Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 62)
Saint Jérôme (dans sa vie des hommes illustres, au mot Pierre) écrit : « Simon Pierre se dirigea vers Rome pour combattre Simon le magicien, et là, pendant 25 ans, et jusqu’à la fin, il détint la chaire sacerdotale, c’est-à-dire jusqu’à la quatorzième année de Néron. C’est au cours de cette même année qu’il fut cloué à la croix, et qu’il fut couronné par son martyre, ayant été crucifié la tête en bas. » Saint Augustin (livre 1, chapitre 10, de la constance évangélique) : « Rome commémore et célèbre les mérites de saint Pierre et de saint Paul au jour de leur passion qui est le même, avec une grande solennité. » Maxime (sermon 5 de la naissance au ciel des apôtres Pierre et Paul) : « Pierre et Paul ont subi le martyre dans la ville de Rome, qui devint la métropole et la tête de toutes les nations. De sorte que là où était la tête de la superstition, la reposerait la tête de la sainteté. »
Sulpitius (livre 2 de l’histoire sacrée ) : « C’est dans la ville que la religion prit forme, Pierre y détenant l’épiscopat, et Paul ayant été amené à Rome un peu plus tard. » Et, un peu plus bas : « Pierre et Paul ont été tous deux condamnés à mort. Paul eut la tête tranchée, et Pierre fut élevé sur une croix. » Paulus Orosius (livre 7 de son histoire ) : « Car Néron fut le premier à Rome à imposer des supplices et la mort aux chrétiens, et cherchant à en extirper le nom, il tua les bienheureux apôtres du Christ, Pierre par la croix, Paul par le glaive ». Paulin ( sermon 3 sur la naissance au ciel de saint Pierre et de saint Paul ) : « Rome est puissante par les monuments sacrés de ses fondateurs Pierre et Paul. » Isidore (dans la vie de saint Pierre ) : « Trente-sept ans après la passion du Christ, Pierre a été crucifié par Néron dans la ville de Rome, la tête en bas, comme il l’avait voulu. » Saint Léon (sermon 1 sur la naissance au ciel des apôtres Pierre et Paul) : « La fête d’aujourd’hui, en plus de la vénération qui lui est due par toute la terre, doit être honorée par notre ville avec une joie spéciale qui lui est propre, parce que c’est là où a été glorifiée la sortie de ce monde des princes des apôtres, que, au jour de leur martyre, doit éclater l’allégresse populaire. » Saint Grégoire de Tours (livre 1, chapitre 25) : « Néron ordonna que Pierre soit tué par la croix, et Paul par le glaive. » Saint Grégoire (livre 6, épitre 37) dit, en parlant de Rome : « Pierre a illustré le siège de la ville dans laquelle il a daigné siéger, et finir sa vie présente. »
Prudence (dans son hymne sur saint Laurent) : « Déguerpis, Jupiter, adultère, inceste de ta sœur ! Laisse Rome libre, fuis le peuple du Christ ! Que Paul t’extermine ! Que le sang de Pierre te chasse ! C’est par toi qu’a fait ce qu’il a fait le Néron que tu avais armé ! » Arator (à la fin des actes des apôtres) : « Dignes de louanges la croix de Pierre et la couronne de Paul qui ont vaincu les menaces de César, et, dans la citadelle du tyran ont proclamé les droits de la vérité, et ont vaincu, dans leur combat contre la mort, le tribunal suprême, de peur qu’un faible ennemi ne réclame ces titres. »
Elpis, la femme de Boèce, dans son hymne sur les apôtres : « O heureuse Rome, qui a été rougie par le sang précieux de si grands princes, ce n’est pas par tes faits glorieux mais par leurs mérites que tu excelles en beauté sur toute la terre ! » J’en omets une quantité innombrable. Comme Bède le vénérable, Adom, Freculphum, Bernard et les autres. Ceux que j’ai cités devraient suffire, car ils ont tous vécu dans les premiers cinq cents ans, d’autant que nos adversaires n’ont pas pu, jusqu’à présent, en citer un seul qui allât dans leur sens. Ajoutons, enfin, que les auteurs païens, même s’ils ne donnent textuellement pas les noms de Pierre et de Paul, qui étaient pour eux des gens méprisables, racontent, comme les pères de l’église, que Néron fut le premier à condamner les chrétiens à la mort, comme on le voit dans les annales de Tacite (livre 15), et de Suétone sur Néron.
Tout ce que répond à ces témoignages Velenus c’est ce que quelques-uns des pères ont déjà dit. Que le Christ ait apparu à Pierre, à la porte de Rome, et lui ait dit qu’il venait à Rome pour y être crucifié de nouveau, c’est un mensonge horrible et un blasphème contre saint Pierre et le Saint-Esprit. Car, le Christ ne descendra du ciel qu’au jour du jugement, comme l’atteste l’Esprit Saint par la bouche de saint Pierre (actes 3) : « Que le ciel doit garder jusqu’au temps de la restitution de toutes choses. » C’est plutôt Velenus qui ment et blasphème en s’efforçant de mettre des entraves aux pieds de Jésus pour qu’il ne puisse pas bouger jusqu’au jour du jugement. Car, pour omettre les autres apparitions qui sont lues dans des auteurs approuvés, il est certain que, (actes 9) le Christ est apparu dans les airs, proche de la terre, à saint Paul. Que saint Paul ait vu avec ses yeux corporels le Christ présent et tout proche, on le déduit de la lumière qui l’entourait, et de la cécité qui l’a frappé après avoir vu le corps du Christ glorieux, comme on le lit au même endroit, selon le sens obvie des paroles inspirées elles-mêmes. Car Ananie (9) dit à Paul : « Le Seigneur Jésus m’a envoyé, qui t’est apparu sur le chemin. » Et, au même endroit : « Barnabée conduisit Paul vers les apôtres, et leur raconta comment il avait vu le Seigneur. » Et saint Paul lui-même : (1 Cor 9) : « Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je pas vu Jésus-Christ notre Seigneur ? » Et, (1 Corinth 15) : « A la fin, comme à un avorton, il a été vu par moi aussi. » Il énumère là les témoins de la résurrection, ceux qui avaient vu le Seigneur de leurs yeux corporels, et il se place parmi eux.
Au passage des actes 3 je réponds. Ce que Pierre a voulu dire c’est que le Christ ne viendra, publiquement et devant tous les êtres humains, qu’à la fin du monde. Mais on ne peut pas lui faire dire que le Christ s’interdit toute apparition privée, et qu’il s’est rendu incapable de se montrer à qui il veut. On peut dire aussi, et peut-être avec plus de probabilité, que Jésus est apparu à saint Paul sans descendre du ciel, car il n’est pas difficile à Dieu de faire en sorte qu’un corps soit présent en plusieurs lieux.
CHAPITRE 4
Pierre a été à Rome jusqu’à sa mort
Il reste deux items qu’on pourra démontrer en même temps. Pierre a vraiment été évêque de Rome, et a retenu son épiscopat jusqu’à sa mort. Ce qui nous en persuade d’abord c’est la dignité suprême de l’Église de Rome. Car, toujours, et du consentement de tous, elle a été considérée comme la première et la plus importante, comme Calvin lui-même le reconnait. On ne peut trouver d’autre raison de cette excellence que la présence du prince des apôtres en tant qu’évêque et pasteur propre de cette église, comme nous l’avons expliqué plus haut dans la vingt-sixième prérogative de saint Pierre.
De plus, si saint Pierre n’a pas été évêque de Rome jusqu’à sa mort, que nos adversaires nous indiquent l’église où il siégea quand il quitta Antioche. Que saint Pierre ne soit pas toujours demeuré à Antioche, les antiochiens eux-mêmes le confessent; et la coutume de l’Église le prouve suffisamment, puisqu’elle n’a jamais attribué le premier rang à l’évêque d’Antioche. Et il n’y a ou il n’y a eu aucune église qui ait prétendu avoir eu saint Pierre comme évêque, à l’exception de celle d’Antioche et de celle de Rome. Dirons-nous donc que saint Pierre n’a été l’évêque d’aucune église ? Cela les adversaires ne peuvent pas le dire, eux qui ne veulent pas faire de saint Pierre l’évêque de l’église universelle, mais d’une église particulière, comme l’a été saint Jean à Éphèse, et saint Jacques à Jérusalem. Qu’ils disent donc à quel endroit saint Pierre a été évêque; et, s’il a été évêque à Rome, et changea ensuite de siège, qu’ils nous disent dans quelle ville il l’a transféré !
Que se présentent donc le témoignage et le consentement de tous les anciens que Calvin doit accepter s’il ne veut pas se dédire. Car, c’est lui-même qui a écrit qu’à cause du témoignage unanime des anciens, il ne peut pas nier que saint Pierre soit mort à Rome. Or, le même témoignage des mêmes anciens nous enseigne que saint Pierre a été évêque de Rome; et jamais aucun d’entre eux n’a raconté le contraire. D’où vient donc l’impossibilité d’admettre que saint Pierre ait été évêque de Rome ?
Saint Irénée (livre 3, chapitre 3) a composé une liste des évêques romains. Il place en premier lieu Pierre et Paul, Lin en second lieu, Anaclet en troisième, et Clément en quatrième, et le reste jusqu’à Éleuthère, qui siégeait alors à Rome. Il précise en disant que Clément, Sixte et Éleuthère ont succédé aux apôtres; que Clément a été le troisième après les apôtres, Sixte le sixième, et Éleuthère le douzième. Il est clair que, si Pierre n’a jamais été évêque de Rome, on ne peut pas dire qu’ils lui ont succédé. Tertullien, dans le livre des prescriptions, écrit : « Qu’ils déroulent la lignée de leurs évêques suivant l’ordre de succession, pour savoir si le premier d’entre eux vient des apôtres ou des apostoliques. » Et plus bas : « Comme l’Église de Rome professe que Clément a été ordonné par Pierre. » Qu’il ne veuille pas dire que saint Pierre a changé de siège après avoir ordonné Clément, le montre le même livre où il écrit que saint Pierre est mort crucifié à Rome. Il laisse entendre que saint Clément a été ordonné par saint Pierre, quand l’heure de sa passion approchait; que c’est après la mort de saint Pierre que saint Clément lui a succédé.
Saint Cyprien appelle souvent le siège de Rome la chaire de Pierre, ce qu’il ne dirait certainement pas s’il avait pensé que saint Pierre avait choisi un autre siège que celui de Rome. Il écrit (dans le livre 1, épitre 3 à Corneille) : « Ils osent naviguer jusqu’à la chaire de Pierre, jusqu’à l’église principale d’où est sortie l’unité sacerdotale. Ils y apportent des lettres écrites par des schismatiques et par des profanes, et ils ne pensent pas que ce sont des romains, des gens inaccessibles à la perfidie. » Et (au livre 4 de l’épitre 2 à Antonien) : « Cornélius a été fait évêque quand a vaqué le siège de Fabien, c’est-à-dire le siège de Pierre et le lieu de la chaire sacerdotale. » Eusèbe (dans la chronique, à l’année 44) : « Pierre, galiléen de nation, premier pontife des chrétiens, après avoir d’abord fondé l’église d’Antioche, est parti pour Rome où, prêchant l’évangile, il demeura pendant 25 ans, évêque de cette ville. » Épiphane (hérésie 27, qui est celle de Carpocrate) : « La succession des évêques à Rome se fit dans l’ordre suivant : « Pierre, Paul, Lin, Clément, Évariste, Alexandre etc. »
Saint Athanase (dans son épitre sur la vie que doit mener un solitaire) : « N’épargnez aucune révérence, aucun honneur envers Libère, évêque de Rome car c’est là que se trouve le siège apostolique » Et plus bas, il fait parler Libère comme suit : « Nous n’ avons jamais reçu une telle tradition de la part de ceux qui ont été les auditeurs du bienheureux et grand Pierre. » Libère nomme ici saint Pierre parmi ses prédécesseurs. Dorothée (dans la synopsis) : « Ce n’est pas sans une providence divine que, à la mort de Félix, Libère fut le seul à présider à l’église romaine, pour que le siège de Pierre ne fut entaché d’aucune infamie. » Euloge (d’après saint Grégoire, livre 6, épitre 37) dit que, « jusqu’à maintenant, Pierre siège dans ses successeurs. » Optatus (livre 2 contre Parminius) : « Tu ne peux donc pas nier que tu sais que c’est dans la ville de Rome qu’à Pierre d’abord a été confiée la chaire épiscopale. » Et plus bas, il énumère tous les évêques de Rome, depuis Pierre jusqu’à Siricium, qui siégeait à ce moment.
Saint Ambroise (dans le livre 3 des sacraments, chapitre 1) : « À la vérité, cet auteur enseigne, comme nous, que l’apôtre Pierre a été prêtre de l’église romaine. » Saint Jérôme (dans les hommes illustres, au mot Pierre) dit que « Pierre a tenu la chaire sacerdotale de Rome pendant vingt-cinq ans ». Il dit la même chose dans l’épitre 1 à Damase sur le nom hypostase) : « Je parle au successeur d’un pêcheur, et au disciple de la croix. Je m’associe à ta béatitude, c’est-à-dire à la communion de la chaire de Pierre. » Saint Augustin (livre 2, chapitre 51, contre la lettre de Pierre : « Que t’a fait la chaire de l’église romaine, où Pierre siégeait, et où trône maintenant Anastase ? » Le même (dans les épitres 164 et 165) énumère les évêques romains depuis saint Pierre jusqu’à Anastase.
Prudence (dans son hymne sur saint Laurent) chante : « À Rome règnent les deux princes des apôtres. L’un est appelé le prédicateur des Gentils; possédant la première chaire, l’autre rouvre les portes fermées de l’éternité. » Prospère ( dans son livre de ingr) : « Rome, siège de Pierre, qui est devenue, pour l’univers, la tête de l’honneur pastoral. » Sulpice (dans le livre 2 de l’histoire sacrée) : « La religion divine s’affermit dans la ville de Rome, pendant que Pierre détenait l’épiscopat. » Pierre, évêque de Ravenne, (dans sa lettre à Eutychès, que l’on trouve dans les préambules du concile de Chalcédoine) : « Nous t’exhortons, honorable frère, à accepter avec obéissance ce qui a été écrit par le bienheureux pape de l’église romaine. Parce que le bienheureux Pierre, qui vit et préside dans son siège à lui, apporte la vérité de la foi à ceux qui la cherchent. »
Théodoret (dans son épitre à saint Léon le grand), après avoir dit que Pierre et Paul étaient morts à Rome, ajoute : « Ce sont eux qui ont rendu votre siège plus illustre, ce qui est le plus grand de vos biens. Leur siège, en effet, Dieu le rendit si illustre et si éminent, quand il a placé votre sainteté sur ce siège qui émet les rayons partout de la foi orthodoxe. » Isidore (dans la vie de Pierre ) écrit : « Après avoir fondé l’église d’Antioche, il se rendit à Rome, sous l’empereur Claude, pour affronter Simon le magicien. Prêchant là l’évangile, il détint le pontificat de cette ville pendant vingt-cinq ans. » Bède enseigne la même chose (dans les six âges du monde). Freculphus (tome 2 des chroniques, livre 1, chapitre 13). Adon de Vienne (dans les chroniques, en l’an 49). Et tous les auteurs plus récents.
Qu’après l’autorité des pères se présentent les témoignages des anciens pontifes romains, martyrs ou confesseurs ! Saint Clément (livre 7 de la constitution apostolique, chapitre 47 ) rapporte que, « quand sa mort était imminente, Pierre lui avait laissé l’épiscopat romain ». Anaclet enseigne (épitre 3) que, « à cause du siège de Pierre, l’église romaine est la tête de toutes les autres églises. » Marcel 1 dans son épitre à Antioche, écrit : « Le siège de Pierre a été chez vous au tout début, mais, sur l’ordre du Seigneur, il a été transféré à Rome. » Damase dit sur saint Pierre « qu’il a été évêque pendant vingt-cinq ans à Rome, et qu’il y fut évêque jusqu’à sa mort ». Innocent 1 ( dans son épitre au concile de Milet. Lettre 93 de saint Augustin). Saint Léon (sermon 1, de la naissance au ciel des apôtres Pierre et Paul). Gélase (dans son épitre à l’évêque de Lucanes et de Sicile), Jean 111 (dans son épitre aux évêques d’Allemagne et de Gaule), Grégoire (livre 1, épitre 33), Agathon (épitre à l’empereur Constant, Adrien (dans son épitre à Taras), Nicolas 1 (dans son épitre à Michel) et tous les autres qui ont écrit quelque chose, ont affirmé que leur siège était celui de saint Pierre. Ces témoignages les adversaires ne les reçoivent pas, car ils disent qu’ils ne font que défendre leur propre cause. Mais c’est sans aucune raison valable qu’ils ne les reçoivent pas, parce que ce sont des saints, et jamais aucun ancien ne les a réprouvés.
Passons aux témoignages des anciens conciles qui sont acceptés par les hérétiques de notre temps. D’abord, le concile de Sarde, composé de trois cents évêques, (canon 3) : « Nous honorons la mémoire du saint apôtre Pierre, et nous voulons que ceux qui ont examiné la cause écrivent à Jules évêque de Rome. Et s’il juge que doive être renouvelé le jugement, qu’il le renouvelle, et qu’il donne des juges. » De même, dans le concile d’Éphèse 1(tome 2, chapitre 16), on appelle le pontife romain Célestin « le successeur ordinaire, et le vicaire de Pierre, le prince des apôtres. » Dans le concile de Calcédoine (acte 2), quand la lettre de Léon a été lue, tous s’exclamèrent : « Pierre a parlé par Léon ! » Dans l’acte 3, quand on a porté une sentence contre Dioscore, on a dit que c’est par un Léon doté « de la dignité de l’apôtre Pierre », qu’il avait été déposé. Et, dans l’épitre à saint Léon, c’est tout le concile qui dit que « Léon a été le porte-parole de Pierre. » Ce qui revient à dire que Pierre a parlé par Léon. Ces paroles indiquent clairement que ces 630 pères étaient persuadés que l’évêque romain Léon était le successeur de saint Pierre.
Dans le concile 5, acte 1 (qui n’est pas le cinquième concile général, mais un certain concile particulier, qui a précédé le cinquième concile général, voir livre 1 des conciles, chapitre 5), le patriarche Menas, président du concile, portant une sentence contre Anthime et les autres hérétiques, dit : « Ils ont méprisé l’Église romaine, dans laquelle est la succession des apôtres, qui a prononcé une sentence contre eux. » Dans le concile 6 (actes 8), les évêques souscrivent de façons variées à l’épitre d’Agathon. On dit, entre autres : «Je reçois et j’accepte de tout cœur les suggestions qui nous ont été adressées par notre très saint père Agathon, archevêque du siège apostolique et princier de l’antique Rome, comme ayant été dictées par le Saint-Esprit, par la bouche du saint et bienheureux prince des apôtres Pierre, et écrites par le doigt du pape Agathon trois fois béni. » Dans ces cinq conciles canoniques, nous avons plus que 1200 évêques en majorité grecs, qui attestent que le pontife romain est le successeur de saint Pierre.
CHAPITRE 5
On réfute le premier argument des hérétiques
Dissolvons les objections de Velenus, qui contiennent les arguments de Calvin et de Illyricus. La première. Les auteurs qui disent que Pierre est venu à Rome ne sont pas d’accord entre eux sur le temps où il est venu. Car, Orosius dit qu’il est venu au début du règne de Claude, saint Jérôme, à la deuxième année de Claude; le fascicule des temps dit qu’il est venu à la quatrième année de Claude; la passion et la vie du saint, la treizième année de Claude. Ensuite, on trouve une étonnante diversité dans la liste des successeurs de saint Pierre. Car, quelques-uns placent saint Clément immédiatement après saint Pierre, comme Tertullien (dans les prescriptions), et saint Jérôme (dans le chapitre 52 d’Isaïe). D’autres placent Lin après Pierre, et Clément en troisième lieu, comme Optatus (livre 2 contre Parmenius), et saint Augustin (épitre 165). D’autres mettent Clément en quatrième lieu, après saint Pierre, saint Lin, et saint Anaclet, comme saint Irénée (livre 3, chapitre 3), Eusèbe (dans chroniques), Épiphane (dans l’hérésie 27), et saint Jérôme (dans les hommes illustres, au mot Clément). Ajoutons que tous ceux-ci font de Clet et d’Anaclet une seule et même personne. On ne peut donc rien établir de certain. Car la discorde entre les auteurs est un indice de fausseté.
Je réponds d’abord, qu’un désaccord sur le temps de la venue de Pierre à Rome, s’il existe vraiment, ne saurait infirmer notre thèse sur la venue de Pierre à Rome. Car, il arrive souvent qu’on soit certain d’une chose, mais non de la manière dont elle s’est produite, ou des accidents qui l’ont accompagnée. Car tous les chrétiens sont absolument certains que Jésus est mort sur une croix pour nous. Mais, il y a une grande divergence sur le temps de sa mort. Tertullien (livre contre les Juifs), Clément d’Alexandrie (livre 1 strom) et Lactance (livre 4 des institutions divines, chapitre 10) enseignent que le Christ est mort la quinzième année de Tibère, à l’âge de trente ans. Saint Ignace (aux Tral), Eusèbe (dans ses chroniques) et d’autres que c’est à l’âge de 33 ans, la quinzième année du règne de Tibère qu’il a été crucifié. Onuphrius, Mercator, et plusieurs auteurs récents veulent que le Christ soit mort à l’âge de 34 ans. Saint Irénée (livre 2, chapitre 39), prétend que Jésus avait atteint l’âge de 50 ans. Ce ne serait donc pas sous Tibère qu’il aurait souffert, mais sous Claude.
Au sujet du jour et du moins où il est mort, il y a une si grande disparité entre les anciens et les modernes, que la cause semble encore être une question de fait ou de droit toujours pendante. Voir Clément (livre 1, stromata) qui présente diverses opinions. Allons-nous nier, pour cela, que le Christ ait souffert ? Autre exemple. On sait avec certitude que les années de Daniel ont été accomplies dans la passion du Christ. Et pourtant, les opinions diffèrent sur le temps où elles commencent, et où elles finissent. La même chose au sujet des années des rois Perses, des années de Samuel, de Saül et d’autres princes Juifs. Des années des empereurs et des pontifes, des années du monde, où l’on voit autant d’opinions que de chronologies. Allons-nous dire, à cause de cela, que les rois de Perse n’ont jamais existé, que Samuel et Saül n’ont pas précédé David, qu’il n‘y eut jamais d’empereurs et de pontifes, que le monde n’a jamais commencé, et qu’il n’a pas duré jusqu’à aujourd’hui ?
La divergence entre historiens est un signe de fausseté par rapport à ce qui les divise, parce qu’il faut nécessairement qu’il y en ait qui se trompent. Mais comme la discorde est un signe de fausseté, la concorde absolue existant entre les pères sur la présence de saint Pierre à Rome, est un signe de vérité. Mais, je réponds qu’il n’y a pas de discorde entre les bons auteurs. Car Eusèbe (dans ses chroniques), saint Jérôme (dans son livre sur les hommes illustres, mot Pierre), et Adon de Trèves (dans le martyrologue) disent que saint Pierre est venu à Rome la deuxième année de l’empereur Claude. Orosius n’est pas d’un autre avis puisqu’il dit que saint Pierre est venu à Rome au début du rège de Claude. Car, si on divise le règne de Claude en trois parties, en début, milieu et fin, la deuxième année, comme tu le vois, appartient au début. Avec eux sont d’accord tous les auteurs qui affirment que saint Pierre est demeuré à Rome pendant vingt-cinq ans, et qu’il est mort la quatorzième année de Néron. Comme saint Damase, saint Isidore, Bède le vénérable, Freculphus, Adon de Vienne, et les autres cités plus haut. On ne peut pas compter 25 années jusqu’à la quatorzième année de Néron, sans commencer le calcul à la deuxième année de Claude.
De plus, nous avons de bonnes raisons de mépriser le fascicule des temps, surtout parce que ce fascicule a suivi Marianus Scotus, qui milite ouvertement contre lui et contre la vérité. Car, Marianus Scotus dit dans sa chronique, que Pierre est venu à Rome à la quatrième année de Claude, qu’il est mort la dernière année de Néron, et qu’il a quand même siégé à Rome pendant vingt-cinq ans et deux mois, toutes choses incohérentes. Car, Claude a régné en tout 13 ans, 9 mois, dix jours. Néron, lui, a régné 13 ans, 7 mois et 28 jours, comme l’attestent Dion Cassius, Stevenio Tranquillo, Eusèbe et même Mariano Scot. Le fait que, dans les chroniques d’Eusèbe, on attribue 14 ans, 7 mois, et 28 jours à Néron, est manifestement une faute de copistes, car, quand on compte toutes les années l’une après l’autre on n’en trouve que 13. Car, si on additionne les années de règne de Claude et de Néron, on n’obtient pas une somme plus élevée que 27 ans, 4 mois, et 18 jours. Voilà les années que Marianus Scotus veut que se soient écoulées avant que Pierre ne vienne à Rome. Il y a 23 ans de trop et onze mois. Donc, ou Pierre est mort après Néron, ou il n’est pas demeuré 25 ans à Rome.
En ce qui a trait à l’autre partie de l’argument, de la succession de quatre premiers pontifes, même si nous ignorions totalement qui a succédé à Pierre, on ne douterait pas, à cause de cela, que quelqu’un lui ait succédé. Exemple. Il y a un grand débat, entre les commentateurs de l’Écriture, au sujet du mari d’Esther. Était-ce Assuérus le Mède, Cambyse le Perse, Darius Histapis, Artaxerses aux longues mains, ou Mnemon ? Personne n’a jamais douté à cause de cela qu’Esther ait eu un mari.
Je réponds, ensuite, qu’il est possible de tout accepter et de tout expliquer. L’apôtre Pierre, quand sa passion devint imminente, a laissé son siège apostolique à Clément. Cela, de graves auteurs l’attestent : Tertullien (les prescriptions), saint Jérôme (livre 1 contre Jovinien), Jean 111 (dans sa lettre dans sa lettre aux évêques d’Allemagne et de France), et saint Clément lui-même, (livre 7 de la constitution apostolique, chapitre 37), Anaclet (épitre 1), Alexandre, épitre 1, et Damase (dans la vie de Pierre). Ensuite, après la mort de saint Pierre, saint Clément ne voulut pas siéger sur le siège apostolique, tant que vécurent Lin et Clet, qui avaient été les coadjuteurs de Pierre dans son ministère épiscopal. Voilà pourquoi le premier successeur de saint Pierre ne fut pas saint Clément, mais saint Lin. Nous l’apprenons cela d’abord, d’Épiphane, (hérésie 27) qui raconte avoir appris des vieux que saint Clément aurait refusé le siège, tant que vivraient Lin et Clet. Nous l’apprenons ensuite de cette ambiguïté même. Car si, Clément, Lin ou tout autre, avait succédé à Pierre sans aucune complication, la question ne se poserait certainement pas du premier successeur de Pierre. Comme il n’y eut jamais de doute au sujet du premier successeur de saint Jacques à Jérusalem, ou de Marc à Alexandrie, ou de Pierre à Antioche.
Mais parce que, à Rome, après la mort de Pierre, une contestation eut lieu par l’humilité, il fallait que l’un ait été le successeur de Pierre, et que l’autre devait l’être. Cette succession n’est donc enveloppée d’aucune obscurité. À partir de ce qui a été dit, on peut concilier les auteurs qui mettent Clément avant Lin ou Lin avant Clément. Car, quand Irénée, Eusèbe, Épiphane, Optatus, Augustin, Jérôme disent que c’est Lin qui a succédé à Pierre, ils disent la vérité, mais ils ne nient pas que cela se soit fait parce que saint Clément avait refusé l’épiscopat. Tertullien, Jérôme et Ruffin et les autres qui racontent que saint Pierre a laissé saint Clément comme son successeur, disent une chose vraie, mais ils ne nient pas que saint Clément ait refusé cet honneur.
Ne m’émeut davantage pas non plus le fait que le pontifical de Damase, que Sophrone et Siméon metaphraste racontent, dans la vie de Lin, que Lin soit décédé avant saint Pierre. Sophrone et Siméon, en effet, sont plus récents, et le livre pontifical attribué à Damase est d’une autorité douteuse à ce sujet. Mais les auteurs qui écrivent que Lin a succédé à Pierre, sont plus anciens, plus nombreux et plus crédibles. Car c’est après Lin qu’il faut placer Clet ou Anaclet, après lequel il faut placer saint Clément, au quatrième rang. Les auteurs sont Irénée, Eusèbe, Épiphane, Jérôme, ainsi que le plus vieux canon de messe, où nous lisons Lin, Clet, Clément. Ensuite, saint Ignace (dans sa lettre à Mariam Zarben) écrit que saint Clément a succédé à Clet. Après Clément, un autre Anaclet doit, sans aucun doute, être ajouté, comme l’ajoutent Optatus, saint Augustin, et saint Damase, et d’autres.
Car, il y a eu deux Anaclet dont l’un était dit Clet, même si, à cause de la similitude de leurs noms, beaucoup d’auteurs anciens n’en n’ont vu qu’un. C’est l’autorité de l’Église catholique qui, d’abord, qui nous le persuade, elle qui a établi deux fêtes différentes en leur honneur : celle de Clet au mois d’avril, et celle d’Anaclet, au mois de Juillet. Clet a été un romain, et fils d’Émilien; Anaclet, un Athénien, et fils d’Antioche. Il n’est pas croyable que l’Église se soit trompée dans une chose de cette importance. Nous le déduisons aussi du fait que certains auteurs anciens placent Anaclet avant Clément, comme Ignace, Irénée, Eusèbe. D’autres le mettent après, comme Optatus, Damase, saint Augustin. Voilà qui nous présente un argument en faveur de deux Anaclet. Le premier Anaclet, on avait l’habitude de l’appeler Clet. D’où il appert que le pontife que certains appelle Anaclet (comme Ignace, Irénée et Eusèbe) d’autres l’appellent Clet (comme Épiphane, Jérome et Damase, Jean 111 et le canon de la messe.)
Il ne faut pas se surprendre de ce que, à cause de la similitude des noms, certains anciens n’ont vu dans ces deux Anaclet, qu’un seul et même pontife. Ne voit-on pas les Grecs confondre Novat et Novatien, bien qu’il soit certain que Novat ait été un carthaginois, et Novatien un prêtre romain. Et Eusèbe et Nicéphore de Constantinople firent de Marcel et Marcellin un seul personnage, dans leurs chroniques, alors qu’il est prouvé qu’ils furent deux personnages différents.
CHAPITRE 6
On réfute le second argument
Velenus, comme Calvin et les Magdebourgeois, est persuadé que saint Pierre n’a pas pu venir à Rome avant 18 années après la passion de notre Seigneur Jésus-Christ. Car, quand eut lieu le concile de Jérusalem, saint Pierre était encore en Judée. Or, ce concile fut célébré 18 ans après la passion de Jésus-Christ, comme le rapporte saint Jérôme (chap.2 Galat). Car, trois ans après sa conversion, saint Paul est venu à Jérusalem pour rencontrer saint Pierre (Gal. 1). Après quatorze autres années, il est retourné à Jérusalem pour participer au concile Gal 2). Si, à ce nombre d’années, tu ajoutes une année qui s’est écoulée depuis la passion du Seigneur jusqu’à la conversation de saint Paul, tu obtiens le chiffre 18.
Ajoutons ce que l’on dit : que Pierre est demeuré cinq ans en Judée, sept ans à Antioche, et pendant plusieurs autres années dans le Pont, dans la Galatie, dans la Cappadoce, l’Asie, et la Bythinie. Il n’allait certainement pas dans ces endroits pour ne prêcher qu’une seule journée. On peut donc en conclure que 18 ans se sont bien écoulés avant que saint Pierre ne mette le pied à Rome. De plus, si saint Pierre était venu à Rome avant l’an 18, il serait certainement venu la deuxième année du règne de Claude, comme nous l’avons dit plus haut, ce qui est impossible. Car, en cette année, saint Pierre n’était pas encore libéré des chaînes avec lesquelles Hérode l’avait écroué, puisque cette libération s’est produite la troisième année du règne de Claude, comme on l’apprend par Luc (actes 12), et Josèphe (livre 19 des antiquités, chapitre 7). Et aussi par le Christ, car il avait demandé à ses apôtres de ne pas quitter Jérusalem avant douze ans, comme Eusèbe le rapporte en citant la martyre Thrasea (histoire de l’église, livre 5, chapitre 18). Or, la douzième année après la résurrection du Christ correspond à la troisième année du règne de l’empereur Claude. Pierre n’est donc pas venu à Rome la deuxième année du règne de Claude, mais après la neuvième, qui était la dix-huitième après la passion du Christ.
On dit que Pierre a siégé à Rome pendant vingt-cinq ans. C’est ce que rapportent Damase, Eusèbe, Jérôme, et d’autres. Il a donc vécu jusqu’à la quarante-troisième année après la passion de Jésus-Christ. Mais alors, Néron était déjà mort, et même Galba, Otho, et Vitellius. C’est Vespasion qui était l’empereur en cette année-là. Pierre est donc mort au temps de Vespasien. Mais Vespasien fut le plus doux des empereurs. Il ne tua aucun chrétien à Rome, comme tous l’attestent. Voir Tertullien (apologie, chapitre 5) et saint Augustin (la cité de Dieu, livre 3, chapitre 31), Eusèbe, Sulpice, Orose, et tous les autres historiens. Pierre serait donc mort ailleurs qu’à Rome.