Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 28)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Mais laissons-là Érasme, et venons-en à Luther. Écrivant contre Jacques Latomum, il dit : « Mon âme déteste le mot consubstantiel ». Que penserait-il d’autre, que dirait d’autre Arius s’il sortait de l’enfer ? Car toute cette tragédie qui a, pendant tant d’années, déchiré et dévasté l’Église, a été provoquée par ce seul mot. Les pères catholiques, par leurs livres et leurs conciles, ne s’évertuèrent à rien d’autre qu’à établir la doctrine qui enseignait que le Fils est égal en nature au Père (consubstantiel). Les hérétiques, par contre, ne cherchèrent rien d’autre par leurs conciliabules, le feu, le fer, les armes et les armées, que d’abolir ce mot.

Mais écoutons la calomnie inouïe et le mensonge de ce même Luther. Dans ce même livre contre Latomum, il affirme que ce mot déplaisait si fort à saint Jérôme, qu’il y soupçonnait un venin caché. Nous ne pensons pas que Luther ait avancé cela par ignorance ou par un lapsus, car il répète la même accusation dans les mêmes mots dans son livre sur les conciles : « Profondément troublé, Jérôme écrivait des lettres lamentables à Damase, évêque de Rome, dans lesquelles il déclarait vouloir éliminer le mot consubstantiel ». Que faire à des hommes qui ne cherchent à défendre leurs causes que par la fraude et le mensonge ? Car dans la lettre à laquelle Luther nous renvoie, ce n’est pas dans le mot consubstantiel mais dans le mot hypostase que saint Jérôme voit un venin caché. Ce mot, en effet, est ambigu, car il peut signifier aussi bien la substance que la personne. Saint Jérôme était très loin de redouter le mot consubstantiel. Sa seule crainte était qu’en utilisant le mot hypostase, les ariens nous accusent d’enseigner trois natures en Dieu. Et cela est si vrai que saint Jérôme conclut cette lettre en ces mots : « Je supplie ta béatitude, par la croix salvifique, par la trinité consubstantielle, de m’autoriser par ses lettres à dire le mot hypostase ou à le taire. »

Et que dire si ce n’est pas seulement le mot consubstantiel, mais le mot trinité lui-même qui déplaisait à Luther ? Des livres de prières allemands, il a enlevé l’invocation suivante : « Sainte Trinité, un seul Dieu, ayez pitié de nous ! » Et que dire si Luther ne favorise pas seulement Arius, mais même Nestorius et Eutychès ? Dans son sermon sur la naissance du Seigneur, il enseigne que ce sont des ignorants qui ont fait du Christ un homme tout-puissant. Ne pas être un homme tout-puissant qu’est-ce d’autre, pour le Christ que ne pas être un homme Dieu, mais d’avoir deux personnes, comme l’hérésiarque Nestorius l’a prêché ? Dans son livre vrai sur les conciles, part 2, il dit : « Un peu auparavant, j’ai eu affaire avec des Nestoriens, qui discutèrent âprement avec moi. Ils soutenaient que la divinité du Christ ne pouvait pas souffrir. » Et, un peu plus bas : « Il faut dire que c’est cet homme Christ, cette chair et ce sang, qui a créé le ciel et la terre ». Les noms de divinité et de chair sont certainement des noms qui se rapportent aux natures, non aux personnes. Si donc, pour Luther, la divinité souffre et la chair crée le ciel et la terre, qui ne voit que, comme Eutychès, Luther confond les natures ?

Pour investiguer plus profondément la ressemblance qu’il y a entre sa pensée et celles des deux grands hérésiarques, voyons ce qu’il ajoute dans ce même livre des conciles. Il prétend que Nestorius et Eutychès ne se sont trompés que par ignorance, et dans leur seule façon de s’exprimer. Car il attribue à chacun d’eux un bon zèle, une âme sincère, et une foi droite. Il rend les évêques catholiques, saint Léon et saint Cyrille responsables de tout le tumulte, de toutes les tragédies qui ont éclaté à cette époque. Et il alla si loin qu’il a osé dire qu’il craignait que, au jugement général de la fin des temps, les hérétiques ne siègent comme juges, et que périssent éternellement les évêques qui les avaient condamnés dans les conciles. Il n’affirme quand même pas ouvertement que Nestorius et Eutychès jugeront avec le Christ, et que saint Cyrille et saint Léon périront éternellement. Je n’ai pas à faire un commentaire pesant sur ces déclarations, car elles parlent suffisamment par elles-mêmes. Je n’ajouterai qu’une seule chose. Si le zèle de Nestorius était si bon, et son âme si sincère, pourquoi, de son vivant, des vers envoyés par le ciel ont-ils si horriblement rongé toute sa langue ?

Passons à Mélanchton. Dans les lieux communs, folio 8, il dit : « Il est nécessaire qu’il y ait, dans le Fils, quelque chose de la nature divine ». Et au folio 10 : « Il est nécessaire qu’il y ait dans le Christ, une certaine nature divine ». Et dans les « lieux » de l’année 45, folio 35, parlant du Saint Esprit : « Dieu atteste, par Joël, que ce qui a été envoyé n’est pas une agitation créée, mais quelque chose de l’essence de Dieu. Il est nécessaire que soit distinct ce qui est quelque chose de Dieu, mais cependant, ce n’est pas le Père ». Pour Philippe, donc, ou les natures divines sont nombreuses (et les nouveaux trithéistes ont ce qu’ils veulent), ou il y a plusieurs parties de la nature divine (ce qui est une hérésie ancienne plus absurde que celle d’Arius). Saint Augustin l’avait ainsi décrite dans son livre sur les hérésies, chap 74 : « Il y a une autre hérésie qui affirme que Dieu est triforme, une partie étant le Père, une le Fils et l’autre le Saint Esprit ». Et dans les « lieux » de la même année 45, Philippe dit : « La nature divine n’a été ni blessée ni morte, mais elle obéit au Père, se reposa, et céda à la colère éternelle du Père ». Que peut-on dire de plus clair pour l’hérésie arienne ? Car si la nature divine du fils obéit au Père, la nature du Père et celle du Fils ne sont certes pas une seule et même nature; le Fils de Dieu n’est pas égal au Dieu Père. Il faut bien le reconnaître : les nouveaux ariens ne peuvent entendre rien de plus réjouissant.

Et maintenant, si le cœur vous en dit, examinons les écrits de Calvin. Dans son livre contre Gentilis, quand il réfute la dixième proposition, il ne craint pas de concéder à Valentin que le nom de Dieu par excellence ne s’applique qu’au seul Père. Or, si le Père est le seul à être le Dieu par excellence, comment n’est-il pas plus grand que le Fils ? Il affirme de nouveau, au même endroit, que n’est pas contraire à la vérité la proposition de Gentilis, selon laquelle c’est parce qu’il l’a voulu que Dieu a eu la force d’engendrer le Fils et d’insuffler l’Esprit Saint. Ce n’est pas une chose absurde de dire que le Père a engendré le Fils en le voulant, mais ce l’est de dire qu’il l’a engendré parce qu’il l’a voulu. Ou, ce qui est plus absurde encore, il a eu la force de l’engendrer parce qu’il l’a voulu. Quel homme sain d’esprit dirait cela ? Car si Dieu a engendré son Fils parce qu’il l’a voulu, il ne l’a donc pas engendré nécessairement. Il n’est donc pas le Fils égal du Père. Car, comme pourrait-il se faire que celui qui pouvait ne pas être, soit égal à celui qui existe toujours nécessairement ?

Et que dire de ce que, dans le même livre, le même Calvin dit : « En raison de sa personne, le Fils ne peut être appelé créateur du ciel et de la terre qu’improprement; seule le Père l’est proprement. Qu’est-ce autre chose cela que de réduire le Christ au rang des choses créées ? Est-ce défendre et promouvoir la foi ou approuver l’erreur et prévariquer ? Est-ce combattre les hérétiques ou jouer et s’amuser avec eux ? Et que dire de ce que, au même endroit, il appelle impropre et dure la parole du concile de Nicée : « Dieu de Dieu, lumière de lumière ». Car, c’est avec ces mots que saint Athanase réprimanda autrefois Arius : « Proprement Fils, proprement Dieu de Dieu, lumière de lumière ». Et dans son livre des institutions 2, chap 14, il s’efforce d’appliquer à l’une et à l’autre nature du Christ, la divine et l’humaine, ces paroles de saint Paul : « Alors, le Fils aussi sera soumis à celui qui s’est soumis toutes choses ». Il n’a pas pu ou n’a pas voulu reconnaître que la nature divine du Fils ne peut pas être soumise à Dieu le Père, à moins qu’on ne la conçoive comme une nature distincte de celle du Père, et de loin inférieure à Lui, et donc une chose créée. Calvin a expliqué d’une façon hérétique tant de passages des Écritures comme « le Père et moi nous sommes un », que les nouveaux disciples de Paul de Samosate, lors d’un débat public sur le sens de ce passage, ne crurent pas pouvoir faire mieux que de le prendre comme juge.

Il reste beaucoup de choses à dire, mais comme je désire faire bref, je me contenterai d’indiquer les erreurs des autres, plutôt que de les commenter. Henri Bullingerum, le successeur de Zwingli, n’a pas eu honte d’écrire dans son livre sur l’autorité de l’Écriture et de l’Église qu’il y a trois personnes dans la divinité, mais qu’elles sont différentes les unes des autres non par le statut, mais par le degré, non par la subsistance, mais par la forme, non par la puissance mais par l’espèce. Il est tout à fait certain que les ariens eux-mêmes n’ont jamais osé dire que les personnes divines différaient par le degré, la forme et l’espèce.

Petrus Melius, celui-là même qui, en Transylvanie a, pendant dix jours entiers, débattu publiquement pour Luther contre Blandratam et Francis David, a dit, dans sa huitième intervention : « L’Écriture distingue le Fils de Dieu du fils de l’homme ». Et ensuite : « Le Fils qui est égal au Père se distingue de celui qui n’est pas égal au Père. » C’est ce que Théodore de Bèze semble confirmer autant dans ce qu’il a dit contre Brentium sur la toute puissance de la chair du Christ, que dans ce qu’il a dit contre André Jacob sur l’union hypostatique des deux natures dans le Christ. Il enseigne là ouvertement qu’il y a deux unions hypostatiques dans le Christ, une de la chair avec l’âme, et l’autre de Dieu avec l’homme. Qu’est-ce autre chose que de rappeler des enfers un Nestorius déjà enseveli ?

Stanislaus Sarnicius que Calvin comble de louanges dans ses lettres aux Polonais, a affirmé ouvertement dans un colloque public, et a ordonné qu’on écrive que seule la nature divine était pontife et prêtre; et qu’on enseigne que c’est pour cette raison, c’est-à-dire à cause de cette fonction, que le Fils était inférieur au Père, même dans sa nature divine. Ces paroles on les retrouve telles quelles dans le sermon que saint Augustin a prononcé contre les ariens, à la proposition 33. Il y a de quoi s’étonner, car, alors que les calvinistes disent qu’ils combattent les nouveaux ariens, ils empruntent les mots et les phrases des anciens ariens.

Jacobus Sheckius dans son livre contre les trithéistes, défend la foi si vaillamment qu’il ne veut même pas qu’on dise qu’il y a trois hypostases en Dieu, mais une seule avec trois puissances. Or, cela ce n’est pas vaincre les ariens, mais être vaincu et mis en déroute par les sabelliens. Jean Wigandus, dans son livre contre les nouveaux ariens, approuve et défend l’enseignement de Luther voulant que, en Dieu, l’essence engendre et soit engendrée. Il s’ensuit nécessairement de cette proposition, qu’autre est la nature du Père, et autre la nature du Fils, puisque rien ne peut s’engendrer lui-même, et que rien ne peut être engendré par soi-même.

Que dirai-je de Brentius, de Schimedelinus, de Kemnitius, et des autres, de tous ceux qui confondent la chair du Christ avec sa divinité, en lui attribuent la toute puissance, l’omniprésence, et tous les attributs divins ? Que dirai-je de Stancarus et de ses disciples, qui réfèrent la fonction de médiateur au seul homme Christ ? Distinguant ainsi deux personnes dans le Christ, ne sont-ils pas en train de passer dans le camp de Nestorius ? Que dire ensuite des Tiguriens, des ministres genevois, qui foncent sur Stancarum avec une telle ardeur qu’ils mènent tout droit leur bateau sur un écueil plus redoutable encore ? Car, en attribuant à chaque nature du Christ le rôle de médiateur, ils distinguent la nature du Fils de celle du Père, et en font, comme les ariens, une créature.

Les choses étant ce qu’elles sont, tu vois, je pense, lecteur, que n’ont pas pensé autrement que Sabellius, Arius, Nestorius et Eutychès Servet, Gentilis, Blandratam et les autres qui déclarent combattre et pourchasser les nouveaux ariens. Ainsi qu’ Érasme, Luther, Philippe, Calvin, Bulligerum, Martirem, Brentium, Bèze, Sarnicium, Schckium, Wigandum et tous les autres qui vocifèrent qu’ils haïssent et détestent les nouveaux ariens. S’ils les détestaient vraiment et de toute leur âme, ils ne pourraient pas ne pas exécrer leurs doctrines. Ils ne peuvent donc pas nier que non seulement ils ont donné à leurs adeptes une occasion d’entrer dans les camps des ariens, mais qu’ils leur ont ouvert la porte toute grande. Car, que répondront les luthériens et les calvinistes, si les trithéistes les interpellent ainsi : pourquoi poursuivez-vous avec tant de fureur vos parents dans nos fils ? Pourquoi persécutez-vous avec le fer et le sang ceux que vous avez engendrés ? Pourquoi recueillez-vous en maugréant les fruits de votre évangile ? Aucun de nous ne vient des papistes. Mais c’est des luthériens et des calvinistes que nous provenons tous, tant que nous sommes. C’est de vous, non des papistes, que nous avons appris qu’il ne fallait croire rien d’autre que ce qui est expressément écrit dans l’Écriture. Parce que nous ne voyons par les mots consubstantiel, trinité, essence, personne, relation, propriétés, nous sommes donc forcées de les rejeter tous. C’est de vous que nous avons appris qu’il ne faut accepter le jugement ni des pères, ni des conciles, ni de toute l’Église, mais du seul Esprit. C’est cela que l’Esprit saint nous dicte, et nous ne pouvons, en conscience, croire ou dire autre chose. C’est de vous que nous avons appris que le pape est l’antichrist, que les évêques, les moines et les papistes sont tous des membres de l’antichrist. Qui pense que l’antichrist croit dans le vrai Christ? Le vrai Christ peut-il être prêché par l’antichrist ? Si nous voulons être conséquents avec nous-mêmes, il nous faut donc chercher un autre Christ. C’est de vous, non des papistes, que nous avons appris que la divinité du Fils doit obéir au Père, qu’elle peut se sacrifier, souffrir, et mourir, et un grand nombre ce choses du même genre. C’est donc de vous seuls que nous avons appris tout ce que nous enseignons. Que répondront à cela les luthériens ? Laissons-leur le temps d’y penser. Mais nous, nous efforcerons à bien présenter nos doctrines, pour que, avec l’aide de Dieu, nous détruisions ces dogmes horribles et blasphématoires, qui minent à la base la foi chrétienne, et qui ouvrent la voie au mahométisme.

3 mai

L’ordre que nous suivrons dans la dispute sur le Christ.

Elle comporte cinq parties. La première : la divinité du Christ. La seconde : la distinction personnelle d’avec le Père et le Saint-Esprit. La troisième : l’incarnation du Seigneur. La quatrième : son âme. La cinquième : son rôle de médiateur.

La première question. Le Christ est-il numériquement un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit ? C’est la première et la plus importante de toutes les questions qu’on pose sur le Christ. Elle aura six parties. Dans la première, nous expliquerons la doctrine des nouveaux ariens qui suivent Servet. Dans la deuxième, nous expliquerons la doctrine de ceux qui suivent Valentin Gentilis. Dans la troisième, nous prouverons que la divinité est numériquement une, ou qu’il n’y a qu’un seul vrai Dieu. Dans la quatrième, nous expliquerons que Jésus est ce vrai Dieu. Dans la cinquième, nous expliquerons que le Saint-Esprit est ce vrai Dieu. Puisque tous reconnaissent que le Père est le vrai Dieu, il s’ensuit donc que le Christ est numériquement un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. En sixième lieu, on résoudra les objections des adversaires.

CHAPITRE 1 : Explication de la doctrine des nouveaux samosatiens

Comme nous l’avons déjà dit, le fondateur des nouveaux samosatiens a été Michel Servet, qui commença à se faire connaître en 1532, selon ce que rapporte Surius. Il a été brûlé vif à Genève en 1532. Ses disciples ont, pour la plupart, établi leur siège en Transylvanie. Les principaux d’entre eux étaient Georges Blandrata, qui vit encore, et François David qui a été condamné à la prison perpétuelle, parce qu’il avait dit qu’il ne fallait pas invoquer le Christ, et que le Christ ne prenait pas soin de l’Église. Peu après il se mit à délirer, et, .deux ans après son incarcération, il s’est éteint.

La doctrine de Servet est tripartite, et se compose de trois hérésies anciennes. Il enseigne, d’abord, qu’il n’y a pas de distinction personnelle en Dieu. C’est ce qu’il dit dans son livre 5 sur la trinité, page 189, et dans la réponse à l’article 1, et dans les ministres transylvains livre 2, chapitre 4. Et c’est ce qu’enseignèrent autrefois Hermogènes, Praxéas, Noetus, Sabellius. C’est d’eux que se souvient saint Augustin dans son livre 1 sur les hérésies, chap 41. Et ensuite Paul de Samosate et Photin, d’après saint Hilaire, dans son livre sur les synodes. Il dit ensuite qu’avant l’Incarnation, le Christ n’existait que dans la pensée de Dieu, sous forme d’idée. C’est ce qu’il a enseigné dans son livre 3 sur la trinité, page 92, et dans les ministres hongrois, livre 2, chapitre 3. Et c’est ce qu’autrefois avaient enseigné Ébion et Cérinthe, d’après saint Irénée, livre 1, chapitres 25 et 26; et ensuite Paul de Samosate et Photin, selon saint Augustin dans les hérésies 44 et 45. En troisième lieu, il enseigne qu’au Christ homme, Dieu a communiqué la divinité non par une génération éternelle, mais par une onction de grâces et une inhabitation; que l’on peut donner au Christ le nom de Dieu, mais d’un dieu fait et temporel, non éternel, C’est ce qu’ont enseigné ses disciples Blandrata dispute 6, Albana et les ministres, livre 2, chapitre 7. Et c’est qu’a enseigné aussi autrefois Nestorius d’après Théodoret, livre 4 sur les hérésies.

Sont d’accord sur toutes ces choses tous les nouveaux samosatiens; mais c’est l’invocation à Jésus-Christ qui les sépare. Et ils sont divisés comme entre six sectes. Car François David et plusieurs ministres hongrois enseignent qu’il ne faut pas invoquer Jésus-Christ, mais seulement le Père qui est le seul vrai Dieu, et qui est le seul à prendre soin de l’Église. J’ai en main des thèses de François David sur ce sujet, et sa réponse aux raisons de Faustus Socini, qui avait réfuté ses thèses. Dans sa réfutation, le même Faustus affirme qu’on peut invoquer le Christ dans des prières, mais qu’on agit avec plus de perfection si on s’adresse directement au Père.

Ensuite, Georgius Brandrata dans ses thèses, et les ministres polonais dans le jugement qu’ils portèrent sur la cause de François David, enseignent que non seulement on peut invoquer le Christ, mais qu’on doit l’invoquer; et que ce n’est pas une imperfection de se réfugier en lui. Cette dissension entre eux arrive à point nommé, non seulement parce que, comme le dit saint Hilaire, la guerre entre les hérétiques est la paix de l’Église, mais aussi parce que chacun des camps fut mis dans de cruels embarras. Car ceux qui enseignent qu’il faut invoquer le Christ présentent cinquante témoignages de l’Écriture que rejettent leurs adversaires. Ceux qui soutiennent qu’on ne peut pas invoquer le Christ démontrent avec un argument à l’emporte pièce, que leurs adversaires bataillent contre eux-mêmes, eux qui n’acceptent pas d’adorer les saints parce qu’ils ne sont pas de vrais dieux, mais qui ont la volonté d’adorer un Christ qu’ils affirment ne pas être le vrai Dieu.

CHAPITRE 2 : On explique la doctrine des nouveaux ariens

Le second. La doctrine de Valentin Gentilis et des autres qui furent ses compagnons ou ses disciples, enseigne trois choses. Elle déclare d’abord qu’il y a trois esprits éternels, le Père, le Fils et le Saint Esprit, numériquement différents par l’essence. C’est ce qu’enseigne Gentilis dans la prothèse 20, et c’est que rapporte Benedictus Arelius au commencement du récit du supplice de Valentin Gentilis. Et c’est ce qu’enseignait autrefois Peratarum, d’après Théodoret au livre 1, chap 18 de son livre sur les hérésies. Voici ce qu’ils disaient ceux-là : « la trinité est trois dieux, trois esprits » etc. Ce fut aussi l’enseignement de Jean Philipponi, comme le rapportent Suidas et Nicéphore (livre 18, chap 48 de son histoire), lequel précise que Philippon est décédé au temps de l’empereur Phocas, en 604 environ.

C’est le même qui parle d’un certain Gallus, au temps de saint Anselme (1090) contre lequel saint Anselme a écrit dans son livre sur l’incarnation du Verbe. Autour de l’année 1190, un abbé Joachim semble avoir enseigné que les trois personnes en Dieu n’étaient pas une seule chose, ou une seule essence numériquement, mais seulement par association, comme on dit que plusieurs fidèles sont une seule Église. C’est ce qu’on trouve dans le concile du Latran sous Innocent 111, chapitre 2. De plus, au témoignage de Bernard du Luxembourg, Raimond Lulle, en 1260, a enseigné que les trois personnes étaient trois essences. En second lieu, Gentilis et les siens ont enseigné que les trois personnes n’étaient pas égales, mais que le Père était de loin plus grand que les autres. Car c’est qui lui donne l’essence, et les autres la reçoivent de lui. C’est ce qu’enseignait Gentilis dans son livre antidote, antidote 3, folio 26, où il dit que c’est le propre du Père d’être appelé unique et seul Dieu. Voyez la même chose dans les prothèses 8, 10, 22, 24, 38 et 40.

Les nouveaux trithéistes descendent donc d’Arius en passant par Philippon. Car Arius fut le primer à enseigner que le Fils est inférieur au Père, d’après Épiphane, hérésie 69. Arius a fait son apparition environ en 324, au témoignage de Théodoret dans le livre 4 de son livre sur les hérésies. Troisièmement, ils enseignèrent ensuite que le Fils de Dieu n’avait pas été créé à partir de rien, qu’il n’avait pas été engendré dans le temps, mais éternellement, et de la substance du Père. C’est ce qu’enseigne Gentilis dans les prothèses 11 et 24. Et ce qu’enseignèrent les ariens récents. Car, comme le rapporte saint Augustin, au livre 6, chapitre 1 de la trinité, les ariens qui vinrent après Arius concédèrent que le Fils était éternel, même si Arius avait enseigné le contraire. Voilà pourquoi même un Maximin, d’après saint Augustin au livre 1, confesse que le Fils n’a pas été engendré du néant mais de la substance du Père, selon l’enseignement du concile d’Ariminium.

Ce ne sera certainement pas hors contexte si nous ajoutons quelques-unes des prothèses de Valentin, pour que, par ses propres paroles, le lecteur connaisse plus surement la doctrine des nouveaux ariens. Il dit dans prothèse 6 : « Le Père n’est pas une hypostase ou une personne en un seul Dieu, mais il est, comme l’atteste l’apôtre, le seul unique Dieu d’où viennent toutes choses. Seul le Père est le Dieu unique, c’est-à-dire qu’on ne lui trouve aucun principe ou origine. Il est le seul auto Dieu, c’est-à-dire qu’il n’a reçu son essence d’aucune divinité supérieure, mais que c’est de lui-même et par lui-même qu’il est Dieu. Celui qui divise le Dieu unique en trois propriétés ou personnes ou il se fait des illusions, ou il divise nécessairement la substance d’un seul Dieu et la déchire. Dieu a eu la force d’engendrer et d’insuffler parce qu’il l’a voulu. Et c’est pour cela qu’avant les siècles, il a engendré le Verbe et a insufflé l’Esprit. La substance éternelle, a en Dieu son principe et son origine, en tant qu’elle a été engendrée et est distincte, mais non en tant qu’elle est. Car elle n’a pas été créée à partir du néant, ni faite à partir d’une matière préexistante, mais elle a été engendrée par l’immense substance du Dieu suprême. L’engendré diffère de l’engendreur par le nombre substantiel, non par la puissance, pat la sagesse ou la diversité de nature. Le Dieu unique et son Verbe sont deux substances intelligentes de la même nature, c’est-à-dire qu’ils sont tous les deux des esprits consubstantiels éternels, d’un degré semblable, distincts par l’ordre et la propriété. Il ne peut pas y avoir plusieurs esprits d’une immense substance. Seul le Père est un esprit inengendré, l’auteur de l’universalité, et d’une immense substance. Le Fils aussi est un esprit engendré ineffablement par le Père, l’exécuteur de la volonté du Père, et, en raison du mode de sa génération, il est un engendré circonscrit. La confusion des trois en un seul et même esprit est le fondement et l’origine de toutes les erreurs ».

CHAPITRE 3 : On démontre par l’Écriture et les Pères que Dieu est unique.

Troisièmement, nous allons prouver l’unité numérique de Dieu contre Peratas, Philoponum, Joachimum, et les trithéistes de notre temps.

On la prouve d’abord par les Écritures. Deutéronome 4 : « Le Seigneur, dit Moïse, c’est lui qui est Dieu, et il n’y en a pas d’autre en dehors de lui. » Et un peu après : « Sache donc aujourd’hui, et pense dans ton cœur que c’est le Seigneur lui-même qui est Dieu en haut dans les cieux, et en bas sur la terre, et qu’il n’y en a pas d’autre ». Chapitre 6 : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Dieu ». Et au chapitre 32 : « Voyez comme je suis seul, et qu’il n’y en a pas d’autre en dehors de moi ».

On ne peut référer ces choses à une unité spécifique. Car celui qui parle dans les Écritures ce n’est pas un dieu universel, ni l’espèce elle-même de Dieu, mais c’est un Dieu singulier, car seules les choses singulières existent dans la réalité, parlent et agissent. Or c’est faussement qu’un dieu singulier se proclame le seul et unique dieu (en dehors duquel aucun autre dieu n’existe), s’il se trouve d’autres dieux de la même espèce. Car même un Adam n’aurait pas pu dire en toute vérité après avoir engendré des fils : je suis le seul homme; en dehors de moi aucun autre homme n’existe.

On prouve la même chose à partir des livres historiques. 1 Rois 2 : « Nul n’est saint comme le Seigneur, car il n’y en pas d’autre en dehors de toi ». Rois 8 : « Dieu d’Israël, il n’y a pas de dieu semblable à toi en haut dans le ciel, et ici-bas sur la terre ». Or, comment dire que le Dieu d’Israël n’a pas de semblable à lui, s’il y a deux autres natures individuées de la même espèce ? On prouve la même chose avec le psaume 82 : « Tu es le Dieu unique ». La même chose avec les Prophètes. Isaïe 45 : « Avant moi aucun Dieu n’a été formé, et après moi, il n’y en aura pas. C’est moi qui suis le Seigneur Je Suis, et il n’y a pas de Sauveur en dehors de moi. » Chapitre 55 : « Je suis le Seigneur, et il n’y en a plus d’autre. En dehors de moi, il n’y a pas de Dieu ». Et un peu plus bas : « N’est-ce pas moi qui suis le Seigneur, et il n’y a pas d’autre Dieu à part moi. Il n’y a pas en dehors de moi de Dieu juste et qui sauve ».

On trouve souvent les mêmes choses enseignées par tous les prophètes. Des livres sapientiaux. Sagesse 12 : « Il n’y a pas d’autre Dieu que toi ». Eccl. 1 : « Un seul est le Très Haut ». Dans l’évangile. Matt. 4 : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul ». Marc 12 : « Dieu est unique, et il n’y en a pas d’autre en dehors de Lui ». Jean 17 : « Pour qu’ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu ». Car le sens est : tu as la déité, qui est la seule vraie déité. On ne trouve donc pas d’autre déité. Saint Paul. 1 Cor 8 : « Nous savons qu’il n’existe pas de Dieu en dehors du Dieu unique ». Le même au même endroit : « Il n’y a pour nous qu’un seul Dieu ». Gal 3 : « Il n’y a pas de médiateur de celui qui est seul : Dieu lui, est seul ». Tim 6 : « Qui seul est puissant, roi des rois, et seigneur de ceux qui dominent ».

De tous ces passages, comme de chacun d’entre eux, on peut clairement déduire que le vrai Dieu est numériquement un, non un par l’espèce, ou d’autre façon. Car d’un homme seul on ne pourrait pas correctement dire qu’il est le seul homme, ou qu’il est le seul vrai homme, qu’il n’y a pas d’autre homme en dehors de lui, ou qu’il y ait lui et personne d’autre. On ne peut donner de raison à cela que dans le fait que la nature humaine n’existe pas dans un seul individu, mais dans plusieurs. Mais on aurait raison de dire du soleil qu’il est le seul vrai soleil, qui n’a qu’une nature individuée. Car il y a un seul soleil dans le monde, et en dehors de lui, il n’existe pas d’autre soleil.

On peut le prouver, en second lieu, à l’aide des Pères. D’abord, ce sont tous les Pères qui répètent souvent qu’il n’y a qu’un seul Dieu. Comme Justin, dans le livre de la foi droite, saint Augustin, dans le livre 1 contre Maximin, et les autres. Là-dessus, il n’y a aucun doute. Mais parce qu’on peut répondre que quand les Pères affirment qu’il n’y a qu’un seul Dieu, ils parlent d’une unité spécifique non numérique, nous démontrerons de plusieurs façons que les Pères enseignent que Dieu est numériquement un. Première réflexion. S’il y avait plusieurs individus divins, comme ils le veulent, eux, on pourrait les appeler un seul Dieu, c’est-à-dire une seule espèce divine. C’est ce qu’a dit Porphyre au chapitre 2 : « Puisque plusieurs hommes sont un seul homme, c’est-à-dire, une seule espèce humaine, on ne peut nier qu’on ait raison de dire qu’il y a plusieurs dieux, comme on a raison de dire que Adam, Abel et Caïn sont trois hommes ». Mais les Pères ont toujours nié que les trois personnes étaient trois Dieux. Ils veulent donc que Dieu soit numériquement un. C’est ce qu’affirme clairement saint Athanase, dans le symbole : « Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Saint Esprit, et pourtant, non trois dieux, mais un seul Dieu ». Saint Cyrille, livre 9, en Jean chap 30 : « La substance de la déité étant la même, ce ne sont pas trois dieux que nous prêchons, mais un seul Dieu ».

Saint Basile a écrit un discours contre ceux qui nous calomnient en nous faisant dire trois dieux. Saint Grégoire de Nysse a écrit un livre à Ablabium, dans lequel il lui enseigne qu’il ne faut pas dire trois dieux. Saint Augustin dans le livre contre Maximin, chap 1 : « Tiens, avec la foi catholique, que le Père n’est pas le Fils, et que le Fils n’est pas le Père, mais que les deux ensemble ne sont pas deux dieux, mais un seul Dieu ». Et il dit au même endroit que les ariens n’ont pas osé dire deux dieux, même s’ils le pensaient. « Mais, dit-il, même si tu ne nieras pas que vous adorez deux dieux, tu n’as jamais osé le professer ouvertement. Car tu ne comprends que trop que des oreilles chrétiennes n’accepteront jamais d’entendre qu’il faut adorer deux Dieux ».

Pourquoi des oreilles chrétiennes ne peuvent pas supporter d’entende cela, s’il y a vraiment deux dieux numériquement ? Saint Ambroise livre 1, de la foi, chapitre 3 : « Dieu est en Dieu, mais il n’y a pas deux dieux ». Et, au même endroit, il répète souvent que la divinité du Père et du Fils est absolument la même. Et, il ajoute que c’est la nature divine qui clame que Dieu est unique, comme le monde est un. On trouve des choses semblables dans tous les Pères. En second lieu, les Pères nient que se trouve le nombre dans la divinité : ils ne l’admettent que dans les propriétés des personnes. Et il est certain qu’il serait faux que la divinité ne comporte pas de nombre, si la divinité n’était pas une numériquement. Saint Grégoire de Naziance dans son troisième discours sur la théologie : « Ces choses sont trois, mais elles sont une seule et même chose, si tu regardes la divinité. Et cette seule et même chose est trine si tu tiens compte des personnes » » Fulgence, de la foi, à Pierre, chap 1 : « La trinité se réfère aux personnes, l’unité à la nature ». La trinité est certes numérique, non spécifique, même pour nos adversaires. Elle s’oppose donc à l’unité numérique . Saint Athanase dans le symbole : « La foi catholique consiste à vénérer l’unité dans la trinité et la trinité dans l’unité ». Et il explique tout de suite après que la trinité se rapporte aux personnes, et l’unité à la nature divine. Saint Basile dans son épitre 141 à Césaire, dit qu’il faut rejeter tout nombre de l’essence divine. Mais, quand il ajoute que l’unité de Dieu ne lui vient pas d’un chiffre, il veut dire que la nature divine n’est pas un composé contenant en soi un vrai nombre formé de plusieurs unités. Saint Grégoire de Nysse dans son livre sur la trinité à Eustache : « Étendre à la multitude le nombre des déités est le propre de ceux qui souffrent de l’erreur de la multitude des dieux ». Saint Ambroise, livre 1, sur la foi, chapitre 2 : « L’unité de pouvoir exclut la quantité du nombre, parce que l’unité n’a pas de nombres ». Hormisdas dans son épitre à Justin, chap 2 : « Même si la déité admet le nombre à cause des personnes, dans sa substance on ne le trouve pas ». Saint Athanase dans le livre 1 de la rectitude dogmatique : « Nous disons une trinité de personnes, non d’essences, Car, le Dieu que nous glorifions n’est pas un par les personnes, mais par la nature. Car, ce qui est propre à Dieu est numériquement un. » Et un peu plus bas : « La sainte Trinité est donc un seul Dieu par l’essence, elle est, par les personnes, numériquement trine » Voir les livres de cet auteur dans la patrologie tome 8.

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