Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 36)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Dans le septième âge, nous avons le sixième concile oécuménique, act 17. Saint Grégoire le Grand, livre 3 des dialogues, chapitres 29 et suivants, Grégoire de Tours, livre 5, chap 43, livre 6, chap 4 de son histoire, Saint Isidore de Séville dans son livre sur la trinité. Au huitième âge, nous avons le septième concile œcuménique, Bède le vénérable, dans son commentaire de Boèce sur la trinité, saint Jean Damascène, livre 1, de la foi orthodoxe, chapitres 2, 6, 8, et presque tout le livre. Au neuvième âge, le huitième concile œcuménique, dernier acte. Photius, Théophylactum, Haimonem et Raban Maure, chap 9 aux Romains, et 1 aux Philippiens, et ailleurs. Dans le dixième âge, qui fut le plus obscur du tous, nous avons Ambrosium Ansbertum dans l’apocalypse, surtout au commencement et à la fin. Et Radulphus Flaviencenses dans le Lévitique, chapitre 2.

Au onxième siècle, nous avons saint Anselme, dans son livre sur la trinité, et Giselbertus dans son livre sur l’altercation entre les écoles et les synagogues (à Anselme). Dans le douzième siècle, nous avons Richard de saint Victor, dans son livre 6 sur la trinité, et saint Bernard dans son épitre 190 à Innocent contre Pierre Abélard. Au troisième siècle, nous avons le concile du Latran, chapitre 1, et plusieurs théologiens célèbres, qui ajoutèrent leurs commentaires aux sentences de Pierre Lombard, et qui composèrent des sommes théologiques, comme Alexandre Alensis, saint Albert le Grand, saint Thomas, saint Bonaventure etc.

Au quatorzième siècle, il y a eu le concile de Vienne, d’où est sorti une clémentine unique sur la sainte trinité et la foi catholique. Au quinzième siècle, le concile de Florence, session ultime sur la procession du Saint-Esprit. Au seizième siècle, le concile de trente, session 3. La foi dans la sainte trinité consubstantielle qui est le seul vrai Dieu a donc duré depuis les temps apostoliques jusqu’à nous. Ce qui est un argument insigne de vérité. Car, aucune hérésie n’a duré aussi longtemps.

CHAPITRE 11 : 8ecatégorie, celle des sibylles

Les sibylles ont expliqué beaucoup de choses plus clairement que n’importe lequel prophète. Les pères qui citent les témoignages des sibylles sont saint Justin, Athénagoras, Clément d’Alexandrie, Lactance, saint Augustin et d’autres anciens. Saint Clément d’Alexandrie (dans son livre 6 des stromata, avant le milieu, dit que l’apôtre Paul a exhorté les Gentils à lire les sibylles. Nous a été conservé un chant très célèbre de la Sibylle Érithrée, dont les lettres capitales font cette phrase : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, croix, et qui conclut par le distique suivant : « Dieu unique et éternel, qui est ici le conservateur, et le même qui a souffert pour nous en tant que Christ, que les chants proclament. » Et voilà ce qu’elle dira plus loin du Christ qui viendra juger : « C’est un seul Dieu que regardent l’incrédule et le fidèle ».

Ces chants on a pu les lire dans l’oraison funèbre de Constantin le Grand prononcée, après sa mort, par Eusèbe de Césarée dans l’assemblée des saints. Dans cette oraison, le fils ainé de Constantin déclara que Cicéron avait eu en mains ces prophéties et les avait traduites en latin. On ne les trouve pas, aujourd’hui, il est vrai, parmi les œuvres de Cicéron, mais dans le livre 2 de la divination, il affirme avoir vu les chants de la Sibylle, qui, avec leurs lettres initiales, donnaient un sens. Il dit qu’il les a lus, et qu’ils n’existent plus. Il y a eu, en plus, Lactance, dans le livre 4, chapitre 18, et saint Augustin, dans le livre 18 de la cité de Dieu, chap 23. Tous les deux rapportent ces chants de la sibylle sur la divinité du Christ. : « Idiote, tu n’as pas reconnu ton Dieu, mais tu l’a couronné d’une couronne d’épines, et tu lui a mélangé un fiel horrible ». De même : « Ils donneront à leur Dieu des soufflets avec leurs mains impures.»

De plus, au livre 5 des chants des sibylles, vers la fin, nous lisons : « Quand la maison fera germer la racine de David, dans les mains duquel est tout le monde, le cosmos, la mer et le ciel. » Et plus bas : « Car une saine notion de Dieu te fuit malheureusement. » « O arbre bien heureux sur lequel Dieu lui-même est suspendu, » Et, au livre 7 : « Tu n’as pas connu, misérable, ton Dieu qui a paru autrefois dans le Jourdain. » Au livre 8, sont placées les paroles de l’ange à Marie : « Reçois Dieu dans ton sein pudique, vierge sans tache ! »

CHAPITRE 12 : 9e catégorie, les divins témoignages des visions et des miracles.

Prévoyant que l’hérésie arienne renaîtrait souvent de ses cendres et ferait beaucoup de tort à l’Église, le Saint Esprit a attesté souvent qu’elle était une vraie hérésie. En tout premier lieu, environ cinquante ans avant que ne naisse l’hérésie arienne, la sainte Vierge est apparue au thaumaturge saint Grégoire, avec saint Jean l’Évangéliste. Et sur l’ordre de la sainte Vierge, saint Jean remit à saint Grégoire une confession de foi dans laquelle est enseigné que le Verbe est le Dieu vrai, éternel, invisible, incréé et que la trinité est consubstantielle. Cette vision, c’est Grégoire de Nysse qui la rapporte dans l’éloge qu’il a fait du thaumaturge.

Deuxièmement, un peu avant l’hérésie, Dieu révéla à saint Antoine (comme le raconte saint Athanase dans la vie d’Antoine), que l’hérésie d’Arius apporterait dans l’Église des maux horribles. C’est pour cette raison que saint Antoine ne permettait à aucun arien de monter sur sa montagne, et qu’il les éloignait tous de sa montagne comme une peste. Troisièmement, à peu près au même temps, quand commencèrent à lever les premières semences de l’hérésie arienne, le Christ apparut au saint évêque Pierre martyr emprisonné, avec sa robe déchirée de haut en bas. Saint Pierre lui demanda ce que cela signifiait. Et Jésus répondit : « C’est Arius qui m’a fait cela, car il m’a séparé de mon peuple ». C’est ce qu’en ont écrit Bède le vénérable et Ado dans le martyrologe au 25 novembre.

Quatrièmement, quand il allait se soulager dans une vespasienne de Constantinople, ses intestins crevèrent et il perdit la vie. C’est ce que rapporte saint Athanase dans son discours 1 contre les ariens, Ruffin, dans le livre 10 de son histoire, chap 13, Gaudence dans son épitre à Paul, saint Épiphane aux hérésies 68 et 69, et d’autres. Saint Athanase ajoute, dans sa lettre à Sérapion, que, avant que cela n’arrive, Arius avait affirmé par serment à Constantin qu’il professait la foi catholique; que Constantin lui aurait répondu : « si ta foi est droite, tu as bien fait de jurer; mais si elle est impie, et que tu as quand même juré, que Dieu te condamne pour le parjure ». Ensuite, quand Arius a voulu entrer dans l’église (comme l’écrit saint Athanase), saint Alexandre, évêque de Constantinople, a demandé au Seigneur de l’enlever de ce monde s’il permettait qu’Arius pénètre dans l’église. Toutes ces circonstances nous font comprendre que ce n’est pas par hasard qu’Arius s’est éteint par une mort si dégoutante, mais par une disposition particulière de la providence. Dieu voulait par là réaliser la menace du pieux empereur, et exaucer la prière du saint pontife. Ce qui permet à saint Athanase de conclure : « Dieu lui-même, en se comportant en juge, a condamné l’hérésie arienne ».

Cinquièmement. Quand l’évêque arien Lucius persécutait les chrétiens partout, les moines faisaient des miracles par ces mots : « Au nom de Jésus que Lucius persécute, lève-toi et marche ! » C’est ce que rapporte Ruffin dans le livre 11 de son histoire, chapitre 4. Sixièmement, saint Hilaire, exilé par les ariens, libéra, par son ordre et ses prières, une île infestée de serpents. Il ressuscita même un mort, comme le rapporte saint Fortunat dans sa vie.

Septièmement. Sulpice écrit que saint Marin résista aux ariens au point d’être flagellé publiquement et d’être chassé de sa patrie. Pendant tout ce temps, il brillait par les nombreux miracles qu’il opérait. Huitièmement. Quand on demanda à saint Basile si telle église devait appartenir aux catholiques ou ariens, il accepta de répondre à condition qu’on entoure l’église de chaines et de plaques de fer. Il leur proposa que l’église appartiendrait à ceux qui, en priant au nom de leur foi, en ouvriraient les portes sans l’emploi d’aucune force, par la seule puissance de la prière. La condition étant acceptée, les ariens prièrent d’abord longtemps, selon leur foi, mais ne purent rien obtenir. Or, quand saint Basile pria avec les catholiques, les portes de l’église se sont ouvertes avec une telle puissance que ces paroles semblaient avoir la force d’une tornade ou d’un ouragan. C’est ce que rapporte Amphilochius dans sa vie de saint Basile.

Neuvièmement. Quand l’impératrice arienne Justina persécutait, avec les siens, saint Ambroise et les catholiques, Dieu révéla à ce même Ambroise l’emplacement des corps intacts des saints Gervais et Protais, par l’intermédiaire des quels il donna la vue à un aveugle, et fit beaucoup d’autres miracles. Les ariens en éprouvèrent beaucoup de confusion et de honte (rapporte saint Augustin dans le livre 9 des confessions, chapitre 7), et usèrent de tous les moyens pour décrier et discréditer ces miracles (comme saint Ambroise le raconte dans son sermon sur les saints Gervais et Protais).

Dixièmement. Victor Uticensis (livre 1 de la persécution des vandales) écrit que quand les saints martyrs pour la fois étaient flagellés par les ariens jusqu’à mettre a nu leurs os, il arrivait souvent, que le jour suivant, par un miracle divin, ils retrouvaient une parfaite santé. Dans le livre 2, le même auteur écrit que, par saint Eugène, un aveugle a recouvré la vue pendant le même temps où les ariens vexaient le plus les catholiques. Au livre 3, il raconte que, sur l’ordre d’un roi arien, on avait coupé jusqu’à la racine les langues de plusieurs catholiques; mais que ces confesseurs conservèrent le plein usage de la parole aussi longtemps qu’ils vécurent. Ce miracle, saint Grégoire lui-même le rapporte dans le livre 3 de ses dialogues, chapitre 32. Et il dit qu’il a parlé avec un évêque qui a vu un de ceux qui parlaient sans langue.

Onzièmement. Ce même saint Grégoire, dans le livre 3, chap 29. 30 et 31, raconte trois miracles qui arrivèrent de son temps. Le premier dans la ville de Spolète. Quand un évêque arien voulut entrer dans l’église de saint Paul, et dédier l’église à son erreur, les catholiques, redoutant le pire, éteignirent les lumières et fermèrent diligemment les portes. Mais quand l’arien avec son troupeau s’avança pour entrer par effraction, les portes s’ouvrirent subitement d’elles-mêmes avec fracas, et avec une lumière qui descendait du ciel toutes les lampes s’allumèrent. L’évêque arien fut frappé de cécité, et tous furent saisis d’un tel effroi que personne n’osa entrer dans l’église. Et, pleins de confusion, ils ramenèrent l’évêque devenu aveugle dans sa maison. Le second est arrivé à Rome. Quand, après avoir introduit les saintes reliques, saint Grégoire rendit au culte une église qui avait appartenu aux ariens, le diable sortit sous la forme d’un cochon horrible. De plus, une nuée lumineuse descendit sur l’autel, et en même temps, une odeur d’une grande suavité se répandit dans le lieu, et toutes les lampes s’allumèrent d’elles-mêmes par l’action divine. Le troisième en Espagne. Quand le prince Herménégilde a été tué pour la foi par son père arien, on a vu, près de lui, pendant la nuit, des lampes allumées, et beaucoup entendirent les anges chanter.

Douzièmement. Comme l’écrit saint Grégoire de Tour dans le livre 2 de son histoire des Francs, chap 3, quand, en Afrique, un patriarche des ariens nommé Cyrola persécutait les catholiques, et quand ,au même moment, trois saints évêques, Eugène, Vindemialis, et Longin qui leur résistaient plus que d’autres, brillaient par l’éclat de leurs miracles, un hérétique arien voulut faire un miracle. Il donna donc cinquante pièces d’argent à quelqu’un pour qu’il contrefaire un malade, Il devait feindre d’être un aveugle, et aller à la rencontre de Cyrola pour lui demander de l’aide. Cyrola s’approcha de lui, lui toucha les yeux, lui commandant de voir au nom de la vérité qu’il prêchait. Aussitôt les yeux du misérable jaillirent de leurs orbites avec une telle force qu’il était contraint de les retenir avec ses mains pour les empêcher de sortir.. Il comprit alors qu’il avait été trompé, et confessant la foi catholique à haute voix, il fut guéri par saint Eugène par un simple d’un signe de croix.

Par ces choses et par d’autres témoignages, il a été prouvé assez clairement qu’est ennemie de Dieu la doctrine de ceux qui nient que le Fils de Dieu est le vrai Dieu. Mais le temps est venu de confirmer la divinité du Saint-Esprit.

[24 mai 2017 fin]

31mai2017 CHAPITRE 13 : La démonstration de la divinité du Saint-Esprit

Il nous faut maintenant prouver que le Saint-Esprit est vraiment Dieu, ce que nient les adversaires, même s’ils n’ont pas beaucoup traité le sujet. Ils se veulent les défenseurs de l’excellence du Père. Mais si cette excellence devait être enlevée par la confession d’une personne divine égale au Père, ils pensent qu’il importe peu que cette personne soit unique ou double. Voilà pourquoi Valentin Gentil disait presque toujours que du Saint-Esprit il n’était pas question. Les transylvaniens (livre 2, chapitre 5), nient que le Saint-Esprit doive être adoré ou appelé Dieu. Mais ils ne s’appliquent pas à en faire la démonstration, et ils ne réfutent pas les objections. Nous nous contenterons donc d’établir notre preuve avec les catégories d’arguments dont nous nous sommes servis pour démontrer la divinité du Fils.

La première catégorie est celle de l’ancien testament, qui peut nous fournir plusieurs témoignages; mais, voulant faire bref, nous n’en citerons qu’un seul. Voici ce que dit la Saint Écriture (2 rois 23) : « Ces derniers mots qu’a dit David : l’Esprit du Seigneur a parlé par moi, et sa parole par ma langue. Le Dieu d’Israël m’a dit, il a parlé le fort d’Israël, le dominateur des hommes ». Tu vois clairement que celui qui est dit l’Esprit du Seigneur est appelé Dieu d’Israël. Il est donc le vrai Dieu.

La seconde catégorie est du nouveau testament. On pourrait en extraire de nombreux témoignages si besoin était, mais nous suffira celui où le Seigneur dit à ses disciples : « Allez baptiser toutes les nations, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Car, on n’aurait pas joint le Saint-Esprit au Père et au Fils s’il avait été une créature. C’est ce que dit saint Grégoire de Naziance (discours 5 sur la théologie) : « Comment l’Esprit Saint pourrait-il nous régénérer par le baptême, et faire de nous des dieux s’il n’était pas le vrai Dieu ? Car David a dit dans le psaume 83 : « Le Seigneur donnera la grâce et la gloire ».

La troisième catégorie provient des deux testaments. Elle nous fournit un témoignage très clair sur la divinité de l’Esprit Saint. Voici. Celui qu’Isaïe appelle Seigneur des armées, que tous reconnaissent pour le vrai Dieu, c’est celui-là même que l’Apôtre appelle Esprit Saint. Mais écoutons les paroles de l’Écriture (Isaïe 6) : « Le Seigneur a dit : « Va, dis à ce peuple : écoutez en écoutant, et n’entendez pas. » Or, voici ce que nous lisons à la fin des actes des apôtres : « Le Saint Esprit a bien dit par Isaïe, en disant : va à ce peuple, et dis-leur : vous entendrez avec vos oreilles, et vous ne comprendrez pas. » De plus, quand ils expliquaient leurs discours aux peuples, les prophètes ne répétaient-ils toujours pas d’une même voix : Voici ce que dit le Seigneur Dieu ? Et dans Pierre 2, 1, on lit : « C’est inspirés par l’Esprit Saint qu’ont parlé les saints hommes ». Ce Seigneur Dieu était donc l’Esprit Saint. C’est pourquoi Zacharie dit dans Luc 1 : « Que soit béni le Seigneur, Dieu d’Israël etc » Et plus loin : « Comme il a parlé par la bouche de ses saints prophètes du passé. » Par ces paroles, Zacharie ne pouvait pas exprimer plus clairement que l’Esprit saint est le Seigneur Dieu d’Israël. Il arrive même parfois que les adversaires admettent que ces paroles parlent du vrai Dieu.

La quatrième catégorie vient des noms divins. De cette catégorie nous tirons trois arguments. Un premier négatif. Jamais dans les Saintes Écritures, l’Esprit Saint n’est dit avoir été créé ou fait; et pourtant, en beaucoup d’endroits, on fait des énumérations des créatures les plus importantes, comme dans Daniel 5 (le cantique des enfants), les psaumes 102 et 148, où on invite toutes les créatures à louer Dieu, en les nommant par leur nom : les anges, les cieux, les hommes, les bêtes etc. Or, on ne fait jamais là mention du Saint-Esprit. Dans son épitre aux Colossiens 1, saint Paul énumère les créatures les plus nobles : les trônes, les dominations, les principautés. Et saint Pierre (1, 3) nomme expressément les anges, les puissances et les vertus, pour démontrer que le Christ est plus grand qu’eux tous. Dans ces passages, il aurait fallu absolument qu’on nomme l’Esprit Saint s’il était une créature, et inférieur à Dieu le Fils, comme le prétendent nos adversaires. Non seulement nous ne le voyons jamais nommé avec les créatures, mais toujours avec le Père et le Fils. Beaucoup de pères développent cet argument, comme saint Justin (dans le livre de la vraie foi, au début de la confession), Épiphane dans Ancor, non loin du début, et saint Jean Chrysostome, au tome 5 de son homélie sur : « alors le Fils se soumettra lui-même au Père ».

Le deuxième argument on le tire du nom de Dieu. Car, il n’y a que le vrai Dieu qui soit dit, dans l’Écriture, Dieu tout court, comme nous l’avons montré avec saint Irénée (livre 3, chap 6,). Or, l’Esprit Saint est appelé Dieu tout court. Actes des apôtres, 5 : « Ananie, pourquoi Satan a-t-il tenté ton cœur pour te faire mentir à l’Esprit Saint ? Ce n’est pas aux hommes que tu as menti, mais à Dieu. » Voici en toutes lettres le nom de Dieu donné à l’Esprit Saint. Ne mentent-ils donc pas, les transylvaniens quand ils disent (livre2, chap 5) que jamais l’Esprit Saint n’est appelé Dieu dans l’Écriture ?

Le troisième, de la confession des adversaires. Les Ariens, en effet, avaient rayé de leurs codex les paroles suivantes de saint Jean 4 : « L’Esprit est Dieu », comme l’atteste saint Ambroise (livre3, chap 11, sur le Saint-Esprit), Ils avaient donc trouvé un endroit de l’Écriture où l’Esprit-Saint est appelé Dieu. Car s’ils avaient pensé que le sens de la phrase était : Dieu est d’une nature spirituelle, auraient-ils effacé ces mots ? Mais leur rature leur nuit plus que la parole de Dieu, au cas où ces mots ne doivent pas s’entendre de la personne du Saint Esprit. Mais leur rature crie haut et fort que les ariens hérétiques donnent aux mots un sens réprouvé, qu’ils pèchent contre le Saint-Esprit quand ils aiment mieux raturer les Saintes-Écritures que déposer leurs erreurs.

La cinquième catégorie vient des attributs divins. Dieu seul est immense et présent partout. Or, du Saint-Esprit ne lisons-nous pas dans le psaume 138 : « Où irai-je loin de ton Esprit ? » Et dans la Sagesse : « L’Esprit du Seigneur a rempli le ciel et la terre ». De plus, seul Dieu est tout puissant. Or, nous lisons du Saint-Esprit, dans la Sagesse 7 : « Ayant toute vertu ». De même, seul Dieu se connait parfaitement. Or, de l’Esprit Saint nous lisons dans 1 Cor 2 : « Les choses qui sont de Dieu nul ne les connait que l’Esprit de Dieu. » Et de nouveau : « L’Esprit scrute tout, même les profondeurs de Dieu ». De même, seul Dieu est bon. Or, du Saint-Esprit nous lisons au psaume 142 : « Ton bon esprit me conduira dans la terre droite ». De plus, seul dieu a un temple. Or, nous lisons du Saint-Esprit dans 1 Cor 6 : « Vos membres sont le temple du Saint-Esprit ». Et de même : « Portez et glorifiez Dieu dans votre corps ». Commentant ce passage, saint Augustin dit (2 de la trinité, chapitre 6) : « Le Saint Esprit n’est pas une créature, car celui à qui nous présentons notre corps comme un temple, il est nécessaire que nous lui devions un hommage de servitude, de cette servitude qui n’est due qu’à Dieu, à laquelle nous donnons le nom de latrie. » Et (dans son livre 1 contre Maximin, dernier chapitre) : « Ne savez-vous pas que vos corps sont, en vous, le temple du Saint-Esprit ? » Et, au même endroit : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? Quand tu entends cela, il te faut ne pas nier que l’Esprit Saint est Dieu, de peur de faire des membres du Créateur un temple de la créature ».

La sixième catégorie vient des œuvres. D’abord, la création est l’œuvre du seul Dieu. Et pourtant, on lit dans Job 33 : « C’est l’Esprit de Dieu qui m’a fait. » Et dans le psaume 32 : « Les cieux ont été affermis par la parole de Dieu, et par l’Esprit de sa bouche toute leur vertu ». Et dans le psaume 103 : « Envoyez votre Esprit, et ils seront créés ». Deuxièmement, seul Dieu conserve sa création. Et pourtant, on lit dans la Sagesse 1 : « L’esprit du Seigneur remplit toute la terre, et ce souffle (pneuma) qui contient toute chose » Troisièmement, seul Dieu sauve et justifie, Et pourtant, ont lit dans 1 Cor 6 : « C’est inspirés par le Saint-Esprit qu’ont parlé les saints hommes ». Et dans la sagesse 1 : « Dieu est le témoin de son rein, et un vrai scrutateur de son cœur, parce que l’Esprit du Seigneur remplit toute la terre, et ce qui contient tout a la science de la parole, c’est-à-dire que la raison pour laquelle Dieu scrute tous les cœurs c’est que l’Esprit Saint est partout, pénètre tout, connait toutes les langues, même ce qui est dans le plus intime du cœur. »

Cinquièmement. Dieu seul fait des miracles. Or, le Christ lui-même c’est dans l’Esprit de Dieu qu’il chassait les démons (Matt. 12). Et saint Paul 1 Cor 12 : fait du Saint-Esprit l’auteur du don des langues et des guérisons. Dans l’épitre aux Hébreux, 2, on appelle distributions du Saint-Esprit tous les miracles qui étaient faits par les apôtres. Sixièmement, Seul Dieu régit l’Église d’un pouvoir absolu. Or, le Saint Esprit gouverne l’Église, le royaume du Christ, comme un Seigneur absolu, et non moins que le Père et le Fils. Nous lisons, en effet, dans les actes 10 : « L’Esprit a dit à Pierre : va avec eux sans rien craindre, car c’est moi qui les ai envoyés ». Or, dans les actes des apôtres 13, on lit : « Le Saint-Esprit a dit : « Mettez-moi à part Saül et Barnabée pour l’œuvre que je leur ai assignée. » Au même endroit : « Eux aussi ont été envoyés par l’Esprit-Saint ». Dans actes 15 : « Il a paru bon à nous et à l’Esprit Saint etc » Actes 16 : « Le Saint Esprit leur a défendu d’aller prêcher la parole en Asie. » Actes 20 : « Veillez sur vous et sur tout le troupeau, dans lequel l’Esprit Saint a placé des épiscopes pour régir l’Église de Dieu ». 1 Corn 12 : « C’est le même Esprit unique qui opère toutes choses, répartissant à chacun comme il le veut.»

La septième catégorie consistera dans une comparaison entre le Christ et le Saint-Esprit. Car, si nous prouvons que le Saint-Esprit est plus grand que le Christ en tant qu’homme, la preuve aura été faite, en même temps, que le Saint Esprit est un seul Dieu avec le Père. Si les adversaires veulent qu’il ne soit absolument rien pour le Christ, qui n’est pour eux qu’un homme ordinaire, il sera le plus grand, Dieu le Père mis à part. Que l’Esprit Saint soit plus grand que l’homme Christ, on le démontre par tous les textes que citent nos adversaires pour prouver que Dieu le Père est plus grand que le Christ. Le Père est plus grand que l’homme Christ qu’il a envoyé : Jean 8. Il a été envoyé par l’Esprit Saint.. C’est ce que nous lisons dans Isaïe 48 : « Et maintenant le Seigneur m’a envoyé et son Esprit ». Le Père a sanctifié le Fils : Jean 10. « Celui que le Père a sanctifié en envoyé dans le monde », le Saint-Esprit l’a sanctifié aussi Isaie 51. Et Luc 4 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, du fait qu’il m’a oint. Il m’a envoyé évangéliser les pauvres ». De même, le Père a opéré l’incarnation du Fils. Romains 8 : « Il a envoyé son Fils dans la similitude de la chair du péché. » L’Esprit Saint a opéré la même chose. Matt 1 : « Ce qui est né d’elle est du Saint-Esprit ». De même, c’est dans la vertu du Père que le Christ faisait des miracles. Jean 14 : « En demeurant en moi, c’est le Père qui fait les œuvres ». Et Matth dit du Saint Esprit : « Si c’est dans l’Esprit de Dieu que je chasse les démons ». De même, le Père offrit le Fils à la mort. Romains 8 : « Son propre Fils il ne l’a pas épargné.» Or, le Saint-Esprit a fait la même chose, Hébreux 9 : « C’est par l’Esprit Saint qu’il s’est offert lui-même ».

Enfin, le Père l’a ressuscité, Act 2. Saint Paul dit la même chose du Saint-Esprit aux Romains 8 : « Si son Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous. » Il se trouve même qu’il est plus grave de pécher contre le Saint-Esprit que contre le Christ homme (Matt. 12). Il découle clairement de tout cela que le Saint-Esprit est plus grand que le Christ homme, et qu’il est donc le vrai Dieu.

La huitième catégorie : les Pères. Les pères cités pour la divinité du Christ parlent presque tous en même temps du Saint-Esprit. Il suffira donc ici de ne noter que les noms de ceux qui ont écrit dans le seul but de démontrer la divinité du Saint-Esprit. Saint Athanase dans l’épitre à Sérapion. Saint Basile dans les livres 3 et 5 contre Eunome, et dans son livre sur le Saint-Esprit. Saint Grégoire de Naziance dans le livre 5 sur la théologie, saint Grégoire de Nysse, dans le livre à Eustache, « que le Saint-Esprit est Dieu ». Saint Épiphane, hérésie 74. Didyme l’aveugle dans son livre sur le Saint-Esprit. Saint Cyrille de Jérusalem, catéchèses 16 et 17. Saint Jean Chrysostome dans son homélie sur le Saint-Esprit. Saint Cyrille d’Alexandrie au livre 7 de la trinité, au complet. Et aux livres 13 et 14, thes, et dans son livre sur le Saint-Esprit. Saint Hilaire au livre 12 de la Trinité. Saint Ambroise aux trois livres sur le Saint-Esprit. Saint Augustin, au livre 1 de la trinité, chapitre 6, au livre 1 contre Maximin, vers la fin, Saint Thomas d’Aquin, livre 4 contre les Gentils, du chapitre 16 à 27.

La neuvième catégorie provient des miracles. Comme les miracles qui ont été faits pour confirmer la divinité du Christ confirment aussi la divinité de l’Esprit Saint, nous ne répéterons que le dernier miracle mentionné. Voici ce qu’écrit saint Grégoire de Tours dans le livre 2, chapitre 3 de son histoire des Francs : « Vivaient à la même époque que saint Eugène, des hommes très prudents et très saints du nom de Vindemialis et Longinus. Étant tous deux évêques, ils étaient semblables par le rang, et non dissemblables en vertu. Car, on rapporte que saint Vindemialis a ressuscité un mort, que saint Longin a guéri de nombreux malades et infirmes. Saint Eugène, lui, ne repoussait pas seulement la cécité des yeux, mais aussi celle des esprits. Ce que voyant, un évêque arien fit venir à lui quelqu’un qu’il avait lui-même égaré loin de la vérité, et lui dit : « Je ne peux pas souffrir que ces évêques opèrent de grands signes parmi le peuple; et qu’à cause de cela, les nôtres m’abandonnent pour le suivre. Accepte donc de faire ce que je t’ordonne. Reçois d’abord en récompense cinquante pièces en or, puis, va t’asseoir sur la place publique ou je vais passer. Et quand tu me verras approcher, tu mettras la main sur tes yeux fermés, et tu crieras à tue-tête : « Cyrola, évêque de notre religion, je te prie, à ma demande, de manifester ta gloire et ta vertu, pour qu’en m’ouvrant les yeux, je mérite de voir la lumière que j’ai perdue. Il fit donc ce qu’on lui avait commandé. Il s’assit donc sur la place publique, et quand l’hérétique passait avec les saints de Dieu, celui qui pensait se moquer de Dieu cria d’une voix forte : « Écoute-moi, très saint Cyrola. Écoute-moi, saint prêtre de Dieu. Regarde ma cécité. Que je fasse l’expérience des médicaments que les autres aveugles ont mérités de toi, que les lépreux ont éprouvés, que même les morts ont expérimentés. Je t’adjure, par cette même vertu, que tu possèdes, de me restituer la lumière désirée, parce que je suis frappé par une grave cécité. » Il disait la vérité sans le savoir, car la cupidité l’avait aveuglé, et il pensait pouvoir, pour de l’argent, se jouer de la vertu du Dieu tout-puissant.

Alors l’évêque des hérétiques se détourna, et, envisageant déjà sa victoire, plein de vanité et d’orgueil, il posa sa main sur les yeux, disant : « Selon notre foi, que nous croyons vraie, que tes yeux s’ouvrent ». Et dès que le sacrilège ouvrit les yeux, son rire se changea en pleurs, et l’arnaque de l’évêque apparut au grand jour. Car, une telle douleur s’empara de ses yeux, qu’avec ses mains, il les empêchait à peine de sortir de leurs orbites ». Alors le malheureux se mit à crier et à dire : « Malheur à moi, misérable, qui ai été séduit par l’ennemi de la loi divine. Malheur à moi, parce que j’ai voulu, pour de l’argent, me moquer de Dieu, et recevoir cinquante pièces d’or pour accomplir cette escroquerie. » Et à l’évêque, il disait : « Le voici ton or, rends-moi la lumière que j’ai perdue par ton procédé frauduleux.. Et je vous prie, vous glorieux chrétiens, de ne pas mépriser un misérable, mais d’apporter vite secours à quelqu’un qui périt. Car, je sais, maintenant, qu’on ne se moque pas de Dieu ! » Alors les saints de Dieu eurent pitié de lui. Ils lui dirent : « Si tu crois, tout est possible à celui qui croit. » Et lui criait à voix haute : « Que celui qui ne croit pas que le Christ, Fils de Dieu et le Saint Esprit ont une substance et une divinité égale à celle du Père, qu’il souffre ce que j’ai souffert aujourd’hui ». Et il ajouta : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Je crois dans le Fils de Dieu, Jésus-Christ, égal au Père. Je crois en l’Esprit saint coéternel et consubstantiel au Père et au Fils. »

En l’écoutant dire ces choses, et voulant tous avoir l’honneur d’être les premiers à intervenir, il s’éleva entre eux, une sainte émulation, à l’effet de savoir quel serait celui qui imposerait le signe de la croix sur ses yeux. Vindemialis et Longin suppliaient Eugène de le faire, et Eugène incitait les autres à imposer les mains. Alors, quand ils le firent, et qu’ils mirent leurs mains sur sa tête, saint Eugène dit, en faisant le signe de croix sur les yeux : « An nom du Père, du Fils de l’Esprit saint vrai Dieu, que nous confessons trin dans l’égalité et dans la puissance, que tes yeux s’ouvrent ! » Et tout de suite, la douleur disparut, et il retrouva sa santé première. Que cela suffise pour le Saint-Esprit.

CHAPITRE 14 : On réfute les arguments des hérétiques

La première objection des transylvaniens (livre 1, chapitre 1 ) est celle-ci. Le Christ et les apôtres ont prédit que l’antichrist viendrait après la mort du Seigneur, et qu’il abolirait la vraie foi dans le Christ. Mais nous voyons que, après la mort du Christ, par toute la terre, Dieu a été adoré trin dans les personnes, et un dans son essence. Donc, ou la foi dans la trinité est la foi dans l’antichrist, ou le Christ et les apôtres ont menti. Ils prouvent cette conclusion par les textes suivants : « Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne m’avez pas reçu. Si un autre vient en son nom, vous le recevrez. (Jean 3) ». De même Jean 9 : « Tant que dure le jour, il me faut travailler, Vient la nuit pendant laquelle personne ne peut travailler. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ». Luc 21 : « Voyez à ne pas être séduits. Plusieurs viendront en mon nom disant que c’est moi, et le temps s’en approche, N’allez donc pas après eux. ». Voyez, disent-ils comment le Christ prédit que le temps de son abolition est proche. Actes des apôtres 20 : « Je sais qu’après mon départ, des loups rapaces entreront parmi vous, qui n’épargneront pas le troupeau. » Aux Colossiens 2 : « Veillez à ce qu’on ne vous trompe pas par la philosophie.. » Quelle plus grande philosophie peut-on trouver que des discussions sur l’essence, les hypostases et les relations ? » 2 Thess : « Le mystère d’iniquité est déjà à l’œuvre.» Saint Jean 4 : « Tout esprit qui divise Jésus n’est pas de Dieu. C’est de l’antichrist que vous avez entendu dire qu’il viendrait, et qu’il est déjà dans le monde. » Ils notent que, dans ces passages, on ne dit pas qu’il est venu dans la chair, pour que nous ne pensions pas qu’une personne divine soit descendue et ait assumé une chair. Mais, « dans » la chair, pour que nous comprenions que le Christ n’est rien d’autre que chair, c’est-à-dire un homme. Enfin, dans l’épitre de Jude, il est dit que c’est en leurs temps que se sont introduits des impies qui nient Dieu et le Christ.

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