Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 53)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CHAPITRE 6 : On propose une deuxième question : la descente aux enfers (p.408 latin)

CHAPITRE 7 : Que descendre aux enfers ne veut pas dire être complètement anéanti

CHAPITRE 8 : Jésus n’a pas souffert les peines des damnés.

CHAPITRE 9 : On propose une troisième erreur à réfuter au sujet de la descente du Christ dans les enfers.

CHAPITRE 10 : Les enfers sont des lieux souterrains distincts des sépulcres

CHAPITRE 11 : Les âmes des justes n’ont pas été dans le ciel avant l’ascension du Christ.

CHAPITRE 12 :Que le Christ soit vraiment descendu dans les enfers, on le prouve par l’Écriture.

24 juillet 2017, 21h19 début

Livre 4 : La Vérité et la Gloire de la Chair du Christ (p.401 latin)

CHAPITRE 1 : On propose une première controverse sur la science de l’âme du Christ

Nous avons disserté jusqu’à présent de la divinité du Christ et de l’incarnation. C’est maintenant le temps de parler de son âme. Car, nous ne parlons pas de tout ce dont les théologiens ont coutume de traiter, mais nous nous attaquons seulement aux vérités que les hérétiques d’aujourd’hui ont mises en doute. Or, il y a, à notre époque, deux controverses sur l’âme du Christ. Une sur sa perfection, l’autre sur sa descente aux enfers. Parlons d’abord de la première. Une hérésie antique, celle des agnoites, eut pour auteur le diacre Themistius, comme le rapportent le bienheureux Libère (dans le bréviaire, chap 19), et le bienheureux Grégoire (livre 8, chap 12). Ils enseignaient que le Christ ignorait le jour du jugement. Ce n’est pas à la divinité du Christ, mais à son humanité qu’ils attribuaient cette ignorance, comme on le voit par leur argument. Voici comment ils raisonnaient. Le Verbe a reçu un corps corruptible pour nous libérer de la mort en mourant pour nous. Il a donc reçu aussi notre ignorance, c’est-à-dire l’esprit humain ignorant, pour nous libérer de l’ignorance.

Suivent cette hérésie à peu près tous les hérétiques de ce temps. Ils affirment, en effet, que l’âme du Christ a appris petit à petit les choses qu’elle ignorait vraiment, et qu’elle a même fait des choses qui exigeaient d’être corrigées. Ils n’osent pas dire qu’elle ait péché, mais elle fit vraiment un péché, si elle a du être corrigée. Martin Luther (dans son sermon sur la nativité du Seigneur) explique un passage de Marc 13 : « de ce jour » : « Quelques-uns nous racontent ici des histoires à dormir debout quand ils disent que « le Christ ne savait » pas signifie que « le Christ ne voulait pas savoir ». Quel besoin avons-nous de ces commentaires ? Le Christ a été un homme véritable. C’est pourquoi, comme tout homme véritable même saint, il ne pensa pas à tout, il ne dit pas tout, il ne voulut pas tout, il ne comprit pas tout en tout temps ». Et plus bas : « Car il n’a pas tout vu, tout entendu, tout senti en tout temps, il ne connut pas, non plus, dans son cœur toutes choses, mais dans la mesure où le Seigneur le lui faisait comprendre ». Le même Luther dit des choses semblables dans son homélie du premier dimanche après l’épiphanie, en expliquant que « il grandissait en sagesse et en grâce ».

Zwingli (dans sa confession à Charles V, art 1) dit que la sagesse du Christ a cru peu à peu. Bucer (dans chap 24 de Matt) a écrit : « Comme, ayant été fait en tout semblable aux hommes, à l’exception du péché, il a reçu en lui toutes les autres choses de l’infirmité humaine, il a aussi pris sur lui la science humaine et l’ignorance, c’est-à-dire une connaissance humaine qui se développe, croit ou diminue. C’est selon cette ressemblance aux autres hommes qu’il avoue ne pas savoir quelque chose. Et c’est pour cela qu’on dit ailleurs « qu’il croissait en sagesse, en âge et en grâce ».

Calvin (au chapitre 24 de Matt ) : « C’est pourquoi, il serait trois fois et quatre fois insensé celui qui porterait péniblement le poids d’une ignorance, que le Fils de Dieu lui-même n’a pas refusé de porté pour nous. » Il dit des choses semblables (dans le chapitre 2 de Luc), et emploie le même argument que les agnoites. Quand on lui objecta (dans son livre sur les deux natures du Christ contre André Jacob) qu’il attribuait de l’ignorance à l’âme du Christ, Théodore de Bèze ne le nia pas, mais répondit qu’il suivait, en cela, Luther et Calvin.

Calvin (dans le chapitre 24 de Matt) dit : « que la prière du Christ dans le jardin fut un vœu antithétique. » Et plus bas : « Il fut agité par la crainte, et troublé par l’anxiété, au point que, au milieu du flot des violentes tentations, il lui fut nécessaire d’osciller entre deux vœux contraires. Voilà pourquoi, quand il essayait de détourner la mort par des prières, il s’interdisait bientôt cette demande, se soumettant à la volonté du Père. Il repoussait et rappelait ce vœu qu’il venait tout juste d’émettre. » Notons les mots : « subitement émis », et « repousse et rappelle ». Et plus bas : « Nous voyons que, tout de suite après avoir été affecté par les mêmes angoisses, il réprouvait son sentiment, et s’efforçait de se ramener à l’ordre ». Au même endroit : « Ce ne fut pas une prière méditée, mais c’est la violence et l’impétuosité de la douleur qui lui ont arraché cette parole impulsive, à laquelle il donna une correction immédiate. Surtout cette véhémence du décret céleste lui enleva la mémoire. » (phrase non complétée).

(il manque ici quelques pages)

Saint Anselme, saint Bernard et les autres enseignent que le Christ croissait en sagesse, en âge et en grâce, selon l’opinion des hommes, auxquels il faisait, de jour en jour, apparaître davantage sa sagesse. Comme le soleil. Plus il avance vers le milieu du ciel, plus on dit qu’il croit en lumière et en chaleur, non parce qu’il devient lui-même plus brillant ou plus chaud, mais parce que sa vertu apparaît davantage. Saint Jean Damascène (à l’endroit cité), ajoute que comme on dit que l’évêque progresse dans ses homélies, quand le peuple progresse, et qu’on dit d’un docteur universitaire qu’il progresse quand il rend ses élèves plus savants, de la même façon on peut dire que le Christ progresse, quand il fait progresser les autres.

Mais Calvin insiste : L’écriture dit que le Christ a cru « devant Dieu et les hommes ». Or, il n’a pas progressé dans l’opinion que Dieu avait de lui, et il n’a pas fait progresser Dieu. Je réponds que ce « devant Dieu et les hommes » doit être associé au progrès en grâce, non au progrès en sagesse et en âge. Car nous n’avons pas l’habitude de dire que quelqu’un croit en sagesse ou en âge devant Dieu et les hommes. Car l’âge et la sagesse sont des choses absolues qui ne dépendent pas d’un autre. Mais nous disons avec raison que quelqu’un croit en grâce devant les autres auxquels il est chaque jour plus agréable. On dit donc que le Christ croissait devant Dieu et les hommes parce que, à chaque jour, il était de plus en plus aimé par les hommes, et recevait des signes de la bienveillance de Dieu et des hommes, comme on disait de Samuel (1 Rois 2) : « L’enfant progressait, croissait et plaisait à Dieu et aux hommes. »

De plus, il progressait aux yeux des hommes par la sagesse, dans la mesure où, multipliant les œuvres de sa sagesse, il faisait progresser les autres, et apparaissait lui-même à chaque jour plus savant. En deuxième lieu, par les œuvres pleines de sagesse et de grâce qu’il opérait, il croissait vraiment en sagesse et en grâce auprès de Dieu et des hommes, parce qu’il faisait des œuvres très dignes, et très méritoires, tant au jugement de Dieu qu’au jugement des hommes. Or, sur le quatrième témoignage des Écritures, les Pères ont pensé différemment. Saint Ambroise (livre 5, de la foi, chapitre 8) et saint Jérôme (Matt 24) soupçonnent que ce « ni le Fils » a été ajouté par les Ariens, du fait qu’on ne le trouve pas dans tous les codex grecs. Mais, comme tous l’ont en Marc 13, il faut répondre autrement. Première explication. On la trouve dans le commentaire de saint Grégoire le grand (livre 4, épitre 42 à Euloge) où il approuve l’opinion d’Euloge selon laquelle ce n’est pas en sa personne propre, mais en celle de l’Église que le Christ est dit ne pas connaître le jour. Car, beaucoup de choses qu’on dit du Christ doivent s’entendre du corps, et non de la tête. On pourrait objecter à cela que, alors, le Seigneur n’aurait pas du dire « ni les anges, ni le Fils », car les anges sont-ils aussi contenus dans le corps de l’Église ? Il suffisait donc de dire que le Fils ne le connaissait pas. Et c’est peut-être pour cette raison que saint Grégoire le grand propose d’autres explications. Peut-être ne le satisfaisait-elle pas.

L’autre explication est aussi celle de saint Grégoire, au même endroit, et de saint Ambroise (Luc, chap 17), de saint Grégoire de Naziance (discours 4 sur la théologie,) et de saint Cyrille (livre 9, thèse, chap 4). On dit que l’homme Christ ne connaissait pas l’heure, parce qu’il ne la savait pas en tant qu’homme, c’est-à-dire de science humaine, mais par une révélation divine ou infuse. Mais même cela ne semble pas satisfaire complètement. Car, c’est du Christ que les apôtres voulaient apprendre le jour. Or, il répondit qu’ll ne le savait pas, et que, pour cette raison, il ne pouvait pas le leur enseigner. Mais, s’il le savait de révélation divine, il pouvait certes le leur enseigner.

La troisième explication est celle d’Épiphane (dans Ancor) et de saint Bernard (Livre 12 des degrés d’humilité). On dit qu’il ne le savait pas, parce qu’il n’en avait pas une connaissance concrète, comme Adam et Ève qui, avant le péché, ne connaissaient ni le bien ni le mal. On dit que le Père sait parce qu’il le sait concrètement. Comme quand il remit tout jugement au Fils, il avait alors d’une certaine façon déjà jugé. Mais cela ne semble pas non plus cadrer, car les apôtres ne cherchaient pas à savoir concrètement, mais théoriquement. Et c’est pourquoi il importait peu que le Christ en ait eu une connaissance pratique ou théorique.

Il reste donc une dernière explication, celle de saint Grégoire le grand (lieu cité), de saint Ambroise (livre 5 de la foi, chapitre 8), de saint Jérôme, de saint Jean Chrysostome, de Theophylacte (Matt 24), de saint Basile (livre 4 contre Eunome), et de saint Augustin (livre 1 de la Genèse contre Manès, chap 22, et livre 1 de la trinité, chapitre 12). Ils soutiennent qu’on dit que le Fils ne savait pas, parce qu’il ne le savait pas pour le dire aux autres, parce qu’il faisait en sorte qu’ils ne sachent pas ». Cette explication cadre parfaitement avec le contexte. Car Jésus veut donner la raison pour laquelle il n’indique pas le jour; et il dit que la cause en est qu’il ne le sait pas, c’est-à-dire qu’il ne l’a pas appris du Père pour le révéler aux autres, mais pour le garder secret.

De plus, l’Écriture s’exprime souvent ainsi. Genèse 22 : « Maintenant je sais que tu crains Dieu ». Ce qui veut dire : je t’ai montré à toi et aux autres à quel point tu me révères. Jean 15 : « Je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ». Et pourtant, il ne leur avait pas dit absolument tout, car, au chapitre 16, il dit : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant ». Il leur avait donc dit tout ce qu’il avait entendu de son Père dans le but de leur dire. C’est de la même façon qu’il dit, dans ce passage, qu’il ne sait pas : il ne le savait pas pour le leur dire.

Mais Calvin a quelque chose à objecter. Car, quand le Christ a dit « personne ne le sait, ni les anges ni le Fils », si on entend ce « ni le Fils » au sens où il ne le sait pas pour le dire, on pourra également dire des anges qu’ils ne le savent pas pour le dire. On peut aussi faire l’objection suivante. Car, quand nous disons que le Fils ne le sait pas pour le dire, on peut comprendre qu’il ne le sait pas pour le dire à quiconque, ou à ses apôtres. La première supposition est fausse, car il l’a dit à l’Esprit-Saint. Dans le deuxième cas, l’exception (seul le Père) est fausse, car le Père lui aussi, ne le savait pas pour le dire aux apôtres.

Je réponds à la première objection. Nous savons par les paroles du Seigneur que ni les anges ni le Seigneur ne le savent pour le dire. Le savent-ils d’une autre façon ? On ne nous le dit pas ici. Mais, cependant, nous savons d’où le Christ sait, parce que c’est lui qui est établi juge pour ce jour. Et aussi « parce qu’en lui sont tous les trésors cachés de science et de sagesse (Col 2). » Au sujet des anges, nous pensons qu’ils ne le savent en aucune façon, et parce que cette connaissance ne leur est pas nécessaire, et parce que nous ne lisons nulle par que les anges savent tout.

La deuxième objection. Le Fils ne le savait pas pour le dire à absolument personne. Si on se demande comment il ne l’a pas fait connaître au Saint-Esprit, pensons que c’est au sens d’homme que le mot fils ici est pris. On dit que seul le Père sait, parce qu’il a fait que l’homme Christ sache, comme saint Augustin le dit (au livre 1 de la Genèse, contre Manès, chap 22) : « Ce qui convient au Père convient aussi aux autres personnes, qui sont de la même nature que lui. C’est comme s’il avait dit : personne ne le sait, sauf Dieu. »

À la dernière citation de l’Écriture, je réponds que c’est un blasphème impie de dire que le Christ aurait prié ou se serait corrigé sans l’esprit, ou qu’il aurait rétracté sa prière. Car, il est écrit de lui : « Celui qui ne fit pas de péché ». Pierre 1, 7 : « Qui ne connut pas le péché ».(2 Cor 5). Et les pères enseignent souvent que non seulement le Christ n’a pas péché, mais qu’il ne pouvait pas pécher. Voir saint Athanase (discours 2 contre les ariens) saint Cyrille (livre 10 sur Jean chap 11) et saint Augustin (dans enchiridion, chap 36 et 40 etc).

L’écriture raconte qu’il a dit : « Père, si cela est possible ». Ou il savait que c’était impossible, ou il ne le savait pas. S’il ne le savait pas, il ignorait quelque chose. S’il savait que c’était possible, pourquoi parle-t-il comme s’il doutait ? S’il savait que c’était impossible, pourquoi le demande-t-il ? De plus, quand il dit : éloigne de moi ce calice, il semble s’opposer à la saine raison et à la volonté de Dieu, car il était venu pour souffrir. Ensuite, quand il ajoute : « Non ma volonté, mais la tienne », il semble corriger ouvertement ce qu’il avait demandé après.

Je réponds que ce « si possible » signifie, si cela te plait, car il savait très bien que rien n’est rien impossible à Dieu. Mais il demande si cela est possible selon le bon plaisir de Dieu. Et c’est ce que les autres évangélistes nous montrent. Car au « si c’est possible » de Matthieu (26), correspond le « tout t’est possible » de Marc (14), et le « Père, si tu le veux, écarte » de Luc (22). Il dit « si tu le veux » non parce qu’il ignore ce que le Père veut, mais pour montrer une tendance naturelle de sa volonté à fuir la mort, unie à une soumission totale à la volonté paternelle, Car, c’est comme s’il disait : je veux que ne se fasse pas ce que je veux. C’est-à-dire, je veux d’une volonté délibérée tout ce qui concerne l’objet avec toutes ses circonstances, pour que n’arrive pas ce que je veux d’une volonté naturelle, ce qui se rapporte à l’objet secondaire qui n’est que considéré. Ces volontés ne sont pas non plus contraires, car elles ne portent pas de la même façon sur la même chose. Et de plus, l’une est plutôt une velléité qu’une volonté.

Tu diras : pourquoi le Christ, en priant, a-t-il voulu exprimer cette volonté naturelle qu’il savait ne pouvoir être exaucée ? Je réponds avec saint Jean Chrysostome : pour montrer qu’il était un vrai homme, qu’il avait souffert, et qu’il était vraiment mort. Car si, après avoir exprimé si souvent ses affections naturelles, il s’est trouvé plusieurs hérétiques à nier la vraie chair et la vraie passion du Christ, que serait-il donc arrivé s’il n’avait rien manifesté de la sorte ? De plus, il a voulu nous enseigner par là de ne pas perdre patience si nous n’obtenons pas de Dieu ce que nous demandons. Car, dans cette prière, Jésus a été exaucé en partie, et n’a pas été exaucé en partie. Il a été exaucé dans ce qu’il demandait absolument, selon Jean 11 : « Je savais que tu m’écoutes toujours ». Mais il ne fut pas exaucé dans ce qu’il demandait par un sentiment naturel, selon ce mot du psaume : « Je crierai pendant tout le jour, et tu ne m’exauceras pas ».

CHAPITRE 6 : On propose une deuxième question : la descente aux enfers

On se demande ensuite si le Seigneur est descendu aux enfers, et comment est-il descendu ? D’abord, tout le monde admet que le Christ soit descendu d’une certaine façon dans les enfers. Car l’Écriture l’enseigne souvent. Comme les actes (2) : « Tu ne laisseras pas mon âme dans l’enfer ». Et Éphésiens (4) : « Il est descendu dans les parties inférieures de la terre ». Et ce plus, dans le symbole des apôtres, nous lisons : « Il est descendu aux enfers ». Il est à observer que cette phrase ne figurait pas autrefois dans le symbole de toutes les églises. Car saint Irénée (livre 1, chap 2), Origène (au début du livre des principes) et Tertullien (au début du livre contre Prax, et dans le livre du voile virginal) n’en parlent pas dans leur explication du symbole.

Ruffin, dans son explication du symbole, lit et explique cette phrase, mais avertit qu’elle ne se trouve pas dans le symbole de l’église romaine, ni dans celui des églises orientales. Il ajoute qu’elle est implicitement contenue dans l’article de la sépulture, car comme le corps descendit dans le lieu des corps, l’âme est descendue dans le lieu des âmes. Mais saint Cyrille de Jérusalem (catéchèses 4 et 14), et saint Jean Chrysostome (homélie 2 sur le symbole) lisent et expliquent cette phrase, qui, à cette époque, se trouve partout. Et c’est ainsi aussi qu’on le lit dans les catéchismes de Luther, (grand et petit), dans ceux de Calvin, de Brentius, et des autres. Et c’est ce qu’ont écrit les auteurs des centuries, (1 livre 2, chap 4,) et Pierre Martyr (dans son livre sur le symbole), et Calvin lui-même (livre 2 Inst. Chap 16, verset 8). Il dit qu’on trouve cet article dans la plupart des symboles.

Dans le symbole de Nicée, cet article de foi ne se trouve pas; mais il se trouve dans celui d’Athanase. Et comme ces deux symboles ne sont pas en guerre l’un contre l’autre, il est certain, au moins implicitement, que cet article de foi ne manquait pas. C’est ce qui a permis à saint Anselme de dire que même si cet article ne figure pas dans le concile de Nicée, il a été reçu unanimement par toutes les églises occidentales et orientales.

CHAPITRE 7 : Que descendre aux enfers ne veut pas dire être complètement anéanti

La première proposition est à l’effet que descendre aux enfers c’est périr et être anéanti. Brentius (catéchèses de 155, dit que descendre aux enfers c’est périr complètement. Et, dans les actes, il introduit le Christ parlant ainsi : « Je descendrai en enfer, j’éprouverai les douleurs de l’enfer, et je semblerai périr complètement ». De même, Calvin (dans pshychèpannychia), voulant prouver que les âmes des justes après leur séparation du corps, ne dormaient pas, n’étaient pas anéanties, comme certains Anapabtistes l’enseignent, et qu’il réfute dans tout son livre. Il le prouve par l’exemple de l’âme du Christ, qui, après la séparation d’avec son corps, n’a pas été anéantie, ni absorbée par la mort, mais est demeurée immortelle. Et il dit que cela est signifié par ces mots : « Tu ne laisseras pas mon âme dans l’enfer ». Ces mots produisent en nous une foi très certaine que le Christ n’a pas pu être anéanti par la mort, même selon l’homme. La vraie mort a été la séparation de l’âme et du corps. De plus, l’âme ne perdit jamais sa vie. Confiée au Père comme elle l’était, elle ne pouvait pas ne pas être sauve. C’est ce que veut dire Pierre dans son sermon quand il enseigne qu’il était impossible qu’il fût retenu par la mort, pour que s’accomplisse l’Écriture : « tu ne laisseras pas mon âme dans l’enfer ». Car son âme a été fortifiée par une vertu divine pour qu’elle ne débouche pas sur la perdition, et que son corps soit conservé dans le sépulcre jusqu’à la résurrection.

Il semble que, dans ce texte, Calvin entende par enfer l’extinction complète de l’âme, car il prouve que l’âme du Christ n’a pas été éteinte dans la mort du corps, parce que son âme n’a pas été absorbée par l’enfer. Qu’est-ce donc pour Calvin être absorbé par l’enfer si ce n’est l’extinction totale de l’âme ? Mais un peu après, il exprime plus clairement sa pensée. Voici ce qu’il dit : « Le Christ nous apporte un autre argument de l’immortalité de son âme, car il présente comme un type de sa mort Jonas immergé pendant trois jours dans le ventre d’un cétacé. Ce ventre est la mort; il eut donc l’âme qui demeure sauve dans la mort ». Et plus bas, il prouve par le sacrifice d’Isaac : « Pourquoi Isaac ne meurt-il pas si ce n’est parce que ce qui est propre à l’homme, l’âme, le Christ l’a rendue immortelle ? Un bouc est un animal irraisonnable, qui est substitué au corps pour mourir à sa place. »

Cet enseignement ne nécessite pas de réfutation, car il est le fondement de l’athéisme. Car, si c’est parce qu’il était fortifié par une vertu divine, qu’il retint une âme immortelle dans la mort du corps, les autres hommes, qui ne bénéficient pars de cette vertu divine sont donc complètement exterminés par la mort. L’âme humaine n’est donc pas immortelle. Tu diras que les pieux ne sont pas exterminés par la mort parce que le Christ a vaincu la mort pour eux. Donc, tous les impies, au moins, sont exterminés totalement. Et c’est cela descendre en enfer. Mais Calvin nie cela à la fin de son livre où il dit que même les impies vivent après la mort, même si c’est dans les peines. Or, cela ne concorde pas bien avec ce qui précède. Car, ou il n’a pas bien prouvé que l’âme du Christ est demeurée immortelle parce que, étant unie à la divinité, il ne lui fut pas permis de se précipiter dans la fournaise de feu, ou il s’ensuit surement que les âmes des impies qui se précipitent en enfer sont complètement anéanties. De plus, dans les actes, saint Pierre n’a pas dit que l’âme du Christ n’est pas allée en enfer, mais qu’elle n’y a pas été laissée longtemps. Et ne lisons-nous pas dans le symbole qu’il est descendu dans les enfers. Si donc descendre dans les enfers c’être périr, même l’âme du Christ a péri, même si elle a été ressuscité après coup.. C’est ce que veulent les anabaptistes. La doctrine de Calvin se détruit donc elle-même, et ouvre la voie à l’athéisme.

CHAPITRE 8 : Jésus n’a pas souffert les peines des damnés.

L’autre proposition est de Calvin (livre 2 des institutions, chap 16, versets 8, 9, 10, 11, 12)l dans le petit catéchisme, et dans la psychopannychia, et dans l’harmonie évangélique, chap 17, Matt). Il enseigne qu’on dit que le Christ est descendu aux enfers parce qu’il a souffert les peines des âmes damnées. Pour que cela se comprenne plus facilement, faisons quelques observations préliminaires. Il faut d’abord noter que, selon Calvin, il n’y a pas de lieu sous-terrain pour les impies, ni, non plus, de purgatoire, ni des limbes des pères. Car, (au livre 2, Inst. Chap 16, verset 9), il dit que tout ce que nous dirons bientôt là-dessus, ce ne sont que des fables pour enfants. Dans le livre 3 de ses institutions, (dernier chapitre), et dans la psychopannychia, il dit que les peines des damnés ne sont rien d’autre que la terreur et l’anxiété de la conscience, à la pensée que Dieu est irrité et courroucé.

Notons, ensuite, que le Christ, selon Calvin, est descendu aux enfers parce qu’il redoutait un Dieu irrité et courroucé à cause de nous, et parce que la crainte de perdre son propre salut lui fit éprouver une incroyable anxiété, la même que souffrirait quelqu’un qui se sait condamné pour toute l’éternité. Il affirme même qu’il a prononcé des paroles de désespoir (inst. chap 16, verset 10). « Il a souffert, dans son âme, les angoisses extrêmes de l’homme damné et perdu. » Et, au verset 11, il dit qu’il n’était pas certain de son salut. « Pleurant avec larmes et à grands cris, il a été libéré de sa crainte, non pour qu’il soit exempt de la mort, mais pour qu’il ne soit pas absorbé par elle comme un pécheur, car il était là à notre place. Et sûrement, on ne peut imaginer d’abime plus redoutable que te se sentir abandonné et rejeté par Dieu, et de ne pas être exaucé quand tu l’invoques, comme s’il conspirait pour ta ruine. » Et plus bas : « Engageant le combat avec la puissance du diable, avec l’horreur de la mort, et les souffrances de l’enfer, il arriva qu’il leur assigna la victoire ». Et au verset 12 : « Ici, des esprits nébuleux et incultes, poussés plutôt par malice que par ignorance, m’accusent de faire une injure atroce au Christ, parce qu’il n’y a pas de consentement unanime que le Christ ait craint pour son salut ». De même, dans Harmonie, commentant le chapitre 27 de Matthieu, il dit que le Christ n’a pas désespéré de son salut, mais qu’il a émis une parole de désespoir quand il a dit : « Mon Père, mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Notons, en troisième lieu, que, selon Calvin, le Christ commença à tomber en enfer au moment où, dans le jardin des oliviers, il commença à s’attrister et à prier. Il descendit ensuite plus profondément quand, sur la croix, il cria : « Mon Dieu etc.. ». Et encore plus profondément quand il comparut devant le tribunal de Dieu, comme coupable d’une mort éternelle, et qu’il eut à soutenir le jugement très sévère d’un Dieu irrité. C’est ce qu’il enseigne (dans institut. chap 16, verset 12) : « Si quelqu’un demande : le Christ est-il descendu aux enfers quand il invoqua la mort ? Je réponds que cela ne fut que le début. Tu peux déduire de là quels cruels et horribles tourments il endura quand il eut conscience de se tenir debout, en tant que coupable, à cause de nous, devant le tribunal de Dieu ». En voilà assez. Et même s’il ne dit pas combien de temps il est demeuré dans l’enfer, il laisse quand même entendre qu’il y ait resté jusqu’à la résurrection.

Notons, en quatrième lieu, que c’est à cette peine infernale que Calvin attribue presque toute notre rédemption, de sorte que, sans la descente aux enfers, la mort sur la croix n’aurait pas été suffisante. C’est bien ce qu’il dit (livre 2, institut. chap 16, verset 10) : « Rien n’aurait été accompli si le Christ n’était mort que d’une mort corporelle. Mais elle devait contribuer à payer le prix de notre rachat, pour que le Christ expérimente la sévérité de la vindicte divine. » Et plus bas : « Voilà pourquoi il a du lutter aussi contre les troupes infernales, l’horreur de la mort éternelle, comme si elles étaient des armées alliées, liguées contre lui. Il répète la même chose, et plus au long, dans le chapitre 27 de Matthieu.

Tous les livres