Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 66)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Le sixième, saint Grégoire de Naziance (dans le poème de sa vie). Il dit que l’Église romaine « a toujours conservé la vraie doctrine sur Dieu », « comme il convient à une ville qui préside sur tout l’univers ». Il ne parle pas de l’empire temporel, car, à ce moment, le siège de l’empire temporel était à Constantinople, non à Rome. Le septième, saint Jean Chrysostome (épitre 1 au pape Innocent) : « Je te demande de statuer par écrit que n’ont aucune valeur les choses qui ont été accomplies avec injustice et perfidie; que ceux qui ont agi avec iniquité soient soumis aux peines des lois ecclésiastiques ! » Theophile, l’évêque d’Alexandrie, dans un concile de nombreux évêques, avait déposé saint Jean Chrysostome de l’épiscopat de Constantinople. Saint Jean Chrysostome écrivit à l’évêque de Rome, pour que, en vertu de son autorité, il déclare invalide la condamnation faite par Théophile; qu’il le juge plutôt, et le punisse selon les lois ecclésiastiques. Saint Jean Chrysostome reconnait donc que le pape est le juge suprême, même des Grecs. De même (dans son épitre 2 au même), il dit : « Nous vous rendons des grâces perpétuelles pour avoir déclaré votre bienveillance paternelle envers nous. » Saint Jean Chrysostome reconnait donc le pape Innocent comme son père, même s’il était plus âgé que lui, et détenait l’épiscopat de la ville Reine. Ensuite, dans la même lettre, il demande au pape Innocent de ne pas excommunier ses ennemis, même s’ils le méritent : « Je prie votre vigilance pour que, même s’ils ont tout rempli de tumultes, et ne veulent pas guérir de leur maladie, vous ne leur infligiez aucun châtiment, et ne les expulsiez pas de l’assemblée des fidèles. »

Le huitième. Saint Cyrille (épitre 10 à Nestor, et épitre onze aux clercs et au peuple de Constantinople). Il écrit que, à moins que Nestor ne rétracte ses hérésies avant la date fixée par le pape romain Célestin, il soit excommunié par tous, et que, une fois déposé, on évite sa présence. Et, dans l’épitre 18 au pape Célestin, qu’il nomme « très saint Père , il lui demande si on pourra encore pendant un certains temps communiquer avec Nestor, ou s’il faut que tous évitent sa présence. » Ces mots indiquent suffisamment l’idée que saint Cyrille se faisait du pouvoir de l’évêque de Rome, lui qui, pour la condamnation et la déposition de Nestor, n’a fait qu’exécuter et mis en oeuvre ce que le pontife romain avait décidé. Et dans le livre (thèses) : « Devant Pierre, tous inclinent leur tête de droit divin, et les princes de ce monde lui obéissent comme au Seigneur Jésus. » De même : « Nous devons nous, comme des membres que nous sommes, adhérer à notre tête, le pontife romain et le siège apostolique. » Ces mots ne sont plus dans le livre « thèses » qui nous est parvenu. Mais, ils sont cités par le bienheureux Thomas (dans son opuscule contre les Grecs), et par Gennade Scholarius, auteur grec (dans le livre 1 du souverain pontife) Il est avéré que plusieurs livres du trésor ont péri. Car, dans le synode (acte 10) on fait une citation tirée du livre 32.

Mais, aujourd’hui il ne nous reste que 14 livres. De plus, André, l’évêque de Colosse, dans le concile de Florence (septième session) a affirmé que, dans les trésors, saint Cyrille avait parlé magnifiquement de l’autorité du pontife romain, sans qu’aucun grec n’élève la voix pour le contredire.

Le neuvième. Théodoret (dans l’épitre au pape Léon) : « J’attends une décision de votre siège apostolique. Je supplie et j’implore votre sainteté de me secourir, moi qui fais appel à votre jugement juste et droit. Qu’elle me commande d’accourir vers vous, et qu’elle montre que ma doctrine suit les traces des apôtres. » Il était un évêque asiatique. Il présidait à 800 églises, comme il le dit lui-même au même endroit, et pourtant, il reconnait le pontife romain comme juge suprême. De même, dans l’épitre au prêtre René : « Ils m’ont dépouillé du sacerdoce, ils m’ont expulsé des villes, sans tenir compte ni de mes cheveux blancs, ni du temps passé dans la religion. C’est pourquoi je te supplie que tu persuades au très saint archevêque Léon d’user de son autorité apostolique, et de commander que je sois présent à ce concile. Car, ce saint siège détient le pouvoir de gouverner les églises de tout l’univers. » Le dixième Sozomène (livre 3, chapitre 7) : « Comme, à cause de la dignité qui est propre à ce siège, le soin de toutes les églises lui a été confié, le pape a restitué à chacun son église. » Il parle de Jules 1 qui rendit à Athanase l’épiscopat d’Alexandrie, et à Paul celui de Constantinople.

Le onzième, celui d’Acace (dans la lettre au pape Simplice, qui se trouve dans le tome 2 des conciles) : « Portant la sollicitude de toutes les églises, vous nous exhortez sans relâche, avec une vigilance spontanée et prévenante. » Le douzième. L’évêque de Pataras, de qui parle Libératus (dans le bréviaire, chapitre 22) : « Quand Sylvère vint à Pataras, le vénérable évêque de la cité alla à l’encontre de l’empereur, et contesta le jugement porté au nom de Dieu au sujet de l’expulsion de l’évêque d’un tel siège, disant que, dans le monde, il y a plusieurs rois, et qu’il n’y en a pas un seul à être expulsé de son siège comme ce pape qui est au-dessus de l’Église de tout le monde. » Treizième. Justinien senior (dans une lettre à Jean 11, qui se trouve dans le codex dans 1 tit.) : «Car nous ne nous souffrons pas que ce qui se rapporte à la situation des églises ne soit pas connu par votre sainteté, qui est la tête de toutes les saintes églises. »

CHAPITRE 16

On prouve la même chose avec les pères latins

Parmi les latins, saint Cyprien enseigne souvent cela. Mais avant de présenter des extraits de ses écrits, expliquons brièvement l’argument qu’il développe dans son livre sur l’unité de l’Église. Ce qui nous permettra de mieux comprendre sa pensée. Dans son livre sur l’unité de l’Église, il se propose de montrer en quoi consiste l’unité de l’Église; et il démontre d’abord d’où naissent les hérésies et les divisions : « Cela vient de ce qu’on ne retourne plus à l’origine de la vérité, de ce qu’on ne cherche plus la tête, et de qu’ on ne conserve plus la doctrine du maître céleste. » Il présente donc trois choses. La première. L’origine de la vérité provient de l’Église. La seconde : il y a une tête de l’Église différente du Christ, car un peu avant, il avait dit que tous les hérétiques cherchaient le Christ. Et, cependant, il dit ici que toutes les hérésies naissent du fait qu’on ne cherche pas la tête de l’Église. La troisième. La doctrine du maître céleste au sujet de l’Église, est celle du Christ et du pape.

Après avoir exposé ces principes, il les explique ainsi : « Le Seigneur a dit à Pierre : « Tu es la pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église; et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elles. » Et il dit au même après sa résurrection : « Pais mes brebis ». Saint Cyprien enseigne là l’origine de la vérité sur l’église, qu’il disait devoir être cherchée dans les paroles du Christ. Car, c’est ainsi que commence la doctrine ecclésiale, et, en même temps la tête de l’Église, qu’il disait devoir être cherchée en Pierre. Ces mêmes mots montrent que c’est la doctrine du maître céleste. Voilà pourquoi, un peu après, il ajoute que l’Église est une dans la racine et dans la tête, même si elle se multiplie par la propagation. Et il présente trois exemples : la lumière, la source et l’arbre. Ces trois sont une seule et même chose dans la racine, et se multiplient par la propagation. Cette citation nous explique donc que saint Pierre est la tête de toute l’Église. Que c’est ce qui convient à l’évêque romain, saint Cyprien le déclare dans le livre 1, (épitre 3 à Cornel), où parlant du schisme des novatiens qui ne reconnaissaient pas le pape Corneille, il dit : « Les hérésies ou les schismes ne sont pas nés autrement qu’en n’obéissant pas au prêtre de Dieu. Il ne faut pas penser qu’il n’y a un seul prêtre dans l’Église que pour un temps, et pour un temps seulement, un seul juge qui tient la place du Christ. Si la fraternité universelle lui obéissait selon le commandement divin, personne n’aurait de raison à faire valoir pour se soulever contre le collège des prêtres. »

Les adversaires répondent que saint Cyprien parle ici des évêques diocésains et des églises particulières; et qu’il veut dire que, dans chaque église, quelqu’un doit être prêtre et juge à plein temps. Mais si on compare ces phrases avec ce qui précède, il apparaîtra clairement que saint Cyprien parle de l’église universelle. Car, comme il avait dit plus haut que les hérésies naissent de ce qu’on ne cherche pas la tête, après avoir expliqué que la tête de toute l’Église était Pierre, de la même façon il dit ici que les hérésies naissent parce qu’on ne pense pas qu’il y a un seul juge dans l’Église, représentant du Christ, en l’occurrence, Corneille. Voilà pourquoi, un peu plus bas, dans la même épitre, il appelle l’église romaine le siège de Pierre, l’église principale, d’où est née l’unité sacerdotale.

Le même, (dans l’épitre 10 au même Cornel) : « Nous nous lamentons sur nos collègues qui forment les membres d’un corps qui a fait scission avec l’unité de l’Église; et qui sont d’un parti qui, par obstination et entêtement, n’a pas seulement récusé le sein de la racine et de la matrice, mais s’est fait, à l’extérieur de l’Église, une tête contraire. » C’est manifestement de l’Église catholique qu’il parle ici, en dehors de laquelle sont les novatiens. Et saint Cyprien écrit que non seulement ils ne veulent pas revenir à l’Église, et reconnaître « la racine, la matrice et la tête de cette Église », mais qu’ils se sont fait une tête adultère contraire. Donc, comme Novatien a été la tête de tous les novatiens, Corneille a été la tête de tous les catholiques.

Le même (au livre 1, épitre 8 au peuple de l’univers) écrit : « Dieu est un, le Christ est un, l’Église est une, et une est la chaire fondée sur Pierre par la parole du Seigneur. On ne peut pas dresser un autre autel, inventer un nouveau sacerdoce, en dehors de l’unique autel et de l’unique sacerdoce. Celui qui rassemble ailleurs disperse. » Dans ce passage, il affirme que comme Dieu est un, le Christ est un, l’église est une, par le nombre, non par l’espèce, de la même manière unique est la chaire qui enseigne à toute l’église, et cette chaire est celle de Pierre, en dehors de laquelle quiconque rassemble disperse. Enfin, (au livre 4 de l’épitre 8), il appelle de nouveau l’église romaine « la racine et la matrice de l’Église catholique ».

Mais les adversaires font les objections suivantes. La première porte sur le livre de Cyprien sur l’unité de l’Église, dans lequel il a dit : «Unique est l’épiscopat, dont chacun tient respectivement une partie. » Il n’est donc pas l’évêque de toute l’église. La deuxième porte sur l’épitre de saint Cyprien à Quintus, dans laquelle Cyprien écrit, en plein concile : « Car aucun évêque parmi nous ne s’établit évêque des évêques, ou n’oblige ses collèges à lui obéir par une terreur tyrannique, puisque, ayant la liberté et le pouvoir d’user en tout de son jugement propre, aucun évêque ne peut être jugé par un autre, ni ne peut juger personne. Mais attendons le jugement du Seigneur de l’univers, Jésus-Christ, qui est le seul à avoir le pouvoir, dans l’église, de nous régir dans l’exercice de notre gouvernement et dans nos jugements. »

Je réponds à la première.

L’épiscopat est un de la même façon que l’Église est une.

L’Église est une de façon à ce que plusieurs branches forment un seul arbre, plusieurs fleuves une seule mer, et plusieurs rayons une seule lumière, comme Cyprien le dit ailleurs. Donc, comme dans les branches, les fleuves et les rayons, l’unité provient d’une seule tête, c’est-à-dire de la racine, de la source, du soleil, bien que les branches, les rivières et les rayons se multiplient, de la même façon, l’Église est une et l’épiscopat est un dans la racine et la tête, même s’il y a plusieurs églises particulières. Une partie de ce grand épiscopat est détenue simultanément par chacun des évêques, mais non également, mais non de la même façon. Car Pierre et ses successeurs tiennent cette partie qui est comme la tête, la racine et la fontaine; les autres tiennent les parties qui sont comme les branches et les rivières. Car, cet épiscopat unique est semblable à un corps hétérogène, non homogène. Il suit de là que ce n’est pas de la même façon que chaque évêque tient une partie de cet épiscopat. Car, même si la racine est une partie comme la branche, elle sustente et régit les branches, et tout ce qu’il y a dans les branches. Tout est donc virtuellement dans la racine, et non le contraire. De la même façon, l’église romaine ou l’épiscopat romain est une part de l’Église universelle et de l’épiscopat universel, comme l’est l’église de Toscane et son évêque. Mais l’église romaine régit la toscane, et non le contraire.

On déduit avec raison des paroles de saint Cyprien que le pape de Rome n’est pas le seul évêque de toutes les églises, les autres étant de vrais et de réels évêques, qui ont reçu leur part de l’église universelle à gouverner. Mais on ne peut pas en déduire que le pontife romain ne soit pas le pasteur et la tête de toutes les églises, et donc de l’église universelle, car même si c’est une partie de l’église qui a été confiée à sa gouverne, cette partie occupe, dans l’église, la place que tient la racine dans un arbre, la tête dans le corps, et la fontaine dans les ruisseaux. La deuxième objection. Quand il dit que personne ne veut se faire évêque des évêques, il parle de ceux qui étaient dans le concile de Carthage. Il n’incluait pas dans cette phrase le pontife romain, qui est le véritable évêque des évêques, et le père des pères, comme nous l’avons montré plus haut. Quand il dit qu’un évêque, qui n’a été institué que par Dieu, ne peut être jugé que par Dieu, il faut comprendre qu’il parle des choses qui sont douteuses et cachées. C’est ainsi que l’expose saint Augustin (livre 3, chapitre 3 du baptême) : « Je pense qu’il s’agit de choses qui n’ont pas été suffisamment clarifiées. » Cyprien enseigne ici qu’il veut que chaque évêque puisse, pendant la discussion, émettre librement son avis, et qu’il ne voulait pas, à la façon d’un tyran, les forcer à penser comme lui, avant que la question n’ait été définie. Car, que, selon lui, le pontife romain puisse juger et déposer des évêques hérétiques ou schismatiques, nous le montre clairement la lettre écrite au pape Étienne (livre 3, épitre 13). Dans cette épitre, Cyprien demande au pape de déposer l’évêque d’Arles, et d’en installer un autre à sa place.

Le deuxième, Optatus, marche sur les traces de Cyprien. (dans l’unique chaire de toute l’Église, contre Parmenius, 3). Il dit que l’Église catholique est dotée de cinq prérogatives. La première est qu’il y a une unique chaire, celle de Pierre, dans laquelle doit être conservée la foi de tous. Et, énumérant les pontifes romains jusqu’à Syricius, il affirme que cette chaire n’est pas seulement celle de Pierre, mais aussi de ses successeurs. Et il conclut ainsi : « De toutes les prérogatives ci-haut décrites, la chaire est la première, que nous avons démontrée être nôtre par Pierre ». Le troisième est saint Ambroise (chap 3, 1, à Timothée) : « Même si tout le monde appartient à Dieu, on dit quand même que l’Église est sa maison, dont aujourd’hui Damase est le recteur. » Le même dit dans Satyre : « Il est un évêque approuvé s’il est en communion avec les évêques catholiques, c’est-à-dire avec l’église romaine. » Pourquoi, je le demande, les évêques ne sont-ils catholiques que s’ils communient avec l’évêque de Rome, si ce n’est parce que l’église de Rome est la tête de l’église catholique ? Le même (livre 3 des sacrements, chapitre 1) : « Nous n’ignorons pas que l’église romaine n’a pas cette coutume, elle dont nous suivons en toutes choses et l’exemple et la forme. » Et, plus bas : « Je veux suivre en toutes choses l’Église romaine, même si nous aussi nous avons quelque chose qui a du sens. Donc, gardons donc correctement ce qui se fait ailleurs plus correctement. »

Il faut observer que quand saint Ambroise dit qu’il veut suivre l’église romaine en toutes choses, il n’accepte quand même pas de suivre la coutume romaine de laver les pieds à ceux qui viennent d’être baptisés. Il faut donc comprendre que ce « en toutes choses », ne s’applique qu’aux choses nécessaires, et qui appartiennent au salut. Autrement, il se contredirait lui-même. Le quatrième est saint Jérôme (épitre à Agemchiam, au sujet de la monogamie) : « Plusieurs années auparavant, quand j’étais au service du pape Damase, évêque de la ville de Rome, dans les archives ecclésiastiques, et que je répondais aux consultations des synodes occidentaux et orientaux etc. » Vous voyez comment, de toute l’église universelle, et de tout l’univers, on demandait alors des réponses au siège apostolique ! Le même (dans l’épitre au pape Damase, au sujet du mot hypostase) écrit : « Bien que ta majesté me terrifie, ton humanité me fait une invitation. Et, brebis, je demande de l’aide au pasteur. Je parle avec le successeur du pasteur et le disciple de la croix. Et moi qui, en toutes choses, ne cherche d’abord que Jésus-Christ, je m’associe à ta béatitude, c’est-à-dire que je communie à la chaire de Pierre. Je sais que c’est sur cette pierre que l’Église a été édifiée. Quiconque mange l’agneau en dehors de cette maison est un profane. Si quelqu’un n’est pas dans l’arche de Noé, il périra quand le déluge arrivera en maître. » Et plus bas : « Je ne connais pas Vital. Je répudie Meletius, j’ignore Paulin. Celui qui ne ramasse pas avec toi disperse. Ce qui veut dire que celui qui n’est pas avec le Christ est avec l’antichrist ». Notons d’abord, que tout prêtre d’Antioche qu’il était, il se considérait comme une brebis de l’évêque de Rome. Notons ensuite qu’il confessait que Damase était le successeur de saint Pierre. Ensuite, quand il dit : moi qui ne cherche que le Christ, je veux me rendre participant à la communion de ta béatitude, il veut dire qu’il veut adhérer en premier lieu au Christ, et ensuite au vicaire du Christ. C’est comme s’il disait : Je ne place personne avant toi, sinon le Christ. Quatrièmement, saint Jérôme considère le siège de Rome comme le fondement de cette maison et de ce navire qu’est l’église universelle. Il considère donc que le pontife romain est la tête de toute l’église. Enfin, notons qu’il a préféré adhérer au pontife du siège romain plutôt qu’à son évêque propre Paulin, lequel n’était pas le premier venu, mais le patriarche d’Antioche. Voici en effet ce qu’il dit : « Je ne connais pas Vital, je répudie Mélèce, et j’ignore Paulin. »

C’est pourquoi Érasme lui-même qui, ailleurs, en notes, a parlé de l’église romaine sans lui rendre justice dit, en commentant ce texte, que saint Jérôme affirme que toutes les églises sont sujettes au siège apostolique. Aveu qu’il faut crier sur tous les toits devant les nouveaux hérétiques qui considèrent Érasme comme un oracle. Mais Calvin nous oppose, d’abord, l’épitre de saint Jérôme à Népotien, dans laquelle il dit : « Chacun des évêques des différentes églises, chaque archiprêtre, chaque archidiacre, et tout l’ordre ecclésiastique a pour appui ses recteurs. » Il n’ajoute pas, dit Calvin, que « toutes les églises sont unies entre elles par la tête comme par un lien ». Deuxièmement. Ce n’est pas seulement Calvin, mais Illyricus et Melanchton, qui voient une objection dans la lettre de saint Jérôme à Évagre, où il dit : « Si on cherche l’autorité, l’univers est plus grand qu’une ville. Pourquoi m’indiques-tu la coutume d’une seule ville ? Pourquoi, dans les lois de l’église, invoques-tu le petit nombre qui ne s’impose que par son arrogance ? Partout où est un évêque, à Rome ou à Eugugis, à Constantinople ou à Rhegis, à Alexandrie ou à Tanis, son mérite et son sacerdoce est le même. Le pouvoir que donnent les richesses et l’humilité de la pauvreté ne font pas un évêque plus grand ou plus petit. »

À la première objection, je réponds que saint Jérôme n’a pas omis de parler de la tête quand il dit que tout ordre ecclésiastique est fondé sur ses recteurs. Il indique que, en plus d’un évêque, d’un archiprêtre et d’un archidiacre, il y a d’autres ministres comme un métropolitain dans chaque province, un siège primatial dans chacune des régions, et dans toute l’Église un seul pontife. Autrement, il ne serait pas vrai qu’il y ait un recteur dans chaque ordre ecclésiastique. En second lieu, je réponds que saint Jérôme réprouve une mauvaise coutume qui était à Rome, mais pas dans toute l’église romaine, ni au Vatican, mais seulement dans les diacres romains. Parce que les diacres romains étant peu nombreux, et s’occupant du trésor ecclésiastique, ils en vinrent, peu à peu, à se croire supérieurs aux prêtres, et à siéger avec eux, alors que l’ancienne coutume voulait que les prêtres s’assoient avec les évêques, et que les diacres se tiennent debout. C’est de cette coutume qu’il parle quand il dit : « pourquoi me présentes-tu la coutume d’une église ? Que vaut le petit nombre d’où ne peut naître que l’arrogance ? » Que le pontife romain n’approuvait pas cette coutume, saint Jérôme l’indique quand il ajoute que ce n’est qu’en l’absence de l’évêque que les diacres osent s’asseoir avec les prêtres. Quand saint Jérôme dit que les évêques ont le même mérite et le même sacerdoce, cela est vrai, mais il faut l’entendre au sens du sacrement de l’ordre, et non de la juridiction. Saint Jérôme n’a pas, non plus, voulu nier que l’évêque d’Alexandrie étende sa juridiction sur un plus large territoire que celui de Tanensis, puisque le premier préside sur trois provinces, et l’autre sur une cité.

Le cinquième, saint Augustin. Il écrit (dans l’épitre 162) : « L’église qui est chez les romains a toujours maintenu en vigueur la principauté de sa chaire apostolique. » Le même (épitre 92 à Innocent) : « Puisque, par le don si sublime de sa grâce, le Seigneur t’a placé sur le siège apostolique, il a prescrit aussi à nos temps que ce soit mis sur le compte de notre négligence, si nous taisons auprès de ta révérence les choses qu’on doit suggérer pour le bien de l’Église. Nous demandons donc à ta diligence pastorale de prendre en considération ce que tu ne pourrais négliger sans un grand péril pour les membres infirmes du Christ. » Par ces paroles, saint Augustin demande, avec tout le concile de Milet, à Innocent de faire preuve de zèle pastoral en combattant les pélagiens qui infestaient principalement la Palestine et l’Afrique. Il n’aurait certes pas fait une pareille demande s’il n’avait pas cru qu’Innocent était le pasteur de l’Afrique et de la Palestine. En fin de compte, pourquoi saint Augustin n’écrit-il pas au patriarche de Jérusalem, ou au métropolitain de la Palestine, ou à l’évêque primatial de l’église de Carthage, plutôt qu’au pontife romain ? N’est-ce pas parce qu’il savait que l’autorité du pape sur l’Afrique et la Palestine était plus grande que celle de leurs propres évêques ?

De même (dans l’épitre 157 à Optatus) : « En ma présence, à Césarée, vinrent se joindre à nous ceux que, en raison de la nécessité ecclésiastique, nous avait envoyés le vénérable pape Zozime, évêque du siège apostolique. » Zozime avait ordonné aux évêques d’Afrique de célébrer un concile à Carthage. Et saint Augustin estima qu’il était nécessaire d’obéir au pape Zozime. De même (dans le livre 1, chapitre 1, à Boniface) : « Tu n’as pas dédaigné d’être ami des humbles, toi qui ne cherches pas les grandeurs, même si tu présides en très haut lieu. » Et plus bas : « Tu te montres semblable à nous tous qui sommes investis du ministère épiscopal, bien que tu sois d’un niveau supérieur, toi qui occupes le sommet de la pastorale » Voyez qu’ici saint Augustin dit que les évêques sont soumis au souverain pontife puisqu’il le dit d’un niveau supérieur, et le sommet de la pastorale.

Sixième, saint Prospère, dans son livre sur l’ingratitude : « Rome, le siège de Pierre, qui est devenue, pour l’univers, la tête de l’honneur pastoral, possède par la religion ce qu’elle ne possède pas par les armes. » Et, (dans le livre 2 sur la vocation des Gentils, chapitre 6) : « Rome, par la principauté du sacerdoce, est devenue plus vaste, en tant que citadelle de la religion, qu’elle ne l’a été au sommet du son pouvoir politique. » Le septième. Le bienheureux Victor Uticensis (libre 2 de la persécution des Vandales), appelle l’Église romaine « la tête de toutes les églises. » Vincent Lérins : « On a lu quelques lettres du martyr Félix, et de saint Jules, des évêques de la ville de Rome. Eux témoignent que non seulement le bienheureux Cyprien mais même aussi saint Ambroise ont appelé le pontife de Rome tête de l’univers, et même la brique. » Vous voyez qu’on au pontife romain le nom de tête de l’univers.

Le neuvième. Cassiodore (livre 2, épitre 2, de saint Jean) : « Vous, en tant que gardiens, vous présidez au peuple chrétien. Vous aimez toutes choses au nom du Père. » Et plus bas : « C’est pourquoi nous devons, nous, conserver quelques choses, vous, toutes choses. (Le roi Theodoric avait remis l’admistratioh de la ville de Rome à Cassiodore). Plus bas encore : « Ce siège que tout l’univers trouve admirable protège par son affection ceux qui lui sont fidèles. Et bien qu’il soit un don fait à l’univers, c’est par vous qu’il est connu, et chez vous qu’il demeure. » Le dixième, saint Bède le vénérable (livre 2 de l’histoire de la nation anglaise, chapitre 1 : « Alors qu’il exerçait le pontificat pour toute l’église, et qu’il présidait aux églises déjà converties aux vérités de la foi, il fit chrétien notre peuple encore esclave des idoles ». Le onzième, saint Anselme (dans le livre sur l’incarnation du Verbe de Dieu, dédié au pape Urbain ) : « Au seigneur et père de l’église universelle qui est pèlerine sur la terre, Urbain, pontife suprême, le frère Anselme, pécheur par nature, moine par l’habit, élu évêque métropolitain de Cantuariae, sujétion due avec un service humble et des prières dévotes. Comme la divine providence a élu votre sainteté et qu’elle vous a chargé de garder la vie et la foi chrétienne, et de régir son Église, c’est à nul autre de plus juste qu’on réfère si quelque chose s’élève dans l’Église contre la foi catholique, pour que cette erreur soit corrigée par son autorité. Il n’existe non plus rien d’autre qui soit plus sur pour examiner avec prudence ce qui a été écrit en réponse aux erreurs. »

Le douzième, Hugues de Saint-Victor (livre 2 sur les sacrements, chap 15, page 3) : « Le siège apostolique, sur toute la terre, est placé avant toutes les églises. » Le treizième saint Bernard (que Calvin tire de son côté, en l’appelant saint, livre 4, institutions, chapitre 7, verset 22) dans le livre 2 de la considération : « Examinons avec plus d’attention qui tu es, quelle personne tu représentes dans l’église de Dieu. Qui tu es ? Le grand prêtre, le pontife suprême, le prince des apôtres, l’héritier des apôtres, tu es Abel par la primauté, Noé par le gouvernement, Abraham par le patriarcat, Melchisedech par l’ordre, Aaron par la dignité, Moïse par l’autorité, Samuel par le jugement, Pierre par le pouvoir, Christ par l’onction. Tu es celui à qui les clefs ont été remises, à qui les brebis ont été confiées. Il y en d’autres qui sont portiers du ciel et pasteurs de troupeaux, mais toi, tu as hérité d’un nom incomparablement plus glorieux que celui de tous les autres, et combien différent ! Ils ont des troupeaux qui leur sont confiés, chacun le sien, mais ce sont tous les troupeaux qui t’ont été confiés à toi, un seul troupeau à un seul pasteur. Tu n’es pas seulement pasteur des brebis, mais aussi des pasteurs. » Et, plus bas : « Donc, d’après tes canons, les autres sont appelés à une partie de la sollicitude pastorale, mais toi à sa plénitude. Le pouvoir des autres est restreint par certaines limites; le tien s’étend même sur ceux qui ont reçu un pouvoir sur les autres. Ne peux-tu pas, le cas échéant, fermer le ciel à un évêque, le déposer de l’épiscopat, et même le livrer à Satan ? Que demeure donc intact et entier ton privilège, autant celui des clefs que de la garde des brebis. »

Voilà ce qu’en enseigne celui qui a pour témoin de sa sainteté non seulement Jean Calvin, mais des miracles innombrables. Or, la vraie sainteté ne peut pas exister sans la vraie foi. C’était donc avec une vraie foi que saint Bernard croyait que le pontife romain est le pasteur de l’Église universelle. Mais Calvin trouve des objections à nous faire dans les abus et les vices de la curie romaine, contre lesquels saint Bernard tonnait dans le livre de la considération. Comme si, de tous les coins du globe, accouraient à Rome les ambitieux, les avares, les simoniaques, pour être élevée aux dignités ecclésiastiques par l’autorité apostolique. Mais, il n’est pas nécessaire de réfuter cela, car, comme saint Bernard (sermon 66 du cantique des cantiques) l’enseigne, les mauvaises mœurs des prélats ne les empêchent pas de l’être vraiment. Et nous devons leur obéir, puisque Jésus a dit en Mathieu (23) : « Faites ce qu’ils disent, mais ne faites pas ce qu’ils font ! »

Se présente, à la fin, le témoignage d’un empereur latin, comme nous avons présenté plus haut le témoignage d’un empereur grec. L’empereur Valentin (dans l’épitre à Théodose, que l’on trouve parmi les préambules du concile de Chalcédoine), écrit ceci : Nous devons, en notre temps, conserver la dignité d’une vénération toute particulière à l’apôtre Pierre, en tant qu’évêque bienheureux de la ville de Rome, à qui l’antiquité a confié la principauté du sacerdoce sur tous, qui a le siège et la capacité de juger en matière de foi, même les évêques. » On trouve des choses semblables à cela dans ses lettres aux augustes Placidie, et Licinia Eudoxia, et à Théodose lui-même.

2017 10 09 21h40 fin 2017-10-21 17h07 début

CHAPITRE 17 : On prouve la même chose par l’origine et l’antiquité de la primauté

Jusqu’à présent, nous avons montré que le droit divin, les conciles généraux, les déclarations des souverains pontifes, les pères grecs et les pères latins reconnaissent que le pontife romain a reçu du Christ lui-même la principauté ecclésiastique, depuis la résurrection du Christ. Maintenant, par un autre argument qu’on appelle réduction à l’absurde, nous entreprenons de démontrer la même chose. Car, si les choses ne se sont pas passées comme nous avons dit, c’est en un autre temps et par un autre auteur qu’a commencé la principauté ecclésiale du pontife romain. Nous démontrerons qu’on ne peut assigner aucun autre temps, qu’on ne peut indiquer aucun autre auteur plus ancien, à moins de remonter à l’époque du Christ, et au Christ lui-même. Il est donc nécessaire d’en passer par là.

Les adversaires répondent qu’ils sont en mesure d’assigner un autre temps et un autre auteur. Jean de Turrecremata (livre 2, chapitre 39, somme sur l’Église) énumère quatre opinions d’hérétiques. La première est celle de ceux qui disent que le pontife romain a reçu son autorité des apôtres. La seconde, qu’il l’a reçue d’un concile général. C’est cette opinion que suit Nil. La troisième attribue aux électeurs pontificaux l’autorité du souverain pontife. Le libelle de Schamalchadicus sur la primauté enseigne certainement une chose semblable. Il donne même comme preuve que le pape n’est pas au-dessus de l’Église, le fait que c’est elle qui l’élit. La quatrième est de ceux qui enseignent qu’il a reçu son autorité des empereurs, opinion partagée par un grand nombre d’hérétiques. Dissertons brièvement de chacune.

La première opinion présente comme preuve trois témoignages. Un d’Anaclet (dans l’épitre 2) où il dit : « Les autres apôtres ont reçu en commun le même honneur et la même puissance que Pierre. Et ils voulurent qu’ils soient leur chef. » L’autre est celui de Jules 1, épitre 1) où il dit, en parlant des apôtres : « Ils voulurent que la sainte église romaine aient la primauté sur toutes les églises. » Le troisième est un ancien canon « moi Louis », dist. 63, où le pontife romain est dit vicaire de Pierre. Il semble suivre de cela que ce n’est pas le Christ, mais Pierre, qui a donné l’autorité au pontife romain. Mais cette objection se réfute sans trop d’effort, car le même Anaclet dit (dans l’épitre 3) : « Ce n’est pas des apôtres, mais du Seigneur lui-même, notre Sauveur, que l’église romaine a obtenu le primat, quand il a dit à Pierre : « Tu es Pierre, etc., »

C’est pourquoi, quand le même auteur écrit que les apôtres aient voulu que Pierre soit le premier d’entre eux, il ne parle pas d’une volonté qui instituerait, mais qui approuverait et reconnaîtrait ce que le Seigneur avait institué. C’est ainsi que semble parler le pape Jules. Un autre pourrait aussi répondre que c’est du seul Christ que Pierre a reçu la primauté, mais que l’église romaine l’a reçue, en quelque sorte, des apôtres.

Car, comme nous l’avons dit plus haut, le pontife romain, en tant que successeur de Pierre, a du Christ, le primat. Mais le mode de succession est né d’une décision de Pierre. Voilà pourquoi le bienheureux Grégoire (livre 6, épitre 37 à Euloge ) dit : « C’est lui-même qui a élevé le siège, dans lequel il a daigné se reposer et finir sa vie présente. » Le nom de vicaire ne présente aucune difficulté. Car, si le pontife romain est appelé à un endroit le vicaire de Pierre, en six cents autres il est nommé le successeur de Pierre, comme il appert des témoignages cités. Ensuite, on dit que le pape est le vicaire de Pierre parce que saint Pierre vit toujours, et n’a pas abandonné le gouvernail de son église, comme le dit saint Léon (dans le sermon 2 de l’anniversaire de son couronnement). Mais, comme saint Pierre ne remplit pas directement la charge pastorale, mais la régit et la protège par ses mérites et ses prières, ces appellations-là sont impropres, et ne peuvent être employées que par révérence envers saint Pierre. C’est pourquoi, saint Léon (dans le lieu cité) se dit lui-même « l’héritier de Pierre. »

L’autre opinion qui enseigne que le pape a reçu sa primauté des conciles, est appuyée par Nil sur deux arguments. Le premier vient du concile de Chalcédoine (canon 28, comme lui le cite, ou acte 16 dans notre codex). Il dit, là, que c’est des pères que l’église romaine a reçu la primauté, parce que cette ville exerçait, alors, son empire sur tout le globe. Le deuxième (dans la constit Novel 100 de Justin, 131 pour nous.) Nous y lisons : « Nous définissons selon les décrets des saints synodes, que l’évêque très saint de la vieille Rome est le premier de tous les prêtres. » Ce que Nil pense pouvoir confirmer par le concile 4, sous Symmachus, où nous lisons : «C’est d’abord le mérite du bienheureux Pierre, et ensuite, l’autorité des vénérables conciles qui ont accordé au premier siège apostolique un pouvoir singulier dans les églises. » Illyricus (dans son livre contre la primauté, et dans son histoire de la primauté) donne en quatre endroits, comme preuve, la lettre 301 d’Énée Sylvius, qui fut ensuite pape. Dans cette épitre, Énée parle ainsi : «C’est avant le concile de Nicée qu’il vivait, et il avait peu de respect envers l’église romaine. »

Mais ces arguments se réfutent facilement. Que le pontife romain n’ait pas reçu des conciles, mais du Christ, son autorité, s’ajoute à tous les arguments déjà présentés, le témoignage de Gélase dans un concile de 70 évêques : « La sainte église romaine n’a été mise avant les autres par aucun concile, par aucune autre église, mais c’est par la voix évangélique du Seigneur, notre Sauveur, qu’elle obtint la primauté. » Voilà pourquoi, au premier argument de Nil, je réponds que ce décret en est un d’un grand concile, mais qu’il n’a pas été porté d’une façon légitime. Il n’a donc nulle force, nulle autorité. Car, l’acte 16 de ce concile nous fait comprendre qu’il a été voté en l’absence des légats du siège apostolique, qui présidaient le concile. Ces mêmes légats n’ont pas cessé ensuite de réclamer ouvertement. Car, ne peut pas être légitime un décret qui a été fait sans l’aval du pontife romain ou de son légat, au témoignage du concile 7, acte 6 (que Nil lui-même accepte), et en omettant tous les autres témoignages. Ce ne sont pas seulement les légats qui manifestèrent leur dissentiment, mais saint Léon lui-même. Il confirma les autres décrets du concile, mais condamna et réprouva celui-là (dans la lettre 51 à Anatole, et aussi à Martien, à Pulchérie, à Maximin et à Juvénal.)

Que dire de ce que, dans ce décret, deux choses soient manifestement fausses. La première, que le primat ait été accordé au pontife romain par le concile de Nicée. Car, le concile de Nicée n’attribua pas la primauté à l’évêque de Rome comme s’il ne l’avait jamais eue auparavant, mais il reconnut qu’il l’avait, et qu’il l’avait toujours eue. Car, c’est ainsi que commence le canon 6 du concile de Nicée (comme il est rapporté par le concile de Chaldédoine, article 16) : « L’Église romaine a toujours la primauté. » De plus, si, avant le concile de Nicée, le pape ne jouissait pas de la primauté, de quel droit Denys, patriarche d’Alexandrie, a-t-il été accusé auprès du pontife romain, Denys ? Le pontife romain ne s’est pas récusé en disant qu’il n’était pas un juge universel; et l’évêque d’Alexandrie n’a pas rejeté le jugement du pape. Or, tous les deux sont des sains canonisés. Qu’il en soit bien ainsi, c’est Athanase lui-même qui le raconte (dans son livre sur la sentence de Dyonisius). Enfin, il n’y a, dans tout le concile de Nicée, aucun mot qui indiquerait qu’un nouveau pouvoir ait été reconnu au pontife romain, comme nous l’avons montré plus haut.

Le deuxième. Ce qui est affirmé dans le décret n’est pas moins faux, c’est-à-dire que la cause, pour laquelle les pères ont concédé au pontife romain la suprématie, est que c’est dans cette ville que se trouvait le siège de l’empire romain. Cela, le pape Léon le réfute de plusieurs façons (lettre 52 à Martian) ainsi que Gélase (dans son épitre aux évêques de Dard). Et la raison est facile à trouver. Car, comme Gélase le note à juste titre, Milan, Ravenne, Trèves, et Nicomédie ont été longtemps des sièges de l’empire romain. Mais les pères ne leur ont pas, pour cela, donné le primat. Que demeure donc ce que les pères enseignent à l’unanimité : le siège du pontife romain est le premier de tous, parce que c’est là que s’est assis le prince des apôtres. Ce pouvoir la présence d’aucun empereur n’a pu le conférer, ni son absence le lui enlever.

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