Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 33)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Or, toutes ces choses, on les dit également du Christ. 1 Cor 8 : « Il n’y a pour nous qu’un seul Seigneur Jésus-Christ ». 1 Jean 5 : « Celui-ci est le vrai Dieu ». La lettre de Jude : « Niant le seul dominateur, notre Seigneur Jésus-Christ ». Ce passage, les transylvaniens le citent de travers. Ils réfèrent au Père le seul dominateur, et au Fils notre Seigneur Jésus-Christ. Mais cette interprétation répugne à la langue grecque, car il n’y a qu’un seul article pour les deux noms. On ne peut donc pas référer à deux personnes différentes des choses qui sont unies par le même article. Tite 2 : « Attendant l’espoir bienheureux et l’avènement de la gloire de notre grand Dieu, et de notre Sauveur Jésus-Christ. »

Les transylvaniens, à la suite d’Érasme, réfèrent au Père le grand Dieu. Mais contredit cette interprétation l’unique article qui unit l’un et l’autre nom. C’est pourquoi saint Jean Chrysostome, saint Jérôme et d’autres pères de l’église n’attribuent ces mots qu’au Fils, car ils se rendaient comte qu’un autre sens ne cadrerait pas avec l’agencement des mots. De plus, ce n’est pas du Père dont nous attendons la venue, mais du Fils. Saint Paul dit, en effet, que nous attendons l’avènement de gloire, (hébraïsme) c’est-à-dire l’avènement glorieux du grand Dieu. Le Fils est donc le grand Dieu. Ensuite Isaïe 9 : « Un enfant nous est né, etc et il sera appelé admirable, conseiller …père du siècle futur. » Le Christ est le Père de nous tous. D’où Jean, 14 : « Je ne vous laisserai pas orphelins. » En Matt. 10. et en Jean 13, il appelle petits fils ses apôtres. Comme tous ces noms se rapportent au vrai Dieu, le Christ est donc le vrai Dieu.

CHAPITRE 8: 5e catégorie : les attributs de Dieu

Les principaux attributs de Dieu sont, d’abord, l’éternité. Genèse 21 : « Il a invoqué là le nom du Dieu éternel ». Et 1 Timothée 6 : « Qui seul a l’immortalité ». Le second est l’immensité. Psaume 144 ; « Le Seigneur est grand et excessivement louable, et à son immensité il n’y a pas de fin ». « Je remplis le ciel et la terre » Jérémie 23. Le troisième la puissance. 1 Timothée 6 : « Qui seul est puissant ». Le quatrième, la sagesse. Romain 16 : « Au seul Dieu sage ». Le cinquième, la bonté. Luc 16 : « Nul n’est bon que Dieu seul » Enfin, la majesté digne de culte. Deut 6 et Matt 4 « Tu adoreras ton Dieu, et tu le serviras lui seul ». Presque toutes ces choses, les ministres transylvaniens (livre 2, chapitre 5) les attribuent au Père seul. Si donc nous montrons que ces attributs conviennent au Fils, la preuve aura été apportée qu’il est, avec le Père, le seul et vrai Dieu.

Or, l’éternité est attribuée au Fils par les proverbes (7) : « J’ai été voulue de toute éternité ». Car ici, c’est la sagesse qui parle, mais pas la sagesse essentielle qui est tout à fait semblable à l’essence de Dieu : car elle n’est pas engendrée, celle-là. Une autre dit : « Avant toutes les collines j’étais enfantée. » Ce n’est pas une sagesse créée qui parle ici, car rien n’est créé de toute éternité. Et de plus, cette sagesse-là se distingue des créatures en disant : «Le Seigneur m’a possédée dès le commencement, avant que soit fait quoi que ce soit, au tout début ». Elle est donc nécessairement une sagesse engendrée, le Fils, de laquelle parle 1 Cor 1 : « Le Christ vertu de Dieu et sagesse de Dieu ».

Franciscus David (dispute Alb 2), et les ministres hongrois (livre 2 chap 6, 20) répondent à ceci que le livre des Proverbes n’est pas canonique. Mais c’est faire preuve d’une ignorance crasse inacceptable. Car personne n’a jamais eu de doutes sur ce livre, ni les Juifs ni les chrétiens, comme il appert du prologue de saint Jérôme à l’épitre aux Galates. Ce qui a induit en erreur nos adversaires c’est que la sagesse et l’ecclésiastique ne sont, ne sont reçus ni par les Juifs ni par les luthériens. Ils ont du penser que le même raisonnement valait aussi pour ce livre, puisqu’ils se servent du même argument, et ont coutume de l’attribuer ce livre à Salomon.

Nous avons aussi Michée 5 : « Et toi, Bethléem d’Ephrata, tu es petit parmi les milliers de Juda, De toi me sortira celui qui sera le Dominateur en Israël, et sa sortie est depuis le début, depuis les jours de l’éternité.» Même les scribes des Juifs comprirent que ce texte se rapportait au Messie (Matt. 2).

Franciscus David répond dans sa dispute 3 que ce sont les premiers six jours du monde qui sont appelés jours d’éternité, à cause de la succession continue. On dit que le Christ est sorti alors, parce que c’est à ce moment qu’a été faite la promesse de Dieu à Adam. Mais saint Jérôme, Théodoret, Rupert, et tous les autres commentateurs ont toujours vu dans ce passage la génération éternelle du Christ. Même un Valutablus, qui est fort estimé par nos adversaires. De plus, il n’y a rien qui leur permette de dire que ce sont les premiers jours qui sont appelés jour d’éternité à cause de la succession continue. Aucun exemple, aucune raison, aucun témoignage. Cela vaut aussi pour « et sa sortie est depuis le début, depuis les jours de l’éternité ». Cette phrase ne peut signifier que la vraie nativité, car on trouve le même mot partout, autant en hébreu qu’en latin.

Nous avons aussi Jean 1 : « Au commencement était le Verbe ». Que veut dire « au commencement était le Verbe », si ce n’est que le Verbe n’a pas commencé à être, mais a toujours été. Les transylvaniens répondent (livre 2, chap 11) que ce « au commencement » ne signifie pas le début de la création des choses, mais de l’innovation qui est faite par le Christ. Voici quel est donc pour eux le vrai sens : « Au commencement de la rénovation de l’Église, le Verbe, c’est-à-dire le Christ homme était dans le monde, parce qu’il était déjà né de la Vierge Marie. Mais il était auprès de Dieu, parce qu’il était caché aux hommes et connu de Dieu seul, jusqu’à ce qu’il soit manifesté par Jean ». Mais à cette explication répugnent les mots : « Tout a été fait par lui ». Om a déjà parlé de cela plus haut.

Jean 8, nous fournit un autre texte, là où le Seigneur dit : « Avant qu’Abraham devienne, je suis ». Ce n’est pas tellement contre les Ariens que vaut ce texte que contre les samosatiens et les trransylvaniens, qui ne veulent pas que le Christ ait existé avant Marie. Voilà pourquoi Franciscus David (dispute 4) répond que le Christ a existé avant Abraham, mais dans des types, et en figure, et dans les diverses promesses de Dieu à l’effet qu’il serait envoyé. S’il en est vraiment ainsi, Jésus ne répond pas à la question posée (« tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham ? »), quand il dit : « avant qu’il devienne, je suis », c’est-à-dire j’ai vu Abraham, car, avant qu’il naisse, j’étais déjà. Il n’est que trop certain que s’il se cachait dans des figures, il ne l’a pas vu.

En plus de ceux-là, il y en a d’autres auxquels ils ne trouvent rien à objecter. Saint Jean 17: « Glorifie-moi, toi, Père, auprès de toi-même, de la gloire que j’ai eue avant que le monde soit près de toi ». L’Écriture a coutume de décrire l’éternité par le « avant que le monde soit fait », ou « avant la constitution du monde », comme on le voit dans Éphés 1 : « Il nous a élus avant la constitution du monde ». Et Jean 17 : « Tu m’as aimé avant la constitution du monde. » Il y a aussi Hébr 7 : « N’ayant ni commencement des jours ni fin de vie » Et encore un autre aux Hébr 13 : « Jésus-Christ hier et aujourd’hui, et dans les siècles. » C’est-à-dire : il a toujours été, il est toujours et il sera toujours. C’est ce que l’apocalypse répète souvent (1,4, 11) : « qui était, qui est et qui viendra ». Et saint Jean dans sa première épitre, chapt 5 : « Celui-ci est le vrai Dieu et la vie éternelle ». Si le Christ est la vie éternelle, il ne peut certes pas ne pas avoir existé, ne pas exister de toute éternité, et ne pas être le vrai Dieu.

L’immensité est attribuée au Fils de Dieu dans Baruch 3 : « Il est grand, sans fin, élevé et immense ». Et un peu après : « Celui-ci est notre Dieu, et sera considéré pour rien tout autre qui s’oppose à lui. » Et un peu après : « Il a été vu dans les terres, et il a parlé avec les hommes ». Saint Augustin se sert de ce passage pour prouver contre Maximin (dans son dernier chapitre) que le Fils est immense. Il importe peu qu’on objecte que le prophète semble parler d’un grand lieu de Dieu, et non de Dieu lui-même, parce qu’il avait dit avant : « O Israël, comme elle est la grande la maison de Dieu, et immense le lieu de sa possession. » Et c’est tout de suite après qu’il ajoute : « Il est grand, et n’a pas de fin ». Car, comme le note Théodoret dans son commentaire de ce passage, il ne parle pas du lieu matériel, mais du lieu spirituel des saints, qui est Dieu lui-même; non d’une possession finie quelconque, mais de la possession du bien infini, qui est Dieu. Autrement, il serait faux de dire que la possession de Dieu est immense, et n’a aucune fin.

L’autre extrait vient de Jean 3 : « Nul ne monte au ciel que celui qui en est descendu, le fils de l’homme qui est dans le ciel. » Si le Christ (car il s’appelle fils de l’homme) était dans le ciel, quand il parlait sur terre, il était donc à la foi dans le ciel et sur la terre. Il n’était pas alors au ciel corporellement, puisqu’il disait qu’il devait monter dans le ciel. Il y avait donc, dans le Christ, en plus de la nature humaine, une autre nature qui ne peut être aperçue par les yeux des mortels, c’est-à-dire la divine, qui est immense, qui remplit le ciel et la terre.

On trouve un autre texte dans Matthieu 18 : « Là où seront deux ou trois réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux ». Qui ne voit pas ici de l’immensité ? Car, pour être présent là ou deux ou trois sont réunis en son nom, il faut qu’il soit en même temps dans le ciel et sur la terre, dans tous les pays, les provinces, les villes, les villages et les maisons.

La puissance, ou plutôt la toute puissance est attribuée au Christ très souvent dans l’apocalypse. Chapitre 1 : « Je suis l’alpha et l’oméga, le principe et la fin, dit le Seigneur Dieu, qui était, qui est et qui viendra, le tout puissant ». Chapitre 4 : « Saint, saint, saint le Seigneur, Dieu tout-puissant, qui était, qui est et qui viendra ». Chapitre 11 : « Nous te rendons grâce, Seigneur Dieu tout-puissant, qui es, qui était et qui viendras ». Mais les ariens font flèche de tout bois. Jésus a dit en Jean 5 : « Le Fils ne peut faire de lui-même que ce qu’il voit le Père faire ». Je réponds avec saint Grégoire de Naziance (discours 4 sur la théologie) et avec saint Ambroise (livre 4 sur la foi, chap 3) que ces paroles signifient seulement que la puissance du Fils est du Père, et qu’elle est la même que la puissance du Père. Car le texte ne dit pas que le Fils ne peut faire quelque chose que si le Père lui en donne l’ordre, mais uniquement s’il voit le Père le faire. Voilà pourquoi il ajoute tout de suite après : « Tout ce que le Père fait, le Fils le fait aussi semblablement. » Il fait donc toutes les mêmes choses, mais on dit que le Fils les fait en voyant faire le Père, ou qu’il apprend du Père, parce que la science du Fils est du Père, non par l’enseignement d’une doctrine, mais par la génération. Car c’est une seule et même chose pour Dieu que de savoir et d’être. C’est donc la même chose pour le Fils de recevoir la sagesse et de recevoir l’essence.

Les transylvaniens se servent d’une parole de Jésus en saint Matthieu comme d’une arme de combat : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. » Il semblerait découler de ce texte que ce n’est pas de toute éternité que le Verbe ait la toute puissance, puisqu’elle lui a été donnée, mais qu’il la tienne de sa nature humaine, du don de la grâce, et du temps. Je réponds que ces choses sont dites du Christ en tant qu’homme, non en tant que Dieu. Comme c’est le même qui est Dieu et homme, il a, en tant que Dieu, la toute puissance de toute éternité, et c’est de par sa nature qu’il l’a. En tant qu’homme, c’est de Dieu qu’il reçoit la toute puissance dans le temps, mais par un don de grâce incréée, c’est-à-dire l’union hypostatique. Voilà pourquoi ce n’est pas à sa résurrection que le Christ devint Dieu et un homme tout puissant, mais dans sa conception-même. Du même Jésus qui a dit après sa résurrection (Matt 28) « tout pouvoir m’a été donné », il a été dit avant sa passion (Jean 13) : « sachant que le Père a tout mis entre ses mains ».

La sagesse est souvent attribuée au Fils, et les théologiens considèrent qu’elle lui appartient en propre. I Corinthiens 1 : « Le Christ sagesse de Dieu » Coloss 2 : « Dans le Christ sont tous les trésors de sagesse et de science de Dieu ». Jean : « Toi qui sais tout. » Mais les ariens accourent pour citer un passage tiré de saint Matthieu : « De ce jour, personne ne sait rien, ni les anges, ni le Fils, mais seul le Père ». Je réponds que cela a été dit du Christ en tant qu’homme, comme l’enseignent les Pères, comme saint Ambroise (chap 17, Luc), saint Cyrille (livre 9. thes chap 4) et d’autres. Ce texte ne favorise donc en rien les ariens. Comment le Christ a dit ne pas connaître le dernier jour, je l’expliquerai en parlant de la science de l’âme du Christ.

Tu diras que, dans ce passage, seul le Père est dit savoir. Le Fils est donc exclu en tant que Dieu. Je réponds avec saint Augustin (livre 3 contre Maximin, chapitre 13) que l’adjectif seul n’exclut pas les personnes qui sont de la même nature que le Père, mais les choses créées. Cela pourrait toujours se dire si la phrase portait sur l’action qui est propre au Père en raison de sa personne, non en raison de son essence. Car la science convient au Père en tant qu’il est Dieu, non en tant qu’il est Père. Quand on dit que le Père est le seul à savoir, on n’exclut donc pas le Fils et le Saint-Esprit.

Les transylvaniens insistent. Dans Romains 16, il est dit : « Au seul Dieu sage par Jésus-Christ, honneur et gloire ». Ce « seul sage » c’est uniquement du Père qu’il est dit, car, dans ce passage, le Père est clairement séparé du Fils, puisqu’on ajoute après par Jésus Christ. Saint Augustin répond (livre 3, chap 13 contre Maximin), « que le seul sage est dit de toute la trinité, à qui est déféré l’honneur par le Christ. » Car, étant Dieu et homme, le Christ, en tant que Dieu, reçoit des honneurs avec le Père et le Saint-Esprit, et en tant qu’homme, il rend des honneurs. Il a rendu honneur à la trinité quand il la prêcha aux humains, et quand il ordonna qu’on baptise tous les peuples au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

La bonté est attribuée au Fils dans Sagesse 7 : « La sagesse est plus rapide que tout ce qui bouge. Elle se rend partout à cause de sa pureté. Car elle est une vapeur de la vertu de Dieu, une émanation sincère de sa clarté toute-puissante, et jamais rien de souillé n’y rentre. Elle est la candeur de la lumière éternelle, et un miroir sans tache de la majesté de Dieu, ainsi que l’image de sa bonté. Et, étant unique, elle peut tout ». Semblablement, le Christ dit dans Mathieu : « Ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? »

Mais les ariens et les transylvaniens rouspètent. Comment donc le Seigneur peut-il dire en Luc, 18 : « Pourquoi dis-tu que je suis bon ? Nul n’est bon que Dieu ». Je réponds avec saint Basile (livre 4, contre Eunome) et saint Ambroise (de la foi, chapitre 1), saint Jérôme et saint Jean Chrysostome (au chap 19 de Matt), que Jésus a répondu au jeune homme selon l’idée qu’il se faisait de lui, car il ne pensait pas que le Christ était Dieu, mais seulement un rabbi.

La majesté adorable est attribuée au Christ (Hébreux 1) : « Que tous les anges du ciel l’adorent ! » Il est à noter que ces paroles Paul les a tirées du psaume 95, où il est question de l’adoration de latrie qui est propre à Dieu seul. Car il avait dit avant : « Que soient confondus tous ceux qui adorent des statues, et qui se glorifient dans des idoles. » Et c’est après cela qu’il ajoutait : « Adorez-le, tous ses anges ! » Ce passage oppose l’idolâtrie au culte de Dieu.

De plus, le Christ a un temple, ce qui est un signe propre de latrie. Malachie 3 : « Alors il viendra vers son saint temple le Dominateur que vous cherchez, et l’ange du testament que vous voulez ». De même, l’invocation de l’absent pour nos adversaires est une adoration de latrie. Or le Christ est invoqué (Jean 14) : « Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai ». Saint Augustin ( tract. 73 sur Jean : « Il est parvenu jusqu’à son Père sans abandonner les indigents, mais en exauçant les suppliants ». Et saint Cyrille (au livre 9, chap 42, sur saint Jean) : « Il montre clairement qu’il est le vrai Dieu, car il dit qu’il recevra les prières des siens, et qu’il leur accordera tout ce qu’ils demanderont ». De même saint Étienne (actes 7) : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ». Et actes 9, Ananie dit au Christ : « Il a ici le pouvoir de ligoter tous ceux qui invoquent ton nom ». Et saint Paul (2 Cor 12) « Je l’ai demandé trois fois au Seigneur, et il m’a dit : ma grâce te suffit », Qu’en ce lieu c’est le Christ qui est appelé Seigneur, ce qui suit nous le fait comprendre : « Je me glorifierai volontiers de mes faiblesses pour qu’habite en moi la vertu du Christ ». Et dans 1 Cor, comme dans toutes ses autres épitres, saint Paul salue ainsi les chrétiens : « Grâce à vous et paix par Dieu notre Père, et le Seigneur Jésus Christ ». Dans ce passage, les fidèles demandent la grâce et la paix à Dieu le Père et à Dieu le Fils en même temps.

Mais parce que les adversaires récusent cette interprétation à cause de l’ambiguïté du texte grec, où le « au Seigneur Jésus-Christ » peut être lu comme « et du Seigneur Jésus-Christ », ce qui donne : grâce à vous, et paix de la part de Dieu qui est notre Père, et qui l’est aussi de notre Seigneur Jésus-Christ, il faut se rapporter au texte de saint Jean 2, où il est écrit en toutes lettres : « paix par Dieu et par le Seigneur Jésus-Christ », lequel clarifie ce qu’il peut y avoir d’un peu obscur chez saint Paul. De plus, à peu près tous les prophètes ont prédit l’extermination de l’idolâtrie après l’avènement du Messie. Or, l’Église a toujours rendu un culte au Christ par toute la terre, par des églises, des autels, des invocations, des jours de fêtes. Donc, où le Christ est un vrai Dieu digne du culte de latrie, où tous les prophètes se sont trompés. Car, si le Christ n’est pas le vrai Dieu, il n’y a jamais eu une si grande idole dans le monde, et l’idolâtrie n’a jamais été aussi florissante qu’après la venue du Christ. Et pourtant le Saint-Esprit s’écrie (Isaïe 2) : « Le Seigneur sera élevé seul en ce jour-là, et les idoles seront complètement détruites, » Zacharie 13 : « En ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte à la maison de David, et aux habitants de Jérusalem, pour la purification du pécheur et de la menstruée, et il arrivera en ce jour dit le Seigneur des armées, que je disperserai tous les noms des idoles de la terre, et on ne s’en souviendra plus ». Voir aussi Isaïe 31, Ézéchiel 6 et 30, Osée 10, et Mich 1.

Au sujet de l’adoration, les transylvaniens (livre 2, chap 4) et Franciscus David et Blandrata (disputes 4 et 6) répondent qu’on doit adorer le Christ, parce que le Père le veut ainsi, et parce qu’il a en lui une divinité adorable. Je réponds que c’est le contraire qui est vrai. Car si le Christ n’est pas le vrai Dieu, le Père n’aurait pas pu donner l’ordre de l’adorer, car il se contredirait lui-même. En effet, dans le Deutéronome 6, il a ordonné qu’on écrive : « Tu adoreras le Seigneur Dieu, et tu le serviras lui seul ». Et Isaïe 42 : « Je ne donnerai pas ma gloire à un autre ». Comment donc pourrait-il ordonner que nous servions la créature, et que nous communiquions sa gloire à la créature ? De plus, si le Christ est Dieu, mais non le Dieu suprême et le Très-Haut, on ne lui doit donc pas le culte de latrie qui ne convient qu’au Très-Haut. Que Dieu habite dans le Christ, cela ne suffit pas pour qu’il puisse être adoré, car, alors tous seraient adorés, et surtout les saints anges et les plus grands saints, dans lesquels Dieu habite d’une façon toute particulière.

À cause de ce raisonnement, le Franciscus David qui avait d’abord enseigné que le Christ était dieu et qu’on devait l’adorer non comme le Très-Haut, mais comme le fils du Très-Haut, changea d’idée, et se mit à enseigner que le Christ ne devait pas être appelé Dieu, qu’on ne devait ni l’adorer ni l’invoquer. Et il répondit à tous les textes que nous avons cités plus haut (livre contre Faust). Mais il ne convient pas de perde du temps à le réfuter. Car ses arguments, ou ils sont vagues et nébuleux, ou s’ils ont une certaine efficacité c’est contre Blandratam qui veut que le Christ ne soit pas un vrai Dieu, mais qu’on doive quand même l’adorer et l’invoquer. Contre nous, ils n’ont aucun effet, car voici quels sont ses arguments principaux. S’il faut adorer le Christ d’un culte divin et l’invoquer comme Dieu, il faudra dire alors comme les papistes, que le Christ et le Père sont un unique Dieu, et il faudra rétablir la trinité que nous avons jusqu’à présent combattue. De même. Si le Christ n’est pas vrai Dieu, et si l’on doit quand même l’invoquer, le Saint-Esprit est dieu lui aussi, et Marie, et les anges, et les saints qui sont tous invoqués. Faudra-t- il aller jusqu’à accuser les papistes d’idolâtrie, parce qu’ils invoquent les saints ?

Ces arguments sont des démonstrations qui contredisent Blandrata et Faustus, et les autres antitrinitaires. Comme ils ont été manifestement convaincus, par Franciscus David et ses sectateurs, qu’en s’opposant à eux ils viennent se buter sur des raisonnements évidents, ils convainquent à leur tour Franciscus David et ses adeptes qu’ils pervertissent les témoignages de l’Écriture avec une incroyable témérité. J’ai le goût de présenter, à titre d’exemple, les réponses de Franciscus David à cette citation des Actes 7 : « Ils ont lapidé Étienne priant et disant : Seigneur Jésus, reçois mon esprit ». Il répondit d’abord que cela était un exemple donné par Étienne, une action d’Étienne, non un témoignage de l’Écriture. Or, c’était l’exemple d’un homme qui, au témoignage de l’Écriture, « était plein de foi et du Saint-Esprit (Actes 6 et 7) ». Il répondit ensuite que ce « « Seigneur Jésus » était une invocation du Père. Il veut mettre au génitif le mot Jésus pour que le sens soit : Toi, Père, qui es le Seigneur du Fils Jésus, reçois mon esprit.

Mais nous ne lisons jamais ailleurs l’exclamation « Seigneur Jésus » au sens de « du Seigneur Jésus » (génitif). Car, dans l’apocalypse, à la fin, nous avons : « Viens, Seigneur Jésus ! » De plus, dans les actes 7, saint Étienne voyait Jésus debout à la droite de Dieu quand il s’exclama : « Seigneur, reçois mon esprit ! » C’est donc Jésus qu’il invoquait. Franciscus David répond que ces paroles de saint Étienne peuvent avoir le sens suivant : je crois tellement que Jésus est ressuscité, et qu’il est maintenant dans le ciel, que c’est comme si je voyais Jésus lui-même dans le ciel ouvert. Mais saint Luc a dit : « Regardant vers le ciel, il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la gloire de Dieu, » Il l’a donc réellement vu; il n’a pas seulement pensé qu’il le voyait. Il répond, enfin que ces paroles « Seigneur Jésus » sont dirigées vers le Père, comme c’est le propre du père d’être Seigneur et de sauver. Et quel nom donner à cette témérité qui attribue au Père le nom propre du Fils ? N’est-ce pas confondre le Père et le Fils à la façon de Sabellius ?

CHAPITRE 9 : 6e catégorie : les œuvres

Il y a cinq œuvres qui n’appartiennent qu’à Dieu seul : la création, la conservation, le salut, la précognition des choses cachées, les miracles.

La première œuvre de Dieu est la création. Is 44 : « Je suis le Seigneur étendant les cieux seul, stabilisant la terre, et personne n’est avec moi ». Job 9 : « Pourquoi a-t-il étendu les cieux seul ? » C’est par cette œuvre que Dieu veut se distinguer de ceux qui ne sont pas de vrais dieux. Psaume 95 : « Les dieux des Gentils sont des démons. Le Seigneur, lui, a fait les cieux ». Jérémie 10 : « Les dieux qui n’ont pas fait le ciel et la terre, qu’ils périssent de la terre et de sous le ciel ». Si nous prouvons que le Christ a fait le ciel et la terre, nous prouverons donc qu’il est un seul et même Dieu avec le Père. Nous avons déjà cité quelques passages à cet effet. Jean 1 : « Tout a été fait par lui » Colossiens 1 : « Toutes les choses ont été créées par lui. » Hébreux 1 : « Et toi, Seigneur, au début tu fondas la terre, et les cieux sont les œuvres de tes mains ».

À ces textes, nous ajoutons proverbe 8 : « Quand il mesurait les fondements de la terre, quand avec une loi certaine il creusait des abymes, quand il affermissait les cieux au-dessus de nous, etc j’étais avec lui, organisant tout » Nous ne pouvons pas voir dans ce texte la sagesse essentielle, comme nous l’avons dit plus haut, parce qu’elle n’est pas engendrée, celle qui dit : « avant les collines j’ai été enfantée ». Il ne s’agit pas non plus de la sagesse créée, car celle-là n’a pas été avant le monde, » On ne peut pas dire, comme le prétendent les transylvaniens, que ce livre n’est pas canonique, car personne n’a jamais douté de l’authenticité de ce livre, ni parmi les Juifs, ni parmi les chrétiens. Un autre passage semblable dans Jean 5 : « Tout ce que le Père fait, le Fils le fait aussi semblablement ». Or le Père crée quotidiennement les âmes des hommes qui naissent, et il a créé autrefois le cosmos.

Les samosatiens et les ariens répondent différemment à cet argument. Les nouveaux samosatiens nient que le Christ soit le Créateur, puisqu’il n’a pas existé avant la Vierge Marie. Et nous avons déjà rapporté et réfuté ce qu’ils objectent à ces textes. J’ajoute une chose contre eux. Si le Christ n’a pas créé le ciel et la terre, ou il n’est pas Dieu, ou il doit être exterminé du monde. Car, il est dit en Jérémie 10 : « Les dieux qui n’ont pas fait le ciel et la terre qu’ils périssent de la terre et des choses qui sont sous le ciel ». Mais les samosatiens ne nient pas que le Christ soit Dieu. Ils doivent donc admettre qu’il est le Créateur.

Les anciens ariens (dans Augustin, livre 1,contre Maximin, et dans son sermon contre les ariens, Valentin Gentilis, rénovateur de l’arianisme (prothèse 24) répondent que seul le Père est l’auteur principal du ciel et de la terre, que le Fils a agi comme un ministre dans l’œuvre de la création. Les transylvaniens (livre2, chap 6) disent que le Christ n’est pas le Dieu éternel, et qu’il n’a rien fait dans la création du monde. Mais s’il leur fallait faire une concession, ils seraient prêts à reconnaître le Fils comme un instrument du Père. Leur argument principal, dont se servent aussi les transylvaniens, est que dans l’Écriture, on dit toujours que le Père a créé par le Fils. Au Père ils attribuent la préposition « de », et au Fils « par ». Corinthien 8 : « Un seul Dieu Père, de qui sont toutes choses. Un seul Seigneur Jésus-Christ, par qui sont toutes choses » Hébreux 1 : « Par qui il a fait les siècles ». Coloss 1 : « Toutes les choses ont été créées par Lui.» Les transylvaniens ajoutent, au lieu cité, que le concile de Smyrne, que saint Hilaire considérait comme tout à fait orthodoxe, et qu’il a expliqué dans son livre sur les synodes, (canon et dernier canon), que ce même concile affirme que le Fils de Dieu le Père a agi comme un ministre dans la création du monde. Et ils ajoutent des citations de saint Irénée (livre 3, chap 8, et livre 4, chap 13), de Tertullien (livre de la trinité), d’Eusèbe de Césarée (livre premier de son histoire, chap 1 et 2), et de Luther qu’il appelle « l’envoyé de Dieu ». dans 1 chap sur la Genèse, où il appelle le Christ un instrument de Dieu.

Il nous faut donc démontrer que Dieu le Fils n’a pas créé le monde comme un instrument, mais comme une cause principale. D’abord, cela découle clairement de Hébreux 1 : « Et toi, Seigneur, au début tu as fondé la terre, et les cieux sont les œuvres de tes mains. Qu’on ne puisse pas entendre cela d’un ministre, je le prouve par le fait que David dit la même chose du Dieu d’Israël, dans lequel les adversaires voient le Père, et qu’ils ne considèrent certainement pas comme un instrument de la création. Ensuite, saint Paul, dans ce chapitre, compare le Christ avec les anges, et dit que la différence qu’il y a entre eux c’est que les anges sont des ministres, et que le Christ n’est pas un ministre. Car, c’est ainsi qu’il parle : « À quel ange a-t-il jamais dit : assieds-toi à ma droite. Ne sont-ils pas tous des esprits administrateurs envoyés en ministère? »

Je le prouve ensuite par Isaïe au chapitre huitième, car celui qui dit « et maintenant le Seigneur m’a envoyé et son Esprit », que, dans la première catégorie d’arguments, nous avons prouvé qu’il est le Fils, c’est celui-là même qui dit : A cause de moi je ferai en sorte qu’on ne me blasphème pas, et je ne donnerai pas ma gloire à un autre » Celui qui agit à son propre compte n’est certes pas un instrument. Troisièmement, nous trouvons un passage de l’apocalypse où le Christ est appelé alpha et oméga, principe et fin, et Seigneur tout-puissant. Car s’il est le principe et la fin comme l’alpha et l’oméga sont la première et la dernière lettre de l’alphabet, il est certes le principe premier et la fin ultime de toutes choses. Il n’est donc pas un instrument, car aucun de ces mots ne convient à un instrument. De même, s’il est tout-puissant, il peut créer le monde comme acteur principal. Il n’est donc le ministre de personne.

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