Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 30)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

La réponse à la neuvième citation est nulle, parce que saint Paul (Rom 14) ne dit pas seulement que tous les genoux fléchiront devant le Christ (comme il le dit Philipp 2), mais il ajoute que cela a été écrit, et il cite le passage d’Isaïe où Dieu parle de lui-même. Il découle clairement de ces textes que le Christ est le Dieu d’Israël. Il est inutile d’objecter à cela ce que saint Paul dit aux Philippiens 2 : « Il lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom », car, selon le commentaire de saint Ambroise, c’est par une génération éternelle que le Père a donné au Fils un nom qui est au-dessus de tout nom. Selon tous les autres, c’est après la résurrection qu’il a donné au Fils un nom qui est au-dessus de tout nom, c’est-à-dire le nom de vrai Dieu, non parce qu’il ne l’était pas avant, mais parce qu’il n’était pas encore connu comme Dieu. C’est-à-dire que Dieu l’a glorifié de façon à ce que tout l’univers sache que cet homme crucifié est le vrai Dieu. Et qu’il faille entendre ce passage au sens de manifestation du nom, le Christ lui-même nous le fait comprendre quand il demande (Jean 17) : « Père, glorifie-moi de la gloire que j’ai eue auprès de toi avant que le monde fût. » C’est aussi ce qui est expliqué dans Philip 2 : « Et que toute langue confesse » etc. Mais même avant sa mort on donnait au Christ le nom de Fils du Dieu vivant (Matt 16, Jean 11). Et on l’appelait souvent Seigneur, Jean (13) : « Vous m’avez appelé Maître et Seigneur, et vous faites bien, car c’est ce que je suis ». Ce n’est donc pas par sa mort qu’il a acquis le nom de Fils de Dieu ou de Seigneur, mais seulement la manifestation de ces titres. Voir saint Cyrille dans son livre 4, chapitre 2, sur les trésors, où il fait de ce texte un commentaire admirable.

La réponse à la dixième citation est semblable aux précédentes. Car, il ne faut pas donner à ces paroles (« Je suis le premier et le dernier ») d’Isaïe un autre sens qu’à celles de l’apocalypse, du fait que, dans l’apocalypse on ajoute qu’il est mort. Ce que nous affirmons c’est que celui qui est mort, selon la forme de l’homme, est également le vrai Dieu éternel, le premier et le dernier selon la forme de Dieu, comme le dit Isaïe. Car c’est aux paroles d’Isaïe que saint Jean renvoie. De plus, le Christ est appelé d’une façon absolue premier et dernier, comme sont prises absolument les lettres alpha et oméga. Car si le Christ n’était que le premier parmi les créatures et le complément des œuvres de Dieu, il ne serait pas, absolument parlant, premier et dernier, mais relativement, sous un aspect particulier. Car Dieu est le seul à être, au sens fort du terme, premier principe, et fin ultime de toutes choses.

CHAPITRE 5 : 2e catégorie d’arguments : les textes de l’Ancien Testament

La première citation est du psaume 2 : « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré ». On applique ce psaume au Christ, d’abord parce que les rabbis l’attribuent au Christ (au témoignage de Galatinus, livre 3, chap 7), ensuite parce que les actes des apôtres l’attribuent aussi au Christ. Et saint Paul ne se serait pas servi de ce psaume comme argument contre les Hébreux s’il n’avait pas su que les Hébreux avaient coutume de reconnaître le Christ dans ce passage : « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré » Et pour qu’on ne pense pas que le Messie soit Fils de Dieu par adoption comme Israël, qui est appelé le premier né de Dieu, il ajoute : « Et maintenant rois, comprenez, instruisez-vous vous qui jugez la terre, acquerrez la discipline ». Notons que, dans la source hébraïque, que nos adversaires réclament toujours à grands cris, on trouve ; « Embrassez le fils », c’est-à-dire, en signe de sujétion, embrassez une main et un pied du Fils. Les septante ont traduit : « Apprenez la discipline », car ce ne sont pas les mots qu’ils ont considérés, mais le sens, car nous adorons vraiment le Christ, quand nous acceptons sa doctrine.

Notez, de plus, que les mots suivants (« de peur que quand le Seigneur se fâche ») ne sont pas, en hébreu, référés au Père mais au Fils. De peur que quand se fâche le Fils, Ce qui nous fait comprendre que le mot Seigneur qui a été ajouté par les septante se réfère au Fils. Et nécessairement aussi ce qui suit : « Quand sa colère éclatera dans peu de temps, heureux seront tous ceux qui mettront en lui leur confiance ». Voici donc quel est l’argument. Le Messie est le Fils de Dieu qui doit être adoré par tous les rois. Ceux contre qui il se fâchera périront tous; et ceux qui mettront en lui leur confiance seront bienheureux. Le Messie est donc le vrai Dieu. Car le seul le vrai Dieu a un pouvoir de vie et de mort (1 Rois 2). Semblablement, on nous dit souvent dans les Écritures que c’est dans le seul vrai Dieu qu’il faut mettre sa confiance, comme en Jérémie 17 : « Malheur à l’home qui met sa confiance dans l’homme ».

Le Deuxième passage est d’Isaïe 48 : « Écoute-moi Jacob et Israël, que j’invoque, moi. C’est moi-même qui suis le premier et le dernier. C’est ma main qui a fondé la terre, et c’est ma main droite qui maintient les cieux. » Et un peu plus bas : « Venez à moi, et écoutez ceci : je n’ai pas parlé en secret depuis le début. Avant que commence le temps, j’étais là, et maintenant le Seigneur ton Dieu m’a envoyé, et son Esprit ». Il est certain que ce n’est pas le Père qui a été envoyé, et parce qu’il n’y a personne qui puisse envoyer le Père, et parce que le Fils lui-même atteste avoir été envoyé par le Père (Jean 8), et par l’Esprit Saint (Luc 4). Et pourtant nous voyons que celui qui est envoyé c’est le Seigneur Dieu, celui qui a fait le ciel et la terre, celui qui est le premier et le dernier. Il répond à ce passage que lui avaient objecté Paulus Thurius, et Franciscus David (dispute Alban 5) que ces paroles (« et alors le Seigneur m’a envoyé »), le prophète les disait lui-même de lui. Il avait reçu cette explication de Vatablus, et Vatablus, des rabbins.

Voici les preuves que Franciscus David donne en faveur de son opinion. Première réponse. Si ces paroles étaient dites du Christ, le Christ aurait existé avant son incarnation. Or, saint Jean (1, 4) dit que c’est l’esprit de l’antichrist qui enseigne que le Christ a existé sans la chair, et avant la chair. La deuxième réponse. Saint Paul dit aux Hébreux 1 que c’est en dernier lieu que Dieu a parlé dans son Fils. Dans ce texte, ce ne peut pas être le Fils qui parle, car il dit qu’il parle depuis le début. La troisième réponse. Le «là » dans j’étais là, les catholiques ont coutume de ne l’entendre que du mont Sinaï. Aux Galates 3, saint Paul enseigne que la loi a été donnée au Sinaï par les anges, non par le Christ. Mais ces raisons ne prouvent rien, et je m’étonne que Paul Thurium n’ait pas pu les réfuter.

La première. Saint Jean n’a pas dit que le Christ n’a pas existé avant la chair, mais il a dit que c’est l’antichrist qui nie l’incarnation du Christ, comme la niaient alors Ébion et Chérinte, et comme la nient aujourd’hui encore les transylvaniens. Car voici quelles sont les paroles de saint Jean (1 chap 4) : « Tous ceux qui confessent que Jésus Christ est venu dans la chair sont de Dieu, et tout esprit qui dissout Jésus n’est pas de Dieu, et c’est celui-là qui est l’antichrist. » Qu’est-ce que dissoudre le Christ si ce n’est séparer le Verbe de sa chair, et dire que le Fils de Dieu ne s’est pas fait réellement fils d’homme, mais qu’il n’a fait qu’habiter en lui comme dans un temple. Qu’est-ce que c’est vraiment, pour le Verbe, d’être venu dans une chair, si ce n’est que le Verbe de Dieu a assumé une vraie chair dans l’unité de son hypostase, et qu’étant ainsi fait vrai homme, il est venu parmi les hommes ?

À la deuxième. Saint Paul ne nie pas que le Verbe de Dieu n’ait parlé avant l’incarnation. Il dit simplement qu’à la fin des temps, il a parlé par la bouche et la parole du Fils incarné, lequel parlait autrefois par les prophètes. Je dis à la troisième, que la loi a été donnée au Sinaï par Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, par le ministère des anges. Qu’Isaïe parle textuellement du Christ, nous l’apprenons d’abord par les Pères, car nous avons, nous, le consentement de tous les pères. Car, Origène (au livre 1 contre Celsius, un peu passé le milieu), Eusèbe de Césarée au livre de la démonstration, chapitre 6, saint Athanase dans son sermon sur la sainte mère de Dieu, saint Jean Chrysostome dans la sainte et adorable trinité, vers la fin du tome 3, saint Ambroise au livre 2 de la foi, chapitre 4, saint Jérôme et saint Cyrille dans leur commentaire de ce passage d’Isaïe, et saint Augustin dans le livre 20 de la cité de Dieu, dernier chapitre, tous ces pères l’ont tous expliqué ainsi. De plus, c’est le texte lui-même qui le crie « Avant qu’elles deviennent dans le temps, j’étais là, et maintenant le Seigneur Dieu m’a envoyé ». En hébreu nous avons : « depuis le temps où cela devait être, j’étais là, et maintenant le Seigneur m’a envoyé », c’est-à-dire quand ils devinrent. j’étais là.

Les septante ont traduit ou « avant le temps où cela devait être », c’est-à-dire comme l’a traduit saint Jérôme, ou « avant que cela devint, j’étais là ». Qu’est-ce donc que « ce qui doit être » ? Quelques-uns y voient le ciel et la terre, comme saint Jérôme, et alors le sens est : « Avant que ou pendant que devinrent le ciel et la terre, j’étais là ». Et cela ne peut certainement pas convenir à un prophète.

D’autres entendent par le mot « cela » la loi donnée au Sinaï ». Et cela ne convient pas non plus à la personne du prophète, qui est né plusieurs siècles après le don de la loi, pour ne pas dire après la création du ciel et de la terre. Ces deux traductions nous sont donc toutes les deux favorables. D’autres lui font dire : « Quand devint cette prophétie, j’y étais ». Mais cela est ridicule, car qui n’est pas présent à l’endroit où il parle ? D’autres y voient le renversement de Babylone par Cyrus, car c’est de cette chose qu’un peu avant parlait le prophète. Mais « là », c’est-à-dire à Babylone, le prophète n’était pas quand cela s’est passé, car Babylone a été renversée par Cyrus deux cents ans après la mort d’Isaïe. Et pourtant, il parle de cela comme d’une chose déjà arrivée, quand il dit « pendant que cela devenait », ou « avant que cela devienne ». Il ne reste plus qu’à dire que le prophète ait subitement changé de personne, et que quand il disait, dans la personne de Dieu, « avant que cela devienne j’étais là », il disait ensuite, en son propre nom et en sa personne propre, « alors le Seigneur m’a envoyé ». Mais la conjonction « et » s’y oppose, mot que l’on trouve aussi bien dans l’hébreu que dans le grec et dans le latin. Car cette conjonction nous force à tout rapporter au même. En effet, celui qui a dit « avant que cela devienne j’étais là », c’est le même qui ajoute « et maintenant, le Seigneur m’a envoyé ». Si donc il est permis de supposer sans raison des changements de personnes, on ne pourra jamais tirer rien de certain des saintes lettres.

Le troisième passage vient d’Isaïe, 35 : « Dieu lui-même viendra et nous sauvera. Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds entendront. Alors le boiteux sautera comme le cerf, et la langue des muets se déliera ». Il est clair que ce texte se rapporte au Christ. D’abord parce que le Seigneur (en Matt 11) a répondu aux disciples de saint Jean : « Allez rapporter à Jean que les aveugles voient, que les sourds entendent, et que les boiteux marchent ». Deuxièmement, parce que Dieu n’a jamais donné ces signes par aucun prophète. Ceux qui ont fait des miracles pendant le temps de l’ancien testament, ce sont Moïse, Josué, Élie, Élisée et Isaïe. Mais aucun d’eux n’a guéri des aveugles, des sourds, des muets, des estropiés, signes particuliers annoncés d’avance par Isaïe, que Jésus a donnés à plusieurs reprises. Ensuite, Isaïe parle du temps futur : « Dieu lui-même viendra »; et tous ces prophètes qui ont fait des miracles ont vécu avant l’époque d’Isaïe. Enfin, le Seigneur a dit lui-même en Jean 15 : « Si je n’avais pas fait des œuvres que nul n’a faites etc ».

Troisièmement, parce que c’est ainsi que les Pères expliquent le texte. Saint Irénée livre 3, chapitre 22, saint Cyprien livre 2, contre Jul, chap 7, Eusèbe de Césarée au livre 6, chap 21, démonstration, saint Jérôme et saint Cyrille dans leur commentaire de ce passage. Saint Cyrille dans le livre 4 sur saint Jean, chap 28. saint Augustin dans le livre des cinquante hérésies, chap 6, saint Athanase dans l e livre de l’humanité du verbe, un peu passé le milieu. Que le Seigneur Dieu dont parle ce texte soit le Dieu d’Israël, on le déduit directement de ce que le prophète emploie le mot Dieu au sens propre et strict : « Dieu lui-même viendra ». Car les prophètes n’appellent jamais Dieux les faux dieux et les dieux au sens figuré. Et c’est surtout ce « lui-même » qui indique le vrai Dieu, non un ministre quelconque qui viendrait à sa place.

Le quatrième texte est d’Isaïe 32. « Le Seigneur a dit : continuellement, pendant toute la journée, mon nom est blasphémé. A cause de cela, mon peuple saura mon nom en ce jour-là, car me voici moi-même, moi qui parlais ». Il est certain que celui qui parle au début est le Seigneur, car il se sert du nom ineffable, et il se plaint qu’on blasphème son nom. Il s’appelle le Dieu d’Israël, et appelle les Juifs son peuple, et dit, enfin, que c’est lui qui a parlé par les prophètes. Toutes ces choses ne conviennent qu’au Dieu vrai,

Que lui-même soit le Christ, on le prouve ainsi. Car il dit « moi qui parlais, voici que je suis là ». Car quand donc, je le demande, celui qui parlait par les prophètes a-t-il été présent afin de parler par lui-même, si ce n’est quand le Christ est né ? On a grandement raison de lire cette prophétie-là la nuit de la naissance du Seigneur; et tout ce qui suit va dans le même sens. Car, comme s’il voyait le Christ marcher sur les monts de Judée, et évangéliser, le prophète ajoute tout de suite après : « qu’ils sont beaux sur la montagne les pieds de celui qui prêche la paix, qui annonce ce qui est bon». Ensuite : « Ils verront d’œil à œil ». Et, plus bas, expliquant les fruits de sa venue : « le Seigneur a consolé son peuple, a racheté Jérusalem, Il a étendu son saint bras aux yeux de tous les peuples, et tous les confins de la terre verront le salut de notre Dieu ». Et plus bas : « Le Seigneur vous précèdera, et le Dieu d’Israël vous rassemblera. ». Enfin, c’est ainsi que l’expliquent les Pères suivants : Tertullien, livre 4, contre Marcion, un peu avant le milieu, Eusèbe de Césarée au livre 6 de la démonstration, chap 24, saint Ambroise, livre 2, chap 3, de la foi, saint Jérôme et saint Cyrille dans leurs commentaires respectifs de ce passage.

Le cinquième texte est tiré d’Isaïe 45 : « Voici ce que dit le Seigneur : le travail de l’Égypte, le commerce de l’Éthiopie et de Saba, des hommes sublimes viendront vers toi et seront tiens. Ils marcheront après toi, vaincus, ils porteront des menottes, ils t’adoreront et te supplieront. Seulement en toi est Dieu, et nul n’est Dieu en dehors de toi. Tu es vraiment un Dieu caché, Dieu d’Israël Sauveur. » Ces choses sont dites si manifestement par le Seigneur Dieu de son Fils incarné, comme saint Jérôme l’écrit en ce lieu, qu’on ne peut trouver aucune échappatoire à ce texte. Car, même s’il parlait plus haut de Cyrus, et puisque ne convient pas à Cyrus « il n’y a pas de Dieu en dehors de toi », ont doit dire que ces paroles s’appliquent à Cyrus en tant qu’il représentait le Christ, ou directement au Christ. On ne peut pas non plus voir en lui le Père, car c’est le Père lui-même qui dit d’une autre personne : « ils t’adoreront, ils te supplieront ». Et il ajoute les paroles de ceux qui le prient : « c’est en toi seul qu’est Dieu, et il n’y a pas de Dieu en dehors de toi ». Ajoutons qu’on ne pourrait pas pieusement dire au Père : « Ce n’est qu’en toi qu’est Dieu ». Mais au Christ, toutes ces choses conviennent parfaitement. Car Dieu est en lui, puisque son humanité est comme un temple de la divinité, et puisque, en dehors de lui, il n’y a pas de Dieu. Lui seul, en effet, est le vrai Dieu avec le Père et le Saint-Esprit.

Le sixième passage est de Baruch 3 : « Celui-ci est notre Dieu, et personne ne sera estimé qui sera son adversaire. C’est à lui qu’est parvenue toute la voie de la discipline, et il l’a livrée à Jacob, son fils bien-aimé. Après cela, il a été vu dans les terres, et il a parlé avec les hommes ». Il est très clair qu’il s’agit ici du Dieu d’Israël, qui est le seul à ne pas avoir de semblable à lui, et qui, après avoir livré la discipline à Israël, c’est-à-dire la loi sur le mont Sinaï, s’est finalement fait homme, a été vu sur les terres, et a parlé avec les hommes. C’est ainsi que l’expliquent les Pères suivants : Saint Cyprien, livre 2, contre les Juifs, chapitre 5, Eusèbe de Césarée, livre 6 de la démonstration, chapitre 18, saint Ambroise livre 1, chap 2, de la foi, saint Hilaire livre 5, à la fin de son livre sur la trinité, saint Grégoire de Naziance, oraison 4 sur la théologie, saint Basile, livre contre Eunome, non loin de la fin, saint Jean Chrysostome que le Christ est Dieu, saint Augustin dans la cité de Dieu, livre livre 18, chap 33, saint Cyrille d’Alexandrie sans son livre 10 contre Julien, Théodore, dans ce passage. Tout ce qu’ils ont à répondre à ce texte c’est que ce livre est apocryphe, puisqu’il n’existe pas en hébreu. Mais l’autorité de tant de pères qui citent ce livre comme sacré et canonique est de loin plus grande que celle de quelques hérétiques qui le rejettent.

Le septième est celui de Zacharie 2 : « Voici ce que dit le Seigneur des armées. Après la gloire, il m’a envoyé vers les Gentils, qui vous avaient dépouillés, car celui qui vous touchera touchera la pupille de mon œil, car voici que je lève ma main sur eux, et ils seront des proies pour ceux qui leur étaient asservis, et vous connaîtrez que c’est le Seigneur des armées qui m’a envoyé. Chante des louanges et réjouis-toi, fille de Sion, car voici que je viens, et j’habiterai au milieu de toi, dit le Seigneur, et beaucoup de Gentils s’intéresseront au Seigneur en ce jour-là, et ils deviendront mon peuple, et j’habiterai au milieu de toi pour que tu saches que c’est le Seigneur des armées qui m’a envoyé à toi ». Ce passage est d’une grande efficacité, comme l’a noté Eusèbe de Césarée au livre 5 de sa démonstration, chap 25, 26, saint Augustin livre 20, la cité de Dieu, dernier chapitre. De même saint Ambroise, livre 2 de la foi, chapitre 3, saint Jérôme, Théodoret, Rupert, dans le commentaire de ce prophète. Car on dit vraiment que le Dieu des armées est envoyé par le Dieu des armées, et cela est même répété.

Mais Franciscus David, dans sa dispute 8 sur ce passage, a trouvé à redire. Il dit que, bien que le prophète parle au présent, c’est une prophétie qui porte sur le futur. Car il parle de la conversion des Gentils qui s’est faite après l’ascension du Christ. On ne peut donc prouver par ce texte que le Christ a existé avant l’incarnation. Franciscus David nie donc que ce qui a été écrit c’est : Jéhova m’a envoyé moi Jéhova. Mais c’est le contraire qui est vrai. Car nous, nous ne tirons par notre argument de l’emploi du futur ou du passé, mais de ce que celui qui se dit envoyé par le Dieu des armées s’appelle lui-même le Dieu des armées. Et comme il est certain qu’il n’y a qu’un seul Dieu des armées, il s’ensuit forcément et nécessairement que le Christ est, avec son Père, ce même et seul Dieu et Seigneur des armées, même s’ils sont distingués l’un de l’autre par les personnes. C’est donc impudemment que Francis David nie qu’il soit écrit en toutes lettres que Jéhova a envoyé Jéhova, même si cela n’est pas écrit en ces mots-là.

Le huitième texte est tiré de Zacharie chapitre 3 : « Le Seigneur m’a montré Jésus le Grand Prêtre, se tenant debout devant l’ange de Dieu, et Satan se tenant debout à sa droite, pour lui faire la lutte. Et le Seigneur dit à Satan : le Seigneur te fera des reproches, Satan, le Seigneur qui a choisi Jérusalem ». Ici nous voyons clairement que le Seigneur dit au démon : le Seigneur te gourmandera. Il s’ensuit que le mot Seigneur ne représente pas une seule personne mais plusieurs. Que l’une d’entre elles soit le Christ l’enseignent des Pères de l’Église comme Eusèbe de Césarée, livre 5, chap 27 de la démonstration, saint Jérôme, Théodoret et Rupert dans leurs commentaires de ce passage. Et Thédoret explique pourquoi le texte parle du Fils plutôt que du Saint-Esprit. Car, explique-t-il, il a dit « le Seigneur te gourmandera », Or, c’est à Jésus fils de Josédech que Satan s’opposait, ce Jésus qui était un type du Christ. Comme ce Jésus ne pouvait pas par lui-même résister à Satan, c’est le Fils de Dieu, appelé lui aussi Jésus, qui a chassé pour lui Satan. Par cette lutte contre Satan, on annonçait qu’en se faisant chair, le Verbe viendrait livrer la guerre à Satan, ce qu’il a fait en Matthieu quand il a dit : « Va-t-en Satan ! »

Quelqu’un pourrait répondre : c’est l’ange devant lequel se tenait Jésus qui est appelé Seigneur; et c’est lui qui a dit« le Seigneur te gourmandera ». C’est ainsi, en effet, que raisonne Benoit Arias Montanus en commentant ce passage. Cette explication pourrait trouver une confortation dans le fait que, dans l’épitre de Jude, c’est à l’archange Michel qu’est attribuée la parole adressée à Satan : « le Seigneur te gourmandera ». On pourrait ajouter que dans l’Écriture les anges portent souvent le nom de Dieu parce qu’ils sont ses légats, et ils personnifient Dieu, comme on le voit dans la Genèse 18, dans l’Exode 3, dans les Juges 2, et ailleurs. Mais c’est le contraire qui est vrai, car ce n’est pas de cette lutte contre Satan que parle Jude, mais de celle qui a eu lieu entre saint Michel et Satan au sujet du corps de Moïse. Ensuite, on ne donne jamais aux anges le nom de Jéhova, mais de celui qui parle par les anges. qui était le vrai Dieu. Il n’est pas appelé ange en tant qu’il est un ange, mais en tant qu’il représente le Seigneur. Mais soit que, dans ce passage, ce soit Dieu lui-même qui parle ou un ange du Seigneur qui le personnifie, on trouve toujours deux personnes qui sont numériquement un seul Seigneur. Car si le mot Seigneur ne s’appliquait qu’à une seule personne, l’ange qui le personnifie ne dirait pas : « le Seigneur va te morigéner », mais c’est lui-même qui morigénerait puisqu’il personnifierait Dieu.

Le neuvième texte est celui de Zacharie 12 : « Je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de prières, et ils me regarderont moi qu’ils ont cloué » Ce passage s’entend du Christ cloué sur la croix. Et, cependant, celui qui parle est le Dieu d’Israël, qui est le seul à pouvoir répandre sur les hommes un esprit de grâce et de prières. Il n’est pas nécessaire de présenter les témoignages des Pères, car saint Jean lui-même dit que cette prophétie a été accomplie quand le Christ a été crucifié et qu’il a été transpercé par une lance. Et puis, elle parle d’elle-même. Car quand, je le demande, l’auteur de la grâce a-t-il été cloué si ce n’est quand a été crucifié le Christ, vrai Dieu et Seigneur de gloire, comme l’appelle saint Paul. Mais, si cela ne plaît pas à nos adversaires, qu’ils montrent où et quand Dieu le Père a été cloué, pour pouvoir dire en toute vérité : ils me regarderont moi qu’ils ont cloué ».

CHAPITRE 6 : 3ème catégorie, les arguments tirés du Nouveau Testament

Que le premier témoignage soit cette confession de Pierre à partir d’une révélation du Père, en Matthieu 16 : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Il faut noter que ce que saint Pierre affirme ici, c’est que le Christ est vraiment le Fils naturel de Dieu. C’est pour cela qu’il ajoute « vivant », car c’est le propre des vivants d’engendrer un semblable à eux en nature. Ce que d’autres passages viennent confirmer. Car, en Jean 3, il est dit du Christ qu’il est le «Fils unique ». En Romains 8, on lui donne le nom de « propre Fils». En Jean 5, on dit qu’il est « le vrai Fils ». Dans les Col 1, et aux Hébreux 1, on lui donne le titre de « Fils naturel ». Car, on le dit l’image ou l’empreinte de l’hypostase (substance) paternelle, ce qui ne convient pas à des fils adoptifs. Au même endroit, il est un Fils tel que, comparé à lui, les anges sont dits serviteurs, eux qui sont pourtant des fils adoptifs, et certains d’une grande noblesse.

De plus, une des accusations que l’on portait contre Jésus c’est qu’il prêchait qu’il était le Fils de Dieu. Jean 19 : « Nous avons une loi, et d’après cette loi il doit être mis à mort, car il se fait le Fils de Dieu ». Et il est tout à fait certain qu’on ne l’a pas accusé parce qu’il se disait fils adoptif de Dieu, ou fils métaphoriquement, car les Juifs disaient d’eux-mêmes : « Nous avons un seul Père, Dieu » (saint Jean 8). Jésus ne chercha pas à jouer sur les mots. Il a accepté cette accusation comme étant véridique, et il a voulu qu’on le mette à mort à cause d’elle. Or, s’il est le vrai Fils de Dieu, son Fils naturel, propre, unique, il n’a pas reçu seulement une partie de la substance de Dieu, puisqu’elle est indivisible. Il l’a donc reçue au complet. Il est donc numériquement le Dieu unique avec le Père.

Les ministres transylvaniens (livre 2, chap 7, et Blandrata, dispute 6, Albana) répondent que le Christ est le vrai et propre Fils de Dieu, parce qu’il a été conçu du Saint-Esprit; et ils donnent comme preuve le texte suivant : l’Esprit saint surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi cet être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ». Voici ce qu’on peut dire contre. Adam, Ève, tous les anges, n’ont pas été, eux non plus, engendrés à partir d’une semence humaine. Ils ont été créés directement par Dieu. Comment alors le Christ est-il dit Fils unique ? Deuxièmement. Si le Christ est le vrai Fils de Dieu parce qu’il a été conçu dans le sein de la Vierge par l’opération du Saint Esprit, on pourra donc le dire Fils du Saint Esprit, ce que ne permet pas l’Écriture. C’est le contraire qu’elle enseigne, car Jean dit à 15 et ailleurs, que l’Esprit procède du Fils. Troisièmement. Il ne serait pas alors le vrai Fils naturel du Père, car ce n’est pas de sa substance que Dieu a engendré le Christ dans le sein de Marie, mais de la seule substance de la Vierge. Voilà pourquoi la lettre aux Hébreux 7, dit que le Christ est sans père et sans mère : sans père sur la terre, et sans mère aux cieux, comme tous les Grecs et les Latins l’ont compris.

Au texte de Luc 1, je réponds (avec saint Ambroise, sermon 5 sur le psaume 118, saint Grégoire livre 18, moral, chap 12, Bède le vénérable et saint Bernard dans le commentaire qu’ils ont fait de ce texte) que la vertu du Très-Haut est le Verbe de Dieu, qui est descendu dans le sein de la Vierge, et qui s’est revêtu de chair; et que c’est pour cela que le fils de Marie est dit Fils du Très Haut. On pourrait dire que la conception qui vient de l’Esprit Saint est le signe, non la cause de ce que le Christ soit dit Fils de Dieu. Car si le Fils de Dieu voulait devenir fils de l’homme, il convenait qu’il ne naisse de nulle autre femme que d’une vierge. Il convenait également que si une vierge enfantait, ce ne soit que pour donner naissance à Dieu, comme le dit magnifiquement saint Bernard dans son sermon 2, sur il est envoyé.

Jacques Paleologus, qui était un des principaux docteurs des samosatiens, et qui s’est converti à la vraie foi à Rome, comme nous l’avons dit, non seulement ne tenait aucun compte de notre argument, mais le retournait contre nous avec le syllogisme suivant. Aucun vrai Fils de Dieu ne peut être le Dieu vrai. Or, le Christ est le vrai fils de Dieu, il n’est donc pas le vrai Dieu. Il se vantait souvent de ce syllogisme comme s’il s’agissait de la plus irréfutable démonstration. Je l’ai entendu plusieurs fois moi-même. Je lui disais donc que la proposition majeure du syllogisme était à ce point fausse que c’est la proposition contraire qui est tout à fait vraie. Car comme le vrai fils de l’homme est un véritable homme, comme le fils d’un lion est un véritable lion, il est nécessaire que le vrai Fils de Dieu soit le Vrai Dieu.

Il répondait que cela ne vaut que pour la philosophie; que, selon elle, le fils est de la même nature que son père, mais non selon l’Écriture. Selon l’Écriture, les vrais fils de Dieu sont ceux qui sont constitués héritiers, comme cela est dit aussi du Christ dans l’épitre aux Hébreux. Il ne peut donc pas être vrai Dieu, puisqu’il est établi par Dieu héritier. Tu ne t’attends pas, cher lecteur, que je réfute de telles inepties. Car quoi ? Seth n’était donc pas, selon l’Écriture, un vrai fils d’Adam ? Isaac, un vrai fils d’Abraham ? Ruben un vrai fils de Jacob ? N’étaient-ils pas de la même nature que leur père ? Ensuite, l’Écriture ne dit clairement ni qu’un homme est héritier parce qu’il est fils, ni qu’il est fils parce qu’il est héritier. Rom 8 : « Si fils, héritiers aussi, héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ. » Et au sujet du Christ, Hébreux 1 : « Il nous a parlé dans son Fils ». Puis, il ajoute : « qu’il a constitué héritier de toutes choses ». Ne va pas entendre ce texte au sens où il aurait été constitué héritier par un héritage temporel, mais par sa génération éternelle.

Le second témoignage est de Luc 1 : « Il convertira beaucoup de fils d’Israël à leur Seigneur Dieu, et lui-même marchera devant lui dans la vertu, et la vertu d’Élie. » Le Seigneur Dieu d’Israël, au jugement de tous et surtout des hérétiques de ce temps, est le seul vrai Dieu. Et l’ange, dans ce passage, appelle le Christ Seigneur Dieu d’Israël. C’est ainsi que l’ont interprété des pères de l’église comme saint Irénée, livre 3, chap 11, saint Ambroise, Bède. Euthymius, et d’autres. On ne peut pas non plus le comprendre autrement. Car ce « il marchera devant lui », ne peut être référé qu’au Dieu d’Israël qui vient tout juste d’être nommé. Il appert que c’est le Christ que saint Jean Baptiste a précédé, non Dieu le Père. Saint Paul dit dans les actes des apôtres : « Le Dieu d’Israël a amené le Sauveur Jésus, Jean prêchant avant son avènement, un baptême de pénitence ». On peut confirmer la même chose par les paroles suivantes : « Il convertira beaucoup de fils d’Israël à leur seigneur Dieu. » Saint Jean-Baptiste ne cherchait à convertir les hommes à nul autre qu’au Christ; car c’est lui qu’il prêchait avec assiduité. Jean 1 : « Quand Jean vit Jésus, il dit : voici l’agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde ». Et tout de suite après ces paroles, André, qui était disciple de saint Jean Baptiste, s’est tourné vers le Christ, et l’a suivi.

Le troisième témoignage est de Jean 5 : « Les Juifs cherchaient encore plus à le tuer, car non seulement il déliait les Juifs de l’obligation du sabbat, mais il disait que Dieu était son Père, se faisant ainsi l’égal de Dieu ». Si le Christ prêchait qu’il était égal au Père, il est donc le vrai Dieu éternel et très haut. Quelqu’un pourrait répondre à cela que le Christ n’a pas prêché qu’il était égal à Dieu le Père, mais que ce sont les Juifs qui ont pensé cela. Le sens serait donc : les Juifs cherchaient à le tuer, parce que, selon leur opinion, non seulement il détruisait le sabbat, mais, selon leur opinion aussi, il se faisait égal à Dieu. Il importe peu que l’évangéliste rapporte ici ce que pensaient de lui les Juifs, ou ce qu’il avait enseigné de lui. Car, comme le disent les Pères qui ont commenté ce passage (saint Jean Chrysostome, saint Cyrille, saint Augustin), elle était conforme à la vérité l’opinion que les Juifs s’était formée de lui, et l’évangéliste rapporte précisément qu’ils avaient bien compris. Car si cette opinion des Juifs avait été fausse, comme l’a justement noté saint Jean Chrysostome, le Christ ou les apôtres seraient immédiatement intervenus pour les empêcher de commettre une si grande erreur. Exemple. Quand Jésus a dit qu’il réédifierait ce temple en trois jours, saint Jean a pris la peine d’expliquer qu’il ne parlait pas du temple des Juifs, mais du temple de son corps. Autre exemple. Quand les disciples interprétèrent les dernières paroles que Jésus avait prononcées sur Jean au sens où il ne mourrait pas, saint Jean s’est cru obligé d’expliquer que ce n’était pas vraiment cela que Jésus avait dit. Or, Jésus non seulement n’a pas corrigé l’opinion que les Juifs avaient de lui, mais il a renchéri, et l’a confirmé cette opinion en disant qu’il travaille toujours comme son Père, et que le Fils attire ceux qu’il veut comme le Père attire ceux qu’il veut. Voir tout le commentaire de saint Cyrille, chapitre 5, dans lequel il explique que le Christ a montré de plusieurs façons qu’il est égal au Père.

Le quatrième témoignage est de Jean 10 : « Moi et le Père nous sommes un ». Tous les Pères se sont servis de ce passage contre les Ariens pour prouver que le Père et le Fils ont une seule et même essence. Les transylvaniens (livre 2, chap 9) et Franciscus David ( dispute 2, Albana) enseignent qu’il faut entendre ce texte au sens d’une concorde de charité qui était entre le Père et le Fils. Et ils le prouvent par l’autorité d’Érasme et de Calvin. Ils auraient pu ajouter aussi celle d’Arius et d’Eunome. Leur deuxième preuve, ils la tirent de saint Jean 17, où il est dit des apôtres : « Pour qu’ils soient un comme nous sommes un ».

Que ce texte se rapporte à l’unité de l’essence, je le prouve, d’abord, avec saint Basile (livre 4, contre Eunome, vers la fin) et saint Jean Chrysostome (dans son commentaire de ce passage) par les paroles qui précédent. Pour prouver que ses brebis ne périront pas, Jésus fait ce raisonnement : « Personne ne peut enlever les brebis des mains de mon Père, parce qu’il est plus grand que tous ». Personne ne peut non plus enlever des brebis de ma main, Car le Père et moi nous sommes un. Cet argument ne prouve rien d’autre que ceci : le Père et le Fils ont la même main, c’est-à-dire la même puissance. Si la puissance est la même, l’essence est certainement aussi la même, car en Dieu l’essence et la puissance ne se distinguent pas l’une de l’autre.

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