Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 287)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Sixièmement.    Tout ce qu’il y a dans cette épitre, avant ce passage, ou après, ne se rapporte pas seulement à ceux qui vivaient alors, mais aussi à nous, les futurs croyants, comme les lignes précédentes le laissent entendre : « Soyez patients.  Confirmez vos coeurs.  Ne jurez pas.  Quelqu’un parmi vous est-il triste, qu’il prie !  Est-il en paix, qu’il chante des hymnes. »  On peut dire la même chose de ce qui suit immédiatement : « Confessez vos péchés les uns aux autres,  et priez les uns pour les autres,  pour que vous soyez sauvés. »   Il est certain que toutes ces choses s’adressent aussi bien à nous qu’à eux.  Donc, la même chose vaut pour  les mots qui sont placés entre eux, et qui font partie du même contexte: « Quelqu’un parmi vous est-il malade ? »  Voilà pourquoi il ne s’agit pas du don de guérison qui est rarissime, et qui n’existe pas toujours, et qui ne peut pas être facilement procuré,   mais d’un sacrement qui dure toujours, et qui peut être procuré facilement à n’importe qui.

Les arguments qu’ils allèguent contre nous ne sont pas, non plus, des plus convaincants. Au premier, je réponds  que l’onction que l’on trouve dans saint Marc 6 n’est pas la même que celle que l’on trouve en saint Jacques 5.  En saint Marc, l’onction  est une figure, et en saint Jacques, elle est  le figuré.  La différence qu’il y a entre le lavage de l’aveugle né dans l’eau de Siloé (Jean 9), qui fut une figure du baptême,  et  le baptême lui-même de l’eau et du Saint-Esprit (Jean 3),   est la même que celle qui existe entre ces deux onctions.  Nous voyons aussi que dans Marc 6, aucune mention n’est faite de paroles ou de promesse spirituelle  qui sont nécessairement requises à un sacrement.  Or, nous avons l’une et l’autre en saint Jacques.  Quelqu’un qui veut soutenir à tout prix  que, dans Marc 6, il est question de l’extrême onction,  pourrait dire que saint Marc n’a pas tout exprimé, mais que ce qui lui manque,  on doit aller le quérir chez saint Jacques.  Car, c’est quelque chose qu’on est  souvent obligé de faire quand on étudie la sainte Écriture : ce que l’un omet le demander à un autre.

Je réponds au second argument, qui est entièrement grammatical, et qui doit plaire à Kemnitius.  Nous ne nions pas que l’extrême onction procure de temps en temps la guérison corporelle, et que saint Jacques ait pu placer certains mots qui ont rapport à la guérison corporelle.  Cependant,  comme ces deux mots, selon Kemnitius,  se rapportent à la santé du corps,  il y a aussi une phrase entière  qui, sans aucune controverse,  se réfère au salut de l’âme : « et s’il a des péchés, ils  lui seront remis. »

Je dis en second lieu,  que les deux mots dont parle Kemnitius, appartiennent principalement à l’âme.  Car, même si egeiro signifie proprement exciter et élever, ce qui se rapporte au corps, il signifie aussi enlever  la morosité, la douleur, la tristesse, la négligence, la langueur, l’acédie, et le dégout spirituel.  Voici, à ce sujet des paroles de saint Paul (dans Romains 13) : « L’heure est venue pour nous de surgir du sommeil : égerthènai.  Ephésiens 5 : « Lève-toi, egeirai, toi qui dors. »  Luc 3 : « Dieu assez puissant pour, de ces pierres, susciter des fils d’Abraham. »  Et, cet autre dans 2 Pierre 3 : « J’excite votre esprit sincère. »

Or, dans ce passage « allevabit Dominus), le verbe signifie une libération de la torpeur, de la mélancolie, de l’anxiété, choses qui dépriment ceux qui sont près de la mort, et qui font tout voir en noir, de façon à  ce que les moribonds ne peuvent pas facilement élever leur cœur à Dieu.  L’autre mot iaô n’est pas employé par saint Jacques dans la phrase où il est question du sacrement d’extrême onction,  mais un peu plus bas, quand il dit : « Priez les uns pour les autres, pour être sauvés. »  Car , c’est là que se trouve iathète.  C’est de façon inepte que Kemnitius  le déplace pour le faire entrer dans une autre phrase.   Et  même ce mot est pris ici au sens de salut de l’âme, comme on le voit par ce qui précède.  Et pour qu’il ne soit pas surpris qu’un  mot médical soit usurpé pour le salut de l’âme, que Kemnitius pense  à combien  de mille fois ce mot à ce sens dans l’Écriture,  Psaume  CXLV1 : « Qui guérit les contrits de cœur .»  Matthieu 13 : « De peur qu’ils ne se convertissent et que je les guérisse. »  Voilà pourquoi saint Marc dit  4 a : « Et les péchés leur étaient remis »  Et 1 Pierre 2 : « Nous avons été guéris par ses blessures. »

Au troisième, je dis qu’il est nécessaire que les sacrements demeurent  aussi longtemps que l’Église demeurera, mais qu’il  n’est pas nécessaire que le mot perpétuité ait été employé dans l’Écriture pour signifier cela.  Car, au sujet du baptême, on ne rencontre jamais ce mot.  Qu’on ne nous objecte pas les paroles du Christ : Voici que je suis avec vous, car le Christ pouvait être avec nous,  même s’il avait institué un baptême qui n’aurait duré qu’un seul jour.  Nous savons, évidement, que l’onction  dont parle saint Jacques,  durera toujours, car, les malades, les presbytes, les prières, la rémission des péchés et tout que saint Jacques a énuméré demeureront toujours dans l’Église. Et nous le savons d’autant plus que, jusqu’ici, cette coutume d’oindre les malades est toujours demeurée dans l’Église.

La quatrième solution est de Luther, de Kemnitius et de Calvin.  Ils soutiennent que ce passage ne nous est d’aucun profit, parce que le rite de l’onction du temps de saint Jacques était différent de celui de notre époque. Et ils le prouvent cela par les arguments suivants.   Le premier.  Saint Jacques demande qu’on oigne n’importe lequel malade, et non seulement les moribonds.  Or, chez nous, l’ onction est dite extrême, parce qu’elle  est donnée à des mourants, alors que saint Jacques n’a pas voulu qu’elle soit extrême, puisqu’elle  est donnée à tous ceux qui veulent être guéris.  Je réponds que l’Église oint ceux qui sont en danger de mort.  Car, c’est quand il ne reste plus d’espoir dans les remèdes humains,  qu’on cherche des moyens surnaturels. Et bien que les malades soient oints pour qu’ils soient guéris,  si cela convient au salut éternel, on a cependant le droit de l’appeler extrême,  parce que cette onction  est la dernière des onctions que nous recevons dans les sacrements de baptême, de confirmation et d’ordre.

Et que c’est aussi ce qu’a voulu saint Jacques, on le voit d’abord par les mots egerei et kamnonta.  Car, exciter et faire lever conviennent proprement à ceux qui sont alités, oppressés,  et alourdis.  Et le mot kamnein  signifie défaillir, perdre courage, et aussi mourir.  Et c’est à cause de ce verbe Kamnein qu’on appelle les morts kamnontes.  On voit la même chose dans l’expression employée :  qu’il fasse venir un prêtre, car s’il n’était pas alité, il pourrait aller le voir lui-même.  Et s’il n’était pas alité, et n’était pas vraiment malade, il n’y aurait pas de raison de faire venir un prêtre.  Car, si les prêtres devaient accourir à tous les malades, ils ne seraient jamais chez eux, puisque  le nombre des malades est infini.  De plus, il n’est pas crédible que saint Jacques ait voulu que les chrétiens aient recours à des remèdes surnaturels, quand ils pouvaient facilement se procurer des remèdes naturels.  Ajoutons enfin, que ce passage ne fait que faire la guerre aux enseignements de nos adversaires. Car, si l’apôtre a ordonné que tous soient oints, pourquoi n’en oignent-ils pas un seul ?

Leur seconde preuve.  Jacques demande qu’on fasse venir les prêtres de l’église, alors que nous, nous n‘en faisons venir qu’un.  Je réponds que, dans le nouveau testament, le mot presbyte ou ancien est pris au sens de ministre de l’Église. Et Jacques ne se souciait pas tant du nombre que de la qualité.  Car, comme quand nous disons qu’on doit confesser ses péchés aux prêtres, nous ne voulons pas dire qu’il  faut raconter nos péchés à tous, mais à un seul.   Nous ne nions pas, pour autant , que ce soit une bonne chose que plusieurs se rendent à un malade, comme cela se fait à certains endroits.

La troisième preuve de Calvin.  Jacques voulait oindre les malades avec une huile ordinaire, tandis que nous, nous n’employons que de l’huile bénite.  Kemnitiius ajoute que saint Jacques n’a pas précisé sur quelle partie du corps, il fallait faire des onctions, alors qu’aujourd’hui, il faut oindre six membres.  Je réponds qu’en ce texte, saint Jacques parle des malades, non des prêtres.  Mais savoir quelle huile employer ou sur quel membre l’appliquer, cela ne relève pas du malade mais du prêtre.  De plus, il  devrait nous suffire que saint Jacques ne nie pas que l’huile doive être bénite, ni n’interdise qu’on oigne les membres qui sont oints aujourd’hui.  Voilà pourquoi ses paroles ne sont pas en opposition avec  la coutume de l’Église.  Il est pas juste de dire que c’est la coutume de l’Église qui explique le texte de saint Jacques.  J’ajoute que Bède (dans le chapitre 5 de saint Jacques), explique que saint Jacques parlait d’une huile bénite quand il dit : les oignant d’huile au nom du Seigneur.

Quatrièmement.   Luther, Calvin et les autres prouvent  que saint Jacques a attribué l’effet  suivant  à la prière de foi : « La prière de foi sauvera le malade. »  Et Luther en déduit que, chez saint Jacques, l’onction n’est pas un sacrement, et qu’elle n’est pas la même que la nôtre.  Car, les sacrements et notre onction ne dépendent pas de la foi du ministre.  C’est pour cette raison que Calvin et Kemnitius concluent que cette onction n’est pas semblable à la nôtre.  En effet, saint Jacques, selon eux, attribue tout l’effet à la prière du ministre.  Or, nous, nous attribuons tout à l’onction , quand nous disons :  « Par cette onction sacrée, etc. »

Je réponds à la conséquence ou conclusion que Luther en tire, qu’on parle d’oraison de la foi, non parce qu’est nécessairement requise la foi du ministre, mais parce que cette prière est dictée par la foi, et qu’elle est comprise par la seule foi.  Comme saint Augustin appelle parole de foi la parole sacramentelle qui, avec l’élément, fait le sacrement;   et dit que cette parole opère non parce qu’on la dit, mais parce qu’on y croit, (traité 80 sur saint Jean).  Ajoutons que les miracles ne dépendent pas toujours et nécessairement de la foi.  Car, saint Épiphane raconte  (hérésie 30),  qu’un certain Juif du nom de Joseph avait fait des miracles avec de l’eau bénite et le signe de la croix, même s’il ne croyait pas. Car, les miracles sont souvent opérés par la seule invocation du Christ.  Donc, si était vrai ce  que Luther prétend, qu’on ne peut pas montrer que saint Jacques parle du sacrement dont nous parlons, nous, on ne pourrait pas montrer non plus qu’il  parle de miracle, comme le veut Luther.

Au sujet de la conclusion qu’en tirent Luther et Calvin, je réponds que la prière de foi qui sauve un malade n’exclut pas l’opération de l’onction,  mais plutôt l’inclut.  Car, voici quelle est la prière de foi : « Par cette saint onction, et par sa très pieuse miséricorde, que Dieu te soit indulgent. »  Quand quelqu’un demande à Dieu que lui soit donné quelque chose par la passion du Christ, si l’oraison obtient cela, on dit que l’oraison l’a sauvé, mais non, évidemment, sans la passion du Christ.   J’ajoute aussi que même si, dans cette prière, n’était faite aucune mention de l’onction, nos adversaires ne gagneraient  quand même rien.  Car, même dans les autres sacrements, un effet de ce sacrement est souvent imparti , bien qu’il  soit  établi qu’une partie n’opère pas sans l’autre.   Tite 3 : « Il nous a sauvés par le lavement. »  Actes 8 : « Simon était plein  d’envie,  parce que,  par l’imposition des mains des apôtres,  l’Esprit Saint était donné. »  Cependant, saint Luc avait dit,  avant, que les apôtres avaient prié pour les samaritains, afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint.

Cinquièmement, Calvin prouve avec l’aide  de  nos témoignages.   Car, Sigebert a écrit dans sa chronique  que cette onction avait été instituée par Innocent 3.  Elle n’est donc pas celle dont parle saint Jacques.  Mais, Kemnitius (à la page 335), écrit avec beaucoup plus d’audace ou de témérité,  que l’onction des malades a été instituée par Félix 4,  autour de l’année 528.  Mais il n’apporte aucun texte pour asseoir son affirmation.  Je réponds que le mensonge de Kemnitius a suffisamment été réfuté par Calvin, car Innocent 3 précède Félix 1V de cent ans.  Et, dans sa vie, ni dans aucun de ses écrits, nous ne trouvons un mot sur l’extrême onction.  Il parle, il est vrai, de l’onction des autels, des basiliques,  pendant qu’ils sont consacrés.  Et, dans son épitre 1 au même pontife, rien sur l’onction des malades.   Mais à Kemnitius, il est permis d’appeler êtres vivants et existants des choses qui ne sont pas.  Il a peut-être hérité  de  cela, par hasard, du supplément des chroniques de Philippe de Bourgogne.  Car, il écrit celui-là que le pape Félix a averti de conserver la doctrine de saint Jacques  sur l’onction des moribonds.   Mais en quoi cela est-il contraire aux catholiques?  N’est-ce pas plutôt  à leur avantage ?

Et à Calvin je réponds que, par ces mots, Sigebert réfère  aux paroles qui se trouvent dans l’épitre du pape Innocent 3,  (épitre 1, chapitre 8).  Il dit, dans cette épitre  que « l’onction des malades dont pale saint Jacques est un sacrement ».  Il ne dit pas que c’est lui qui l’a institué, il dit plutôt le contraire quand il proclame le témoigne de saint Jacques  pendant qu’il l’appelle sacrement, et pendant qu’il répond à une question qui lui avait été proposée  par l’évêque Eugubine,  sur ce sacrement.

CHAPITRE 4

On prouve par la tradition des anciens que l’extrême onction est un vrai sacrement

On doit, en second lieu, prouver la vérité avec les témoignages des pontifes, des conciles, des pères et des autres auteurs.  Parmi les pontifes, nous avons d’abord Innocent 1 qui (dans son épitre 1 à Decentius, chapitre 8) se souvient de ce sacrement.    Nous avons ensuite Innocent 111 qui a rendu, lui aussi, un témoignage remarquable sur ce sacrement (dans le chapitre cum venisset,  sur l’onction sacrée).  Même s’il était seul, le témoignage d’Innocent 1 devrait amplement suffire, car il est un auteur ancien, a commencé à siéger à Rome en 402.   Et son épitre a été louée et recommandée  par saint Augustin, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome.   Il dit expressément et clairement que « l’onction est un sacrement expliqué par saint Jacques »;   et qu’il ne faut donc pas le donner à ceux qui ne peuvent pas recevoir les autres sacrements.  Et aucun auteur ancien ne lui a jamais reproché d’avoir enseigné que l’onction des malades est un sacrement.  Ajoutons que les magdebourgeois  (centurie 5, chapitre 6, rite de la visitation des infirmes) prouvent avec ce témoignage d’Innocent 1 qu’existait, en ce siècle, la coutume d’oindre les malades.  Ensuite, Kemnitius qui présente à peu près tous les témoignages présentés par les catholiques pour ce sacrement, n’a pas osé nommer cet auteur, mais n’a certes pas pu l’ignorer, puisque tous les auteurs catholiques en parlent.

De ce témoignage, nous déduisons la raison pour laquelle il n’existe pas un grand nombre de témoignages anciens et explicites sur ce sujet.  C’est qu’ils n’ont pas eu d’occasion d’en parler.  Car Innocent 1 lui-même n’en aurait pas parlé si l’évêque Eugubinus ne s’était pas demandé si l’évêque était le seul ministre de ce sacrement, et si le prêtre pouvait aussi le donner. Car, voilà la question à laquelle le pape répond.  Et les pères n’auraient pas écrit sur les sacrements qui étaient d’usage courant,  à moins d’être interpellés par une situation donnée, ou pour répondre à des hérétiques.

Dans les conciles, nous avons d’abord le concile de Nicée traduit de l’arabe en latin, canon 69, où il est fait mention de l’onction des malades, et où on la distingue du saint chrême,  et de l’huile des catéchumènes.  Nous avons ensuite des conciles particuliers, mais très anciens, comme celui de Cabilonense 2, canon 48, qui enseigne, en parlant de ce sacrement, que « les décrets des pères concordent avec l’épitre de saint Jacques ».  Le concile de Worms, canon 72, où sont renouvelés les décrets d’Innocent 1.    Le concile de Mendensis, d’après Duchardus (livre 4, canon 75.  Il ordonne dans le sermon 5, dans la cène du Seigneur, aux curés « de prendre une ampoule d’huile sainte pour oindre les malades, selon la tradition apostolique ».  Celui d’aquisgranensis 2, au temps de l’empereur Louis, canon 8.  « Qu’on ne néglige pas ce sacrement dans lequel est contenu le salut des malades. »  A des choses semblables celui de Moguntinus,  tenu sous l’archevêque Raban, canon 26.

Des pères, nous avons deux genres de témoignages.   De ceux, d’ abord, qui ne disent pas expressément  que l’onction des malades est un des sacrements,  mais qui disent expressément que les paroles de saint Jacques nous concernent, et que les presbytes doivent faire aujourd’hui, comme en tout temps, ce que saint Jacques a  écrit de faire.  Comme, par exemple, Origène (homélie 2 sur le Lévitique), saint Jean Chrysostome  (livre 3 sur les sacrements), saint Augustin  (dans le miroir où il inscrit les seules paroles de l’Écriture qui nous servent en tout temps. Il écrit aussi cette parole de saint Jacques : quelqu’un parmi vous est-il malade ?  Il écrit la même chose dans le sermonm 216 sur le temps :  il admoneste les malades « d’observer le précepte de saint Jacques. »    Dit la même chose l’auteur de l’œuvre sur la visitation des malades (au tome 9 des œuvres de saint Augustin).  Et même si cette œuvre est faussement attribuée à saint à Augustin, on ne peut nier qu’elle soit d’un auteur ancien.  Disent la même chose Bède (chapitre 6 de saint Marc, et 5 de Jacques),  Theophylactus  (chapitre 7 de Marc), et Oecumenius (chapitre 5 de Jacques).

Ces témoignages prouvent suffisamment ce que nous voulons démontrer, si on tient compte  que les adversaires nient que cette onction soit un sacrement,  principalement pour la raison que saint Jacques ne s’adressait qu’aux hommes de son temps.  Il est certain que c’est ce qu’a enseigné Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 20) : « Nous exigeons deux choses dans un sacrement :  qu’il soit une cérémonie instituée par Dieu, et qu’il ait une promesse de Dieu.  Nous demandons aussi que cette cérémonie nous soit transmise et qu’elle se rapporte à nous.  Car, personne ne soutient  que la circoncision soit un sacrement de l’Église chrétienne, même si elle a été instituée par Dieu, et a une promesse annexée, car ce n’est pas à nous qu’elle a été prescrite, et la promesse qui lui était annexée ne nous a pas été donnée sous la même condition.  La promesse dont ils se vantent férocement, ne nous a pas été faite à nous, comme nous l’avons démontrée. »      Donc, les pères cités qui affirment ouvertement que cette cérémonie et cette promesse nous concernent, veulent que cette onction soit un sacrement, au témoignage même de Calvin.

Nous en avons ensuite d’autres qui énumèrent expressément l’extrême onction parmi les sacrements, comme Alcuin (livre 2 sur les offices divins, chapitre 12),  Pierre Damien (sermon 1 sur la dédicace du temple), Hugues de saint Victor (livre 2, sur les sacrements,  par 15, chapitres 2 et 3).  Il faut noter, en passant, que cet auteur dit que ce sacrement a été institué par saint Jacques.  Mais il faut entendre  par institution, promulgation,  et non une véritable institution.  Comme il dit souvent que Moïse  a été l’auteur de l’ancienne loi, alors qu’il ne l’a que promulguée.  Saint Bernard (dans la vie de saint Malachie) rapporte même un miracle insigne.  Ainsi que  Pierre Lombard (4 dist 23), que tous les autres théologiens ont suivi.

Viennent  ensuite les exemples de plusieurs saints  qui tinrent à être oints avant de sortir de cette vie. On peut les lire, chez les catholiques, dans Surius (surtout au tome 2), et chez les hérétiques dans Illyricus (tome 2), centuries 8 et suivantes, chapitre 6.

Survient ensuite le témoignage de l’église grecque qui a un poids tout particulier, parce que ce n’est pas de l’Église romaine qu’elle a reçu ses rites, surtout depuis le temps de sa sécession. Il est certain que ces témoignages sont plus anciens que les hérésies et les schismes qui sont nés plus tard après.  Que les Grecs reconnaissent que l’extrême onction est un vrai sacrement, on le voit d’abord par le concile de Florence où ils reçurent sans protester l’instruction aux arméniens, qui énumère l’extrême onction parmi les autres sacrements.  De plus, quand Jérémie, le patriarche de Constantinople, a répondu à la confession des Luthériens, il a placé sept vrais sacrements, en affirmant qu’il n’y en avait ni plus ni moins. Et parmi ces sept sacrements, il a nommé l’extrême onction, en l’appelant un sacrement divin, qui a été expliqué par l’apôtre saint Jean.

Les écrivains grecs récents enseignent la même chose, comme Siméon de Thessalonique (au livre des sept sacrements), Nicolas Cabasilas, (exposition de la liturgie sacrée, chapitre 26) et le livre rituel euxologion, a, dans le sacrement,  les mêmes rites  que  ceux que nous nous avons en latin.

CHAPITRE 5

On prouve la même chose avec la raison

On tire enfin une raison de la divine providence, dont se sert le concile de Trente lui-même, (à la session 14).  Car, quand Dieu institua les sacrements, qui nous aideraient comme des divins subsides à l’entrée dans l’Église, et par la suite, on ne peut croire en aucune façon que la divine providence fit jamais défaut ni dans l’entrée, ni  dans le passage de l’église temporelle militante à l’église sempiternelle.  Surtout qu’on n’a jamais autant besoin d’aide qu’à l’article de la mort, comme les pères l’enseignent souvent, et surtout saint Grégoire (homélie 39 sur les évangiles, et livre 24 des morales, chapitres 17 et 18), Eusèbe Émissenus, ou qui conque est l’auteur de ce livre, homélie 1 sur les moines, et Jean Climaque ( sur les trente degrés, le degré 7, car, voyant  qu’il ne leur reste que peu de temps, les ennemis livres alors leur plus furieux combat.  Et l’homme n’est jamais plus inepte pour résister à la douleur et à toutes les souffrances des maladies.  Car, si le corps qui se corrompt alourdit l’âme même quand il est en parfaite santé,  il l’alourdira davantage dans cet acte de corruption.  Et l’expérience montre que les moribonds peuvent difficilement élever leur esprit vers Dieu.

Mais Kemnitius accourt au début de sa censure des décrets du concile, dans l’extrême onction,  en disant qu’on ne doit pas chercher d’autre aide pour les mourants que celles qui sont données,  et qui sont utiles pour les vivants : la parole de Dieu, les sacrements du baptême et de l’eucharistie.  La parole de Dieu, peut, en tout temps, exciter la foi, ainsi que la mémoire du baptême.  Et la réception de l’eucharistie est aussi profitable aux mourants.

Je réponds que si cette explication avait quelque  valeur, nous pourrions aussi prouver qu’on n’a pas besoin de l’eucharistie.  Car,  selon leur opinion, la mémoire du baptême justifie toujours.  Pourquoi donc, après le baptême, devrions-nous prendre une eucharistie ?   Parce que, après le baptême,  à cause des épreuves de cette vie, et la guerre de la concupiscence, la ferveur reçue au début diminue, et la mémoire du baptême ne suffit plus à la réparer.   C’est pour cela que Dieu a instituée une nourriture spirituelle.  Donc, parce qu’au sortir de ce monde, se présentent des difficultés spéciales, le Seigneur a institué un secours spécial.  Surtout parce qu’il arrive souvent que ceux qui agonisent ne peuvent pas entendre les paroles d’exhortation,  ni recevoir l’eucharistie.  Alourdis par la mort et privés de l’usage des sens, ils peuvent être oints, et percevoir le fruit de ce sacrement.

CHAPITRE 6

On réfute les arguments des adversaires

Le premier argument est de Luther. « Si l’onction des malades était un sacrement, elle aurait un effet infaillible. Or, elle n’en a pas, comme tous le savent, puisqu’un nombre infirme est sauvé; et la promesse de ce sacrement porte sur la santé corporelle. »    Les catholiques répondent de deux façons à cette objection.  Quelques-uns, comme Dominique a Soto, (dist 23,quest 1, art 3)estiment que la guérison corporelle est l’effet absolu et infaillible de ce sacrement.  Mais, ils disent que ce sacrement ne promet pas la santé intégrale, mais un certain degré d’aide surnaturelle, qui suffira parfois pour la guérison, et parfois pas.  Et que, tout étant égal par ailleurs, celui qui est oint guérit plus vite que celui qui ne l’est pas.

Cette solution ne me plait pas, puisque tous les théologiens, les conciles de Florence et de Trente, déclarent formellement  que, dans ce sacrement, la santé du corps est promise conditionnellement, c’est-à-dire dans la mesure où cela convient au salut de l’âme.   Il ne faut pas oublier qu’il n’est pas permis de demander  absolument des biens temporels, alors qu’on ne sait pas s’ils nous seront utiles ou pas.  « Mais, dit Scot, il arrive que quand un malade oint prend du mieux,  cela le fait empirer.   C’est qu’il avait obtenu, par le sacrement, une santé qui ne convenait pas à l’âme. »   Je réponds que celui qui est guéri après l’onction, et empire ensuite, a récupéré la santé non par la grâce du sacrement, mais par la vertu des remèdes naturels.  À moins que celui qui a empiré reprenne ensuite des forces.  Car, on dit que la santé  a été profitable à celui dont la santé profite selon la prédestination, même si elle semble être nuisible un certain temps.    Je dis donc qu’on ne doit pas penser que la promesse absolue porte sur la santé corporelle, mais sur la rémission des péchés, et l’aide spirituel qui est toujours utile, et jamais nuisible.  La santé corporelle appartient aussi à la promesse de ce sacrement, come conditionnellement, c’est-à-dire si elle est utile à l’âme.

Le second argument est de Calvin : « Si de ce que les apôtres oignaient d’huile et guérissaient des malades, on déduit l’existence d’un sacrement d’onction des malades,  on devra aussi tirer un sacrement de la vase et du crachat dont le Christ s’est servi pour guérir des aveugles. Et on devra le faire aussi pour d’autres cérémonies semblables. » Je réponds que l’objection de Calvin présuppose que les catholiques fondent leur argument principalement sur le passage de Marc, chapitre 6, où il est rapporté que les apôtres ont guéri un grand nombre d’infirmes et de malades par une onction d’huile.  Or, nous avons précisément enseigné le contraire plus haut.  Cependant, comme certains catholiques se servent du témoignage de saint Marc  avec une certaine probabilité, réfutons cet argument pour leur faire plaisir.

Je dis donc qu’il y a une très grande différence entre l’onction que décrit saint Marc et les autres cérémonies dont le Seigneur et les apôtres usaient pour guérir les maladies.  Car, des autres cérémonies, il ne reste aucun texte dans l’Écriture  qui nous obligerait de les pratiquer, comme on le voit dans Jacques 5.  Et pour les autres cérémonies, il n’existe aucune promesse de grâce spirituelle : ce  que nous avons dans saint Jacques .   Dans les autres cérémonies, on ne désigne pas un ministre particulier.  Et nous savons que, dans l’église primitive, des laïcs ont obtenu le don des guérisons.  Or, pour cette cérémonie (l’onction des malades), sont désignés des ministres spéciaux, des presbytes.

Le troisième argument est de Kemnitius.   La cérémonie de l’onction, en dehors du don de guérison, tire son origine en partie des hérétiques, et en partie des païens.  Car, les premiers qui inaugurèrent cette cérémonie de l’onction  par mode de sacrement, sans le don de guérison, furent les hérétiques valentiniens, comme on le dit dans saint Irénée  (1 livre 1, chapitre 18).  Ensuite, les païens prirent l’habitude d’oindre leurs morts, comme on le voit dans ce vers de Virgile : « Ils lavaient le corps de l’être sans vie, et l’oignaient. »  Voilà pourquoi Alpucius l’appelle le dernier lavage (livre 3 sur l’âne d’or).  Ces superstitions sont semblables à celles que raconte Denys (chapitre 7 de l’histoire ecclésiastique).

Je réponds que le rite de ces hérétiques fut très différent du nôtre.   Car ils oignaient, eux, quelqu’un  qui n’était pas sur le point de mourir, mais qui était déjà mort, comme on le voit en comparant ce passage d’Irénée  avec un texte d’Épiphane (hérésie 36).  Car, saint Irénée dit que le mort avait coutume d’être oint par les hérétiques pour s’acquitter d’un décès, ce qui peut être ambigu.  Épiphane dit ouvertement que les défunts avaient coutume d’être oints.  De plus, ile les oignaient  avec de l’eau et de l’huile mêlées ensemble,  pour que cette onction tienne lieu d’un baptême.  Nous séparons, nous, cette onction du baptême, et nous ne mélangeons pas l’huile avec  l’eau.  Ensuite, ils utilisaient des mots inouïs,  des mots hébraïques horribles, tandis que nous nous, nous utilisons une prière simple et compréhensible.

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