Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 65)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Les arguments de Luther sont très légers, et ce que nous avons dit peut facilement les réfuter. Et de plus, ils sont été brillamment combattus par Eck, Fabius, Roffensus et Cajetanus dont les livres sont dans toutes les mains. Je les omets donc.

CHAPITRE 13

On prouve la même chose avec les conciles

Il nous faut, en second lieu, prouver la primauté du pontife romain par les conciles. Luther (dans son livre sur le pouvoir du Pape) et Illyricus (dans son livre contre la primauté) et Jean Calvin (dans institution, chapitre 7, verset 1) disent que le canon 6 du concile de Nicée milite ouvertement contre nous. Ce concile assignerait au pontife romain une région déterminée à gouverner, et petite d’ailleurs; et le déclarerait un des patriarches, mais non la tête des autres. Ils ne purent, prétendent-ils, découvrir aucun témoignage conciliaire en notre faveur. Il y a pourtant des témoignages célèbres des conciles généraux en faveur du primat du pontife romain, et quelques-uns de ces conciles furent si universels ou oecuméniques qu’ils furent composés autant de pères grecs que de latins. Ce qui fut obtenu en dépit de la légèreté d’esprit et de l’orgueil des Grecs.

Voilà donc le premier concile de Nicée, et le fameux canon 6 que nos adversaires nous opposent. Mais ce canon requiert une explication pour qu’on puisse en tirer un argument. En voici donc le texte, tel qu’il nous est parvenu : « Que la coutume antique perdure en Égypte, ou en Lybie, ou en pentapolis, de façon à ce que l’évêque d’Alexandrie ait le pouvoir sur eux tous, parce que la coutume veut qu’il soit semblable à l’évêque de Rome. » Il y a quelques remarques à faire sur ce canon. D’abord, d’après Nicolas 1 (épitre à Michaël) : « Le concile de Nicée n’a rien statué au sujet de l’Église de Rome car son pouvoir elle le tient de Dieu et non des hommes. Il n’a fait que déterminer le statut des autres églises à partir de la constitution de l’Église romaine. Le concile ne dit pas : que l’évêque de Rome ait telle ou telle région à administrer. Mais : que l’évêque d’Alexandrie soit chargé de l’Égypte et de la Lybie, parce que c’est ainsi que l’évêque de Rome en a établi la coutume. » L’Église romaine est clairement représentée comme la norme ou la règle des autres, et rien n’a été statué à son sujet. Calvin, Illyricus, Nil et les autres se trompent donc quand ils disent que le concile de Nicée a assigné certaines limites territoriales à l’évêque de Rome, pour qu’il n’ait de pouvoir que sur les diocèses suburbains.

Il faut aussi noter que, dans les livres de la vulgate, manque le début de ce canon qui commence ainsi : « L’Église romaine a toujours eu la primauté. Que la coutume perdure etc. » C’est ainsi que ce canon est cité dans le concile de Chalcédoine (article 16) par l’évêque Paschasius. C’est ainsi qu’un peu avant l’an mille, l’a traduit du grec un certain abbé Denys, comme Alanus Copus l’a annoté dans le dialogue 1. Et dans le même concile de Chalcédoine, (article 16), après la lecture de ce canon 6, les juges dirent : « Nous étendons toute la primauté et le premier honneur, selon les canons, à l’archevêque de l’antique Rome, très aimé de Dieu ».

On doit observer, en troisième lieu, ces paroles : « Parce que, pour l’évêque romain, telle est la coutume. » Il y a quatre façons d’expliquer cette phrase. La première, c’est Ruffin qui la donne (livre 10 de l’histoire ecclésiastique, chapitre 6). Il a été décrété par le concile que l’évêque d’Alexandrie ait la charge pastorale de l’Égypte, comme l’Église de Rome l’a sur les églises suburbaines. Mais c’est une fausse exposition, car si l’évêque de Rome est le premier et le principal patriarche, comment peut-on croire que lui a été assignée, à lui, la plus étroite région, et aux autres patriarches inférieurs une région beaucoup plus large ? Car, le patriarche d’Antioche avait tout l’Orient, celui d’Alexandrie trois grandes provinces ; l’Égypte, la Lybie et la Pentapolis. Et l’évêque romain n’aurait eu, lui, que les six évêchés les plus proches de Rome ? De plus, cette préposition «quoniam » (parce que), indique une raison.

Or, on ne voit pas comment on pourrait logiquement dire que l’évêque d’Alexandrie a la charge pastorale de trois provinces, parce que l’évêque de Rome prend soin des évêchés suburbains. Donc, ou la raison invoquée par le concile de Nicée ne vaut rien, ou Ruffin n’a pas bien compris le sens du canon du concile. De plus, le concile de Nicée, cité par le concile 6 de Carthage, ou lu dans le concile de Chalcédoine, (acte 16), ou rapporté par l’abbé Denys a perdu le souvenir des « églises suburbaines.» Il n’a que les mots suivants : « Que l’évêque d’Alexandrie ait le pouvoir sur toute l’Égypte, la Lybie et la Pantapolis, car, pour l’évêque romain, aussi, telle est la coutume. » Ces églises suburbaines furent donc une pure invention du Ruffin qu’a suivi Calvin.

La deuxième explication du texte est celle de Théodore Balsamonis, (dans son explication du canon) et de Nil (dans son livre contre la primauté). Le concile a décrété que l’évêque d’Alexandrie ait le soin de toute l’Égypte, comme l’évêque romain a le soin de tout l’Occident. Cette interprétation est plus acceptable, mais elle n’est pas moins fausse. Car, quand le concile dit : car, telle est la coutume pour l’évêque romain, il donne la cause pour laquelle on doit persévérer dans la coutume antique qui confie à l’évêque d’Alexandrie le soin pastoral de ces trois régions. Or, le fait que l’évêque romain ait le soin pastoral de tout l’occident n’est pas une raison qui explique pourquoi l’évêque d’Alexandrie doive être chargé de l’Égypte, de la Lybie et de la Pendapolis. Pourquoi pas de toute l’Afrique ? Ou pourquoi pas de l’Égypte seulement ? Et pour quoi l’Alexandrin plutôt que le Carthaginois ? Ou n’importe lequel autre ? Ajoutons que le concile n’emploie ni le mot orient, ni le mot occident. Il ne dit que : parce que telle est la coutume, pour l’évêque romain.

La troisième interprétation est celle de l’auteur de la somme des conciles. Il pense pouvoir, à l’aide d’un vieux codex, restituer les mots « parce que telle est la coutume pour le métropolitain », au lieu de : « parce que telle est la coutume pour l’évêque romain ». Cette explication n’est pas solide, elle non plus. Car les exemplaires du concile de Nicée n’ont jamais été plus complets ni plus amendés que ceux qui se trouvent dans les archives des pontifes romains, comme nous l’avons déjà démontré quand nous traitions des appellations. Car ceux qui étaient en Grèce ont été brûlés par les Ariens, au témoignage de saint Athanase (dans son épitre à tous les orthodoxes). Il ne faut donc pas se surprendre de ce que le texte cité par Ruffin et les autres, soit mutilé et corrompu. Or, c’est des archives de l’Église romaine que Paschase, le légat de saint Léon au concile de Chalcédoine, a tiré ce canon. Et, voici ce que nous y lisons : « parce que telle est la coutume pour l’Évêque romain. » Ajoutons que l’évêque d’Alexandrie n’invoquerait pas une bonne raison, s’il faisait dépendre son droit pastoral d’une coutume établie par les métropolitains. Car, les métropolitains ne régissent qu’une seule province, et à l’évêque d’Alexandrie sont soumises plusieurs provinces, et même des métropolitains.

La quatrième et la vraie explication est que l’évêque d’Alexandrie doit gouverner ces trois provinces parce que l’évêque de Rome en a fait une coutume. C’est-à-dire, parce que l’évêque de Rome, avant tous les conciles, avait permis depuis longtemps à l’évêque d’Alexandrie de prendre soin de l’Égypte, de la Lybie, et de la Pentapolis. C’est-à-dire qu’il en fit un droit coutumier. C’est ainsi que comprend ce canon le pape Nicolas 1 (dans son épitre à Michaël). Et on ne voit pas d’autre explication qui soit plus plausible. Le second concile général, dans l’épitre au pape Damase (que cite Theodoret , livre, 5, chapitre 9 de son histoire), déclare s’être réuni à Constantinople sur l’ordre du pontife romain, exprimé dans les lettres que l’empereur leur a envoyées. Ils avouent donc par là que le pape est la tête, et qu’eux sont les membres.

Le troisième concile (comme le rapporte Évagre, livre 1, chapitre 4 de son histoire), déclare qu’il dépose Nestor sur l’ordre écrit du pape Célestin. Et, dans son épitre au même pape Célestin, le même concile écrit qu’il n’avait pas osé juger la cause du patriarche d’Antioche, Jean, parce qu’elle était complexe et difficile à démêler, et qu’il la réservait au jugement du pape Célestin. Toutes choses qui indiquent l’autorité suprême du pontife romain. Le concile de Chalcédoine (actes 1, 2, 3) appelle souvent le pape Léon « pontife de l’Église universelle ». Et, dans son épitre au pape saint Léon : « Et en plus de toutes ces choses, il décharge sa folie contre celui à qui la vigne du Seigneur a été commise, contre ta sainteté apostolique ». Ici, tu vois que ce très grand concile confesse que la vigne du Seigneur, c’est-à-dire la garde de l’Église universelle, a été confiée par Dieu au pontife romain. Le synode de Constantinople, qui a été convoqué avant le cinquième synode qui s’est prononcé sur l’évêque Anthime (acte 4), parle ainsi par le patriarche Menas, président du concile : « Nous suivons, nous, le siège apostolique, et nous lui obéissons, et nous recevons dans notre communion ceux qu’il reçoit dans sa communion, et nous condamnons ceux qu’il condamne. » Si donc tout le concile professe obéir au siège apostolique, il est certain que le siège apostolique préside avec autorité sur toute l’Église.

Le septième synode (acte 2) reçoit et approuve l’épitre d’Adrien à Tharasium, qui s’exprime comme suit : « Éclaire toute la terre le siège qui a obtenu le primat, et est la tête de toutes les églises de Dieu. C’est pourquoi, le bienheureux Pierre lui-même paissant l’Église sur l’ordre de Dieu, n’a rien qui échappe à son autorité, mais a obtenu partout la principauté par le passé, et l’obtient encore aujourd’hui » Note que c’est au présent qu’il dit : obtenant la principauté, il (Pierre) éclaire, et il est la tête. Le concile du Latran sous Innocent 111, auquel participèrent les Grecs et les latins, (chapitre 5) s’exprime ainsi: « En tant que mère et maîtresse de tous les fidèles du Christ, L’Église romaine, comme l’a établi le Seigneur, obtient la suprématie sur toutes les autres de pouvoir ordinaire. »

Le concile général de Lyon sous Grégoire 1X, (chapitre 6, titre : de l’élection) écrit : « À la vue d’un péril, on appelle l’évêque romain, vicaire du Christ, successeur de saint Pierre, recteur de l’Église universelle. » Et cela, en présence autant des Grecs que des Latins. Enfin, le concile de Florence statua ainsi, après avoir obtenu le consentement des Grecs et des Latins : « Nous définissons que le saint siège apostolique du pontife romain détient la primauté sur toute la terre; que le pontife romain est le successeur de Pierre prince des apôtres, vrai vicaire du Christ, tête de toute l’Église, père et docteur de tous les chrétiens; que c’est à lui qu’a été remis, par Jésus-Christ notre Seigneur, le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle. » J’omets les cinq autres conciles généraux, car ils ne sont reçus ni par les Grecs, puisqu’ils n’y participèrent pas, ni par les luthériens, puisqu’ils ont été célébrés après l’an 600. Ces conciles, les voici : le concile de Lyon sous Innocent lV, (comme ce que nous avons au chapitre 1 sur l’homicide, dans le sixième concile). Le concile de Vienne sous Clément lV; celui de Constance (session 8 et 15); du Latran sous Léon lX, session 11, et le concile de Trente (session 14, chapitre 7, et ailleurs).

CHAPITRE 14

On prouve la même chose avec des témoignages des souverains pontifes

Le troisième argument on va le tirer des enseignements des souverains pontifes. Il faut d’abord observer que les lettres des souverains pontifes appartiennent à trois catégories différentes. La première est celle qui contient les épitres des pontifes qui ont siégé jusqu’à l’an 300.

Les Magdebourgeois et Calvin admettent que, pendant ces siècles, le primat était professé en toute vérité, et que les pontifes ont été de vrais et de saints pontifes. Mais ils disent que leurs épites ont été trafiquées, ou qu’elles sont de composition récente, et qu’elles ont été faussement attribuées à ces pontifes. La seconde comprend les lettres de ces pontifes qui ont siégé depuis l’an 600 jusqu’à nos jours. Nos adversaires soutiennent que, pendant ces siècles, la primauté a vraiment été enseignée, et par les auteurs dont les écrits portent les noms. Mais que ces pontifes n’étaient pas dignes de foi, qu’ils étaient plutôt des pseudos pontifes, ou qu’ils n’étaient pas pontifes du tout. La troisième comprend ces épitres dans lesquelles est affirmé ouvertement le primat, et qui ont été écrites par de vrais et de saints pontifes, qui vécurent entre 300 et 600, comme Jules, Damase, Syricius, Innocent, Zozime, Léon, Gélase, Anastase 11, Jean 11, Féliz 1V, Pélage 11, et saint Grégoire. Il n’y aura donc pas lieu de s’attarder aux témoignages de la première et de la seconde catégories. Il suffira d’indiquer les textes, et de répondre aux objections des hérétiques. Ils reconnaissent parfois que dans ces lettres est affirmée ouvertement notre doctrine. On ne fera de citations que pour les témoignages de la troisième classe.

Les pontifes suivants affirment clairement la primauté de l’évêque de Rome. Saint Clément (épitre 1), Anaclet (épitre 3), Évariste (épitre 1), Alexandre (épitre 1), Pie (épitre 1 et 2), Anicet (épitre 1), Victor (épitre 1), Zéphyrin (épitre 1), Calixte (épitre 2), Lucius (épitre 1), Marcel (épitre 1), Eusèbe (épitre 3), Melchiades (épitre 1), Marc (épitre 1). À ces témoignages, les adversaires ne répondent rien d’autre qu’ils sont adventices et récents. Mais même si je ne peux nier que quelques erreurs s’y soient glissées, je n’oserais affirmer que ces épitres soient apocryphes. Car, il est certain que ce sont des documents très anciens. Ils mentent effrontément les magdebourgeois (centurie 2, chapitre 7) quand ils disent qu’aucun auteur digne de foi n’a cité leurs paroles avant le temps de Charlemagne. Car Isidore qui a vécu 200 ans avant Charlemagne, dit (au début de sa collection des sacrés canons) que c’est sur la demande de quatre-vingts évêques qu’il a recueilli des canons tirés des épitres de Clément, d’Anaclet, d’Évariste, et d’autres pontifes romains. De même, le concile de Vasense (chapitre 6) cite les lettres de saint Clément, comme elles existent aujourd’hui. Or, ce concile a été célébré au temps du pape Léon 1, 350 ans donc avant Charlemagne. Ensuite Ruffin qui précède Charlemagne de 400 ans, dans sa préface de la reconnaissance (saint Clément) qu’il a traduite du grec, se souvient de l’Épitre de Clément à Jacques, et dit l’avoir traduite en grec.

Que cette traduction de Ruffin existe vraiment, c’est Gennadius qui l’atteste dans ses hommes illustres, au mot Ruffin.

Pour la seconde catégorie, nous avons Adrien 1, dans son épitre à Tharasius, Nicholas 1, dans son épitre à l’empereur Michaël, Léon 1X dans une épitre que nous trouvons au chapitre solitae. Tous enseignent clairement et explicitement que le pontife romain préside à toute l’Église. À cela les adversaires répondent qu’ils étaient tous des antichrist. Nous parlerons de cela dans la question suivante. Pour l’instant nous ne disons que ceci. Si ces pontifes avaient été des antichrist, toute l’Église aurait péri depuis 1000 ans. Mais les historiens nous rapportent que l’Église universelle a reconnu ces pontifes, et a accepté leurs doctrines. Or, s’il est vrai que l’Église a péri, le Christ a menti quand il a dit en Matthieu (16) que « les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle ». Mais sur ce sujet, nous ferons plusieurs développements dans les questions sur l’Église. Venons-en donc à la troisième catégorie, et présentons douze pontifes saints et grands.

Le premier est saint Jules 1, qui, dans son épitre aux Orientaux (qui a été conservée dans l’apologie 2 de saint Athanase) parle ainsi : « Ignorez-vous donc que la coutume veut qu’on nous écrive d’abord, pour que puisse être décidé ce qui est juste ? Si un soupçon de cette sorte envers l’évêque avait pris naissance, il fallait le rapporter à notre église. » Et plus bas : « Ce sont les choses que j’ai reçues du bienheureux Pierre que je vous communique. Je n’écrirai rien d’autre que ce que je pense être connu de vous, si ce n’est que nous troublent les faits eux-mêmes. » Par ces paroles, saint Jules affirme que c’est à lui qu’appartient la charge de juger les causes des évêques, même des orientaux, même des patriarches du premier rang (car dans la cause de saint Athanase, il s’agissait de l’évêque d’Alexandrie). Il dit que ce droit il l’a reçu de Pierre, et que cela est connu de tous. Que peut-on réponde à cela ? L’auteur est saint et très ancien, l’épitre est certaine, et transcrite au complet par saint Athanase; les mots en sont clairs et faciles à comprendre.

Le deuxième est saint Damase qui, dans son épitre à tous les évêques d’Orient (que Theodoret a recopiée livre, 5, chapitre 10 de son histoire) écrit : « Parce que votre charité a rendu au siège apostolique la révérence qui lui est due, etc » Il déclare donc que la révérence est due au pape, et il appelle fils tous les évêques. On trouve la même chose dans l’épitre 4 aux évêques de Numidie : « Tout ce qui peut être matière à doute, ne cessez pas de nous le référer à nous, comme à la tête, ainsi que le veut la coutume. » Le troisième est saint Cyricius dans son épitre à Himericus, dont Calvin lui-même reconnait l’authenticité : « En vertu de notre charge, ce n’est pas à nous à dissimuler ni à taire la liberté d’action dont jouit celui qu’enflamme le zèle de la religion chrétienne. Nous portons les fardeaux de tous ceux qui sont lourdement chargés. Ou plutôt, c’est le bienheureux Pierre qui les porte en nous, qui nous protège en toutes choses, nous qui nous nous confions à sa guidance, et c’est lui qui nous protège contre les hérésies. » Et plus bas, chapitre 15 : « Nous avons examiné, frère très cher, tout ce que contenait la plainte, et chacune des causes que, par notre fils le prêtre Bassien, tu as présentées à l’Église romaine, comme à la tête du corps. » Il prescrit ensuite à l’évêque de faire parvenir ses décrets à tous les autres évêques.

Le quatrième est saint Zozime dans son épitre à Ésichium, évêque de Salonite : « C’est à toi de préférence que nous avons adressé nos écrits, pour que tu les fasses connaître à tous nos frères évêques. » Et plus bas : « Que chacun sache que quiconque négligerait ce qui porte le sceau de l’autorité apostolique et des pères, serait sévèrement puni par nous, etc. » Le cinquième, saint Innocent (épitre 22 aux évêques de Macédoine) écrit : « Rends-toi compte que c’est faire injure au siège apostolique, auquel le rapport avait été envoyé en tant que tête des églises. » La même chose dans la lettre au concile de Milet (épitre 93 de sain Augustin) : « Avec soin, et comme il convient, vous avec rendu honneur au siège apostolique. Honneur à celui sur qui, à l’exception des choses qui ne sont pas de son domaine, pèse le souci de toutes les églises. Vous avez suivi les directives d’une ancienne règle, que vous savez avoir été observée par tout le monde et par moi. » Même chose dans l’épitre au concile de Carthage (91). Il écrit que l’église romaine est « la source et la tête de toutes les églises. »

Tout ce que les magdebourgeois ont à répondre à cela c’est que c’est beaucoup trop impunément qu’Innocent s’est arrogé ces privilèges. Voilà pourquoi on l’appelle par mépris le nuisible. Mais s’il en est bien ainsi, pourquoi les anciens pères n’ont-ils pas dénoncé cette erreur d’Innocent ? Pourquoi saint Augustin (dans son épitre 106 à Paulin) dit-il en parlant de ces deux lettres d’Innocent : « Il nous a répondu toutes ces choses de la façon dont il est permis et obligatoire à l’évêque du siège apostolique de s’exprimer. » Et pourquoi saint Augustin appelle-t-il ailleurs Innocent 1 pape de bienheureuse mémoire ?

Le sixième est saint Léon. Mais parce que Luther et Calvin prétendent que les anciens pontifes de Rome n’ont eu d’autorité qu’en Occident, présentons des textes de saint Léon le grand, dans lesquels il affirme et démontre la primauté romaine, et exerce au même moment la juridiction sur les pontifes de Grèce, d’Asie, d’Égypte et d’Afrique. Dans l’épitre 84 à Anastase, évêque de Thessalonique, il dit : « Comme mes prédécesseurs à tes prédécesseurs, suivant l’exemple des anciens envers ta charité, je t’ai délégué comme vicaire de ma modération, pour que tu nous aides dans le soin que, d’institution divine, nous avons de toutes les églises, et qu’aux provinces éloignées du siège apostolique, tu présentes la présence de notre visite. » Et plus bas : « Nous avons fait de ta charité notre vicaire, de façon à ce que tu sois appelé à une partie de la charge pastorale, mais non à la plénitude du pouvoir. » Et à la fin, là où il disait que c’était par une grande providence qu’ont été institués, des évêques, des archevêques et des primats, il ajoute : « Par qui le soin de l’Église universelle affluerait au seul siège de Pierre, et pour que rien ne soit détourné de sa tête. » Ces textes montrent non seulement le primat, mais l’autorité de saint Léon sur les églises de Grèce.

Le même saint Léon le grand (épitre 46 à Anathole, évêque de Constantinople) écrit : « C’est à vous qui résidez que nous avons confié l’exécution de ce que nous avons décidé. » Tu vois qu’il prescrit quelque chose à l’évêque de Constantinople. Le même (dans l’épitre 62 à Maxime d’Antioche). Il lui demande de lui faire rapport souvent sur ce qui se passe dans les églises. Et au même endroit : « L’évêque Juvénal a cru qu’il pouvait se suffire à lui-même pour obtenir le premier rang dans la province de Palestine. Que Cyrille de sainte mémoire ait, avec raison cela, eu en horreur, il me l’a indiqué par ses écrits, et m’a ardemment supplié de ne donner aucune approbation à ces tentatives illicites. » Vois comment le patriarche d’Alexandrie supplie le pape Léon de ne pas permettre que Juvénal usurpe la primauté sur la Palestine. Et comme cette province relevait du patriarche d’Antioche, pourquoi Cyrille n’a-t-il pas fait sa demande au patriarche d’Antioche lui-même ? Le même saint Léon (épitre 81 à Dioscore) dit au patriarche d’Alexandrie : « Ce que nous savons que nos pères ont conservé avec un soin attentif, nous voulons que cela soit aussi conservé par vous. » C’est au patriarche de toute l’Égypte et de la Lybie que saint Léon donne ces ordres. Le même (épitre 87 aux évêques africains) « Ce que nous avons supporté comme véniel ne pourra pas, par la suite, demeurer impuni, si quelqu’un osait usurper ce que nous avons interdit. » Et plus bas : « Nous avons ordonné que là soit entendue la cause de Lupicinus évêque ».

Léon commandait donc aux évêques de Grèce, d’Asie, d’Égypte, et d’Afrique. Nous avons encore aujourd’hui de ses lettres aux évêques d’Allemagne, de France, d’Espagne et d’Italie, dans lesquelles il se présente comme leur juge et leur tête. Enfin, dans le sermon sur la naissance au ciel des apôtres Pierre et Paul, la ville de Rome parle ainsi : « Ayant été fait, par le siège sacré du bienheureux Pierre, tête de l’univers, ton règne religieux s’étendra plus loin que ta domination terrestre. Bien que par un grand nombre de victoires, tu aies agrandi, par le droit de la guerre, ton empire sur terre et sur mer, ce que le labeur guerrier t’a asservi est plus petit que ce que la paix du Christ t’a soumis. » Qu’est-ce qui est plus clair que cela ?

Mais à ces citations, Calvin donne deux réponses. Une première (livre 4 des institutions, chapitre 7, verset 11). Il dit que saint Léon a été, outre mesure, avide de gloire et de domination, et que plusieurs ont résisté à son ambition. Il donne comme preuve une note en marge de l’épitre 85. Mais nous avons beau chercher, dans cette épitre il n’y a rien de tel, et nous ne voyons personne résister aux épitres de saint Léon, à l’exception de l’évêque gaulois Hilaire. C’est le seul, dans l’épitre 89 de saint Léon, qui a voulu se soustraire à l’obéissance du siège apostolique. Mais, nous lisons au même endroit, qu’il est venu à Rome plaider sa cause, mais que, déclaré coupable par un concile, il a été puni. Demeurent encore aujourd’hui des lettres de conciles, d’évêques, d’empereurs adressées au pape Léon, et aussi d’évêques de Gaulle. Dans toutes ces lettres, on loue grandement sa piété et son autorité. Et je ne pense pas que, avant Luther et Calvin, personne ait jamais taxé le pape Léon d’orgueil et d’ambition.

Il répond en second lieu que Léon n’a pas usurpé la juridiction sur les autres évêques, mais qu’il ne s’est qu’interposé comme arbitre dans des différends, en autant que la nature et la loi de la communion ecclésiastique le souffrait alors. Et il le prouve ainsi. Dans la lettre 84, où il semble le plus donner des ordres aux évêques, il ajoute vouloir conserver, en toutes choses, les privilèges des métropolitains. C’est comme s’il disait que c’est par piété qu’il avertit, mais qu’il laissait à chacun l’autorité qui leur appartenait. S’il en vraiment ainsi, il n’était donc pas avide de gloire et de domination, et on ne peut pas non plus l’accuser d’avoir été ambitieux. Mais, les paroles de saint Léon que nous avons citées plus haut montrent assez clairement qu’il commandait aux évêques avec autorité.

Qu’il ait voulu conserver les droits des métropolitains, cela n’a rien à voir avec notre affaire. Car, il veut les conserver de façon à ce qu’ils soient soumis au siège apostolique, et à son vicaire. C’est bien ainsi qu’il parle dans l’épitre 84 : « Donc, selon les canons des saints pères composés par le Saint-Esprit, et consacrés par la vénération de tout l’univers, nous déclarons que ta fraternité possède, de toute antiquité, un droit incontestable de dignité sur les évêques métropolitains de chacune des provinces dont, par notre délégation, ta fraternité prend soin, pour que, ni par négligence ni par présomption, ils ne s’affranchissent des règles établies. » Et plus bas : « Si, par malheur, parmi ceux qui jugent des plus grandes fautes, une dissension naissait, qui ne peut pas être apaisée par un tribunal provincial, le métropolitain prendra soin d’informer ta fraternité de la nature de cette affaire; et si, après avoir entendu le plaidoyer des deux parties, la question ne pouvait pas être réglée par ton jugement, il faudra la porter à notre connaissance, quelle qu’elle soit. »

Septième . Voici ce que dit saint Gélase aux évêques de Sardaigne : « Chaque église de tout l’univers sait que le siège de l’apôtre Pierre a le pouvoir de dénouer tous les liens noués par les sentences d’évêque; qu’il lui est permis de porter un jugement sur toute église, et qu’il n’est permis à personne de juger son jugement. » Il dit des choses semblables dans la lettre à l’empereur Anastase. Il est impossible de répliquer quoi que soit à cela. Il appert que ce sont les vraies paroles de Gélase, que Gélase fut un saint homme, et qu’il a vécu avant l’an mille. Huitième. Jean 11 qui, lui aussi, a siégé avant l’an mille, écrit dans l’épitre à l’empereur Justinien (qui se trouve dans le code de Justinien à un tit ) : « Parmi les louanges sublimes de votre sagesse et de votre mansuétude, le plus chrétien des princes, il y a un précepte du Seigneur qui irradie comme un astre d’une lumière plus pure que les autres. Enseignés par l’amour de Dieu, nos disciplines ecclésiastiques ont conservé la révérence envers le siège romain; et, tout lui ayant été soumis, tout a été ramené à son unité, à celui qui en est l’auteur, le prince des apôtres, Pierre. « Pais mes brebis ». Et ce précepte est qu’elle est vraiment la tête de toutes les églises. Toutes les règles des pères et les statuts des princes le déclarent. »

Neuvième. Anastase 11 (dans l’épitre à l’empereur Anastase) : « Par le ministère de mon humilité, que le siège du bienheureux Pierre tienne, comme toujours, dans l’Église universelle, la primauté qui lui a été assignée par le Seigneur. » Dixième. Félix 1V (dans son épitre à différents évêques), écrit : « J’ai reçu avec reconnaissance les écrits de votre sainteté que vous avez envoyés au siège apostolique comme à la tête, pour recevoir une réponse d’où toute église de toute la religion tire son origine. » Onzième. Pélage 11 (dans son épitre 1 aux évêques orientaux ) : « Le siège de Rome, selon l’institution du Seigneur, est la tête de toutes les églises. » Douzième. Saint Grégoire le grand, s’est, tout autant que saint Léon, déclaré tête de toute l’Église (livre l, épitre 72, à Gennade) : « Si, du concile de Numidie, il y en a qui désirent venir au siège apostolique, permettez-le leur. Et si quelqu’un, parmi eux, voulait leur bloquer la route, empêchez-les. » Voilà ce qui démontre l’autorité de saint Grégoire en Afrique. De même (livre 2, épitre 37) : « Après ce qu’à votre béatitude mon prédécesseur et moi-même avons écrit au sujet de l’archidiacre Honorat, c’est par mépris de la sentence portée par nous deux, que le préfet Honorat a été privé de son grade. Si l’un des quatre patriarches avait fait cela, un tel mépris n’aurait pas pu se produire sans causer un grave scandale. » Par ces paroles, saint Grégoire montre qu’il est au-dessus de tous les patriarches.

De même (libre 4, épitre 56, aux évêques de la province d’Hellade) : « Sachez que nous avons conféré le pallium à Jean notre frère, évêque de Corinthe, à qui il vous convient grandement d’obéir. » Voyez l’autorité qu’a saint Grégoire sur les évêques grecs, qu’il soumet à l’évêque de Corinthe par la transmission du pallium ! Même chose (livre 7, épitre 68 à Jean, évêque de Syracuse) : « Car, en ce qui a trait à l’église de Constantinople, qui doute qu’elle soit soumise au siège apostolique ? C’est ce que notre très pieux empereur et notre frère Eusèbe, évêque de cette cité, professent constamment. » Et (dans la lettre 64 au même) : « Car, si celui-ci se dit soumis au siège apostolique, et si une faute été trouvée dans les évêques, je ne sais pas quel évêque ne lui sera pas soumis. » Quoi de plus clair ? J’omets les lettres aux évêques d’Italie, de Gaule, d’Espagne, car nul ne doute de leur obéissance.

Calvin répond (livre 4, chapitre 7, verset 12). Il dit d’abord que le pape saint Grégoire s’est attribué le droit de corriger les autres, mais que ne lui ont obéi que ceux qui l’ont bien voulu. Mais, cela on ne peut pas le dire. Car saint Grégoire fut très saint et très humble. La preuve en est que même les Grecs célèbrent son jour de fête. Calvin lui-même (livre 4, chapitre sept, verset 22) reconnait que Grégoire fut un grand saint. Or, l’usurpation des biens d’autrui ne cohabite pas avec la sainteté. Ce n’est ni un péché véniel ni une imperfection de se soumettre tous les évêques mais le fait d’un orgueil intolérable, et la note spécifique de l’Antichrist, comme ils l’enseignent souvent. Comment saint Grégoire pouvait-il être saint s’il s’est soumis injustement tous les évêques ? Il répond ensuite que c’est par le mandat de l’empereur qu’il a jugé l’évêque de Constantinople, comme on peut l’apprendre de la lettre de Grégoire (livre 7, épitre 64). Or, dans cette lettre, saint Grégoire dit que l’empereur veut qu’il juge le patriarche, parce que les canons l’ordonnent ainsi. C’est tout à fait comme si l’empereur avait dit qu’il ne voulait pas empêcher que, même s’il était l’évêque de la cité impériale, l’évêque de Constantinople soit puni par le pape Grégoire, comme le prescrivent les canons. C’est pourquoi, dans l’épitre citée plus haut, saint Grégoire affirme que l’empereur professe constamment que l’église de Constantinople est sujette de l’église de Rome.

Il répond, en troisième lieu, que comme il punissait les autres, saint Grégoire était disposé à être amendé par les autres, ainsi qu’ il le dit dans l’épitre 37, livre 2. Donc, il obéissait autant qu’il commandait. Mais, dans cette lettre, saint Grégoire parle de la correction fraternelle, non de la censure d’un jugement. Voici ce qu’il écrit : « Ta fraternité a mal pris que je l’aie blâmée au sujet des convives. Mais moi, qui suis le plus élevé non par ma vie, mais par le lieu, je suis prêt à être corrigé par tous, à être émendé par tous. Et j’estime être mon seul ami celui qui, avant l’apparition du juge suprême, essuie les fautes de mon esprit. » Ajouter qu’il y a une contradiction entre être au-dessus de tous, et soumis à quelques-uns.

Il répond en quatrième lieu, que ce statut pontifical a grandement déplu à Grégoire. Car, il se plaint que, sous couleur d’épiscopat, il soit retourné dans le siècle (livre 1, épitres 5, et 7). Il est vrai que saint Grégoire déplorait d’être passé du calme du monastère aux affaires épiscopales. Mais ne lui déplaisait pas le fait que le siège apostolique ait à prendre soin de toutes les églises. Car il milita lui-même vigoureusement pour l’honneur de son siège contre Jean, évêque de Constantinople. Et, (dans le livre 4 de l’épitre 36 à Euloge), il dit : « Tenons l’humilité dans l’esprit, mais conservons dans l’honneur la dignité de notre ordre. » Et (dans les épitres 1 et 42 à Jean évêque) : « Nous avertissons que la révérence envers le siège apostolique ne doit être troublée par la présomption de personne. Car la condition des membres demeure intègre si la tête de la foi ne subit aucune injure ». Et (dans son explication 4 du psaume pénitentiel) : « Il étend la témérité de son délire au point de revendiquer pour lui en justice d’être la tête de toutes les églises, comme l’est l’église romaine, et d’usurper le droit de gouverner toutes les nations de la terre. »

CHAPITRE 15

Les pères grecs prouvent la même chose.

Venons-en maintenant aux témoignages des anciens pères, qui n’ont pas été pontifes suprêmes. Calvin et Illyricus ne nous en objectent que trois : saint Cyprien, saint Jérôme et saint Bernard, dont nous parlerons en temps opportun. Mais à leur trois, nous en opposerons une vingtaine.

Le premier est saint Ignace qui, dans son épitre aux romains, écrit : « Ignace, à l’église sanctifiée qui préside dans la région des Romains. » Pourquoi dit-il à l’église romaine qu’elle préside, si ce n’est parce qu’elle est la tête de toutes les autres ? Le deuxième est saint Irénée (livre 3, chapitre 3) : « C’est par la plus grande, la plus ancienne, celle qui est connue de tous, qui a été fondée, instituée par les glorieux apôtres Pierre et Paul, qui possède la tradition reçue des apôtres, qui annonce à tous la foi par la succession des évêques parvenue jusqu’à nous, que nous confondons ceux qui, de quelque façon, par une complaisance malsaine, par vaine gloire, par cécité, ou par une mauvaise science, raisonnent autrement qu’il ne faudrait. Car il est nécessaire que toute église, c’est-à dire tous les fidèles de partout, communie avec cette église à cause de sa plus puissante principauté. Car, en elle, par ceux qui y sont, a été conservée la tradition qui vient des apôtres. » Noter le « il est nécessaire », « et toute église doit communier. » Et aussi : « à cause de sa plus puissante principauté ». Et cette autre chose : « en qui toujours a été conservée par tous la tradition apostolique. » Car, saint Irénée prouve que nous pouvons confondre les hérétiques avec la doctrine de l’Église romaine, parce qu’il est nécessaire que tous communient avec cette église, et dépendent d’elle comme d’une tête et d’une source. Il faut donc que sa doctrine soit vraie et apostolique.

Qu’il soit nécessaire à tous les chrétiens de dépendre de l’église romaine, il le prouve d’abord a priori, parce que la principauté est donnée à cette église. Ensuite, a posteriori, parce que, jusqu’à présent, tous ont conservé la foi dans cette église, c’est-à-dire en union et en adhésion à cette église, comme à une tête et une mère.

Le troisième est Épiphane (hérésie 68, qui est celle des mélétiens) : « Faisant pénitence, Ursace et Valens partirent avec leurs pamphlets vers le bienheureux Jules, évêque de Rome, pour rendre compte de leur erreur et de leur faute. » Il est certain qu’Ursace et Valens étaient des évêques. Pourquoi venaient-ils à Rome pour que le pontife romain leur donne une punition, si le pontife romain n’est pas le juge et la tête des évêques ? Le quatrième, saint Athanase (livre 2 de son apologie). Il assure que ces mêmes évêques avaient demandé au pape Jules une punition pour leur forfait. Et, dans l’épitre au pape Félix, il écrit : « Vous et vos prédécesseurs, Dieu vous a établis au sommet de la hyérarchie, gardiens apostoliques; et il vous a ordonné de prendre soin de toutes les églises, pour que vous nous portiez secours. » Ensuite, dans son livre sur l’évêque Denys d’Alexandrie : « Quelques-uns, ayant certes une bonne compréhension de l’église, mais ignorant dans quel sens il avait écrit ces choses, montèrent à Rome, et l’accusèrent, là, auprès de Denys, évêque de Rome. » Pourquoi, je le demande, des hommes bons ont-ils accusé Denys, le patriarche d’Alexandrie, auprès de l’évêque de Rome ? N’est-ce pas parce qu’ils savaient que le pontife romain est le juge de tous ?

Saint Basile (dans l’épitre 52 à Athanase) : « Il semble que tous consentent à écrire à l’évêque de Rome, pour qu’il prenne connaissance de notre situation, et interpose le décret de son jugement. Et parce qu’il est difficile que certains soient mandatés par la décision d’un concile, qu’il investisse de son autorité des hommes choisis, capables de supporter les fatigues du voyage, des hommes doux et de bonnes mœurs, accommodants, prudents et pieux, pour qu’ils avertissent ceux qui ont dévié de la voie droite, et qu’ils rescindent les actes du concile d’Ariminensis, votés dans la violence. » Saint Basile attribue à l’évêque de Rome l’autorité de visiter les églises d’Orient, et de rescinder des conciles généraux, comme celui d’Ariminensis.

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