Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 61)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Voici comment les choses se sont passées. Pendant son séjour à Antioche, Pierre, au nom de la liberté chrétienne, prenait ses repas avec les Gentils. Survinrent des Juifs de Jérusalem qui avaient été envoyés par saint Jacques. Alors Pierre se mit à penser qu’il ne pouvait pas éviter d’offenser soit les Juifs soit les Gentils. Car, sil continuait de manger avec les Gentils, les Juifs s’en formaliseraient. Faibles dans la foi comme ils étaient, ils n’arrivaient pas à se persuader qu’il leur était permis de manger ce que mangent les Gentils. Mais, si, par contre, il se séparait des Gentils pour se joindre au Juifs, il offenserait les Gentils qui le jugeraient faible, ou qui se serviraient de son exemple pour judaïser. Face à ce dilemme, Pierre choisit ce qui lui semblait le moindre mal. Car, étant d’abord et avant tout apôtre des Juifs, il préféra vexer les Gentils plutôt que les Juifs. Saint Paul blâma ce choix, et le reprit assez vertement.

Les pères Grecs n’ont vu aucun péché dans cette décision de saint Pierre, comme le montrent leurs commentaires de l’épitre aux Galates. Chapitre 2. Saint Jérôme donna son assentiment aux pères grecs dans son commentaire de cette épitre (89 chez saint Augustin). Mais la plupart des pères latins reconnaissent un certain péché, comme Tertullien (livre 4 contre Marcion), saint Cyprien (dans son épitre à Quintus), saint Ambroise (Galates, chapitre 2), saint Augustin (dans son épitre à saint Jérôme, 8.9.19), saint Grégoire (morales, chapitre 12), et d’autres. Du reste, ce péché, si péché il y a eu, ou fut véniel, ou fut une imperfection, ou ne fut que matériellement un péché : un manque de jugement, mais sans faute de sa part. Car il est certain qu’il a agi pour le mieux. S’il a erré dans le choix qu’il a fait, la cause en fut un manque de réflexion : ce fut alors un péché véniel. Ou un manque de lumière, et une ignorance involontaire : il n’y eut alors aucune faute de sa part. Il est vraisemblable que la Providence ait permis cela pour mettre davantage en relief la pensée de saint Paul; pour donner un exemple très utile de liberté, chez Paul, de patience et d’humilité chez Pierre. 2017 09 19 fin

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Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chretienne contre les Heretiques de ce Temps

JesusMarie.comSaint Robert Bellarmin

Saint Robert Bellarmin

Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps

Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.

télécharger TROISIÈME CONTROVERSE GÉNÉRALE

LE SOUVERAIN PONTIFE

(pdf latin, tome 1, p.451-535)

2017 09 28 à 20h34 début

LIVRE 2 De Successionne Romanorum Pontificum in Primatu CHAPITRE 1 : On propose une question : saint Pierre a-t-il été à Rome ? Y est-il mort évêque de Rome ? Après avoir traité de ce qui permet d’expliquer la primauté de saint Pierre, et de la démontrer, nous en venons maintenant à la primauté apostolique de ses successeurs. Comme le droit de succession des pontifes romains est fondé sur le fait que saint Pierre, sur l’ordre du Seigneur, établit son siège à Rome, et y pontifia jusqu’à sa mort, la première question qui se pose est la suivante : Saint Pierre a-t-il été vraiment évêque de Rome ? A-t-il jamais transféré son siège ailleurs ?

Plusieurs hérétiques de notre époque mettent en doute ce qui a été cru constamment par toute la terre pendant 1500 ans, à savoir que saint Pierre ait été évêque de Rome, et qu’il ait rendu l’âme à son Seigneur par le martyre de la croix. Les uns s’expriment avec retenue, d’autres avec impudence. Le premier, à ce que je sache, qui enseigna que saint Pierre n’avait pas été évêque de Rome, et qu’il n’avait même jamais vu Rome, fut Guillaume, le précepteur de Jean Wiclef, comme le Vaudois Thomas le rapporte (dans son livre 2 sur la doctrine de la foi, article 1, chapitre 7). C’est lui qu’a suivi le luthérien Uldéric Velenus, qui écrivit un livre entier sur ce sujet. Il croit présenter 18 raisons persuasives (comme il les appelle lui-même), pour prouver que Pierre n’a jamais mis les pieds à Rome; et que c’est à Jérusalem, non à Rome, que saint Pierre et saint Paul ont été mis à mort. Et il déclare à la fin de son livre, que pour ce service rendu à l’Église, il mérite la récompense d’une couronne incorruptible. Surement, si Dieu couronne les mensonges, il recevra, à n’en pas douter, une couronne imputrescible.

Illyricus (dans son livre contre la primauté du pape) écrit : « La démonstration est convaincante : saint Pierre n’est pas allé à Rome ». Jean Calvin (livre 4 des institutions, chapitre 6, verset 15), après avoir montré que la chose était douteuse, conclut ainsi : « Cependant, en raison du consensus des écrivains, je ne conteste pas qu’il soit vraiment mort à Rome. Mais, qu’il ait été évêque à Rome, et surtout pendant une longue période de temps, je n’arrive pas à me le persuader. » Les Magdebourgeois disent des choses semblables (dans centurie 1, livre 2, chap 10, col 561).

Il est à noter qu’il y a quatre choses qui sont mises en doute. Pierre a-t-il été à Rome ? Est-il mort à Rome ? A-t-il évêque de Rome ? A-t-il changé de siège après avoir reçu celui de Rome ? De ces quatre, seul le dernier est requis nécessairement et suffit à constituer le primat du pontife romain. Voilà la raison pour laquelle Calvin s’est peu soucié des trois premiers, mais au sujet du quatrième, il ne voulut pas en démordre. Car le premier n’est pas requis et ne suffit pas du tout, cela n’est que trop évident, car beaucoup d’évêques sont venus à Rome, sans jamais devenir évêques de Rome. Et il y eut même un certain nombre de papes qui n’allèrent jamais à Rome, comme Clément 5, Jean 22, Benoit 7, Clément 6, et Innocent 6. C’est en Gaule qu’ils furent sacrés pape, et c’est là qu’ils demeurèrent.

Que le deuxième ne soit pas requis ni ne suffise, plusieurs pontifes romains l’ont attesté en mourant en dehors de Rome. Comme Clément 1, qui mourut dans le Pont, Pontien en Sardaigne, Jean 1 à Ravenne, Agapet à Constantinople, Innocent 111 à Pérouse, Innocent 4 à Naples, Jean XX à Viterbe, et d’autres ailleurs. C’est ce qu’attestent plusieurs évêques qui sont morts à Rome sans être, pour autant, évêques de Rome.

La troisième est requise mais ne suffit pas. On le déduit de ce que saint Pierre, qui fut d’abord évêque d’Antioche, a transféré ensuite son siège à Rome, sans que l’évêque d’Antioche ait pour autant acquis le droit de revendiquer le premier rang. Le quatrième donc seul est requis et suffit. Mais comme tous sont vrais, nous les démontrerons tous par des arguments appropriés.

CHAPITRE 2

Pierre a été à Rome

Nous le prouverons d’abord par un témoignage de saint Pierre, qui s’exprime ainsi à la fin de sa première épitre : « L’Église rassemblée à Babylone vous salue, et Marc mon fils. » Le premier témoin est saint Jérôme (dans son livre des hommes illustres, au mot Marc). Il s’exprime ainsi : « Dans sa première lettre, Pierre désigne Rome sous le nom de Babylone. » C’est de la même façon que commentent ce texte Oecumenius et Bède le vénérable, et tous ceux qui ont expliqué cette épitre. De plus, saint Jean, dans l’apocalypse, donne souvent le nom de Babylone à Rome, comme Tertullien l’a noté (livre 3 contre Marc, et livre contre Jude). La ville de Rome est indiquée clairement (chap 17) dans l’apocalypse, où l’on lit que « Babylone est assise sur sept montagnes, et a l’empire suprême sur les rois de la terre ». Car, il n’y eut pas, au temps de saint Jean, une autre ville qui exerçât l’empire universel, et qui fût assise sur sept collines. Les adversaires, d’ailleurs, accusent souvent Rome d’être la Babylone de l’Apocalypse. Luther lui-même a écrit un livre entier sur la captivité de Babylone; et les Magdebourgeois ne reçoivent l’apocalypse parmi les livres divins que parce que, dans ce livre, on dit beaucoup de choses contre Rome sous le nom de Babylone. Voir centurie 1 (livre 2, chapitre 4, colonne 56).

Velenus réplique : « Il n’y a eu que deux vraies Babylone, l’une chez les Syriens, et l’autre en Égypte, qu’on appelle maintenant le Caire. Il s’ensuit donc que ce n’est pas de Rome que saint Pierre a écrit, mais de l’Assyrie, ou de l’Égypte. » Velenus parle pour ne rien dire. Car, saint Pierre ne parle pas de la Babylone proprement dite, mais de celle qu’on appelle métaphoriquement Babylone, comme nous le démontrons à partir d’un grand nombre de commentateurs, qui ont certes plus de poids que le seul Velenus. D’autant plus qu’il ne peut pas citer un seul écrivain qui l’appuie ! D’ailleurs, que Velenus nous réponde : s’il n’exista pas de Babylone en dehors de l’Assyrie et de l’Égypte, quelle est donc cette Babylone qui, dans l’Apocalypse, détient l’empire sur tous les rois de la terre ? Cela ne correspond surement ni à l’Assyrie, ni à l’Égypte !

Mais Velenus insiste : « Si, dans l’épitre de saint Pierre, on entend Rome par Babylone, comme dans l’apocalypse de saint Jean, ils ont donc raison tous ceux qui quittent l’Église romaine. Car, dans l’apocalypse (18) nous lisons : « Elle est tombée Babylone la grande ! Elle est devenue une demeure de démons, et la gardienne de tous les esprits immondes. » Et de nouveau : « Sortez de cette ville, mon peuple, pour ne pas participer à ses manquements, et pour ne pas être contaminés par ses virus ! » Je réponds que ce n’est pas l’Église romaine qu’on appelle Babylone, mais la ville de Rome du temps de saint Jean. Car, comme l’explique Tertullien (livre 3 contre Marc), comme la vraie Babylone était la tête de l’empire, et avait pour roi Nabuchodonosor, qui persécutait le peuple de Dieu et l’amenait en captivité, de la même façon, la ville de Rome, au temps des apôtres, était la tête de l’empire, et avait un Néron comme empereur, qui persécutait farouchement l’Église de Dieu.

Saint Jean a prédit que cette Babylone serait saccagée, parce que l’empire romain devait être détruit. Nous savons que cela s’est réalisé presque au complet. Car, les Goth, les Vandales, les Huns, les Lombards n’ont-ils pas réduit l’empire romain à presque rien ? Cette même Babylone il l’appelle la demeure des démons, et la gardienne de tous les esprits immondes, parce que, comme le dit saint Léon (sermon sur la naissance au ciel des apôtres Pierre et Paul) : « Quand elle était dominée par tous les Gentils, elle a partagé les erreurs de tous les Gentils. » Et, au sujet de : « sortez de la ville », il s’agit d’une invitation à sortir non avec son corps, mais avec son cœur, comme saint Augustin l’explique (dans collatione 3 sur le bréviaire). Ce que commande saint Jean c’est que les saints ne se joignent pas aux païens et aux idolâtres par une ressemblance de mœurs et de vie, même s’il leur est permis d’habiter dans la même ville qu’eux. Il appert, d’ailleurs, que ces paroles de saint Jean n’ont jamais fait sortir les chrétiens de la ville de Rome !

Voilà pourquoi saint Jérôme (dans l’épitre à Marcella qu’il exhorte au nom de Paula et d’Eustoche, à sortir de la ville pour se rendre à Bethléem,) après avoir cité contre Rome ces paroles de l’apocalypse, ajoute tout de suite après : « La sainte Église est là, là sont les trophées des apôtres et des martyrs, là a été prêchée la foi par l’Apôtre, et foulée aux pieds la gentilité, là chaque jour le nom chrétien s’élève toujours plus haut. » Par ces paroles, il enseigne que ce n’est pas contre l’Église romaine que saint Jean a parlé, mais contre la gentilité romaine. Et (dans son livre 2 contre Jovinius, vers la fin), il parle ainsi de Rome : « Je parle de toi qui, par la confession du Christ, a effacé le blasphème écrit sur ton front. »

On le prouve, ensuite, par les actes des apôtres et l’épitre aux Romains. Ces écrits nous révèlent que, à Rome, il y avait beaucoup de chrétiens, et même une église nombreuse et florissante, avant que saint Paul n’y aille. Je demande donc : qui a fait ces chrétiens, si saint Pierre n’est jamais venu à Rome ? Car, que Pierre ait été le premier à prêcher aux Romains, et qu’il ait fondé une église avant la venue de saint Paul, plusieurs anciens en témoignent. Que ce soit un autre qui ait fait cela, on ne peut le démontrer par aucun argument solide. Il est certain que saint Irénée écrit que l’Église de Rome a été fondée par saint Pierre et saint Paul, c’est-à-dire, par saint Pierre d’abord, et ensuite par saint Paul. Eusèbe (livre 2 de l’histoire de l’Église, chapitre 14), dit, parlant de Pierre : « Par le verbe de la prédication salutaire, Pierre fut le premier, dans la ville de Rome, à ouvrir, par les clefs de son évangile, la porte du royaume céleste. » Arnobe ( livre 2 contre les Gentils, dit que Rome « s’est convertie au Christ, parce qu’elle a vu le quadrige igné de Simon le magicien dégonflé par la bouche de Pierre, dès qu’il invoqua le nom du Christ »

Épiphane (hérésie 27, qui est celle de Carpocrate) : « Pierre et Paul furent les premiers à Rome. » Saint Jean Chrysostome (dans le psaume 48) : « Parce que c’est le pêcheur Pierre qui occupa principalement la ville de Rome, il y resplendit, même après sa mort, plus lumineux que le soleil. » Paul Orose (livre 7 de l’histoire, chapitre 6) : « Au début du règne de Claude, l’apôtre Pierre de notre Seigneur Jésus-Christ vint à Rome et il enseigna, par une parole fidèle, la foi salutaire à tous, la démontra par des vertus très puissantes, et c’est à partir de là que commencèrent les chrétiens de Rome ». Saint Léon (sermon sur la naissance au ciel des apôtres Pierre et Paul), enseigne : « Quand, pour imprégner tout l’univers de l’évangile, les apôtres se partagèrent les provinces, le bienheureux Pierre, le prince de l’ordre apostolique, fut destiné à la citadelle de l’empire romain. » Theodoret (épitre aux Romains, chapitre 1 ) : « Le grand Pierre est le premier à leur (romains) avoir présenté la doctrine évangélique. » Saint Grégoire de Tours (histoire, livre 1, chapitre 25), dit d’abord que saint Pierre est venu à Rome sous Claude. Il ajoute ensuite : « Depuis ces jours-là, des chrétiens commencèrent à exister dans la ville de Rome. »

L’empereur Théodose (catéchèse 1 sur la sainte trinité et la foi) : « Tous les peuples que régit l’empire de notre clémence, nous voulons qu’ils se conservent dans la religion que saint Pierre a apportée aux Romains, et qui perdure jusqu’à maintenant. » Ajoutons la divination de la sibyille Erytraea. Elle avait prédit que « la ville de Rome serait assujettie non par le glaive et la guerre, mais par le filet d’un pêcheur ». Nicolas Sanderus rapporte cette prophétie, (livre 7 de la visite du monarque, page 250). Velenus répond que c’est après la passion du Christ, au temps de Tibère, que les chrétiens ont commencé à exister à Rome, comme le rapportent Orosius (livre 7 de son histoire), Tertullien dans son apologie, Platina dans la vie du Christ, et Tranquillus dans la vie de Tibère. Il s’ensuit donc de tout cela que ce n’est pas par Pierre que l’Église de Rome a été fondée, puisqu’il n’y est venu qu’au temps de Claude. Ajoutons en faveur de Velenus, le témoignage de saint Clément (livre 1 dans les reconnaissances), où nous lisons que Barnabée a prêché à Rome au temps de Tibère. Dorothée de Tyr, après l’avoir lu, a enseigné que Barnabée est le premier à avoir prêché à Rome.

Je réponds que c’est faux qu’il y ait eu des chrétiens au temps de l’empereur Tibère, et que c’est archi vrai que, comme le racontent les pères, saint Pierre ait été le premier à prêcher aux Romains, et ce, au temps de Claude. Car, des quatre auteurs cités par Velenus, deux, parmi les plus anciens, ne disent rien de tout cela. Velenus ment froidement. Même si, dans la préface, il jure sur son âme de parler franchement, de ne vouloir par aucun mensonge et par aucune fraude, farder la vérité. Tranquillus, dans la vie de Tibère, ne se souvient en rien des Chrétiens. Mais, dans la vie de Claude, il dit que, sous l’impulsion du Christ, les Juifs séditieux furent expulsés de Rome par Claude. Voilà qui favorise notre opinion, car nous soutenons, nous, que c’est au temps de Claude que les Chrétiens ont commencé à exister. Tertullien, dans son apologie, dit plutôt le contraire de ce que Velenus lui fait dire. Car, il rapporte que, de la Palestine, Pilate a écrit à Tibère au sujet de la résurrection du Christ, et qu’il était considéré comme dieu par plusieurs; et que Tibère avait référé la chose au sénat, pour qu’ils décident s’il convenait de recevoir le Christ parmi les dieux; que le sénat avait refusé parce que, comme l’écrivait Pilate, le peuple le considérait déjà comme Dieu avant qu’il ait été consacré par le sénat.

De ce récit, on ne peut déduire qu’il y avait déjà à Rome des chrétiens, mais plutôt qu’il n’y en avait pas. Car, s’ils y étaient, Tibère aurait d’abord connu par eux ce qu’il apprit par une lettre de Pilate.

De plus, Orosius, qu’a suivi Platina, ajoute, aux paroles de Tertullien, que le sénat avait décrété qu’il fallait chasser les chrétiens de la ville. On ne peut pas comprendre la décision du sénat au sens où il y aurait eu alors des chrétiens dans la ville de Rome, car le même Orose (dans le même livre 7) enseigne clairement qu’il n’y a eu des chrétiens à Rome qu’après la venue de saint Pierre; que Pierre est venu sous Claude. Voici donc quel était le sens du décret du sénat : il ne fallait en aucune façon accueillir la religion chrétienne, et chasser de Rome les chrétiens qui y viendraient. Mais cet édit n’eut aucune force, car comme le rapporte Orosius au même endroit, Tibère a imposé des sanctions aux accusateurs des chrétiens.

Au sujet de Barnabée, je réponds qu’il n’est pas vraisemblable que Barnabée ait prêché à Rome au temps de Tibère, car il est établi qu’aucun d’eux n’a osé prêcher aux Gentils avant que Pierre (actes 10, et 11) ne soit averti de le faire par une vision céleste. Et, à cette époque, Barnabée fut le compagnon assidu de saint Paul jusqu’à la fin du concile de Jérusalem, comme on le voit dans les actes des apôtres (11. 12. 13. 14. 15). Et pendant tout ce temps, lui et Paul n’allèrent pas une seule fois à Rome. Or, on célébra le concile de Jérusalem dix-huit ans après la passion de Jésus, et 13 ans après la mort de Tibère (comme on peut le voir dans l’épitre aux Galates, 1 et 2). Barnabée n’est donc pas venu à Rome au temps de Tibère. Ajoutons que ces livres des reconnaissances sont considérés comme des livres apocryphes. Ensuite, la synopsis attribuée à Dorothée de Tyr est pleine de récits abracadabrants et de mensonges. Car (pour omettre le reste), par quelle raison peut-on défendre un auteur qui compte parmi les 72 disciples un eunuque de la reine d’Éthiopie, celui-là même qui avait parlé avec Philippe après l’ascension du seigneur; qui fait de Junie un évêque, alors qu’il est certain qu’elle était une femme; et qui fait du César dont parle Paul aux Philippiens un disciple du Christ et un évêque, bien que, de toute évidence, il s’agisse de l’empereur Néron ?

Ajoutons enfin, que même si nous recevions les reconnaissances de Clément et la synopsis de Dorothée, Velenus n’aurait rien à y gagner. Car le même Clément que suit Dorothée, raconte ailleurs que Barnabée ne rapporta aucun profit à Rome, et qu’il s’en retourna tout de suite après avoir prononcé, sans fruit, son premier sermon.

Troisièmement, on le prouve par l’histoire de l’évangile de saint Marc. Les auteurs les plus sérieux écrivent tous unanimement que saint Marc a composé son évangile à Rome, comme il avait entendu saint Pierre le prêcher. C’est, par exemple ce que rapportent Eusèbe (livre 2 de son histoire, chapitre 15) en citant Papias et Clément d’Alexandrie), saint Jérôme (les hommes illustres, au mot Marc), le pape saint Damase (dans la vie de saint Pierre). Isidore raconte la même chose dans la vie de saint Marc, et Adon dans sa chronique de l’année 45. Enfin, Tertullien (livre 4 contre Marcion) dit que c’est à saint Marc que Pierre confia la tâche d’écrire l’évangile, parce qu’il était l’interprète de saint Pierre, et son disciple, comme c’est à saint Luc que saint Paul a mandé le sien.

Velenus répond. Ont été trompés tous ceux qui ne se sont pas rendu compte qu’il y a eu deux Marc, un qui s’appelait Jean Marc, dont on fait mention dans les actes des apôtres (chapitres 12 et 15), et un autre dont parle saint Paul dans l’épitre à Philémon. Le premier de ces deux Marc est celui qui a écrit l’évangile, qui fut évêque d’Alexandrie, disciple et adepte de saint Pierre, mais qui n’a jamais vu Rome. L’autre Marc a été le compagnon de saint Paul, mais n’a écrit aucun évangile. Les anciens pères ont donc attribué à un seul ce qui se rapporte aux deux; et c’est la raison pour laquelle ils sont tombés dans l’erreur de penser que saint Marc avait écrit l’évangile à Rome.

Mais notre Vélénus commet trois péchés. Le premier. Il pense que Marc Aristarque désigne une seule personne, alors qu’il y en a manifestement deux. Car, voici comment parle saint Paul : « Mon compagnon de captivité Épaphras te salue dans le Christ Jésus, ainsi que Marc, Aristarque, Démas et Luc, mes coadjuteurs. » Il parle encore plus clairement dans l’épitre aux Colossiens : « Aristarque, mon compagnon de captivité, et Marc surnommé Barnabée. » Autre observation. Il veut que l’évangéliste Marc ne soit jamais allé à Rome parce qu’il a été évêque d’Alexandrie, comme s’il n’avait pas pu être envoyé de Rome à Alexandrie par saint Pierre. Ou comme s’il n’avait pas pu voyager d’Alexandrie à Rome, et retourner ensuite à Alexandrie, après avoir quitté Rome.

Il prétend que c’est Jean Marc qui a écrit l’évangile, car ce Jean Marc avait Barnabée pour surnom, et était disciple de saint Paul, comme on le trouve dans les actes des apôtres (chapitres 12, et 15), et dans l’épitre aux Colossiens (dernier chapitre). Et il aurait vécu jusqu’à la quatorzième année du règne de Néron, car, dans la dernière épitre que saint Paul écrivit à Timothée, en la quatorzième année du règne de Néron, son martyre étant imminent, il a ordonné à Marc de venir le trouver. Or, Marc l’évangéliste et évêque d’Alexandrie a été tué la huitième année du règne de Néron, comme le rapportent Eusèbe dans ses chroniques, et saint Jérôme dans son livre des hommes illustres, au mot Marc.

On peut aussi le prouver par le récit de la victoire éclatante qu’a remportée saint Pierre à Rome sur Simon le magicien. Ce récit nous en avons déjà démontré la véracité par plusieurs témoignages. Viennent ensuite tous les arguments dont nous ferons le plein dans le prochain chapitre, ceux qui démontrent que c’est à Rome que saint Pierre a subi le martyre. N’a pas pu mourir à Rome celui qui n’y a jamais été.

CHAPITRE 3

Saint Pierre est mort à Rome

Ce sont d’abord les sépulcres qui attestent que non seulement saint Pierre est venu à Rome, mais que c’est là qu’avec saint Paul, il a déposé sa vie pour la plus grande gloire de Dieu. Car, si saint Pierre et saint Paul ne sont pas morts à Rome, qui a transporté leur corps à Rome ? De quel endroit, quand, et devant quels témoins ? Ils répondront peut-être que leurs corps ne sont pas à Rome. Où sont-ils donc, je le demande ? Il est certain qu’on n’a jamais prétendu qu’ils soient ailleurs. Il n’est pas, non plus, vraisemblable que les corps des plus illustres apôtres aient été négligés, alors que nous voyons conservés avec le plus grand soin un si grand nombre de corps de saints. Cet argument Eusèbe le trouva si convaincant qu’il jugea superflu d’en chercher d’autres : « Donc, Néron, pour manifester qu’il était l’ennemi déclaré de la divinité et de la piété, condamna tout d’abord à mort les chefs et les porte-étendards des apôtres eux-mêmes : Paul, par la décapitation, et Pierre par la crucifixion. Tous les deux dans la ville de Rome. Je trouve qu’il serait superflu de chercher des témoignages externes, puisque, encore aujourd’hui, leurs monuments insignes et splendides en sont les meilleures preuves. »

On peut tirer une autre preuve du consentement unanime et universel de tous les peuples chrétiens. De tous les pays, en effet, s’organisent des pèlerinages pour venir vénérer les tombeaux de ces deux apôtres. Voici ce qu’écrit Nicolas 1 dans son épitre à Michael : « De tous les coins du monde, affluent à chaque jour, vers les sépulcres des apôtres, des milliers d’hommes, pour des motifs religieux. La ville de Rome montre assez clairement que l’Église du Christ est catholique et universelle, puisqu’on y voit toujours auprès des sépulcres de saint Pierre et de saint Paul, un grand nombre d’hommes de toutes les races et de tous les pays ».

Mais les adversaires ne nient pas que, jusqu’à Jean Wiclef, c’est-à-dire jusqu’à peu près 1400 ans, tous les chrétiens étaient persuadés que Pierre avait vécu et était mort à Rome. Or, il n’est en aucune façon croyable que, pendant une si longue période de temps, il n’y eut personne d’assez futé pour détecter cette erreur, si vraiment erreur il y a. Surtout que cet évènement que toute la chrétienté a cru si longtemps, ne s’est pas produit en un endroit retiré, en une seconde, et sans témoins, ni ne fut une chose facile à feindre et difficile à réfuter. Car nous disons que saint Pierre a exercé son pontificat à Rome pendant plusieurs années et que, à la fin, après avoir vaincu publiquement Simon le magicien, sur l’ordre d’un empereur tout puissant et très cruel, il a fini sa vie sa vie sur la croix, tête en bas. Comment croire qu’une chose si célèbre et si connue ait été fausse, et que personne n’ait été assez perspicace pour la réfuter avant le quinzième siècle?

Enfin, c’est ce qu’attestent les témoignages des pères de l’Église. Saint Ignace, qui a vécu au temps des apôtres, le raconte dans l’épitre aux Romains, dont saint Jérôme (dans ses hommes illustres) rapporte la plus grande partie au mot Ignace. Demandant aux Romains qu’il n’empêche pas sa passion, il dit : « Je ne vous le commande pas comme Pierre et Paul ». Par ces paroles, il semble faire allusion à la passion de saint Pierre et de saint Paul, qu’ils ont essayé d’empêcher. Car, en pleurant, ils ont forcé saint Pierre à sortir de la ville, quand Néron le recherchait pour le supplicier. Saint Ignace dit donc : même si je ne peux pas vous donner des ordres, comme le pouvaient Pierre et Paul, je vous demande de ne pas mettre d’obstacles à mon martyre, comme vous en avez mis à ceux de Pierre et de Paul.

Saint Denys de Corinthe, qui naquit à la centième année après la mort des apôtres, dit, quand il était à Rome (comme le rapporte Eusèbe, livre2, chap 25, de son histoire) : « Enseignant ensemble dans cette ville, ils ont reçu tous les deux ensemble la couronne du martyre, au même moment. » Cajus, qui vint cinquante ans après Denys, selon le même Eusèbe, écrit au même endroit : « Je possède, moi, les trophées des apôtres que je montre. Car, si tu avances dans la voie royale qui conduit au Vatican, ou par la voie d’Ostie, tu trouveras suspendus des trophées, provenant de toutes les parties du monde, tout autour de l’Église romaine ». Égésippe, proche lui aussi des temps apostoliques, raconte l’histoire tout au long (dans le livre 3 de la destruction de Jérusalem, chapitre 2). Il ajoute à ce que ses prédécesseurs avaient dit que, à sa demande, saint Pierre a été crucifié la tête en bas. Eusèbe (dans sa chronique, l’an 71 après Jésus-Christ), dit : « En plus de tous ses autres crimes, Néron déclencha une persécution contre les chrétiens, pendant laquelle Pierre et Paul périrent glorieusement »

Théodoret, parlant de Rome dans son épitre au pape Léon : « Elle a les sépulcres des pères de tous les chrétiens, et des docteurs de vérité, saint Pierre et saint Paul, qui éclairent les âmes des fidèles ». Origène (livre 3 sur la Genèse, comme le rapporte Eusèbe dans son histoire, livre 3, chapitre 2) : « Et Pierre, ayant demeuré jusqu’à la fin dans la ville de Rome, y fut aussi crucifié, la tête en bas, comme il l’avait demandé lui-même, pour ne pas être mis sur le même pied que son maître. » Saint Athanase (apologie pour sa fuite) écrit : « Quand Pierre et Paul ont entendu dire qu’ils devaient subir le martyre à Rome, ils ne reculèrent pas devant ce témoignage de foi, mais l’acceptèrent avec joie. »

Saint Jean Chrysostome (homélie 32 sur l’épitre aux Romains) enseigne : « Quand il darde ses rayons, le soleil ne resplendit pas autant que la ville des Romains, quand elle répand sur toute la terre la lumière de ces deux lampes. Là ont été traînés à mort Paul et Pierre. Considérez et admirez le spectacle que Rome verra : Pierre et Paul ressuscitant subitement de leur tombeau, et étant emportés dans leur course vers Jésus. »

Parmi les latins, Tertullien (la prescription des hérétiques ) : « Si tu te rends en Italie, tu as Rome, où l’autorité est à notre portée. Heureuse église, dans laquelle les apôtres ont répandu toute leur doctrine avec leur sang, où saint Pierre a eu une passion équivalente à celle de son Seigneur, où saint Paul a été couronné par le supplice de saint Jean-Baptiste. » Lactance (livre 4 des institutions divines, chapitre 21) : « En partant, le Christ a révélé à ses disciples les évènements futurs, que Pierre et Paul ont prêchés à Rome. » Et, plus bas : « Quand Néron les mit à mort, Vespasien éteignit le nom et la nation des Juifs. Il fit toutes les choses que les apôtres Pierre et Paul avaient prédit qu’il ferait. » Saint Ambroise (dans son discours contre Auxence que l’on trouve dans la lettre 5 : « La nuit, saint Pierre commença à sortir des murs de la ville de Rome, et voyant le Christ se diriger vers lui, franchir la porte et entrer dans la ville, il lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Le Christ lui répondit : « Je vais à Rome pour y être crucifié de nouveau. » Saint Pierre comprit que cette réponse divine se rapportait à sa mort à lui. » Et plus bas : « Rebroussant chemin aussitôt, il honora le Seigneur Jésus par sa mort. »

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