Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 290)
Le troisième argument.La matière du diaconat est la remise des livres des évangiles, comme nous l’avons dans le concile de Florence.Mais, quand les premiers diacres ont été ordonnés, l’évangile n’avait pas encore étéécrit.Donc, ou ils n’eurent pas un vrai sacrement, ou le diaconat n’est pas un sacrement.Je réponds que cette objection sera résolue à la question suivante.Elle ne prouve directement qu’une chose : le livre de l’évangile n’est pas la matière de ce sacrement.
CHAPITRE 7
Le sous-diaconat est un sacrement
Nous n’avons pas, pour le sous-diaconat, la même certitude que pour le diaconat.Car, on ne fait pas mention de lui dans l’écriture, et son ordination ne comporte pas l’imposition des mains, comme on le voit dans le concile 4 de Carthage (canon 5).Et les sous-diacres n’administrent pas l’eucharistie, et ils ne font pas, non plus, les autres choses que font les diacres.Voilà pourquoi ils n’appartiennent pas à la hiérarchie, sinon en tant queministres des membres des ordres hiérarchiques.Il est cependant fort probableque cet ordre soit lui aussi un sacrement.Car, il semble imprimer un caractère, puisqu’on ne peut pas le répéter, et aussi parce que lui est annexé un vœu de continence.Et aussi, parce que c’est la sentence commune des théologiens anciens et récents, à l’exception de Durand et de Cajetan.
Contre cette sentence, ou soulève deux arguments.Le premier.Le sous-diaconat n’était pas autrefois un ordre sacré, mais il a été, plus tard, rendu tel,par les souverains pontifes.Comme l’atteste Innocent 111 (chapitre a multis),sur l’âge, la qualité et l’ordre de ceux qui doivent être mis en avant des autres).Même chose Innocent 3 (chapitre miramur, au sujet des serviteurs qu’on ne pas ordonner.)Urbain 2 (canon nullus, dist 60).D’ou le maitre des sentences(livre 4, dist 24 qui dit que le sous-diaconat et les ordres mineurs introduits dans l’église ne datent pas du temps des apôtres.
Je réponds qu’ordre sacré et sacrement ne sont pas la même chose.Car, plusieurs estimentque les ordres mineurs sont des sacrements, alors qu’on ne peut pas les appeler des ordres sacrés.Comme l’enseigne correctement le maître au lieu cité, parce qu’ils sont proches des choses sacrées.Car le presbyte consacre l’hostie et l’administre; le diacre l’apporte à des malades.Le sous-diacre veille sur les vases sacrés et les fournit.Autrefois, cependant, il n’était pas permis aux sous-diacres de toucheraux vases sacrés,comme on le voit dans le concile de Laodicée (chapitre 21, et dans le canon nullus, dist 24, qui est tiré des décrets de Sylvestre).Et, pour cette raison, on ne l’appelait pas un ordre sacré.Et on ne pouvait pas élire un évêque de l’ordre des sous-diacres, mais seulement de l’ordre des prêtres ou des diacres.Mais, plus tard, il a été concédé aux sous-diacres de pouvoir toucher les vases sacrés, comme on le voit dans le canon non liceat,dit 23,et l’on commença alors à élire des évêques tirés de l’ordre des sous-diacres, comme on le voit dans les textes d’Innocent et d’Urbain ci-haut cités.
Le maitre des sentences dit que les sous-diacres ont été introduits par l’église.Mais, on ne doit pas interpréter cette phrase comme si c’était l’église qui avait institué cet ordre.Le maitre semble vouloir dire que l’usage de ces ordres n’a pas commencéau temps des apôtres, mais après,parce que, à cause du petit nombre des fidèles, tous ces ordres n’étaient pas nécessaires.Mais, cela ne semble pas être vraicar, saint Ignace, qui vécut presque au temps des apôtres, énumère tous les ordresdans son épitre à Héron,et dans celle aux Antiochiens.
Le deuxième argument.Les sous-diacres pouvaient être ordonnés par les chorépis- cospes, comme on le lit dans le concile d’Antioche (canon 10).Or, les chorépiscopes n’étaient que des simplesprêtres, qui n’avaient pas le pouvoir deconférer le sacrement d’ordre.Le sous-diaconat n’est donc pas un sacrement de l’ordre.Je réponds qu’il y eut deux genres de chorépiscopes (comme nous l’avons dit dans la dispute sur les clercs.)Certains d’entre eux étaient de vrais évêques, qui demeuraient dans un autre diocèse, comme les suffragants aujourd’hui en Germanie.Et c’est d’eux que parle le concile d’Antioche.D’autres n’étaient que des prêtres, et c’est d’eux que parle Damase,quand il net qu’ils puissent ordonner des sous-diacres.
CHAPITRE 8
Les ordres mineurs sont des sacrements
Au sujet des ordres mineurs, il est encore moins probable qu’ils soient des sacrements que ne l’est pourle sous-diaconat.Car la sentence n’est pas aussi commune que pour le diaconat ou le sous-diaconat.Et il est certain que les fonctions de ces ordres sont plus légères que celles des autres.Cependant l’opinion de ceux qui enseignent que tous les ordres sont des sacrementsest plus probable que celle de ceux qui le nient.D’abord, parce que c’est ce qu’enseignenttous les anciens scolastiques, Durand excepté.Et parmi les plus récents, de très graves comme Francis de Victoria (dans sa somme des sacrements),Pierre a Soto (leçon 4 sur les sacrements de l’ordre),et d’autres.Troisièmement.C’estce que semble avoir pensé le concile de Florence.Car, là où il dit que le sacrement de l’ordre est le sixième sacrement, et que la matière de ce sacrement est ce qui est utilisé dans l’ordination, il prend tout de suite des exemples dans les sacrements de l’ordre, le diaconat et le sous-diaconat, et ajoute qu’il faut entendre la même chose dans les autres ordres.Le concile de Trente n’est pas d’un autre avis.Car, àla session 23, chapitre 2, il énumère sept ordres.Et, après, au chapitre 3, il dit explicitement que l’ordre est un sacrement.Quatrièmement, les ordres mineurs ne peuvent pas être répétés.Ils impriment donc un caractère.Ils sont donc un sacrement.
Il y a une objection en sens contraire.S’il y a autant de sacrements qu’il y a d’ordres, il n’y aura pas sept sacrements, mais quatorze.Je réponds que même si tous les ordres sont, chacun d’entre eux,des sacrements par eux-mêmes, on considère qu’ils n’en forment qu’un, car sont une seule et même chose ceux qui sont orientés vers une seule et même fin.
CHAPITRE 9
L’imposition des mains appartient à l’essence du sacrement de l’ordre
Vient ensuite la troisième controverse qui porte sur la matière et la forme de ce sacrement.Tous conviennentque la matière est un signe sensible, que la forme est la parole qui est dite quand le signe est exhibé.Car, même si l’écriture n’a pas parlé de paroles, cependant les plus anciens pères ont écrit que des paroles sont requises.Comme saint Ambroise(chapitre 4, 1 Timothée), saint Jérôme (chapitre 18 d’Isaïe), saintAugustin (le sermon sur le dialogue avec Emeritus).Et on voit la même chose dans l’antique ordo romain, et dans tous ceux qui ont traité de ce sacrement.Mais, parce que dans l’ordination d’un prêtre et d’un diacre,deux signes sont exhibés, --l’imposition des mains, etla porrection des instruments, comme le calice et la patène dans le presbytérat, les livres des évangiles dans le diaconat--,une question se pose : est-ce que ces signes sont une matière essentielle de ce sacrement ?On trouve là-dessusdeux sentences chez les théologiens.Quelques-uns estiment que l’imposition des mains est accidentelle,et que seule la porrection des instruments est essentielle.Comme Dominique a Soto, (dist 24,quest 1, art 4,), et d’autres.
Leurs fondements sont au nombre de trois.Le premier, parce que, dans le concile de Florence, on n’assigne pas d’autre matière que la porrection des instruments.Le deuxième, parce que Innocent 3 (chapitre pastoralis, les sacrements qu’il ne faut pas répéter), et Grégoire 9(chapitre presbyter, même titre, disent qu’il ne faut pas réitérer une ordination faite sans l’imposition des mains, mais ajouter ce qui a été omis.Au même endroit, saint Grégoire ajoute que « l’imposition des mains est un rite introduit par les apôtres. »Le troisième.Les prêtres deviennent prêtres quand il leur est dit : « Reçois le pouvoir d’offrir le sacrifice. »Mais, alors, on ne leur impose pas les mains,on ne fait que la porrectiondu calice avec le vin, et de la patène avec le pain, comme on le lit dans l’ancien ordo romain, et dans le pontifical, dont se sert aujourd’hui l’église.Donc, l’imposition des mains qui est survenue après,n’appartient pas à l’essence du sacrement.
On prouve la majeure, en disant qu’autrement, fausse serait la concession de ce pouvoir, s’il n’était pas vraiment reçu alors.Et de plus, les apôtres ont été faits prêtres à la dernière cène, comme l’enseigne le concile de Trente (session 22, chapitre 1).Donc, même maintenant,les prêtres sont faits prêtresquand leur est donné le pouvoir de consacrer et d’offrir l’eucharistie.Carle « faites ceci en mémoire de moi » est la même chose que : Recevez le pouvoir d’offrir, ce que nousentendons quand les prêtes sont ordonnés.
L’autre sentence est de loin plus probable et plus vraie, à savoir que la matière essentiellen’est pas seulement la porrection des instruments, mais aussi l’imposition des mains.C’est ce qu’affirment des récents théologiens : Pierre a Soto (lecture 5 sur le sacrement de l’ordre),Martin Ledesmius( 4 quest 36, art 1, à 1),le cardinal Hosius, dans la confession polonaise (chapitre 50) »On prouve cette sentence.D’abord, parce que l’écritureprésente souvent l’imposition des mains,comme symbole externe de l’ordination, comme il appert des lieux allégués (Actes 6, 13, et 14,1 Timothée 4 et 5,et 2 Timothée 1.
Ils répondent à cela que l’imposition des mains est requise, mais qu’elle n’est pas de l’essence de la matière.Qu’au contraire, s’il en était ainsi, nous ne pourrions pas convaincre les hérétiquesque l’ordination est un sacrement proprement dit, parce que nous ne pourrions pas démontrer, dans l’écriture, un symbole externe de ce sacrement.Ensuite, s’il était permis d’expliquer ainsi, nous pourrions nier la matière de tous les sacrements.Je dirais plus, nous pourrions soutenir quel’eau ne fait pas partie de l’essence du baptême selon l’écriture, ni, non plus l’extrême onction.De plus, dans les autres sacrements, l’écriture n’a l’habitude de transmettre que les cérémonies essentielles, et celles-là,même pas au complet.Qui parviendrait à se persuaderque, dans ce sacrement, ce soit toujours le rite accidentel qui soit nommé, et jamais l’essentiel ?
De plus, saint Paul dit explicitement que « par l’imposition des mains est donnée la grâce » ) 1 Timothée 4, et 2 Timothée 1.Donc, l’imposition des mains est une partie essentielle du sacrement. Car, une promesse de grâce n’est pas faite pour les cérémonies accidentelles, mais pour les essentielles.
Ne vaut pas non plus ce qu’on nous oppose au sujet de la confirmation.Dans les Actes 8, on dit qu’elle est donnéepar l’imposition des mains, mais cependant cette imposition des mains n’est pas la matière essentielle du sacrement, puisque c’est le chrême qui l’est.Nous avons déjà réfuté cette objection dans la dispute sur la confirmation, où nous avons montréque, dans la confirmation, l’imposition des mains est de l’essence du sacrement, car c’est par elle que sont signés du chrême les fronts des fidèles.
En second lieu, je le prouve par la tradition des pontifes et des conciles.Saint Clément (livre 8, chapitre 2 des constitutions apostoliques),saint Damase (épitre 1),Innocent 1 (épitre 22 aux évêques de Macédoine),Léon 1 (épitre 87 aux évêques d’Afrique).Par des papes plus récents, Alexande 2 (canon ex multis, 1 quest 3)et Urbain 2 (canon Daibertus 1, quest 7,) et d’autres souvent.Les conciles.Celui de Nicée,(canon 9), celui d’Antioche (canons 10 et 17),celui de Carthage 4 (canons 2, 3, 4) et tous les autres canons antiques affirment que les ordres sont conférés par l’imposition des mains.Le concile de Trente lui-même (dont on doit parler à cause de ceux qui, après le concile, pensent autrement) dit, au sujet de l’extrême onction (session 14, chapitre 3) que « le ministre de l’extrême onction est l’évêque, ou le prêtre rituellement ordonné par l’imposition des mains. »
Et (à la session 22, canon 1, sur le sacrement de l’ordre), il dit ceci : « Si quelqu’un dit que, par l’ordination sacrée, n’est pas donné le Saint-Esprit, et donc que c’est en vain que l’évêque dit : reçois l’Esprit Saint, qu’il soit anathème. »Le concile déclare là que les presbytes sont ordonnés et que le Saint-Esprit est donné quand il est dit : recevez l’Esprit Saint.Et quand ces paroles sont prononcées, les mains sont imposées, comme il appert du pontifical et de la coutume de l’église.Le concile estimait donc que cette imposition des mains était de l’essence du sacrement.
On peut aussi le prouver avec les pères.Car, les grecs appellent l’ordination koirotonian, c’est-à-dire imposition des mains.Et Siméon Métaphraste écrit dans la vie de saint Jean Chrysostome, que quand l’évêque d’Antioche lui imposa les mains, et quand il le créa prêtre,le Saint-Esprit descenditincontinentvisiblement sur lui, sousla forme d’une colombe.Saint Ambroise (dans son livre sur la dignité sacerdotale, chapitre 5) dit que c’est par cette cérémonie qu’est accomplie l’ordination : « Un homme, dit-il, impose les mains, et Dieu prodigue la grâce. »Saint Jérôme (au chapitre 18 d’Isaïe) : « L’ordination n’est pas accomplie seulement par l’imprécation vocale, mais aussi par l’imposition des mains. »Saint Augustin (livre sur sa conférence avec émérite, et ailleurs) dit que « les prêtres sont ordonnés par l’imposition des mains. »Ce que tous les anciens enseignent souvent.Ce serait tout à fait ridicule de dire queles pontifes, les conciles et les pèresne parlent que d’une cérémonie accidentelle, puisque ils ne font jamais mention d’une autre cérémonie, alors qu’ils traitent souvent explicitement du rite de l’ordination.Qui croira que tant de pères et tant de conciles, qui ne parlaientjamais de rien d’autre plus souvent que de l’ordination des prêtres, n’ait jamais indiqué quoi que ce soit qui tienne à l’essence du sacrement ?
Troisièmement.On prouve la même chose avec les scolastiques, pour que notre sentence ne paraisse pas être une nouveauté.Il est certain que saint Thomas(dans 1 dist 15, quest 1, art 1)enseigneque « c’est dans l’imposition des mains qu’est donnée la grâce sacramentelle. » D’où il suit que cette imposition est une partie du sacrement.Saint Bonaventure(4 sent 10,24, art 1, quest 4, à 3) soutientque si les instruments manquaient, l’imposition des mains suffirait, parce que la main est l’organe des organes,dans laquelle sont tous les instrumentsvirtuellement contenus.Et, il ajoute que dans « la primitive église, tous les ordres étaient implicitementconférés par la seule imposition des mains ».Il répète la même chose art 1, question 1, à 3.Scot, Paludanus(dist 24) et Altisiodorensis (dans sa somme, par 41) disent ouvertement que « l’imposition des mains est de l’essence. »
Pour répondre à l’argument,il faut noter d’abordque, dans l’ordination des prêtres,dont nous disputons principalement,deux pouvoirs sont conférés.L’un de consacrer l’eucharistie,qu’on appelle pouvoir sur le vrai corps du Christ.L’autre, d’absoudre les péchés,qu’on appelle un pouvoir sur le corps mystique du Christ.Il faut ensuite noterqu’à cause de ces deux pouvoirs, il y a deux cérémonies principales dans l’ordination des prêtres.Une par laquelle l’évêqueprésente au futur prêtre la patène avec l’hostie,et le calice avec le vin en disant : « reçois le pouvoir d’offrir le sacrifice. »L’autre, quand, après la messe, l’évêque impose les mains et dit : « Reçois l’Esprit Saint.Les péchés seront remis à ceux à qui tu les remettras. »L’une et l’autre cérémonie sont non seulementprésentes dans le pontifical et dans l’usage de l’église,mais elles se trouvent aussi dans l’antique ordo romain.
Il faut noter en troisième lieu, que l’une et l’autre cérémonies sont essentielles, comme Scot l’explique et l’enseigne doctement.Car, par l’une est conférée un pouvoir, et par une autre, une autre pouvoir.Et ce qu’enseignent certains n’est pas du tout probable, à savoir que par l’une le sacrement est donné au complet, et que par l’autre, on ne fait qu’expliquer ce qui a été donné par la première.Car, d’abord, les premiers mots« reçois le pouvoir », et « reçois le Saint Esprit », ne signifient pas une explication, mais un don.De plus, de l’avis de tous, le Christ a divisé ces deux pouvoirs, quand il a ordonné ses apôtres.Il en a livré un à la dernière cène, quand il dit : faites cela;et l’autre, après la résurrection,quand il dit : recevez le Saint-Esprit.Voilà pourquoi l’église ne pouvait pas, mais plutôt devait, séparer ces deux pouvoirs, et les donner l’un après l’autre.Il faut noter quatrièmement,que les pères et les concilesn’avaient pas coutume d’expliquer tout le rite des sacrements,car ils n’écrivaient pas des rituels; mais ne faisaient que toucher une partie essentielle qui faisait comprendre toutes les autres.Car tous ces rites étaient archi connus par tous, par leur usage fréquent.
éclairé par ces explications, je réponds à la première objection que le concile de Florence n’a pas expliqué tout le rite,mais seulement une partie.Comme aussi le concile de Carthage qui ne parle que de l’imposition des mains.Il n’explique pas tout le rite, mais seulement la partie qu’a omettra plus tardle concile de Florence.L’un et l’autre concile enseignent correctement, et ils ne se contredisent pas.Pourquoi le concile de Florence a-t-il préféré mettre en lumière la porrection des instruments plutôt quel’imposition des mains ?On peut en donner deux raisons.Une première. Parce qu’il avait l’intention d’assigner pour matière, une chose subsistante, comme il l’avait fait, dans le baptême, dans la confirmation, dans l’eucharistie et dans l’extrême onction.L’imposition des mains n’est pas une matière subsistance,comme un calice ou une patène etc.La deuxième.Peut-être parce que les Arméniens que le concile instruisait, erraient dans cette chose, et non dans l’autre.
Au deuxième argument,je répondsque ces textes d’Innocent et de saint Grégoire plaident en notre faveur.Car le fait que les pontifes ne veuillent pas répéter des cérémonies correctement célébrées, et se bornent àsuppléer à ce qui avait été omis, indique que ces cérémonies peuvent être séparées,et être données à des temps différents, et être efficaces quel que soit le temps où elles ont été célébrées.Saint Grégoire dit que l’imposition des mains est un rite qui vient des apôtres.Ce ne veut pas dire que les apôtres ont institué cette cérémonie, mais qu’ils ont été les premiers à les employer dans les ordinations.Au troisième, je réponds que les prêtres sont ordonnés quand on leur dit : reçois le pouvoir d’offrir le sacrifice;et qu’ils sont ordonnés aussi après quand on leur dit : recevez l’Esprit Saint.Car, par des cérémonies différentes, ils reçoivent des pouvoirs différents.
C’est ce qui nous permet de résoudre l’argument tiré des diacres.Car, les premiers diacres furent, par l’imposition des mains,ordonnéspour certains ministères.Mais, ils ne furent pas ordonnés pour lire l’évangile, parce qu’il n’y avait pas alorsd’évangile à lire.Aujourd’hui, ils sont, par différentes cérémonies, ordonnés pour différents ministères.Il est crédible que le Seigneur ait institué toutes ces matières des ordres, non en particulier, mais en général, avertissant ses apôtres de conférer les ordres par la cérémonie des instruments qui signifient leurs pouvoirs.
CHAPITRE 10
L’effet de ce sacrement
Les catholiques conviennent que l’effet de ce sacrement est double.Le premier.Un pouvoir spirituel perpétuel, en signe de quoi est imprimé un caractère. Le deuxième.La grâce qui fait un reconnaissant,celle qui permet à ceux qui ont été rituellement ordonnés de remplir leur fonction.Les hérétiques de notre siècle nient surtout le caractère.Car, ils veulent que le ministère ecclésiastique ne soit qu’un simple office qui peut être donné et enlevé.Ils deviennent donc demain des laïcs ceux qui aujourd’hui sont des ministres ou des pasteursNous avons déjàdisserté là-dessus dans la dispute sur les sacrements en général.
Devraient suffire pour l’instant deux témoignages des anciens.Saint Cyprien (dans son sermon sur le lavementdes pieds) écrit : « Que personne ne reçoive deux fois les ordres sacrés. »Saint Augustin (dans son épitre contre Parmenianus, chapitre 13 ) : « L’un et l’autre est un sacrement,qui est donné par une consécration.L’une quand on baptise, l’autre quand on ordonne.Voilà pourquoi, dans l’église catholique, il n’est pas permis de réitérer l’une et l’autre. »Et (dans son livre sur le bien conjugal, chapitre 24) : « Si l’ordination d’un clerc est faite pour le peuple qui doit se rassembler, le sacrement demeuredans ceux qui ont été ordonnés, même si le peuple ne se rassemble pas. Et, si à cause d’une faute, quelqu’un est relevé de ses fonctions, il ne sera pas privé du sacrement du Seigneur qui lui a été conféré par l’imposition des mains, même s’il demeure clercpour sa condamnation. »Dans son sermon sur sa conférence avec émérite, il emploie le mot caractère, pour expliquer qu’une ordination ne peut pas être réitérée.Voir aussi plusieurs décrets sur cette chose dans Gratien 1, question 7.
7 septCHAPITRE 11
Le ministre
Nous avons traité du ministre des sacrements lors de la dispute sur les sacrements en général.Cela va de soi,carles seuls prêtres et les seuls diacres que l’église ait reconnus sont ceux qui ont été ordonnés par un évêque.Voir le concile d’Ancyre (canon 12), celui d’Antioche(canon 10),épiphane (hérésie 75), Damase (épitre 1), saint Jérôme (épitre 85 à évagre), saint Jean Chrysostome , Theodoret, et d’autres, dans leurs commentaires de la première épitre à Timothée, chapitres 3 et 4.
CHAPITRE 12
Les cérémonies
Il y a deux cérémonies que les adversaires réprouvent : l’onction, et la tonsure.Voilà pourquoiils appellent les prêtres catholiquesdes oints et des rasés.Mais nous avons parlé de la tonsure dans la dispute sur les clercs.Même si elle est une cérémonie propre aux prêtres, elle n’est pas faite pendant la consécration sacerdotale, cedont nous parlons actuellement.L’onction est vraiment une cérémonie sacramentelle, même si elle est accidentelle, car c’est dans l’ordination elle-même que sont ointes,par les évêques,la tête et les mains des prêtres.
Au sujet de la cérémonie, Kemnitius déclare ( 2 par examen, page 1171 et suivantes) déclare d’abord que le Christ et les apôtres ne les ont pas utilisées;que dans l’histoire de l’église on en trouve aucun exemple; qu’Ambroise et les autres pères n’en ont pas parlé, si nous exceptons les livres attribués à saint Cyprien et à Anaclet.Il ajoute que dans l’église grecque, cette onction n’a pas été reçue avant le treizième siècle;que c’est un rite judaïque, qu’on ne peut pas plus conserver que les sacrifices des brebis et des bœufs.Ce dernier reproche, il le tient de Calvin (livre 4, chapitre 19, versets 30 et 31,)
Je réponds que toutes ces choses sont des mensonges.En ce qui a trait à l’exemple du Christ et des apôtres, Kemnitius ne prouve pas qu’ils ne se soient pas servis d’huile.Mais, nous, nous pouvons prouver le contraire.Car, Denis (hiérarchie ecclésiastique, chapitre 4) dit que le pontife utilise l’huile sacrée dans toute consécration pontificale.Et que ce rite ait été légué par les apôtres,on le constate par le faitque, parmi les consécrations pontificales, les principales et les plus fréquentessontles ordinationsdes prêtres.Ensuite, ce qu’il ajoute au sujet de l’histoire ecclésiastique est un autre mensonge. Car, dans l’histoire d’Eusèbe, chapitre 4, il est fait clairement mention d’une onction sacerdotale, selon la foi grecque.Et Simon Métaphraste(dans la vie de saint Jean Chrysostome, qui se trouve dans le tome 1 de Surius),écrit que saint Jeana été oint,quand il aété fait évêquede Constantinople.Et Pierre Chrysologue (dans son sermon sur Sévère),rapporte que Sévèrea étéoint,quand il a été ordonnéévêque de Ravenne.
Troisièmement, ce qu’il écrit au sujet des pères est également un mensonge.Car, Pacianus est un contemporain de saint Ambroise.Dans son épitre 3 à Sympronianus, il écrit : « D’où vient le Saint Esprit à un peuple, le vôtre,que ne consigne pas un prêtre oint ? »De même saint Grégoire (livre 4 sur les Rois, chapitre 5).Il dit beaucoup de choses sur cette onction des prêtres.Auxquels j’ajoute, que Kemnitius le veuille ou non, l’auteur des œuvres cardinales du Christ , dans le sermon sur le saint chrême.Car, même si cet auteur n’est pas saint Cyprien, tous s’accordent à dire qu’il est ancien et docte.Son quatrième mensonge.Il n’y a pas eu d’onction dans l’église grecque avant le treizième siècle.Enseignent le contraire les témoignages allégués de Denys l’aréopagite, d’Eusèbeet de Métaphraste.
On ne peut pas, non plus,nous objecter le texte du pape Innocent.Car, loin de dire que ce rite a déplu aux anciens,il nefait que blâmer les grecs de son temps,parce qu’ils avaient négligé cette cérémonie.Voici ses paroles : « L’église ne judaïse pas comme mentent les anciens (certains ?) qui ne connurent ni les écritures, ni la vertu de Dieu. » Il est certain que ce texte a été altéré, et qu’au lieu de lire anciens (antiqui) on doit lire certains (aliqui). Car il ne pourrait pas réprouver les anciens en général, puisqu’il prouve sa sentence par les anciens.Ensuite l’accusation de judaïsme portée par Kemnitius et Calvin à cause de cette onction, a été souvent réfutée par nous.Car se servir des choses dont ils se servaient ce n’est pas judaïser.Autrement, on judaïserait quand on sert de l’eau dans le baptême, et de pain dans l’eucharistie, parce que les Juifs eurent aussi des eaux d’expiationet des pains de proposition.