Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 289)
Que l’imposition des mains serve d’instrument de communication de la grâce, nous l’avons plus clairement en 2, Tim 1 : « Je t’admoneste de ressusciter la grâce qui est en toi par l’imposition de mesmains »Donc, commela grâce est liée à l’ordination par l’imposition des mains, il est nécessaire que Dieu soit l’auteur et l’instituteur de cette cérémonie.Et les arguments contraires de Kemnitius ne concluent pas.Car le Seigneur qui n’était pas lié par des sacrements, pouvait donner aux apôtres l’effet du sacrementsans le sacrement, c’est-à-dire ordonner des prêtres et des évêques sans imposition de mains.Comme il a confirmé les apôtressans sacrement, et absout sainte Marie Madeleine sans sacrement.
J’ajoute que nous ne sommes pas forcés de croire que le Seigneur ait conféré l’ordination à ses apôtres sans imposition de mains.Car, même s’il n’est pas écrit que le Seigneur a ordonné ses disciples par l’imposition des mains, le contraire n’est par écrit, non plus.Et le Seigneur a fait bien des choses qui ne sont pas écrites.
CHAPITRE 3
On prouve par la tradition que l’ordre est un sacrement.
Dans son livre sur la captivité de Babylone, au chapitre sur l’ordre, Luther affirme que Denys est le seul parmi les anciens que l’on puisse citerpour le sacrement de l’ordre et les autres sacrements, à l’exception du baptême et de l’eucharistie.Voici ce qu’il dit : « Je sais qu’il est le seul auteur, parmi les anciens, à parler de sept sacrements, bien qu’après avoir omis le sacrement du mariage, il ne nous en ait donné que six.Dans les autres pères, nous ne lisons rien sur ce sacrement. Et à toutes les fois qu’ils ont parlé de ces choses, ils ne leur ont pas donné le nom de sacrements, car, récente est l’invention des sacrements. »Voilà donc les paroles de Luther, dans lesquellesil y a plusieurs mensonges.Car, n’est même pas vrai ce qu’il affirme contre lui, à savoirquesaint Denys énumère six sacrements, car il n’en nomme que quatre.Il n’écrit rien, en effet, sur la pénitence,l’extrême onction et le mariage.Il ment ensuite impudemment quand il prétend que l’invention des sacrements est récente.Car, quant au mot sacrement, comme nous l’avons montré dans le premier livre, tous les anciens auteurs latins se sont servis de ce mot.Ensuite, quand il dit que, dans l’antiquité, il n’y avait aucune loi sur ces sacrements, il commet un mensonge digne de Luther.
Car, parmi les souverains pontifes, Innocent 1 (dans sa lettre 18 à Alexandre, évêque d’Antioche, dernier chapitre) compare l’ordre avec le baptême.Il dit que celui qui est baptisé par un hérétique est reçu avec son baptême, tandis que celui qui est ordonné par un hérétique n’est pas reçu avec son ordre.Et il en donne la raison suivante : parce que les hérétiques ne peuvent donner que le baptême.Et, en le comparant avec un sacrement proprement dit, « il dit qu’il range l’ordre parmi les sacrements proprement dits ».Où il faut noter qu’Innocent ne veut pas que soit ordonné de nouveau celui que les hérétiques ont ordonné, mais qu’il doit cesser d’exercer le ministère,comme s’il n’avait pas été ordonné.Léon 1 (épitre 81 à Dioscore d’Alexandrie, chapitre 1), donne le nom de sacrement à l’ordre, et ordonne qu’il soit donné et reçu à jeun, et seulement le samedi soir,et cela, avec la plus grande dévotion.Il indique clairement que, dans ce sacrement, une grâce est conférée.Et, dans l’épitre 87 (aux évêques de Mauritanie, chapitre 1, sur l’ordre) : « Qui oserait dissimuler que ce serait infliger une injure à si grand sacrement ? »N’entendez-vous pas ici le mot sacrement ?
Anastase 2 (dans l’épitre à Anastase l’empereur, chapitre 7 ) : « Aucun de ceux qu’Acace a ou baptisé ouordonné prêtre ou lévite, selon les canons,n’est lésé par le nom d’Acace, si ce n’est que la grâce du sacrement, transmise par un inique,est peut-être moins forte. »Ici, le pape parle de l’ordre,et dit qu’il est un sacrement, qu’il confère la grâce, et il le compare avec le baptême.Et il répète la même chose au chapitre 8.Ensuite, saint Grégoire 1 (livre 4, chapitre 5, commentaire sur les livres des rois), dit, au début, en parlant du sacrement de l’ordre : « Celui qui est promu est oint dehors de la bonnefaçon, s’il est fortifié à l’intérieur par la vertu du sacrement. »Il emploie le mot sacrement, et il dit que « l’ordre confère une grâce ».
Les conciles.Celui de Calcédoine(canon 2) condamne ceux qui reçoivent de l’argent pour une ordination. Et il donne pour raison que c’est comme vendre la grâce de Dieu, chose que personne ne peut ou ne doit faire.On litla même chose les conciles de Bracarensis 2 (canons 3 et les autres),dans celui de Florence« où les grecs et les latins ont approuvé que l’ordre fait partie des sacrements proprement dits ». Et c’est ce qu’a dit aussi le concile de Trente (session 23, chapitre 2, canon 3).
Parmi les pères, se présente d’abord Denys l’aréopagite (livre sur la hiérarchie ecclésiastique, chapitre 5, sur le rite des ordinations).Il montre suffisamment que par ce sacrement une grâce est donnée, et que c’est donc un sacrement.C’est ce que reconnait aussi Luther, car, dans son livre sur la captivité de Babylone, chapitre sur l’ordre,il ne cite que Denys contre sa nouveauté, et ne répond pas autrement qu’en méprisant l’auteur, à son accoutumée.Car, il dit qu’il n’y a chez lui, aucune érudition solide, et il ajoute qu’il lui serait facile d’écrire une meilleure hiérarchie que celle qu’il a composée.
Nous opposons, nous, à Luther saint Grégoire qui (dans son homélie 34 sur les évangiles) loue ce Denys comme un auteur ancien et vénérable.Nous lisons dans Sozomène (livre 7, chapitre 6 de son histoire),la sentence d’un martyr à Nectar, évêque de Constantinople,où il compare ouvertementle sacerdoce au baptême,et dit que « l’un et l’autre justifient les hommes » : « Toi, o bienheureux, qui as été récemment baptisé et purifié, et qui as été en plus agrandipar le sacerdoce, c’est Dieu qui les a institués tous les deux pour expier les péchés. »Saint Jean Chrysostome(livre 3 sur le sacerdoce) : « Le sacerdoce, dit-il, agit sur la terre, mais il faut référer l’ordre à la classe des choses célestes. Et cela, par quoi le mérité-je ?Car, ce n’est pas n’importe lequel mortel, ni un ange, ni un archange,aucune puissance créée, mais le Paraclet lui-même qui a conçu l’ordre. »Et plus bas : « Il comprendra alors de quel honneur, de quelle dignité, de quelle grâce du Saint-Esprit le sacerdoce est digne. »
Tharasius (dans son épitre au pape Adrien, que l’on trouve dans le premier tome de la bibliothèque des saints pères), dit que « ceux qui reçoivent de l’argent pour une ordination, vendent la grâce et le Saint-Esprit lui-même qui est donné dans l’ordination ».Theodoret commentantle verset de 1 Timothée 5 « tu n’imposeras pas trop tôt les mains à personne »,et Oecumenius, commentant 2 Timothée 1 : « je t’admoneste d’exciter la grâce »,disent ouvertement tous les deuxque, dans l’ordination, est conférée la grâce de l’Esprit- Saint qui doit être entretenuepar la ferveur et la prière,comme l’huile l’est par le feu. »Saint Cyprien, ou quiconque fut l’auteur des oeuvres cardinales du Christ,appelle sacrement l’ordination, et le compare au baptême : « On nous enseigne ce qu’est la stabilité du baptême et des autres sacrements. »Et plus bas : « Les règles ecclésiastiques prohibent la répétition du baptême.Et que le consécrateurn’ose pas imposer de nouveau les mainsà ceux qui ont été sanctifiés une fois.Que personne ne renouvelle les ordres sacrés, une fois donnés. »
Saint Ambroise (livre sur la dignité sacerdotale, chapitre 5) : « L’homme impose les mains, Dieu prodigue la grâce; le prêtre impose une droite suppliante,Dieu bénit avec une main puissante. »Voir le même dansdans 1 Corienthiens 12, sur le verset : il y a des divisions de grâces, et dans 1 Timothée 2.Saint Jérôme (dans son dialogue contre les lucifériens) , dans presque tout le livre, compare l’ordre avec le baptême, et prouve qu’une ordination donnée par un hérétique est valide, parce qu’un baptême donné par lui est valide : « Si, en baptisant dans sa foi, il n’a pas pu nuire au baptisé,il n’a pas pollué non plus un prêtre en l’instituant dans sa foi. »Argumentant avec un raisonnement semblable,saint Augustin prouve, contre les donatistes, qu’on ne peutpas perdre le sacrement de l’ordre une fois qu’il a été reçu. Il pense de la même manière dans son livre 2 contre Parmenianus, chapitre 13 : « C’est à eux à expliquer comment un baptisé ne peut pas perdre le sacrement de baptême, et comment quelqu’un qui a été ordonné peut perdre le sacrement. Si l’un et l’autre sont des sacrements,douter que l’un peut être perdu et que l’autre ne le peut pas, c’est faire injure à l’un et l’autre de ces sacrements ».Dans le livre 1 sur le baptême, chapitre 1, il dit la même chose.
Voici les remarques qu’on peut faire sur ces textes.Premièrement, contrairement au mensonge de Luther ci-haut cité,dans les deux chapitres, saintAugustin appelle l’ordre sacrement une dizaine de fois.Deuxièmement, saint Augustin compare l’ordre avec le baptême, et dit clairement que l’un et l’autre sont des sacrements de la même manière.Troisièmement, contrairement au mensonge de Luther,Saint Augustin affirme qu’il n’y a personne qui doute de cette vérité.Donc, si saint Augustin ne ment pas, tous les auteurs de ce temps et même tous les peuples chrétiens croyaient ce que nous croyons aujourd’hui.Lire aussi la même épitre de saintAugustin près de la fin, celle sur le bien conjugal,et son sermon sur son dialogue avec Emeritus, et enfin sont livre 2 contre Parmenianus, chapitre 11, où il dit que « par ce sacrement est donné le Saint Es-rit. » D’où nous déduisonsque la cérémonie aussi est un sacrement proprement dit.à ceux-là s’ajoutent les scolastiques à la suite de leur maître (livre 4 dist 21,), dont saint Thomas (question 1, article 1) qui affirme que « l’ordre est un des sept sacrements proprement dits, et que cette sentence est commune à tous ».
CHAPITRE 4
On prouve la même chose par la raison
Quand le Dieu dont sont parfaites les œuvres(Deutéronome 22) donne à quelqu’un un pouvoir, il lui donne aussi tout ce qui est légitimement requis pour l’exercer.Nous le voyons cela dans les choses naturelles, auxquelles Dieu n’a pas seulement donné des pouvoirs opératifs, mais aussi certaines qualités ou certains instruments, dont elles se servent adroitement et correctement. Or, par l’ordination sacrée, est donné à l’homme le pouvoir de conférer et d’administrer les sacrements, choses qu’un pécheur ne peut certes pas exercer dignement.Avec ce pouvoir, Dieu donnera doncen même temps la grâce justifiante qui perfectionne l’âme, pour que le ministre s’acquitte dignement de ce ministère.De plus, si, dans le baptême oùest donné le pouvoir de recevoir l’eucharistie et les autres sacrements, est donné aussi,avec ce pouvoir, la grâce qui fait un reconnaissant,--puisque ce n’est pas un plus petit péché de donner indignement le sacrement que le recevoir indignement--,le sacrement sera donc un sacrement proprement dit, car, toute cérémonie instituée pour sanctifier est un sacrement proprement dit.
CHAPITRE 5
L’ordination épiscopale est un sacrement
Vient ensuite la deuxième question : quels ordres sont des sacrements ?Dansle livre 1 des clercs, nous avons démontréqu’il y a sept ordres : l’ordre des prêtres,des diacres, des sous-diacres,des acolytes, des exorcistes, des lecteurs et des portiers.L’ordre du sacerdoce est double, car il y a les prêtres majeurs (les évêques) et les mineurs (les prêtres).Tous les catholiques sont d’accord que l’ordre des prêtres est un vrai sacrement;mais ils ne s’entendent pas toussur les autres.Au sujet de tous les sacrements, je dirai ce qui semble le plus vrai et le plus probable.
D’abord, l’ordination épiscopale est un sacrement véritable et proprement dit.Même si cette sentence est niée par certains anciens scolastiques (4 dist 24) et par certains récents, comme Dominique a Soto, (livre 10 sur la justice et le droit, quest 1 art 2,et dans 4 dist 24, quest 2, art 3), cependant, elle est affirmée par tous les anciens pères.Et par des plus récents, commePierre Soto, (leçon 4 sur le sacrement de l’ordre, dans institution du sacerdoce), etCajetan (tome 1, opuscules 11) et par certains anciens scolastiques , comme Altisiodorens partie 4 de la somme théologique,Jean Major,Scot, Durand,Paludanus(4 dist 21), bien que Durand veuille que l’épiscopat soit le même sacrement que celui de la prêtrise.Ensuite, par presque tous les canonistes (chapitre clercs, dist 21, dans le chapitre perlectis, dist 25.)
Il me semble à moi que cette assertion est très certaine.D’abord,parce que les textes de l’écriture avec lesquels les catholiques prouvent que l’ordination est un sacrement (1 Timothée 4, 2 Timothée 1) se rapportentà l’ordination épiscopale.Car, c’est dans ces seuls textes qu’est placé un symbole externepar la promesse d’une grâce.Dans ces passages, en effet, il s’agit de l’ordination de Timothée qui fut créé évêque par saint Paul,comme l’enseignent tous les commentateurs.Pour une raison semblable,dans Actes 13, il s’agit de l’ordination épiscopale de saint Paul et de Barnabée.Or, si l’ordination épiscopale n’est pas un sacrement,nous ne pourrons pas prouver avec les écritures que l’ordre est un sacrement.Deuxièmement.Les témoignages allégués, ceux de saint Léon, de saint Grégoire,de saint Denys, de saint Cyprien, de saint Jean Chrysostome, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Augustin et de Theodoret ne portent que sur les seuls évêques.Car, par le nom de sacerdoce, les anciens entendaient épiscopat.C’est à partir de ces textes que saint Ambroise écrivit sur la dignité sacerdotale, et saint Jean Chrysostome, sur le sacerdoce,l’un et l’autre ne parlant que des évêques. Si l’ordination épiscopale n’est pas un sacrement,il faudralaisser tomber les témoignages des pères qui portentsur la controverse principale.
Troisièmement,l’ordination épiscopale est une cérémoniequi imprime un caractère spirituel, et qui confère une grâce. Elle est donc un vrai sacrement.On prouve l’antécédent,et d’abord le caractère, par le fait que l’ordination épiscopale ne peut pas être répétée.Et de plus, l’évêque peut conférer deux sacrements, la confirmation et les ordres, sacrements qu’aucun prêtre inférieur ne peut conférer.Et s’ils essaient de le faire, ils ne produiront rien.L’évêque a donc, de pas son ordination,un pouvoir spirituel, et donc aussi,un nouveau caractère.Ils diront qu’on n’a pas besoin d’un nouveau caractère,mais qu’il suffit que le pouvoir sacerdotal soit élargi.Ou ils veulent réellementétendre ce pouvoir,ou l’étendre seulement dans sa signification.Car, dans l’évêque, le caractère est le signe de plusieurs pouvoirs,et dans le prêtre, de moins de pouvoirs. S’ils veulent vraiment l’étendre, notre argument aura la même force, car la même efficience est requisepour étendre réellement un caractère que pour enimprimer un nouveau.Donc, la cérémonie qui a un effet spirituel et surnaturel, c’est-à-dire une extension réelle du caractère,est donc forcémentun sacrement.
S’ils ne veulent l’étendre que dans sa signification, on n’aura pas de difficulté à les traverser.Car, bien que le caractère n’agisse pas par lui-même, mais soit seulement un signe d’un pacte de Dieu avec l’homme portant sur le concours divindans ces actions sacramentelles,cependant, ce signe est une réalité.Et donc, comme là où se trouveun pouvoir spirituel nous en déduisons que se trouve dans l’âme un caractère réel, de la même façon, là où se trouve l’addition d’un nouveau pouvoir, il faut en déduire aussi une réelle additionde caractère, ou un nouveau caractère, ce qui est plus probable.
De plus, sont séparés par une grande distance,le pouvoir de confirmer etde consacrer l’eucharistie, d’une part,et celui de lire l’évangile et l’épitre dans le sacrifice, d’autre part.C’est à cause de ces choses que nos adversaires voient dansle diaconat et le sous-diaconatdeux caractères différents, sans prétendre que l’un soitétendu.Pourquoi doncveulent-ils que ce soit uniquement dans l’évêque et le prêtrequ’ily en ait deux ?Que la consécration épiscopale confère une grâce, on le prouve par un argument convaincant.Les théologiens démontrentqu’une grâce est donnée dans l’ordination presbytérale, parce que le presbyte doit administrer certains sacrements qui, sans la grâce, ne peuvent pas êtredignement administrés.L’évêque doit, lui aussi, administrer quelques sacrements, la confirmation et l’ordre,qui ne peuvent pas, eux non plus,être administrés sans la grâce.
Il est donc étonnantque quelques-uns veuillentque, pour l’office du diacre et du sous-diacre,soit requise une nouvelle grâce, et que, donc, ces ordinations soient des sacrements;mais ne veuillent pas que soit requise une grâce pour l’office d’évêquequi est, sans comparaison, plus difficile et plus excellent.On confirme cette raison de deux façons.La première.Avec le rite lui-même de la consécration d’un évêque.Car, dans aucune ordination a-t-on recours à une solennité aussi grande que celle de l’ordination d’un évêque.Il y a là l’imposition des mains,l’onction, et plusieurs autres choses.Il n’est pas crédible que tant de cérémonies sacramentelles aient été instituées pource qui n’est pas un sacrement.
Deuxièmement. Si l’épiscopat est un sacrement distinct du presbytérat, il sera facile de prouver qu’un évêque est, de droit divin, plus grand qu’un prêtre, tant par l’ordre que par la juridiction, ce que tous les hérétiques nient.Ne nous convainquent pas les objections qu’on a coutume de nous opposer.La première.« L’épiscopat n’est pas un ordre nouveau, autrement il n’y aurait pas sept,mais huit sacrements.Et s’il n’est pas un nouvel ordre, il n’est certes pas non plus un nouveau sacrement, car s’il était un sacrement, il serait le sacrement de l’ordre. »
Je réponds que l’épiscopat forme un seul ordre avec le presbytérat, mais avec des degrés divers.Car, les ordres sont tels par le lien qu’ils ont avec l’eucharistie.Et parce que le pouvoir suprême s’exerce surl’eucharistie,le premier ordre est l’ordre sacerdotal,l’ordre de ceux qui peuvent consacrer l’eucharistie.Et on ne peut pas imaginer un ordre au-dessus de lui, qui lui soit plus grand ou supérieur.Mais parce que les presbytes et les évêques participent dà ce pouvoir d’une façon différente,il y a donc, dans le sacerdoce,deux degrés.En consacrant l’eucharistie, les prêtres dépendent des évêques,qui peuvent leur interdire de consacrer, les suspendre pour un temps,ou leur prescrirede célébrer à tel endroit, de telle façon, en tel temps.Et de plus, les prêtres ne possèdent pas ce pouvoir de façon à pouvoirle communiquer à d’autres, tandis que les évêques ont ce pouvoir, et peuvent le communiquer à d’autres.
Tu diras que cela ne semble pas être vrai,car,sa consécration à l’épiscopat n’octroie pas àl’évêquele pouvoir de consacrer l’hostie, mais seulement de confirmer et d’ordonner.Il n’est donc pas dans le même genre quele prêtre, car c’est quelque chose de tout à fait autre.Je réponds que l’épiscopat inclut dans sa nature le sacerdoce, si on parle du pouvoir d’ordre, dont il est uniquement question ici.Car, on ne peut pas concevoir un évêque qui ne soit pas prêtre, à part le prêtre premier et suprême.Comme la papauté inclutintrinsèquement et essentiellementl’épiscopat, même si elley ajoute plusieurs choses.Il s’ensuitque l’ordination épiscopaleest le produitd’une double ordination,et que le caractère épiscopal intègre et parfaitn’est pas une simple qualité, mais un composé d’un double caractère.Voilà pourquoi deuxsacrements sont requis pour constituer un évêque.
Je réponds donc à l’argumentque ce n’est pas de sa dernière ordination que l’évêque a de quoi consacrer l’eucharistie, mais de sa précédente, qui est quand même de l’essence de l’épiscopat.Commel’homme n’a pas de la différence spécifique d’être sensible, il l’a cependant de son genre, donc de sa nature, qui est constituée d’un genre et d’une différence.Et c’est ainsi qu’on réfute tous les argumentsque Scot et les autres multiplient.Voici donc leur argument : « Si l’épiscopat était un sacrement, il s’ensuivrait qu’on pourrait ordonner évêque quelqu’un qui n’est pas prêtre;et cet évêque pourrait consacrer l’eucharistie. »Ils le prouvent d’abord en remarquant qu’un ordre ne dépend pas d’un autre ordre.Car,si on ordonnait prêtre quelqu’un qui n’était pas diacre,l’ordination serait valide.Ensuite,ils le prouvent en affirmant qu’un un ordre inférieur est toujours contenu dans le supérieur, du moins virtuellement. Car,un prêtre pourrait remplir la fonction d’un diacre, même s’il n’était pas diacre.
Je réponds qu’on ne peut pas tirer ces conséquences.Car, il est impossible d’ordonner un évêque qui n’était pas prêtre avant, ou qui ne reçoit pas en même temps l’un et l’autre, car, comme je l’ai dit, l’un et l’autre sontde l’essence de l’épiscopat.Et il n’est pas vrai qu’un ordre ne dépend pas d’un autre, si ce n’est dans ceux dontl’un n’est pas de l’essence de l’autre. Et ne vaut pas la comparaison entre le prêtre et l’évêqueparce que le presbytérat n’inclut pas essentiellement le diaconat, comme l’épiscopat inclut le presbytérat.Pour une raison semblable, il ne s’ensuit pas qu’un évêque non prêtre puisseconsacrer l’eucharistie.Car, sans le presbytérat, l’épiscopat n’est pas un ordre supérieur.Je dirais plus :il est n’est rien dans la réalité, une pure fiction .Comme un archevêque qui n’est pas évêque, ou un être raisonnable qui n’est pas un animal.
Le troisième argument.Si l’ordination sacramentelle est un sacrement, elle imprimeun caractère.Ou bien, le caractèreépiscopal est plus grand que le caractère presbytéral,ou il ne l’est pas.S’il est plus grand,il est plus grand en tant que pourvoir de consacrer l’eucharistie, ce que tous nient.Et, de plus, il s’ensuivraitqu’il y a un ordre supérieur à l’ordre sacerdotal,un huitième.S’il n’est pas plus grand,l’évêque en tant qu’évêque n’estpas plus grand que le prêtre, mais égal, ou un peu inférieur, car aucun caractère n’est égal à celui du prêtre.
Je réponds que le caractère épiscopalcomplet et parfait est plus grand que le caractère presbytéral, car il inclut l’un en plus de l’autre, comme nous l’avons dit.Et c’est de cette façon que nous comparons les évêques avec les prêtres,quand nous disons que les premiers sont supérieurs, et les autres inférieurs.Si cependant quelqu’un compare le caractère qu’a l’évêque depuis sa dernière consécration, avec le caractère qu’il a reçu dans son ordination presbytérale,il en conclura que le premier est plus grand selon l’intensité,parce que le pouvoir suprême est de pouvoir consacrer l’eucharistie,mais que le second est plus grand selon l’extension, parce qu’il s’étend à plus de choses.
CHAPITRE 6
Le diaconat est un vrai sacrement
Au sujet des diacres, il est hautement probable et certainque leur ordination est un sacrement, même si celan’est pas de foi.Ce n’est pas certain de foi, parce qu’on ne peut le déduireni de la parole écrite ni de la parole transmise.Et , là-dessus, l’église n’a fait aucune déclaration, et n’a émis aucun décret.
Que ce soit fort probable, on le prouve par la sentence commune des théologiens, car il n’y a que Durand à soutenir que seul le sacerdoce est un sacrement de l’ordre ( 4 dist 24 quest 2).Et Cajetan (tome 1 des opuscules, traité 11).Deuxièmement.Parce que dans 1 Timothée 3, comme aussi dans Philipp 1 été Tite 1, l’apôtreunit toujours les diacres avec les évêques, c’est-à-dire, avec les prêtres.Car, par le mot épiscopes, il entend des presbytes, comme saint Jean Chrysostome l’enseigne dans son commentaire sur ces textes.Troisièmement, parce que dans les Actes 6, les diacres sont ordonnés par l’imposition des mains, c’est-à-dire par une cérémonie semblable à celle des prêtres et des évêques.Quatrièmement.Parce qu’en l’absence des épiscopes, les diacres peuvent baptiser, distribuer l’eucharistie, réconcilier les pénitents publics, prêcher, et exercer presque toutes les fonctions des prêtres et des évêques en leur absence.Il s’ensuitqu’ils ont besoin d’une grâce spéciale de Dieu, et que leur ordination est donc un sacrement.
L’antécédent est évident.Car, au sujet du baptême, c’est ce qu’attestent Tertullien(dans son livre sur le baptême), et saint Jérôme (dans son livre contre les lucifériens).Au sujet de l’eucharistie, on voit dans le concile de Nicée (canon 11), que les diacres pouvaient distribuer l’eucharistie aux laïcs, qu’ils pouvaient même autrefois administrer le sang du Seigneur au peuple, comme on le lit dans saint Cypriendans son sermon 5 sur les tombés.Au sujet de la réconciliation des pénitents, il faut lire l’épitre 17, livre 3, de saint Cyprien. Et pour la prédication, lire l’épitre 88, livre 4 de saint Grégoire.Voilà ce qui semble être la raison pour laquelle les diacres appartiennent à la hiérarchie, et président aux peuples avec les prêtres et les évêques, comme on le lit dans saint Jérôme (Tite, chapitre 2). Ainsi quedans saintDenys qui, dans sa hiérarchie ecclésiale,ne place que ces trois ordres, parce qu’eux seuls sont hiérarchiques.Car, les ordres inférieurs ne président pas au peuple, mais ne font qu’être au service des ordres supérieurs.Cinquièmement, quand le diaconat a été reçu, il ne peut être ni effacé ni répété. Il imprime donc un caractère, et est donc un sacrement.
Ils répondent que le diaconat est perpétuel non par un caractère, mais par la consécration, et parce que son office est de droit divin.Mais cette réponse ne vaut pas.Car sile fait de ne pas pouvoir être enlevé provenait d’ailleurs que du caractère, s’écroulerait certainement la raison principale des catholiques avec laquelle ils prouvent qu’un sacrement ne peut pas être répété, c’est-à-dire,parce qu’il imprime un caractère. Ensuite, la consécration des diacres ne serait pas une ordination si elle n’était pas un sacrement.Elle ne serait qu’une simple désignationune fonction.Rien n’empêchequ’on puisse enlever à quelqu’un sa fonction et la lui redonner par la suite.Car, on ne peut pas imaginer ne plus grande consécration-- si on peut appeler ainsi la dédicace d’une personne en dehors des sacrements--que celle des moines qui sont consacrés à Dieu par la profession solennelle.Et cependant, pour une juste cause, et avec la dispense du souverain pontife, ils peuvent retourner dans le monde, comme le pensent les hommes les plus doctes, et comme l’attestent certains exemples.Il importe peu que cet office soit de droit divin.Tout ce que cela prouve,c’est qu’il y doit y avoir des diacres dans l’église.Mais cela ne prouve pas qu’un tel ou un tel doive toujours demeurer diacre.Le diaconat pourrait donc être enlevé à un et être donnéà un autre.Comme il est aussi de droit divin que soient dans l’église des évêques avec juridiction, et cependant le pape peut enlever l’épiscopat à un évêque quant à la juridiction, et le donner à un autre.
Mais, contre cette proposition, on objecte quelques arguments.Le premier.Plusieurs anciens disent que les diacres n’ont pas été institués par le Christ, mais par les apôtres, comme on le lit dans saint Cyprien (livre 2, épitre 9),Anaclet (épitre 3),et Damase (épitre 1).On le confirme en constatant que les diacres semblent avoir été institués à cause du murmure des Grecs, et n’avaient pour fonction que le service des tables.Je réponds que saint Cyprien était peut-être d’avis que le diaconat n’avait pas été institué par le Christ, comme nous l’avons dit ailleurs,ou qu’il voulait peut-être simplement dire que le Christ n’avait pas ordonné des diacres comme il avait ordonné des prêtres et des évêques.Mais, il ne s’ensuit pas que le Christ n’ait pas institué ce sacrement.Quant à Damase et à Anaclet, ils enseignent seulement que le Christ n’a institué que deux ordres : l’épiscopat et le presbytérat (les 72 disciples).C’est ce qu’ils écrivent contre les chorépiscopes,qui voulaient être un troisième gendre de prêtres, alors qu’ils n’étaient rien d’autre que des prêtres.Ces pontifes ne nient donc pas que les diacres et les ordres inférieurs aient été institués par le Christ,mais qu’il y ait un autre ordre sacerdotal en dehors des deux cités.
Au sujet de la confirmation, je réponds que c’est pour répondreà un besoin particulier et à une critique qu’ont été ordonnés les premiers diacres, mais que ce n’est pas pour cela quel’ordre a été inventé.Et il n’est pas vrai qu’au temps des apôtres, les diacres ne se soient occupés que du service des tables.Car, des diacres, il y en avait aussi à Philippe, à éphèse, en Crète, comme on le lit dans les lettres de saint Paul aux Philippiens, à Timothée et à Tite.Et cependant, dans ces lieux, les chrétiens ne vivaient pasen communauté,pour qu’il y ait un besoin de service de tables.Ensuite, cette ordination si solennelle, par l’imposition des mains, indique certainement autre chose qu’un simple service des tables.De plus,Philippe, (Actes8) qui était un des premiers diacres, ne consacrait certes pas le meilleur de son temps aux tables, mais à la prédication et au baptême. (Et saint étienne ?)Ensuite, dans les temps les plus anciens, les diacres sont des ministres de l’autel,et des sacrements, comme on le voit dans l’apologie 2 de saint Justin (vers la fin), et dans tous les anciens auteurs.
Le deuxième argument est que les diacres n’ont aucun pouvoir de faire quelque chose de surnaturel, ou un effet quelconque,qui soit invalide s’il est fait par un autre qu’un diacre.Ils n’ont doncpas un caractère propre.Car le caractère est donné pour opérer, non pour bien opérer.Je réponds qu’il n’est pas de l’essence d’un sacrementque quiconque le possède produise quelque chose de surnaturel, mais qu’il suffit que ce soit une cérémonie qui confère la grâce.Et ce n’est pas vrai, absolument parlant, qu’un caractère n’est donné que pour opérer, comme nous le montre le caractère de la confirmation qui est donné pour professer la foi.Foi que certains catéchumènes ont, sans caractère, admirablement professée, jusqu’à l’effusion deleursang.Foi que certains confirmés n’osent pas professer.