Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 315)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Saint Jean Chrysostome (homélie 13 sur la Genèse) :« Moïse a inséré dans l’écriture le nom du lieu pour qu’il ne soit pas permis de dire des balivernes à ceux qui veulent en imposer aux oreilles des simples, en disant qu’il n’existe, sur la terre, aucun jardin qu’on nomme paradis, mais au ciel seulement, et en appelant ce genre de récit des fables».Satin Augustin (livre 13, chapitre 21 ce la cité de Dieu) conclut ainsi, après avoir réfuté longuement ceux qui spiritualisent à ce point le paradis qu’ils nient qu’il ait été corporel : « Même si on peut dire ces choses que personne ne nous interdit de dire, cependant, on croit à la vérité très fidèle de cette histoire que le récit de choses advenues recommande.»Et, dans le livre 8 de la Genèse, chapitre 1, il affirme qu’il approuve la sentence de ceux qui enseignent que le paradis a été à la fois corporel et spirituel.De ce nombre est saint Basile,qui, même si dans son livre sur le paradis, ne fait aucune allusion à Origène et à son erreur,explique le récit du paradis et selon la vérité de l’histoire, et selon une compréhension spirituelle.

Saint Ambroise a fait la même chose, comme je le démontrerai plus tard.Voir aussi Theodoret (questions 24 et 29 sur la Genèse),saint Jean Damascène (livre 2 sur la foi orthodoxe, chapitre 11),Bède le vénérable,Eucherius, et Rupert (chapitre 2, livre sur la Genèse).Ajouter aussi les docteurs scolastiques(2 sentence dist 17).Tous, d’un commun accord, enseignent un paradis corporel.Ajouter, enfin, queles arguments de François Georges sont d’une si grande légèreté qu’on a raison de s’étonner qu’un homme aussi instruit ai pu, à cause de raisons si débiles, se séparer du consentement unanime de toute l’église.

CHAPITRE 11

On résout les objections

Voici quelle est la première objection. On ne lit jamais dans l’écriture que le paradis a été planté sur la terre.Je réponds qu’on le déduit facilement du mot planter, car, ce n’est que sur la terre qu’on peut planter des arbres. C’est ce qu’enseignent clairement les arbres, les fleuves et les autres choses que l’on trouve dans la description du paradis.Autrement, on pourrait également faire cette sorte d’objection : on ne lit jamais que l’homme ait eu des viscères. Il n’en avait donc pas.

La deuxième objection.Si le paradis avait été terrestre et corporel, il aurait du avoir été créé le troisième jour, car, c’est alors que, sous le commandement de Dieu, la terre a produitl’herbe et tous les arbres.Or, c’est après le sixième jour qu’on nous décrit la production de l’herbe et des arbres dans le paradis.Je réponds que, dans son livre sur le paradis, saint Basile estime que, par une providence spéciale de Dieu, les arbres du paradis n’ont pas été créés le troisième jour avec les autres plantes, mais à part, en un autre temps.

Nous pouvons dire aussi que les arbres du paradis et le paradis lui-même ont été créés le troisième jour, et, que, parce que c’était quelque chose de la plus grande importance, sa production a été décrite plus amplement après la narration des six jours.Car, la production d’Adam du limon de la terre, et d’ève de la côte d’Adam, est décrite après le récite des œuvres des six jours, alors qu’il appert qu’ils ont été créés le sixième jour.C’est peut-être pour cela quele traducteur latina écrit «avait planté» le paradis,au lieu de «a planté » le paradis.Pour signifier que ce n’était pas alors qu’avait été créé le paradis, mais beaucoup avant, c’est-à-dire le troisième jour.

La troisième objection. Le paradis aurait été créé pour rien,et n’aurait servià personne dans le futur, car Dieu n’ignorait pas que l’homme pécherait, et serait chassé de ce lieu.Je réponds que Theodoret (question 21 sur la Genèse), a mis en note que le paradis n’avait pas été créé pour rien, d’abord parce que , pour fuir le péché, ne serait pas peu utile à l’homme le souvenir d’une si joyeuse habitation, dont il savait avoir été chassé par la désobéissance.Ensuite, parce que Dieu ne punit par les hommes avant qu’ils pèchent, et qu’il ne cesse pas de leur faire du bien seulement parce qu’il prévoit qu’ils pècheront.D’autres estiment que ce paradis sert à quelqu’un, et que c’est là qu’habitent énoch et élie.On peut ajouter que ce paradis est utile pour nous, parce que, dans ceparadis si merveilleux, on voit en image le paradis spirituel et céleste, qui le surpasse en excellence et en beauté.Enfin, si cen’est pas en vain qu’a étédonné à l’homme de pouvoir ne pas mourir etne pas pécher, et d’être d’une grandeur unique à cause de la justice originelle, même si Dieu savait qu’il pècherait et qu’il mourrait, et perdrait en peu de temps des dons si sublimes, ce n’est pas non plus en vain qu’a été créé le paradis terrestre, même si Adam n’a pas pu s’en servir que fort peu de temps.

La quatrième objection.Dans ses questions hébraïques,saint Jérômeécrit, en commentant ce verset(le Seigneur a planté un paradis de délices dès le début) , que «le paradis a été créé avant le ciel et la terre.Il ne se peut donc pas qu’il soit terrestre et corporel.»Saint Jérôme a cru que le paradis terrestre avait été créé avant le ciel et la terre.Donc, selon lui, le paradis terrestre n’est ni terrestre ni corporel, mais spirituel et divin.Je réponds que ou saint Jérôme parlait de l’opinion d’autres commentateurs, comme ill’a faitsi souvent dans son commentaire de l’épitre aux éphésiens, et d’autres textes;ou il a voulu dire que le paradis terrestre avait été créé avant que la fabrication de la terre ait atteinte sa perfection.Ce qui est tout à fait vrai.Car, même si la formation de la terre avait commencé le troisième jour où l’on croit que le paradis a été créé, elle n’était pas encore parvenue à son terme.Car, le quatrième jour, le ciel a été orné d’étoiles, et le sixième , la terre a été ornée d’animaux,Et il est certain qu’on ne peut pas avoir de doutes sur le sens des paroles de saint Jérôme, commenous l’avons montré un peu avant par ses paroles.

à ces quatre objections de François Georges, on peut en ajouter deux autres.Il y a donc une cinquième objection que soulevaient les anciens valentiniens et les origénistes.Dans sa deuxième épitre aux Corinthiens, (chapitre 12), saint Paul écrit qu’il a été ravi au troisième ciel, et tout de suite après, il dit comme dans une répétition, qu’il a été ravi au paradis.Je réponds que Méthode (dans épiphane) et saint épiphane lui-même (dans les lieux cités) enseignent que saint Paul a été ravi deux fois, une fois au troisième ciel, et une autre au paradis. On ne doit donc pas déduire de ce passage que le paradis se trouve dans le troisième ciel.

On pourrait répondre plus simplementrépondre que le paradis où a été ravi saint Paul et celui dont Adam a été éjecté ne sont pas les mêmes, comme l’enseigne correctement saint Ambroise (dans son commentaire du chapitre 6 de la première épitre de saint Paul aux Corinthiens).Car, le mot paradis signifie lieu de délices, ou jardin, et ce mot est employé au sens de paradis corporel non seulement dans la Genèse (2 et 3), mais aussi dans l’Ecclésiastique (2).Nous y lisons en effet ceci ; «Je me suis fait des jardins et des vergers».Or, on en hébreu, on a jardins et paradis.Et, dans le cantique des cantiques4 : «Les productions de ton paradis de grenades et de pommes.»On emploie aussi le mot au sens d’un paradis spirituel dontle paradis corporel fut la figure, comme ézéchiel 28 : «Tu as été dans les délices du paradis.»Dans saint Luc 23 : « Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis. »Et dans l’Apocalypse 11 : «Au vainqueur, je donnerai de manger de l’arbre de vie, qui est dans le paradis de mon Dieu.»On ne peut douter que c’est dans ce sens qu’est pris le mot paradis dans 2 Cor 12.

La sixième objection est tirée de l’autorité de saint Ambroisequi explique tout le récit mystiquement et spirituellement , non seulement dans son livre sur le paradis, mais aussi dans son épitre 12 à Sabinus,qui était prêtre depuis longtemps.Il répondit à Sabinus qui lui avait demandé ce qu’il pensait du paradis, qu’il avait écrit un livre entier sur ce sujet;et après avoir indiqué les opinions des autres, il dit que tous s’entendent pour écrire que le paradis fut spirituel : « Tous sont d’accord pour dire que l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ainsi que les autres arbres pleins de vigueur et qui débordaient de vie, étaient spirituels.On en déduit que le paradis n’a pu être ni terrestre, ni dans un sol quelconque, mais dans ce qui principalement en nous est animé et vivifié par les vertus de l’âme,et par l’infusion du Saint Esprit.»

Je réponds que saint Ambroise ne nie pas qu’ait été corporel le paradis dans lequel Adam a habité, mais qu’une fois cela acquis, il mit tout son soin a expliquer les significations et les mystères du paradis dont nous parle l’écriture.Ce que nous pouvons prouver de plusieurs façons.

La première.Dans son livre sur le paradis, (chapitre 1), il a ces mots : «Dieu plaça donc l’homme dans ce paradis (verger)qu’il avait planté.Comprends que ce n’est pas l’homme fait à l’image de Dieu qu’il a placé là, mais celui qui a un corps.Car un incorporel n’habite pas dans un lieu.»Ces paroles indiquent assezclairementque, selon la sentence d’Ambroise, le paradis a été corporel, puisque c’est là qu’Adam a été placé en tant qu’il est doté d’un corps, non d’un esprit.

La deuxième.Dans le même livre, au chapitre 3, saint Ambroise reconnait que, du paradis, sortait des fleuves : le Phison, le Géon, le Tigre et l’Euphrate.Et il expliqueque le Phison est le Gange, et le Géon le Nil,qui sont des fleuves véritables et célèbres. Et il ajoute que le Tigre et l’Euphratequi sortaient du paradis, sont les mêmes que ceux que l’on voit en Mésopotamie, et que cette région a reçu d’eux son nom.Si Ambroise croyait que desfleuves véritables et corporels sortaient du paradis, il a certainement cru aussi que le paradis était corporel et réel.

La troisième.Dans le même livre, au chapitre 7, il pose une question.D’où est venue la mort d’Adam ?De la nature du bois ou de Dieu ?Et il répond que la mort ne vient ni de la nature du bois ni de Dieu, mais de la désobéissance d’Adam,qui eut la présomption de goûter aufruit de l’arbre interdit.Dans cette question, et dans la réponse qu’il apporte à cette question, l’arbre est clairement, pour lui, quelque chose de corporel.

La quatrième.Dans l’épitre 12 ci-haut citée à Sabinus,il ajoute ceci, après avoir présenté plusieurs opinions sur le paradis : «L’historien Joseph dit que le lieu était rempli d’arbres et de jeunes pousses, qu’il était irrigué par un fleuve qui se divisaiten quatre fleuves, ec.»Il ne condamne pas ici Joseph, mais indique seulementque, en tant qu’historien,il ne s’est soucié que de la description de la seule histoire.Ce qui nous fait comprendre que saint Ambroise ne nie pas l’historicité du fait, mais qu’il l’omet comme une chose archi connue,et bien expliquée par d’autres.Autrement, il ne dirait pasqu’en tant qu’historien, Joseph décrit un paradis corporel, mais qu’il n’a su imaginer que des délices corporels.

La cinquième.Parce que, dans la même épitre, il enseigne que tous sont d’accord pour dire que dans le paradis, il y a eu des arbresvivants et raisonnables.Si on donne au mot paradis un sens mystique, ce sera vrai, mais si on lui donne son sens normal, ce ne sera plus vrai,et il n’a pas pu entrer dans l’esprit de saint Ambroise de croire que c’était vrai.Car, pour omettre les écrits de saint épiphane contre les origénistes, qui nient le paradis corporel, que saint Ambroise n’a pas pu ne pas connaitre, il avait certainement lule livre de saint Basile sur le paradis.Car, c’est à partir des homélies de saint Basile sur l’œuvre des six jours , que saint Ambroise a composé son Exameron, en empruntant dans son livre sur le paradis beaucoup de choses tirées du livre de saint Basile sur le paradis.Or, saint Basiledécrit manifestement un paradis corporel, et donne en même temps, à ce paradis, une signification spirituelle.

Donc ce qu’il dit au sujet du paradis, qu’il ne peut être ni terrestre, ni être dans notre sol,ne vaut que pour ce qu’il avaitdit auparavant, du paradis où se trouvent des plantes animées et raisonnables.

CHAPITRE 12

Le lieu du paradis terrestre est fort éloigné de la connaissance humaine

On pose une autre question sur le paradis.Dans quelle partie de la terre se trouve le paradis ?Quelques-uns ont pensé que c’est toute la terre qui est le paradis dont parle l’écriture.Joseph semble être de cet avis (dans le livre des antiquités, chapitre 2).Il dit que le fleuve qui irriguait le paradis est un cours d’eau qui parcourait toute la terre, voulant ainsi , semble-t-il, signifier un océan.Mais l’écriture sacrée répugne à cette sentence.Car, si Dieu avait introduit dans le paradis l’homme forméde la glaise, en dehors du paradis, et l’avait ensuite renvoyé dans la région où il avait été façonné, (comme nous le lisons dans Genèse 2 et 3), comment peut-il se faire que le paradis soit partout sur la terre ?à moins qu’ait été en dehors de la terre la glaise avec laquelle Adam a été formée;et qu’après sa chute, Adam ait été expulsé en dehors de la terre, pour omettre la garde des anges assignée au paradis,pour interdire l’entrée au paradis aux hommes habitantle reste de la terre.Ces écrivains se mettent donc tous d’accord pour estimer que le paradisest le verger de l’ensemble de la planète, et comme le royaume du prince des animaux.

L’autre sentence se porte à l’autre extrême.Ils enseignent que le paradis est en dehors de la terre que nous habitons.Car, ils pensent que notre terre est complètement entourée par l’océan;que l’océan est entouré par une autre terre beaucoup plus grande,et que c’est elle qui est nommée et qui est le paradis.Saint éphrem a attribué cette sentence à Bar-Cepha, dans le livre qu’il a écrit sur le paradis.Mais cette interprétation ne convient pas non plus aux lettres divines et à la tradition des pères.Si le Tigre et l’Euphrate et les autres fleuves qui viennent du paradis se trouvent sur notre terre, il n’est pas crédible que, au terme d’un gigantesque parcours,ils nous soient parvenus d’un autre continent, qu’on imagine être au-delà de l’océan.Plusieurs navigations semblent avoirsuffisamment démontré que l’océan n’est pas entouré d’une autre terre,et qu’il n’y a pas d’autre terre au-delà de l’océan.De plus, l’opinion commune , qui est conforme à la traduction des septante de Genèse 2,situe le paradis à l’Orient. D’où il suit qu’il est faux qu’un océan universelsoit ceint par lui.

La troisième sentence est de ceux qui pensent que le paradis est un lieu élevé qui s’étend jusqu’au globe de la lune.On a coutume d’attribuer cette sentence au vénérable Bède.Mais, on n’a jamais pu la détecter dans ses œuvres.On la trouve dans une glosede Bridefer Ramsès,dans le chapitre 41 de Bèdesur la supputation des temps.Pierre Lombard la rapporte sans la réfuter (dans son livre 2 sur les sentences, dist 17).Or, il est incroyable que le paradis soit placé là,parce que cette région est la plus insalubre de toutes, et qu’elle est tout à fait inhabitableà cause de la trop grande subtilité et de l’agitation perpétuelle de l’air, et aussi parce que le paradis serait aperçu dans quelques régions, par nous ou par nos antipodes.Surtout quand la même opinion place le paradis à l’Orient, comme il appert de la glose de Bridefertci-haut citée.Etc, etc…

Mais peut-être que l’auteur de cette sentence a voulu se servir d’une hyperbole, pour démontrer par l’altitude, l’excellence du paradis, comme le suppose saint Thomas(2 par question 102, art 1.)Comme nous comprenons les paroles de saint Basile qui écrit, dans son livre sur le paradis,qu’en raison de la hauteur de son site, le paradis n’admet aucunes ténèbres.Et de saint Jean Damascène qui (dans le livre 2 sur la foi, chapitre 2), écrit que le paradis est plus élevé que notre terre.Et de Rupert qui (dans le livre 1 sur la Genèse, chapitre 37),écrit que le paradis est un lieu proche du ciel.Et enfin, d’Alchimius Avitus qui (au livre 1 de ses poèmes sur le début du monde, capitre 9,) chante ainsi sur le site du paradis : « Là où, dépassées les Indes, commence la tête du monde,là où sont empêchés les confins de la terre de rejoindre le ciel,làperdure un lieu inaccessible à tous les mortels .»

La quatrième sentence est celle d’auteurs plus récents, d’Augustin Egubinus,de Jérôme d’Oléastre,de François Vatablus (dans ses notes sur le chapitre 2 de la Genèse), et de Corneille Jansenius(dans son chapitre 113 sur la concorde des évangiles).Ils estiment que le paradis a été en Mésopotamie, et que, au temps du déluge, sa beauté et son aménité ont péri,au point qu’il ne demeure aucun vestige d’un paradis, et qu’on n’a plus besoin de la garde d’un ange, vu que seulement les animaux et quelques humainsont accès à ce lieu.Cette sentence ne me plait pas pour plusieurs raisons.La première.C’est une nouvelle opinion, et qui répugne à l’enseignement de l’ensemble des docteurs, autant des scolastiques que des pères.Ensuite, du paradis, sortait un fleuve qui se divisait ensuite en quatre fleuves, dont les noms sont Euphrate, Tigre, Phison, et Géon.Or, de la Mésopotamie, aucun fleuve ne sort.Les fleuves Tigre et Euphrate coulent dans la Mésopotamie, mais n’en proviennent pas.C’est dans l’Arménie que se trouvent leurs sources.Selon cette interprétation, le mot paradis conviendrait plus à l’Arménie qu’àla Mésopotamie.Le Phison et le Geonn’ont pas leurs sources dans la Mésopotamie,et n’y sont présents en aucune manière.

Quelques-uns répondentque c’est dans la Mésopotamie que l’Euphrate et le Tigre se rejoignent,et que c’est de cette façon que sont formés quatre embranchements ou fleuves, les deux premiers étant le Tigre et l’Euphrate, et les deux derniersPhison et Geon,bien qu’ils ne soient pas appelés de ces noms à notre époque.Mais cette réponse ne semble pas satisfaisante.Car, l’écriture ne dit pasque des fleuves qui venaient d’ailleurs se sont rejoints dans le paradis, mais qu’ils provenaient du paradis, et qu’ils se sont divisés en quatre.Or, enla Mésopotamie nul fleuve ne nait,mais des fleuves déjà distincts provenant d’ailleursse rejoignent là. C’est plutôt un argument qui prouverait que le paradis n’était pas dans ce lieu, et qu’il n’y avait pas de paradis.

On dit ensuite que Phison et Geon circulent parmi des régions variées, et que les deux qui naissent de la fusion des deux fleuves, après un court trajet, se jettent dans le golfe persique.Si , toutefois, est vrai ce qu’ils disent. Car, quand je regarde les cartes géographiques,je ne vois pas les fleuves Tigre et Euphrate s’unir après leur rencontre,mais aller se jeter ensemble dans le golfe persique.On ne peut donc pas appeler des deux fleuves Phison et Geon.

Plusieurs auteurs graves soutiennent que le Phison et le Géon étaient le Nil et le Gange.C’est ce qu’enseigne Joseph (Antiquités 1, chapitre 2) et épiphane (dans sa lettre à Jean de Jérusalem), saint Ambroise (dans son livre sur le paradis, chapitre 3), saint Jérôme(dans ses lieux hébraïques), saint Augustin (livre 8, chapitre 7 sur la Genèse),Alchimius Avitus et Claude Marius Victor (dans les lieux cités),Eucherius (dans la Genèse, chapitre 7).Et ce qui est bien plus important, Jérémie 2, où la vulgate traduit : « Que cherches-tu dans la voie de l’égypte,pour y boire une eau trouble ?»Or, dans la version des septante, nous lisons : «pour que tu boives l’eau de Géon ?» Et, dans son commentaire de ce passage, saint Jérôme atteste que le mot Géon a toujours figuré dans l’édition principale.La vulgate ne s’oppose doncpas aux septante en disant eaux du Nil,au lieu de Géon.

Ajoutons aussi que l’écriture divine(Ecclés 24)semble enseignerque Phison est le Gange, et Géon le Nil : « Celui qui est plein de sagesse comme le Phison, et comme le Tigre aux joursdes nouveautés.Celui qui est plein de sens comme l’Euphrate, qui se multiplie comme la crue du Jourdain au temps de la moisson; qui envoie la discipline comme la lumière, et assiste comme Géon au jour de la vendange, ou de la récolte.»Dans ce passage, Raban Janseniuset d’autres interprètes voient le Gange dans le Phison, et le Nil dans le Géon.Car, le Gange est un fleuve très long,et c’est ce que signifie le mot Phison, parce qu’il semble est plus plein que les autres fleuves.Et, c’est à cette étymologie que fait allusion l’Ecclésiastique, quandil dit : «Qui est plein de sagesse comme Phison.»

Le Nil commence à s’accroitre après le solstice d’été,et il a coutume d’atteindre son plein au temps de la vendange.Et c’est pour cela que l’Ecclésiastique dit : et comme Géon au jour de la vendange.De plus, comme l’a correctement noté Jansenius, voulant comparer la sagesse de Dieu aux cinq fleuves célèbres, l’Ecclésiastique décrit ces fleuves dans l’ordre qu’ils ont entre eux.Le premier à partir de l’Orient , est le Gange, le second le Tigre, le troisième l’Euphrate, ele quatrième le Jourdain, et le cinquième, le Nil.L’ordre de la narration nous force donc d’entendre par Phison le Gange, par Géon le Nil, puisque Phison est nommé en premier lieu et Géon en second lieu.Et la seule raisonpour laquelle le Jourdain est nommé avant Géonest qu’il est le premier en raison du site.Si Phison et Géon sont vraiment le Gange et le Nil comme un si grand nombre de graves auteurs l’affirment constamment, ils ne peuvent pas tirer leur nom de la séparation du Tigre et de l’Euphrate, et on ne peut pas placer le paradis dans la Mésopotamie, puisque ces deux fleuvesn’ont absolument rien à voir avec la Mésopotamie.

Ce qui nous permet de réfuter ce que quelques-uns soutiennent,à savoir que ces deux fleuves étaient près de la Mésopotamie, mais que leurs noms ont été modifiés.Ce qui répugne à l’écriturequi, comme nous l’avons dit, indique (dans Eccl 24) que Phison et Geon étaient de très grands fleuves, qui ne peuvent pas facilement tarir,et qu’on ne les voit pas près du Tigre et de l’Euphrate.Car, même si quelqu’un soutenait avec obstinationque, dans l’Ecclésiastique, Phison et Géon ne sont pas le Gange et le Nil, ils ne pourraient quand même pas nier que c’étaient des fleuves grès grands et très célèbres, non des embranchements d’autres fleuves. à moins qu’ils veuillent que l’Ecclésiastique ait comparé pour rien les flots immenses de la divine sagesse à de petites rivières; et que ces petites rivières se joignaient aux grands fleuves Tibre et Euphrate.

Ajoutons à cela que saint Basile (dans son livre sur le paradis), saint Jean Damascène, (livre 2 de la foi, chapitre 110), saint Augustin (livre 14, chapitre 10 de la cité de Dieu),Alchimius Avitus,et Claude Marie Victor, et saint Isidore de Séville, etc décrivent un paradis au printemps perpétuel, sans gel,sans brume, sans pluie, sans neige, sans grêle, sans nuages.Car, c’est ceque signifie l’écriture quand elle nous raconteque les premiers humains étaient nus dans le paradis.Or, même si la Mésopotamieest un pays agréable à habiter,elle a quand même des chaleurs accablantes, de la pluie, de la grêle, du froid.On ne peut pas , non plus, répondre que c’est le déluge qui a modifié la félicité de ce lieu, car le déluge n’a pas changé le site de lieux, et les conditions atmosphériques.Les arbres, les fruits et les fleurs auraient péri, et le climat aurait péri ?Je m’étonne d’autant plus que Luther(dans son commentaire 2 sur la chapitre de la Genèse) écrive que, dans le paradis, il n’y avait pas d’hiver, mais un printemps perpétuel, tout en soutenant que leparadis étaitla Syrie, la Mésopotamie, l’égypte et Damase,où il n’y a pas de printemps perpétuel.

Il reste encore à dire que, selon l’enseignement de trèsgraves auteurs, énoch et élie ont été transportés dans le paradis, d’où a été chassé Adam,et qu’ils mènent là une vie heureuse.Voir saint Irénée, (livre 5, chapitre 5, contre les hérésies),qui, d’après la tradition des prêtres qui avaient entendu parler les apôtres, écrit que énoch et élie ont été transférés dans le paradisoùétait Adam.Voir aussi, saint Athanase (dans son livre ou épitre sur le synode de Nicée), saint Jérôme (dans son épitre à Pammachus sur les erreurs de Jean de Jérusalem), et saint Augustin (dans son livre 1 sur les mérites des péchés, et la rémission, chapitre 3,et dans son livre sur le péché originel, chapitre 23.)

Et on confirme cette sentence par un texte de l’Ecclésiastique XL1V : « énoch plut à Dieu,et il l’a transporté dans le paradis,pour qu’il donne aux Gentils la pénitence.»Ce mot paradis n’est pas dans le texte grec, mais il l’est dans tous les codex de la traduction latine de la vulgate, que nous ne pouvons pas rejeter si nous voulons obéir , comme nous le devons, au concile de Trente, session 3.Et bien que le mot paradis puisse signifier n’importe lequel jardin ou verger, il ne peut signifier, quand , dans l’écriture, il est placé sans qualificatifs,que le paradis où Adam a demeuré, ou celui dont il a été la figure, le ciel.Or, ilest certain qu’énoch n’est pas monté au paradis céleste, d’où personne ne descend pour prêcher la pénitence aux Gentils.

CHAPITRE 13

On réfute des objections.

L’écriture atteste que la paradis (verger) a été planté dans l’Eden, vers l’orient, Genèse 2.L’éden est à côté de Chara, en Mésopotamie, come on le déduit de ce texte d’Ezéchiel 27 : «Charan, Chene et Eden, tes négociateurs», et de ce texte des Rois 4, XV111 : « Les dieux ont-ils libéré chacun des paysque mes pères ont dévastés, à savoir Goram, Charan et Reseph, et les fils d’Edon qui étaient à Thalassar ?»Et, ensuite, dans la Genèse 4 : « Caïn est sortiloinde la face du Seigneur,et il habita comme un transfuge, à l’orient, dans la contrée d’Eden,»Secondement.C’est en Mésopotamie qu’on trouve les fleuves qu’on dit être dans le paradis, etque c’est une région paradisiaque.

Nous répondons que, dans l’écriture, le mot éden est tantôt le nom d’un lieu, etque tantôt il signifiedélices ou voluptés, comme le savent les experts en langue hébraïque.Et, dans les lieux cités, éden est clairement le nom d’un lieu, mais non du lieu d’où fut éjecté Adam .Et ne semble pas être un petit argument que c’est là qu’on nous dit qu’ait habité Caïn.à moins que quelqu’un ne délire au point de penser qu’un paradis ait été donné à Caïn comme exil.De plus, de l’éden où se trouvait le paradis, sortait un fleuve qui se divisait bientôt en quatre têtes.Or, de l’Eden quiest proche de la Mésopotamie, aucun fleuve ne sort.Dans le second chapitre de la Genèse, il n’y a pas de nom de lieu;mais que le mot signifie volupté, l’autorité de la vulgate nous le persuade suffisamment, et aussi celle de saint Jérôme qui non seulement traduit ainsi, mais qui, dans ses questions hébraïques, affirmeque c’est ainsi que l’a rendu Symmachus, ainsi que les septante.En ce qui a trait aux fleuves età l’aménité du lieu, nous avons déjà signalé que de la Mésopotamie, aucun fleuve du paradis ne sort, et qu’il n’y a pas ce climat paradisiaque qu’on rapporte avoir été dans le paradis.

On pourrait faire un autre argument contre nous au sujet des sources de l’Euphrate et du Tigre,qui sont bien connues.Mais saint Augustin répondà cette objection (au livre 8, chapitre 7 de la Genèse) ainsi queThéodoret (dans la question 29 sur la Genèse),et Rupert (dans son livre 2 sur la Genèse,chapitre 24.).Nous ne rapporterons cependant que des paroles de saint Augustin : «Ce lieu du paradis est si éloigné que nul homme ne le connait, ce lieu d’où l’on croit que se forment, par la séparation, quatre cours d’eau.Mais, ces fleuves, dont les sources nous sont connues, coulent sous terre en certains endroits, et font plus loin irruption dans d’autres endroits, comme s’ils trouvaient là leurs sources.Que quelques cours d’eau aient coutume d’agir ainsi, qui l’ignore ?»

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