Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 38)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Venons-en maintenant au passage de la lettre aux Hébreux 1 : « Il a été fait d’autant meilleur que les anges ». Saint Jean Chrysostome et Théophylactus donnent au mot fait le sens de déclaré. Et avec raison. Car il s’agit ici du statut obtenu après la résurrection. Car c’est ainsi que parle saint Paul : « Après avoir fait la purgation des péchés, il s’assied à la droite de la Majesté dans les hauteurs, étant fait d’autant meilleur que les anges etc. » C’est-à-dire que, après la passion, il a été exalté, et déclaré d’autant plus excellent que tous les anges que la gloire du Fils de Dieu est plus éloignée de la condition de l’esclave, On peut aussi avec saint Cyrille, (livre 8, thes, chap 2), penser que ce « fait meilleur » signifie plus honoré, ou plus estimé. Comme on dit : je fais plus de cas d’un homme honnête que d’un riche, d’un ange que d’un homme etc.

CHAPITRE 19 : Réponse au sixième argument.

Dernière objection. « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ». Comme le Seigneur lui-même l’a dit, au témoigne des actes des apôtres 20, et on peut le démontrer par des raisonnements. Car, donner est le propre du riche et du parfait; recevoir, le propre de l’indigent et de l’imparfait. Mais le Père donne, et le Fils reçoit. Car c’est le Père qui a donné au Fils tout pouvoir (Matt vers la fin) : « Tout pouvoir m’a été donné ». Il lui a donné la vie (Jean 5) : « Il a donné aussi au Fils d’avoir la vie en lui-même ». Au même endroit, il lui a donné la sagesse : « Le Père aime le Fils et lui montre tout ». Et Jean 15 : « Tout ce que j’ai entendu de mon Père je vous l’ai fait connaître ». Enfin, il a tout du Père (Matt 11) : « Tout m’a été livré par le Père ». Le Père et le Fils ne sont donc pas égaux, et ils sont encore moins un seul Dieu.

Ne sera pas satisfaisante la réponse de ceux qui diront que le Père a tout donné au Fils, mais naturellement et nécessairement, non librement et gratuitement. Car il est plus beau de donner que de recevoir seulement quand on donne librement. Que celui qui donne naturellement est plus parfait que celui qui reçoit, nous l’enseignent la forme et de la matière, le ciel et la terre, et les choses semblables. Les ariens ajoutaient que le Fils a tout ce qu’a le Père, mais pas absolument tout. Car le Fils dit, en Mat 20 : S’assoir à ma droite ou à ma gauche ce n’est pas à moi de le donner, mais à ceux pour qui le Père l’a préparé.»

Je réponds qu’il est seulement plus beau de donner que de recevoir quand celui qui reçoit est en puissance à recevoir, et est donc indigent et imparfait. Or, le Fils de Dieu a accepté la vie comme n’ayant jamais été non vivant. Il reçut aussi la sagesse et la puissance sans avoir jamais été infirme ou ignorant. Car, toutes ces choses-là, c’est en naissant qu’il il les a acceptées. Or, c’est de toute éternité qu’il est né et qu’il est parfait. Saint Augustin (dans son livre contre Maximin, chapitre 4) : « Il est plus beau de donner que de recevoir, mais dans cette vie où se trouve le besoin ou la pauvreté, et où la satiété et la richesse sont meilleures ». Voyez saint Augustin et saint Jean Chrysostome au chap 5 de saint Jean. où ils expliquent que le Père montre au Fils non en enseignant, mais en naissant. On dit que le Père montre et que le Fils entend parce que, en communiquant son essence, le Père communique sa science.

Pour la confirmation venant de Matt 20, je dis, avec saint Jérôme, saint Jean Chrysostome et saint Cyrille (livre 10, thes chap 5) que ce que le Christ a voulu dire c’est : ce n’est pas à moi, qui suis juste et sage, de vous donner les premiers sièges, pour la raison que vous êtes mes confidents ou mes amis, car c’est à ceux qui les mériteront qu’ils seront donnés. De toute éternité le Père les a préparés pour ceux-là, et cette prédestination n’a pas été faite sans le Verbe et le Saint-Esprit. Mais, tu diras que ceux-là l’ont mérité, car le Seigneur a dit : « Pouvez-vous boire le calice » Ils répondirent : nous le pouvons. Et Jésus reprit : « Vous boirez le calice, mais siéger .. » Je réponds qu’en buvant le calice ils ont mérité le ciel, mais non nécessairement les premières places. Et que tout appartienne absolument en commun au Père et au Fils, l’évangile nous l’enseigne en Jean 16 : « Tout ce que le Père a est à moi ». Et au chapitre 17 : « Tout ce qui est à toi est à moi ».

CHAPITRE 20 : Réponse aux objections contre la divinité du Saint-Esprit

Les transylvaniens (livre 2 chapitre 5) n’opposent à la divinité du Saint-Esprit que le fait que l’Écriture ne lui donne jamais le nom de Dieu ou de Seigneur, à la suite des anciens ariens leurs prédécesseurs, au témoignage de saint Grégoire de Naziance (livre 5 de la théologie). Mais il est facile de leur répondre, car il est faux qu’on ne l’appelle jamais Dieu, puisque nous lisons dans les actes des apôtres 5 : « Ananie, pourquoi le diable a-t-il tenté ton cœur, pour te faire mentir à l’Esprit Saint ? Ce n’est pas aux hommes que tu as menti, mais à Dieu ». Et aux Corinth 1, 6 : « Vos membres sont le temple du Saint-Esprit. » Et un peu plus bas : « Glorifiez donc et portez Dieu dans votre corps ». Et de plus, même si le nom de Dieu ne se trouvait pas dans l’Écriture, ne suffit-il pas, pour prouver que l’Esprit est Dieu, de constater qu’on lui attribue des œuvres que Dieu seul peut faire ? Et que penser de ce que l’Écriture n’ait dit jamais que l’Esprit Saint est une créature ? Ce qui n’enlève pas à nos adversaires l’audace de lui donner ce nom.

Les anciens ariens reprochaient certains textes de l’Écriture auxquels les Pères ont su donner une explication satisfaisante. Première objection, un texte d’Amos : « C’est moi qui confirme par le tonnerre, et qui crée l’esprit. » Saint Basile a répondu qu’en ce passage, le mot esprit signifiait souffle, comme dans le psaume 148 : « Le souffle ou le vent des tempêtes ». C’est de la même manière qu’entendent ce passage saint Jérôme, Théodoret et Rupert. Deuxième objection, Rom 8 : « L’Esprit demande pour nous dans des gémissements inénarrables ». Saint Augustin répond contre Maximin, tantôt dans la collation, tantôt à 13, pas loin du début, par ces mots : «Comprends le sens de la phrase, et tu éviteras le blasphème. Il dit que l’Esprit demande pour nous afin que nous comprenions qu’il nous fait demander par des gémissements inénarrables.. De même, dans un autre endroit, l’apôtre dit qu’il crie abba, Père. Et quand il dit, dans un autre lieu, « dans lequel nous crions abba Père », il explique ce que veut dire « criant abba Père ».en disant « dans lequel nous crions ». Qu’est donc « criant » sinon « faisant crier » ? Saint Jean Chrysostome (homélie 14 sur l’épitre aux Romains) enseigne que par « l’Esprit saint criant » nous devons entendre le don d’oraison par lequel l’âme s’écrie et gémit.

Troisième objection, Joël 2 : « Je répandrai de mon Esprit. » Jean 15 : « Quand viendra l’Esprit de Vérité que je vous enverrai de la part du Père. » Car, comme le rapporte saint Augustin (livre 2 de la trinité, chapitre 5), les ariens enseignaient que celui qui est envoyé est inférieur à celui qui envoie. Et comme ils lisaient que le Fils a été envoyé par le Père et le saint Esprit par le Père et le Fils, ils en concluaient que le Fils était inférieur au Père, et le Saint-Esprit, inférieur aux deux autres. Saint Augustin répondait que ce n’est pas n’importe laquelle mission qui marque la supériorité de celui qui envoie, mais seulement celle qui se fait sous forme de commandement. Or, le Fils et le Saint Esprit, ce n’est pas sous forme de commandement qu’on dit qu’ils ont été envoyés, mais seulement parce que le Fils procède du Père, et le Saint-Esprit du Père et du Fils. De plus, le Fils et le Saint-Esprit commencèrent à un moment donné du temps et d’une nouvelle manière, à être présents aux créatures sous une forme manifeste et visible. Car le Fils apparut dans la chair, et l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe, et plus tard, dans des langues de feu. Cette manifestation visible d’une personne invisible ,procédant d’une autre, est appelée mission dans l’Écriture. Cette mission ne porte aucune atteinte à la divinité du Fils ou de l’Esprit Saint, car, comme le dit si bien saint Augustin, l’un et l’autre sont envoyés dans un lieu où ils étaient auparavant dans leur majesté invisible. Car, du Fils, il est dit : « Il était dans le monde, et le monde ne l’a pas connu ». Et ensuite : « Il vint chez lui ». Et il est dit du Saint Esprit dans le psaume 138 : « Où irai-je loin de ton Esprit ? ».

Quatrième objection, Jean 1 : « Tout a été fait par lui ». Saint Jean Chrysostome répond (dans son homélie 4 sur saint Jean) que l’évangéliste a ajouté tout de suite après : « Et sans lui rien n’a été fait de ce qui a été fait », afin d’exclure l’objection des ariens, et de nous faire comprendre que les seules choses faites par le Verbe sont celles qui ont été créées. Saint Cyrille et saint Augustin lisent, eux : « Et sans lui rien n’a été fait. Ce qui a été fait avait en lui la vie etc » Et ils répondent aux ariens : il n’y a aucun doute possible que saint Jean parle ici des créatures, puisqu’il dit que tout a été « fait » par lui. Autrement, même le Père devrait avoir été fait par le Verbe si tout ce qui est doit avoir été fait par le Verbe.

Dernière objection, le raisonnement suivant. Il y a deux façons d’agir : par la nature ou par l’art. Car, par la nature des fils sont engendrés, et par l’art des œuvres sont produites. Or, seul le Verbe a été produit par le Père selon le mode naturel, puisqu’il est Fils unique. Le Saint Esprit procède donc selon le mode de l’art, et est donc un produit artisanal. Nous répondons que le mode d’agir selon la nature est double dans les êtres qui sont dotés d’esprit et d’intelligence, l’un par l’intelligence, l’autre par la volonté. Car l’intelligence produit naturellement une idée, et la volonté un amour. Mais la différence qu’il y a entre Dieu et la créature consiste en ceci qu’en connaissant et en aimant, Dieu produit une substance, alors que la créature ne produit qu’un accident. De là vient que le Verbe et l’Esprit Saint soient de véritables hypostases, tandis que ce que produisent notre intelligence et notre volonté ne peut pas être appelé hypostases. Mais, de cela nous parlerons plus abondamment dans le livre suivant, si le Seigneur nous vient en aide.

[31mai2017 20h21 fin]

fin livre 1.

Fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin : JesusMarie.com, France, Paris, juillet 2017.

Saint Robert Bellarmin Les Controverses_Le_Christ_livre 2

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Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps

Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos. télécharger Livre 2 : Distinction personnelle entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit

CHAPITRE 1 : La distinction des personnes dans la même essence

CHAPITRE 2 : Les noms que nous employons pour expliquer ce mystère

CHAPITRE 3 : L’essence (ousia) et le consubstantiel (omousios)

CHAPITRE 4 : Hypostase et substance

CHAPITRE 5 : Les autres mots

CHAPITRE 6 : On montre la distinction des personnes

CHAPITRE 7 Réfutation du premier argument contre la distinction des personnes dans la même essence.

CHAPITRE 8 : Réfutation du 2e argument

CHAPITRE 9 : Réfutation du 3e argument

CHAPITRE 10 : Réfutation du 4e argument

CHAPITRE 11 : Réfutation du 5e argument

CHAPITRE 12 : Réfutation du 6e argument

CHAPITRE 13 : Réfutation du 7e argument

CHAPITRE 14 : Réfutation du 8e argument

CHAPITRE 15 : Réfutation du 9e argument

CHAPITRE 16 : Réfutation du 10e argument

CHAPITRE 17 : Réfutation du 11e argument

CHAPITRE 18: Réfutation du 12e argument

CHAPITRE 19 : Le Fils de Dieu est-il un auto-Dieu ?

CHAPITRE 20 : La procession du Saint-Esprit

CHAPITRE 21 : L’origine de cette hérésie

CHAPITRE 22 : On montre par l’Écriture que l’Esprit-Saint procède du Fils.

CHAPITRE 23 : On le prouve aussi par les témoignages des conciles

Chapitre 24 : On le prouve à partir des pères latins

CHAPITRE 25 : On prouve la même chose avec les pères grecs

CHAPITRE 26 : On le confirme par la raison

CHAPITRE 27 : Réfutation des objections des Grecs

29 juin 2017 à 19:38 début

CHAPITRE 28 : On démontre qu’on a eu raison d’ajouter « et du Fils »

CHAPITRE 29 : On répond aux objections des Grecs

CHAPITRE 30 : On conclut la dispute par un témoignage divin.

29 juin 2017 à 19:38 fin

Tome 1 : Les règles de la foi : trois controverses générales :

1ere Controverse : la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition (4 livres)

2eme Controverse : le Christ, Tête de l’Église (5 livres)

Livre 1 : Divinité du Christ. (20 chap., p.11 pdf latin)

Livre 2 : Distinction personnelle entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit .(30 chap., p.57 pdf latin)

Livre 3 : Nature humaine et Incarnation du Christ (20 chap., p.92 pdf latin)

Livre 4 : L’âme du Christ et sa descente aux enfers. (16 chap., p.124 pdf latin)

Livre 5 : Médiation et Mérite du Christ. (10 chap., p.145 pdf latin)

3eme Controverse : le souverain pontife, pouvoir spirituel et temporel (5 livres)

[12 juin 2017, 19h51 début] livre 2, chap. 1 – 18

Livre 2 : Distinction personnelle entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit

CHAPITRE 1 : La distinction des personnes dans la même essence

Jusqu’à présent, nous avons montré que le vrai Dieu est non seulement le Père, mais le Fils et le Saint-Esprit. Il nous faut maintenant démontrer que ces trois, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, sont trois suppôts, et non trois noms, ou des êtres de raison. Il faut traiter ce sujet à cause des adversaires, les nouveaux ariens et les nouveaux samosatiens.

Car, si Valentin Gentilis et ses adeptes admettent avec Arius que le Père, le Fils et le Saint Esprit sont trois réalités distinctes, ils ne reconnaissent pourtant pas en Dieu une distinction intrinsèque, qui fait en sorte que la même essence soit dans les trois. Et, en conséquence, ils ne veulent pas dire que le Père est la première personne. Ils disent plutôt que la première personne est une personne sophistique, et ce qui est encore plus horrible, diabolique, comme nous le révèle le livre d’histoire de Benoit Aretus, qui relate le supplice de Valentin Gentilis. Et pour la même raison, ils se moquent des noms essence, personne, relation, propriété etc.

Les transylvaniens, eux, reconnaissent que le Père est distinct du Christ, mais c’est en faisant du Christ un pur homme. Avant l’incarnation, toutefois, ils ne reconnaissent en Dieu aucune distinction, comme ils l’enseignent (livre 2, chapitre 4) en disant que le Verbe et l’Esprit Saint dont parlent les Écritures de l’ancien testament, sont des puissances ou des vertus du Père, qui ne sont pas distinctes de sa personne par la relation ou la propriété. Eux aussi, le seul honneur qu’ils donnent à ces noms, ce sont des risées et des moqueries.

Quant à nous, nous disserterons d’abord de ces noms, et nous montrerons qu’ils ont été tirés de l’Écriture et des pères les plus anciens. Nous prouverons ensuite que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont vraiment trois réalités distinctes, tout en n’étant qu’un seul Dieu, comme nous l’avons montré au livre précédent. Enfin, nous réfuterons quelques objections faites à ce mystère ineffable d’un Dieu unique dans trois personnes réellement distinctes. En quatrième lieu, nous discuterons en particulier de la distinction qui existe entre le Père et le Fils, à cause de ceux qui disent que le Fils est un Dieu autonome. Cinquièmement, de la distinction qu’il y a entre le Fils et le Saint-Esprit, ou ce qui est la même chose, que le Saint-Esprit procède du Fils.

CHAPITRE 2 : Les noms que nous employons pour expliquer ce mystère

Voici quels sont ces noms : essence, consubstantiel, hypostase, substance,

personne, propriété, relation, notion, la circumincession, la trinité. Sur ces mots nous aurons deux choses à dire. Nous rapporterons ce que leur reprochent les transylvaniens (livre 2, chap 9), ensuite nous les expliquerons en ordre, un par un. Voici d’abord ce qu’ils disent : ces mots, tout profanes qu’ils soient, nous les retiendrons pour cinq raisons. D’abord parce qu’ils son utiles pour combattre les hérétiques; ensuite parce que les pères les ont utilisés. Autre raison : non pour dire quelque chose, mais pour ne pas nous taire, Autre raison : parce qu’ils sont utiles pour expliquer les mystères de l’Écriture. Autre raison : même si on ne les trouve pas dans l’Écriture, on les trouve en germe et dans des mots similaires. Enfin, ces raisons qu’ils s’étaient présentées à eux-mêmes, ils les réfutent.

À la première raison, ils répondent qu’on ne peut pas faire un mal pour qu’il en résulte un bien. Et qu’ensuite, les hérétiques que n’ont pas convaincus les Écritures le seront encore moins par ces mots non scripturaires. Mais ils n’exposent pas correctement la position des catholiques, car nous ne disons pas que c’est par ces mots que sont combattus les hérétiques, mais que c’est par eux qu’ils sont condamnés et exclus de l’Église. Car les nouvelles hérésies nous forcent à trouver de nouveaux mots, pour établir une claire distinction entre la foi et les hérésies, et pour que les catholiques sachent ce qu’ils doivent croire. Voir saint Augustin (traité 97 sur saint Jean) où il montre qu’il faut fuir les nouveautés profanes des mots, mais non les nouveaux mots eux-mêmes, qui ont été sélectionnés pour lutter contre de nouvelles hérésies.

À la deuxième raison, ils répondent qu’il faudra donc accepter toutes les erreurs des pères. Mais nous nions cette conclusion, car les pères n’errent jamais tous ensemble, même s’il arrive parfois à l’un d’entre eux d’errer. Nous suivons les pères, nous, quand ils enseignent quelque chose tous ensemble, non quand ils soutiennent des idées particulières qui sont contredites par les autres. Exemple, Nous ne suivons pas saint Cyprien quand il enseigne qu’un baptême donné par un hérétique est invalide, car nous savons très bien que les autres docteurs n’étaient pas d’accord avec saint Cyprien sur ce sujet. Et pourtant nous suivons saint Cyprien quand il enseigne que le Christ est le vrai Dieu, car les Pères enseignent tous cela à l’unanimité.

À la troisième raison, ils répondent qu’il est ridicule de parler pour ne rien dire. Mais ils n’ont pas compris le véritable sens des paroles de saint Augustin (livre 4 de la trinité, chapitre 9) quand il a écrit : « on dit trois personnes en Dieu, non pour dire quelque chose, mais pour ne pas se taire ». Ce que saint Augustin voulait dire, c’est qu’il n’existe aucun mot capable d’expliquer suffisamment ce que sont ces trois. On emploie quand même le mot personnes, non pour exprimer parfaitement ce qu’elles sont en elles-mêmes et ce qu’elles valent, mais pour que nous ne soyons pas condamnés au silence quand on nous demande : qu’est-ce que c’est que ces trois ?

À la quatrième raison, ils répondent que ces noms sont exotiques et fort obscurs, et qu’ils ne servent donc à rien pour l’explication de ce mystère. Mais que cela soit faux nous le démontrerons quand nous parlerons de chacun d’entre eux. On ne peut certainement pas appeler exotiques des noms que l’Église catholique a utilisés pendant tant de siècles. À la cinquième raison, ils répondent en niant que soient présents dans l’Écriture des synonymes de ces mots, ou des expressions équivalentes.

CHAPITRE 3 : L’essence (ousia) et le consubstantiel (omousios)

Le premier mot « essence », ousia en grec, est un mot que nous trouvons dans l’Écriture en Luc 15. C’est là que le cadet demande à son père une part de la « substance » (ousias en grec). Le mot ousias, dans ce texte, signifiait les richesses paternelles. Quelles sont les richesses de Dieu si ce n’est sa propre divinité, laquelle est le bien suprême et infini ? Mais parce que dans ce passage, ce n’est pas la nature de Dieu qu’on appelle « ousia », Épiphane a eu raison de dire (hérésie 73) : « Nous n’avons le mot essence au sens propre, ni dans l’ancien testament, ni dans le nouveau, mais nous trouvons partout ce qu’il signifie ». Oui, si ce mot ne se trouve pas dans l’Écriture, nous avons des synonymes. Car, dans Romains 1, on dit de Dieu : « Éternelle est sa puissance et sa divinité ». En grec : thèiôtès (divinité). Mais qu’est-ce que thèiôtès si ce n’est ousia tou theou (essence de Dieu) ? De même Phip 2 : on trouve « participants à la nature divine », en grec : theias phuséôs (nature divine). Or, l’essence et la nature sont une seule et même chose.

De plus, nous avons le nom lui-même de l’essence (ousias) dans sa racine. Car l’essence vient de « esse » (être), et est la forme abstraite du mot qui, au concret, se dit être. Or, le mot « étant » (ens) et le mot être (esse) sont dits de Dieu dans l’Écriture. Exode 3 : « Je suis celui qui suis », « Celui qui est m’a envoyé à vous ». En grec o ön. Si, dans les Écritures, Dieu est appelé l’être, pourquoi ne pourrait-on pas appeler essence sa nature ? A ce raisonnement, les transylvaniens donnent une réponse risible. Ils disent qu’on peut appeler Dieu « être », mais non « essence », car si on appelait un homme humanité, on ne ferait qu’en rire. Mais ne se rendent-ils pas compte que Dieu est tout à fait simple, et que, pour cette raison, on peut lui appliquer autant les mots concrets que les abstraits ! Car, dans l’Écriture, Dieu est appelé indifféremment vrai et vérité, sage et sagesse, juste et justice. Qu’est-ce qui nous empêche donc de dire, de la même façon, être et essence ? Mais nous ne prétendons pas que l’on puisse donner à Dieu le nom d’essence tout court, mais seulement le nom d’essence qui s’applique à la nature divine, Ce véritable sens n’est pas étranger à l’Écriture, et n’a pas à être répudié comme absurde. C’est de ce mot que vient : omousios, c’est-à-dire de la même essence, mot que détestent grandement les ariens anciens et nouveaux, et parce qu’il n’est pas dans l’Écriture, et parce qu’il leur semblait nouveau. Et pourtant, quand cela faisait leur affaire, ils employaient des mots tout aussi nouveaux, et qu’on ne trouve dans aucune Écriture, comme eterousios (d’une autre essence), et omoiousios, c’est-à-dire d’une nature semblable (mais non égale).

C’est de deux façons que les pères ont réfuté la première calomnie. Ils démontrèrent d’abord que ce mot ne doit pas être rejeté sous prétexte qu’il n’existe pas dans l’Écriture, puisque son sens s’y trouve. Le Seigneur dit en Jean 10 : « Moi et le Père nous sommes une seule chose. » (un seul être). C’est ce qu’a répondu saint Augustin (dans son traité 97 sur Jean, et dans sa dispute avec Pascentius). Et d’abord, saint Ambroise (livre 3 de la foi chapitre 7), prouve que ce nom n’est pas étranger à l’Écriture, parce qu’elle se sert d’expressions semblables. Car le Seigneur a dit dans Luc 6 : ton arton èmôn epiousion. Et Moïse, Deutéronome (6, 14 et 26) appelle les fils d’Israël : laon periousion. Ces mots sont tout à fait semblables : omoiousios, epiousios, et tepiousios, comme en latin super substantiel et consubstantiel. Saint Cyrille (dans le livre 1 de la trinité) prouve que homousion n’est pas étranger à l’Écriture, puisqu’il est tiré de ousia, et que ousia est tiré de ontos. Et il donne pour preuve le passage de l’Exode 3 : « Je suis o ôn. »

Les pères ont réfuté une autre calomnie sur la nouveauté de ce nom, car ils purent démontrer qu’il n’a pas été inventé au concile de Nicée, comme les ariens le leur reprochaient, mais qu’il était autrefois en usage. Car Denys l’alexandrin dans son apologie à Denys le romain (comme le rapporte saint Athanase dans sa lettre sur Denys), reconnait avoir employé ce mot qui, bien que non présent dans les Écritures, est conforme à ce qui en est dit du Père et du Fils. Et ce même Athanase, dans son livre sur le décret du concile de Nicée, proteste que les Ariens se plaignent sans raison d’un mot employé autant par Denys l’alexandrin que par Denys le romain. Et de nouveau, dans son livre sur le synode d’Arménie et de Séleucie, il dit qu’on n’a inventé aucun nouveau mot, mais qu’on s’est servi de mots employés par les pères. Théodoret également (dans le livre 1 de son histoire chap 12 13), prouve que ce vocable n’est pas nouveau, en apportant le témoignage d’Eusèbe de Césarée qui, quoique arien de cœur, reconnaissait que des pères anciens et illustres avaient utilisé ce mot.

Saint Ambroise (livre 3 de la foi, chap 7), raconte que les Pères du concile de Nicée ont emprunté ce mot à l’hérétique arien Eusèbe de Nicomédie, qui avait écrit dans une lettre : « Si nous disons que le Verbe est le vrai Fils de Dieu et incréé, nous commencerons à confesser qu’il est consubstantiel (homousion) au Père. » Saint Ambroise poursuit : « Quand cette lettre fut lue au concile de Nicée, les pères ont mis dans le symbole de la foi ce mot qui semblait si redoutable aux adversaires ». Voyez donc avec quelle impudence les ariens se plaignent d’un mot qu’ils avaient eux-mêmes usurpé. Ce qui nous permet aussi de réfuter le mensonge des transylvaniens qui enseignent (dans le livre 1, chap 3) que le concile de Nicée a introduit un second Dieu, coessentiel au Père, un Dieu donc, récent, et inconnu des pères.

Il y a deux remarques à faire au sujet de ce nom. La première remarque. Ce mot ne déplut pas seulement aux ariens, mais même à certains catholiques qui se souvenaient que les pères du concile d’Antioche avaient, en combattant Paul de Samosate, nié que le Fils était homousion (consubstantiel). Mais cela s’était passé avant l’hérésie arienne. Saint Athanase leur opposa l’autorité du pape saint Denys et de Denys l’Alexandrie, qui étaient plus anciens que le concile d’Antioche, et qui avaient employé le mot homousion. Il finit par gagner à sa cause les opposants en expliquant que les pères du concile d’Antioche avaient nier que Fils était homousion au sens que lui donnait Paul de samosate, et non en condamnant le nom en lui-même.. Car Paul de samosate entendait corporellement ce mot, comme s’il signifiait que le Fils est consubstantiel au Père comme un homme est consubstantiel à un homme : deux substances donc dans une seule espèce. Saint Hilaire de Poitiers en parle lui aussi dans son livre sur les synodes : « Paul de Samosate a mal confessé le homousion, mais les ariens ont-ils mieux fait en le niant ? Ce que quatre-vingt évêques avaient autrefois rejeté, trois cent dix-huit l’ont reçu récemment. Ce que ces quatre-vingt ont réprouvé contre un hérétique, les huit cent n’ont-ils pas pu l’approuver contre un hérétique ? Si en approuvant et en réprouvant, les deux ont défini la même chose, pourquoi vouloir renverser ce qui a été bien statué ? »

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