Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 334)
De plus, quand Dieu donna des fils à Anne qui lui en demandait avec instance, et qu’il prolongea la vie d’Ézéchias, et rappela à la vie Lazare et le fils de la veuve, il ne leur a pas fait un bienfait mais une injure. Et pourquoi, dans la loi, Dieu ordonne-t-il de tuer les méchants et de conserver les innocents ? Et pourquoi dans toute république bien instituée, les voleurs et les homicides sont-ils éliminés , si c’est un supplice de demeurer dans le corps, et un bienfait d’en sortir ?
Une autre raison est que, si toutes les âmes avaient péché dans le ciel, et avaient été incarcérées dans ces corps, faux serait ce que dit l’apôtre (dans Romains 5) : « La mort a régné d’Adam à Moïse, même dans ceux qui n’avaient pas péché.» Et, aux Romains 1X : « Quand ils n’étaient pas encore nés, et qu’ils n’avaient fait aucun bien ni aucun mal». Et dans la deuxième aux Corinthiens, chapitre 5 : «Il faut que nous comparaissions tous devant le tribunal du Christ, et que chacun réponde pout tout ce qu’il à fait, dans son corps, en bien ou en mal.»
Une autre raison. Si , quand elles commencent à vivre dans un corps, les âmes descendaient du ciel à la terre, de la lumière aux ténèbres, du sublime domicile des bienheureux à la prison sinistre des damnés, fausse serait l’Écriture divine qui dit : « Il était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde». (Jean 1) Et aussi : « Plusieurs disent : qui nous montrera ce qui est bien ? Elle est exprimée au-dessus de nous la lumière de ton visage, Seigneur.» (Psaume 4, 2).
Les arguments des Origénistes sont si tirés par les cheveux que les saints pères ont préféré les indiquer plutôt que les réfuter. Ils citaient ce verset du psaume CX1V : « Convertis-toi, ou retourne, mon âme, dans ton repos.» Et cet autre verset du psaume CXV111 : « Avant que je sois humilié, j’ai fauté.» Et, ce verset du psaume CXL1 : « Sors mon âme de la prison.» Et cet extrait du chapitre 1 de saint Jean : « Il était la vraie Lumière qui illumine tout homme venant en ce monde.»
Dans le premier texte allégué, le prophète rend grâce à Dieu, parce qu’après avoir été libéré de grands dangers, il vivait sans souci et sans anxiété. Il s’exhorte en même temps, à toujours renouveler cette paix interne et cette tranquillité d’âme, qu’il avait presque perdue à cause des fréquentes craintes et angoisses. On peut aussi entendre ce passage du repos éternel que le péché nous empêche d’espérer, et que la pénitence nous promet. Dans le second texte, le prophète, comme tout autre juste, admet que ce n’est pas sans raison qu’il a été fustigé par Dieu, et humilié par les tentation, car ses péchés méritaient une peine de ce genre. Dans le troisième texte, David parle, au sens littéral, de la caverne où il s’était caché à cause de la persécution de Saül, comme le titre du psaume le montre clairement. Il demande donc à Dieu, dans sa prière, qu’il le libère de cette poursuite acharnée, pour ne pas être obligé de toujours aller se réfugier dans une caverne, comme dans une prison. Au sens spirituel, on peut entendre ce texte de la prison de ce corps mortel, d’où voulaient s’échapper les sains L « parce que le corps qui se corrompt alourdit et appesantit l’âme.» Comme le dit le Sage au chapitre 9. Et Romains 7 : «Qui me libèrera du corps de cette mort ?«
Par ces paroles, les saints pères n’expriment pas le désir de se libérer du corps en lui-même, mais du corps mortel, comme l’a noté saint Augustin dans ce passage. Car, ils attendent d’un grand désir la résurrection de leurs corps, (Romains 8), et si la chose était possible (2 Corinthiens 5), ils ne désireraient pas en être spoliés, mais en être vêtus par-dessus pour que le mortel soit absorbé par la vie. Le quatrième témoignage ne veut pas dire que l’homme vient en ce monde parce qu’il était avant en dehors du monde, mais parce que, comme il n’était rien, il a commencé à exister par la génération, et à vivre dans ce monde, comme saint Cyrille l’enseigne à bon droit dans son commentaire.
La troisième sentence. Les âmes humaines ont été créées simultanément, au tout début, en même que les anges, et sont ensuite envoyées successivement dans les corps. La différence qu’il y a entre cette opinion et la précédente, c’est qu’elle n’enseigne pas que les âmes ont péché dans le ciel, ni qu’elles sont insérées dans les corps en peine du péché, comme l’enseigne la précédente. Elle affirme seulement que toutes les âmes ont été créées au début, de peur d’être obligée de concéder que Dieu ait créé quelque chose après le septième jour, car la Genèse dit que ce jour-là, Dieu a cessé de travailler à ce qu’il avait institué. (Genèse 1). Cette sentence-là est celle de certains rabbis, comme nous le fait comprendre le commentaire du rabbi Salomon, (au chapitre 33 du Deutérdans ome, et d’autres livres.) Cette sentence a aussi été enseignée par saint Grégoire de Nysse (dans son livre sur l’âme, chapitre 6). Si ce livre est vraiment de lui, et non pas plutôt de Nemesius, (dans le livre sur la fabrication de l’homme, chapitres 28 et 29. Et dans sa lettre à Marcellin, saint Jérôme (qui est la vingt-septième parmi les lettres de saint Augustin) nous rapporte que , parmi les docteurs catholiques, d’autres ont été de cet avis.
Au même endroit, saint Jérôme appelle cette sentence une folle persuasion. Et saint Léon (dans son épitre à Turbius, canon 10), la blâme par ces paroles : «La foi catholique enseigne constamment et véritablement que les âmes des humains n’existent pas avant d’avoir insufflées dans les corps.» Ensuite, saint Thomas (dans la première partie de la Somme, quest 118, art 3, réfute cette sentence par l’argument suivant : l’âme est une nature imparfaite, une partie de l’homme, non tout l’homme, et, à cause de cela, elle est naturellement unie à un corps, comme la forme avec sa matière. Or, il est absurde que Dieu ait commencé son œuvre par une chose imparfaite, puisque les œuvres de Dieu sont parfaites. Et il n’est pas moins absurde qu’une partie de l’homme ait été fait au début du monde, et l’autre partie plusieurs siècles après. Elle n’existait donc pas avant d’avoir été insufflé dans un corps. La proposition est la seule à avoir besoin d’une preuve. Car, si l’âme était par elle-même une substance parfaite, elle ne pourrait pas être la forme du corps. Qu’elle soit une forme, on le sait par ailleurs, par la définition du concile du Latran sous Léon X, session 8.
De même, si l’âme n’était pas naturellement unie avec le corps, c’est par violence qu’elle demeurerait en lui, et la vie ne serait pas pour nous un bienfait, mais une punition. Ensuite, si l’âme était parfaite sans le corps, elle ne serait pas une partie naturelle d’un humain. Et on pourrait se demander si elle est unie à un humain de par sa propre volonté ou de par la volonté d’un autre. Si c’est de sa propre volonté, trois absurdités en découleraient. La première. Elle chercherait pour rien de s’unir à un corps, puisqu’elle n’a pas besoin de son opération. La deuxième. Après avoir été séparée de son corps pendant des millénaires, elle changerait tout d’un coup d’avis, et demanderait à exister dans un corps. La troisième. Parce que ce serait pas hasard qu’elle descend dans un corps. Car, c’est une chose qui ne peut se faire que par le hasard que concourent au même moment la volonté d’un homme qui veut engendrer et disposer la matière, et la volonté de l’âme qui désire descendre pour l’informer. Si elle s’unit avec le corps par la volonté d’un autre, elle serait donc forcée par un pouvoir supérieur, en punition d’un péché antérieur. Ce qui est l’erreur d’Origène réfutée un peu auparavant.
On ne peut pas non plus répondre qu’elle n’est pas forcée en punition d’un péché, mais qu’elle s’applique, par la volonté de Dieu à régir le corps humain comme les anges régissent les corps célestes. Car, les anges ne sont pas des formes des astres, et ils ne sont pas détenus en eux, comme dans des prisons; et c’est sans purger aucune peine qu’ils s’acquittent de leurs ministères. Or les âmes sont unies à des corps pour qu’elles en deviennent les formes, et, tant qu’elles sont dans les corps, elles ne comprennent que par les phantasmes corporels, et semblent vivre dans les ténèbres. Ensuite, les maux du corps retombent dans l’âme au point de l’alourdir et de l’appesantir. Donc, si les âmes avaient existé dans le ciel avant de s’unir aux corps, on ne pourrait pas nier que c’est en peine d’un péché, qu’elles ont été malgré elles jetées dans des corps, comme les criminels sont forcés d’aller en prison malgré eux.
IL ya deux arguments contraires qu’il convient de brièvement réfuter. On nous objecte d’abord le texte de la Genèse (chapitre 1), qui rapporte que le, sixième jour, l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. En suite au chapitre 2, on lit que, après le septième jour, l’homme a été façonné du limon de la terre. Ces textes nous indiquent assez clairement que l’homme a été créé en son âme le sixième jour, que c’est son âme qui est proprement l’image et la ressemblance de Dieu, et que son corps a été créé du limon de la terre, le septième jour. Et comme la même raison vaut pour les autres hommes, il semble qu’on doive dire que toutes les âmes ont été créées le sixième jour, parmi les œuvres de la première création des choses ; et les corps sont multipliés par la génération après le septième jour.
On nous objecte, ensuite, qu’il est absurde que quelque chose de nouveau soit créé par Dieu après le septième jour, parce que, en ce jour, il avait mis fin à toutes ses œuvres. Or, il produirait quelque chose de neuf s’il créait quotidiennement les âmes à partir de rien, c’est-à-dire , qui n’avaient pas été façonnées dans la vertu séminale, les six premiers jours.
Je réponds à la première objection, que dans ces deux textes, est racontée la production de tout l’homme, tant en tant qu’animal qu’en tant qu’esprit. Mais comme la chose n’avait été que brièvement rapportée , et qu’elle était d’une grande importance, il a plu au Saint-Esprit, de reprendre le même récit dans le deuxième chapitre; et d’expliquer plus longuement l’ordre de la création humaine. Et bien que l’image de Dieu réside proprement dans l’âme, tout l’homme, à cause de l’âme, est dit fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et il est certain que, dans ce chapitre de la Genèse, l’Écriture ne dit pas que l’âme a été faite à l’image de Dieu, mais l’homme, et qu’il l’a fait mâle et femelle, et qu’il leur a dit : «Croissez et multipliez-vous !» Ce qui ne convient certes pas à l’âme seulement, mais à tout l’homme.
À l’autre objection, saint Augustin (dans l’épitre 28 à saint Jérôme), dit qu’on peut répondre que Dieu a cessé de créer son œuvre le septième jour, parce qu’il n’y eut plus rien de nouveau, par la suite, mais qu’il gouverna et multiplia les œuvres qu’il avait faites les jours précédents. La création des âmes n’était donc pas neuve, car il avait déjà fait l’âme , le sixième jour, avec les autres de la même espèce. On peut enfin aussi répondre que toutes les âmes ont été créées le sixième jour, non actuellement, mais virtuellement. Car, quand Dieu produisit les principes de la multiplication des hommes qui devaient être propagés par la génération, il voulut aussi que chaque matière soit correctement préparée pour la génération humaine, que l’âme existerait illico, pour animer le corps, pour que, à cause de cela, elle produise non seulement les corps, mais tout l’homme virtuellement, quand il créa ces deux humains, et leur communiqua le pouvoir de propager le genre humain.
Voilà pourquoi même si les âmes sont créées à partir de rien, à l’instant où elles sont infusées dans les corps, tout procède continuellement selon l’ordre naturel établi au tout début. Et il faudrait considérer comme un miracle qu’une âme ne se présentât pas à un corps disposé et préparé à la recevoir.
La quatrième sentence est que l’âme n’est pas moins que le corps tirée des parents. De façon à ce que l’âme du fils provienne de l’âme du père, comme le corps du fils procède du corps du père. Parmi les chrétiens, le premier auteur de cette sentence est Tertullien, qu’Apollinaire a suivi, comme le rapporte saint Jérôme, dans son épitre à Marcellin. Le même docteur dit là aussi, que la plus grande partie des occidentaux était de cette opinion. Cette sentence fut attribuée à Lucifer, comme l’atteste saint Augustin (dans son livre sur les hérésies, chapitre 81.) Cette sentence est rejetée comme une erreur par tous les théologiens scolastiques, avec le maître des sentences (livre 2, dist 17 et 18) ainsi que par saint Thomas qui (dans la première partie, quest 118, art 2) l’appelle une hérésie.
On a coutume de réfuter d’abord cette sentence avec le chapitre 2 de la Genèse. Car, pour montrer la différence entre l’âme humaine et les âmes des bêtes, il était dit au chapitre 1 : «Les eaux produisent des reptiles à l’âme vivante et des oiseaux sur la terre.» Et de nouveau, «La terre produit l’âme vivante , chacune dans son genre, des reptiles et des bêtes.» Mais, au sujet de l’homme, il ne dit pas que la terre le produit, mais que Dieu lui-même forma l’homme du limon de la terre, et insuffla un souffle de vie dans sa face. C e qui nous fait comprendre que les âmes des bêtes sont matérielles, et tirées de la matière, tandis que l’âme humaine n’a pas été tirée du limon, mais insufflée par le Créateur.
On ne doit pas se troubler par ce que dit Philastrius (dans son catalogue des hérétiques, au chapitre 99). Il énumère parmi les hérétiques ceux qui estiment que ce souffle de vie était l’âme rationnelle, et non plutôt la grâce du Saint-Esprit. Car, sur ce sujet, Philastrius parle un peu inconsidérément, comme l’enseigne saint Augustin. (livre 13 de la cité de Dieu, chapitre 24.) Cette sentence est bien loin d’être hérétique, puisque le contraire répugne aux saint pères, à saint Jean Chrysostome, (homélie 12 et 13 sut la Genèse), à saint Jérôme (dans son épitre à Pammachjus, sur les erreurs de Jean de Jérusalem), à saint Augustin (livre 12 de la cité de Dieu, chapitre 23, et dans le livre 13, chapitre 24.) à Théodoret, (question 23 sur la Genèse), à Euchérius ( livre 1 sur la Genèse.) Cela répugne aussi à l’apôtre saint Paul, qui dit (1 épitre aux Corinthiens, chapitre 15) qu’au tout début, l’homme a été fait animal, et que, après la résurrection, il deviendra spirituel.» Et il le prouve par ce texte : « L’homme été fait pour une âme vivante.» Or, ces mots que l’apôtre cite, sont écrits au chapitre 2 de la Genèse : «Il insuffla sur sa face un souffle de vie, et l’homme est devenu une âme vivante.» Donc, ce souffle de vie n’a pas donné à l’homme d’être spirituel, comme il l’est par la grâce du Saint-Esprit, mais d’être un animal que l’on a par l’âme, qui fournit au corpos le vivre et l’être.
Voici quelle est la vraie phrase de ce texte : Dieu insuffla sur sa face (ou dans ses narines, comme en hébreu,) son souffle de vie. Dieu plaça donc le souffle (l’esprit) dans les narines de ce corps récemment tiré du limon, et fit en sorte qu’il commençât à respirer et à vivre. Car, la respiration est le signe de la vie, parce que l’homme ne vit pas sans l’âme, qui est le principe de la vie. Voilà pourquoi, quand on dit que Dieu a donné à l’homme de respirer et de vivre, on comprend que l’âme a aussi été donnée, elle qui fait en sorte que l’homme respire et vive. Si certains pères, comme saint Irénée, saint Cyprien, saint Basile, (que nous avons cités dans le livre sur la grâce du premier homme), voient dans ce texte le Saint-Esprit, non l’âme rationnelle, il ne faut pas y voir une explication littérale du texte, mais mystagogique.
Mais il faut observer que ce texte est d’une grande efficacité pour prouver que l’âme du premier homme n’a pas été tirée de la matière, mais créée par Dieu à partir de rien. Et que nous ne sommes pas contraints de juger de même des autres âmes. Car, on pourrait répondre que comme Dieu a formé le corps du premier homme du limon de la terre, mais que c’est du corps des parents qu’il procrée continuellement les autres corps, au moyen de la génération, de la même façon l’âme du premier homme a été créée par Dieu à partir du néant, et les autres âmes sont procrées à partir de la première. Voilà pourquoi saint Augustin fait remarquer à saint Jérôme qu’on ne trouve aucun passage de l’Écriture où il soit clairement enseigné que les âmes ne proviennent pas de la génération, mais du néant. (Et la mère des Macchabées ?) Car les textes allégués (psaume 32 : «Lui qui fait les cœurs successivement.» Le dernier verset de l’Ecclésiastique : « Il rendra à Dieu l’esprit qu’il a reçu de Dieu.» Et Isaîe 3 : «C’est moi qui ai fait tout souffle» ) prouvent que Dieu est le créateur de toutes les âmes, mais ils n’indiquent pas la façon dont elles ont été créées : par la création, ou par la propagation , à partir de l’âme du premier parent ?
Nous allons laisser tomber tout ce qui précède, et nous nous efforcerons de démontrer, de deux façons, que les âmes ne sont pas propagées par les parents, mais qu’elles sont créées. D’abord, par la tradition ecclésiale, ensuite par des raisons manifestement tirées de principes de foi. En ce qui a trait à la première, présentons des témoignages des pères qui réprouvent ouvertement la sentence de la propagation des âmes. Saint Hilaire (dans son livre 10 sur la trinité, avant le milieu du livre) : « L’âme de l’homme est l’œuvre de Dieu ; la génération de la chair vient toujours de la chair.» Et plus bas : «Pour que par lui-même il s’assume un corps de la Vierge Marie, et qu’il s’assume par lui-même une âme, qui ne tire jamais son origine par la propagation de l’homme.» Saint Ambroise (dans son livre sur Noé et Area, chapitre 4) : « La plupart du temps, L’Écriture appelle les anges fils de Dieu, parce que les âmes ne sont engendrées par aucun homme.» De même (dans le livre sur paradis, chapitre 11) : «Considère attentivement que c’est du corps qu’il a tiré une côte, non de l’âme. C’est-à-dire, non l’âme de l’âme, mais les des os, et la chair de la chair.»
Saint Jérôme (dans son commentaire du dernier chapitre de l’Ecclésiaste : « On doit rire de ceux qui pensent que les âmes ont été coupées des âmes, qu’elles n’ont pas été engendrées par Dieu, mais générées par les corps des parents.» De même (dans le livre 3 de son apologie contre Ruffin, passé le milieu, et dans son épitre à Pammachius sur les erreurs de Jean de Jérusalem, il dit, après avoir rapporté les sentences d’Origène, sur l’âme, de Tertullien, d’Apollinaire, et des autres hérétiques) : « C’est un dogme ecclésiastique que Dieu fabrique quotidiennement les âmes.» Là où il oppose le dogme ecclésiastique aux sentences des hérétiques, il semble estimer qu’il faut tenir de foi que les âmes des enfants sont créées par Dieu, et non transmises par les parents. Saint Jean Chrysostome (homélie 23 sur différents textes de saint Matthieu ) :« L’âme n’engendre pas, et elle n’est pas engendrée, et elle ne connait aucun autre père que Celui par la volonté duquel elle a été créée.»
Saint Grégoire de Nysse (livre sur l’âme, chapitre 6) se propose de réfuter la sentence de la propagation des âmes par les parents, comme étant une erreur manifeste. Theodoret (dans son livre sur 5 aux Grecs, qui porte sur la nature de l’homme), dit, au milieu du livre : «Moïse dit que l’enfant est d’abord formé dans le sein de la mère, et qu’il est ensuite animé quand est parfait le corps, mais non de façon à ce que une âme préexistant à la création y soit infusée; ni qu’elle soit causée par l’insémination, mais par une institution divine, mais pour qu’elle reçoive la création, selon la loi de la nature inscrite au tout début». Theodoret ajoute au même endroit, qu’il s’agit là d’un dogme, dans lequel concourent toutes les Écritures des apôtres et des prophètes. Saint Cyrille (livre 1, chapitre 9 sur saint Jean) : « C’est convenable et juste qu’on nous ordonne de ne pas pécher dans ce monde, comme étant un lieu où nous parvenons à l’être à partir du rien». Car, bien qu’il semble parler de tout l’homme quand il nous exhorte à ne pas pécher, il ne parle, cependant, que de l’âme, par la figure de l’intellection, homme.
Saint Augustin, comme nous le dirons bientôt, croyait qu’était incertaine l’origine des âmes. Et (dans le livre 10 sur la Genèse, chapitre 23, il écrit que «l’opinion qui affirme la propagation des âmes est basée sur de plus forts arguments que les sentences contraires.» Cependant (dans l’épitre 157 à Optatus, qu’il a écrite beaucoup plus tard), il réfute ouvertement cette sentence, comme nous nous efforçons, nous-mêmes, de la réfuter : «Donc, ceux qui soutiennent la propagation des âmes avec une folle témérité» Et, dans la même épitre (parlant de la sentence de Tertullien), il dit : « Que peut-on dire de plus pervers ?» Saint Léon (dans son épitre à Turbius, chapitre 10) : «La foi catholique a prêché constamment et véritablement qu’avant d’avoir été insérées dans les corps humains les âmes n’existaient pas, et qu’elles n’ont pas été incorpores par d’autres que par le Créateur des âmes et des corps.» Il dit la même chose (dans l’épitre 11 à Julien). Il enseigne que nos âmes ont été insufflées comme l’a été l’âme de Jésus. Or, il est certain que l’âme de jésus n’a pas été propagée par ses parents, comme l’enseigne saint Augustin dans le livre 10 sur la Genèse, chapitre 19 mais créée par Dieu.
Voir pour la même sentence, l’auteur des œuvres cardinales du Christ, (que l’on trouve parmi les œuvres de saint Cyprien), au sermon sur la résurrection), l’auteur du livre sur les dogmes ecclésiastiques, (chapitre 14, que l’on trouve dans le tome 4 des œuvres de saint Augustin), saint Bernard (sermon 27 sur les cantique des cantiques), Innocent 111 (dans son commentaire du psaume L), ensuite le concile de Latran sous Léon X (session 8).
À ces témoignages, on pourrait ajouter le consentement des peuples. Car, c’est quelque chose qui est si profondément incrusté dans les esprits des fidèles que les âmes ont été créées récemment par Dieu, quand les fœtus sont animés dans le sein de leurs mères, que même les cultivateurs, les artisans, les cordonniers, les jeunes filles et les enfants savent cela. …Comme dit saint Jérôme à Ruffin : « Tu t’étonne que les scandales frères soient soulevés contre toi, alors que tu jures ne pas savoir ce que les églises du Christ professent connaitre.»
Venons-en aux raisons tirées des principes de la foi. Car, tout ce qu’on déduit manifestement des articles de foi appartient à la foi. Le premier raisonnement. Que les âmes soient immortelles, c’est un principe de foi un principe premier et très certain, et qui est exprimé dans l’Écriture sainte, comme tous le reconnaissent. Or, si les âmes des hommes sont immortelles, il est nécessaire qu’elles subsistent par elles-mêmes. Car, si elles ne subsistaient pas par elles-mêmes, mais dépendaient du corps, comme les âmes des animaux, elles périraient avec le corps. Or, les choses qui sont subsistantes par elles-mêmes sont produites par elles-mêmes. Les choses par soi subsistantes qui se produisent elles-mêmes, sont produites pour la production d’autre chose, qui existe pour l’existence d’une autre. Donc, si les âmes des hommes se produisent d’elles-mêmes, il s’ensuit manifestement qu’elles ne deviennent pas par la propagation, comme les âmes de toutes les bêtes, qui ne se produisent pas elles-mêmes, mais existent parla génération d’un composé. Donc les âmes des hommes ou se font par elles-mêmes, ce qui signifie être créé, non être tiré de, ou ne sont pas immortelles, ce qui est (comme nous l’avons dit) contre la foi.
La deuxième raison. Si les âmes des hommes sont tirées des parents, elles sont tirées de leurs corps ou de leurs âmes. Si elles sont tirées des corps, elles sont donc corporelles, et donc mortelles, comme toutes les choses qui sont produites d’une semence. Si elles sont tirées de l’âme, elles le sont en partie, ou en totalité. Si c’est en totalité, le parent est privé de son âme puisqu’il la transfuse en totalité dans l’enfant; ou elle demeure entière dans le père et le fils. L’une et l’autre hypothèse sont évidemment fausses. Car, l’expérience atteste que, par la génération, le père ne perd pas son âme, et que l’âme du père et du fils ne sont pas une seule et même âme, comme c’est le propre de la nature divine, à cause de son infinité, d’être une, numériquement, dans plusieurs personnes. Si elle ne vient pas de la totalité de l’âme, mais d’une partie seulement de l’âme du père, l’âme est divisible, et donc, corporelle et mortelle. On revient donc toujours à l’article de foi de l’immortalité de l’âme.
Tu diras que l’âme ne vient pas du corps, ni, non plus, de l’âme du père, mais de la semence de l’âme qui est transfusée avec la semence du corps dans l’utérus de la mère. Car, c’est ce que pensent ceux qui soutiennent que les âmes proviennent de la propagation, comme l’atteste saint Thomas (dans son le livre 10 sur la Genèse, chapitre 20. Je réponds que la semence de l’âme est spirituelle ou corporelle. Si elle est corporelle, une âme spirituelle ne peut pas en sortir. Si elle est spirituelle, demandons-nous encore : est-elle une substance ou un accident ? Car, si elle est une substance, ou elle a été faite du néant, ou d’une autre substance. Si c’est du néant, cette substance spirituelle sera créée par l’homme. Si c’est d’une autre substance, nous allons nous demander de nouveau si elle est corporelle ou spirituelle, et ainsi nous progresserons à l’infini. Si c’est un accident, ou une certaine vertu séminale, alors la semence de l’âme ne sera pas de la matière, mais un instrument de l’agent. Or, nous, nous cherchons une matière qui veuille que le père fasse une âme à partir du néant, ce qui ne convient qu’au Créateur.
La troisième raison. Toute forme qui est produite par une vraie génération, périt nécessairement, si on la sépare du corps. Car voici ce qu’est la production d’une forme par une vraie génération : c’est être tiré de la puissance de la matière par la vertu du producteur. Or, ce qui est tiré de la puissance de la matière, cela dépend de la matière d’une façon telle que, sans elle, elle ne peut ni devenir, ni être. Or, l’âme humaine est la vraie forme du Corps, comme le concile du Latran l’a déclaré à la session 8. Et, si elle est tirée des parents, elle ne peut être produite que par une vraie génération. Car, les hommes n’engendrent pas des humains autrement que les animaux. Mais les hommes, par une action qui leur est propre, qui ne convient qu’aux hommes, engendrent, ou plutôt envoient promener l’usage de la raison dans l’acte de la génération. Voilà pourquoi, si l’âme humaine était tirée des parents, elle ne serait pas engendrée de la matière à la façon de l’âme des bêtes, et serait engendrée de la matière, et d’une matière séparée qui la ferait s’étioler et périr. Il a donc été démontré que les âmes humaine ne viennent pas de la propagation, mais sont créées. Et les arguments qu’on nous oppose n’on pas un grand poids.
On nous objecte d’abord le livre de la Genèse (XLV1) :« Toutes les âmes qui sont sorties de la cuisse de Jacob sont au nombre de soixante-six.» Je réponds que, par le mot âmes on entend ici les hommes qui ont une âme. Fréquent, dans l’Écriture, l’usage de cette figure, qui est dite intellection, qui prend le tout pour la partie, ou la partie pour le tout. Ainsi en est-il dans le livre 1 des Rois, au chapitre 28, où on dit que Samuel est apparu à Saül, quand son âme lui était apparue. Et dans le Lévitique, chapitre 5, l’âme est prise pour l’homme, quand on dit : si l’âme pèche et obéit à la voix du parjure Même chose, «l’âme qui touchera quelque chose d’ignoble.» Ou : «l’âme qui jurera.»
On nous objecte, en second lieu, l’argument tiré du chapitre 7 de l’épitre aux Hébreux, à savoir que le Christ et Lévis étaient dans les lombes d’Abraham quand il offrit la dime au grand prêtre Melchisédech. Et cependant on dit que c’est Lévi qui a payé la dime, quand son père Abraham l’a payée. Mais on ne dit pas que le Christ a payé la dime dans Abraham, (avec quoi l’apôtre prouve que le sacerdoce du Christ était plus prestigieux que celui de Lévi) parce que le sacerdoce du Christ est selon l’ordre de Melchisédech qui ,dans les lombes d’Abraham a commencé à recevoir des dimes de Lévi. Donc, non seulement le Christ et Lévi ne furent pas dans les lombes d’Abraham de la même façon, mai Lévi y fut pour des raisons lesquelles le Christ n’y était pas. Le Christ fut dans les lombes d’Abraham en raison du corps. Donc, Lévi fut dans les mêmes lombes en raison du corps et de l’âme.
Cet argument c’est saint Augustin qui le propose, et qui s’efforce de le solutionner (dans le livre 5 de la Genèse, chapitre 19). Nous, nous répondons en quelques mots, que Lévi fut autrement dans les lombes d’Abraham que Jésus, non parce que Lévi fut dans les lombes d’Abraham en raison de l’âme et du corps, et le Christ seulement à l’occasion de la matière, mais parce que le Christ a été dans les lombes d’Abraham selon la matière de la chair, non selon une raison séminale. Lévi, lui, selon l’une et l’autre. Car, le Christ a une mère selon la propagation d’Abraham, mais non un père. Dans la génération, la mère fournit la matière, non la force active, qui ne réside que dans semence du Verbe, comme un instrument de l’homme qui forme le corps qui est engendré. L’Évangile nous a fait connaitre que le Christ a été conçu de la vierge par l’opération du Saint-Esprit, et qu’il est né miraculeusement de cette sainte Vierge. Or, Lévi a eu un père et une mère de la propagation d’Adam, et il fut donc, dans ses longes, une seconde matière de la chair, par rapport à la mère, et selon la raison séminale du père. Mais ce n’est pas ce qui causa que le Christ n’ait pas contracté de péché originel et n’ait pas eu à contracter le péché originel et qu’il n’eut pas à payer la dette. Lévi était, lui, soumis au péché, et payait la dime dans Abraham.
La quatrième objection. Si les âmes ne sont pas tirées des parents, mais créées par Dieu, et insufflées pendant la génération, dans la matière disposée par les parents, il s’ensuit cette absurdité que, dans la procréation de l’homme, Dieu coopérerait avec les fornicateurs et les adultères, en fournissant des âmes aux conceptions adultérines. Cet argument qui avait été excogité par Apollinaire, et qui voulait que, en insufflant des âmes, Dieu coopérait avec les fornicateurs et les adultères, n’est pas moins absurde que la terre qui réchauffe en son sein les semences que le cordonnier avait enlevées furtivement, ou aux choses immondes qu’il projette de sa main. Cette comparaison est très élégante, au témoignage de saint Jérôme.
Mais si quelqu’un requiert une solution scolastique, nous répondrons brièvement que dans la fornication et l’adultère, on peut considérer deux choses : l’action naturelle de la génération humaine, et le vice du transgresseur de la loi de Dieu en accomplissant cette œuvre. D’abord, c’est une bonne œuvre, et Dieu y coopère en tant que c’est une bonne œuvre. quand il infuse l’âme dans la matière correctement disposée et préparée, L’adultère est une mauvaise chose, et Dieu ne coopère nullement à une mauvaise intention.