Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 310)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

LA SIXIÈME CONTROVERSE

LES CAUSES MATRIMONIALES APPAETIENNENT AU JUGEMENT DE L’ÉGLISE

Il reste la sixième controverse sur les causes du mariage qu’on pourra rapidement expédier.     Parmi nos adversaires, plusieurs renvoient les causes matrimoniales à un juge civil, comme Philippe Melanchton (dans les lieux, mariage), et Jean Brentius (dans son apologie pour sa confession de Wirtemberg).

CHAPITRE 32

Martin Kemnitius (2 par examen, page 1212) a pensé qu’il fallait faire des distinctions. Il écrit qu’il revient à l’Église, non à un juge civil, de se prononcer sur les cas de conscience  qui, dans le mariage, dépendent de la parole de Dieu.  Mais il soutient que faire des lois sur le mariage n’appartient pas à l’Église, mais à l’autorité civile.   Et il le prouve ainsi.   C’est l’empereur Théodose et non les évêques  qui a passé une loi interdisant le mariage des cousins germains.  Et le concile de Milet a décrété qu’il fallait demander à l’empereur une loi sur le divorce.  Au sujet du mariage, Kemnitius n’attribue donc  à l’Église d’autre pouvoir  que d’expliquer la parole de Dieu, ce pouvoir que nous concédons aux prédicateurs et aux docteurs privés.

Les catholiques font des distinctions entre les causes matrimoniales.  Quelques-unes sont   purement politiques, comme pour les dots, les successions, et les héritages.   D’autres sont purement spirituelles,  pour les degrés de parenté, les divorces,  les empêchements, et d’autres choses semblables qui se rapportent au contrat du mariage.  Dans la mesure où le contrat est naturel, dans  la même mesure la matière est politique.  Le même contrat est le fondement du sacrement, une chose de la conscience, et est spirituel.   Nous ne nions donc pas que les causes du premier genre relèvent de droit du  magistrat civil.  Voilà pourquoi, à chaque jour, dans l’Église catholique, ces causes sont plaidées devant un juge civil.   Les causes du deuxième genre personne ne peut nier qu’elles relèvent de l’Église seule.  Autrement, quand il n’y avait aucun prince, aucun magistrat chrétien, il aurait fallu porter les causes spirituelles devant les tribunaux des païens, ou ces causes n’auraient eu aucun juge légitime.

La question la plus importante porte sur les causes du troisième genre, celles que nous avons dites appartenir au magistrat civil  mais en subordination à l’ecclésiastique .  Elles appartiennent de plein pied au prince ecclésiastique, comme le définit le concile de Trente   (session 24, canon 12.)  Ce qui a été brièvement prouvé plus haut, dans la dispute sur l’empêchement du vœu solennel.   Et il faut de nouveau, maintenant, le confirmer par trois raisons.

La première. Le mariage est un sacrement de l’Église. Or, les chrétiens ne séparent pas le contrat légitime du mariage du sacrement de mariage, puisque tout contrat de mariage légitime est, par le fait-même, un sacrement de mariage.   Donc, juger si tel contrat de mariage est légitime c’est juger si tel contrat est un sacrement.  Mais porter un jugement sur les sacrements, cela relève exclusivement de l’Église.  Donc, juger du contrat relève aussi de l’Église.   Deuxièmement, même si le mariage n’était pas un sacrement,  cependant, parce qu’il est une chose de la conscience,  qui dépend de Dieu, il appartiendrait quand même, sans aucun doute, aux pasteurs des âmes, comme les questions d’échanges ou de trocs, les cens, et les autres contrats dans lesquels sont cachées des usures,  sont jugés par l’Église.  Voilà pourquoi c’est une pure calomnie de la part de Kemnitius (2 par examen 1226), de dire que les catholiques ont fait un sacrement du mariage, pour que les causes matrimoniales soient soumises au seul juge ecclésiastique.

Troisièmement, on le prouve par la pratique de toute l’Église.  Car, au tout début, le Christ n’a pas remis au pouvoir civil les causes portant sur le divorce et la répudiation, mais il a jugé lui-même (Matthieu 5 et 19).  Ensuite, l’apôtre ( 1 Corinthiens 7, ) a  porté un jugement sur la cause d’un mariage entre fidèle et infidèle, et ne l’a pas renvoyée à un magistrat civil.   De plus, les conciles et les rescrits des pontifes  sont pleins   de lois et de sentences sur la cause du mariage.  Donc, en autant qu’on peut l’apprendre par les lettres décrétales, toujours prévalut dans l’Église cette coutume  de consulter les papes et non les rois sur ces questions.    Et les jugements du Christ, de l’apôtre, des souverains pontifes et des conciles  ne furent pas seulement des interprétations de la parole de Dieu, comme le rêve Kemnitius,  mais de légitimes sentences coercitives.  Car, le Christ a ouvertement porté une loi  qui abolissait la répudiation permise par la loi de Moïse.  Car, voici ce que dit l’apôtre de cette loi du Christ : «Ceux qui sont unis par le mariage, je leur prescris non moi mais le Seigneur : que la femme ne se sépare pas de son mari; que, si elle se sépare, qu’elle demeure non mariée, ou qu’elle se réconcilie avec son mari.»(1 Corinthiens 7).

De plus, dans l’ancien testament,  les questions douteuses , les hommes  les envoyaient aux prêtres, en tant que vrai juge, et non en tant que simple conseiller.   Car, dans le Deutéronome 17, il est commandé de tuer celui qui n’acquiescerait pas à la décision du prêtre.  Et il ne serait surement pas équitable de dire  que l’autorité du sacerdoce d’Aaron était plus grande que celle du pontife chrétien.   Pourquoi donc avait-on ordonné que ces causes soient portées devant les pontifes si l’on recherchait la sagesse d’un consultant et non l’autorité  d’un prêtre ? Mais, au sujet du pouvoir ecclésiastique, duquel dépend cette question particulière sur la mariage, nous avons disserté suffisamment longtemps ailleurs.

Les deux arguments de Martin Kemnitius ne sont pas concluants,   Car, en ce qui a trait à la loi de Théodose, nous nous sommes déjà exprimés là-dessus. Un chef politique peut porter une loi sur les empêchements de mariage, mais avec l’approbation du juge ecclésiastique. Si ce dernier ne donne pas son consentement, la loi sera nulle.  C’est ce que nous voyons dans la lettre elle-même de Théodose.   Car, comme peu longtemps après, ces fils abrogèrent cette loi, comme on le voit dans 1 Celebrandis,    chapitre sur les noces, et qu’ensuite Justinien fit une loi qui rendit licites les mariages entre cousins germains, (duorum, inst sur les mariages), le pape saint Grégoire réprouva ouvertement la loi d’Honorius et de  Justinien , dans son rescrit à l’évêque des anglais Augustin,  et statua, à l’opposé,  que les mariages entre cousins germains seraient considérés comme illicites.    Et c’est cette loi pontificale qui l’emporta, non celle de César (35, quest 2, canon quaedam lex).

Et à ce qu’on nous objecte au sujet du concile de Milet, nous avons déjà répondu dans la dispute sur le divorce,   que les pères de ce concile n’ont pas demandé une loi qui décrèterait qu’il n’était pas permis de prendre une autre femme après un divorce,  du vivant de la première épouse, nais qui punirait par une peine externe.  Ce qu’il fit.  Car, dans ce concile, les pères avaient suffisamment défini la chose, et, à leur définition, ils avaient ajouté la peine d’excommunication.

SEPTIÈME CONTROVERSE

LES CÉRÉMONIES DU SACREMENT DE MARIAGE

La dernière controverse porte sur les rites et les cérémonies avec lesquels le sacrement de mariage a coutume d’être administré dans l’Église catholique.  C’est une chose commune à tous les sacrements que, en plus de la cérémonie essentielle instituée par Dieu, dans laquelle consiste l’essentiel du sacrement, on emploie d’autres rites hérités des anciens, qui permettent de recevoir le sacrement avec plus de piété et de dévotion.

Voici quelles sont les cérémonies qu’on a coutume d’observer dans le mariage.  La première.  Les nouveaux époux sont bénis dans l’église par le prêtre.  La deuxième.  On offre pour eux l’oblation de l’eucharistie.  La troisième.  On les recouvre d’un voile. La quatrième. On les unit par un ruban blanc et rouge.  La cinquième. L’époux donne à l’épouse l’anneau béni par le prêtre.  La sixième.  Le récent contrat de mariage est recommandé à Dieu par des prières diverses. La septième.   Le prêtre exhorte les nouveaux époux à se comporter honnêtement dans le mariage.  De tous ces rites, les adversaires en conservent deux, comme on peut le voir dans le petit livre de Calvin sur l’administration des sacrements, et dans d’autres rituels des hérétiques.

Il y a vraiment de quoi s’étonner que, dans son petit livre intitulé «formules de l’administration des sacrements», Calvin traite si sérieusement du rite du mariage, au point même de l’unir aux rites du baptême et de l’eucharistie,   tout en niant qu’il soit vraiment un sacrement.  Mais c’est ce qui arrive parfois aux obstinés :  ce qu’ils nient de bouche, les faits l’affirment.  Les autres rites que les catholiques conservent, je ne doute pas qu’ils aient pour eux fort peu de valeur.  Cependant, ni Kemnitius, canon 11, session 24 du concile de Trente, où sont anathématisés ceux qui méprisent ces rites, n’a écrit contre ces cérémonies, ni aucun autre n’a formulé contre elles de solides arguments.  Il suffira donc de confirmer ces rites par l’autorité des anciens.

Le premier. Nous avons encore le témoignage du pape Nicolas qui siégea au septième siècle, et que l’on trouve dans le canon nostrates (30, question 5).  Et celui d’Isidore (livre 2 de officiis, chapitre 19) où il rend raison de chacun.  Il a vécu avant 900.   Et Siricius pape,  (épitre 1, chapitre 4),  et Innocent 1 (épitre 2, chapitre 6).  Tous ces anciens ont parlé de la bénédiction sacerdotale qu’on avait coutume de donner aux mariés.  En font mention aussi les pères du concile de Carthage 4, dont saint Augustin, au chapitre 13.  Saint Ambroise, (dans son épitre 70 à Vigile,   non loin du début) ne se souvient pas seulement de la bénédiction, mais aussi du voile avec lequel le prêtre recouvrait les nouveaux mariés.  Saint Ambroise explique que le mot latin nuptias (noces) vient du voile avec lequel on recouvrait (obnubatur) les époux.    Siricius et saint Ambroise vécurent bien avant 1200, ainsi qu’Innocent et saint Augustin.  Ensuite, Tertullien, plus ancien qu’eux tous, (dans son livre à son épouse), se souvient de l’oblation qui confirme le mariage dans l’Église.

Et voilà pour le sacrement de mariage.

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6 nov 2019>> LA TREIZIèME CONTROVERSE

SUR LA GRâCE ACCORDéE AU GENRE HUMAIN

ACCORDéE à NOTRE PREMIER PARENT

expliquée en un livre

LA GRâCE DU PREMIER HOMME

La Grâce Originelle = L1=19ch

La Péché Originel L1=14ch, L2=18ch, L3=12ch, L4=18ch, L5=20ch, L6=16ch

La Réparation du Péché Originel =

La Grâce et le Libre Arbitre = préface de 9 pages +3 livres,

L1= 14ch

L2= 17 ch (début p53 pdf )

L3=18 chapitres. (p97pdf) (p132 pdf = DERNIèRE PAGE DU LIVRE 3)

début = p479 du pdf

6 nov 2019>>LA TREIZIèME CONTROVERSE

SUR LA GRâCE ACCORDéE AU GENRE HUMAIN

ACCORDéE à NOTRE PREMIER PARENT

expliquée en un livre

LA GRâCE DU PREMIER HOMME

CHAPITRE PREMIER

On propose la controverse suivante : l’homme est-il né avec un don surnaturel ?

Comme nous proposons, dans cette dernière partie de notre œuvre, de traiterde la grâce accordée au genre humain dans notre premier parent, de la perte de cette grâce par le péché du premier homme, et de la réparation de cette grâce par notre Seigneur Jésus-Christ, le gros bon sens demande que nous commencions par ce qui est arrivé au début.Que notre première dispute porte donc sur la grâce du premier homme, qui est triple, à savoir la grâce de l’âme, qu’on appelle la justice originelle, la grâce du corps, qui est celle de l’immortalité, et la grâce du lieu, qui est le paradis.

Voici donc la question : le premier homme a-t-il été créé avec un don surnaturel ?à partir d’un seul et même principe, les pélagiens et les luthériensont dévié dans des sentences contraires.Les pélagiens ne reconnurent dans le premier hommeaucun don surnaturel, mais n’y virent que des facultés naturelles.Et ils crurent qu’il ne manquait maintenant rien à l’hommede ce que requiert la nature humaine.Ils en vinrent donc à penser que, par le péché d’Adam, les hommes n’avaient rien perdu; et que la nature humaine était aujourd’hui ce qu’elle était quand elle a été créée.

Les luthériens pensaient au contraire, que par le péché d’Adam, l’homme avait empiré, et ils soutinrent ( d’accord ,en cela,avec les pélagiens) que, dans le premier homme, il n’y avait aucun don surnaturel.Et ils furent comme forcés de conclure que l’homme avait perdu quelque chose qui faisait partie de sa nature, le libre arbitre.Mais les docteurs catholiques qui ne doutent aucunement que notre premier parent ait été orné de multiples dons surnaturels, rejettent sans difficulté ces deux erreurs.Car, s’ils reconnaissentque tout l’homme avait empiré, ils soutiennent queseuls les dons surnaturels ont été perdus,et que les dons naturels comme le libre arbitre a été conservé.Le témoin autorisé de l’erreur des pélagiens est saint Augustin qui, tant dans son livre sur l’hérésie (au chapitre 88) quedans son épitre 106 à Paulin, écrit que les pélagiens ont estimé que le premier homme avaitété créé comme nous voyons les hommes naître aujourd’hui.Qu’ils naissent aujourd’hui sans dons surnaturels,nul n’en doute.

Que les luthériens et les autres hérétiques de notre temps convergent avec les pélagiens, il nous sera facile de le démontrer.Car, en décrivant la condition du premier homme, Jean Calvin (livre 1, chapitre 15, verset 8) ne fait aucune mention de dons surnaturels.Et la différence qu’il met entre la nature du premier homme et cellede l’homme d’aujourd’hui, est que, au tout début, l’homme avait le libre arbitre, et que, aujourd’hui, il ne l’a plus : « Dieu a formé l’esprit humainde façon à ce qu’il puisse discerner le bien du mal, et le juste de l’injuste, et que, à la lumière de sa raison, il voie ce qu’il faut suivre et ce qu’il faut fuir.Et il lui a ajouté une volontépour pouvoir choisir.C’est par ces dons remarquables qu’excellait la première condition humaine»Et un peu après : « Dans cette intégrité,l’homme jouissait du libre arbitre, grâce auquel, s’il le voulait, il pouvait atteindre la vie éternelle.»

Cette intégrité fut naturelle au premier homme, déclare Calvin dans les paroles suivantes, où il décrit la chute du premier homme : « D’où une obscurité pour les philosophesqui cherchaient un édifice dans une ruine,et un assemblage dans la dissipation.Ils tenaient le principe que l’être humain ne serait pas un animal raisonnable s’il n’avait pas la liberté du choix entre le bien et le mal.Cette pensée leur était venue de ce que, autrement, disparaitrait la distinction entre les vertus et les vices, c’est-à-dire, si l’homme ne construisait pas sa vie par sa propre volonté. S’il n’y avait pas eu en l’homme de mutation, qui jusqu’à présent leur a été cachée, il n’y aurait pas eu à s’étonner qu’ils mêlent le ciel avec la terre.Ceux qui professent être des disciples du Christ dans un homme perdu et immergé dans un ruine spirituel, et quicherchent encore le libre arbitre, parmi les choses qui plaisent aux philosophes, n’ont que du dégout pour la doctrine spirituelle, de façon à ne pouvoir atteindre ni la terre ni le ciel.»

Par ces paroles, Calvin reconnait que c’est avec raison que les philosophesont enseigné que l’homme ne serait un animal raisonnable que s’il avait en lui la libre faculté de choisir entre le bien et le mal.Il montre suffisamment ainsiqu’il appartient à la nature humaineque soit en l’homme un libre arbitre, s’il veut être un animal raisonnable.Et comme Calvin fait consister la mutation provoquée par le péchéoriginel en la perte du libre arbitre, il s’ensuitque, selon Calvin, l’intégrité dans laquelle l’homme fut créé, est exclusivement naturelle.

Mais, Luther explique la même chose beaucoup plus clairement dans son commentaire sur Genèse, chapitre 3.Dissertant sur la justice originelle du premier homme, il conclut ainsi : «Voilà pourquoi nous statuons que la justice ne fut pas un certain don, qui serait venu de l’extérieur, séparé de la nature humaine, mais qu’elle a été vraiment naturelle,en tant que la nature d’Adama été d’aimer Dieu, de croire en Dieu, de connaitre Dieu.Ces choses ayant été pour Adam aussi naturelles que la lumièrel’estpour les yeux.»Et plus bas :«Ces choses prouvent donc que la justice originelle a fait partie de la nature humaine;et que, une foi perdue, les choses naturelles ne demeurèrent pas intègres, comme le délirent lesscolastiques.»

Nous n’aurons pasà nous imposer le fardeau de parcourir d’autres sentences des hérétiques,puisque tous , ou presque tous, tiennent Luther et Calvin pour les docteurs suprêmes, et que tous ceux qui sont séparés de l’église catholiquepar les dogmes de Luther estiment que la luttent entre l’esprit et la chair que tous expérimententest vraiment et proprement un péché, même dans le cas d’un grand sain qui s’oppose de toutes ses forces aux mouvements de la convoitise.Il suit de tout cela que , selon leur sentence, l’homme ne pourra pas avoir été fait au début tel qu’il nait aujourd’hui.Car, toujours et nécessairement, depuis sa création, il pècherait,et, à cause de cela, ses péchés retomberaientsur Dieu, l’auteur de la nature.Donc, la justice originellequi mâtait la rébellion de la chair,de par la sentence des adversaires, appartenait à la constitution naturelle de l’homme, nonaux dons surnaturels.Nous devons ici citer certains articles condamnés, il y a peu d’années, par les souverains pontifes Pie 5, et Grégoire 13.Voici l’article 24 : « La sublimation de la nature humaine et son élévation à la participationde la divine nature a été dueàl’intégrité de la première condition, et on doit donc dire qu’elle est naturelle, non surnaturelle.»Et l’article 26 : « L’intégrité de la première condition ne fut pas une élévation non due de l’humaine nature, mais sa condition naturelle.»

CHAPITRE2

L’homme n’a pas été créé au tout début tel qu’il nait aujourd’hui, mais fut beaucoup plus heureux.

Nous avons décidé de présenteretde prouver quatre propositions contraires aux erreurs de ce temps.La première.L’homme ne fut pas créé tel qu’il naît aujourd’hui,enclin au mal, infirme et ignorant, mais droit, juste, sage, sans concupiscence et sans la difficulté que nous expérimentons continuellement.La seconde.Au moment de sa création, l’homme ne reçut pas seulement la rectitude de l’âme, mais aussi la grâce qui fait un reconnaissant.La troisième.Orné de la justice originelle et doté de l’habitus de la grâce qui fait un reconnaissant, le premier hommen’eut pas besoin d’une aide spécialepour leporter àbien agir, ou à éviter les péchés.La quatrième.L’intégrité avec laquelle a été façonné le premier homme,et sans laquelle, après la chute, les hommes naissent,ne fut pas sa conditionnaturelle, mais une élévation surnaturelle.

La première proposition, qui combat l’erreur des pélagiens, se déduit assez ouvertement des écritures.Car, nous lisons dans la Genèse (chapitre 1) : « Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance.»La grande majorité des pères interprète ce texte ainsi : l’image se rapporte à la nature de l’intelligence et de la volonté, et la ressemblance à la sagesse et à la justice.Il s’ensuit donc que, à sa création, l’homme ne reçut pas seulement une nature,avec laquelle nous voyons naître présentement les hommes, mais aussi des ornements de justiceet de sagesse, dont nous sommes évidemment privés maintenant.

Mais, laissons-les parler eux-mêmes.Saint Irénée (contre les hérésies, chapitre 6) : «Si l’esprit faut défaut à l’âme, l’animal qui sera laissé sera charnel et imparfait, ayant en lui l’image, mais n’assumant pas la similitude ou ressemblancepar l’Esprit.»Saint Cyprien (dans son sermon sur le bien de la patience, non loin du début ) : « Il dit et enseigne qu’ainsi seront parfaitset consommés les fils de Dieu,quand ils auront été réparés par la nativité céleste, si la patience de Dieu le Père demeure en nous, si la ressemblance divinequ’Adam a perdue en péchant,se manifeste et brille dans nos actions.»Saint Ambroise (dans le livre de la digité de la condition humaine, chapitre 2), enseigne que l’image de Dieu est sise dans la nature des trois facultés de l’âme raisonnable :l’intelligence, la volonté et la mémoire.»Ensuite (au chapitre 3),il enseigne que la ressemblance consiste dans la justice et la probité : « Ces vertus, plus quelqu’un les possède en lui, plus il est près de Dieu, et jouit d’une plus grande ressemblance avec son Créateur.»

Saint Basile (homélie 10, examer)se demande pourquoi ,quand Moïse a ditfaisons l’homme à notre image et à notre ressemblance, il a ajouté tout de suite après :«Dieu créa l’homme à son image», sans rien dire sur la ressemblance.Et il répond ceci.La raison en est que l’image, qui est la nature même de l’esprit et de la volonté, n’a puêtre faite que par Dieu;mais que la ressemblance qui consiste dans la vertu et l’honnêteté est perfectionnée par nous, avec l’aide de Dieu.»Et, entre autres, au sujet de la différence entre l’image et la ressemblance, il dit :« Si par l’image imprimée dans l’âme, j’ai obtenu l’usage de la raison, c’est en devenant un vrai chrétien que je deviens semblable à Dieu.»

Saint Jérôme (dans son commentairedu chapitre 18 d’ézéchiel), écrit , en expliquant ce verset : «tu es le sceau de la ressemblance» : « Il est à noter que seule l’image est faite alors (à la création). La ressemblance est complétée dans le baptême.»Il ne faut pas entendre ces paroles au sensoù, à la création, nous n’aurions pas reçu la similitudeou la ressemblance de Dieu dans nos premiers parents. Car, cela serait contraire à l’écriture qui dit que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu; et répugnerait à la sentence de saint Jérôme, lui qui, un peut plus haut, avaitenseignéque l’homme a reçu par le Christ la ressemblance qu’il avait perdue avant par son vice.Dans les mots cités, il a donc voulu direque nous, de la première création, nous n’avons que l’image qui, comme il l’enseigne lui-même dans sa lettre à Damase sur le fils prodigue,réside principalement dans la nature du libre arbitre;mais que la ressemblance vient de la régénération qu’apporte le baptême.Car, même si Adam l’avaiteue au tout début,il l’a perdue, en péchant, et pour lui et pour nous.

Saint Jean Chrysostome (homélie 9 sur le Genèse) : « Il a dit image à cause de la suprématie de la raison, et ressemblanceparce que, par les efforts humains, nous devenons semblables à Dieu, en acquérant la douceur et les vertusqui nous rendent semblablesà Dieu, comme le Christ l’a dit : «Soyez semblables à votre Père qui est dans les cieux.»Saint Augustin (dans son livre contre Adimantus, au chapitre 5), écrit : « Sont fils de Dieu les hommes rénovés à son image , et rendus semblables à lui jusqu’à l’amour des ennemis.»Au même endroit, saint Augustin place dans la vertula ressemblance ou la similitude.Il dit que l’homme est renouvelé dans l’image, non parce que l’image a péri, mais parce qu’elle a été rendue difforme et obscurcie par le péché, après avoir perdu la perfection qui provenait en lui des vertus. Or, cette perfection de l’image nous l’appelons ressemblance.Eucherius (livre 1 de la Genèse) : « Voici quelle est la différence entre l’image et la ressemblance.L’image de Dieu est le propre de tous, la ressemblance, de peu.L’image est loin de l’excellence de la similitude divine en ce que l’image de Dieu ne cesse pas d’êtreune image peccamineuse. L’âme ne parvient à la similitude de Dieu que si elle devient sainte, car, c’est par la grâce, que sera refaitecette âme créée par la nature.»

Saint Jean Damascène (livre 2 sur la foi orthodoxe,chapitre 12) : « Ces mots «à l’image»,signifient la capacité de comprendre, et le libre arbitre.Et par «la ressemblance», est exprimée la ressemblance de la vertu qui peut se produire en elle.»Saint Bernard (sermon 1 sur l’annonciation) : « C’est à l’image et à la ressemblance de Dieu qu’a été fait l’homme. Ayant, dans l’image,le libre arbitre,et les vertus, dans la ressemblance.La ressemblance a péri; c’est dans l’image seule quel’hommea franchi les siècles.L’image a pu être brûlée dans la géhenne, mais non consumée; flamber, mais non être détruite.Il n’en va pas ainsi de la similitude.Ou l’homme demeure dans le bien, ou si l’âme pèche, elle change misérablement en devenant semblable aux bestiauxinintelligents.»Cet auteur dit la même chose dans son traité sur la grâce et le libre arbitre.

Par tant de témoignages des pères nous sommes forcés d’admettreque l’image et la ressemblance nesont pas du tout la même chose; que l’image se rapporte à la nature, mais la ressemblance aux vertus.Ce n’est donc pas l’image qu’Adam a perdueen péchant, mais la ressemblance.Et comme maintenant les hommes naissentsemblables à Adamquand, après le péché, il engendrait des fils,et non comme il était avant son péché,nous sommes en droit de conclure que le premier homme n’a pas été créécommesont les hommes d’aujourd’hui, à leur naissance, mais dans une condition bien meilleure, et beaucoup plus heureuse.

Autre texte de la Genèse 2 : « Ils étaient tous les deux nus, et n’en ressentaient point de honte.»La raison qu’y voient les pères c’estque nos premiers parents ne connaissaient pas, avant le péché, cette rébellion des sensqui nous fait rougir aujourd’hui si on nous voit nus.Saint Augustin (livre 14, chapitre 17 de la cité de Dieu), écrit : «Il est écrit qu’ils étaient nus, mais qu’ils n’en rougissaient pas.Non parce que leur nudité ne leur était pas connue,mais parce que n’existait pas encore la nudité honteuse.Car, leur libido n’avait pas encore ébranlé leurs membresen faisant fi du libre arbitre.Car, la chair n’avait pas encore montré de signeque, par sa désobéissance, elle pouvait entraîner l’homme à la désobéissance.»Saint Bernard (sermon sur l’annonciation) : « N’ont-ils pas trouvé , dans leurs membres, une loi contraire qu’ils avaient reçue de la nouvelle pudeur de lanudité ?»écrivent des choses semblables saint Jean Chrysostome, Eucherius, Rupert,et d’autres dans leur commentairedu chapitre 2 de la Genèse.Saint Grégoire de Naziance (sermon 2 surpâque), et Cyrille d’Alexandrie(livre 3 contre Julien).

C’est à ce texte que se rapportent les paroles de saint Paul (Romains 7) : «Ce n’est pas moi qui fais cela, mais le péché qui habite en moi.»Il appelle péché la rébellion de la chair,parce qu’elle est née du péché.Il s’ensuit donc qu’avant le péché, Adamne connaissait pas cette rébellion,sans laquelle, depuis, aucun homme ne nait.Et ensuite : « Au tout début, Dieu créa l’homme droit», comme nous le lisons dans l’Ecclésiastique 7 «et, selon lui-même, il le revêtit de vertus». (Ecclé 17).«Nous sommes maintenant, par nature, des fils de la colère», comme le dit saint Paul aux éphésiens 2.Nous ne naissons donc pas tels que le premier homme a été formé.De plus,«Dieu fit l’homme inexterminable», Sagesse 2.Et, pour qu’il garde le précepte, on le menaça de la peine suivante : «Le jour où tu en mangeras, tu mourras.» (Genèse 2).Voilà pourquoi nous payons la dette de la mort, depuis le tout début,et pourquoi personne ne peut fuir l’empire de la mort.Il est certain qu’on peut en déduireque la procréation de la condition humaine est de loinplus misérable plusque ne fut la première création.

Bien plus heureuse fut la vie des deux humains qui habitèrent le paradis de volupté en toute sécurité avant le péché.C’est ce que nous indique brièvement l’écriture, dans Genèse 2. Voici l’explication qu’en donne saint Augustin (livre 14, chapitre 10 de la cité de Dieu) : « Que pouvaient craindre ou souffrir les hommesdans unesi grande abondance de biens , où ni la mort n’était crainte, ni aucune maladie corporelle.Rien, non plus n’était absentde ce qu’on peut désirer vertueusement, ni n’était présent ce qui peut porter offenseà la chair ou l’âme d’un homme qui vivait dans la félicité.»Et plus bas : «Comme ils étaient heureux les premiers humains, et comme ils n’étaient troublés par aucunes perturbationsmentales !Ils n’étaient affectés, non plus, par aucune incommodité corporelle.Comme elle aurait été heureuse la société humaine si Adam n’avait pas commisle péché qu’il a transmis à sa postérité;si personne de cette lignée n’avait commis l’iniquité qui requiert la damnation.»

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