Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 306)
Il enseigne, quatrièmement, qu’il faut conserver les lois civiles sur les degrés de parenté, de façon, cependant, à ce que les mariages ne soient pas contractés dans ces degrés, mais qu’ils ne soient pas invalidés s’ils sont contractés. Ce qui n’est pas vraiment conserver la loi civile. Car la loi civile invalide les mariages contractés dans les degrés prohibés. Mais, de cela, nous parlerons plus tard. Il faut observer ici, en passant, que Bèze, en tant qu’hérétique, se devait, dans son livre sur les calomnies et les mensonges, d’être bien renseigné. Il lui a plus de faire ces deux notes. À la page 44, il reproduit cette figure :
JEAN
PIERRE PAUL
JACQUES RACHEL
ANDRÉ SUZANNE
J0ANNE
Et il dit : «Les canonistes permettent à Jeanne, petite nièce du frère, d’épouser Pierre, grand oncle paternel, qui sont distants de six degrés. Mais non Jacques, même s’ils sont distants par le même nombre de degrés, six. Bien plus, même pas André, alors qu’ils sont distants de sept degrés. Ils permettent donc un mariage dans le sixième degré même avec celui qui tient lieu du père; et, dans le même degré, ils ne le permettent pas à ceux qui tiennent lieu du père, Jacques et Jean. C’est jusque là que les force à dévier du droit chemin la règle fictive sur les degrés qu’il faut compter dans la ligne collatérale inégale.» Et voilà. Dans ces quelques lignes, il y a autant d’erreurs que de mots. Et c’est au point où je me demande s’il les a écrites en dormant on en étant éveillé.
Sa première fausseté. Il affirme que les canonistes permettent au grand oncle paternel d’épouser la petite nièce (de son frère). Car, comme entre eux, selon les canons, il y a un quatrième degré de consanguinité, aucun canoniste ne dirait que leur mariage serait licite. Car, il est archi connu, conne l’a reconnu plus haut Bèze lui-même, que le mariage est prohibé au quatrième degré (chapitre non debet, de la consanguinité et de l’affinité.) Sa deuxième fausseté. Il affirme que, selon une supputation correcte, il y aurait entre eux six degrés. Car, par correcte, il entend légale, comme on le constate par ce qui précède, car il se bat toujours pour la loi civile contre la loi canonique. Or, selon la supputation légale, il y a entre Pierre et Joanne cinq degrés, non six. Car, il y a autant de degrés que de personnes, ex excluant la personne souche. La troisième erreur. Il affirme que les noces de Jeanne qui sont permises à Pierre sont interdites à Jacques et à André. Car, elles sont interdites à tous. Car, ils sont tous, avec elle, dans le quatrième degré. Et si elles étaient permises à Pierre, elles le seraient aussi à Jacques et à André, qui sont dans le même degré par rapport à Jeanne. Bèze ne trouvera aucun canoniste qui enseigne le contraire.
La quatrième fausseté. Il affirme que, selon la supputation des lois, Jeanne est distante d’avec Jacques avec les mêmes degrés qu’elle l’est d’avec Pierre, six degrés. Or, personne ne peut douter que cela soit faux, puisque, selon les lois, Pierre est plus proche de Jeanne d’un degré que ne l’est Jacques de Jeanne. Pierre est donc distant d’elle de cinq degrés, et Jacques de six, et André de sept, si nous suivons la supputation des lois. Selon les canons, cependant, ces trois sont au quatrième degré avec Jeanne. Il s’ensuit donc de ces erreurs manifestes, que toute sa conclusion est fausse. Il en conclut, en effet, que les canonistes permettent des mariages entre le sixième degré légal à celui qui tient lieu de père, et que dans le même degré, ils ne le permettent pas à celui qui tient lieu de père. Voilà donc les choses que seul le délire de la fièvre a pu faire écrire.
Ensuite, à la page 49, Bèze écrit que Martin 5 ne pouvait pas permettre à quelqu’un d’épouser sa sœur germaine, ce qu’il appelle une chose scélérate et scandaleuse. Or, le pontife Martin 5, très sage du consentement de tous, ne permit pas le mariage avec la sœur germaine, comme le veut le mensonge de Bèze, mais avec sa sœur qu’il avait connue auparavant par fornication, comme saint Antonin le rapporte (titre 4, chapitre 11), car, cette affinité n’est pas indiquée précisément dans le Lévitique. Les adversaires ne peuvent nier qu’il aurait été de loin plus tolérable d’épouse une «affine» faite d’une copule fornicatrice qu’une consanguine au premier degré. Et cependant, le pape ne permit pas cela, (selon le nouveau mensonge de Bèze) à cause d’un montant d’argent qui lui aurait été donné, mais à cause de l’énorme scandale que la séparation du conjoint faisait redouter, le cas étant occulte. C’est donc après mure réflexion et un long débat entre les théologiens, que la chose fut faite, comme nous le fait comprendre saint Antonin, qui vécut à cette époque.
CHAPITRE 26
On défend contre Bèze la supputation canonique, qui est excellente
Contre toutes les erreurs antérieures, j’énoncerai certaines sentences ou propositions, pour pouvoir exposer plus facilement la vérité catholique par parties.
La première proposition. La façon de supputer les degrés de parenté qu’utilisent les sacrés canons est la meilleure. J’affirme cela contre Bèze (livre ci-haut cité sur les répudiations). Car, comme la parenté est le lien de ceux qui proviennent d’une personne, on ne peut pas concevoir une meilleure façon de supputer les degrés que la distance avec cette unique personne. Et on le confirma ainsi. Bien que la façon civile de supputer soit bonne, elle aussi, on ne peut nier que la canonique soit la meilleure quand elle établit le premier degré dans la ligne collatérale. Car, il me semble qu’il y a un je ne sais quoi d’absurde à donner un deuxième degré sans donner d’abord un premier degré, comme le fait la supputation civile. Et même s’ils peuvent répondre qu’on ne peut pas donner de premier degré dans cette façon de supputer, cependant, qui niera qu’ont bien fait les canonistes qui conçurent une autre façon de supputer qui éliminerait cette incongruité.
Mais, voyons l’argument de Bèze contre la façon de supputer des canonistes : « Il y a trois règles qui nous font comprendre toute la sentence des canonistes. Et il n’y en a aucune d’elles qui ne soit inepte ou absurde. Donc, toute leur sentence est absurde.» Il prouve ainsi la majeure, en commençant par la première règle : « En ligne droite, on compte autant de degrés qu’il y a de personnes, en en omettant un. Cette règle, même si elle ne dit rien qui soit étranger à la vérité, n’est toutefois pas bien conçue. Car elle nous laisse à imaginer pourquoi on en omet un, et quel est celui qu’il faut omettre.
Pourquoi il faut en omettre un, et quel est celui qu’il faut omettre ? Je réponds qu’on ne peut pas avoir de doute sur celui qui commence l’arbre parental ou les lignes parentales. Car, comme un degré est la distance de l’un à l’autre, la première personne ne peut pas former un degré, car elle n’est distante ni d’elle-même, ni d’une du personne antérieure. Autrement, elle ne serait pas la première, mais la deuxième, celle qui est la première à se distancer et à se séparer d’une autre, et qui fait ainsi le premier degré. La première personne est donc un point d’où on tire une ligne, par laquelle se distance la deuxième personne de la première. Et cette ligne intermédiaire est le premier degré qui commence à la première personne et qui se termine dans la seconde. On ne peut donc pas parler de degré avant que ne soit produite la deuxième personne.
Il prouve la même chose au sujet de la deuxième règle : « Dans la ligne collatérale, si deux personnes sont également distantes de la personne souche, elles sont distantes entre elles par autant de degrés que chacune d’elles est distante de la souche. Donc, conclut Bèze, cette énumération est fausse et inepte, et contraire au gros bon sens. Car, la nature elle-même montre qu’il y a autant de degrés que de générations; et qu’on ne peut parvenir du frère au frère qu’en passant par le père commun.»
Je réponds que Bèze s’abuse, car il s’imagine qu’il faut passer du frère au frère par le père, comme si, dans une ligne , par un point médiane, les deux frères tiendraient deux extrêmes. Car, ainsi, sans aucun doute, un frère serait distant de l’autre par deux degrés. Mais cela n’est qu’une fausse imagination. Car, il n’y a pas, au-delà du père, une progression vers une autre personne, si ce n’est vers celle d’où le père procède, le grand-père. Et c’est ainsi qu’en ligne droite, on passe d’une personne à l’autre, parce qu’une personne est précédée par une autre. Comme le neveu est distant du grand-père par deux degrés, parce qu’on ne peut pas remonter du neveu au grand-père sans passer par le père.
Mais, du frère au frère, on ne passe pas par le père, car il n’y pas de procession du frère au frère, ni immédiate, ni médiate, mais l’un et l’autre frère est un au père. Et il n’y a d’union du frère avec le frère qu’en tant que chacun est un avec le père. Voilà pourquoi si quelqu’un désire connaitre la distance qu’il y a entre les frères, il n’a qu’une seule question à se poser : quelle distance ont-ils avec le père. Car ils seront autant distants entre eux, puisqu’ils n’ont aucune relation avec un autre. Car, comme l’un est distant du père d’un degré, il est aussi, par accident, distant de l’autre frère d’un degré.
Quelqu’un dira. Le fils semble être plus proche du père que du frère. Car l’amour est plus intense, et la dette de justice plus grande entre le père et le fils qu’entre deux frères. Or, le fils n’est séparé du père que d’un degré. Il est donc distant de deux, à moins que quelqu’un veuille imaginer des degrés rapetissés.
Je réponds que la parenté entre le père et le fils est plus grande, s’il est permis de parler ainsi, selon l’intensité, non selon l’extension. Car le frère n’est pas plus distant du frère que le fils ne l’est du père. Mais, dans une distance égale, il y a une plus grande union, et donc un plus grand amour et une plus grande obligation. Et la raison est que ces degrés ne sont pas de même espèce. Car, le fils est uni au père comme l’effet à sa cause première, et il lui est donc semblable en vertu de la force de production, d’où naissent l’amour et l’obligation. Mais le frère est uni au frère comme un effet procédant d’une cause commune. Or, entre deux effets qui procèdent d’une même cause, il n’y a pas cette dépendance qui se trouve entre l’effet et la cause, même si la distance n’est pas plus grande.
Il prouve enfin que la troisième règle est fausse , et qu’elle contient une erreur intolérable. Voici donc la troisième règle : « Dans la ligne collatérale inégale, les personnes sont distantes entre elles d’autant de degrés qu’elles le sont avec la personne souche. Cette règle enfante une erreur si crasse et si honteuse qu’à elle seule, elle montre que ces antichrist ont été séduits par les sortilèges du grand esprit pour que le Seigneur par eux tire vengeance dans le monde entier du mépris de sa vérité. À qui d’autre qu’à un fou a pu venir cette idée que, étant donnée une double ligne de parenté, une à droite, et l’autre à gauche, on fasse dans l’une une différence entre les générations, et dans l’autre, non.»
La force de son argument vient de ce que, de notre troisième règle, découle une absurdité , à savoir qu’une personne soit également distante de plusieurs inégalement distantes. Car, si, de la souche qui est Thare, descendent d’une part Abraham, Isaac, Jacob et Joseph, et de l’autre Nachor, Bathuel, et Laban, et si tu demandes de combien de degrés Joseph est distant de Nachor, on répondra : de quatre. Si tu demandes de combien de degrés Joseph est distant de Bathuel on répondra aussi de quatre. Il semble absurde que Joseph soit également distant des trois autres, qui ne sont séparés les uns des autres que par un seul degré.
Je réponds que cet argument, s’il prouve quelque chose, vaudrait aussi contre la deuxième règle. Car, même dans la ligne collatérale égale, celui qui est le dernier d’un côté est également distant de tous ceux qui sont de l’autre côté. On n’a donc pas raison de ne présenter cet argument que pour la troisième règle. Mais cet argument ne vaut contre aucune de ces deux règles. Car, ceux qui sont d’un côté n’ont de relation avec ceux qui sont de l’autre côté que par rapport à la souche, dans laquelle ils sont unis. Et voilà pourquoi c’est par accident qu’ils soient distants ou non distants entre eux quant à la relation aux personnes de l’autre côté. Il n’est donc pas absurde, mais plutôt convenable, et même nécessaire que Joseph soit distant de Nachor autant qu’il est distant de Bathuel ou de Laban, même s’ils ne se distinguent entre eux respectivement que par un degré. Car, ces trois ne regardent Joseph qu’en tant que tous les trois se trouvent dans Thare, la souche, de la laquelle Joseph est distant de quatre degrés.
Mais quelqu’un demandera peut-être d’où cela vient-il que si nous considérons une personne qui est plus éloignée de la souche, nous trouvons qu’elle est également distante de toutes les personnes de l’autre côté, comme nous l’avons dit de joseph. Et si nous considérons la personne la plus proche, nous trouvons qu’elle est inégalement distante de chacune des personnes de l’autre côté. Car, il est certain qu’Abraham, qui est le plus proche de la souche, c’est-à-dire de Thare, est distant d’un degré d’avec Nachor, qui est le premier sur l’autre côté; de deux de Bathuel , qui est le deuxième, et de trois de Laban, qui est le troisième.
Je réponds. La raison en est que quand nous considérons la personne la plus éloignée, comme Joseph, nous regardons alors la distance de cette personne avec la souche; et, par souche, nous entendons tous ceux qui sont de l’autre côté. Et c’est pour cela que la personne la plus éloignée est autant distante de la souche qu’elle l’est de toutes les personnes de l’autre côté. Et quand nous considérons la personne la plus proche, comme Abraham, nous ne regardons pas la distance d’Abraham avec la souche, mais la distance de la souche aux personnes de l’autre côté; et, dans la souche, alors, nous entendons cette personne la plus proche. Et parce que la racine ou la souche est inégalement distante des personnes de l’autre côté, la personne la plus proche, Abraham, est inégalement distante de toutes les personnes de l’autre côté.
Tu rétorqueras : pourquoi, si, en considérant la personne éloignée, comme celle de Joseph, nous regardions sa distance d’avec la souche, il s’ensuivrait que les autres personnes de l’autre c ôté seraient plus proches de leur collatéral que de la souche, ce qui est tout à fait impossible, puisque les collatéraux ne sont unis que par la racine ou la souche. Il est évident que cette conclusion qu’on en tirerait serait absurde et impossible. Car, si nous observons la distance entre Abraham et les autres personnes de l’autre côté, alors Abraham sera distant de toutes les autres personnes de l’autre côté par un seul degré, comme il est distant de la souche, Thare, par un seul degré. Abraham et Laban seront donc au premier degré. Et Laban sera plus proche d’Abraham que de Thare. Car, d’Abraham, il sera distant d’un degré, et de Thare, de trois, ce qui est impossible, puisque c’est par Thare que Laban est uni à Abraham. Voilà donc quel est le fondement de la troisième règle : dans la ligne inégale, les collatéraux sont distants entre eux d’autant de degrés que ceux du plus éloigné de la souche, et non du plus proche. C’est de l’ignorance de cette règle que procèdent la jactance et la témérité de Bèze.
CHAPITRE 27
Ne sont pas de droit naturel tous les degrés de parenté du Lévitique
Voici donc la deuxième proposition : n’obligent pas les chrétiens, de droit divin, tous les préceptes sur les degrés, qui se trouvent dans le Lévitique. Il faut d’abord, faire l’observation suivante. Les adversaires et nous , nous sommes d’accord sur le point suivant : les préceptes lévitiques n’obligent pas les chrétiens en tant qu’ils sont proprement lévitiques, c’est-à-dire, positifs et judiciaires, mais seulement en tant qu’ils sont naturels. La controverse se formule donc comme suit : les préceptes sur les degrés de parenté qui sont dans le Lévitique sont-ils tous naturels, ou quelques-uns d’entre eux sont-ils judiciaires ? Or, les adversaires veulent qu’ils soient tous naturels, et donc, non dispensables par l’Église. Nous soutenons, nous, qu’ils ne sont pas tous naturels, et que l’Église peut donc dispenser de quelques-uns, comme l’affirme le concile de Trente (session 24, canon 3).
Il faut faire une autre observation. Les préceptes naturels sont ceux qui sont connus par la lumière de la raison sans étude, ou qui sont facilement connus par la réflexion et le raisonnement, et qui sont pour tous les mêmes , tant pour la notion que pour la rectitude. Car, ceux qui ont besoin d’une lumière divine, ce sont des préceptes positifs divins. Ceux que le prince statue par le raisonnement humain sont appelés humains, et ne sont pas semblables partout. On peut ,de trois façons, appeler naturel un précepte qui interdit quelque chose. La première. Parce qu’il porte sur une chose intrinsèquement mauvaise, de façon qu’elle soit mauvaise pour tous, et qu’elle ne puisse jamais devenir bonne par un changement de circonstances. Comme le mensonge, la fornication, la haine de Dieu etc. Ce sont ces choses qui ont force de loi, et dont on ne peut absolument pas dispenser. La deuxième. Parce qu’il porte sur une chose qui est mauvaise toujours et pour tous, sauf en cas d’extrême nécessité. Alors ce qui était étranger cesse de l’être, et est commun à tous. Et tel semble être le mariage avec sa propre sœur. Car, partout, chez les êtres humains, ceux qui ont usage de leur raison ont jugé cela mauvais, à moins d’être contraint par une extrême nécessité, comme ce fut le cas au début du monde. Et ces préceptes ont la force de la loi naturelle, et on ne peut en dispenser, sauf en cas de nécessité extrême.
La troisième façon. Parce qu’il porte sur une chose mauvaise, et si on le regarde en lui-même seulement; mais qui pourrait, avec le changement de circonstances, être assaini de plusieurs façons, et même devenir bon. Comme, par exemple, tuer un homme. Car, l’homicide pris en lui-même, et en ne regardant que sa nature, est considéré par tous comme une chose mauvaise, et c’est le sens qu’il a dans le décalogue : «Tu ne tueras pas.» Cependant, si on y ajoute des circonstances diverses, par exemple, s’il est fait par l’autorité publique, et pour le bien commun, contre celui qui est un danger pour la société, il n’apparait plus comme mauvais. Et, c’est pour cela que, dans la loi de Moïse, on ordonne souvent de tuer des hommes, en tant que mauvais, adultères ou homicides. Et tel est aussi le serment. Si on le considère en lui-même, il parait mauvais, parce qu’il est un signe d’incrédulité, et de fourberie. Car, si entre les hommes, la sincérité régnait, et cessait le soupçon des fraudes, personne ne demanderait un serment. Voilà pourquoi le Seigneur (en Matthieu 5) a prohibé le serment. Et pourtant, il ne fait aucun doute que, dans certaines circonstances et dans les procès, il soit bon et licite.
Ces préceptes naturels du troisième ordre out, eux aussi, force de loi, si on les regarde en eux-mêmes. S’il s’agit de préceptes vus avec diverses circonstances, ils n’ont pas force de loi, parce que ces choses-là sont changeantes, et ne sont pas toutes semblables pour tous. Il est donc nécessaire qu’elles soient sanctionnées par une loi positive spéciale, si on veut les prohiber. Et surtout, si elles ne font pas seulement empêcher le mariage, mais l’invalider. Car, il y a beaucoup de choses qui sont mauvaises si elles sont faites contre la droite raison, mais qui sont retenues, une fois faites, à moins qu’elles ne soient résiliées par une loi spéciale, comme nous l’avons dit plus haut du mariage sans l’autorisation des parents.
Donc, quand, en conclusion, nous nions que tous les préceptes du Lévitiques sur les degrés de parenté soient naturels, nous avons en vue la première et la deuxième façon. Car, on pourrait concéder que, selon la troisième façon, ils sont tous naturels, comme le reconnaissent la plupart des théologiens, (4 dist, 40), comme saint Bonaventure, Richard, Paludanus etc. Mais, il ne s’ensuit pas que tous ces préceptes aient force de loi, à moins qu’on ne parle que des degrés pris en eux-mêmes. Comme, parmi ces degrés, plusieurs peuvent changer, si on les considère avec différentes circonstances, ils ne seront pas interdits par le droit naturel, et ils n’annuleront pas un mariage par le droit naturel.
Il faut aussi observer, en troisième lieu, que nous ne concluons pas en disant qu’aucun des préceptes du Lévitique n’est naturel, mais qu’ils ne sont pas tous naturels, car il est loisible de penser autrement, comme nous le reconnaissons volontiers, par exemple au sujet du premier degré. Voilà pourquoi le concile de Trente ne dit pas que l’Église peut dispenser de tous les préceptes, mais de seulement quelques-uns.
On prouve maintenant la proposition. D’abord, dans le chapitre 20 du Lévitique, et le chapitre 18 des Nombres, on porte des lois sur les degrés qui interdisent les mariages. Dans le chapitre 20, on ajoute des peines pour ceux qui contracté un mariage entre ces degrés. Nous déduisons de ces peines une grande diversité entre ces degrés. Car, le mariage au premier degré d’affinité en droite ligne, Dieu le punit de mort; et il unit ce péché avec l’adultère et avec la sodomie, qui sont manifestement contre le droit de la nature. Et semblable est la raison, ou plutôt plus grande, pour la consanguinité au premier degré en ligne droite. Car, on ne peut douter que soit digne de mort celui qui épousera sa propre mère, si est digne de mort celui qui épousera sa belle-mère. Voilà pourquoi la loi a imposé la même peine de mort pour ceux qui s’unissent dans le premier degré de consanguinité dans la ligne collatérale, comme un frère avec sa sœur. Et le mariage au second degré de consanguinité en ligne collatérale, comme le neveu avec sa tante paternelle ou maternelle, n’est pas puni de mort, mais d’une peine plus légère. Et semblablement, le mariage au premier degré d’affinité, comme avec l’épouse du frère défunt, et au second degré, comme avec le neveu et la femme de son oncle paternel, n’est pas puni de mort, mais seulement de la privation des enfants, c’est-à-dire que les enfants ne leur sont pas attribués légalement. Cette peine indique assez ouvertement que ces mariages ne sont pas prohibés par le droit naturel, mais par le droit positif qui était propre aux Juifs. Car il n’y a pas de raison universelle qui dicte à tous les hommes que c’est la juste peine pour ce crime.
Secondement, on le prouve ainsi. Si tous ces préceptes étaient naturels, ils obligeraient toujours, même avant qu’une loi ait été donnée, comme oblige toujours la loi de ne pas tuer, de ne pas forniquer, de ne pas voler, de ne pas mentir, avant que Dieu ait donné la loi au peuple par Moïse. Et si ces lois avaient toujours obligé, jamais des saints et des amis de Dieu n’auraient contracté de mariages contre ces lois. Or, nous avons les exemples d’un assez bon nombre de saints qui, dans la loi de la nature, se sont mariés à des degrés prohibés par le Lévitique.
Le premier exemple est celui du patriarche Jacob qui prit simultanément deux sœurs, de leur vivant, Lia et Rachel (Genèse 29). Cela, le Lévitique (18) le prohibait expressément; et c’est le premier degré d’affinité en ligne collatérale. Bien plus, dans ce mariage, l’affinité était double. Car, l’une et l’autre sœur était «affine» par rapport à l’autre. Le deuxième exemple est celui du patriarche Juda qui (Genèse 38), donna à son fils second-né la femme du premier-né défunt. Et après la mort du second né, il promit la même au troisième fils. Ce degré est prohibé dans le Lévitique, et il est aussi le premier degré d’affinité en ligne collatérale. Le troisième exemple est celui de Moïse qui est né du mariage d’un neveu avec une tante. Car, dans l’Exode 2, nous lisons : «Amram prit pour femme Jochabed, sa tante paternelle, qui lui enfanta Aaron et Moïse.»
Ici le mot patruelis est pris pour patrua, tante paternelle. Car le mot hébreux signifie autant tante paternelle qu’oncle paternel. Car, les Hébreux n’ont pas, comme nous les latins, de nom pour sœur du père. Pour ne pas dire patruam, ce qui est inusité en latin, il a préféré dire patruelem. Mais, en plus du mot des Hébreux , il y a un passage typique dans les Nombres. Car, cette Jochabed était la tante de cet Amram, comme on le voit dans le chapitre 26 des Nombres, où il est écrit qu’Amram a été le fils de Gaat, fils d’Éli, et qu’il a pris pour femme Jochabed fille de Lévi, qui lui était née en Égypte. Où tu vois clairement que Jochabet fut la sœur de Gaar, père d’Amram, et donc la tante de cet Amram, son mari.
À cet argument, les adversaires répondent doublement. Quelques-uns disent que ces mariages ont été faits par une dispense de Dieu, ou à cause d’un certain mystère. Mais cette réponse n’est pas très solide. Car, au chapitre 28 de la Genèse, il apparait assez clairement que c’était une coutume du lieu, que deux sœurs puissent s’unir au même homme. Car, même si Laban a trompé Jacob en lui substituant une sœur pour une autre, il lui donna quand même l’autre. Ne se doutant de rien, il acquiesça immédiatement. Ses parents ne le lui reprochèrent pas, et il n’a pas cherché à se purger de ce fait. Et, certes, s’il s’était agi d’une chose insolite et singulière, et qui pouvait causer du scandale, un saint homme comme lui ne l’aurait pas faite, ou il aurait donné des raisons de son agir. La même chose apparait dans le cas de Juda, qui épousa la femme de son autre frère. Il n’allégua pas de dispense, mais invoqua la coutume pour raison, c’est-à-dire pour donner une descendance à son frère défunt. De plus, on ne voit aucune cause de dispense. C’est quelque chose qui contient un mystère ? Ou des consanguins sont unis entre eux ? Et quelle était la nécessité de ces noces ? Les trois épouses de Jacob ne lui suffisaient donc pas ? Ou, il n’y avait pas de femme sur la terre en dehors de ces deux sœurs ?
L’autre solution est celle de Philippe (dans les lieux, mariage) et de Bèze (dans son livre sur les répudiations et les divorces), qu’il indique être aussi de Calvin. Ces patriarches ont péché, et on ne peut pas les excuser en tout. Mais, cela ne peut en aucune façon être dit. Car, bien que, étant des hommes, les patriarches aient péché quelquefois, cependant, demeurer perpétuellement dans le péché n’est le propre ni de saints ni d’amis de Dieu, ce qu’ils étaient surement. Or, si tous les préceptes du Lévitique étaient du droit naturel, (comme le prétendent nos adversaires), ils seraient du droit de la nature, et les mariages faits contre eux seraient invalides et nuls. Et ils n’auraient pas seulement péché, mais ils seraient demeurés perpétuellement dans le péché. Et leurs fils auraient été des bâtards et des illégitimes. Une partie des fils de Jacob, et Moïse lui-même, serait né d’un mariage illégitime.
On le prouve ainsi troisièmement. Car, si tous ces préceptes lévitiques sur les degrés avaient été fondés sur le droit naturel, ils seraient, sans doute, universels, de sorte que, à l’intérieur d’un même degré, tous les mariages seraient illicites. Et Moïse, dans le Lévitique, a permis et interdit certains mariages au même degré. Cette prohibition ne vient donc pas du droit de la nature, mais elle est judiciaire et positive. En effet, la proposition suivante est absolument certaine : ce qui est prohibé par le droit de la nature est prohibé toujours et partout. Chose que les adversaires ne nient pas, non plus.