Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 314)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Je réponds que cet argument ne distingue pas suffisamment l’état dans lequel Adam a été réellementcréé, d’avec celui dans lequel il aurait pu l’être. L’écriture clame qu’Adam a été créé droit, et que c’est lui-même qui s’est empêtré dans différents filets.Et c’est tout à fait vrai, parce que Dieu créa l’homme revêtu de la justice originelle, qui établissait une paix et une joie suprême entre l’esprit et la chair.Or, en péchant, il a perdu la justice originelle, et c’est ainsi qu’il enfanta en lui la guerre entre l’esprit et la chair.Mais, si Dieu avait créé l’homme dans la seule nature humaine, il l’aurait fait droit au sens où il n’y aurait eu en lui aucun habitus vicieux, mais il aurait été quand même sujet à la rébellion de la chair contre l’esprit.

Il n’est pas difficile, à cause de cela, de démontrer comment Dieu n’est pas l’auteur du péché. D’abord, Dieu n’aurait pas eu àfaire cette rébellion même s’il avait créé l’homme dans la nature pure, car elle serait quand même survenue sans que l’auteur la veuille, à cause de la condition de la matière.Car, on nepeut pas appeler auteur de la rouille le forgeron qui a travaillé le fer, même s’il a fait un glaive en fer.Ensuite, cette rébellion n’est pas proprement un péché,(comme nous l’avons montré dans nos livres sur le péché d’origine, où nous avons présenté ce texte comme argument)ni ne conduit nécessairement à un péché , comme saint Augustin l’explique (dans son livre 3 sur le libre arbitre).Car, ou à l’homme créé dans la nature pure Dieu aurait prêté son aide pour qu’il puisse maîtriser la concupiscence, ou il lui aurait donné de ne pas consentir aux cupidités, ou il ne le lui aurait pas donné.S’il le lui avait accordé, l’homme n’aurait pas nécessairement cédé à la concupiscence. S’il ne le lui avait pas accordé, il aurait cédé, certes, mais non par sa faute, et donc il n’aurait pas péché.Et voici ce qu’il écrit dans son livre sur la correction et sur la grâce, (chapitre 11) : « Si cette aide avait fait défaut à l’ange ouà l’homme dès le moment où ils ont été créés,la nature n’aurait pas été faite pour pouvoir, sans l’être divin, demeurerconstante si elle le voulait; et ce n’est pas par sa faute qu’elle serait tombée.Car une aide aurait fait défaut, sans laquelle on ne peutpas demeurer.»

La onzième objection.Contre les accusateurs de la nature, les pères ont coutume d’opposer la corruption du péché originel apportée par notre vice, et non la nature elle-même, comme le font les païens, quand ils l’appellent marâtre.Voir saint Augustin (livre 4 contre Julien, livre 2, chapitre 2 des mérites des pécheurs et de la rémission;et dans le livre 4, chapitre 17, de la cité de Dieu.

Je réponds que les pères ont eu raison d’enseigner qu’il ne faut pas accuser la nature, mais attribuerau péché originel la cause de toutes nos misères.Car, comme nous l’avons dit plus haut plusieurs fois, Dieu a fait l’homme heureux dans sa création, mais c’est lui qui s’est rendu misérable par sa désobéissance.Mais du diras que ce dont les philosophes païens accusent la nature,d’être pour nous une marâtre plutôt qu’une mère, peut nous servir d’argument pour montrer que la nature humaine telle qu’elle existe maintenant n’est pas comme elle aurait duêtre naturellement.

Je réponds que les philosophes païens ont, sur la nature, eu des pensées différentes, comme le montre Theodoret (livre 5 contre les Grecs).Car les uns soutenaient que les hommes avaient été créés , par nature, dans la misère, d’autres, dans la félicité.Cicéron (dans son livre 3 sur la république, (d’après saint Augustin, livre 4, chapitre 12, contre Julien), dit que la nature a été pour nous comme une marâtre.Platon, dans son livre 3 sur la république, écrit, au contraire, que l’homme peut devenir heureux par le corps, et est, de tous les animaux, le plus heureux.Dans son livre sur les parties, Galenus n’en célèbre pas moins l’auteur de la naturequi, avec le genre humain, a fait des choses merveilleuses.

Les philosophes païens différaient entre eux sur la nature humaine parce que quelques-uns voyaient dans la nature pure de l’homme de très grands biens,qui étaient innés, et qui brillent magnifiquement.D’autres tournaient les yeux de leur esprit sur les défauts qui existent dans l’homme en raison de la condition de la matière, indépendamment de la volonté du créateur, et ils trouvaient juste qu’il enlève ces défauts , ne sachant pas ce que nous avons appris des saintes lettres, que ces défaut avaient été supprimés dans la création du premier homme, et qu’ils avaient été autorisés de réapparaitre comme peine du péché.Et c’est pour cela que saint Augustin (dans livre 4 contre Julien, chapitre 12) dit avec raison que les philosophes qui appellent la nature une marâtre ont vu ce qui se passe, mais en ignorent la cause.

Douzième objection.Les mouvements désordonnés de la concupiscence de la chair se produisent surtout dans les membres génitaux.Mais, avant leur péché, il n’y avait aucun mouvement désordonné de la chair,et ces membres génitaux servaient à la générationsans aucune libido, comme saint Augustin le montre contre lespélagiens dans une longue démonstration.Donc, dans la nature pure, aucun assautde la sensualité contre la raison n’a pu se faire .Je réponds qu’il fallait prouver l’assomption de l’argument.Car c’est par une longue dispute contre les pélagiens que saint Augustin démontrequ’il n’y eut pas dans le premier homme doté de justice originelle, de fièvre sexuelle.Ce dont nous ne doutons pas.Mais, il ne démontre pas que, dans la nature pure, il n’y auraitpas pu en avoir, car c’est plutôt le contraire qu’il démontre en tant d’endroits, cités par nous.Voilà pourquoi cette conclusion n’est conforme ni à l’enseignement de saint Augustin, ni à la vérité.

On peut peut-être ajouter une treizième objectionqui se formule ainsi.La béatitude éternelle est la fin naturelle de l’homme (comme saint Thomas l’enseigne, dans 1 par question 12, art 4.Il a donc du avoir des moyens naturelspour parvenir à cette fin.Autrement, il serait plus misérable et plus abject que toutes choses, car, les autres choses atteignent leurs fins par des forces naturelles qui leur sont propres.Donc, la justice et les autres vertus qui sont nécessaires pour l’obtention de la vie éternelle ont été naturelles au premier homme.

Je réponds.Est-ce que la béatitude éternelle qui consiste dans la vision de Dieuest la fin de l’homme naturel ou surnaturel ?Ce n’est pas une petite question.Mais, parce que l’explication de cette question n’apporte pas grand-chose à notre compréhension, je réponds quela béatitude éternelle est la fin naturelle de l’homme par rapport au désir que nous en avons, non par rapport àson obtention.Car c’est quelque chose qui n’est ni nouveau, ni indigne de la nature humaine de désirer naturellement ce qu’on ne peut obtenir que par une aide surnaturelle.Ce n’est pas nouveau.Les âmes des hommes séparées de leurs corps ont une inclination et une propension naturelle aux corps dont elles ont été les formes.Mais, elles n’ont pas pu être réunies à leurs corps sans une aide surnaturelle.Ce n’est pas indigne.Au contraire, c’est pour elles une dignité suprême d’avoir été créées pour une fin plus sublime que celle qu’elles peuvent atteindre par les seules forces de la nature.

Quelqu’un dira peut-être.Admettons que l’homme a besoin de moyens surnaturels.Cependant, il s’ensuivra qu’il n’aurait pas pu être créé sans ces moyens; et il n’aurait donc pas pu avoir été créé comme il nait aujourd’hui.Il n’aurait pas pu avoir été créé pour une fin inférieure sans que sa nature ne soit changée, et on n’aurait pas pu lui refuser les moyensnécessaires à l’obtention de la fin naturelle.

Je réponds qu’il aurait été tout à fait équitable que Dieu ne refuse pas les moyens nécessaires à l’homme ordonné à une si grande fin. Mais rien d’absurde ne s’ensuivrait s’il les avait refusés. Car même si la béatitude suprême était la fin naturelle de l’homme, c’est quand même une fin disproportionnée, et hors de sa portée.L’homme, en effet, a une autre fin naturelle qui lui est tout à fait proportionnée : chercher la vérité en réfléchissant.Voilà pourquoi Dieu aurait pu, par des moyens naturels, conduire l’homme à la fin qui lui est propre, sans l’élever à une plus haute.Exemple.La chauve-sourisa la capacité et le désir naturel de voir le soleil. Cependant, il est croyable qu’elle ne le verra jamais, mais seulement une lumière blafarde et crépusculaire, ce qui est, pour les yeux, un objet non seulement naturel, mais proportionné.

CHAPITRE 8

Adam, et ses descendants n’auraient jamais pu mourir sans avoir péché

Nous avons disserté jusqu’à présent des dons surnaturels qui appartenaient à l’âme du premier homme dans l’état d’innocence. Il nous faut maintenant parler de l’immortalité du corps.Comme pour la justice originelle, on trouve deux erreurs sur l’immortalité des corps.La première fut celle des pélagiens, qui affirmaient que l’homme serait mort même s’il n’avait pas péché, comme saint Augustin l’atteste (au chapitre 88 de son livre sur les hérésies.)S’est approché de cette erreur Augustin Eugubinus (dans son annotation au chapitre 2 de la Genèse),Il écrit que, par la faute d’Adam, le genre humain a encouru la mort de l’âme, non celle du corps; que les hommes seraient morts même s’ils n’avaient pas péché.Il ajoute cependant que si cela s’avérait être contre la foi, il le réprouve et le condamne.

L’autre erreur est de ceux qui non seulement enseignent que l’homme ne serait pas mort s’il n’avait pas péché, mais que cette immortalité ait été naturelle, et non surnaturelle.Cette sentence semble découler de celle que nous avons réfutée plus haut, sur la justice originelle. Et c’est à eux que se rapporte l’article 75, ceux que les papes Pie 5 et Grégoire 13 ont récemment condamnés.Le voici : « L’immortalité du premier homme n’était pas un bénéfice de la grâce, mais sa condition naturelle».Nous réfuterons donc brièvement l’une et l’autre erreur, et nous démontrerons à l’aide de l’écriture, des pères et de la raison, que la mort est une punition du péché, et que ni Adam ni aucun de ses descendants n’auraient pu mourir sans que la faute n’intervienne.Nous prouverons ensuite que cette immortalité du premier homme n’était pas naturelle, mais surnaturelle, non due, mais gratuite. Qu’elle ne doit pas être appelée une condition de la nature, mais un bienfait de la grâce.

Que la mort ait été une peine du péché, on le lit dans ces paroles de la Genèse : «Le jour où tu en mangeras, tu mourras de mort.»Pourquoi donc cette menace de peine de mort si Adam ne serait pas mort s’il n’avait pas péché ?Les pélagiens répondaient (selon saint Augustin, livre 1 sur les mérites des péchés, et la rémission, chapitre 2) qu’il faut entendre ce texte de la mort de l’âme, et non de la mort du corps, comme dans cette phrase du Christ : «Laissez les morts ensevelir les morts !»Mais, saint Augustin réfute cette interprétation par la les paroles de la Genèse 3 : « Tu es poussière et tu redeviendras poussière.»Car, par ces paroles, Dieu condamne Adam à la peine dont il l’avait menacée avant.Un texte en explique donc un autre. Il est certain, en effet, que c’est le corps et non l’âme qui a été fait de la poussière et qui retournera en poussière.Voilà pourquoi saint Jérôme (dans les questions hébraïques) loue Symmachus qui avait traduit ainsi : quand tu en mangeras, tu seras mortel, car, il ne devait pas mourir instantanément après la transgression, mais il devenait sujetà la mort dans le futur.

Ne répugne pas ce qu’enseigne saint Grégoire (au livre 5, épitre 14) quand il applique ce passage à la mort de l’âme.Car, on peut l’entendre de l’une et de l’autre mort, et le commentaire sera complet, si en unissant l’explication de saint Augustin à celle de saint Grégoire, nous disons que Dieu a menacé Adam de la mort de l’âme, et aussi de la nécessité de mourir corporellement, comme l’immortalité du corps (comme nous le montrerons plus haut) dépend de la vie de l’âme, et donc de la grâce et de l’amitié de Dieu.Bien plus, saint Augustin(livre 13, chapitre 12 de la cité de Dieu), entend ce texte d’une triple mort pour cette même raison que l’une est la cause de l’autre : la mort de l’âme par la perte de la grâce, la mort du corps par la perte de l’âme, et la mort ultime par la perte de la gloire.Et, avant lui, saint Ambroise(dans son livre sur le paradis, chapitre 9) a dit :« Il est écrit tu mourras de mort, et non tout simplement tu mourras, parce la parole porte sur le corps et sur l’âme».

Mais, en plus de ce texte, nous en avons beaucoup d’autres, et certains qui sont si clairs qu’on nepeut pas les détourner de leur vrai sens.Qu’y a-t-il, en effet, de plus clair que ces paroles : « Dieu n’a pas fait la mort» (Sagesse 1).Et Sagesse 2 : «Dieu a créé l’homme inexterminable.C’est par l’envie du diable que la mort est entrée sur la terre.»Romains 5 : «Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort.» EtRomains 6 :«Le prix à payer pour le péché est la mort.»Et Romains 8 : « Si le Christ est en vous, le corps est mort à cause du péché.»

Il est à noter que saint Augustin (dans son livre 1 sur les mérites des péchés et sur la rémission, chapitre 5)n’a pas voulu que l’apôtre dise que le corps est mortelà cause du péché,mai que par le péché, il est amené à lanécessité inévitable de mourir.Ce qui doit nécessairement arriver bientôt, et ce qui est imminent, on dit habituellement que ça a déjà été fait.Ensuite, aux Corinthiens 15, ne dit pas cette parole une seule fois, mais il la répète : «En Adam, tous meurent.» Et , «Par un homme, la mort.»Et, «l’aiguillon de la mort est le péché.»

àces textes de l’écriture, on ajoute les définitions des conciles. Voici ce que nous lisons dans le concile de Milet, canon 1 : «Il a plu au concile d’anathématiser celui qui dirait qu’Adam, le premier homme, a été fait mortel, de façon à ce que, qu’il pèche ou qu’il ne pèche pas, il serait mort dansle corps, c’est-à-dire qu’il serait sorti de son corps non par le mérite du péché, mais par une nécessité de nature.»Et, dans le concile d’Orange (canon 2) : «Si quelqu’un affirme que la prévarication d’Adam n’a nui qu’à lui-même et non à toute sa postérité;et que seule la mort du corps qui est la punition du péché, et non aussi le péché qui est la mort de l’âme ont été transmis au genre humain par le premier homme, «dans lequel tous ont péché».On lit des choses semblables dans le concile de Trente.

Nous omettons les témoignages des pères qui sont d’une clarté fulgurante, et nous allons passer à l’argument tiré de la raison.Quelqu’un ne peut être privé de la vie que par l’un de ces quatre moyens : il est opprimé par une force extérieure,par la faim ou par la soif, la maladie ou la vieillesse.Le premier homme était très sage, et il dominait librement toutes les choses qui étaient sous lui, comme on le voit par les noms qu’il a donnés aux animaux, et par cette parole de Dieu : «Dominez les poissons de la mer et les oiseaux du ciel.»Voilà pourquoi il connaissait ce qui est nuisible, et pouvait et devait les éviter.Et s’il ne l’avait pas évité, il aurait certainement commis un péché, et il n’aurait donc pas péri dans l’état d’innocence.Pour que dans son sommeil aucun malheur ne lui arrive, et pour qu’Adam ne soit blessé d’aucune façon,l’œil de la divine providence veillait, et les anges faisaient bonnegarde.Car, c’est ce que nous lisons du juste : «Dieu le gardera de tout mal.» (Psaume CXX), et (Psaume XC, 1) : « Il a commandé à sessaints anges de te garder dans toutes tes voies.»On ne peut douter que ces textes puissent s’appliquer aussi à Adam, qui était juste et ami de Dieu.

Pour que l’homme ne meure par le manque de nourriture, Dieu avait fait pousser plusieurs arbres fruitiers.Et s’il n’avait pas voulu s’en nourrir pour vivre, il aurait certainement péché.Car, Dieu avait dit :(Genèse 2)«Tu mangeras de n’importe lequel arbre.»Et la raison naturelle, c’est-à-dire la loidivine écrite dans son cœur lui intimait qu’il était nécessaire de se servir des aliments que Dieu lui avait donnés.Il ne pouvait pas mourir non plus de maladies.à l’homme avait été donnée unejustice originellequi ne soumettait pas seulement la partie inférieure à la raison, mais le corps à l’âme, de façon à ce que, dans cet état de félicité incroyable, l’homme jouisse intérieurement et extérieurement.Et pour qu’il ne meure pas de vieillesse, Dieu lui aurait procuré, dans l’arbre de vie, une sorte de fontainede jouvence, ou il aurait appelé les hommes à l’état de gloire avant qu’ils ne vieillissent.Je dis cela, tout en sachant qu’il y a deux opinions sur l’arbre de vie, comme on le verra dans le dernier chapitre.

CHAPITRE 9

L’immortalité du premier homme a été surnaturelle, non naturelle

Les pères ont constamment enseigné que l’immortalité d’Adam a été surnaturelle, et non naturelle.Saint Augustin (livre 1 de la Genèse à la lettre, chapitre 25) : « Autre est ne pas pouvoir mourir, et autre pouvoir ne pas mourir.C’est de la première façon que l’homme a été créé immortel, car, il le tenait cela, de l’arbre de vie, non de la constitution de la nature.»Livre 13, chapitre 20 de la cité de Dieu, il dit, en parlant de l’immortalité du premier homme : « Cet état leur venait, par une admirable grâce de Dieu, de l’arbre de vie qui était au milieu du paradis avec l’arbre défendu.»Et (au livre sur les mérites des péchés, et la rémission, chapitre 4), il écrit :

« Si Dieu a pu fournir aux Israélites des vêtements et des sous-vêtements qui ne se sont pas détériorés pendant tant d’années, y a-t-il de quoi s’étonner qu’ à l’homme obéissant, il ait accordé le pouvoir, tout en ayant un corps animal et mortel,de demeurer dans un état où il aurait vécu sans défaut jusqu’à ce que Dieu veuille qu’il passe de la mortalité à l’immortalitésans connaitre la mort.Car, comme cette chair que nous avons maintenant n’est pas vulnérable parce qu’il n’est pas nécessaire qu’elle soit vulnérable, la chair d’Adam ne fut pas mortelle parce qu’il n’était pas nécessaire qu’elle meure.Je pense qu’une telle disposition a encore été concédée au corps animal et mortel même à ceux qui ont été transportés là sans la mort.Car, Hénoch et élie n’ont pas langui dans une longue vieillesse.

Dans ce passage, saint Augustin enseigne, de diverses façons, que le corps de nos premiers parents a été mortel de par sa nature, et qu’il n’avait été immortel que par la grâce du Créateur.Il compare d’abord l’immortalitédu premier homme aux vêtements et aux sous-vêtements des Israélites qui ne se sont pas détériorés pendant tant d’années.Ensuite, il compare l’état du premier homme d’avant le péché avec l’état d’Hénoch et d’élie, qui avaient certainement un corps mortel, et qui devaient mourir un jour, mais qui, par la grâce de Dieu ont été conservés pendant de si long siècles.Troisièmement, parce qu’il dit deux ou trois fois,que le corps du premier homme fut mortel, et qu’il aurait passé, sans mourir, de la mortalité à l’immortalité.Or, s’il était mortel, il était certes mortel par nature, à moins que quelqu’un ne délire au point d’attribuer la mortalité du premier homme à la grâce et l’immortalité à la nature.

Quatrièmement, parce qu’il dit que sont corps était mortel même s’il ne serait jamais mort, comme notre chair est vulnérable même si elle n’est jamais blessée.Notre chair est vulnérable par nature, mais en se surveillant étroitement, on pourra faire en sorte qu’elle ne soit jamais blessée.Ce corps était donc mortel par nature, mais par la grâce de Dieu, il ne serait jamais arrivé qu’il meure.

Saint Cyrille (livre 1 sur saint Jean, chapitre 15) : « L’homme animal a été produit ,par Dieu , raisonnable,parce qu’il ne peut pas être éternel et incorruptible par sa nature.Ayant été signé de l’esprit de vie, il a obtenu le bien de l’immortalité, qui est au-dessus de sa nature.»Les théologiens scolastiques, ainsi que leur maître ont soutenu la même doctrine (sentences, livre 2, livre 19), que confirme une raison évidente ettout à fait certaine.Car, comme la nature de l’homme est formée d’éléments et d’humeurs contraires,elle a un pouvoir intrinsèque de corruption.L’immortalité est donc en elle en marge de sa nature, ou plutôt au-dessus de sa nature, tandis que la mortalité est naturelle.

De plus, dans l’état d’innocence, l’homme pouvait être engendré,comme il lui a avait été dit (Genèse 1) : «Croissez et multipliez-vous !.»Sa nature est donc corruptible,même si par l’aide de Dieu, il lui serait arrivé de ne pas se corrompre.De même, dans l’état d’innocence, la nature humaine avait besoin de nourriture et de breuvage, comme on le voit dans la Genèse au chapitre 1, où l’on donne comme nourriture à l’homme desvégétaux et des fruits.Or, le corps, qui a besoin de nourriture pour être conservé, et qui périt s’il ne se nourrit pas,est convaincu d’être mortel de par sa nature.Et c’est ici qu’il convient de citer Genèse 3 : tu es poussière, et tu retourneras en poussière, comme nous l’avons expliqué plus haut, dans la dispute du début.

Quelqu’un peut nous objectera le témoignage de saint Augustin (livre 13, chapitr4e 15 de la cité de Dieu),o« nous lisons : « Il appert que pourles chrétiens qui tiennent la vraie foi catholique,la mort de notre corps ne nous a pas été infligée par la loi de la nature, mais par le mérite du péché.»Je réponds que, par ces mots, saint Augustin veut direque la nécessité de mourir qui procède de la nature de l’homme, a été enlevée par la grâce de Dieu, et c’est pour cela que la mort qui règne maintenant en nous, n’a pas été infligée par la loi naturelle,mais parle mérite du péché.»Je répondsensuite que ces paroles de saint Augustin signifient que la nécessité de la mort qui est une conséquence de la nature de l’homme, avait été enlevée par la grâce de Dieu, et voilà pourquoi, la mort qui règne aujourd’hui ne nous a pas été infligée par une loi de la nature, mais par le mérite du péché.

Deuxièmement.On pourrait nous objecter le témoignage du canon2 concile d’Orange 2 où il estdit qu’ils font injure à Dieu ceux qui soutiennent que les hommes seraient morts même s’ils n’avaient pas péché, car si la mort avait été naturelle à l’homme,il pouvait mourir sans injustice divine, comme les autres animaux meurent sans injustice de Dieu.Je réponds que si l’home avait créé dans l’état de nature pure, il aurait pu, en effet, mourir sans injustice de la part de Dieu.Mais, parce que, par la bénignité de Dieu, la nécessité de mourir avait été enlevée de la nature humaine, et qu’elle avait été changée en punition pour le péché, il n’aurait pu se faire sans injustice que l’homme meure sans avoir commis aucune faute.

De plus, la mort qui était due à l’homme dans l’état de nature pure, est, maintenant, sans aucun doute possible, une peine. La peine, en effet, ne pouvait pas être juste si la faute ne l’avait pas précédée.Voilà pourquoi ilserait injuste envers Dieu, maintenant,l’homme qui dirait que c’est par une dette de la nature que la vie finit, et non par le mérite du péché.

On pourrait nous faire une dernière objection. L’âme raisonnable est immortelle par nature, on devait donc lui donner un corps qui était immortel par nature, la mortalité étant en dehors de la nature.Je réponds qu’un corps immortel convenait parfaitement à l’âme en tant qu’elle est immortelle.Cependant, parce que cette âme est la forme du corps, on devait lui attribuer un corps qui était apte aux fonctions que l’âme devait exercer dans le corps.Donc, les fonctions que nous exerçons aujourd’hui, et que nous aurions pu exercer aussi dans l’état d’innocence,se font dans un corps composé d’humeurs et de qualités contraires, d’où suit naturellement la nécessité de la mort.Voilà pourquoi, absolument parlant, le corps du premier homme devait être dit mortel par sa nature, et immortel par la grâce du Créateur.

CHAPITRE 10

Le paradis terrestre, où Adam demeura dans son état d’innocence, était terrestre et corporel.

Voici la première question. Le paradis a-t-il été un lieu véritable et corporel, comme l’écriture semble le laisser entendre dans le livre de la Genèse, ou plutôt,un lieu spirituel, et allégorique ?Ne manquèrent pas, parmi les anciens, les auteurs qui ont voulu détruire toute cette histoire du paradis, des fleuves et des arbres, et la transmuter en pures allégories.Est bien connue la sentence de l’hébreu Philo, dans le livre 1 de ses allégories.De celle de l’hérésiarque Valentin , chez Irénée (contre les hérésies, chapitre 1, avant le milieu), et d’Origène (dans son commentaire du livre de la Genèse).Mais, en notre siècle, (ce qui devrait nous étonner grandement ) la sentence déjà condamnée par les pères a été rappelée à la lumière parFrançois Georges (dans le tome des problèmes),qui s’est efforcé de la réhabiliter en commentant les paroles suivantes : «Le Seigneur avait planté un paradis de volupté.» (Genèse 2), et dans l’harmonie du monde,cantique 1, tome 7, chapitre 21, dont nous réfuterons les raisons un peu après.

Que leparadis ait étéun lieu physique,plein de plantes véritables,irrigué par une vraie source et de vrais fleuves, nous pouvons le prouver.D’abord, avec les divines lettres. où le paradis est décrit d’une façon telle qu’on ne peut pas imaginer qu’il ne puisse pas être un corps physique et véritable. Genèse 2 : « Le Seigneur Dieuavait planté un paradis de volupté dès le début, et il y posa l’homme qu’il avait formé.»Il dit, de même, au même endroit : «Un fleuve sortait du lieu de volupté pour irriguer le paradis, qui se divisait en quatre embranchements,dont l’un s’appelait Phison.etc »Or, ces fleuves sont réels, visibles, navigables et potables, comme on le voit dans le cas de l’Euphrate et du Tigre, qui sont parmi les fleuves les plus connus et les plus grands.De plus, au chapitre 3,Adam et ève se cachèrent dans les arbres du paradis , et se firent des pagnes avec des feuilles de figuier.Ils étaient donc réels et vrais les arbres du paradis au milieu desquels des humains vrais et corporels ont pu se cacher.Elles étaientdonc vraies les feuilles de figuier avec lesquelles ils ont pu couvrir leurs membres.

Ensuite, nous lisons, au même endroit, qu’Adam a été éjecté du paradis,qu’un ange reçut pour mission de bloquer l’accès à l’arbre de vie.Or, si l’arbre de vie n’avait été que spirituel, une sagesse ou une vertu, comme quelques-uns l’imaginent, Dieu n’aurait pas usé d’une telle diligence pour en interdire l’accès aux hommes.Dans le livre des proverbes, chapitre 3,où la sagesse est appelée arbre de vie, les hommes sont souvent invités à la sagesse et à la vertu.

Se présentent en second lieu les témoignages des pères qui ont réfuté la sentence d’Origène et l’ont considérée comme erronée et contraire à la foi orthodoxe.Saint Méthode (d’après épiphane, hérésie 64) enseigne que « le paradis de cette terreest un lieu parfait pour mener une vie paisible et heureuse, destiné aux saints.Le Tigre et l’Euphrate et les autres fleuves qui coulent là, sont comme des crues qui inondent notre continent, de l’eau qui ne vient pas des nuages, car la terre n’aurait pas pu supporter une telle masse d’eau.»Saint épiphane dans sa lettre à l’évêque Jean de Jérusalem, écrit : « Qui a jamais entendu dire ce que nous raconte Origène ,qui nous donne à nous le troisième ciel comme paradis, et qui transfère de la terre au ciel le paradis que l’écriture nous rapporte, et qui voit des allégories (des vertus angéliques)dans les arbres que nous décrit l’écriture, alors que la vérité ne reçoit pas cela ?»

Saint Jérôme (dans son épitre à Pammachius sur les erreurs de Jean de Jérusalem), dit, en énumérant les erreurs d’Origène : « Il allégorise le paradis à un point tel qu’il enlève la vérité de l’histoire,voyant dans les arbres des anges, dans les fleuves des vertus célestes, déformantpar son interprétation figurée,tout ce que contient le paradis.»Et, dans son commentaire (chapitre 10), commentant ce passage de Daniel il écrit : «Le vingt-quatrième jour du premier mois, j’étais près du grand fleuve qui est le Tigre », il dit : «Qu’il cessent donc de délirer ceux qui, cherchant des images et des ombres dans la vérité, s’efforcent à renverser la vérité en croyant devoir soumettre aux lois de l’allégorie les fleuves, les arbres et le paradis.»

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