Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 320)
Le cinquième. La pénitence n’est rien d’autre que ne rien reconnaitre, et professer n’avoir commis aucun mal. Et c’est pour cela qu’ils disent que le péché de Pierre a été remis : parce qu’il croyait qu’il n’avait pas péché quand il renia le Christ. Le péché de Juda n’a pas été remis parce qu’il croyait avoir péché, et n’a pas pu empêcher sa conscience de le savoir par ces mots : j’ai péché en livrant le sang du juste. Le sixième. L’homme peut, en cette vie, parvenir à la perfection et à l’innocence suprême, car, s’il rejette tous les scrupules, il sera sans péché. Le septième. Le Christ n’est rien d’autre qu’un composé de l’Esprit de Dieu et de l’opinion. Le Christ est mort quand il a aboli l’opinion que le péché est quelque chose. Il est vraiment revenu des enfers et nous appelés à la vie quand il a enseigné qu’il n’est pas lui-même l’Esprit de Dieu qui vit et qui règne toujours; et qu’il ne faut pas attendre d’autre résurrection. Le huitième. Il est licite de simuler, et de tout dissimuler, de vivre en catholique avec les catholiques, et à la Luther avec les luthériens. Le neuvième. On n’a pas à faire grand cas des Écritures divines, puisque l’Esprit suffit. En conséquence, ces libertins ne méprisaient pas seulement les Écritures, mais aussi les écrivains sacrés, nommant saint Jean l’abruti, saint Matthieu l’usurier, saint Paul le vase brisé, et saint Pierre le renégat du Christ.
Bien que Calvin dise haïr ces blasphèmes horribles, et qu’il s’efforce de les réfuter dans les deux livres qu’il a édités, il n’en demeure pas moins probable que les libertins viennent des calvinistes, comme les anabaptistes viennent des luthériens. Car, dans les livres de Calvin, de son maître Zwingli et de son disciple Bèze, ainsi que de Martin Bucer et de Pierre le martyr, qui conviennent avec Calvin en beaucoup de choses, on trouve ouvertement des sentences d’où on déduit que Dieu est l’auteur de tous les crimes, qui sont perpétrés par les hommes. Luther et Mélanchton ont enseigné autrefois la même chose, comme il appert de l’assertion de l’article 36, où Luther écrit que «personne n’a en son pouvoir de penser le bien ou le mal.» Et encore plus clairement du commentaire de Mélanchton sur Romains 8, où nous lisons que «l’adultère de David et la trahison de Judas sont autant l’œuvre de Dieu que la vocation de saint Paul.»
Cependant, chacun des deux a rétracté sa sentence. Car, dans son livre sur sa visite de la Saxe, Luther admet et enseigne le libre arbitre dans les choses civiles, autant pour le bien que pour le mal. Et Mélanchton (dans les lieux communs de l’année 1556, sur la cause du péché) réfute avec beaucoup de soin la sentence qui renvoie à Dieu les mauvaises actions. Plusieurs luhériens, comme Heshusius, ont réfuté la sentence de Calvin sur la cause du péché. Ce qu’est vraiment la position de Calvin, nous le montrerons au troisième chapitre.
CHAPITRE 2
On explique l’état de la question
Parce que la principale controverse est disputée avec Zwingli, Calvin et ceux qui partagent cette erreur, je considère qu’il vaut la peine d’expliquer d’abord brièvement l’état de la question. Car, si la dispute porte sur : Dieu est-il ou peut-il être l’auteur du mal, ou est-il la cause pour laquelle nous péchons, il n’y aura pas de débat. Car, non seulement les catholiques mais aussi les calvinistes et les luthériens nient cela. Dans son épitre à Rotomagenses contre un franciscain libertin, Calvin dit ceci : « Il proteste que sa véritable pensée est bien loin de tout cela, et qu’il ne veut pas faire de Dieu l’auteur du mal. Mais quel profit peut-il tirer d’un tel subterfuge dans une chose aussi évidente ?» Donc, même si les libertins renvoyaient à Dieu les adultères, les homicides et les vols, ainsi que les autre crimes, ils ne faisaient pas pour autant Die l’auteur des maux, car ils ne jugeaient pas être mauvais ce que Dieu faisait, puisqu’il ne peut pas faire de mal.
Zwingli (dans son sermon sur la providence, chapitres 5 et 6), ne dit pas seulement une fois mais plusieurs fois, que Dieu ne peut ni être injuste ni en aucune façon pécher. Jean Calvin, affirme en plusieurs endroits, que Dieu n’est pas l’auteur des maux. Dans la préface de son livre sur la prédestination éternelle de Dieu, il écrit : « Pour les hommes pieux, cela doit être défini et confessé une fois pour toutes qu’il n’y a aucune raison pour laquelle les hommes associeraient Dieu à leurs péchés, ou qu’ils lui attribueraient d’une façon quelconque, une part de la faute.» Et à la fin du même livre : « Donc, dit-il, comme c’est pour une cause juste , à nous ignorée, que procèdent de Dieu les maux et les crimes perpétrés par les hommes, et même si sa volonté est la cause de toutes choses, je nie, cependant, qu’il soit la cause des maux.» Et un peu après : « Ils nous calomnient honteusement et lourdement ceux qui montrent que Dieu est l’auteur de tous les péchés ,parce que nous enseignons que sa volonté est cause de tout ce qui se fait.» Et (dans son livre 1, 17, 3) : « Ceux qui conserveront une prudente retenue, ne gronderont pas de colère contre Dieu à cause des adversités, et ne le rendront pas coupable des crimes.»
Et, au même endroit, il blâme Lyconide qui disait, d’après Plaute : « Un dieu en fut l’incitateur. Je crois que les dieux l’ont voulu.» Ensuite, le même Calvin (dans son admonition contre les libertins) s’efforce, par un long développement, de prouver que Dieu n’est pas la cause du péché.» Pierre le martyr (dans son commentaire de Romains 1), écrit que Dieu pousse vraiment et proprement les hommes à pécher, tout en niant que Dieu pèche ou soit l’auteur du péché.» Ensuite, Théodore de Bèze, autant dans sa réponse à Heshusius que dans ses autres écrits à Castalion, se purge diligemment lui et Calvin de l’accusation d’avoir fait de Dieu l’auteur du mal. Et en réponse à Castallion, il explique toute sa sentence par trente-huit aphorismes, et par des préceptes de son Calvin. Voici le huitième aphorisme : « Il ne s’ensuit de ces choses aucun des blasphèmes suivants, à savoir que Dieu serait l’auteur du péché, qu’il se délecte dans l’iniquité, et qu’il voudrait l’iniquité; ou qu’en agissant mal, satan et les hommes obéissent à Dieu, ou que quand ils font le mal, ils font ce que Dieu veut, et qu’ils sont donc en dehors de toute faute. Loin de nos langues et de toutes nos pensées tous les blasphèmes de cette sorte !»
Si les adversaires confessaient par la parole ce que les catholiques enseignent, c’est en vain que nous nous fatiguerions à présenter des textes de l’Écriture et des pères qui prouvent que Dieu n’est pas la cause du péché. Nous devons donc d’abord montrer quelles sont leurs véritables pensées qu’ils n’osent pas avouer par la parole. Et pour ce, il nous faudra faire trois choses. La première. Expliquer ce qu’ils enseignent sur la cause du péché de la part de Dieu. La deuxième. S’ensuit-il de ce qu’ils enseignent que Dieu est l’auteur du péché ? La troisième. Est-ce vraiment leur sentence, et Dieu est-il pour eux l’auteur du péché ?
CHAPITRE 3
On présente la sentence de Calvin, de Zwingli et de Bèze avec leurs propres paroles
La sentence de Calvin, de Zwingli et de Bèze sur la cause du péché de la part de Dieu peut être exprimée en cinq propositions. La première. Dieu non seulement permet mais veut que soient faits tous les péché que commettent les hommes. La seconde. Dieu non seulement veut, mais il a aussi décrété, de toute éternité, que soient faits tous les péchés que font les hommes, et cela, sans avoir prévu le libre choix de la volonté humaine. En effet, Dieu ne décrète pas une chose parce qu’il prévoit qu’elle existera dans le futur, mais parce qu’il a décrété qu’elle soit. La troisième. Dieu non seulement a décrété de toute éternité que soient faits les péchés que commettent les hommes, mais il a même commandé à Satan et aux impies de concevoir des maléfices, d’incliner les hommes vers eux, et de les induire au péché. La quatrième. Dieu ne fait pas seulement commander à satan, l’inciter et le pousser à induire les hommes au péché, mais il agit lui aussi dans les esprits des hommes impies, et par eux, et par ses instruments, il fait, en tant que cause première, toutes les choses qui sont propres aux hommes, et qui sont de vrais péchés.
La cinquième. Bien que, par rapport aux humains, les choses qu’on appelle et qui sont péchés, se font Dieu le voulant, le déterminant, le commandant, et l’effectuant, cependant, par rapport à Dieu, on ne peut pas les appeler des péchés, mais des œuvres bonnes et justes, car c’est dans une mauvaise intention que les hommes les font, et dans une bonne que Dieu les fait. En conséquence, Dieu ne pèche pas, et n’est ni l’auteur ni la cause du péché. Que ce soit cela la pensée de Calvin, de Zwingli et de Bèze, nous le montrerons facilement par leurs écrits.
La première proposition. Dans son sermon sur la sainte providence, qu’il a écrit pour le prince Philippe, en l’an 1530, nous lisons ces blasphèmes inhumains et tout à fait tartares. Voici ce qu’il dit au livre 5 : « Comme Dieu ne pouvait, pour aucune raison, nous montrer qu’il y avait de l’injustice en lui, puisqu’il est par nature la vérité, le bien et la sainteté, c’est par la créature qu’il a produit un exemple d’injustice, non comme si la créature l’avait produit de son cru, elle qui n’existe, ne vit, et n’agit pas sans Dieu. Parce que Dieu lui-même est l’auteur de ce qui pour nous est l’injustice, mais qui ne l’est nullement pour lui.» Et plus bas : « Quand il rend l’ange et l’homme transgresseurs, il ne devient pas pour autant un transgresseur.»
Et, chapitre 6 : « Ce que Dieu opère par l’homme, est pout l’homme un vice, mais non pour Dieu. Et plus bas : « Tout crime, comme l’adultère, l’homicide, en tant qu’il a besoin de Dieu comme auteur, moteur, instigateur, n’est pas un crime. En tant qu’il se rapporte à l’homme, il est un péché mortel et un crime.» Et plus bas : « Quand il pousse à faire quelque chose qui est une fraude pour l’instrument qui l’accomplit, Dieu, lui, ne commet pas de fraude. Car, il se meut librement, et il ne commet pas d’injustice envers l’instrument, car toutes choses sont siennes, et bien plus que ne le sont les instruments d’un artisan, auxquels il ne fait pas d’injure s’il change une lime en massue, et une massue en lime, et donc s’il incite un voleur à tuer un innocent, même s’il n’est pas préparé pour la mort.»
Écoutons maintenant Calvin ( 1, chapitre 17, verset 11) : « Ils (les catholiques ?) se rappellent là le démon et toute la cohorte des réprouvés qui sont , de toutes parts, retenus par la main de Dieu, comme par un frein, de façon à ce qu’ils ne puissent lancer aucun maléfice sur nous, ni perpétrer aucun mal, ni même lever le petit doigt que dans le mesure où il le leur permet. Il ne les tient pas seulement les pieds liés, mais les force par la contrainte à rendre des hommages. Car, comme cela convient à un Seigneur, il arme leur fureur, les tourne et les dirige où il le veut bien. C’est lui qui détermine la manière et le but, pour qu’ils ne se réjouissent pas licencieusement de faire ce qui leur plait.» Ces mots nous indiquent la troisième proposition, car Calvin dit que Dieu non seulement permet, mais commandent à Satan de concevoir des maléfices, qu’il les pousse contre les justes, qu’il arme leur fureur, leur fait accomplir ce qu’il veut, qu’il force satan et les impies à lui rendre des hommages, c’est-à-dire à concevoir et à exécuter des maléfices sur l’ordre de Dieu.
De nouveau, (le même livre, chapitre 18, verset 1) : « Il semble absurde que par la volonté et le commandement de Dieu l’homme soit aveuglé, lui qui recevra bientôt des peines pour sa cécité. Tergiversant, ils (les catholiques) s’imaginent que c’est par la permission de Dieu que tout cela se fait, non par sa volonté, alors que Dieu lui-même déclare ouvertement que c’est lui qui le fait. Que les hommes ne fassent rien que par une motion mystérieuse de Dieu, et ne décident après réflexion que ce qu’il a déjà décrété, on le prouve par des témoignages biblique nombreux et clairs.» Et (au verset 2) : « Et s’il n’agissait pas intérieurement dans les esprits des hommes, on n’aurait pas de raison de dire qu’il a enlevé la parole aux véridiques, et la prudence aux sages.»
Et un peu après : « On ne peut désirer rien de plus clair que partout où il déclare qu’il aveugle les esprits des hommes, qu’il les frappe de vertige, qu’il les enivre d’un esprit de torpeur, qu’il cause la démence, et qu’il endurcit les cœurs. Plusieurs veulent n’y voir qu’une permission, comme si, en abandonnant les réprouvés, il permettait à Satan de les aveugler. Mais comme le Saint Esprit enseigne éloquemment que c’est par un juste jugement de Dieu que la cécité est infligée, ainsi que la démence, cette réponse est boiteuse.»
Et, un peu après, au sujet des crimes des Assyriens : « Il apparait qu’ils ont été expulsés à cause d’une décision certaine de Dieu.» Et plus bas : «C’est par une juste impulsion de Dieu que l’homme fait ce qui ne lui est pas permis.» Et nous avons ici les quatre premières propositions. Nous avons entendu que ce n’est pas seulement par la permission ou l’abandon de Dieu que les hommes pensent, décident de faire et font ce qui n’est pas permis, mais que c’est Dieu qui le fait par sa volonté, son décret, sa motion, son précepte et son opération interne. Le même Calvin (livre 2, chapitre 4, verset 2) écrit :
« Satan pousse les esprits dépravés des Chaldéens, par ses flèches empoisonnées, à perpétrer ce crime. Eux se ruent furieusement vers l’injustice, souillent et contaminent tous leurs membres par le crime. On dit donc que c’est satan qui agit proprement sur les réprouvés sur lesquels il exerce son règne d’iniquité. On dit aussi que Dieu agit à sa manière propre quand il se sert de Satan, qui est l’instrument de sa colère pour que, à son commandement, il exécute ses justes jugements. J’omets ici la motion universelle de Dieu qui soutient tous les hommes et leur donne la capacité d’agir. Au sujet de cette action spéciale de Dieu, je ne parle que de celle qui apparait dans chaque crime. Nous voyons donc qu’il n’est pas absurde d’attribuer le même crime à Dieu, à satan et à l’homme.»
De même, au verset 3. Après que Calvin ait dit que Dieu peut aveugler les hommes en les abandonnant, il ajoute une autre raison par ces mots : « La deuxième raison qui se rapporte davantage à la propriété des termes, est que, pour exécuter ses jugements par le ministre de sa colère, satan, Dieu lui communique ses intentions, excite sa volonté et soutient son effort.» Et, (au verset 4) : « Après, il dit qu’il a alourdi son cœur et l’a endurci. Ne l’a-t-il pas endurci en ne le rendant pas mou ? Cela est vrai. Mais il a fait plus encore, il a commandé à satan d’endurcir son cœur par l’obstination.» Ce texte contient ouvertement la troisième proposition. Nous entendons parler d’une action spéciale dans le crime qui est attribuée à Dieu qui, en tant qu’auteur, incite lui-même au mal les volontés des impies, par le ministère de satan, et endurcit leurs cœurs pour qu’ils n’obéissent pas.
Le même auteur (livre 3, chapitre 23, verset 4), se fait à lui-même cette objection : « Les prédestinés n’avaient-ils pas été ,avant ,destinés par Dieu à la corruption qui est présentée aujourd’hui comme cause de damnation ? Donc, quand ils périssent dans leur corruption, ils ne font rien d’autre que subir les peines de cette calamité, dans laquelle est tombé Adam par sa prédestination, et a fait chuté tête première ses descendants. N’a-t-il pas été aussi injuste, Celui qui s’est moqué si cruellement de ses créatures ?» À cette objection, il répond : «J’admets que c’est par la volonté de Dieu que tous les fils d’Adam sont tombés dans la condition misérable qui les tient liés aujourd’hui. Et c’est ce que je disais au début , qu’il faut toujours revenir au seul arbitre de la volonté divine, dont la cause est cachée en lui.»
Et, au chapitre 7 `« Par des paroles spécieuses, ils nient qu’il avait été décrété par Dieu qu’Adam périsse par sa défection, comme si le même Dieu que l’Écriture prêche faire tout ce qu’il veut, avait créé la plus noble de ses créature pour une fin ambigüe.» Et un peu après : « Je reconnais, dit-il, l’horrible décret. Personne ne peut s’indigner de ce que Dieu, avant de l’avoir créé, avait prévu quelle fin aurait l’homme. Et la raison pour laquelle il l’avait prévue, c’est qu’il l’avait ordonné ainsi par son décret. » Et au verset 8 : « Quoiqu’il ne soit pas probable que Dieu avait voulu la mort de l’homme seulement en la permettant, et non en l’ordonnant.» Et un peu après : «L’homme tombe sur l’ordre de la providence.» Et au verset 9 : « Ils veulent qu’en péchant, les réprouvés soient excusables, parce qu’ils ne pouvaient pas échapper à la nécessité de pécher. Surtout parce que cette nécessité de pécher leur était imposée par un ordre de Dieu. Nous nions, nous qu’ils soient excusés de pécher, quand même ils se plaindraient d’avoir été destinés au supplice, car son équité qui nous est inconnue est très certaine pour lui.»
Ces textes nous montrent assez clairement la première et la deuxième proposition de l’erreur de Calvin. Car, dans des mots différents, Calvin répète plusieurs fois que le premier homme est tombé non seulement par la permission de Dieu, mais par sa volonté, sa prédestination. Parce que Dieu, donc, l’avait voulu et planifié ainsi. Il avait prévu aussi que non seulement le premier homme mais aussi tous ses descendants seraient, de par la prédestination de Dieu, induits en la nécessité de pécher. Il répète de nouveau ces choses, et les traite copieusement dans son livre sur la prédestination éternelle de Dieu. Parce que son livre est long jusqu’à la prolixité, qu’il n’a pas de distinction de chapitres ou d’autres sections, je citerai le numéro des pages selon l’édition des ocupuscules de Gennuensem, l’an 1552.) Voici donc ce dont il parle à la page 905 :
« Par le mystérieux conseil de Dieu, fut pré ordonnée la chute d’Adam afin que notre foi l’adore, avec la sobriété qui convient.» Et, à la page 906 : « Pour la juste damnation de l’homme, il suffisait qu’il sorte spontanément de la voie du salut dans laquelle il avait été placé. Et il ne pouvait pas faire autrement. Quoi donc ? Sera-t-il libéré d’une faute qui réside toute entière dans sa volonté ?»
Tu vois, cher lecteur, que, dans ce passage, Calvin admet que l’home n’a pas pu ne pas tomber, car sa chute était pré ordonné e par un décret éternel de Dieu. De plus, à la page 916, on lit : « Ce n’est que, Dieu le sachant et l’ordonnant , qu’Adam est tombé et a perdu ses descendants.» Et à la page 917 : «Il a été statué par la prescience et par un décret de Dieu ce qui arriverait à l’homme dans le futur, sans pourtant qu’on puisse faire entrer Dieu dans la société de la faute, comme s’il était l’auteur ou l’approbateur de la transgression, puisque son comportement mystérieux est éloigné à mille lieux de la sagacité humaine. C’est ce qui nous oblige à rougir de notre ignorance. Bien plus, que personne parmi les fidèles ne rougisse d’ignorer ce qui est absorbé par l’éclat de sa lumière inaccessible».
Ce qu’il dit là c’est qu’il est inexplicable ou plutôt incompréhensible que Dieu ne soit pas l’auteur du péché, quand c’est par son décret que le premier homme a péché. Car, comme nous le démontrerons un peu après, il est absolument faux que Dieu ne soit pas l’auteur du péché si les hommes pèchent par son décret. Et il n’est pas étonnant que ce qui est faux défie toute compréhension et toute explication.
De nouveau, à la page 914 : «On peut rapidement tirer delà avec certitude à quel point est vaine et floue cette conception de la justice divine selon laquelle les maux n’arrivent pas de par sa volonté, mais seulement par sa permission. Il est vrai que les péchés que les hommes commettent le sont en tant qu’ils sont faits avec une volonté mauvaise, et que, pour cette raison, ils ne plaisent pas du tout à Dieu. Je le reconnais. Mais imaginer que Dieu ne fait que permettre ce que l’Écriture déclare être fait par la volonté de Dieu, et ayant Dieu comme auteur, c’est une dérobade beaucoup trop frivole.» Et à la page 946 :
« Donc, pour une juste cause à nous inconnue, procèdent de Dieu tous les maux que les hommes commettent par scélératesse. Et même si sa volonté est la cause première de ces choses, je nie, toutefois, qu’il en soit l’auteur. Il ne faut pas oublier la diversité des causes que j’ai expliquée, dont l’une est prochaine, et une autre éloignée, afin que nous sachions quelle immense distance il y a entre la providence équitable de Dieu et les instincts turbulents des hommes.» Dans ces paroles, nous avons la première, la seconde et la cinquième proposition de Jean Calvin.
Mais cette cinquième proposition, il l’explique plus au long dans son instruction contre les libertins (chapitre 13), où, après avoir dit que dans toute œuvre, bonne ou mauvaise, les hommes sont les instruments de Dieu, il ajoute les paroles suivantes : « Il y a une grande différence entre l’œuvre de Dieu et l’œuvre de l’impie, puisque Dieu s’en sert à la façon d’un instrument. Par son avarice, son ambition, sa jalousie, sa cruauté, l’impie est poussé à commettre un crime sans avoir aucune autre fin que de satisfaire ces passions. Voilà pourquoi, son œuvre obtient la qualité du sentiment de son âme et de la fin qu’il se propose, et c’est avec justice qu’on la juge mauvaise. Mais Dieu poursuit un but tout à fait contraire, à savoir, exercer sa justice.» Et plus bas, il dit que Dieu est semblable au soleil, qui, par ses rayons, génère la corruption dans le cadavre, sans, cependant, contracter aucune impureté.»
J’ajouterai, maintenant, les témoignages de Bèze pour comprendre avec exactitude ce que pensent là-dessus Calvin et ses sectateurs. Dans sa réponse à Sébastien Castillione sur la prédestination éternelle de Dieu, (dans sa réfutation de la seconde calomnie), il parle ainsi du cas d’Adam : «Ayant l’intention de créer l’homme pour glorifier sa miséricorde et pour proclamer sa sévérité, Dieu créa Adam à son image, c’est-à-dire saint et innocent. Et pourquoi cela ? Parce qu’étant bon, il ne peut rien créer de vicieux. Il fallait pourtant qu’il y ait des vicieux. Et il décida d’avoir pitié de certains, et il décréta qu’il en condamnerait d’autres à cause de sa gloire. Voilà pourquoi il fallait qu’Adam soit créé saint et innocent. Mais, parce que spontanément, et sans aucune faute de Dieu, il s’est rendu vicieux, il a ouvert la voie aux conseils éternels de Dieu, c’est-à-dire à la déclaration de sa miséricorde et de sa sévérité. Il a donc fallu que Dieu s’ouvrit, lui aussi, cette unique voie, c’est-à-dire ordonner la chute d’Adam, mais pour la fin que j’ai déjà dite. Car, comme il est très juste et très saint, il s’ensuit que ce décret (ordonnant la chute d’Adam) a été juste.»
Et un peu après : «On doit chercher quelle est l’origine du vice dans le mouvement spontané des instruments, et ce qui fait que Dieu a décrété avec justice ce qu’ils ont fait injustement. Car, tu diras : ils n’ont pas pu résister à la volonté de Dieu, c’est-à-dire à un décret divin. Je le reconnais. Mais, comme ils n’ont pas pu, ils n’ont pas voulu non plus. Il est vrai qu’ils ne pouvaient pas vouloir autrement. Je l’admets par rapport à l’évènement et à l’energeian, mais la volonté d’Adam n’a pas été forcée.»
Le même Bèze explique, un peu après, la sentence de Calvin, et la sienne dans trente-huit aphorismes. Dans les dix-sept premiers, il n’enseigne rien d’autre que Dieu est la cause première de toutes choses, et que les causes secondes, qu’elles soient rationnelles ou irrationnelles, sont, dans toute œuvre, des instruments de Dieu. Et là où il montre que Dieu n’est pas la cause du péché, il parle longuement de la variété des instruments. Puis, il ajoute cinq autres aphorismes (18, 19, 20, 21, 22) qui constituent un exposé succint de toute sa thèse. Il me plait de les reproduire, mot à mot.
Aphorisme 18 : « Nous rapportons donc ces choses à Dieu dont nous avons prouvé l’action efficace en tout ce qui fait arriver quelque chose, sans aucune exception. Et de façon telle que par les choses qu’il a créées comme des instruments, il réalise, en leur temps, les choses qu’il avait décrétées de toute éternité.»
Aphorisme 19 : «Tout ce que Dieu fait est bon, puisqu’aucun mal ne peut provenir du Bien suprême. Il fait tout, et toutes les choses sont bonnes en tant qu’elles sont produites par Dieu. C’est uniquement dans les instruments que se trouve la distinction entre bien et mal.»
Aphorisme 20 : «Car, si ces instruments sont bons, et regardent la volonté exprimée de Dieu, ils agissent bien, et Dieu, aussi, agit bien par eux. Voilà pourquoi toute cette œuvre est bonne de toutes les manières.»
Aphorisme 21 : « Les instruments mauvais qui sont mauvais non par la création, mais par la corruption, agissent toujours mal, quoi qu’ils fassent. Ils encourent donc justement la colère de Dieu. En tant que Dieu agit par eux, ils concourent à la bonne œuvre de Dieu, mais malgré eux, et par ignorance. Car, par quelque instrument que Dieu agisse, il agit toujours bien.»
Aphorisme 22 : « Dieu agit par ces instruments non seulement en leur permettant d’agir, non seulement en réglant ce qui arrive, mais en excitant, en commandant, en mouvant, et en conduisant. Et cela, à un point tel qu’il crée aussi ce qui est le plus grand de tout, pour faire par lui ce qu’il a décidé de faire. Toutes ces choses Dieu les fait droitement, et sans aucune injustice.»
Ces aphorismes suffiraient parfaitement, à eux seuls, pour nous faire comprendre la sentence de Calvin et de Bèze. J’ajouterai, toutefois, un autre aphorisme, pour que nous apprenions avec quelle acuité Bèze avait coutume de disserter de ces choses. Voici ce qu’il dit dans l’aphorisme 31 : « Dieu agit en vue de son œuvre à lui. Il permet, cependant, que, en ce qui se rapporte à son œuvre, de mauvais instruments agissent spontanément, en tant qu’ils sont actifs, non passifs, pour continuer à employer les mots usités dans les écoles. Il permet, cependant, justement qu’ils agissent injustement, parce que les péchés, en tant qu’ils sont permis par un Dieu qui ne les veut pas, ne sont pas des péchés, mais des peines des péchés. Car, il est juste aux yeux de Dieu que des péchés soient expiés par des péchés. Mais, ces mêmes actions, en tant qu’elles proviennent de satan, et des mauvais par satan, et par la concupiscence, sont des péchés, que Dieu punit justement en son temps. Car le Seigneur ne permet jamais les péchés en tant qu’ils sont des péchés. Il les interdit, plutôt, et les prohibe.»