Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 288)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

En ce qui a trait aux superstitions ethniques,  Kemnitius pèche doublement.  D’abord, toute sa dispute est  hors propos.  Car, nous,  nous parlons d’une onction des vivants,  et lui, il tire son argument d’une onction des morts.  Et il aurait pu, avec cet argument, militer contre le sacrement du baptême, parce qu’après la mort, les corps étaient lavés par les Gentils,  et ils sont maintenant lavés aussi par les chrétiens, comme les Actes 9 nous en donne un exemple : Thalita avait été lavée par les chrétiens après sa mort.  Ensuite, il dit faussement que le rite de Denys a été tiré de superstitions ethniques, puisque ce sont plutôt les Gentils qui ont imité les Hébreux, qui étaient beaucoup plus anciens qu’eux.  En effet, les Hébreux oignaient les corps des morts, comme on le lit dans l’Évangile.  Car, dans Matthieu 26, le Seigneur dit en louant la piété de Marie qui l’avait oint : « C’est pour mon ensevelissement qu’elle a fait cela. »  Et, en Jean 19, où on nous raconte que le corps du Seigneur avait été enseveli avec des onguents.  Et on ajoutait : « Comme c’est la coutume chez les Hébreux. »  Et nous  savons que dans les temps éloignés, on avait fait usage de cette coutume,  lors de l’ensevelissement des patriarches Jacob,  Joseph etc. (Genèse, dernier chapitre).

Le quatrième argument du même Kemnitius : « L’évolution de cette onction au cours des âges enseigne ouvertement qu’elle n’est pas un sacrement.  Car, au tout début, les apôtres oignaient  les malades avec de l’huile ordinaire dans le but de les guérir.  Ensuite, quelques-uns ont commencé à ajouter une bénédiction, et à consacrer l’huile.  Mais ils continuaient cependant à s’en servir pour la même fin que les apôtres, c’est-à-dire  guérir les malades par un miracle divin, comme il appert des miracles produits avec de l’huile bénie par saint Martin.   Et par d’autres saints, comme on le lit dans la vie de saint Martin par Saint Sulpice, dans l’histoire lausiaque de Palladius, et dans l’histoire religieuse de Theodoret.  Enfin, quand les miracles tarirent, pour que cette cérémonie de l’onction ne soit pas oiseuse,  Félix 1V a voulu qu’on oigne les malades. »

Je réponds que cet argument repose  en partie sur de simples conjectures, et en partie sur des faussetés.  Car, que les apôtres se soient servi d’une huile ordinaire,  Kemnitius ne le prouve pas, et ne peut pas le prouver, si ce n’est à sa façon : l’Écriture ne parle pas d’huile bénie.  Mais nous, nous avons saint Clément qui attribue aux apôtres la doctrine de l’eau bénite, au livre 8 des constitutions, chapitre 35, et saint Basile, qui dit que « la bénédiction de l’huile est une tradition apostolique » (livre sur le Saint-Esprit, chapitre 27), et Bède (au chapitre 5 de Jacques), où il dit que « saint Jacques prescrit de l’huile bénite ».  Et il est certain qu’il est préférable de croire trois témoins qu’une infinité de non-disant.   Que Félix 1V ait institué l’huile des malades, c’est un mensonge, comme nous l’avons montré plus haut. C’en est un également d’après le témoignage de Calvin,  et des magdebourgeois.

Que la cérémonie d’oindre les infirmes par mode de sacrement soit née de cette onction qui opérait par mode de miracle,  la seule preuve que Kemnitius en donne est que  c’est ce qu’il pense. Mais nous c’est d’une toute autre façon que nous conjecturons comment s’est  faite l’évolution de cette huile. C’est qu’il arrivait souvent que, dans le sacrement de l’extrême onction, des hommes étaient guéris.  Alors, pour guérir des malades,  des saints commencèrent donc à se servir, en dehors du sacrement, d’une huile non bénie par un évêque, mais simplement sanctifiée par un signe de croix.  C’est, en effet, ce qui est arrivé pour l’eau.  Parce que, dans le baptême, les hommes étaient  guéris parfois de maladies corporelles, comme saint Augustin l’atteste dans l’épitre 23, et qu’il en donne des exemples dans la cité de Dieu (livre 23, chapitre 8), alors,  quelques-uns commencèrent à user de cette eau en dehors du baptême pour guérir les malades.  Ce  dont nous donnent plusieurs exemples Palladius, Theodoret et d’autres.

Le cinquième argument est celui de Kemnitius et d’Illyricus (aux centuries 2, 3, 4, 5, 6,  chapitre 6).  Il n’existe pas d’exemple de saints, parvenus à l’article de la mort,  qui aient demandé à être oints d’une huile bénite.  Je réponds que nous n’en avons pas d’exemple,  parce qu’on ne mettait pas par écrit les choses les plus quotidiennes les plus connues.  Car, il est certain que saint Bernard n’a jamais omis l’extrême onction, puisqu’il est établi qu’il faisait grand cas de ce sacrement.  Et pourtant dans la vie de saint Malachie qu’il a écrite, il n’en dit pas un mot, alors qu’il est certain que Malachie avait eu tout le temps voulu pour recevoir ce sacrement, puisqu’il avait non seulement prévu, mais prédit sa mort.

CHAPITRE 7

La matière et la forme de ce sacrement

La matière de ce sacrement est de l’huile d’olive bénite par l’évêque.  C’est ce que nous lisons dans le concile de Florence (instruction des Arméniens), dans le concile de Trente (au lieu cité), et dans les conciles, les pontifes et les pères ci-haut cités.   Ce qui veut dire que, dans ce sacrement,  la consécration et la bénédiction épiscopale   sont de l’essence de la matière du sacrement;  et non un accident, comme la consécration de l’eau dans le baptême.  Les conciles de Florence et de Trente  qui, à cause des hérétiques, ont expliqué toutes ces choses plus complètement, disent que, dans le baptême, la matière est l’eau simple, sans ajouter le mot bénite.  Mais dans l’extrême onction, comme dans la confirmation, il s  enseignent que l’huile est consacrée par un évêque.

La forme consiste dans  les mots suivants : « Par cette sainte onction, et par sa miséricorde pieuse, Dieu te pardonne tout ce que tu as fait de mal par la vue etc »  C’est cette formule que nous transmettent les conciles de Florence et de Trente, et les scolastiques.  Il y a ici trois précisions à faire.  La première.  Par ces paroles, est expliqué tout ce qui doit être expliqué dans la forme du sacrement : la cause principale, qui est la miséricorde de Dieu, et la cause instrumentale qui est l’onction sacrée;  l’effet, qui est la rémission des péchés, et en conséquence, la santé corporelle, qui dépend de la rémission parfaite du péché, comme la mort dépend du péché.    Voilà pourquoi le Seigneur (en saint Matthieu 9), dit d’abord au paralytique qu’il voulait guérir : tes péchés te sont remis, pour que tous comprennent que ses péchés avaient été la cause de cette maladie.  Comme c’était aussi le cas pour le paralytique guéri par Jésus à la piscine de Siloé  (en Jean 5) : « Voici que tu as recouvré santé.  Ne pèche plus, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire. »

La deuxième précision.  Dans cette formule, il  n’est pas nécessaire de prononcer distinctement toutes les syllabes,  comme si chacune faisait partie de l’essence.  Car ce n’est que la phrase qui fait partie de l’essence, et qui a la forme d’une déprécation, puisque saint Jacques a dit expressément : qu’ils prient sur lui.  Et de plus, il exprime l’effet du sacrement  en déterminant la matière qui est l’onction.   Bien que tous les mots ne fassent pas partie de l’essence, cependant on ne doit pas les omettre, et on ne peut le faire sans péché, puisque nous avons de l’Église un précepte clair, et une coutume séculaire.

La troisième précision.  On peut assigner plusieurs raisons pour lesquelles la forme doit être déprécatoire. Celle qui semble être la principale est que ce sacrement est un complément du sacrement de pénitence, et comme la pénitence des malades,  qui ne peuvent plus faire d’œuvres de pénitence.  Voilà pourquoi  la différence qu’il y a entre ces deux sacrements, est que le sacrement de pénitence requiert la confession et la satisfaction, et des œuvres laborieuses de la part de celui qui reçoit le sacrement.  Donc, dans l’un est la justice et la miséricorde, et dans l’autre, seulement la miséricorde.   Voilà pourquoi le prêtre dit : « Que Dieu te pardonne. »  Pour bien signifier que, dans ce sacrement, la rémission des péchés est l’œuvre de la seule miséricorde.

CHAPITRE 8

L’effet du sacrement

Les théologiens conviennent que ce sacrement a deux effets.  Le premier. La guérison du corps, si elle convient à l’âme.  L’autre.  L’effacement des restes des péchés.   Tous conviennent  que ce sacrement n’a pas pour effet, un caractère, et qu’il peut donc être répété, autant de fois que quelqu’un retombe dans un péril de mort.  La seule question que se pose les théologiens est celle-ci : que faut-il entendre par restes des péchés ?  Tous ne le conçoivent pas de la même manière.  Quelques-uns veulent qu’il s’agisse des péchés véniels, mais sans probabilité,  car ces péchés peuvent être effacés sans sacrement;  et pour les effacer, une nouvelle infusion de grâce n’est pas requise, ce qui est l’effet de tous les sacrements.  Si donc c’était cela l’effet propre et principal de cette onction, nous aurions de la difficulté à prouver qu’elle est un sacrement;  et saint Jacques n’aurait pas dit : si quelqu’un a des péchés, ils lui seront remis.  Car, des péchés véniels, tous en ont.  C’est lui-même qui le dit, au chapitre 2 : « Nous offensons tous Dieu en beaucoup de choses. » Il n’est donc pas à conseiller  de restreindre aux péchés véniels ce que saint Jacques appelle un péché en général, et ce que le prêtre dit : « tout ce en quoi tu as péché. »

D’autres, par reliques ou restes, entendent la tendance au péché ou un habitus laissé par le péché.  Mais sans grande probabilité.  Car, on ne peut pas entendre d’un habitus les paroles claires de saint Jacques : si tu as des péchés, ni la formule sacramentelle : tout ce en quoi tu as péché.  On ne voit pas, non plus, que, par ce sacrement, soit enlevé cet habitus.  Car, il arrive souvent que ceux qui guérissent  ressentent la même tendance au péché.  Et non pour rien, car des habitus contractés par la répétition de certains actes,  ne peuvent être enlevés que par la répétition d’actes opposés.

Je dis donc que les restes des péchés sont doubles, et que l’effacement de l’un et l’autre appartient à l’effet proprement dit de ce sacrement.  Le premier sens.   On appelle reliques ou restes ce qui reste après tous les autres sacrements, mortels ou véniels.  Il peut se faire que quelqu’un retombe dans le péché après s’être confessé et avoir communié, et ignore qu’il soit en état de péché mortel.  Une nouvelle confession ne pourra donc pas expier ce péché. Il pourra se faire que quelqu’un se confesse et communie non correctement,  sans s’en rendre compte.  Voilà quelles sont les reliques qui sont enlevées par ce sacrement, si on n’y met pas d’obstacle. Et c’est ce qu’indique saint Jacques quand il dit : « et ses péchés lui seront remis. »  Et c’est ce qu’enseigne le concile de Trente (session 11, chapitre 2) : « Sil reste encore des délits à expier ». On oint les cinq sens  qui sont comme quatre portes par lesquelles les péchés entrent dans l’âme, pour que soit faite une expurgation générale de tout ce qui reste de péché.  Ce qui nous fait comprendre à quel point il ne faut pas mépriser ce sacrement, puisqu’il peut se faire que soit sauvé par ce sacrement quelqu’un qui autrement aurait été damné.

Quelqu’un dira : enlever les péchés c’est une chose qui est commune  à tous les sacrements, pourvu qu’on n’y mette pas d’obstacle, parce que tous les sacrements confèrent la grâce, qui ne peut pas cohabiter avec un péché mortel.  Ce n’est donc pas quelque chose qui soit propre  à ce sacrement.  Je réponds que tous les sacrements font cela, mais par accident,  tandis que l’extrême onction le fait par elle-même et proprement, car c’est pout cela qu’elle a été particulièrement  instituée à la fin de la vie.  Deuxièmement.  Avec le nom de reliques des péchés viennent aussi les noms de torpeur, mélancolie, qui sont des restes des péchés,  et qui peuvent vexer un moribond. C’est d’elles que parle le concile de Trente, au lieu cité, et  saint Jacques  quand il dit : « Le Seigneur le soulagera. »

CHAPITRE 9

Le ministre et celui qui reçoit le sacrement de l’extrême onction

Le ministre est le presbyte, c’est-à-dire le prêtre et aussi l’évêque, s’il le veut.  C’est ce qu’enseignent tous les conciles et les pères cités plus haut.  Et c’est ce que l’on reçoit de saint Jacques : « Qu’il fasse venir les presbytes de l’Église.  Car, même si le mot grec presbuteros est ambigu, et  peut signifier autant une séniorité d’âge que de dignité, cependant selon l’usage du nouveau testament et de l’Église, il ne signifie que prêtres.    1Timothée 4 : « Aves l’imposition des mains du presbyte. »  Et même les adversaires comprennent qu’il s’agit de ministres de l’Église et non d’anciens laïcs.

Il y a quand même une chose douteuse dans ce texte, parce qu’Innocent 1 (dans son épitre 1, chapitre 8), dit que ce ne sont pas seulement les prêtres qui peuvent se servir de l’huile sainte, mais aussi les laïcs pour leurs besoins propres.  Cette sentence Bède la cite telle qu’elle au chapitre 6 de saint Marc,  ainsi que le concile de Worm, canon 72. Thomas Waldensis répond (livre 2 sur les sacrements, dernier chapitre) qu’il faut entendre les paroles de Innocent 1 pour les lieux et le temps où il n’y a aucun prêtre.  Il serait alors licite aux laïcs d’administrer ce sacrement.  Mais cette explication est rejetée par tous. Et avec raison, car il n’y a aucun sacrement qui ne requiert pas un ministre prêtre, à l’exception du baptême et du mariage, qui consiste essentiellement dans le consentement mutuel des mariés.

Dominique a Soto (dist 23 quest 7, art 1) entend qu’Innocent parle de l’usage de l’huile sainte en dehors du sacrement, pour la guérison des malades.  Mais cela semble être contraire à la pratique de l’Église, car elle ne donne pas aux laïcs de l’huile sainte pour leur usage personnel.   Les exemples qu’on  lit au sujet des miracles opérés par les saints ermites avec de l’huile sainte, ne prouvent pas qu’ils aient utilité l’huile qui est bénite par l’évêque dans une cérémonie solennelle, pour qu’elle soit la matière de ce sacrement.  Ils pouvaient aussi  se servir d’une huile qu’ils bénissaient avec le signe de la croix.    D’autres, avec plus de raison, comme Jansénius (chap 6 de Marc) disent qu’innocent parle du récipiendaire, non du ministre; et qu’il veut dire qu’il est permis à tous les chrétiens de se servir de l’huile sainte pour leurs besoins et leurs nécessités, d’appeler les prêtres, de recevoir l’onction sacrée, non de l’administrer.

De celui qui peut recevoir le sacrement, il doit d’abord, la chose est évidente, être un chrétien, car saint Jacques dit : « Parmi vous ».  Il faut ensuite qu’il soit malade, car, ceux qui se portent bien peuvent faire pénitence.  L’extrême onction est une miséricorde spéciale qui est accordée aux malades, qui ne peuvent déjà plus faire pénitence,  comme nous l’avons dit plus haut.  Troisièmement.   Le malade doit être gravement malade, de façon à ce que l’on craigne pour sa vie, comme les conciles l’enseignent, et comme nous l’avons montré plus haut.   Quatrièmement.   Le malade doit être un adulte et avoir l’usage de sa raison.  Car, les enfants, et ceux qui ont toujours été privés de l’usage de leur raison   n’ont pas de reliques ou de restes è faire effacer, et  ils ne sont capables ni de la joie et du soulagement que le sacrement  apporte, et ce ne serait pas sans irrévérence que le sacrement leur serait administré.  Cinquièmement, un pécheur  ne doit pas être excommunié avant la confession ou l’absolution, s’il appert qu’il est retenu par un péché qui n’a pas encore été absout. C’est ce qu’enseigne Innocent 1 (dans son épitre 1 à Decentius).

CHAPITRE 10

Les cérémonies

Il y a deux cérémonies usitées dans ce sacrement.  La première.  La récitation des litanies,  et d’autres prières avant l’onction.  La deuxième.  L’onction de sept parties du corps : les yeux, les oreilles, les narines,  la bouche, les mains.  Ensuite les reins, où est le siège de la concupiscence, et enfin les pieds, comme le membre de la marche et de l’exécution.  C’est ce que prescrit le concile de Florence. Au sujet de ces onctions, beaucoup pensent qu’elles font partie de l’essence, mais qu’il suffirait, pour l’essence du sacrement, que le malade soit oint à quelque part.  Le reste appartiendrait au rite et à la solemnisation.  Cette dernière interprétation est une conception personnelle, et est donc moins sécuritaire.  Certains pensent que toutes ces onctions sont de l’essence.  Mais voici  l’opinion la plus commune, qui est celle de saint  Thomas.   La  seule onction qui fait partie de l’essence, est celle des cinq sens, car là est l’origine de tous les péchés.  Car, la force appétitive dépend à peine de la force  cognitive, qu’elle soit progressive ou exécutive ou l’une et  l’autre.   Et pour des raisons de pudeur, il semble  honnête  de ne pas oindre les reins aux femmes.  Le concile ne prescrit donc pas que telle ou telle partie soit ointe, mais ne fait qu’énumérer les parties qu’on a coutume d’oindre d’après un rite ecclésiastique variable.

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6 sept2019CONTROVERSES SUR LE SACREMENT DE L’ORDRE= 12 chap

LIVRE UNIQUE

Voici les questions qui se posent sur le sacrement de l’ordre.La première.L’ordination des ministres est-elle un sacrement véritable et proprement dit ? La deuxième.L’ordination est-elle le sacrement de quelques ministres seulement, ou de tous ?La troisième.Quelle est la matière et la forme de ce sacrement ?La quatrième.Quel est son effet ? La cinquième.Quel est le ministre ? La sixième. Par quelles cérémonies est-elle conférée ? On pourrait aussi rapporter à ce sacrement des choses qui ont été expliquées par nous à un autre endroit, comme dans le pouvoir ecclésiastique, le nombre, la distinction et la fonction de chacun des ordres,le sacerdoce;des annexes du sacerdoce, comme la continence, et d’autres choses du même genre.

CHAPITRE 1

L’ordination est un sacrement de la nouvelle loi,véritable et proprement dit, nié par les hérétiques

C’est ce que nie Luther dans son livre sur la captivité de Babylone (au chapitre de l’ordre), où il en dispute sans ordre et avec arrogance. Le nie également Illyricus (dans sa confession d’Autuespiensis, chapitre 11), et Kemnitius(2 par examen, disputation sur le sacrement de l’ordre, page 1162, et d’autres.Quant à Calvin, même si la plupart du temps, il n’admet que deux sacrements, le baptême et la cène,cependant, au livre 4 des Institutions (chapitre 14, verset 20, chapitre 19, verset 31) il admet que l’ordre est un vrai sacrement.Et il a précisé que s’il a parlé de deux seuls sacrements, c’est qu’il parlait des sacrements qui sont communs aux fidèles.Philippe Melanchton, même si dans ses premières éditions des lieux, il ne parlait que de deux sacrements, il veut, dans les éditions de 36 et 52, que l’ordre soit un vrai sacrement;et il le prouve longuement.Même chose dans sonapologie de la confession d’Agusta, à l’article 13, qui porte sur le nombre de sacrements.Il enseigne assez ouvertement que l’ordination des ministres est un sacrement proprement dit.

Ne vaut pas la réponse de Kemnitius (page 1167), où il dit, dans l’apologie, qu’il est question d’un sacrement au sens large. Cette explication, dis-je, ne vaut pas, car Philippe enseignequ’aux sacrements proprement dits, sont requises trois choses : le rite, la promesse de grâce, et le mandat divin. Et c’est à partir de cela que le baptême, l’eucharistie et l’absolution sont déclarés par lui des sacrements proprement dits.Ensuite, pour les mêmes raisons, il rejette la confirmation et l’extrême onction, et un peu après, le mariage.Au sujet de l’ordre, il distingue : il ne l’accepte pas s’il est employépour désignerle sacerdoce, car il nie que dans l’église il existe un sacerdoce.Mais si le mot se rapporte à l’ordination, il ne voit pas de difficulté à la considérer comme un sacrement, car, dit-il, elle a un rite, un mandat et une promesse.Donc, même s’il n’ose pas le reconnaitreouvertement, Kemnitius diffère de Calvin et des principaux luthériens.Il s’adjointIllyricus, d’autres plus obscurs, et d’autres luthériens.

CHAPITRE 2

On démontre par les lettres divines que l’ordreest un sacrement

Que l’ordre est un sacrement véritable et proprement dit, on le démontre par l’écriture.Trois choses sont requises pour un sacrement proprement dit, comme les adversaires le reconnaissent, et Kemnitius (dans l’apologie de la confession, art 13.) Il faut un symbole externe ou un rite, une promesse de grâce, un mandat ou une institution divine. On trouve ces trois choses dans le sacrement de l’ordre.Le rite ou le symbole externe est l’imposition des mains. L’écriture en fait souvent mention, comme les Actes 6,où des diacres sont ordonnés par l’imposition des mains.Comme Actes 13, où par l’imposition des mains, Paul et Barnabée sont ordonnés évêques.Car c’est ainsi que saint Léon comprend ce passage (dans son épitre 81 à Dioscore), et saint Jean Chrysostome (dans son commentaire de ce texte). Voici ce qu’il écrit : « Quand ils les ont institués presbytes » .En grec nous avons : keirotonèsantes, c’est-à-dire quand ils les créèrent presbytes par l’imposition des mains.1 Timothée 4 : « Avec l’imposition des mains d’un presbyte. » Et, au chapitre 5 : « Tu n’imposerasles mainstrop vite à personne. » Tous ces textes parlent de l’ordre par imposition des mains.Voilà pourquoi, chez les Grecs, on a coutume d’appeler l’ordinationkeirotonia, c’est-à-dire extension ou imposition des mains.

La promesse de la grâce, nous l’avons expressément dans 1 Timothée 4 : « Ne néglige pas la grâce etc. »Et 11 Timothée 1 : « Je t’enjoins de ressusciter la grâce etc. »La mandat et l’institution.Actes 13 : « Mettez- moi à part Paul et Barnabée »ActesXX : « Dans lequel l’Esprit Saint vous a placés évêques. »éphésiens 1V : « C’est lui-même qui a donnédes apôtres, des prophètes, des pasteurs, des docteurs. »

Kemnitius répond, au lieu cité, que ces choses n’ont rien à avoir avec notre sujet.Car, ce symbole externe, l’imposition des mains, était utilisée dans l’ordination,mais n’était rien d’autre qu’une cérémonie dont se servaient les apôtres, quand ils priaient sur quelqu’un, ou recommandaient quelqu’unà Dieu.Ils imposaient donc les mains à ceux qui étaient ordonnés, non pour leur communiquer un sacrement quelconque, mais pour les recommander à Dieu.Il y a une promesse de grâce, il est vrai, dans l’écriture, mais non une promesse de grâce justifiante du péché. Or, cette grâce est nécessaire à un sacrement proprement dit.Au sujet du mandat divin.IL y en a un pour ordonner des ministres, mais non pour les ordonner avec tel ou tel rite.Car, quand le Seigneur ordonna les apôtres (Luc XX11), on ne lit pas qu’il les ait ordonnés avec une cérémonie quelconque.Ensuite, en Jean 20, il leur a donné de nouveau le pouvoir ecclésiastique, en disant : « Ceux dont vous remettrez les péchés etc. »Il ne leur a cependant pas imposé les mains, il ne les a pas oints, ni ne leur donna aucune instrument de consécration.Il a soufflé sur eux, ce que nous faisons nous aussi.Les apôtres ne rapportent jamais qu’ils ont reçu le mandat d’imposer les mainspour ordonner des ministres.

Je réponds que, en ce qui a trait à l’imposition des mains, qu’elle a été utilisée non seulement pour prier, mais pour ordonner.On le prouve cela en rappelant que l’écriture ne parle pas de prière dans 1 Tim 1V et V,et dans 2 Tim1, où il est question d’imposition des mains.Deuxièmement.Dans les Actes, chapitre 6, où des diacres sont ordonnés par des apôtres, on distingue clairement la prière de l’imposition des mains.Car, voici ce que nous lisions en grec : kai proseuxamenoi epetèkanautois tas keiras.C’est-à-dire : et quand ils prièrent, ils imposèrent les mains.Et de nouveau , au chapitre 13, il distingue une cérémonie d’une autre : « jeûnant et priant, et après leur avoir imposé les mains, ils les renvoyèrent. »

Troisièmement.Dans1 Timothée 5, on ne peut pas appliquer à une prière ou à une cérémonie par laquelle serait ordonnés les ministres les paroles suivantes : « N’impose pas les mains trop tôtà quelqu’un, pour ne pas communier dans les péchés d’autrui. »Car, celui qui prie pour un autre, même indignement, ne communie pas dans les péchés d’autrui.Mais, celui qui ordonne un indigne, communie dans ses péchés.Quatrièmement.Les paroles des Actes 14 keirotonèsantes presbuterous, ne peuvent en aucune façon s’entendre d’une prière.Il importe peu que nos adversaires ne veuillent pas que keirotoneinsignifie imposer les mains, mais plutôt étendre les mains, ou les élever pour voter.

Cela, dis-je, importe peu, car, dans l’écriture, et dans l’usage ecclésiastique, keirotonein signifie étendre les mainssur les têtes des ordonnés, et ordonner de cette façon.De façon à ce que soient la même chose keirotonia et keirothèsia.C’est ce qu’on voit dans saint Jean Chrysostome dans son homélie 10 sur la première à Timothée, dans la lettre du concile de Nicée aux Alexandrins (d’après Theodoret,livre 1, chapitre 9 de son histoire), et dans d’autres grecs qui appellent keirotonianl’ordination faite par un évêque.Et pourtant, les évêques n’ordonnent pas en élevant la main pout indiquer leur accord ou leur suffrage, mais en étendant leurs mains sur les têtes des ordonnés.

On tire la même choseaussi du passage des Actes 14,car saint Luc ne dit pas que les apôtres ont institué des presbytes pour la keirotonian du peuple, comme il devrait dire s’il pensait comme les adversaires, mais il dit que les apôtres se sont servis de keirotonia, c’est-à-dire de l’extension des mains, seulementpour instituer des presbytes.Ensuite saint Jérôme qui était versé dans l’une et l’autre langue (le grec et le latin), traduit(Isaïe 58)keirotonian par imposition des mains, qui, avec l’imprécation orale, parfait l’ordination.De plus, même s’il était attesté qu’une prière était toujours jointe à une imposition des mains, Kemnitius n’aurait rien à y gagner, car nous dirions alors que les paroles de cette prière sont des paroles sacramentelles.Voilà pourquoi les anciens les appellent des paroles mystiques.

Quand à la promessed’une grâce de rémission des péchés, je réponds que Kemnitiius veut que tous lessacrements soient institués pour remettre les péchés, ou qu’il suffise qu’elle confère une grâce qui rend reconnaissant, qu’elle soit efficace pour effacer le péché,si elle en trouve un, même si par elle-même, elle est ordonnée à d’autre chose.S’il affirme la première chose, il ne pourra pas prouver que l’eucharistie est un vrai sacrement, car il est certain que l’eucharistie n’a pas été instituée d’abord et avant tout pour effacer le péché, mais pour conserver la vie spirituelle,et pour l’augmenter.Onen a la preuve du fait qu’elle est donnée immédiatement après le baptême, donc, à des gens qui n’ont plus de péchés.De plus, elle n’est donnée qu’à ceux qui sont purs de tout péché, comme le dit saint Paul(1 Corinthiens 2) : « Que chacun s’éprouve lui-même, et qu’ainsi il mange de ce pain. »

S’il affirme la seconde, nous montrerons facilement que l’ordre est un vrai sacrement.Car, la grâce qui lui aété promise, n’est pas un don donné gratuitement, comme le don de prophétiesou des langues, mais une grâce justifiante.Car, d’abord, quand le Seigneur (en Jean 20) accorda à ses apôtres le pouvoir de remettre les péchés, qui est une partie du sacerdoce, il a dit : « Recevez l’Esprit Saint. »Car, dans l’écriture n’est pas appelé Esprit Saint ce don que les impies peuvent posséder.De plus, en 2 Timothée 1, où l’apôtrea dit qu’une grâce avait été donnée à Timothée par l’imposition des mains, il explique ensuite en quoi consiste cette grâce :« Dieu ne nous a pas donné à nous, les évêques, un esprit de crainte, mais de vertu, d’amour et de sobriété. »

En ce qui a trait au mandat ou à l’institution divine, nous ne lisons pas, il est vrai, que le Christ ait dit : ordonnez des ministres au moyen de l’imposition des mains, mais nous le déduisons clairement des saintes lettres.Car, comme nous avons dit des autres sacrements, personne ne peut annexer une grâceà un signe.Ce que nos adversaires concèdent aussi.Or, selon l’écriture, l’imposition des mains est lié à une grâce, comme nous l’indiquent ces paroles de Saint Paul à saint Timothée (1 Timothée 4): «Ne néglige pas la grâce qui t’a été donnée selon(par)la prophétie, par l’imposition des mains du presbyte. »Et le selon (par) la prophétie, n’est pas un instrument ou une cause efficiente,car l’instrument de communication de la grâce est l’imposition des mains. Car, le sens est, comme Calvin l’expose correctement : ne néglige pas la grâce qui t’a été donnée quand tu as été ordonné par moi, évêque,selon la révélation qui m’avait été faite de toi (Car Dieu avait fait une révélation à Paul, et lui avaitprescrit d’ordonner Timothée, selon des prophéties antérieures).

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