Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 281)
Quelqu’un dira peut-être qu’il arrive souvent que la contrition ne se manifeste que par la confession orale des péchés; qu’on ne peut pas distinguer alors la contrition en tant que partie d’un sacrement sensible, de la confession; et qu’il n’y a donc que deux parties du sacrement : la confession et la satisfaction. Je réponds qu’il peut se faire qu’avec les mêmes paroles la contrition soit détectée, et la confession expliquée. Car, si quelqu’un admet avoir commis un vol, un adultère, un homicide, et en avoir commis un grand nombre de ce genre, mais en s’en ventant et en se moquant, au lieu de le rapporter tout simplement, cet homme a surement confessé ses péchés, mais n’a montré aucune contrition. Confesser ses péchés pour qu’un autre comprenne la quantité et la sorte de ces péchés c’est une autre chose de les confesser en pleurant et en les détestant de tout son cœur, de façon à manifester non seulement la nature et le nombre des péchés, mais la haine qu’on en a .
à l’autre argument de Durand il est facile de répondre. Car, sans satisfaction, le sacrement de pénitence peut exister, mais manchot et boiteux. Et ces trois parties ne sont pas appelées essentielles, mais intégrales, car une chose peut exister sans une partie intégrale, mais non dans son intégralité. Nous admettons volontiers que, parmi des parties intégrales, quelques-unes sont principales, sans lesquelles l’essence d’une chose ne pourrait pas consister, comme sont, dans l’homme, la tête et le cœur. Et c’est ce que sont, dans le sacrement de pénitence, la contrition et la confession. Car, à moins que des signes de douleur ne soient aperçus, et à moins qu’une manifestation des péchés ne précède, l’absolution ne peut pas être accordée par un prêtre. Autres sont les parties intégrales secondaires, sans lesquelles l’essence ne peut exister qu’imparfaite et mutilée, comme sont dans l’homme les mains et les pieds. Et c’est de cette sorte que semble être la satisfaction.
Mais quelques-uns font l’objection suivante. La satisfaction est une part du sacrement, en tant qu’elle existe dans le vœu et le désir du pénitent, ou en tant qu’elle prend corps dans la réalité. Si c’est de la première façon, elle n’est pas une chose sensible;
si c’est de la deuxième, elle n’est pas présente quand s’accomplit le sacrement, car le sacrement prend forme quand la parole de l’absolution accède à l’élément de confession. Or, la satisfaction est donnée et reçue après le sacrement. Je réponds que de l’une ou l’autre façon la satisfaction est une partie du sacrement de pénitence. Car, il commence, en quelque sorte, quand est enjoint et accepté ce qui sera accompli en son temps. Et bien que, dans la mesure où elle est dans le vœu et dans l’intention, la satisfaction ne semble pas être sensible, elle est cependant rendue sensible par des signes sensibles, quand elle notifiée par les paroles du ministre, et acceptée par les paroles ou les gestes du pénitent. Que la satisfaction se fasse après l’administration et la réception de l’absolution, il n’y a là rien d’absurde. Car, quand la parole de l’absolution accède à la parole de la confession, le sacrement prend vie en ce qui a trait à l’essence, mais non intégralement et parfaitement, si on tient compte des parties intégrales. Exemple. Quand, dans le sein de la mère, le corps humain est formé et quand sont rendues parfaites des parties comme le cœur et d’autres, l’âme s’unit au corps, l’homme existe, même si les yeux, les doigts et certaines autres parties ne sont ni distinctes, ni parfaites.
CHAPITRE 18
Les sentences variées des hérétiques sur les parties de la pénitence
L’autre question à traiter avec les hérétiques est : combien y a-t-il de parties de la pénitence ? Ou : combien y a-t-il, dans le pénitent, d’actions nécessaires à la réception de l’absolution, et au retour en grâce avec Dieu ? Car, il ne sera pas nécessaire de disputer avec les hérétiques si ces actions sont des parties matérielles du sacrement, car ils n’admettent aucune partie matérielle, sauf, peut-être, le baptême, ou un rite avec lequel le prêtre prononce les paroles d’absolution. Les catholiques, donc, à l’unanimité, assignent trois parties à la pénitence : la contrition, la confession et la satisfaction; et ils n’ont entre eux, à ce sujet, aucune controverse. Car, Scot lui-même, qui mettait le sacrement dans la seule absolution, et Durand qui la plaçait dans l’absolution et la confession, enseignent haut et fort que, pour que soit communiquée par ce sacrement, la rémission des péchés, sont requises les trois choses qui relèvent du pénitent. Déviant du chemin de cette doctrine ecclésiastique, qui est foulé, achalandé et sur, les adversaires se frayèrent différents chemins. Trois chemins principaux, ou sentences.
La première est de ceux qui enseignent que la pénitence a deux parties : la contrition et la foi. Par contrition, certains entendent les terreurs de la conscience amplifiées par les menaces de la loi. Et par foi, ils entendent une confiance certaine dans la rémission des péchés, ou l’assurance qu’ils en ont conçue par la promesse de l’évangile, comme ils le prétendent. De cette sentence, le premier auteur a été Luther. Même si, en 1520, dans son livre contre la bulle exécrable de l’antichrist, (en défense de l’article 5), et ensuite en 1521, (dans l’assertion de ses articles) il écrivit, en attaquant le même article 5, qu’il ne niait pas qu’il y ait trois parties de la pénitence, la contrition, la confession et la satisfaction. Mais que la seule chose qu’il enseignait c’est que la satisfaction, celle qui est imposée au gré de l’église, n’est pas de droit divin, et que, si elle est de droit divin, elle ne peut pas être enlevée par le pouvoir des clefs de l’église. Mais, cependant, en 1545, après avoir fait un peu plus de progrès à l’école de Satan, il condamna sa première sentence, en réfutant les articles de Louvain (proposition 37) : « La pénitence promue par la synagogue de Louvain, (c’est-à-dire qu’elle ait trois parties : la contrition, la confession et la satisfaction) n’est rien d’autre que celle du traître Judas, et de ses semblables. On doit donc la condamner en tant qu’hérétique. »
Et, dans les articles Smalkalde(an 1537), au chapitre de la pénitence, il enseigne que la pénitence a deux parties : la loi et l’évangile, ou, ce qui est la même chose, comme il l’explique lui-même, la contrition qui vient des menaces de la loi, et la foi qui est conçue d’après les promesses de l’évangile. Mais, dans ce passage, les œuvres bonnes il ne veut pas qu’elles soient une partie de la pénitence, mais un fruit de la pénitence. Philippe Melanchton eut la même idée dans les lieux édités en 1521, et en 1530, dans la confession d’Augsbourg. Mais dans les lieux, au chapitre de la pénitence, il appelle mortification et vivification les deux parties de la pénitence. Dans la confession (à l’article 12), il les appelle contrition et foi. Mais il exprime la même chose par mortification et contrition, et vivification et foi. Beaucoup d’autres luthériens, comme les centuriates magdebourgeois, enseignent la même chose. Centurie 1, chapitre 4, colonne 148, et livre 2, chapitre 4, colonne 341. Tilmann Heshusius, dans son livre sur les erreurs des pontifes, lieu 8. Martin Kemnitius (2 par examen, chapitre 3 sur la pénitence, pages 942 et 943.
L’autre sentence est de ceux qui aux deux parties de la pénitence, en ajoutent une troisième, l’œuvre bonne, ou la nouvelle obéissance.
Cette sentence semble avoir Luther pour auteur. Car, dans sa première dispute contre Antinomos, de 1538, il dit, dans la première proposition, que les parties de la pénitence sont la douleur du péché et le ferme propos d’une vie meilleure. Dans la troisième dispute contre les mêmes, à la proposition 9, il veut qu’appartienne au ferme propos de mieux faire non seulement la foi, ou la confiance en Dieu, mais aussi toutes les bonnes œuvres : « Toutes les bonnes œuvres après la justification ne sont rien d’autre que le bon propos contre le péché. » La même chose est enseignée par Philippe Melanchton qui, en tant que fidèle Achates de Luther, changeait souvent d’idée. Dans l’apologie de la confession d’Augsbourg, à l’article de la pénitence, et dans les lieux édités en 1536, au mot pénitence, il assigne deux parties à la pénitence : la contrition et la foi. Il ajoute cependant qu’il ne lui répugnerait pas qu’on lui assigne une troisième partie, la nouvelle obéissance. Mais, dans la dispute sur la pénitence de l’année 1548, il écrit, pour se conformer aux œuvres de Luther, que la nouvelle obéissance est vraiment la troisième partie de la pénitence ou de la conversion. Et c’est ce qu’il répète dans l’examen des futurs ordonnés (au chapitre sur la pénitence). Enseignent la même chose ceux qu’on appelle les luthériens mous. Par contre, les rigides comme les Illyriciens, se déchirent férocement entre eux sur cette question. Les auteurs de la confession saxonique, par exemple, (au chapitre sur la pénitence), Nicolas Selneccerus (dans sa pédagogie, à la fin de la deuxième partie où il explique l’article du symbole qui porte sur la rémission des péchés.
David Chytraeus (dans sa catéchèse, lieu 8) etc.
La troisième sentence est celle de Calvin (livre 3, chapitre 3, verset 8), où il présente deux parties de la pénitence : la mortification et la vivification, en donnant à ces mots un tout autre sens que ne leur donnent les luthériens. Car, par mortification, il n’entend pas, comme les luthériens, les terreurs de l’âme alimentées par les menaces de l’écriture, mais la mortification des vices, ou l’abnégation, et le dépouillement de tout le vieil homme. En conséquence, ce n’est pas pendant un court temps que la pénitence doit être pratiquée, mais pendant toute la vie. Par vivification, il n’entend pas la foi, ou la confiance ou la consolation conçue de l’évangile, mais une décision pieuse de bien vivre, et un gout pour les bonnes œuvres. Selon son enseignement, ces bonnes œuvres ne sont pas des parties de la pénitence, mais des fruits de la pénitence.
Calvin réfute ouvertement la sentence des luthériens. Car, dans le verset 1, il soutient que la foi est antérieure à la pénitence, ce qui est contre les luthériens, qui font de la foi une partie postérieure de la pénitence. Dans le verset 2, il enseigne que ne font pas partie de la pénitence les terreurs de l’âme, dont les luthériens font la première partie de la pénitence; qu’il s’agit plutôt d’une terreur initiale qui précède la foi, d’où émane ensuite la foi, comme son fruit. Au verset 3, il reconnait que d’autres avant lui avait réparti la pénitence en mortification et vivification, (ce qu’il avait surement lu dans Melanchton, lieux communs de 1521), mais ajoute que même si ces mots, interprétés correctement, expriment suffisamment bien la vertu de la pénitence, leur interprétation lui déplait. Au verset 5, il réfute tous ceux (tous les luthériens) qui soumettent la foi à la pénitence, et soutient que c’est une chose qui répugne à saint Paul. Théodore de Bèze, son disciple, partage la sentence de Calvin, l’explique et la défend dans le livre qu’il a intitulé : la réfutation des calomnies de Tilmann Heshusius, dans sa réponse à la quatrième calomnie.
CHAPITRE 19
Réfutation des sentences des hérétiques, et confirmation de la sentence des catholiques
Nous allons maintenant réfuter brièvement les dogmes des nouveaux hérétiques , et nous confirmerons la sentence ancienne et commune de l’église catholique, qui est la seule vraie. Voici donc la première : La terreur infligée à l’âme par la loi, que les luthériens appellent contrition, ou mortification, n’a pas ce qu’il faut pour être énumérée parmi les parties de la pénitence. Cette proposition est conforme à l’enseignement du concile de Trente qui, dans la session 6, chapitre 6, énumère les terreurs de l’âme parmi les choses qui préparent et aident les hommes à la justification. Mais, loin d’en faire des parties de la pénitence, il fait une distinction entre elles et les parties de la pénitence, car entre elles s’intercalent des actes de foi et charité. C’est une chose d’être requis pour la conversion et la justification, et c’en est une autre d’être une partie ou un acte de la pénitence, si les théologiens veulent parler en théologiens.
Nous ne nions donc pas que ces terreurs de l’âme soient un prérequis à la conversion, mais qu’elles soient une partie de la pénitence, jamais nous ne l’admettrons. Car, tout d’abord, l’écriture distingue la terreur de la pénitence. Dans Corinthiens 2, (chapitre 7), nous lisons : « La tristesse qui est selon Dieu opère la pénitence pour un salut stable. » Par tristesse, on doit nécessairement entendre la crainte, la terreur qui nait du remords, et des menaces d’un châtiment, dont a parlé saint Paul aux Corinthiens. Dans ce passage, l’apôtre n’appelle pas tristesse le regret des péchés commis, qui est la contrition, ou la pénitence, mais la gêne et la honte qui, acceptées selon Dieu, engendre une pénitence salutaire. Car, dans la même épitre (au chapitre 12), l’apôtre dit : « C’est avec une grande souffrance et avec une angoisse de l’âme que je vous ai écrit cela, non pour vous contrister, mais pour que vous connaissiez quelle abondance de charité j’ai pour vous. » Et au chapitre 7, verset 9 : « Je me réjouis non parce que vous avez été contristés, mais parce que votre tristesse vous a menés à la pénitence. »
Il est certain que l’apôtre n’aurait pas dit cela si, par tristesse, il avait entendu la douleur que ressent celui qui est angoissé parce qu’il a offensé Dieu. Il n’aurait pas dit : « Je vous écris pour que vous ne vous désoliez pas d’avoir péché », puisque c’est ce qu’il aurait désiré plus que tout. Il n’aurait pas dit non plus : je me réjouis de ce que vous ayez été contristés, puisqu’on doit se réjouir de ce qu’un pécheur se désole d’avoir péché, et qu’il y a dans le ciel de la joie pour un seul pécheur qui fait pénitence. Voilà pourquoi, comme l’interprètent saint Jean Chrysostome, et d’autres pères, la sentence de saint Paul est : je ne me réjouis pas de la tristesse, mais je me réjouis de son fruit, qui est la pénitence. Comme un médecin qui ne se réjouit pas de ce qu’un remède soit amer, ou d’être obligé de torturer un patient en brûlant ou en coupant un membre, mais de la santé qui vient après la cure, la combustion ou la section. De la même façon, saint Paul ne se réjouit pas d’avoir, par son objurgation et ses menaces, apporté la honte et la terreur aux Corinthiens, mais de ce que cette honte et cette terreur aient enfanté une pénitence stable et salutaire. Tu vois donc, par la doctrine de saint Paul, que la pénitence n’est pas la terreur provoquée par les menaces bibliques, mais plutôt l’effet et le fruit de la terreur, comme l’enseigne correctement le concile de Trente.
Si quelqu’un regarde toutes les définitions de la pénitence données par les théologiens anciens et nouveaux, comme on le voit dans le maître des sentences (4 livre des sentences, dist 14) et dans Gratien (pénitence, dist 3), il n’en trouvera aucune qui fasse des terreurs de l’âme une partie de la pénitence.
Quand nous, nous cherchons les parties de la pénitence, nous ne cherchons pas n’importe lequel mouvement ou acte qui, d’une manière ou d’une autre, se rapporte à la pénitence, mais ceux qui procèdent de la vertu de pénitence. être terrorisé quand on lance des menaces n’est pas un acte de cette vertu, mais un sentiment naturel, que nous voyons même chez les enfants et les animaux. Les terreurs nous les voyons souvent dans ceux qui ne font aucune pénitence, ou qui ne cherchent pas à en faire, comme dans les démons qui croient et tremblent. Nous lisons en saint Jacques 2, que quelques-uns font une vraie pénitence, sans terreur de la peine, poussés par le seul amour de Dieu et de la justice, comme il est croyable que fut cette heureuse femme de qui le Seigneur a dit : « Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu’elle a beaucoup aimé. » Si donc il est possible qu’y ait de la terreur sans pénitence et de la pénitence sans terreur, les terreurs de l’âme ne peuvent certes pas être énumérées parmi les parties de la pénitence.
Ensuite, la foi, comme nous le prouverons bientôt, n’est pas une partie de la pénitence, mais la précède. Et les terreurs provoquées par les menaces de la loi, de par la sentence même des adversaires, sont antérieures à la foi. On ne peut donc pas dire que les terreurs engendrées par la loi sont vraiment des parties de la pénitence. En lire davantage dans le livre 2, chapitre 1.
La seconde proposition. La foi n’est pas une partie de la pénitence, bien qu’elle soit nécessairement requise à son existence. Cette proposition est conforme à l’enseignement du concile de Trente (session 6, chapitre 6), où la foi est placée en premier lieu parmi les choses qui disposent à la justification; et elle est clairement distinguée de la pénitence qui, parmi ces dispositions, détient le cinquième rang. On le prouve d’abord avec les textes eux-mêmes dont les adversaires imprudemment se servent pour prouver leur sentence. Melanchton, Illyricus, Heshusius, Kemnitius et d’autres citent souvent deux passages pour prouver que la terreur et la foi sont les deux parties de la pénitence. Le premier est celui de saint Marc 1 : « Faites pénitence, et croyez à l’évangile ! » L’autre, Actes XX « Attestant aux Juifs et aux Gentils la pénitence en Dieu et la foi dans notre Seigneur Jésus-Christ. » Malheureusement pour eux, ces textes leur sont plutôt contraires. Dans les deux textes, on distingue la foi de la pénitence. Car, le Seigneur n’a pas dit, en saint Marc : faites pénitence en croyant à l’évangile, mais faites pénitence, et croyez à l’évangile. Saint Paul n’a pas dit non plus : témoignant de la pénitence en Dieu qui est constituée par la foi et les terreurs de l’âme, mais : attestant la pénitence en Dieu et la foi dans notre Seigneur Jésus-Christ.
Ensuite, la foi précède la pénitence, et elle l’enfante, comme les Ninivites nous en donnent l’exemple. « Les Ninivites crurent en Dieu, nous dit saint Jean (111), et prêchèrent le jeûne, se revêtant de sacs de jute. » En effet, on ne peut imaginer comment quelqu’un puisse sérieusement commencer à faire pénitence sans avoir d’abord cru en la véracité des menaces, proférées par Dieu envers les pécheurs et les impénitents. Or, si la foi précède la pénitence, elle peut peut-être, être sa cause, mais sa partie, jamais. Les parties de la pénitence, comme nous l’avons dit plus haut, sont censées être les actions qui émanent de la vertu de pénitence. Or croire est l’acte non de la pénitence, qui est une vertu morale, mais de la foi, qui est une vertu théologale. Ce doit être pour cela que, quand ils définissaient la pénitence, les anciens pères ne se sont jamais souvenus de la foi. Ce qu’ils n’auraient certes pas fait si elle était, comme le veulent les luthériens, la partie principale de la pénitence.
Saint Grégoire (homélie 34) définit la pénitence : « Pleurer les péchés commis, et ne plus admettre ce qu’on a pleuré. » Sain Ambroise (dans sa préface sur le psaume 37), dit : « Voici une définition complète de la pénitence : le souvenir des fautes, pour que, par le fouet d’une parole quotidienne, chacun fustige et condamne les péchés qu’il a commis. » Par ces paroles, il enseigne que la pénitence consiste en ce que quelqu’un confesse ses péchés, et que, en les confessant, il les châtie et les condamne. Ce qui ne peut se faire sans la détestation que nous appelons contrition, et sans la satisfaction. Comment pourra-t-il confesser sérieusement ses péchés celui qui ne les déteste pas ? Et comment peut-il les condamner et les châtier, s’il ne désire pas les amender par la satisfaction ?
Or, il est certain que croire que ses péchés sont remis ou ont été remis, cela n’est nullement requis pour la confession. Car qui ne pourra pas confesser ses péchés avec une douleur d’âme, et les châtier par des travaux pénibles, et donc, selon la sentence de saint Ambroise, faire une pénitence complète, même s’il ne croit pas que ses péchés seront remis ou sont alors remis ? Il est certain que, au témoignage de l’écriture (Jean 111), les Ninivites crurent en Dieu, mais doutèrent cependant de la rémission de leurs péchés quand ils dirent : « Qui sait si Dieu ne changera pas d’idée et ne pardonnera pas ? » Que leur pénitence ait été agréée de Dieu, la même écriture l’atteste. Donc, cette foi spéciale n’est non seulement une partie de la pénitence, mais ne lui est requise en aucune façon. Ce que, dans la seconde proposition, nous avons affirmé à savoir que sans la foi, il ne pouvait pas y avoir de pénitence, c’est de la vraie foi que nous l’avons dit, la foi catholique, non de cette invention des luthériens qui est pour eux la foi justifiante et une partie de la pénitence.
La troisième proposition. Ce ne sont pas toutes les bonnes œuvres qui se font après la justification, qu’on peut énumérer parmi les parties de la pénitence. Ceci est contre les luthériens mous , qui incluent toutes les œuvres bonnes dans la pénitence. Nous ne voulons pas nier que la décision de bien vivre ne fasse pas partie de la pénitence, ni non plus que ne soient énumérées parmi les parties de la pénitence les œuvres bonnes qui tendent à cette fin, qui sont la manifestation d’une pénitence intérieure, ou qui satisfont pour les péchés. Nous disons seulement que ce n’est pas n’importe laquelle œuvre bonne faite pour Dieu après la réconciliation qui est une partie de la pénitence. Ce qui ne devrait requérir aucune preuve. En effet, il y a beaucoup de bonnes œuvres qui sont faites par les justifiés, sans aucune relation aux péchés commis dans le passé. Celles qui sont faites par charité pour Dieu, par miséricorde envers le prochain, par la justice envers ceux à qui on doit quelque chose, par les vertus de tempérance, de force, et des autres vertus. Ces œuvres, on les ferait de toute façon, sans avoir péché, ou sans avoir eu besoin de pénitence.
La quatrième proposition. Ce n’est pas correctement qu’on nomme parties de la pénitence la mortification et la vivification, au sens que donnent à ces mots Calvin et Bèze. Cette proposition est absolument certaine. En effet, Calvin et Bèze confondent la pénitence avec la justification, ou ils veulent qu’elle soit postérieure à la justification. Car, ils disent que la pénitence est le fruit de la foi justifiante. Et, par mortification et vivification ils entendent le refrènement des affections vicieuses, et un zèle pieux de bien agir, qui commence dans la réconciliation, et qui se parfait dans toute la vie.
Or, la sainte écriture enseigne souvent que la pénitence est une voie qui mène à la justification, qu’elle est donc antérieure à la justification. Jérémie 18 : « Si ce peuple fait pénitence pour le mal qu’il a fait, je ferai, moi aussi la pénitence. » Et en ézéchiel 18, et 33, le Seigneur répète souvent : « Si l’impie fait pénitence, je ne me souviendrai plus de ses iniquités. » Luc 13 : « à moins que vous ne fassiez pénitence, vous périrez tous semblablement. » Luc 24 : « Il fallait prêcher la pénitence, et la rémission des péchés. » Actes 11 : « Faites pénitence, et que chacun soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour la rémission des péchés. Et vous recevrez le don du Saint-Esprit. » Actes 3 : « Faites pénitence et convertissez-vous, pour que soient effacés vos péchés ! » Actes 5 : « Ce prince et ce Sauveur, Dieu l’a fait monter à sa droite, pour donner la pénitence à Israël, et la rémission des péchés. » Actes V111 : « Fais pénitence de ton iniquité, et prie Dieu pour qu’il te remette cette pensée de ton cœur. » Actes X1 : « Dieu a donc donné aux Gentils la pénitence pour la vie. »
Si la pénitence est le chemin qui mène à la rémission des péchés, et est, selon l’écriture, antérieure à la justification, avec une plus grande raison précède-t-elle la mortification et la vivification, qui, selon l’opinion de nos adversaires, est le fruit de la foi justifiante, et qui vient après la justification. Voilà pourquoi, autant les luthériens que les calvinistes soutiennent des opinions contraires. Les luthériens errent en plaçant la pénitence dans les mouvements qui précèdent la vraie pénitence, et les calvinistes, en mettant la pénitence dans les actions qui viennent après la vraie pénitence. Ajoutons, que dans l’écriture, la pénitence ne se dit que des œuvres mortes, selon Hébreux 6 : « Ne posant plus de nouveau le fondement de la pénitence des oeuvres mores, tendons vers la perfection. » La pénitence n’a pas, selon l’écriture, à être faite par tous, mais seulement par les pécheurs. Car, comme nous le lisons dans la prière de Manassé, Dieu n’exige pas des pénitences pour tous. Et, en Luc 15, le Seigneur a dit que les justes n’ont pas besoin de pénitence. Ce n’est donc pas à juste titre que Calvin appelle pénitence la mortification des afflictions et le renouvellement spirituel, car ce sont des choses qui sont communes à tous les hommes, même aux justes. Ces choses appartiennent à l’amélioration, non à la pénitence.
La cinquième proposition. Il y a trois parties de la pénitence : la confession, la contrition et la satisfaction. Cette proposition que tous les catholiques admettent, nous allons l’expliquer et la prouver brièvement. Il faut d’abord observer que par le mot pénitence, elle n’entend pas un habitus, ou la vertu de pénitence, qui, comme nous l’avons dit plus haut, n’a pas de parties, puisqu’elle est une simple qualité; ni la pénitence actuelle absolument parlant, puisque la confession et la satisfaction sont des signes et des effets de la contrition, et ne lui sont donc pas référées comme des parties à une partie, mais comme un effet à une cause. Elle désigne plutôt la pénitence actuelle, dans la mesure où, de la part du pénitent, elle est nécessaire à la rémission des péchés dans le sacrement de réconciliation. Parce que ces trois actes qui naissent de la vertu de pénitence (bien que non également immédiatement et principalement), sont nécessaires de la part du pénitent, elles sont donc trois parties de la pénitence.
Il faut noter ensuite que ces trois parties de la pénitence ne sont pas requises seulement en relation au sacrement, mais qu’elles sont nécessaires, à leur façon, même en dehors du sacrement, et qu’elles ont été nécessaires dans toute la loi. J’ai écrit « à leur façon » , pour deux raisons. La première, parce que, en dehors du sacrement, n’est requise ni la confession de tous les péchés qui se fait à un prêtre, ni la satisfaction imposée par un confesseur. Mais elle suffit la confession générale adressée à Dieu, et la satisfaction entreprise spontanément par des bonnes œuvres. Car, si à cause de contraintes temporelles, ou pour une raison légitime, quelqu’un est empêché de se confesser ou d’accomplir la pénitence imposée, la contrition intérieure suffira pour le salut. Troisièmement, il faut observer qu’il n’appartient pas à ce chapitre de disserter avec précision sur les trois parties. C’est dans le livre suivant que nous nous acquitterons de cela. Pour l’instant, il nous semblera avoir satisfait à notre chiffre, si, avec l’aide des divines lettres, les témoignages des pères, et des raisons convenables, nous pouvons que la contrition, la confession et la satisfaction sont, au moins en général, des actes de la vertu de pénitence, et donc des parties et des membres de la pénitence actuelle.
Que la contrition appartienne à la pénitence, l’écriture l’enseigne souvent. Deut 1V : « Quant tu chercheras ton Seigneur, tu le trouveras, si toutefois tu le cherches de tout ton cœur, de toute la tribulation de ton âme » Joël 11 : « Déchirez vos cœurs ! » Psaume 1 : « Un cœur contrit et humilié tu ne le mépriseras pas. » Que la confession soit une partie de la pénitence, c’st quelque chose qui ressort de plusieurs passages. Nombres 5 : « Quand l’homme ou la femme commettront de ces péchés que les humains ont coutume de faire, ils confesseront leurs péchés etc. » Psaume 31 : « J’ai dit, je confesserai contre moi mon injustice envers le Seigneur. » Matthieu 3 : « Ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en confessant leurs péchés. » Actes 19 : « Plusieurs croyants venaient en confessant et prononçant à haute voix leurs actions. » 1 Jean 1 : « Si nous confessons nos péchés, Dieu qui est fidèle et juste nous remettra nos péchés. » Enfin, la satisfaction par des actions pénibles est souvent rappelée par l’écriture. 11 Esdras 1X : « Les fils d’Israël furent d’accord pour jeûner, pour se revêtir de sacs de patate, pour mettre de la cendre sur leur tête, et confesser leurs péchés. » Daniel 4 : « Rachète tes péchés par les aumônes ! » Jean 11 : « Retournez-vous vers mois de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et les lamentations ! » Matthieu 11 : « Autrefois ils faisaient pénitence sur la cendre et le cilice. »
On peut ensuite démontrer la même chose par des exemples tirés de l’écriture. Illustre est l’exemple de David (2 Rois 24). Quand David ordonna la recension du peuple, il pècha par orgueil. Et, décrivant sa pénitence, l’écriture dit : « Le cœur de David battit très fort , et il dit : « J’ai grandement péché dans cette affaire, (voilà la contrition), mais je te prie, Seigneur, de transférer l’iniquité de ton serviteur, parce que j’ai agi trop sottement. » Et un peu plus bas : « C’est moi qui ai péché, c’est moi qui ai agi avec iniquité. Eux, qui sont des brebis, qu’ont-ils fait ? Retourne, je t’en prie, ta main contre moi. » Et un peu après, il offrit un sacrifice, et le Seigneur s’apaisa. Apparaissent, dans ce texte, la satisfaction par la prière, la soumission aux fléaux du Seigneur, et en fin l’oblation du sacrifice. L’autre exemple est celui des Ninivites, dont le Seigneur a loué la pénitence, dans l’évangile, en Matthieu 12. Voici comment elle est décrite en Jonas 3 : « Que les hommes se détournent de leur mauvaise voie, (voilà la contrition), qu’ils crient au Seigneur avec force (la confession), que les hommes et les animaux ne goûtent rien ni ne broutent rien, ne boivent pas d’eau et se couvrent de sacs de jute (voilà la satisfaction.) »
Le troisième exemple, nous l’avons dans l’évangile selon saint Luc, où on nous présente un publicain pénitent qui, en signe de contrition, n’ose pas même lever les yeux au ciel. Il confesse son péché en disant : « Dieu sois propice à moi, pécheur ! » Et il se frappait la poitrine (ce qui se rapporte à la satisfaction). Ce cas est semblable à celui de l’enfant prodigue, (Luc 15), qui revient à soi et déteste son état de pécheur. Ensuite, il se confesse en disant : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils, traite-moi comme un de tes serviteurs ! »
On peut prouver la même vérité avec les témoignages des pères de l’église. Mais c’est quand nous traiterons plus bas des trois parties, qu’il conviendra de présenter des témoignages des pères. Contentons-nous donc pour le moment de textes où il est fait mention des trois parties de la pénitence. Tertullien, dans son livre sur la pénitence, après avoir dit, au sujet de la contrition, que le pénitent doit gémir, pleurer et se lamenter pendant des jours et des nuits; et au sujet de la satisfaction, qu’il doit revêtir un sac, s’asseoir sur la cendre et un cilice, prier, s’infliger toutes sortes de mortifications, ajoute au sujet de la confession : « Il confesse tous ses péchés, pour commander la pénitence, pour honorer Dieu par une peur particulière, pour détourner l’indignation de Dieu en se reconnaissant pécheur. » Et un peu après : « Donc, quand elle (la confession) abaisse un homme, elle le relève encore plus haut; quand elle le déclare pollué, elle le rend encore plus pur; quand elle accuse, elle excuse, quand elle condamne, elle absout. » Saint Cyprien (dans son sermon sur les tombés) : « Comme elles sont plus grande la foi et la crainte de ceux qui sans être contraints par aucun crime de sacrifice ou livraison de bibles, mais simplement parce qu’ils l’ont désiré, font un examen de conscience, déposent le fardeau de leur âme, et recherchent un médicament salutaire même pour de petites blessures ».
Ce passage te montre que la foi et la crainte ne sont pas des parties, mais des causes de la pénitence; et qu’il y a trois parties distinctes : la contrition (pleurant) , la confession (ils confessent) et la satisfaction (ils cherchent un remède salutaire pour leurs blessures. » Saint Jean Chrysostome (dans son sermon sur la pénitence, qui se trouve dans le cinquième tome après la dixième homélie sur la pénitence), écrit : « La contrition est dans le cœur, la confession dans la bouche, et l’humilité en toute œuvre : voilà la pénitence parfaite et fructueuse. » Saint Augustin (traité sur le psaume 146, dit en expliquant le verset « qui guérit les cœurs contrits » : « Il guérit ceux qui ont le cœur contrit, ceux qui se confessent, ceux qui se punissent eux-mêmes. » Tu les vois ici clairement les trois parties de la pénitence.
Restent encore les raisonnements tirés de la nature de la pénitence. Car la pénitence dont nous parlons ici n’est pas n’importa laquelle détestation ou punition du péché, mais une détestation et une punition du péché en tant qu’il est une offense faite à la majesté divine, et en tant qu’elle est ordonnée à enlever le péché et à restituer l’amitié avec Dieu. » Voilà pourquoi dans les Actes, la pénitence est appelée pénitence pour Dieu. Et dans les Actes 26, elle est unie avec la conversion à Dieu. Et souvent dans les saintes lettres, et surtout dans ézéchiel (18 et 23), la fin de la pénitence est appelée justification et réconciliation.
La différence qu’il y a entre la justice vindicative et la pénitence réconciliatrice, c’est qu’il suffit à la justice que le coupable purge la peine imposée par un juge, qu’il la fasse de bon gré ou de mauvais gré, qu’il l’approuve ou ne l’approuve pas. Mais, pour la pénitence réconciliatrice, elle doit être faite spontanément et de plein gré par celui qui a fait du tort, et elle doit être laissée au jugement de celui qui a été lésé. Voilà pourquoi on doit exiger d’abord de celui qui a péché qu’il s’attriste d’avoir péché et d’avoir violé l’amitié. Car comment désirerait-il récupérer l’amitié celui qui ne se désole pas de l’avoir perdue ? Qu’il se soumette donc à la peine que lui infligera Dieu qui est celui qui a été lésé. Et parce que Dieu agit pour nous par ses ministres, il faut donc que celui qui a péché se soumette spontanément à l’homme qui tient la place de Dieu. Cela ne peut pas se faire sans que, par la confession, il révèle ses fautes, et reçoive la pénitence qui lui sera imposée. Il ya donc trois choses nécessaires : la détestation du péché avec le ferme propos de mener une vie meilleure, ce qui s’appelle la contrition, la confession et la satisfaction.
Guidés par la nature, nous les voyons tous les jours ces trois parties de la pénitence, quand les enfants retournent en grâce avec leurs parents, les serviteurs avec leurs maîtres, les femmes avec leurs maris. Ne donnent-ils pas des signes de douleur ? N’avouent-ils pas leur péché ? Ne se soumettent-ils pas à des punitions ? Ne demandent-ils pas le pardon ? Voici ce que dit Cicéron (dans le pro Ligarius) : « Aux juges : on a coutume de parler ainsi : il ne l’a pas fait, il n’a pas pensé cela, ce sont de faux témoins, un crime fictif. Aux parents : j’ai erré, j’ai agi témérairement, je me repens, je me réfugie dans ta clémence, je demande la pardon du délit, je te supplie de pardonner. » Les saintes lettres enseignent, non dans un seul endroit, que Dieu, pour les hommes, tient la place d’un père et d’un seigneur. En conséquence, la pénitence et la conversion à Dieu ne doit pas être différente de celle d’un fils qui retourne à son père, d’un serviteur à son maître, d’une femme à son mari. Isaïe 63 : « Tu es notre père. Abraham ne nous a pas connus, et Israël nous a ignorés. Toi Seigneur, tu es notre père, notre rédempteur, ton nom est séculaire. » Psaume 122 : « Comme les yeux des esclaves sont sur les mains de leurs maîtres, comme les yeux de la servante sont sur les mains de sa maitresse, ainsi nos yeux sont sur le Seigneur notre Dieu, jusqu’à ce qu’il ait pitié de nous. » Jérémie 3 : « Tu as forniqué avec beaucoup d’amants, reviens, quand même, vers moi, dit le Seigneur. »