Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 44)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Tu diras qu’il n’est pas nécessaire que l’exemplaire soit la cause active de l’image, la ressemblance seule suffisant, comme on le voit dans les statues. Je réponds que dans les choses faites par un artisan ou un artiste, l’exemplaire n’est pas une cause active, comme il l’est dans une production naturelle. Mais il coïncide quand même avec le principe actif, comme on le voit clairement en toutes choses, Car toutes les choses qui agissent naturellement produisent des effets à la ressemblance de leur propre forme. Comme le Saint-Esprit n’est pas produit librement mais naturellement, le principe actif et l’exemplaire sont semblables, dans son cas.

Le second des grecs est saint Athanase, qui s’exprime ainsi dans le symbole : « L’Esprit Saint qui n’est ni fait, ni créé, ni engendré par le Père et le Fils, mais qui (en) procède. » On peut dire deux choses sur ce témoignage. D’abord que ce texte n’est pas de saint Athanase. Mais cela serait réfuté par saint Grégoire de Naziance (dans son discours de louanges d’Athanase), qui affirme que saint Athanase a composé une confession de foi parfaite que tout l’orient et l’occident vénèrent. Cela serait réfuté aussi par saint Augustin qui, nommant par son nom l’évêque d’Alexandrie en commentant le psaume 120, cite au complet le passage de ce symbole; et qui, sans nommer Athanase, fait usage de phrase entières de ce symbole, en les présentant comme archi connues dans l’Église ( livre 5 de la trinité, chap 8, épitre 174 à Pascent, enchiridion chap 36, et sermon 295. sur letemps ». On peut prétendre ensuite que ces mots ont été ajoutés par les Latins. Mais on ne peut même pas dire cela, car on trouve cette préposition dans les symboles grecs. Et dans le concile de Tolède 4, chap 1, on a récité une confession tirée presque mot à mot de ce symbole, où l’on lit « du Père et du Fils ». Ce concile a été célébré autour de l’année 633, et donc avant le schisme de Grecs. Ajoutons que Gennadius Scolarius (dans son livre sur la défense du concile de Florence chap 1, sect 5) dit que les Grecs de son temps avaient coutume d’affirmer qu’Athanase était ivre quand il écrivit cela.

Une seconde citation de saint Athanase (sermon 4, contre les ariens, loin avant le milieu, fol 233) : « Nous n’introduisons pas trois principes ou trois pères, comme les Marcionistes. Nous ne présentons donc pas l’image de trois soleils, mais d’un soleil, de sa splendeur, et de la lumière unique qui vient des deux. » Tu vois clairement qu’il y en a trois : le soleil, sa splendeur, et la lumière qui procède de l’un et de l’autre. Je ne pense pas qu’on puisse douter que par soleil, saint Athanase n’entende le Père, par splendeur le Fils, et par la lumière qui procède de l’un et de l’autre, le Saint-Esprit. Que peut-on répondre à cela, je le demande ?

La troisième citation de saint Athanase (vers la fin de la réfutation de Melèce l’hypocrite) : « Il serait impossible de faire entrer l’Esprit-Saint dans la gloire de la trinité, s’il n’émanait pas de Dieu par le Fils, mais avait été fait par Dieu à la manière des créatures, comme ils le pensent ». Notons que saint Athanase n’a pas dit « du Père » par le Fils, de peur que les Grecs plus récents ne disent que le Fils a été mentionné pour indiquer la relation. Non. Il a dit : « De Dieu par le Fils ». Ils ne peuvent pas non plus rapporter cela à la mission auprès des créatures, puisque cette émanation s’oppose à la création.

La quatrième citation provient de la très longue épitre à Sérapion, où il démontre, contre les macédoniens, qu’on ne peut, en aucune façon, prouver que l’Esprit-Saint est une créature, si le Fils n’est pas une créature. Et c’est ce qu’il explique dans toute sa lettre. Il prouve la même chose par le raisonnement suivant, qu’il présente de différentes façons dans toute l’épitre. Le même ordre et la même union existent entre eux. Il y a entre l’Esprit-Saint et le Fils, le même rang (ordre) et la même union que ceux que l’on trouve entre le Père et le Fils. On peut dire alors que parce qu’il est de Dieu, le Fils est Dieu comme le Père; et parce qu’il est de Dieu Fils, le Saint-Esprit est Dieu comme le Fils. Ou, si l’Esprit-Saint n’est pas Dieu, le Fils ne le sera donc pas; et si le Fils n’est pas Dieu, le Père ne le sera pas non plus. « Donc, comme l’Esprit-Saint a la même dignité, et la même nature que le Fils a du Père, qui pourra empêcher que celui qui considère le Saint-Esprit comme une créature, ne pense la même chose du Fils ? Car si on dit que le Saint-Esprit est une créature du Fils, il faudra nécessairement en conclure que le Verbe de Dieu est une créature ». Saint Athanase est tellement certain que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils qu’il se sert de cette vérité, comme d’un principe très certain et très connu, pour affirmer (ce dont doutaient quelques-uns,) que l’Esprit-Saint est Dieu.

Ils peuvent répondre que la relation (l’ordre) de l’Esprit-Saint au Fils et du Fils au Père consiste en ceci que comme le Père envoie le Fils aux créatures, ainsi le Fils envoie l’Esprit-Saint aux créatures. Mais on ne peut pas dire cela, à moins que, par mission aux créatures, on entende une vraie procession selon l’être. Car, autrement, l’argument de saint Athanase ne vaudrait pas plus que l’argument suivant. Dieu envoie des anges, donc, ou les anges ne sont pas des créatures, ou Dieu est une créature. Cet argument ne vaut rien parce que la mission divine des anges auprès des créatures n’inclut pas une procession éternelle des anges de la substance divine elle-même. Si l’Esprit-Saint est envoyé par le Christ aux créatures, sans procéder substantiellement du Fils et du Père, il n’est donc pas envoyé autrement que ne sont envoyés les anges. Et nous pouvons tirer de cela la conclusion qu’il n’est pas Dieu; que le Fils n’est pas Dieu, comme le faisait saint Athanase. Si donc saint Athanase parlait de la mission auprès des créatures, il n’aurait pas dit « si l’Esprit-Saint est une créature du Fils », car ces mots se rapportent à une production, non à une mission. Mais saint Athanase affirme que le Saint-Esprit a été produit par le Fils, mais non pas créé à partir du néant.

Il dit ensuite au folio suivant : « Il est aussi image du Fils, et il est dit Esprit ». Et plus bas : « Si, parce qu’il est de Dieu et du Père, le Fils est de la propre substance du Père, il est nécessaire que le Saint-Esprit soit de la substance propre du Fils, puisqu’il est dit de Dieu ». Il est évident que quand saint Athanase dit que l’Esprit est « de Dieu », il veut dire de Dieu Fils, autrement la conclusion serait sans valeur. Donc, cette façon d’être, qui est propre au Fils en tant que Fils, est propre au Père, parce qu’elle est du Père. Nous avons encore deux épitres plus brèves au même Sérapion, où il dit la même chose en d’autres mots.

L’autre père grec est saint Basile, que les Grecs estiment plus que tous les autres. Voici ce qu’il dit (dans le livre 2 contre Eunome, vers la fin) : « Rien n’a été laissé par tous dans l’obscurité. Il n’est rien qui ne soit produit par le Père sans aucune opération du Fils; et il n’y a rien dans la nature des choses qui soit présent au Fils et étranger au Père. Car le Fils a dit : tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi. Comment donc attribuer au seul Fils unique la cause du Saint-Esprit ? » Il est certain qu’en prouvant que le Fils n’est pas la seule cause du Saint-Esprit, mais que le Père l’est aussi (parce que tout ce qu’a le Fils le Père l’a), saint Basile enseigne également, ou au moins présuppose, que le Fils est la cause du Saint-Esprit, pour parler comme les Grecs. Cette cause ne peut pas, non plus, être référée aux dons du Saint-Esprit, car l’auteur écrit contre Eunome qui n’en voulait pas aux dons de Dieu, mais à la substance de l’Esprit-Saint, et n’acceptait pour cause du Saint-Esprit que le Verbe de Dieu.

Voici un autre passage de saint Basile (livre 3 contre Eunome, vers le début) : « Pourquoi serait-il nécessaire que, parce qu’il est troisième par le rang, ou la dignité, l’Esprit-Saint soit le troisième par la nature ? C’est que la dignité qu’il possède est celle du Fils, puisque c’est de lui qu’il a l’être, et que c’est de cette cause qu’il dépend. C’est ce que transmet la pensée pieuse. Qu’il soit troisième en nature, nous n’avons jamais appris cela des saintes lettres, et nous ne pouvons pas le déduire des enseignements de ceux qui nous ont précédés ».

Au concile de Florence, (session 20), les Grecs ont objecté que ce passage avait été corrompu, qu’il ne se trouvait pas dans tous les codex, mais seulement dans certains. Et dans le texte grec édité à Bâle en 1551, sont absents les mots suivants dans lesquels se trouve toute la force de l’argumentation: « comme c’est de lui qu’il a l’être, et qu’il dépend de lui comme de sa cause ». Mais les latins leur répondirent que le codex grec avait pu avoir été corrompu par eux-mêmes; et ils leur montrèrent un codex très ancien, écrit avant les années 600. Il contenait bel et bien, en entier, la phrase incriminée.

De plus, le contexte nous fait comprendre ou que ces mots devaient être présents dans le texte, ou tout au moins leur sens. Car c’est ainsi qu’il continue : « Car, comme le Fils est second par le rang parce qu’il est de lui, et second aussi en dignité parce que le Père est l’origine et la cause de son être, mais nullement second en nature, parce qu’en l’un et l’autre est la déité unique, de la même façon, même si l’Esprit-Saint est, selon la dignité et le rang, second par rapport au Fils, il ne s’ensuit pas qu’il soit d’une nature étrangère ». Et tout cela est dans le grec mot pour mot. Réfléchissez au raisonnement de saint Basile, je vous prie. Il dit que le Saint-Esprit est second par rapport au Fils d’après le rang et la dignité, mais non d’après la nature. Et il prouve cette affirmation en disant que comme le Fils est second par rapport au Père parce qu’il a l’être du Père, de la même façon l’Esprit-Saint est second par rapport au Fils. Or, si on n’ajoutait pas ou si on ne sous-entendait pas ce qui est dans nos codex, à savoir que l’Esprit-Saint a l’être du Fils comme le Fils l’a du Père, le raisonnement de saint Basile ne conclurait rien. Et on ne pourrait, en aucune façon, prouver que le Saint-Esprit est second par rapport au Fils, comme le Fils est second par rapport au Père.

La troisième citation (livre 5 contre Eunome, chap 8) nous montre que l’Esprit-Saint est « l’image vraie et naturelle de Dieu et du Christ ». Ce titre qu’il lui donne indique suffisamment que l’Esprit-Saint est du Père et du Fils. Car, comme nous l’avons déjà expliqué, n’est pas une image naturelle et vraie celle qui n’est pas produite par l’exemplaire lui-même.

La quatrième citation (même livre, chapitre 12). Voici quel est le titre de ce chapitre : « Comme se comporte le Fils par rapport au Père, ainsi se comporte le Saint-Esprit par rapport au Fils ». Et il continue ainsi : « Voilà pourquoi le Fils est le Verbe de Dieu, et l’Esprit-Saint est le verbe du Fils ». Comment donc peut-il dire que l’Esprit-Saint est le verbe du Fils, s’il ne procède pas de lui ? Ou comment le Saint-Esprit peut-il se comporter envers le Fils comme le Fils se comporte envers le Père, si le Fils procède du Père, mais l’Esprit-Saint ne procède pas du Fils ?

La cinquième citation (même livre, chap 12). Il se pose la question suivante : « Pourquoi l’Esprit-Saint n’est-il pas le fils du fils ? » Et il répond : « On ne dit pas qu’il n’est pas le fils du fils parce qu’il n’est pas de Dieu par le Fils, mais pour ne pas multiplier la trinité à l’infini ». Car si on disait que le Saint-Esprit est le fils du Fils, il semblerait logique que le Saint-Esprit ait aussi un fils, et que le fils du Saint-Esprit en ait un, et ce dernier de même, sans qu’il n’y ait de fin à l’engendrement divin.

Il y a quelques réflexions à faire sur ce texte. D’abord, le titre lui-même plaide en notre faveur. Car si le Saint-Esprit n’était que du seul Père, l’auteur n’aurait pas à se demander pourquoi on n’appelle pas le Saint-Esprit le fils du Fils. Comme personne ne se demande : Pourquoi n’appelle-t-on pas un frère fils du fils. Il n’existe, en effet, absolument rien, qui nous inciterait à poser une semblable question. Or, quand on se demande sérieusement pourquoi le Saint-Esprit ne s’appelle pas le fils du Fils, cela signifie qu’on admet implicitement au moins que le Saint-Esprit procède du Fils,

Il faut noter en second lieu que saint Athanase (dans Sérapion) et saint Basile (passage cité) ont attaché une grande importance à cette question. L’un et l’autre ont en eu des sueurs chaudes, et cela est même un argument de poids en notre faveur. Car ils pouvaient répondre tout simplement : il n’est pas le fils du Fils parce qu’il n’est pas de lui. Mais cela, ils ne l’ont jamais dit. Ils se sont contentés de déclarer qu’il s’agissait d’un mystère insondable, qu’il nous suffisait de savoir ce que nous avons à croire, et que nous n’avions pas à chercher le pourquoi et le comment de tout.

Il faut noter en troisième lieu que la réponse de saint Basile (non parce qu’il n’est pas de Dieu par le Fils) est un argument qui nous est favorable. Car si cette préposition « par » ne signifiait pas une cause, mais la préposition « avec », comme les Grecs le prétendent, les paroles de saint Basile seraient dépourvues de sens. Car si l’Esprit-Saint était de Dieu non « par » le Fils, mais « avec » le Fils, personne ne pourrait soupçonner qu’il est le fils du Fils, mais plutôt son frère. Notons enfin que la réponse de saint Basile a aussi le sens que le Saint-Esprit est du Fils, mais par un autre mode que la génération, Voilà pourquoi il n’est pas dit le fils du Fils etc.

Sixième citation (livre du Saint-Esprit, chap 17) : « Comme le Fils se comporte envers le Père, ainsi se comporte le Saint-Esprit envers le Fils ». Quelle relation y a-t-il entre le Père si ce n’est celle de producteur et de produit. Car le Père et le Fils sont absolument semblables, à l’exception que le Fils est du Père et que le Père n’est pas du Fils. Il n’y a donc entre l’Esprit-Saint et le Fils que cette seule distinction, à savoir que l’Esprit-Saint est du Fils et que le Fils n’est pas du Saint-Esprit.

Le quatrième auteur grec est saint Grégoire de Nysse, et il nous présentera trois témoignages. Un de ceux-là est cité par Gennadius (dans sa défense du concile de Florence, chap 1, et dans son homélie 4 sur l’oraison dominicale) : « On dit que l’Esprit-Saint est du Père, et on montre qu’il est aussi du Fils ». Gennadius dit que ce passage a été supprimé des codex grecs; et il est vrai qu’on ne le trouve pas dans les manuscrits qui nous sont parvenus.

Bessarion ajoute un autre témoignage (dans son discours, chap 6, livre 1, sur les livres de saint Grégoire de Nisse contre Eunome, livres que nous n’avons plus aujourd’hui en latin) : « L’Esprit-Saint est associé au Père du fait qu’ils sont incréés l’un et l’autre. Mais il se distingue du Père parce qu’il n’est pas le Père. Il est associé au Fils parce qu’ils sont tous les deux incréés, et parce que l’un et l’autre ont leur substance d’un premier principe. Mais il se distingue du Fils par sa propriété, laquelle est qu’il n’est pas produit par le Père comme fils unique, et qu’il est manifesté par le Fils lui-même ». Notons immédiatement que le mot « par » ne peut pas avoir ici le sens de « avec », car en tant qu’il procède du Père « avec » le Fils, l’Esprit-Saint ne se distingue pas du Fils, mais il est uni avec lui. Or, c’est de distinction qu’il s’agit ici. Notons en second lieu, que ce « manifesté » ne peut pas signifier le seul octroi de dons temporels, car, ce dont on parle ici, c’est de ce qui distingue les personnes l’une de l’autre. Or, les personnes se distinguent par leurs propriétés, antérieurement à toute mission externe de l’Esprit-Saint.

Le troisième témoignage se trouve dans le livre à Ablab :( « il ne faut pas dire trois dieux », vers la fin). Après avoir dit que l’unique nature de Dieu est très simple, il ajoute qu’ne faut pas, à cause de cela, confondre les personnes, mais les distinguer par le fait que l’une est de l’autre : « Quand nous considérons la différence entre la cause et le causé, nous ne nions pas que la seule différence que nous voyons entre les personnes est que nous croyons que l’une est la cause d’une autre, que l’autre est de la cause, et une autre de ce qui est de la cause. Nous considérons aussi une autre différence : quelque chose est du premier tout d’un coup et sans intermédiaire, une autre chose est par celui qui est subitement et sans intermédiaire. » Notons d’abord que des mots « par qui seul », on peut facilement déduire que le Fils est la cause ou le principe du Saint-Esprit. Car saint Grégoire de Nysse dit que la seule façon que nous ayons de distinguer les personnes est que l’une soit la cause de l’autre. Il suit de cela que si le Fils n’est pas la cause du Saint-Esprit, le Fils et le Saint-Esprit n’ont pas de quoi se distinguer l’un de l’autre. Les Grecs ne diront donc plus que l’Esprit-Saint est la cause du Fils, ni que l’Esprit-Saint ne se distingue pas du Fils, pour ne pas adorer une dualité au lieu de la trinité. S’ils ont foi en saint Grégoire de Nysse, ils sont forcés d’avouer que le Fils est la cause du Saint-Esprit.

Notons ensuite que par ces mots, (un qui est la cause, un autre qui est de la cause, et un autre qui est de celui qui est de la cause), on désigne les trois propriétés des trois personnes. Car le Père est la cause, le Fils est de la Cause, et le Saint-Esprit est de Celui qui est de la Cause, c’est-à-dire du Fils. Notons, en troisième lieu, que par ces mots (une autre différence encore), on ne présente pas une distinction spécifiquement différente de la précédente, car l’auteur se contredirait lui-même si, après avoir dit que les personnes ne se distinguent que parce que l’une est la cause de l’autre, il ajoutait ensuite une autre différence qui proviendrait d’ailleurs. Cette différence la voici : le Fils est immédiatement du seul Père, le Saint-Esprit l’est immédiatement par le Père, médiatement par le Fils. Il faut donner à cette phrase un sens raisonnable. Car le Saint-Esprit est du Père immédiatement et médiatement. Médiatement, du fait que, en tant que père, le Père le produit par le Fils, mais immédiatement aussi, du fait qu’il le produit de lui-même. La différence consiste donc en ceci que le Fils n’est pas du Père médiatement, mais immédiatement, et que le Saint-Esprit est, en quelque sorte, du père médiatement.

Le cinquième auteur est saint Grégoire de Naziance (oraison 5, la théologie, sur le Saint-Esprit). Il se demande ce qui manque à l’Esprit-Saint pour ne pas être un fils. Il répond ainsi ; « Il ne lui manque rien, car rien ne manque à Dieu. Pour dire le vrai, c’est la différence de leur relation mutuelle qui fait naître des noms différents. » Dans ce passage, saint Grégoire de Naziance donne pour cause de ce que l’Esprit Saint ne soit pas dit fils le fait qu’ils ont des relations différentes, voire même mutuellement opposées. » Il est certain que la seule explication qu’on puisse donner pour expliquer qu’il existe une relation mutuelle d’opposition entre le Saint-Esprit et le Fils, est que l’un est insufflé, et que l’autre insuffle. On ne peut pas répondre que le Fils se distingue du Saint-Esprit par les diverses relations qu’ils ont au père, mais non par celles qu’ils entre eux. Car, saint Grégoire dit clairement que l’Esprit-Saint n’est pas le Fils. Ce qui veut dire qu’il se distingue du Fils par la sorte de lien qui les unit, lequel est une relation d’opposition mutuelle.

De plus, il a écrit un peu plus bas. De la même manière, il ne manque rien au Fils du fait qu’il ne soit pas Père. Mais, il n’est pourtant pas Père, parce le Père et le Fils ont des relations opposées. Et un peu plus bas, il présente l’exemple d’Adam, d’Ève et de Seth : Adam n’est d’aucun homme, Ève de l’homme seul, et Seth, de l’un et l’autre. « Qu’était Adam ? Une créature de Dieu. Qu’était Ève ? Une côte de la créature. Qu’était Seth ? Un germe de l’un et de l’autre. » Comme saint Grégoire comparait ces trois êtres humains aux trois personnes divines, qui ne voit que le Fils est du Père, et le Saint-Esprit du Père et du Fils ?

Le sixième auteur est saint Cyrille de Jérusalem (septième catéchèse, avant le milieu). « Il n’y a qu’un seul et unique Saint-Esprit venant et subsistant, qui est partout présent au Père et au Fils, qui n’a pas été formé par la bouche et les lèvres du Père et du Fils en parlant, ni n’a été insufflé et répandu dans l’air, mais qui est substantiel, parlant et opérant lui-même etc. » Saint Cyrille n’aurait pas dit qu’il n’avait pas été formé par la bouche du Père et du Fils, s’il ne croyait pas qu’il est insufflé par le Père et le Fils. Il lui suffisait, en effet, de dire qu’il n’avait pas été formé par la bouche du Père. Saint Cyrille de Jérusalem veut donc que le Saint-Esprit soit l’Esprit du Père et du Fils, et qu’il procède de l’un et de l’autre, mais d’une manière spirituelle et ineffable.

Le septième est saint Jean Chrysostome (tome 5, homélie 1 sur le symbole de la foi). « Celui-ci est l’Esprit procédant du Père et du Fils, qui communique les biens à chacun comme il le veut. » Et dans l’homélie 2 : « Ce Saint-Esprit nous disons qu’il est égal et au Père et au Fils, et qu’il procède du Père et du Fils ». Et l’homélie 76 sur saint Jean : « Ce n’est pas le Père seul qui a envoyé l’Esprit. Le Fils aussi l’a envoyé ». Et pour que les Grecs ne disent pas que saint Jean Chrysostome parlait de la mission temporelle des dons du Saint-Esprit, le même saint Jean Chrysostome explique (homélie 77) pourquoi l’on dit que l’Esprit-Saint a été envoyé par le Fils : « De plus, dit-il, il montre la différence des personnes, quand il en met deux ». Si la mission signifie la distinction des personnes, c’est vraiment la personne elle-même qui est envoyée, pas seulement les dons. Et comme la distinction des personnes est éternelle, il est nécessaire que cette mission incluse une émanation éternelle. Ensuite, dans son apologie pour le latin (chapitre 1, verset 4), Gennadius ajoute une autre citation de saint Jean Chrysostome, tirée de son homélie sur l’incarnation : « Le Christ est venu vers nous. Il nous a donné l’Esprit qui descend de lui, et il a pris notre corps ».

Octave Épiphanius (hérésie 69, qui est celle des ariens, page 219) : « Mais le Saint-Esprit ne ressemble en rien aux autres esprits, car l’Esprit de Dieu est

unique. Il procède du Père, et il reçoit du Fils. Eux, ils veulent qu’il soit la créature d’une créature ». En ce passage, le « il reçoit du Fils » ne peut signifier rien d’autre qu’il procède du Fils par une émanation éternelle. Car Épiphane oppose ce « il reçoit du Fils » à la création. Il enseigne donc que l’Esprit-Saint n’a pas été créé par le Fils, comme le disaient les hérétiques, mais qu’il a reçu sa subsistance du Fils autrement que par la création. C’est pourquoi, un peu plus bas, il dit de nouveau ; « Comme le Fils n’est pas étranger au Père, puisqu’il est né de lui, l’Esprit-Saint n’est pas, lui non plus, étranger au Père. En toute vérité, le Fils est fils unique, engendré sans commencement, sans temps. Le Saint-Esprit n’est ni engendré ni créé. Il procède du Père, et il reçoit du Fils ». Et à la page 223 : « Tout a été créé par Dieu. Seul le Fils de Dieu a été engendré. Seul l’Esprit-Saint procède du Père et reçoit du Fils, Tout le reste a été créé. Rien d’autre ne procède du Père et ne reçoit du Fils ». Page 229 : « Où il montre que la Fontaine est de la Fontaine, et l’Esprit-Saint du Père et du Fils unique ».

La même chose dans l’ancre (p. 332) : « L’Esprit de Dieu est l’Esprit du Père et l’Esprit du Fils non selon une composition quelconque, comme pour nous l’âme et le corps, mais il est au milieu du Père et du Fils, et occupe le rang de troisième fils ». Page 349 : « Si l’on croit vraiment que le Christ qui est du Père est Dieu de Dieu, et que l’Esprit-Saint est du Christ ou de l’un et l’autre ». Page 351 : « Il appelle Fils celui qui est de lui-même, et Esprit-Saint, celui qui est de l’un et de l’autre ». Et plus bas : « Écoute, o bon, que le Père du véritable Fils est le Père Lumière totale, et que le Fils du vrai Père est Lumière de la Lumière, non par le nom seulement comme les créatures. Le Saint-Esprit est L’Esprit de la Vérité, la troisième lumière (venant) du Père et du Fils. » Et plus bas : « L’Esprit-Saint qui est du Père et du Fils est le seul à être la lumière de vérité ».

Le neuvième est de Didyme l’aveugle (livre 2 de l’Esprit-Saint, passé le milieu) : « Il ne parle pas de lui-même, c’est-à-dire non sans moi et sans l’autorisation du Père, car il est inséparable de ma volonté et de celle du Père, pace qu’il n’est pas de lui-même, mais de mon Père et de moi. Car, pour le Saint-Esprit, subsister et parler, cela vient de mon Père et de moi. » Et un peu plus bas : « L’Esprit saint qui est l’Esprit de Vérité, l’Esprit de Sagesse, ne peut entendre dire au Fils des choses qu’il ignore, puisque c’est lui-même qui est proféré par le Fils, puisqu’il procède de la Vérité, et qu’il est donné comme consolateur par le consolateur. » Et à la page suivante : « L’Esprit-Saint n’a pas d’autre substance que celle qui lui est donnée par le Fils ».

Le dixième est saint Cyrille d’Alexandrie (livre 11 sur saint Jean c.1) : « Comme il est consubstantiel au Fils, et qu’il procède par Lui, il a toute sa vertu. C’est pour cela qu’il dit : « Il recevra de moi. » Et plus bas : « Car, comme il procède naturellement par le Fils, afin d’avoir en propre tout ce qu’il a absolument, on dit qu’il reçoit tout ce qui est à lui ». Notons que le Saint-Esprit procède par le Fils avec tout ce qu’il a absolument. Qu’est-ce que cela signifie d’autre que l’essence divine et toutes les autres perfections absolues qui, dans la procession, ont été communiquées par le Fils ? Et au chapitre 25 : « Provenant de la substance elle-même de Dieu le Père, infusé ensuite aux saints par le Verbe consubstantiel, duquel il est selon une émission qui se rapporte à l’être et le subsister ». Saint Cyrille d’Alexandrie pouvait-il dire plus clairement que le Saint-Esprit procède du Fils ? Car, ce que nous entendons, nous, par une procession qui origine du Fils c’est que le Saint-Esprit a l’être et le subsister par le Fils, ce que saint Cyrille explique doctoralement. De plus (dans le livre 12, chap 36, sur saint Jean) il dit : « La raison pour laquelle il appelle le Saint-Esprit Seigneur, c’est parce qu’il existe naturellement du Fils, et dans le Fils ». Et un peu plus bas. « Nous comprenons donc que le Fils de Dieu est naturellement du Père et dans le Père. Nous croyons également que le Saint-Esprit procède naturellement et essentiellement du Fils comme il procède du Père. » La même chose dans la foi droite à Théodose, à la fin du milieu; et dans les livres 5, 6, 7 de la trinité. Ensuite (au chapitre 2 de Joël, comme le cite Bessarion dans son oraison chapitre 7) : « L’Esprit-Saint est de lui-même (le Fils) et en lui-même, comme il est de Dieu et du Père ».

Siméon Métaphraste, dont il est fait mention avec un grand honneur dans le sixième concile (livre des dogmes droits) : « On appelle l’Esprit-Saint l’Esprit de la bouche de Dieu, car la bouche est le Fils du Père ». Il indique assez clairement, en enseignant qu’il est dit la bouche de Dieu, que c’est ainsi que le Saint-Esprit procède du Fils, comme c’est par notre bouche qu’est émis le souffle. De la même manière, plus bas. « Pour enseigner qu’il n’y a qu’une seule essence tant pour celui qui reçoit que pour celui de qui il reçoit, c’est-à-dire de qui il procède ». Pour que par « celui qui reçoit » nous entendions l’Esprit-Saint, et le Fils dans celui de qui il reçoit, et le Père dans celui de qui il procède. Si l’Esprit-saint reçoit l’essence du Fils, que demandons-nous de plus ? On ne doit pas non plus trébucher sur le mot « il procède », puisque le sens est clair. Voilà pourquoi il ajoute : « Car il n’est pas sorti de qui serait d’une essence étrangère, et il n’a rien reçu ce qui ne lui serait pas consubstantiel. » Et plus bas : « De plus, cet Esprit procède de Lui (le Fils) aussi, et est aussi envoyé par Lui. Non par le Père seul, mais aussi par le Fils ». Et plus bas : « En déclarant que l’Esprit-saint émerge de lui, le Seigneur l’a insufflé sur les apôtres en leur disant : Recevez l’Esprit-Saint ».

Tharasius (dans l’épitre au patriarche d’Orient, que l’on trouve dans le synode 7, art 3) : « Nous croyons dans le Saint-Esprit, qui procède du Père par le Fils ». Maxime, homme saint et très savant dit (au chap 4 sur Zacharie) : « Comme l’Esprit-Saint est selon l’essence de Dieu et du Père, de la même manière il est selon l’essence du Fils, en tant qu’étant essentiellement du Père, et procédant ineffablement par le Fils né. » C’est Bessarion qui cite ce passage au chapitre 6.

Saint Jean Damascène (livre 1 de la foi, chap 18) : « Le Fils est l’image du Père, et l’Esprit-Saint l’image du Fils ». Or, il est certain que c’est de l’exemplaire que l’image a l’être. Et plus bas : « L’Esprit-Saint tient le milieu entre le Géniteur et l’Engendré, et c’est par le Fils qu’il est uni au Père. » Nous avons donc quinze témoins latins, et quinze témoins grecs, qui ont donné, avant le schisme, un témoignage clair et éloquent de la procession du Saint-Esprit par le Père et par le Fils. Ils font apparaître intolérable l’obstination des Grecs actuels.

Tous les livres