Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 59)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Nous avons aussi le témoignage de saint Léon (dans la lettre 62 à Maxime d’Antioche) qui s’exprime ainsi : « Pour obtenir la primatie de la province de Palestine, Juvénal a cru pouvoir se suffire à lui-même, et confirmer son audace insolente par des écrits factices. » Enfin, les papes déjà cités Anaclet, Léo, Grégoire, ne font, en énumérant les patriarcats, aucune mention de Jérusalem. S’est ajouté par la suite le patriarche de Constantinople, car, au temps du concile de Nicée, Constantinople n’existait pas encore, ni donc un patriarche de Constantinople. Car, c’est à la vingtième année de l’empire de Constantin, cinq ans donc après le concile de Nicée, que fut inaugurée Constantinople, comme l’écrit saint Jérôme dans sa chronique. Par la suite, tant au concile de Constantinople qu’à celui de Chalcédoine, l’évêque de Constantinople a manigancé pour que non seulement l’évêque de Constantinople devienne patriarche, mais détienne le second rang. Ce n’est pas avant l’époque de Justinien qu’on en fit la demande aux pontifes romains. Aux temps de l’empereur Justinien, c’est-à-dire après l’an 500, par la décision de l’empereur et la permission des pontifes romains, les évêques de Constantinople et de Jérusalem commencèrent à faire partie des patriarches, sans que personne ne demande rien de plus.

Puisque les choses se sont vraiment passées ainsi, Calvin (Institutions, livre 4, chapitre 6, verset 13) se demande, non sans raison, pourquoi les églises patriarcales furent si peu nombreuses, et pourquoi elles ont été rangées dans cet ordre-là. Car, si tu tiens compte de l’antiquité, le siège de Jérusalem devrait occuper le premier rang. Or, c’est au quatrième rang qu’il est relégué, ou plutôt à aucun. Si on tenait compte de la dignité du premier évêque, c’est le siège d’Éphèse qui devrait, après Rome, occuper le second rang, car il a été fondé par saint Paul, et gouverné par saint Jean jusqu’à sa mort. Le siège de Jérusalem, où s’assit saint Jacques, apôtre et frère de Jésus, et, après lui son frère Simon, devrait passer avant le siège d’Alexandrie, où trôna Marc, disciple des apôtres. Ensuite, pourquoi Alexandrie est-elle plus vénérable qu’Antioche, puisque l’église d’Antioche est plus ancienne que celle d’Alexandrie, et puisque saint Pierre en personne siégea à Antioche, et ses disciples à Alexandrie ?

Si tu réponds comme Calvin (institutions, livre 4, chapitre 7, verset 14) qu’en établissant des sièges patriarcaux, le concile de Nicée a fait choix des villes les plus nobles et les plus importantes, saint Léon te contredira dans son épitre 54 à Martien. Saint Augustin, répondant à l’argument des Grecs voulant que le siège de Constantinople soit un siège patriarcal venant tout de suite après Rome, parce qu’il était le siège impérial, dit ceci : « Que la cité de Constantinople ait sa gloire, et, qu’avec la protection de la droite de Dieu, elle jouisse longtemps du gouvernement de votre clémence ! Mais les choses divines relèvent d’une autre logique que les choses séculières; et cette construction ne pourra pas être stable sans la pierre que le Seigneur a placée à sa fondation. » Et le pape Gélase (dans l’épitre à l’évêque Dardanus) : « Car, en ce qui a trait à la cité impériale, autre est le pouvoir du royaume séculier, autre est la distribution des dignités ecclésiastiques. Car, comme une petite ville quelconque ne diminue par la prérogative du présent royaume, de la même manière, la prérogative du gouvernement impérial actuel ne change pas la mesure de la dispensation religieuse. »

Nous nous demanderons ensuite pourquoi on a constitué seulement trois sièges patriarcaux, alors qu’il y avait plusieurs villes importantes et impériales ? Or, les villes importantes et impériales ont toujours été situées là où trônait l’empereur. Au temps du concile de Nicée, les villes où résidait l’empereur en Orient était Nicomédie, qui est, de loin, la ville la plus illustre de la Bithynie. En Occident, Trèves et Milan. Trèves, dans la Gaule transalpine, et Milan dans la cisalpine, étaient les villes les plus célèbres. En effet, à cette époque, c’est de son siège de Nicomédie que Dioclétien régnait sur tout l’Orient; et c’est de Milan que Maximin gouvernait l’Italie, l’Afrique et l’Illyricum. Et c’est de Trèves que Constance, le père de Constantin, gouvernait la Gaule et la Grande Bretagne. D’où l’épitre du pape Gélase à Dardanus : « Nous rions de ce qu’on veuille accorder à Acacius une prérogative égale à la nôtre, pour la raison qu’il est l’évêque de la ville impériale. L’empereur n’a-t-il pas résidé longtemps à Ravenne, à Sirmius, à Trèves ? Est-ce que les évêques de ces villes ont usurpé une dignité excédant celle qui leur avait été accordée de toute antiquité ? »

Pourquoi donc les sièges de Nicomédie, de Trèves et de Milan ne devinrent-ils pas des sièges patriarcaux ? Ajoutons que le concile de Nicée n’institua pas des sièges patriarcaux, comme l’enseigne faussement Calvin, mais les confirma seulement. Car voici ses propres mots : « Continuera en Égypte ou en Pentapolis la coutume antique qui donne à l’évêque d’Alexandrie tout pourvoir sur eux ». Et plus bas : « Il en sera de même pour Antioche et les autres provinces. Que son honneur soit conservé par chaque église. » Et plus bas : « Parce que par une coutume antique et une vieille tradition, on rend honneur à l’évêque de Jérusalem, qu’il continue donc à recevoir cet honneur. »

La seule vraie cause du nombre de sièges patriarcaux est donc la dignité de saint Pierre, car seules églises patriarcales proprement dites sont celles où saint Pierre a siégé en tant qu’évêque. À Alexandrie, il a siégé où par lui-même, comme Nicéphore l’atteste (livre 14, chapitre 3) ou par son disciple Marc qu’il a envoyé là pour qu’il y fonde une église en son nom, comme l’enseigne saint Grégoire (livre 6, épitre 37, à Euloge d’Alexandrie) : « Bien qu’il y ait plusieurs apôtres, à cause de sa principauté, seul le siège du prince des apôtres l’emporta en autorité, lequel siège est d’un seul en trois lieux. Car c’est lui qui a anobli le siège où il a voulu lui-même s’asseoir, et où il a daigné finir sa vie présente. C’est lui qui a donné les titres de noblesse au siège où il a envoyé l’évangéliste Marc, son disciple. C’est lui qui a fortifié ce siège où il a siégé sept ans, même s’il devait le quitter un jour. Comme c’est un siège unique et d’une seule personne, sur lequel, par autorité divine, trois évêques président maintenant, tout ce que j’entends de bien de vous je me l’impute à moi-même. » Au même endroit, il dit : « Il m’ a parlé de la chaire de Pierre, celui qui est assis sur la chaire de Pierre. »

Il affirme donc là que l’évêque d’Alexandrie est assis sur la chaire de Pierre, car, c’est au nom de saint Pierre que saint Marc a été le premier évêque d’Alexandrie. Gélase enseigne exactement la même chose (dans le décret des livres canoniques et apocryphes, qu’il présenta dans un concile de 70 évêques). Saint Léon raisonne de la même façon (dans la lettre 53 à Anathole) : « Que son siège ne perde rien de sa dignité, celle qu’elle tient de l’évangéliste Marc, disciple de saint Pierre. Et que l’Église d’Antioche, dans laquelle, à la prédication de saint Pierre, est apparu pour la première fois le nom chrétien, persévère dans le rang qu’elle tient de son fondateur, et ne descende jamais plus bas qu’au troisième rang. » De même Anaclet, dans l’épitre 3 : « Le second siège, celui d’Alexandrie, a été consacré au nom de Pierre, par Marc son disciple. Le troisième siège, celui d’Antioche, est honorable à cause du nom de l’apôtre Pierre. »

Voilà donc quelle est la raison du nombre de ces sièges. Et la raison de l’ordre dans lequel ces sièges patriarcaux sont rangés est que les trois sont des sièges de l’apôtre Pierre. L’Église de Rome, il l’administra en personne jusqu’à sa mort; celle d’Alexandrie, par son disciple Marc; celle d’Antioche, par Évodius. Comme Pierre est plus grand que l’évangéliste Marc, Marc plus grand qu’Évodius, qui ne fut ni apôtre ni évangéliste, l’église romaine est supérieure en dignité et autorité à celle d’Alexandrie, et celle d’Alexandrie à celle d’Antioche. Et bien qu’il ne faille pas nier, qu’en choisissant ces villes pour ses sièges épiscopaux, saint Pierre ait tenu compte de leur grandeur, comme saint Léon l’enseigne (dans son épitre 84 à Anastase, vers la fin), la cause première et immédiate de ces sièges est la primauté et la dignité de saint Pierre.

La vingt-septième est la fête de la chaire de saint Pierre. Car, le fait qu’on célèbre publiquement dans l’Église une fête en l’honneur de l’institution de l’épiscopat de saint Pierre, et qu’on ne fasse rien de semblable en l’honneur des autres apôtres, ce fait, dis-je démontre que le siège de Pierre l’emporte sur tous les autres; bien plus, qu’il est la seule et unique chaire qui doive enseigner à tout l’univers, comme le dit Optatus (dans le livre 2 contre Parménien). Que cette fête en l’honneur de la chaire de Pierre est très ancienne, on peut facilement l’apprendre par le martyrologe de saint Bède le vénérable, et par un sermon de saint Augustin sur les saints (15).

La vingt-huitième prérogative vient du fait que dans les épitres canoniques, après le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, les anciens ajoutaient le nom du prince des apôtres. L’évêque Atticus écrit que, à la fin du concile de Chalcédoine, on devra lire de cette façon : « Pour que, en faisant les lettres canoniques, que les latins ont coutume d’appeler formées, on ne présume en rien aucune fausseté frauduleuse, les trois cent dix-huit pères réunis en concile ont sainement décrété que les lettres formées aient ce mode de calcul et de supputation suivant : on met la première lettre de Père, Fils et Saint-Esprit, ce qui donne, p. v. a, qui signifient les chiffres 80,40 et 1. Le p est la première lettre de l’apôtre Pierre, qui signifie le chiffre 80. La première lettre est de celui qui a écrit l’épitre; la seconde de celui qui la reçoit; la troisième de la cité où la lettre est écrite; la quatrième, l’adresse et le temps qui s’expriment par le même chiffre. Et c’est dans toutes ces lettres grecques qui, comme nous l’avons dit, expriment des chiffres qu’est contenue l’épitre, quant on les a réunies en un tout.

Optatus de Milet se souvient des épitres formées ou formatées (livre 2 contre Parminius) en ces mots : « Avec Sirice, l’échange d’épitres formées nous unit dans la société d’une communion unique. »

Et le concile de Milet (chapitre 20), défend aux clercs de venir aux réunions sans épitres formées ou formatées. Voir Burchardum (livre 2, chapitre 227), Ivonem (livre 6, chapitre 433, 434), et Sidoine Apollinaire (livre 7, épitre 2).

[2017 09 12 19h55, fin] [2017 09 19 à 18h50 début]

CHAPITRE 25

Des témoignages des pères grecs et latins confirment la primauté de Pierre Il reste encore à présenter le témoignage des Pères en faveur de la primauté de saint Pierre. Il faut d’abord observer que si les Pères ont dit que saint Pierre a été la tête de l’Église, ou qu’il a eu la primauté sur les apôtres et sur l’Église, cela devrait suffire pour démontrer ce que nous attendons des pères. Car, les adversaires eux-mêmes admettent que ces deux noms signifient le pouvoir suprême dans l’Église. C’est ce que disent les magdebourgeois (centurie 1, livre 2, chapitre 7, colonne 527). Ils affirment que la note propre de l’Antichrist est de détenir la primauté dans l’Église. Et Calvin (livre 4, institutions, chapitre 7, verset 3 ) : « Il est certain que tant que dura le vrai et pur visage de l’Église, ces noms d’orgueil que s’est attribués plus tard le siège de Rome, étaient tout à fait inconnus ». Il parle du nom de tête et de primat, et précise qu’au temps de saint Jérôme, le vrai visage de l’Église durait encore.

Je cite d’abord, parmi les Grecs, Origène (car j’omets Denys, Clément, Anaclet que nos adversaires n’acceptent pas). Il dit (dans le chapitre 6 de l’épitre aux Romains) : « Comme c’est à Pierre qu’à été remise la charge suprême de paître les brebis, et comme c’est sur lui que, comme sur une terre, est fondée l’Église, la seule chose qu’on exige de lui est la charité. » Eusèbe (chroniques, année 44 après Jésus-Christ), dit de saint Pierre qu’il est « un apôtre originaire de Galilée, et le premier pontife des Chrétiens. » Il dit cela pour nous faire comprendre que saint Jacques était l’évêque d’une ville, et saint Pierre de toute la terre chrétienne. De même (livre 2, chap 14 de son histoire), il appelle saint Pierre « le plus approuvé et le plus grand, le prince et le chef des premiers, et le maître de la milice de Dieu. » Qu’est d’autre le chef de la milice de Dieu que la tête de l’Église militante ?

Saint Basile (dans le sermon sur le juste jugement de Dieu) dit, en parlant de Pierre : « Bienheureux est celui qui fut placé avant les autres disciples, à qui les clefs du royaume céleste ont été remises ! » Saint Grégoire de Naziance (discours sur la modération à garder dans les disputes) voulant montrer que, dans toutes choses, il y doit y avoir un ordre, il tire un argument des apôtres qui, bien qu’ils aient été tous grands, avaient quelqu’un qui leur avait été préposé : « Tu vois comment, parmi les disciples qui étaient tous grands, sublimes et dignes d’être élus, un sera appelé pierre; et comment le fondement de l’Église est attribué à sa foi. Et vois avec quel calme et quelle sérénité les autres disciples ont accepté cela ! » Et Épiphane (hérésie 51) dit : « Le Christ élut saint Pierre pour qu’il soit le chef des disciples. » Et (dans ancora) : « Voici celui qui entendit le Christ lui dire : « Pais mes brebis », celui à qui a été confié le troupeau. »

Saint Cyrille de Jérusalem (catéchèse 2) appelle Pierre « le prince excellent des apôtres ». Saint Cyrille d’Alexandrie (livre 12 sur Jean, chapitre 64) écrit : « En tant que prince et chef des autres, il s’exclame en premier : tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Et (dans les trésors, si nous acceptons ce que dit saint Thomas dans sa somme contre les Gentils) : « Comme le Christ, chef qui sort d’Israël, a reçu du Père le sceptre de l’Église des Gentils, et est au-dessus de toute principauté et royauté, au dessus de tout ce qui existe, et gouverne toute chose, de la même façon c’est à Pierre et à ses successeurs que le Christ a confié en totalité, et à nul autre, l’Église qui lui appartient en propre. Et c’est à lui seul qu’il l’a donnée. »

Saint Jean Chrysostome (homélie 55 sur saint Matthieu) : « Le Christ établit saint Pierre pasteur futur de l’Église. » Et plus bas : « Seul Dieu peut octroyer que demeure immobile la future Église ballotée par les flots, dont le pasteur et le chef est un pêcheur, un homme de basse extraction. » Et, plus bas : « Le Christ a préposé Jérémie à une nation, Pierre, à l’univers entier. » Et, dans sa dernière homélie sur saint Jean, il répète souvent que c’est à Pierre qu’a été remis le soin de ses frères apôtres, et de tout l’univers. Euthymius (sur le dernier chapitre de saint Jean) enseigne que Pierre a reçu « la présidence sur les apôtres ». Au même endroit : « Si tu dis : comment se fait-il que ce soit saint Jacques qui ait reçu le siège de Jérusalem ? Je réponds que c’est de toute l’Église que Pierre a établi chef. » Euthymius enseigne ici que, comme saint Jacques a été chef de l’église de Jérusalem, saint Pierre a été chef de toute l’Église.

Théophylacte (chapitre 22 sur saint Luc) : « Il est absolument clair que le sens de : « confirme tes frères » est : parce que je t’ai établi le prince des disciples, après avoir pleuré pour m’avoir renié, et après avoir fait pénitence, confirme les autres, car cela te convient à toi qui es, après moi, la pierre et le fondement de l’Église. » Et plus bas : « Toi, Pierre, une fois converti, tu seras un bon exemple de pénitence pour tous, toi qui, après avoir renié quand tu étais un apôtre, a reçu de nouveau la primauté et la suprématie sur toute la terre. » Tu entends ici le nom de primat que Calvin n’a jamais entendu. Oecumenius (chapitre 1 des actes) : « Pierre se leva, non Jacques, comme le plus fervent, et comme celui à qui à été confiée la présidence sur les disciples. »

Hugo Etherianus ou Herettianus écrit, en l’an 1160, au temps de l’empereur Emmanuel, des livres sur la procession du Saint-Esprit contre les Grecs (livre 3, chapitre 17). Il dit : « Il apparait de toute évidence que Pierre est le successeur perpétuel du Christ, le prince et le chef non seulement des latins et des grecs, mais de l’Occident et du Septentrion, des Arméniens, des Arabes, des Juifs, des Madianites, et de tout l’Orient, ainsi que des pays au climat tempéré. » Nous avons ajouté Hugo aux Grecs, non pas parce qu’il était un grec, mais parce qu’il écrivit la plupart du temps en grec, et dans le palais d’un empereur grec.

Parmi les latins, saint Cyprien (dans l’épitre à Quintus) dit que, quand il a été réprimandé par saint Paul, saint Pierre n’a pas répondu que c’était lui qui avait la primauté, et que l’obéissance lui était due d’office. Saint Cyprien indique clairement, par ces paroles, que saint Pierre détenait l’autorité suprême, et qu’il pouvait exiger l’obéissance de la part de tous. Et, pour que les adversaires ne disent pas que la raison pour laquelle saint Pierre n’a pas dit qu’il détenait l’autorité suprême, c’est parce qu’il aurait dit une fausseté, écoutons l’explication qu’en donne saint Augustin (livre 2 sur le baptême, chapitre 1) : « Le même Cyprien parle ainsi dans l’épitre à Quintus : « Car, Pierre, celui que le Seigneur a élu comme chef, et sur lequel il édifie son Église, quand saint Paul lui fit des reproches au sujet de la circoncision, n’a prononcé aucune parole insolente pour se justifier, n’a manifesté aucune arrogance, en disant que c’est lui qui détenait l’autorité suprême, et qu’il devait s’en tenir aux choses anciennes plutôt qu’aux nouvelles. » Et un peu après : « Voici comment saint Cyprien explique ce que nous aussi nous apprenons dans l’Écriture sainte, à savoir, que l’apôtre Pierre, par une grâce excellente, possède le primat sur tous les apôtres. »

De la même manière, saint Cyprien (dans son livre sur l’unité de l’Église, ou de la simplicité des prélats) fait de Pierre, comme nous l’avons dit plus haut, le chef, la source, et la racine de toute l’Église. Et dans l’épitre à Jubajanum, il dit au sujet de saint Pierre : « Nous le considérons, nous, comme le chef et la racine de l’Église unique. » Saint Cyprien emploie donc fréquemment ces deux noms que l’ancienne Église n’aurait jamais entendus, selon Jean Calvin. Saint Maxime (sermon 3 sur les apôtres) écrit : « De quel mérite était donc Pierre auprès de son Seigneur, pour qu’il donne à celui, qui avait piloté un petit navire, le gouvernail du bateau de l’Église! » Optatus (livre 1 contre Parminius) dit : « La chaire est une, et tu n’oseras pas nier que tu sais que c’est à Pierre qu’a été confiée la chaire dans la ville de Rome, où s’est assis Pierre, le chef de tous les apôtres, qui a été appelé la pierre. Pour que l’unité de la chaire de vérité soit conservée par tous, pour que chacun n’oppose pas la chaire d’un autre apôtre ou la sienne propre, car il serait schismatique et pécheur celui qui promouvrait une autre chaire contre l’unique véritable. La chaire de vérité est donc une, elle est la première de toutes. Car c’est sur elle que s’assirent saint Pierre, et Lin son successeur. » Tu vois que la chaire de Pierre et de son successeur, est appelée la chaire unique de toute l’Église. Choses qui, pour Calvin, étaient inouïes.

Saint Ambroise (dernier chapitre de saint Luc) appelle Pierre « le vicaire de l’amour du Christ envers nous, et il dit qu’il est supérieur à tous. Et (dans le chapitre 12 de l’épitre 2 aux Corinthiens), il dit que « ce n’est pas André qui a reçu la primauté, mais Pierre ». Et voilà de nouveau ce nom que Calvin n’a jamais entendu ! De même (au chapitre 1 sur les Galates) il dit que Pierre « a reçu du Seigneur le soin de toute l’Église. » Ensuite (sermon 11) : « Le Seigneur est monté dans le seul navire de l’Église où Pierre est établi maître, selon la parole du Seigneur : sur cette pierre j’édifierai mon Église. Ce navire navigue sur la haute mer de ce siècle de façon à ce que, si le monde périt, il garde indemnes tous ceux qu’il prendra à bord. Cette figure nous la voyons déjà dans l’ancien testament. Car, comme l’arche de Noé, dans le naufrage du monde, a conservé indemnes tous ceux qu’elle avait reçus, de la même manière, l’Église de Pierre, à la conflagration du monde, maintiendra sains et saufs tous ceux qu’elle accueillera. Et comme, à la fin du déluge, la colombe apporta à l’arche de Noé un signe de paix, de la même manière, après le jugement, le Christ apportera la joie de la paix à l’Église de Pierre ».

Saint Jérôme (livre 1 contre Jovinien) : « Parmi les douze, un est élu, pour que, ayant été établi tête, soit enlevée toute occasion de schisme. Mais pourquoi saint Jean, qui était vierge, n’a-t-il pas été élu ? Il a été rejeté à cause de l’âge, parce que Pierre était plus âgé que lui. Car il ne convenait pas qu’un jeune homme, et presque un adolescent, soit préféré à des hommes d’âge mur. » Ici, on entend le mot tête que Calvin n’a jamais entendu. Saint Augustin dit souvent que Pierre a reçu la primauté (et surtout au livre 2, chapitre 1 du baptême que nous avons déjà cité, et où il ajoute) : « Je pense que je peux, sans rabaisser saint Paul, le comparer à saint Cyprien, en ce qui a trait à la gloire du martyre. Mais cependant, je dois craindre grandement de manquer de respect envers saint Pierre. Car, qui ne sait que la principauté de son apostolat doit être préférée à toute autre ? Mais si la grâce donnée à chaque chaire est différente, unique est la gloire des martyrs. »

On doit noter que, dans ce texte, selon l’enseignement de saint Augustin, la chaire de Pierre l’emporte sur les chaires des autres évêques, puisqu’il craignait d’être irrespectueux envers saint Pierre s’il le comparait avec saint Cyprien, qui n’était pas un évêque quelconque, mais le primat de toute l’Afrique du nord. Notons aussi qu’il pensait pouvoir comparer le martyre de saint Pierre à celui de saint Cyprien, même si celui de Pierre a été plus noble, car les palmes des martyres sont du même genre. Mais le siège de saint Cyprien ne peut pas être comparé avec celui de saint Pierre, car le siège de saint Pierre n’est pas seulement plus noble que celui de saint Cyprien, mais il est d’un autre genre, puisqu’ils diffèrent comme le tout et la partie. Car, saint Pierre n’était pas seulement évêque de Rome, comme saint Cyprien était évêque de Carthage, mais il était le pontife de toute la terre, tandis que saint Cyprien ne l’était que d’une partie.

Le même saint Augustin, parlant de la pénitence de saint Pierre (sermon 124) écrit : « Il guérit la maladie de tout le corps dans la tête même de l’Église. C’est là qu’il entretient la santé de tous les membres. » L’auteur des questions sur l’ancien et le nouveau testament (qui sont dans le tome 4 des œuvres de saint Augustin, question 75) dit : « Comme étaient dans le Sauveur tous les titres du magistère, de la même façon, après le sauveur, c’est dans Pierre qu’ils le sont. Car c’est lui que le Sauveur a mis à leur tête, pour qu’il soit le pasteur du troupeau du Seigneur. » Et plus bas : « Il est manifeste que, en Pierre, tous sont contenus. Car, en priant pour Pierre, on comprend qu’il a prié pour tous. Car c’est souvent dans le préposé que le peuple est châtié ou loué. »

Saint Léon enseigne souvent ces choses (surtout dans le sermon 3 de son intronisation) : « Parmi tout le monde, un seul est élu, Pierre. C’est lui qui est préposé à l’évangélisation de tous les Gentils, et qui est chargé de tous les apôtres et de tous les pasteurs de l’Église. Car, même si, dans le peuple de Dieu, il y a plusieurs prêtres et plusieurs évêques, Pierre règne au sens propre sur ceux que régit principalement le Christ. » Et, (dans l’épitre 84 à Anastase, à la fin) : « C’est avec une grande sagesse qu’il a été établi que chacun ne revendique pas toute chose, mais qu’il y en ait dans chaque province qui auraient le dernier mot dans les contestations. Et quelques-uns, dans les plus grandes villes, auraient une charge supérieure. C’est d’eux que le soin de toute l’Église affluerait au siège unique de l’Église universelle, pour que jamais rien n’échappe à sa tête. » Tu as ici le nom de tête, et le soin de l’Église universelle.

Saint Prospère (dans le livre sur l’ingratitude) : « La ville de Rome, siège de Pierre, qui est devenue la tête de l’honneur pastoral pour tout l’univers, tout ce qu’elle ne possède pas par les armes, elle le tient par la religion ! » Arator (dans le chapitre 1 des actes, dit sur saint Pierre : « Celui à qui l’Agneau a confié les brebis qu’il a sauvées par sa passion, a été établi pasteur de troupeau pour toute la terre, et est, par cette charge, devenu le plus grand … » Saint Grégoire (livre 4, épitre 32 à Maurice) : « Il est évident à tous ceux qui connaissent l’évangile, qu’à saint Pierre, le prince de tous les apôtres, a été confié par la voix du Seigneur, le soin de toute l’Église. » Et plus bas : « Voici celui qui a reçu les clefs du royaume céleste, à qui a été attribué le pouvoir de lier et de délier, à qui a été confié le soin de toute l’Église, et à qui a été donnée la principauté ecclésiale. »

Bède le vénérable (vigile de saint André) : « Pierre, qui confessa le Christ avec une vraie foi, qui l’a suivi avec un vrai amour, reçut d’une façon toute spéciale les clefs du royaume des cieux, et la principauté du pouvoir juridique, pour que tous les croyants du monde comprennent que tous ceux qui se séparent de l’unité de la foi, ou de sa communion, ne peuvent pas être absous des chaînes de leurs péchés, ni entrer par la porte du royaume des cieux. » Saint Bernard (épitre 237 à Eugène) : « Le lieu où tu te tiens est une terre sacrée, car c’est le lieu de Pierre, le lieu du prince des apôtres, là où il posa ses pieds. Le lieu de celui que le Seigneur a établi le maître de sa maison, et le prince de toute sa possession. » Et (au livre de la considération) il dit au sujet de Pierre : « Celui qui, à l’instar du Seigneur, a marché sur les flots, a été désigné par le Christ son unique vicaire. Il ne préside pas à un seul peuple, mais à tous, comme les grandes eaux signifient tous les peuples. »

Ces 24 témoignages des pères de l’Église, semblables aux 24 voix des anciens de l’Apocalypse, démontrent clairement le consensus de l’ancienne église, tant grecque que latine. On ne peut leur objecter rien d’autre que ce que Luther et Calvin disent au sujet de Léon : ils ont parlé sous le coup de la passion, et se sont trompés. Mais, s’il en est ainsi, pourquoi personne ne les a jamais réfutés ? Il est avéré que Épiphane, saint Augustin, Theodoret, saint Jean Damascène, ont tenu un index des hérésies et des hérétiques, dans lequel ils placèrent même Origène. Alors, pourquoi, je le demande, personne n’a jamais taxé Origène d’hérétique parce qu’il disait que, à Pierre, avait été confié le soin suprême de la garde des brebis ? Pourquoi n’-a-t- on pas rangé parmi les hérétiques saint Cyprien, saint Ambroise, Optatus, saint Léon et tant d’autres, parce qu’ils enseignaient, en toutes lettres, que Pierre avait le primat, qu’il était la tête de l’Église, et que toute la terre lui avait été confiée ? Certes, une telle erreur, qui, comme ils le disent, convient si bien à l’antichrist, aurait due être réprouvée par les plumes de tous les écrivains.

Donc, comme d’une seule voix, les pères proclament que le Christ a donné à l’apôtre la suprématie sur toutes les églises, comme les prérogatives insignes de saint Pierre sont attestées, comme nous voyons que, dans les livres sacrés et divins ce primat a été autant gratuitement promis qu’il a été fidèlement donné, nous serons trop obstinés si nous fermons les yeux devant une si claire lumière de vérité. CHAPITRE 26

On réfute un argument tiré de la comparaison de Pierre avec Jacques. Les objections qu’on a coutume de présenter contre le primat de Pierre, ont été réfutées en grande partie, par l’explication que nous avons donnée de deux textes de l’Écriture (Matt 16, et Jean fin), où il fut question de la pierre, des clefs et des brebis. Il reste encore trois points à éclaircir. Le premier qui consiste à comparer Pierre et Jean; le deuxième, à les comparer avec Paul, et le troisième, à citer les fautes horribles et funestes de Pierre, que le saint Esprit a voulu narrer pour que n’attribuions par trop de choses à Pierre.

Le premier argument est celui de Luther (dans le livre du pouvoir du pape). Il prouve que saint Jacques fut plus grand que saint Pierre par les raisons suivantes. D’abord, le Christ a été évêque de Jérusalem, non de Rome, et les apôtres furent ses prêtres. Donc, saint Jacques, qui, après la passion du Christ, est devenu évêque de Jérusalem, a succédé au Christ, ou a surement été son vicaire. Non Pierre. Ensuite, Jérusalem est la mère de toutes les églises, car (Isaïe 2) « De Sion sortira la loi, et la parole du Seigneur, de Jérusalem. » C’est donc Jacques qui est le père de toutes les églises, non Pierre. Enfin, le concile de Nicée (canon 7) attribue la primauté à l’évêque de Jérusalem. Et cela, en confirmant une coutume et une tradition anciennes.

Nous pouvons, dit-il, ajouter deux témoignages de grands poids. Un de saint Clément, (dans le livre 6 de la disposition, selon Eusèbe, histoire de l’église, livre 2, chapitre 1), qui écrit : « Bien qu’ils aient été choisis par le Christ de préférence à tous les autres, les apôtres Pierre, Jacques et Jean, ne revendiquèrent pas, après l’ascension, la gloire de la suprématie, mais sacrèrent évêque des apôtres Jacques dit le juste.» C’est en parlant du pouvoir du pape que Luther dit que Pierre, Jacques et Jean ont rejeté leur primauté, et l’ont remise à un Jacques qui leur était inférieur. L’autre passage est de saint Jean Chrysostome qui, (dans l’homélie 3 sur les actes), dit : « Voyez la modestie de Jacques. Il avait reçu la charge d’évêque de Jérusalem, et cependant, il ne dit rien. Considère aussi la modestie singulière des autres apôtres, de quelle façon ils lui laissent la place, et ne cherchent plus à se demander qui est le plus grand. »

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