Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 48)
En second lieu, le nouveau testament est rempli de témoignages. Matt 16 : « Que disent les hommes du Fils de l’homme ? Pierre répond : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Saint Pierre confesse donc clairement ici que le fils de l’homme est le Fils du Dieu vivant. Luc (1) : « C’est pourquoi cette chose sainte qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ». Celui qui est né de Marie, non un autre quelconque, sera appelé et sera vraiment Fils de Dieu. » De même (saint Jean 1) : « Le Verbe s’est fait chair ». C’est-à-dire, Dieu s’est fait homme, comme nous disons que David a été fait roi. Comme David et le roi ne sont pas deux personnes, mais une seule, bien que soient de forme diverse la nature humaine et la dignité royale, de la même façon il n’y a qu’une seule personne du Verbe et de la chair, bien qu’il y ait deux formes, ou natures différentes, la divinité du Verbe et la chair humaine.
Semblable est ce passage de saint Jean 3 : « Personne ne monte dans le ciel si ce n’est celui qui en est descendu, le Fils de l’homme qui est dans le ciel ». On peut difficilement expliquer ce texte autrement que ne l’ont fait saint Jean Chrysostome, saint Augustin, saint Cyrille, et saint Grégoire de Naziance dans sa lettre 1 à Chelidon. Ils expliquent tous ce texte ainsi. Le Seigneur affirme que le fils de l’homme est le même que le Fils de Dieu. Autrement, il serait faux que le fils de l’homme soit descendu du ciel, et qu’il soit en même temps dans le ciel au moment où il parle sur la terre. De même, saint Jean (20) : « Le Père et moi nous sommes une seule et même chose ». Ces paroles ne peuvent certainement pas se rapporter à la nature humaine. Et c’est pourquoi, cet homme Christ qui parlait n’était pas seulement le temple du Verbe, mais le Verbe lui-même.
Et, au chapitre 9, il dit à l’aveugle-né après sa guérison : « Crois-tu dans le Fils de Dieu ? » Et il répondit : « Qui est-il, seigneur, pour que je croie en lui. » Et Jésus lui dit : « Tu le vois, et celui qui te parle c’est lui ». Et il lui dit : « Je crois, Seigneur », et il l’adora. Le Seigneur ne pouvait pas démontrer plus clairement qu’unique était la personne du Fils de Dieu et du fils de l’homme. Car c’est celui-là même que l’aveugle-né guéri voyait, écoutait, adorait qui est appelé Fils de dieu. Et, au chapitre 20, saint Thomas a dit au Seigneur qu’il voyait : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Théodore de Mopsueste a étrangement corrompu le sens de ce passage, comme on le voit au synode 5 (dernier acte, chapitre 12). Car il prétendait que ce n’était pas au Christ qu’il avait dit : mon seigneur et mon Dieu, mais à Dieu le Père qu’il glorifiait à cause du grand miracle de la résurrection.
Mais avant que tous les saints l’aient expliqué autrement, saint Jean lui-même qui prévoyait l’hérésie de Nestor, et qui écrivait pour combattre l’hérésie de Chérinte, ajoute tout de suite après : « Toutes ces choses ont été écrites pour que vous croyiez que Jésus est le Christ Fils de Dieu », c’est-à-dire pour que vous ne divisiez pas le Christ en deux personnes,-- dans le Fils de Dieu et dans le fils de l’homme,-- mais que vous croyiez que Jésus, fils de Marie, est le Christ Fils de Dieu. De plus, saint Jean n’a pas dit : Thomas a dit, mais il « lui » répondit et « lui » dit. C’est donc au Christ qu’il a dit : mon Seigneur et mon Dieu. Et il n’y a pas dans le texte grec de signe d’exclamation, mais un article désignant la simple confession de la vérité. Mais nous aurons encore à dire d’autres choses sur ce texte.
Saint Paul aux romains 8 : « Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous ». Quoi de plus clair ? Et, au chapitre 9 : « Desquels est le Christ selon la chair, lequel est au-dessus de toutes choses, Dieu béni dans les siècles. Amen. » Ce Christ homme, qui était le fils d’Abraham selon la chair, n’était ni le temple ni l’instrument de Dieu, mais le vrai Dieu au-dessus de toutes choses, béni dans tous les siècles ». Philippiens 2 : « Bien qu’ll ait été dans la forme de Dieu, il n’a pas estimé que c’était un vol d’être égal à Dieu, mais il s’est anéanti lui-même en prenant la forme de l’esclave. » Et plus bas : « Il s’est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort ». 1 Corinthiens 2 : « S’ils l’avaient connu, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire ». Ces phrases crèvent les yeux. Car nous avons ici que ce Verbe qui est auprès du Père, dans la forme de Dieu, et qui est vraiment nommé le Seigneur de la gloire, a assumé en lui la forme de l’homme, et a donc été véritablement crucifié et tué.
De nouveau, l’apôtre au Corinthiens 1, 8 : « Un seul Seigneur Jésus-Christ, par tout … » Par ce tout nous entendons le « toutes choses » de « par lui tout a été fait » (saint Jean 1). Ce « lui » est évidemment pour tous le Verbe de Dieu. Ce que l’apôtre voulait dire c’était donc qu’un seul et même Jésus-Christ, né de Marie, et Fils de Dieu a tout fait. Et aux Hébreux 1 : « Diversement, et de plusieurs façons, parlant autrefois aux Pères dans les prophètes, en dernier lieu, en ces jours-ci, Dieu nous a parlé par son Fils, qu’il a constitué héritier de tout, par lequel il a fait aussi les siècles ». Quand il dit là qu’il nous a parlé par le Fils, il parle du Christ homme, et pourtant il dit de lui : par lequel il a fait aussi les siècles. Et au chapitre 2 : « Il convenait que soit consumé par la passion celui qui pour qui et par qui sont toutes choses. » Et plus bas : « Parce que les enfants avaient en commun la chair et le sang, et il y participa lui aussi, pour détruire par sa mort celui qui détenait l’empire de la mort ». Il dit là que Celui pour qui et par qui sont toutes choses, c’est-à-dire le vrai Dieu, qui est le Principe et la Fin de toutes choses, devait mourir pour nous, et que, pour pouvoir mourir comme nous mourons, il devait participer à la chair et au sang comme nous y participons nous-mêmes, c’est-à-dire, devenir un vrai homme comme nous.
De plus, (dans l’épitre 1, chapitre 1) il n’enseigne à peu près rien d’autre qu’il n’y a, dans le Christ, qu’une seule personne de Dieu et de l’homme. « Ce qui était depuis le début, que nous avons entendu, que nous avons vu de nos yeux ». Saint Jean dit là qu’il a vu de ses yeux corporels le verbe qui est depuis le début. Ce qui ne peut être vrai qu’en raison de l’unité de la personne. Et au chapitre 2 : « Qui est menteur si ce n’est celui qui nie que Jésus est le Christ ? » C’est-à-dire qui divise le Sauveur en deux, comme le faisait Chérinte, et comme l’a fait Nestor. Et, au chapitre 3 : « En cela nous connaissons la charité Dieu, en ce qu’il a déposé sa vie pour nous. » « Dieu a déposé sa vie pour nous » qu’est-ce d’autre que Dieu est mort pour nous ? Le Fils immortel de Dieu n’est donc pas une personne différente du fils de Marie qui a souffert la mort. Car c’est le même qui était immortel en tant que Fils de Dieu et mortel en tant que fils de Marie. Et au chapitre 4 : « Tout esprit qui sépare Jésus n’est pas de Dieu. C’est l’antichrist ». Et plus bas : « Quiconque donc confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui ». Et au chapitre 5 et au-delà : « Qui est-ce qui a vaincu le monde si ce n’est celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? »
À toutes ces citations, les nestoriens répondent qu’ils ne nient pas que Jésus soit le Fils de Dieu, et un Dieu, non deux. Mais par l’unité d’habitation, de volonté, d’opération, de participation, comme nous l’avons déjà dit, et non par l’unité de la personne. Cérinthe lui-même confessait cela du Christ; et pourtant saint Jean l’accusait de diviser le Christ, et de ne pas confesser que Jésus est le Fils de Dieu. De plus, toutes ces choses que les nestoriens attribuent au Christ conviennent tout aussi bien aux autres saints hommes. Car, que Dieu soit dans ses saints comme dans des temples, saint Paul l’enseigne (Corinth 1, 3) : « Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple du Saint-Esprit qui est en vous ? Glorifiez et portez Dieu dans votre corps ». Que par l’union de la volonté les saints sont une seule chose avec Dieu, comme l’home et la femme le sont par l’union charnelle, saint Paul l’enseigne aussi (Corinth 6) : « Celui qui adhère à une putain devient un seul et même corps avec elle, car ils seront deux dans une seule chair. Celui qui adhère au Seigneur, est un seul et même esprit avec lui. » Quoi de plus clair ?
Que Dieu opère avec ses saints comme avec un instrument, saint Paul l’enseigne aussi aux Romains 15 : « Je n’ose pas parler des choses que le Christ ne fait pas par moi, par la parole ou par les faits, dans la vertu des signes et des prodiges, dans la vertu de l’Esprit-saint ». Cor 12 : « Différentes sont les opérations. Mais c’est le même Dieu qui opère tout dans tous ». Enfin, que les saints soient fils et dieux par la participation et par la grâce, le psaume 81 nous l’enseigne : « J’ai dit, moi, vous êtes des dieux, et tous fils du très-haut ». Et aux Galates : « Parce que vous êtes fils de Dieu, Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans vos cœurs ». On est donc en droit de conclure que tout ce que Nestor attribue au Christ on le trouve dans les saints. Et il est certain que c’est bien autrement que nous que le Christ est Dieu et Fils de dieu. et comme le dit l’apôtre, c’est un grand mystère de piété que Dieu soit apparu dans la chair (1 Tim 3).
On le prouve en second lieu par les symboles de la foi. Car, nous lisons dans le symbole des apôtres : « Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la vierge Marie » On dit ici que Celui qui est le Fils unique de Dieu est né de la vierge Marie. Nous avons la même chose dans le symbole de Nicée et de Constantinople. Dans le symbole d’Athanase on ajoute : « Bien qu’il soit homme et Dieu, il est un seul Christ, et non deux, un non par un mélange substantiel, mais par l’unité de la personne ».
On le prouve en troisième lieu par les conciles. D’abord, par le troisième concile qui fut celui d’Éphèse 1. La seule chose qu’il a définie c’est qu’il n’y a qu’une personne dans le Christ, et non deux. Et ce concile a reçu la lettre de saint Cyrille à Nestor avec les douze chapitres, ou anathèmes, que saint Cyrille avait présentés au concile provincial d’Alexandrie, avant que ne soit convoqué le concile d’Éphèse. Et ces douze chapitres ont été considérés par la suite comme étant du concile général d’Éphèse, comme le concile romain de Martin l le démontre.
Or, on lit dans le premier chapitre : « Si quelqu’un ne confesse pas que Dieu est véritablement Emmanuel, et qu’à cause de cela, la sainte Vierge est mère de Dieu, qu’il soit anathème ! » Et voici le second : « Si quelqu’un ne confesse pas que le Verbe de Dieu le Père est uni à la chair selon la substance, et qu’il est un seul Christ avec sa propre chair, et que le même est en même temps homme et Dieu, qu’il soit anathème ! » De même, dans le concile de Chalcédoine, (acte 5), ont été approuvés les actes faits contre Nestor dans le concile d’Éphèse. Et on a redéfini de nouveau : « Demeurant sauve la propriété de chaque nature, qui concourent à former une seule personne et substance, nous reconnaissons que le Verbe de Dieu, fils unique, non distribué ou divisé en deux personnes, est unique et le même. »
De même dans le synode 5 (chapitre 4) : « Si quelqu’un dit que l’union du Verbe de Dieu à l’homme s’est faite selon la grâce, ou la dignité, ou l’opération, ou l’égalité d’honneur ou d’autorité, ou selon la relation, l’affection ou la vertu, qu’il soit anathème ». Et plus bas : « Et s’il ne confesse pas que l’unité du Dieu verbe à la chair a été faite selon la composition ou la subsistance, qu’il soit anathème ! » Et au canon 5 : « Si quelqu’un tente d’introduire dans le mystère du Christ deux subsistances ou deux personnes, qu’il soit anathème ! » Et au canon 6 : « Si quelqu’un dit que la glorieuse Marie toujours vierge n’est pas vraiment mère de Dieu, mais de façon abusive, qu’il soit anathème ! ».
On a la même chose dans le concile du Latran sous Martin 1 (consultation ultime, canon 6) : « Si quelqu’un ne confesse pas comme les saints pères d’une façon appropriée et selon la vérité, qu’il y a un seul et même Seigneur et Dieu Jésus-Christ de deux et dans deux natures unies substantiellement sans confusion et sans division, qu’il soit condamné ! » On trouve la même chose dans le concile général 6, acte 4, et dans le concile d’Espagne 2, au dernier chapitre, et dans le sixième de Tolède, chapitre, et dans d’autres.
On le prouve en quatrième lieu par les pères de l’Église. Et d’abord saint Cyrille et Jean Cassien, parce qu’ils ont lutté directement contre cette hérésie. Saint Cyrille (dans son livre de l’incarnation du Seigneur, et dans son apologie pour les douze chapitres, et dans presque toutes ses œuvres, où il cite beaucoup de textes de l’ancien testament. Cassien (dans le livre 7 de l’incarnation) écrivit contre Nestor sur l’ordre de saint Léon le grand, et à la fin de son livre 7, il rapporte plusieurs témoignages des pères grecs et latins. En plus des témoignages présentés par ceux-ci, nous pouvons en ajouter d’autres. Saint Ignace, dans son épitre aux Éphésiens, dit : « Le Fils de Dieu engendré avant les siècles, où il a tout créé selon la volonté et le plan du Père, a été produit lui-même dans un utérus, est né de Marie selon la dispensation, de la semence de David, et conçu du Saint-Esprit ».
Le martyr Justin (dans son livre de la confession de la foi droite, autour du milieu) dit : « Il n’y a qu’un seul Fils, qui est mort, et qui a réanimé ce qui était mort. Quand tu entends, pour un seul Fils, des paroles contraires, attribue à la nature ces choses que tu entends. Si c’est grand et divin, attribue-le à la nature divine. Si c’est petit et humain, assigne-le à la nature humaine. Car c’est ainsi que tu éviteras l’opposition existant entre les mots, en donnant à chaque nature ce qui lui revient, et en confessant qu’il est le Fils de Dieu né avant les siècles, un seul et même être, selon les Écritures ». Saint Irénée (livre 3 contre les hérétiques, chapitre 18 à 22) prouve par plusieurs témoignages des Écritures que Jésus fils De Marie et le Verbe du Dieu Père sont une seule et même personne.
Saint Athanase (dans son épitre à Épictecte, vers la fin) : « C’est du seul fils de Marie qu’il est écrit que le Verbe s’est fait chair. Ce qui nous montre qu’aux autres saints le Verbe a été fait selon la grâce de la prophétie. Mais c’est de Marie que le Verbe qui assumé la chair est devenu homme. ». Et un peu plus bas : « Non pas que nous séparions le Fils du Verbe, mais parce que nous reconnaissons un seul et même être dans celui par qui tout a été fait et dans celui qui nous a libérés. »
Saint Grégoire de Naziance (épitre 1 à Célidone) : « Si quelqu’un croit que la vierge Marie n’a jamais été mère de Dieu, qu’il soit séparé de la divinité ! Si quelqu’un introduit deux fils, un du Dieu Père, un de la mère, et non un seul et même fils, il sortira de l’adoption filiale qui est promise à ceux qui gardent la foi droite. Si quelqu’un n’adore pas le crucifié, qu’il soit anathème, et qu’il soit compté parmi les meurtriers de Dieu ! »
Saint Basile (livre 4, contre Eunome, expliquant : Le Seigneur m’a créé ) : « Il faut donc appliquer au Fils de Dieu le mot engendrer. Le mot créer se rapporte à celui qui a pris la forme de l’esclave. Dans ces deux cas, nous ne parlons pas de deux êtres : Dieu en haut et l’homme en bas. Il était un, et par la pensée nous attribuons chaque chose à la nature qui lui convient. » Saint Jean Damascène (livre 3, de la foi, chap 9) : « L’hypostase de chaque nature est celle du Verbe, car il ne permet pas qu’une nature soit sans subsistance ».
Chez les latins, voyons d’abord saint Cyprien (livre 2 contre les juifs, chapitre 8) : « Celui qui, au principe, a été Fils de Dieu a du être engendré de nouveau selon la chair ». Et au chapitre 10, il explique que l’homme et le Dieu Christ constituent une seule réalité concrète formée de l’une et l’autre natures, pour qu’il puisse être Médiateur entre nous et le Père ». Saint Hilaire de Poitier (2 Trinité) : « Un seul Dieu fils unique dans la forme d’un corps humain a grandi, inséré dans le sein de la vierge Marie, parce qu’il contient tout. Et celui à l’intérieur de qui tout est, est traité selon la loi de l’enfantement humain ». Saint Ambroise (livre de l’incarnation du Seigneur et des sacrements, chapitre 5) : « Étant toujours éternel, Dieu reçut les sacrements de l’incarnation, non divisé, mais en demeurant un, car l’un et l’autre sont un, et il est un dans l’un et l’autre, c’est-à-dire dans la divinité et le corps. Car celui qui nait du Père n’est pas différent de celui qui nait de Marie »
Saint Jérôme (Matt chap 14) : « Celui qui est monté prier seul ne le réfère pas à celui qui a rassasié mille hommes avec cinq pains, mais à celui qui, après avoir appris la mort de saint Jean, se retira dans la solitude, non que nous séparions la personne du Seigneur, mais parce que ses œuvre sont divisées entre œuvres qui viennent de Dieu et œuvres qui viennent de l’homme. ». Et dans son épitre sur la virginité à Eustoche : « Le Fils de Dieu, pour notre salut, est devenu un fils d’homme. Il attendit dix mois dans l’utérus avant de naître, et celui qui tient le monde dans sa main est contenu par une crèche ». Saint Augustin (enchiridion, chap 35) : « Le Fils de Dieu est donc le Christ Jésus, Dieu et homme. Dieu parce que Verbe de Dieu; homme parce que l’âme raisonnable et la chair sont associées au Verbe dans l’unité de la personne ». Et au chapitre 36 : « Car, qu’a mérité la nature humaine dans l’homme Christ pour être assumée dans l’unité de la personne du Fils unique de Dieu ? » Il dit des choses semblables dans le livre 13 de la trinité, chapitre 17, dans l’épitre 3 à Volus,, dans l’épitre 102 à Évod, dans l’épitre 120 à Honorat, chapitre 4. Et ailleurs.
Enfin, il n’y a rien que saint Léon 1 ne répète plus souvent dans tous ses sermons et ses lettres, mais surtout dans son épitre 97 à l’empereur Léon, chap 1 où il écrit : « Que Nestor soit donc anathématisé pour avoir cru que la vierge Marie n’était pas la mère de Dieu, mais seulement d’un homme, faisant de la chair une personne, et de la divinité une autre personne ».
[5 juillet 2017, 21h40 fin]
suite à la page 102 du pdf latin
12 juillet 2017 à 16:38 début
CHAPITRE 7 : Réfutation des arguments des adversaires
Il reste à réfuter les arguments des nestoriens. Ce sont, pour la plupart de purs sophismes. Premier argument (Jean 2). Le Seigneur a dit : « Détruisez ce temple, et je le rebâtirai en trois jours ». C’est de son humanité qu’il parlait : donc, le Dieu Christ et l’homme Christ sont deux personnes. Il n’a pas dit : détruisez-moi. Le temple et celui qui habite dans le temple ne peuvent donc pas être les mêmes. C’est cet argument que propose Théodoret dans sa réprobation des anathèmes de saint Cyrille. Il l’a ensuite plusieurs fois répété. Je réponds que cet argument démontre qu’il y a deux natures, mais non deux personnes. Car même, de notre âme, on dit qu’elle habite dans le corps comme dans son tabernacle, parce que la nature de l’âme est différente de la nature du corps. Et pourtant, pour ce corps et pour cette âme, il n’y a qu’une seule personne. On dit en Job 4 que les hommes habitent dans des maisons de boue. Et, en Corinthiens 2, l’apôtre dit : « Si la demeure terrestre de cette nôtre habitation. » Et au même endroit : « Nous qui sommes dans ce tabernacle, nous gémissons, accablés ». Et 2 Pierre 1 : « Prochaine est la déposition de mon tabernacle ». C’est donc avec raison que saint Jean Chrysostome (dans homélie 10 sur saint Jean) déduit de « et il a habité parmi nous », qu’il y a deux natures dans le Christ. Mais Théodoret n’a aucune raison d’y voir deux personnes.
Deuxième argument. L’apôtre (Phillip 2) dit ceci du Christ : « Fait à la ressemblance des hommes, et trouvé homme par son comportement ». Le Christ ne fut donc pas un homme, mais il a été semblable aux hommes à cause du revêtement de l’humanité. Comme quand un roi s’habille comme un paysan. Cela le rend semblable aux paysans, mais ne fait pas de lui un paysan. C’est pourquoi Théodoret (qui, comme nous l’avons dit plus haut, suivit pendant un certain temps les nestoriens) enseignait que le Verbe ne s’était pas fait homme, mais avait revêtu l’humanité. Je réponds avec saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, Theophylacte et Oecumenius, Le Christ n’a pas été un homme, mais a été semblable aux hommes, au sens qu’il donne ici à ce mot. Car, quand Paul dit que le Christ a été fait à la ressemblance de l’homme, et qu’il a été trouvé être un homme par son comportement, il donne au mot le sens qu’il a ordinairement, celui d’un homme conçu d’une semence virile, né dans le péché, et affaibli par les péchés. C’est ce que le Christ paraissait être, et ce qu’il n’était pas. Saint Paul emploie aussi le mot dans ce sens dans Galates 1, quand il dit que ce n’est pas d’un homme qu’il a appris l’évangile, mais du Christ. Il est clair que, dans ce passage, ce qu’il entend par homme, c’est un homme ordinaire. Autrement, il ne dirait pas : « mais du Christ », comme si le Christ n’était pas un homme. Alors que le même Paul a dit : « Un seul médiateur de Dieu et des hommes, l’homme Christ Jésus ». (Timoth 2)
Saint Augustin (livre 83, question 73,) saint Cyrille (livre 11, Jean 14), et saint Thomas donnent au mot latin habitus le sens de vêtement. On peut donc répondre à l’argument qu’on appelle l’humanité vêtement du Verbe non parce que le Verbe n’est pas vraiment et substantiellement homme, mais à cause de la similitude existant entre les vêtements et l’humanité. Car, comme on reconnait les hommes par les vêtements, c’est par l’humanité que Dieu est connu. Et quand nous mettons des vêtements, nous choisissons ceux qui conviennent à la forme du corps, et nous changeons de vêtements et non de corps. De la même façon, quand le Verbe devint chair, l’humanité a été changée, tandis que le Verbe demeurait inchangé de façon permanente. Donc, pour ces raisons et d’autres, on peut donc dire que l’humanité est le vêtement du Verbe, pourvu qu’on dise que le Verbe s’est vraiment et substantiellement fait homme.
Troisième argument. (Hébreux 7). On dit du Fils de Dieu qu’il est sans mère, et sans généalogie. Puisqu’il a une mère et une généalogie, le Fils de Marie est donc différent du Fils de Dieu qui n’a ni l’une ni l’autre. Cassien a répondu avec justesse qu’on peut renvoyer cet argument aux adversaires. Car, au même endroit où on dit qu’il est sans mère et sans généalogie, on dit aussi du même qu’il est sans père. S’il faut entendre ce texte du Fils de Dieu, on devra donc en conclure qu’il est sans père, ce qui est contre Nestorius, lequel distingue le Fils de Dieu du fils de la vierge Marie. Cassien dit donc que l’apôtre a voulu présenter deux nativités du Christ, une sans mère, purement divine, et une sans père, purement humaine.
Le quatrième argument. Le nom de Dieu pris au sens strict ne signifie pas Dieu uni à l’homme, mais Dieu tout court. Ainsi, ce n’est pas Dieu que Marie a enfanté, mais un Dieu uni à l’homme. On ne doit donc pas l’appeler mère de Dieu, Cet argument de Nestor nous a été conservé par Théodoret dans son livre des fables païennes, à l’hérésie de Nestor. Je réponds que le nom de Dieu en lui-même ne signifie pas un dieu uni à un homme, mais ne l’exclut pas non plus. La conclusion qu’on en tire est donc déficiente. Que le nom de Dieu tout court puisse, selon les Écritures, être attribué à celui qui est né de la Vierge Marie, on le prouve en faisant remarquer qu’il a été attribué à celui qui est mort, car c’est le même qui meurt et qui naît. Actes 20 : « Veillez sur vous, dit saint Paul, et sur tout le troupeau où le Saint-Esprit vous a établis épiscopes, pour régir l’Église de Dieu qu’il a acquise dans son sang ». Et en Jean 1, 3 : « C’est en cela que nous connaissons la charité de Dieu, en ce qu’il a déposé son âme pour nous ».
Le cinquième argument. Le fils de Marie a dit : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » ( Matt 27) : « Père, sauve-moi de cette heure ! (Jean 12)» Et il eut besoin d’un consolateur. (Luc 22). Or, toutes ces choses ne conviennent pas au Fils de Dieu. Le fils de Marie était donc différent du Fils de Dieu, Saint Cyrille répond dans sa défense du quatrième anathème contre Théodoret, que toutes ces choses conviennent au Verbe de Dieu selon sa forme humaine, comme les choses qui leur sont contraires conviennent à sa forme divine. Car, il est vrai Dieu et vrai homme.
Le sixième argument. Personne ne peut engendrer quelqu’un qui lui est antérieur. Dieu est de loin antérieur à Marie. Marie ne peut donc pas l’engendrer, et ne peut en conséquence, pas être appelé mère de Dieu. Cet argument Cassien le réfute admirablement (dans son livre 7 de l’incarnation). Mais, je réponds brièvement. Quelqu’un ne peut pas engendrer un être qui lui est antérieur selon qu’il lui est antérieur. Or, Marie engendra le Christ Dieu non selon la divinité qui lui était antérieure, mais selon l’humanité qui lui était postérieure. Il ne faut pas s’étonner non plus que nous ne possédions pas d’exemple, car ce mystère est unique.
Le septième argument. Le fils doit être consubstantiel aux parents. Or, le Christ Dieu n’est pas consubstantiel à Marie, puisqu’il est éternel et tout puissant. Cassien a déjà réfuté cet argument de façon convaincante. L’enfant doit être consubstantiel aux parents selon la nature qu’il a reçue d’eux, c’est-à-dire dans la mesure où il est leur fils. Or, le Christ Dieu n’a pas reçu de Marie la nature divine, mais l’humaine; et il n’est son fils qu’en tant qu’il est homme. Il suffit donc qu’il soit consubstantiel à la mère en tant qu’homme, comme il est consubstantiel au Père en tant que Dieu.
Huitième argument. Le Christ est appelé un homme porte-Dieu par saint Basile dans le psaume 59. Je réponds que saint Basile ne dit pas que le Christ est un homme porte-Dieu, comme Théodoret le lui fait dire faussement dans sa réfutation du cinquième anathème. Ce qu’il dit c’est que la chair du Christ est la chair d’un porte-Dieu, c’est-à-dire de celle qui génère la chair du Christ. Entre l’homme et la chair, il n’y a pas une petite différence, puisque l’homme signifie la personne. Il en est ainsi de Dieu. La chair ne signifie pas la personne, mais la nature, ou plutôt une partie de la nature humaine. C’est pourquoi on ne peut pas dire du Christ qu’il est porte-Dieu, car on aurait alors deux personnes, l’homme et Dieu. Mais il est exact de dire que la chair porte Dieu, car la chair et la divinité sont deux natures, et l’une est comme le domicile ou le siège de l’autre. Ajoutons que saint Ignace, dans presque chacune de ses épitres, se donne le nom de Porte-Dieu. Et qui penserait que ce saint homme se soit attribué une expression qui ne serait propre qu’au Christ ?