et n’a rien préparé, qui n’agit pas selon la volonté de son maître, sera fouetté sévèrement. Celui qui ne la connait pas et a fait des choses qui méritent des corrections, sera fouetté peu (Luc X11). Ce qui correspond à ce que dit l’apôtre : « J’ai obtenu la miséricorde de Dieu, parce que j’ai agi dans l’ignorance et l’incroyance. » Or, si était vraie l’opinion de nos adversaires, ce ne serait pas avec une facilité égale mais, ce qui est absurde, avec une facilité plus grande que parviendraient à la grâce et à la réconciliation ceux qui, après la foi et le baptême, ont péché sciemment. Plus grande donc que ceux qui ont péché dans l’ignorance et l’incrédulité. Car, de toute évidence, il est plus facile de se rappeler le baptême que d’être baptisé de nouveau.

Mais c’est ce que veulent nos adversaires : les péchés commis avant le baptême sont effacés par le baptême réellement reçu; ceux qui sont contractés après le baptême, sont effacés par la répétition du baptême par la pensée et le souvenir. Si ces choses semblent absurdes, comme elles le sont à tout homme sain d’esprit, il s’ensuit donc que le pacte du baptême est différent de la réconciliation après le baptême, et différents, donc les sacrements.

Deuxièmement. Les rites du baptême et de la pénitence ont une matière et une forme différente. On doit donc penser que les sacrements sont différents, eux aussi. En ce qui a trait à la matière, on prouvera plus bas, en temps et lieu, que la matière du sacrement de pénitence ce sont les actions du pénitent, alors que la matière du sacrement de baptême est l’aspersion de l’eau. Ce que personne ne nie. Tous admettent que la forme du baptême est contenue dans ces paroles du Seigneur : je te baptise au nom etc. Or, à la réconciliation qui suit le baptême, personne ne dit : je te baptise, mais je t’absous. Cette absolution privée Kemnitius et Calvin l’admettent, et enseignent qu’elle vient de Dieu, comme nous l’avons montré plus haut. à cet argument, Calvin répond (livre 4, chapitre 15, verset 4) que ce qui se produit dans l’absolution ne peut pas être séparé du baptême. Car, le pouvoir des clefs ne peut pas être mis en œuvre sans la prédication de l’évangile, par laquelle nous annonçons aux impies qu’ils sont purifiés par le sang du Christ. Le signe et le témoignage de ce lavage n’est nul autre que le baptême. Voilà pourquoi le signe de chacune de ces deux paroles (je te baptise et je t’absous) est un seul et même signe, et non deux signes différents.

Mais, il est facile de réfuter cette réponse. Car, quoi qu’il en soit du signe matériel, la parole du baptême est certainement différente de celle de la pénitence. Calvin ne peut pas le nier. Et comme la parole est la partie principale du sacrement, il s’ensuit nécessairement que sont différents les sacrements qui ont des paroles différentes. Et quoi encore ? Que des paroles différentes exigent des signes matériels différents. Car, le signe matériel est comme une parole visible, et il doit offrir aux sens la même chose que ce que présente la parole. Ce que nos adversaires ne nient pas non plus. En effet, au mot je te baptise qui est prononcé pendant le lavement, est correctement adjoint un rite baptismal par l’eau. Car, l’action de laver offre aux yeux la même chose que le mot baptême offre aux oreilles. Et le verbe je t’absous, qui ne vient pas de l’ablution des saletés mais de la libération des liens, ne convient pas au rite de l’ablution. Le baptême ne peut donc pas être le signe externe de la réconciliation faite par la pénitence, parce que la parole et l’élément doivent contenir et exprimer la même similitude.

Et même si toute notre justification dépend de la vertu du sang du Christ, cependant le même sang du Christ est appelé lavement, rançon, et coupe. Et c’est pour cela que c’est par des signes différents que son effet peut être représenté et que sa vertu peut être appliquée : par le baptême, en tant que lavement, par l’absolution en tant que prix, par l’eucharistie, en tant que coupe. Et comme l’eucharistie n’est pas considérée par les adversaires comme le même sacrifice que le baptême, il ne faut pas, non plus, confondre le rite de l’absolution avec celui du baptême, même si tous ces signes et témoignages sont le sang du Christ pour nous répandu, par la vertu duquel nous sommes lavés, absous, et abreuvés.

Troisièmement. La diversité des ministres atteste la diversité des sacrements. Il appert qu’est valide un baptême administré par un non prêtre. Car, dans les Actes des apôtres, chapitre 8, on lit que le diacre Philippe baptisait. Dans les Actes 9, Ananie, qui n’était pas diacre, mais un simple laïc, a baptisé saint Paul. Car, cela s’est passé la première année après la passion du Christ, où il n’y avait que sept diacres ordonnés par les apôtres. Et Ruffin (livre 19, chapitre 14), écrit qu’un vrai baptême a eu lieu quand Athanase, laïc et encore enfant, l’avait administré à des enfants de son âge. Mais en ce qui a trait à la réconciliation de la pénitence, nous savons très bien qu’elle fut toujours le propre des évêques ou des prêtres. Et personne ne doute que si un laïc avait donné l’absolution à un pécheur, elle aurait été nulle et non avenue. Ce dont nous parlerons en son lieu.

Quatrièmement. Si le baptême était le sacrement de pénitence, et s’il pouvait contresigner (comme parlent nos adversaires) en étant répété par la pensée et la mémoire, à chaque fois qu’on a besoin de la promesse de la réconciliation, il s’ensuivrait qu’on ne devrait baptiser que les adultes, comme nous voyons faire les Anabaptistes, que réprouvent les luthériens autant que les calvinistes. Car, autrement, la justification serait incertaine, puisqu’elle dépendrait du témoignage des hommes. Car aucun de ceux qui ont été baptisés dans leur enfance, ne peut, quand il devient adolescent ou adulte, se souvenir d’avoir été baptisé. Il sera donc forcé de s’en remettre aux paroles d’autrui. Comment peuvent-ils soutenir en même temps que telle personne a reçu le sacrement qui rend les hommes certains de leur propre justification, quand cette même personne a été forcée d’être incertaine de l’avoir reçu, lorsqu’ elle a été baptisée à sa naissance ?

Cinquièmement. Si le baptême valait pour effacer non seulement les péchés passés, mais aussi pour les futurs, je pose donc la question : à quel moment efface-t-il les péchés futurs. Est-ce quand on le reçoit, ou plus tard, quand on le rappelle à sa mémoire ? Si c’est dès qu’on le reçoit qu’il efface tous les péchés futurs jusqu’à la fin de la vie, il s’ensuit une incroyable absurdité, à savoir que les péchés sont remis avant d’avoir été commis, qu’aucun péché commis après le baptême ne peut nuire à un homme baptisé, et que tous ceux qui ont été baptisés, catholiques ou hérétiques, doivent nécessairement être sauvés. Or, le baptême que nous donnons aux enfants, les luthériens et les calvinistes le considèrent valide et salutaire.

S’ils disent que les péchés commis après le baptême ne sont pas effacés avant d’avoir été commis, mais qu’ils sont purgés quand, par la foi et la pénitence, le pécheur retourne à l’alliance du baptême par la pensée et le souvenir, il s’ensuit une double absurdité. La justification sera incertaine, comme nous l’avons dit un peu avant, puisqu’elle dépend du témoignage des hommes. Et par le même raisonnement, on enlève la communion fréquente, car, pourrait suffire le souvenir d’une nourriture spirituelle qu’on a goutée à un certain temps, comme suffit le souvenir d’un lavement reçu à un certain temps. Or, s’il est ridicule d’affirmer que le simple souvenir d’une nourriture puisse rassasier autant que la nourriture réelle, ce n’est pas moins ridicule de soutenir que le simple souvenir d’un lavement puisse avoir le même effet que le lavement réel.

CHAPITRE 14

On répond à des objections

Mais il faut réfuter les arguments de nos adversaires. Et, parce que, dans le livre sur le baptême, (au chapitre 18), nous avons réfuté les arguments de Luther, de Calvin et de Kemnitius, je ne réfuterai que ceux que Calvin a ajoutés au livre 4, (chapitre 19, verset 17), où il dispute explicitement du sacrement de pénitence. Voici donc comment il argumente : le baptême n’est pas détruit par le péché. Il pourra donc être utile pendant toute la vie, s’il est rappelé à la mémoire par le pécheur à toutes les fois qu’il pense à la rémission des péchés : « Comme si le baptême était détruit par le péché, et ne devait pas plutôt être rappelé à la mémoire du pécheur, à toutes les fois qu’il pense à la rémission des péchés, pour qu’il reprenne ses sens, revienne à lui, et confirme sa foi. »

Je réponds qu’il y a beaucoup de choses dans le baptême. La première : l’action de l’ablution qui, avec, la parole fait proprement le sacrement. Et cette chose ne demeure pas, mais disparait au moment même où on la fait. Mais la grâce de régénération et de rénovation, qui est acquise par le baptême, demeure dans l’âme, tant qu’elle n’est pas expulsée par un péché mortel. Car, ceux qui pèchent après le baptême cessent d’être des fils de Dieu, des héritiers du royaume, et commencent à être des membres du démon, et à appartenir à la géhenne. Ce qui est clairement enseigné dans l’écriture.

La troisième. Le caractère spirituel. Celui-là il demeure toujours, et ne peut être aboli par aucun péché, et c’est pour cette raison qu’on ne peut réitérer le sacrement du baptême. Ce caractère, Calvin ne l’admet pas, et le caractère n’est pas un signe externe et visible, joint à une parole, qui effectue proprement le sacrement. Et c’est pour cela que le baptême demeure toujours dans son effet. Il ne possède cependant par la vertu de confirmer la promesse par le moyen d’un signe sensible, et il ne peut pas non plus, pour employer leur langage, la contresigner.

Ils diront peut-être que l’action visible et externe du baptême demeure toujours, non elle-même, mais dans l’esprit et la pensée du baptisé. Mais cela ne suffit pas pour pouvoir dire que le sacrement du baptême demeure. Et, si cela suffisait, la manducation du l’eucharistie faite une fois demeurerait toujours. On n’aurait donc aucune raison valable de la réitérer.

Deuxièmement. Calvin amène un témoignage de saint Jérôme : « En enseignant sévèrement et improprement que sont privés du baptême ceux qui ont mérité d’être excommuniés par l’église, il a entraîné de bons interprètes dans son impiété. » Je réponds que l’image de la planche du salut après le naufrage que saint Jérôme a utilisée en tant d’endroits, montre assez clairement que Calvin se trompe de toute la grandeur du ciel et de la mer. Car, ces planches ou épaves qui s’offrent pour la conservation de la vie, n’ont pas coutume de servir pour retourner à un bateau qu’on sait être détruit ou englouti. Mais, pour, d’une certaine façon, même si c’es difficilement et très péniblement, pouvoir regagner la rive. C’est ainsi que saint Jérôme explique sa comparaison à Sabianus : « S’il ne veut pas faire pénitence, et si, après la destruction de son navire, il ne retient pas la planche ou l’épave qui peut le sauver, je suis forcé de dire etc. »

Troisièmement. Du témoignage de l’écriture et de l’ancienne église, il tire l’argument suivant : « Tu parleras correctement si tu appelles baptême le sacrement de pénitence, puisque, à ceux qui méditent la pénitence, il est donné comme une confirmation de la grâce et un sceau de la foi. Ne va pas penser que cette explication vient de moi, car, en plus d’être conforme aux paroles de l’écriture, elle était enseignée partout dans l’église ancienne à l’instar d’un axiome évident. Car, (dans son livre sur la foi à Pierre) que saint Augustin a écrit, il parle d’un sacrement de pénitence et de foi. Et pourquoi chercher refuge dans ces choses incertaines, puisqu’on ne peut rien trouver de plus clair que ce raconte l’évangéliste de la prédication, faite par le Baptiste, sur le baptême de pénitence pour la rémission des péchés. »

Je réponds qu’avant le baptême, la pénitence est nécessaire, et qu’il en faut une autre avant la réconciliation qui est donnée après le baptême. Ce que nul ne peut nier, car, au sujet de la première, nous lisons, (Actes 11) : « Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé. » Au sujet de l’autre, (Actes 8) : « Fais pénitence pour ton iniquité. » C’est ce que Pierre dit à Simon le magicien qui avait déjà été baptisé. Calvin devait donc prouver que le baptême est donné en sceau de la foi, à ceux qui, après le baptême, méditent sur la pénitence; et que c’est cette pénitence qui se fait après le baptême, qui est appelé sacrement. Comme il ne l’a pas fait, il n’a rien fait.

Car, (dans le livre de la foi à Pierre, chapitre 30), le baptême est appelé sacrement de foi et de pénitence, il est vrai, mais non de n’importe laquelle, de celle qui doit être faite avant le baptême. Et, dans l’évangile de Marc, (chapitre 1) et de Luc (chapitre 3), c’est le baptême de Jean, non celui du Christ, qui est appelé baptême de pénitence. Et ce n’est pas non plus parce qu’il remettait les péchés que le baptême que prêchait le Baptiste était appelé baptême de pénitence en rémission des péchés, mais parce qu’il incitait à la pénitence, et qu’obtenaient la rémission des péchés ceux qui faisaient cette pénitence.

En résumé, le baptême de Jean enfantait la pénitence, et la pénitence, la rémission. Le baptême du Christ n’enfante pas la pénitence, mais il purge les péchés de ceux qui ont été préparés par la pénitence. Ce sont eux qu’il rénove et régénère. Et voilà pourquoi, dans l’écriture, le baptême de Jean est souvent appelé un baptême de pénitence : parce qu’il invitait à la pénitence (Matt 3, Marc 1, Luc 3, Actes 13 et 19). Le baptême du Christ n’est pas un baptême de pénitence, mais un bain de régénération et de rénovation, comme il est appelé dans Tite (3), éphésiens (V). Voir plusieurs développements sur ce sujet dans le livre sur le baptême, chapitre 23.

CHAPITRE 15

Les parties essentielles du sacrement de pénitence

Nous avons montré jusqu’à présent que la pénitence est un sacrement proprement dit, et distinct du sacrement du baptême. Nous commençons maintenant à disputer des parties essentielles du sacrement de pénitence. On a coutume de diviser le sacrement de pénitence de trois façons. Une première qui se tire de l’essence, qui consiste en deux parties, la matière et la forme, c’est-à-dire les actes de pénitent et l’absolution du prêtre. La deuxième, qui se tire de la matière, qui comprend trois parties : la contrition, la confession et la satisfaction. La troisième, qui se tire du rite, qui est aussi trimembriste : une est la pénitence privée, une autre publique, et une autre qui est solennelle ou non solennelle. De ces trois catégories nous allons parler brièvement et en général. Ensuite, dans les livres qui suivront nous disserterons des controverses qui naissent de l’une et de l’autre de ces catégories.

En ce qui a trait aux parties essentielles de ce sacrement, ce qui convient de dire d’abord et avant tout, c’est que la parole de l’absolution appartient à l’essence de ce sacrement. Car, sans aucun doute, elle est le signe et la cause de la rémission des péchés. Et même si, selon l’usage de l’église que tous sont tenus de conserver, l’absolution est contenue dans les mot suivants : je t’absous de tes péchés, il ne manquerait cependant rien à l’essence de ce sacrement si la même idée était formulée autrement : je te remets tes péchés, ou tes péchés te sont remis. Et il ne peut pas être question d’une matière dite éloignée, car il est évident que les péchés ou l’homme pécheur sont une matière éloignée de ce sacrement, quand l’absolution est employée par un prêtre pour soigner un homme pécheur. Mais ni le péché ni le pécheur ne peut être appelé la matière avec laquelle, comme d’une autre partie, le sacrement obtient sa perfection, mais plutôt une matière sur laquelle le sacrement opère. Exemple. Une maladie corporelle ou un malade ne fait pas partie de ce avec quoi est fabriqué un médicament; elle est ou il est ce sur quoi le médicament exerce sa vertu.

La question est donc : est-ce que, après l’absolution, il y a quelque chose d’autre qui semble appartenir à la notion et à l’essence de ce sacrement ? On trouve, là-dessus, quatre sentences différentes. La première est que seule l’absolution constitue l’essence de ce sacrement. Parmi les théologiens catholiques, c’est ce que Scot a enseigné (4 sent dist 14, question 4, et dist 16, question 1), ainsi que ceux qui l’ont suivi, comme Guillaume d’Okam, Jean Major, Jacob Almayn, etc. Adoptent cette sentence quelques hérétiques de notre siècle, comme Illyricus (apologie de la confession d’Antuerpiens, chapitre 18), et Kemnitius (2 par examen, page 903).

Mais nos hérétiques diffèrent en deux choses des théologiens catholiques ci-haut cités. La première : les hérétiques n’admettent pas que la pénitence soit un sacrement, sauf peut-être imparfait et improprement dit, puisque, d’après eux, il ne consiste que d’une parole sans élément. Ensuite, même si Scot et ceux qui l’ont suivi, niaient que la confession soit une partie essentielle du sacrement, il ne niait pas, cependant, qu’elle soit nécessaire, ni qu’elle ait été instituée par le Christ, ce que Kemnitius, Illyricus et les autres sectaires nient. Ajoutons que Scot et les autres docteurs catholiques ont vécu avant les conciles qui ont expliqué ces choses avec plus de précision; et que s’ils avaient vécu de nos jours, ils auraient accepté la décision et la sentence du concile de l’église.

L’autre sentence est de ceux qui veulent qu’en plus de la parole de l’absolution, un rite visible soit employé par le ministre, pour que l’essence de ce sacrement soit accomplie intégralement, même s’ils n’expliquent pas suffisamment en quoi consiste ce rite. Philippe Melanchton (dans son apologie de la confession d’Augsbourg, art 13, sur l’usage et le nombre des sacrements), se déclare l’auteur de cette sentence. Car, il écrit que le baptême, l’eucharistie et l’absolution sont de vrais sacrements, puisqu’ils ont un rite avec une promesse. Et, au même endroit, il distingue le rite de la parole : « Dieu meut les cœurs par la parole et par le rite. Comme la parole pénètre dans les oreilles pour frapper le cœur, de la même façon le rite pénètre dans les yeux pour mouvoir les cœurs » Et plus bas : « Le rite est reçu par les yeux, et il est comme une peinture de la parole, signifiant la même chose qu’elle. Voilà. L’effet de l’un et de l’autre est le même.

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