Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 69)
D’abord, parce qu’un des principaux canons du concile de Nicée portait sur le jour de la célébration de la fête de Pâque, le dimanche après le quatorzième jour, comme nous le montrent les épitres de Constantin (Eusèbe, livre 3 de la vie de Constantin), Épiphane (hérésie 69), et Athanase (épitre au synode d’Ariminie et de Séleucis. Or ce canon ne fait pas partie des 20 canons de Ruffin. Deuxièmement. Saint Ambroise (dans son épitre 82) enseigne que, dans le concile de Nicée, il a été statué qu’aucun bigame ne serait admis à la cléricature. Cela, non plus, ne se trouve pas dans les vingt canons. Troisièmement, saint Jérôme, dans sa préface à Judith, enseigne que le concile de Nicée avait placé le livre d’Esther parmi les livres canoniques. On ne trouve pas cela non plus dans les canons de Ruffin. Quatrièmement, saint Augustin (épitre 110), affirme que le concile de Nicée a interdit que deux évêques siègent en même temps dans la même église; et il déplore qu’on ait agi imprudemment contre ce canon. Ce canon-là non plus n’apparaît pas dans les 20 de Ruffin. Cinquièmement. Dans le canon 14 d’un concile africain, les pères déclarent que, d’après un canon du concile de Nicée, il n’est permis d’offrir l’eucharistie qu’à jeun. Où est donc ce canon parmi les 20 de Ruffin ? Sixièmement. À la fin d’un canon du concile de Chalcédoine, Atticus rapporte que le concile de Nicée a établi une manière précise d’écrire des lettres formatées (Operatus, livre 2 contre Parménius,) Voici ce que dit Operatus : « Avec le pape et nous de tout l’univers, par un échange de lettres formatées, nous formons une société de communion et de communication. » Et le concile de Milet interdit aux prêtres (canon 22) de participer à une assemblée sans lettres formatées. Cela non plus n’apparait pas dans les 20 canons.
Enfin, septièmement. Luther, Calvin, les centuriates et les autres hérétiques nous objectent souvent le canon du concile de Nicée cité par Socrate (livre 1, chapitre 8 de son histoire) qui permet aux prêtres de prendre des épouses. Or, ce canon ne se trouve pas parmi les 20. Si donc on dit que Zozime est un falsificateur et un corrupteur parce qu’il a cité un canon du concile de Nicée qui ne se trouve pas parmi les 20, il faudra, pour la même raison, appeler falsificateurs et corrupteurs Constantin, Athanase, Épiphane, Ambroise, Jérôme, Augustin, Atticus, Socrate, les évêques africains, et même les centuriates, Luther et Calvin. Car tous ces gens-là citent des canons qui ne font pas partie des 20 connus.
Ajoutons, ultimement, que dans la session 20 du concile de Florence, un docteur célèbre du nom de Jean déclara qu’il prouvait prouver, par des nombreux témoignages de saints anciens, que les pères du concile 6 de Carthage ont reconnu que les canons du concile de Nicée qu’on leur avait envoyés d’Alexandrie et de Constantinople, étaient corrompus et falsifiés. Je dis, en troisième lieu, qu’il me semble à moi que ces trois canons n’on jamais fait partie du concile de Nicée, mais ont été considérés comme tels par les papes Zozime et Boniface parce que, pour eux, les conciles de Nicée et de Sardes étaient la même chose, et les canons de l’un et de l’autre étaient conservés ensemble dans la bibliothèque romaine, comme s’ils avaient été les canons d’un seul et même concile. C’est donc parce qu’ils ignoraient cela que les pères d’Afrique ont été perplexes.
Voici les raisons que je peux avancer pour confirmer ma position. La première. Parce qu’on trouve tels quels dans le concile de Sardes les mots lus par les légats du pape. Il n’est pas vraisemblable que ces canons se soient déjà trouvés dans le concile de Nicée, et que les pères de Sardes n’aient pas indiqué que ces cannons, ils ne les composaient pas, mais qu’ils les rénovaient. J’estime, ensuite que dans le concile de Nicée, le droit d’appel au pape était contenu implicitement, du fait que le canon 6 ordonne de conserver les anciennes coutumes. Or, le droit d’appel au pape est une de ces anciennes coutumes, comme nous le montrent la lettre (89) du pape Léo, et les exemples ci-haut donnés. Le concile de Nicée statue aussi qu’une cause jugée une fois peut être jugée par un autre, comme l’indique la lettre de Jules présentée par Athanase dans son apologie 2. Mais, c’est le concile de Sardes qui prescrit cela en termes formels. La deuxième. Parce que dans le concile de Nicée traduit du grec avant l’an 1000 par Denys (manuscrit qui se trouve dans le monastère de saint Vedaste Atrebat), les canons de Nicée sont présentés avec ceux de Sardes, comme s’ils faisaient partie d’un seul et même concile. La troisième. Car, autrement, on ne pourrait pas expliquer pourquoi le concile de Sardes, qui fut œcuménique et reconnu, ne figure pas parmi les conciles généraux. Car, on devrait l’appeler le second concile oecuménique. Mais il ne s’ajoute pas aux autres conciles parce qu’il est une seule et même chose que le concile de Nicée.
Mais pourquoi donc le concile de Sardes a-t-il été fondu dans le concile de Nicée ? On peut donner comme raisons que ce sont les mêmes pères qui ont siégé dans l’un et l’autre concile, et que le concile de Sardes n’a rien défini de nouveau en matière de foi, mais n’a fait que corroborer les décrets de Nicée, tandis que les autres conciles ont toujours condamné de nouvelles hérésies. Ce n’est donc pas par fraude que Zozime a pris un concile pour l’autre, mais parce qu’ils étaient pour lui un seul et même concile. Je pense qu’on doit dire la même chose de l’épitre de Jules aux Orientaux. Innocent (épitre à Victor) et Léon (épitre 25 à Théodose) citent ce canon au nom du concile de Nicée. De la même façon, on appelle le symbole de Constantinople le symbole de Nicée, parce qu’il est une explication de ce concile. Voilà pourquoi les anciens avaient l’habitude d’appeler nicéens les canons de Sardes, parce qu’ils n’étaient qu’une explication de ceux de Nicée.
J’en ajoute une quatrième. Les pères de Carthage n’ont jamais décrété qu’aucun droit ne devait être accordé au pontife romain en Afrique; ou qu’il n’était jamais permis à aucun évêque africain de faire appel outremer.
Il n’y avait pas non plus entre les papes et les évêques africains une dissension aussi grande que celle que nous trace Illyricus. Car, il n’y eut jamais de décret de cette sorte, et dans leur lettre à Bonifac , et dans l’autre à Célestin, les évêques africains témoignent ouvertement de leur concorde et même de leur soumission. Voici leur lettre à Boniface : « Puisqu’il a plu au Seigneur que notre humilité écrive au sujet de ces choses dont ont discuté nos saints frères, notre co-évêque Faustin, les co-presbytes Philippe et Asellus, qui nous apportèrent des mandements et des lettres écrites par le pape Zozime, nous devons relater brièvement que les discussions se sont terminées dans la concorde, et en maintenant sauve la charité, mais non sans certaines altercations et prises de bec. » Ils affirment, dans cette lettre, qu’ils ont reçu des mandements du pape Zozime, mais ils ne disent pas expressément qu’ils le reconnaissent comme supérieur. Or, dans la lettre à Célestin, voici ce qu’ils disent : « Après le salut de politesse, nous vous supplions instamment de ne pas admettre facilement ceux qui font appel à vous. » Par ces paroles, ils ne rejettent pas le droit d’appel au pape, et ils ne disent pas non plus que le pape ne peut pas recevoir les africains qui font appel à lui, mais ils lui demandent seulement de ne pas prêter trop facilement l’oreille à leurs récriminations.
Saint Augustin (dans l’épitre 157) enseigne ouvertement la primauté du pontife romain en Afrique, en disant que c’est sur l’ordre de Zozime que lui et les autres évêques se sont réunis à Césarée. Et il écrit que l’hérésie pélagienne a été condamnée par Innocent et Zozime dans tout l’univers. Le même Augustin fut très ami de Boniface, tout en lui étant soumis, comme on le voit dans les deux lettres qu’il a écrites à Boniface sur l’hérésie pélagienne. Dans une lettre (261) au pape Célestin, il réfère au pape la cause d’un évêque africain, et lui dit, entre autres : « Collabore avec nous par ta piété, vénérable et bienheureux seigneur, et faisant preuve de la charité qui est due, ordonne qu’on présente à ton tribunal tout ce qui a été décidé. » Et plus bas : « Il existe des exemples des jugements de ce siège apostolique et des confirmations des jugements des autres. » Que pensait donc le pape Célestin de saint Augustin ? Dans son épitre aux Gaulois, il fait de grands éloges de saint Augustin, et dit de lui qu’il est toujours demeuré dans la communion de l’église romaine, que lui et ses prédécesseurs l’ont toujours considéré comme un très grand docteur. Cette union étroite d’Augustin avec l’église de Rome suffit pour convaincre Illyricus de mensonge manifeste, lui qui écrit que saint Augustin et ses collègues ont toujours tenu les papes pour des faussaires et des honteux corrupteurs, qui avaient toujours été exclus de toute forme de gouvernement en Afrique.
Peu après ce concile de Carthage, saint Léon écrit dans sa lettre 87 aux évêques de la province de Mauritanie en Afrique, et leur annonce qu’il avait reçu dans sa communion l’évêque Lupin, expulsé d’Afrique. Le même dit qu’il a envoyé son légat, l’évêque Potentium, pour prendre connaissance des affaires d’Afrique à sa place. Donc, ou le concile de Carthage n’avait pas prohibé ces choses, ou les pères africains avaient changé d’idée. De plus, après les années 40, quand l’évêque de Carthage, saint Eugène, fut empêché par le roi Honoric de participer à un synode, il répondit qu’il écrirait à ses collègues d’outremer, car on ne peut rien statuer en matière de foi sans le consentement des évêques, et surtout de l’évêque de Rome, qui est la tête de toutes les églises. C’est Victor uticensis qui rapporte cela, au livre 2 de la persécution des Vandales. L’évêque de Carthage reconnaissait donc, même après le concile 6 de Carthage, que l’église romaine est la tête de toutes les églises, et donc aussi de celles d’Afrique. Il n’était certainement pas un schismatique celui qui professait qu’il allait écrire au pape. Et, un peu après, quand Trasimonde, le successeur d’Honoric, relégua, en 220, presque tous les évêques africains en Sardaigne, le pape romain Symmachus les nourrit tous à ses frais, comme s’ils étaient ses propres membres, et les traita royalement, comme le diacre Paulin l’écrit (au livre 17 des choses romaines). Cela n’est pas non plus une preuve de dissension, mais plutôt d’un resserrement d’amitié et d’entente fraternelle. Au même moment, Fulgence, de loin le plus éminent des évêques africains, fut étroitement lié avec l’église romaine, comme on le voit au chapitre 12 de sa vie. Car, quand il voulut partir vers les déserts des moines d’Égypte, un évêque syracusain le mit en garde contre son projet, en lui faisant savoir que ces moines étaient séparés du siège apostolique avec lequel il communiait, lui. Ayant donc mis de côte son voyage en Égypte, il vint à Rome, ville remplie des reliques des saints apôtres Pierre et Paul et des martyrs. Ce même Fulgence, comme le rapporte son disciple en racontant sa vie, était uni avec l’église de Carthage, et était très ami de son évêque. Le résultat de cette amitié fut que l’évêque de Carthage devint aussi lié à l’évêque de Rome, Fulgence ne pouvant pas être ami de deux ennemis. Ne dit-on pas que les amis de nos amis sont nos amis ?
Après cette époque, le bienheureux Grégoire, qui fut un ami intime de l’évêque de Carthage, proclame ouvertement le droit d’appel à Rome et sa juridiction sur toutes les provinces d’Afrique (livre 1, épitres 72 et 75; livre 7, épitre 32). Mais Illyricus trouve matière à objection dans l’épitre de Boniface 11 à l’évêque d’Alexandrie, Eulalie, et dans l’épitre de l’évêque Eulalie, évêque de Carthage au même Boniface. On déduirait de ces lettres, qu’après le concile 6 de Carthage, les évêques carthaginois auraient été, pendant 100 ans, privés de la communion avec l’église romaine, et qu’ils ne se seraient réconciliés avec Rome que quand Eulalie fit sa soumission au siège apostolique, en anathématisant ses prédécesseurs. Je réponds que ces lettres me semblent très suspectes, car d’abord elles ne cadrent pas avec ce que nous avons dit au sujet de la bonne entente qui existait entre Augustin, Eugène, Fulgence, les autres africains et l’église romaine. Ensuite, l’alexandrin Eulalius auquel le pape Boniface semble avoir écrit n’a pas existé, et, n’a certainement pas été évêque à cette époque, comme nous le montre la chronologie de Nicéphore de Constantinople. De plus, Boniface précise, dans sa lettre, qu’il écrit sous l’empereur Justin. Or Justin mourut avant que Boniface ne commence à régner, comme le racontent tous les historiens. Et cette lettre, qui est attribuée à Boniface, est composée presque uniquement de deux fragments dont l’un vient de la lettre d’Hormisdas pape à Jean, et l’autre de la lettre de saint Grégoire aux évêques de Gaule (52, livre4). Or, saint Grégoire, à cette époque, n’était pas encore né. Il n’est pas croyable non plus que Grégoire ait puisé dans les paroles de Boniface, car le style est typiquement grégorien.
Dans la lettre qui est attribuée à Eulalius, évêque de Carthage, on trouve des phrases du pape Grégoire tirées de son épitre 36 à Euloge; et le reste de la lettre n’est rien d’autre qu’un fragment de l’épitre de Jean, évêque de Constantinople, au pape Hormisdas. Mais, si par hasard, ces lettre étaient vraies, (car, je ne suis absolument sur de rien), il ne faudrait par les prendre au sens où tous les prédécesseurs d’Eulalie aient été privés de la communion de l’Église romaine. Car, cela répugne avec ce que racontent les historiens les plus fiables. Elles voudraient dire seulement qu’Aurèle a été le premier à se révolter contre l’église de Rome, puis, à son exemple Eulalie, et peut-être quelques autres; et qu’Eulalie, après mûre réflexion, a fait sa soumission à l’église de Rome. C’est tout ce qu’on peut tirer de ces deux lettres.
CHAPITRE 26
On prouve la même chose du fait que le pontife romain ne peut être jugé par personne.
Le dixième argument on le tire de ce que le pontife romain ne peut être jugé par personne sur cette terre. On ne peut pas trouver de preuve plus convaincante de sa primauté qu’en montrant qu’il est si élevé au-dessus des autres qu’il ne peut être jugé par personne. Mais, avant d’en arriver à la preuve, il faut faire trois remarques. La première. Nous ne parlons pas ici, du pontife en tant que chef temporel, car les adversaires eux-mêmes ne nient pas qu’il ne puisse pas être jugé dans les choses temporelles. C’est quelque chose, en effet, qui est propre à tous les princes absolus : on ne reconnait personne qui leur soit supérieur dans les choses temporelles. Nous parlons donc du pape en tant que pontife, et nous disons que même s’il ne possède aucun gouvernement temporel, il ne peut être jugé sur terre par aucun prince chrétien, séculier ou ecclésiastique, ni par aucun synode, concile général ou œcuménique. Notons donc qu’on se trompe de deux façons à ce sujet. La première est celle de ceux qui enseignent que le pontife peut être puni, jugé et déposé par l’empereur, s’il ne remplit pas bien sa charge. C’est ce qu’a soutenu un certain Marsilius de Padoue d’après Jean de Turrecremata. Cette erreur, ce dernier la réfute au livre 2, chapitre 93, et suivant. L’autre erreur est celle de Nil (dans son livre sur la primauté du pape). Il enseigne que le pape ne peut pas être jugé et déposé par un prince, mais qu’il peut l’être par un concile d’évêques. Or, Calvin (livre 4, chapitre 7 des institutions, verset 19) et les autres hérétiques de notre temps embrassent ces deux erreurs, et soumettent le pape autant aux princes qu’aux évêques.
II faut noter, troisièmement, que la raison principale pour laquelle le pape ne peut pas être jugé c’est parce qu’il est le prince de toute l’église, et qu’il n’a donc pas de supérieur sur terre. Car, étant le prince suprême de l’Église, il ne peut être jugé par aucune autre autorité ecclésiastique. Et de plus, parce que l’Église est une république spirituelle, et est donc plus grande et plus sublime que n’importe laquelle république temporelle, le chef suprême de l’Église peut diriger et juger le chef suprême de la république temporelle, mais ne peut ni ne doit être jugé par lui, à moins que ne soit renversé l’ordre normal et naturel des choses. Voilà donc la raison première, et comme le disent les scolastiques, celle qu’on peut donner a priori. Mais parce que cette raison présuppose ce que nous nous efforçons de prouver, à savoir que le pontife romain est le chef de toute l’Église, nous laisserons donc tomber ce genre d’arguments, et nous demanderons aux conciles, aux papes, aux empereurs, et aux docteurs de l’Église de démontrer que le pontife romain ne peut être jugé par personne. Nous confirmerons ainsi notre première thèse, qui est que le pontife romain est la tête et le chef de l’Église universelle.
On le prouve, d’abord, par les conciles.
Dans le concile de Nicée les pères ont déclaré que « le premier siège n’est jugé pas personne. » Le pape Nicolas rapporte ces mots dans son épitre à l’empereur Michaël. Le concile romain formé de 280 évêques, sous Sylvestre, dit dans le dernier canon : « Le premier siège n’est jugé ni par l’empereur, ni par les rois, ni par l’ensemble des évêques, ni par le peuple. » Ce décret, le pape Nicolas le rappelle aussi à l’empereur Michaël. Nous trouvons la même chose dans un synode romain sous Sixte 3 (chapitre 5). Voici ce que nous y lisons : « Il n’est pas permis de juger un pape. » Et Sixte, qui était accusé, répondit : « Bien qu’il dépende de moi que je sois jugé ou pas, qu’on ne cache pas la vérité ! » Quand Dioscore, évêque d’Alexandrie, osa condamner le pape Léon 1 dans le concile d’Éphèse no 2, ce fait horrifia tellement l’Église catholique que le concile de Chalcédoine (dans l’épitre aux empereurs Martian et Valentin, et dans l’épitre au pape Léon, acte 3 de ce concile) a condamné Dioscore pour plusieurs raisons , mais surtout pour avoir présumé juger le premier siège. Dans le concile 5 sous Symmaque, on reçoit le livre du diacre Ennodius, dans lequel il est écrit, entre autres : « Les causes des autres hommes, Dieu a voulu qu’elles soient réglées par des hommes. Mais, sans aucun doute possible, il s’est réservé de juger celui qui préside sur ce siège. » Le concile romain, sous le pape Hadrien 2, a prononcé ces paroles qui ont été reprises dans le concile 8, acte 7 : « Nous lisons que le pontife romain juge les préposés de toutes les églises, mais que quelqu’un le juge, lui, nous ne le lisons pas. » Et le concile 8 lui-même (acte 10, canon 21) affirme qu’il n’est permis à aucun chef terrestre de juger les patriarches, surtout celui de Rome. Ensuite, dans le concile de Milet (canon 19), on punit gravement les clercs qui veulent être jugés par l’empereur. Si l’empereur ne pouvait pas juger les clercs, il ne pouvait, à plus forte raison, certainement pas juger le pape.
On le prouve, ensuite, à partir des témoignages de souverains pontifes. Gélase, dans son épitre à l’empereur Anastase, écrit : « Il y a deux choses, empereur auguste, qui régissent principalement ce monde : l’autorité du souverain pontife, et la puissance royale. De ces deux pouvoirs, le plus important est celui des prêtres, dans la mesure même où ils devront rendre compte des rois eux-mêmes devant le tribunal divin. Tu sais aussi que tu dépends de leur jugement, et que tu ne peux pas les plier à ta volonté. » Saint Grégoire (livre 9, épitre 39 à Théotista) écrit : « Si le bienheureux Pierre était accusé avec les fidèles, il pourrait répondre s’il tenait compte de l’autorité qu’il a reçue dans la sainte église, que les brebis de doivent pas oser réprimander leur pasteur. » Nicholas 1 dans la lettre à l’empereur Michaël écrit : « Il est démontré assez clairement que le pontife ne peut être ni lié ni délié par la puissance séculière, c’est-à-dire ni condamné ni absous. » Innocent 111 (dans l’épitre à l’empereur qui se trouve au chapitre solitae) enseigne la même chose explicitement. Et (dans le sermon 2 de la consécration du pontife. Enseignent la même chose Boniface V111 (dans une seule sainte), et Jean XX11, dans « bien que selon la doctrine de l’apôtre ».
On le prouve ensuite par les témoignages des empereurs. Au sujet de Constantin, Ruffin écrit dans son histoire (livre 10, chapitre 2) qu’il a refusé de juger les évêques, protestant que « c’est plutôt lui qui devait être jugé par les évêques ». L’empereur Basile a fait une confession semblable dans le discours qu’il tint à la fin du synode 8. Et il avertit tous les laïcs, de quel rang ou de quelle dignité qu’ils soient, « de ne pas juger les juges, et de ne pas paître les pasteurs ». Enfin, le pape Nicholas 1 dans sa lettre à l’empereur Michaël, prouve, à l’aide de plusieurs exemples, que les empereurs n’ont jamais commandé aux papes, mais se sont contentés de faire une demande, en qualité de pères s’ils voulaient obtenir d’eux qu’ils fassent quelque chose.
Vient ensuite le témoignage des saints docteurs. Nous ne citerons que quelques textes. Ambroise (dans son discours sur la basilique qu’il devait remettre aux Ariens), dit : « Un bon empereur est à l’intérieur de l’Église, non en dehors. » Il est certain que s’il n’est pas au-dessus de l’Église, il est encore moins au-dessus du père et du pasteur de l’Église. Saint Grégoire de Naziance, dans le discours où il s’excuse de s’être abstenu jusque là de toute fonction ecclésiastique, dit : « Vous, brebis, ne cherchez pas à paître les pasteurs, et ne vous soulevez pas contre leurs paroles. Car, il vous suffit d’être bien pais. Ne jugez pas les juges, et n’imposez pas de lois aux législateurs ! » Et pour que tu ne penses pas que saint Grégoire exclue les princes, écoute ce que dit le même docteur aux citoyens apeurés et au prince irascible. Voici donc ce qu’il au dit au prince ou préposé : « Avez-vous reçu un message de liberté, d’indépendance ? La loi du Christ ne vous soumet-elle pas à mon pouvoir, à mon tribunal ? Car, nous commandons, nous aussi, et en vertu d’un pouvoir plus grand et plus parfait. Reçois donc une parole plus libre, plus indépendante encore : sache que tu es une brebis de mon troupeau ! » Saint Bernard, dans l’épitre à l’empereur Conrad, écrit : « J’ai lu que toute âme est soumise aux pouvoirs les plus sublimes !
J’espère que vous mettrez en pratique cet enseignement en rendant au vicaire de Pierre le respect qui lui est du, comme vous voulez qu’on fasse pour vous. » Le martyr Boniface, d’après Gratien (canon 40) : « Si le pape qui peut juger tout le monde mais ne doit être jugé par personne, etc. » Enfin, Hugo de saint Victor (paragraphe 2, les sacrements) : « Le pouvoir spirituel juge le pouvoir terrestre. Mais, puisque c’est par Dieu lui-même qu’a été institué le pouvoir spirituel, il ne peut, s’il dévie, être jugé que par Dieu.
»
CHAPITRE 27
On réfute les arguments de Nil
Il nous reste encore à réfuter des arguments. Ceux de Nil, d’abord, de Calvin, ensuite, puis des anciens hérétiques, et de Jean de Turrecremata. Mais avant d’entamer les arguments de Nil, nous pensons devoir avertir le lecteur de ne pas trop se fier à la traduction d’Illyricus, car il lui arrive souvent de déformer les paroles de Nil. Prenons comme exemple, les premiers mots de cette citation. Nil dit : « Que jugeant tous, il n’est jugé par personne, c’est quelque chose qui est faux, et qui ne convient pas aux mœurs des apôtres. » Illyricus : « Les adversaires disent en bavardant que le pape juge tous les hommes mais ne peut être jugé par personne. C’est un mensonge inspiré par la vanité, et qui détonne avec les canons apostoliques remplis de modestie et de vérité. » Il est certain que le mot bavarder n’est pas dans le grec. Et là où Nil se contente de dire que c’est faux, Illyricus amplifie en disant : plein de vanité et de mensonge. Il traduit ensuite : mœurs apostoliques par canons des apôtres équilibrés et modestes. Il ne se rend même pas compte que ces mots ne s’accordent pas avec ceux qui précèdent, car c’est avec les actions des apôtres qu’il avait dit qu’il prouverait son point, non avec les canons. Mais laissons tomber, et examinons ses arguments.
Si Paul fait approuver sa doctrine par les apôtres, et si Pierre a supporté patiemment les réprimandes de Paul, de quel droit le pape romain refuse-t-il de rendre compte de sa vie et de ses actions à qui que ce soit ? Je réponds que l’exemple de Paul plaide en notre faveur. Si Paul accourut à Pierre pour conférer avec lui de son évangile, c’est parce qu’il reconnaissait que Pierre était plus grand que lui, et parce qu’il voulait donner un exemple pour que, dans des cas de ce genre, on accoure au siège de Pierre. C’est ce qu’a fait remarquer saint Jérôme dans sa lettre à saint Augustin, (qui est la onzième dans les épitres de saint Augustin), et le grec Théodoret, dans son épitre à saint Léon. Pierre, il est vrai, a supporté d’être morigéné par saint Paul, mais il s’agissait de la correction d’un frère, non de la sentence d’un juge. Car, comme saint Augustin l’enseigne dans son épitre 19 à saint Jérôme, et Grégoire dans son homélie 18 sur Ézéchiel, Paul n’a pas blâmé Pierre comme un supérieur agit envers son inférieur, mais comme même des mineurs reprennent par charité des supérieurs.
La deuxième objection. Le pape romain Honorius a été non seulement jugé mais condamné par le sixième concile général. Je répondrai plus tard, plus au long, quand je me demanderai si un pape peut être hérétique. Qu’Honorius ait été jugé et condamné pour motif de foi (si ce qu’on rapporte de lui est vrai), nous ne le nions pas, et nous ne nions pas non plus que l’Église puisse juger un pape hérétique. Comment cela peut-il concorder avec ce que nous soutenons aujourd’hui,- que le pape ne peut être jugé par personne,- la réponse apparaîtra dans le dernier argument. La troisième. Les apôtres et les conciles ont promulgué plusieurs lois sur les évêques qui lient certainement tous les évêques. Or, le pape n’est rien d’autre qu’un évêque. Il est donc tenu par ces lois, et a donc un supérieur qui peut le juger. Je réponds que le pape est tenu par les lois ecclésiastiques, quant à la direction, non quant à la coercition, selon le langage des juristes. Bien que les conciles, particuliers ou généraux, parlent de tous les évêques sans exception, quand ils portent des lois, on doit comprendre qu’il ne s’agit que des évêques qui sont soumis au législateur. C’est ce que les conciles provinciaux font clairement comprendre, quand ils disent : « si un clerc, si un évêque a fait cela ». Et pourtant, il n’est que trop évident que ces lois ne lient que les clercs ou les évêques de cette province.
La quatrième. Le sixième synode prescrit nominalement une loi au pontife romain, quand, au canon 13, il reproche à l’église romaine de ne pas permettre aux prêtres, aux diacres et aux sous-diacres de se marier, et lui ordonne de le permettre à l’avenir. Et, au canon 55, il reproche à l’église romaine de jeûner le samedi, et lui ordonne de ne plus le faire à l’avenir. Je réponds, comme je l’ai déjà dit, que ces canons sont faussement attribués au sixième synode. Et quand ils furent plus tard promulgués par le neuvième synode, les pontifes romains non seulement ne les approuvèrent pas, mais ils les répudièrent. Voyez à ce sujet François Turruianus (livre sur le synode 6), et Melchior Cano (livre 5, dernier chapitre, réfutation de l’argument 6). Ces deux canons indiquent assez clairement quelle était la nature de ce concile. Car, quand au canon 13, ils disent qu’ils présentent la doctrine des apôtres et de l’antiquité, qui permet aux clercs d’avoir des épouses, ce qu’ils affirment est certainement faux. Car, le concile de Carthage 2, de loin le plus ancien, et plus célèbre que ce faux synode 6, dit, aux chapitre 2 : « Il a plu à tous que les évêques, les prêtres et les diacres, ceux qui manipulent les sacrements, s’abstiennent de leurs épouses en tant que gardiens de la pudicité, pour que ce que les apôtres ont enseigné et ce que l’antiquité a observé, nous le gardions nous aussi. » De même, le grec Épiphane, auteur très ancien et très réputé, dit (hérésie 19, qui est celle des Cathares) : « L’Église ne reçoit pas comme prêtre, évêque, diacre ou sous-diacre, un homme qui engendre des enfants d’une seule femme, mais celui qui s’abstient d’une seule femme, ou qui est veuf, là surtout où les canons ecclésiastiques sont sincères. Mais, tu me diras qu’en certains endroits, les presbytres, les diacres et les sous-diacres ont, encore aujourd’hui, des enfants. Je te réponds que cela n’est pas selon les canons, mais selon l’esprit des hommes, qui devient languissant avec le temps »
Mais, nous dit Nil, le sixième concile cite le sixième canon des apôtres qui prescrit aux clercs de ne pas, pour des motifs religieux, rejeter leurs épouses. Je réponds que ce canon prescrit aux clercs, qui ont une épouse, de voir à ce qu’elle ne manque pas du nécessaire, non de cohabiter avec elle comme mari et femme. Cette explication, Nil ne peut pas la récuser, car, loin de le contredire, le canon 48 du concile de Trulle reproduit le même canon. Il est à remarquer que ce canon des apôtres ne prescrit pas seulement aux clercs mineurs de ne pas rejeter leurs épouses, mais même aussi aux évêques, tandis que les canons du concile de Trulle permettent aux clercs mineurs la cohabitation avec leurs épouses, mais l’interdisent aux évêques. Mais nous parlerons plus longuement de cette question plus loin. En ce qui a trait au canon du jeûne du samedi, il s’agit là d’une chose indifférente, et il est permis à chaque région de conserver ses propres coutumes, comme l’enseigne saint Jérôme (dans son épitre à Lucin Boetic), et saint Augustin (dans son épitre 86 à Casula). Un concile de Grecs ne devait donc pas et ne pouvait donc pas imposer de loi aux Latins à ce sujet. Ajoutons le témoignage d’Innocent 1, (épitre 1) qui enseigne qu’on doit jeûner le samedi, et du grec Épiphane qui, dans son résumé de la doctrine, n’excepte que le dimanche, du jeûne du carême.
Mais le canon 65 des apôtres défend de jeûner le samedi. Je réponds que ce canon semble apocryphe, car l’Église ne reçoit que cinquante canons des apôtres, comme le cardinal Humbert l’atteste (dans son livre d’avant Nicée), ainsi que Gratien (dist. 16). Si les apôtres avaient réellement interdit cela, c’est en haine des hérétiques qu’ils auraient fait ce commandement. Car ces hérétiques jeûnaient le samedi pour ne pas sembler honorer le Créateur qui s’est reposé le septième jour. Quand cette hérésie fut dissipée, il redevint permis de jeûner le samedi, en souvenir de l’ensevelissement du Seigneur, et pour prendre davantage ses distances avec le judaïsme. La cinquième. Il réplique de deux façons à la réfutation que nous avons présentée. La première. Même si ces canons n’étaient pas légitimes, la raison enseigne manifestement que le pape doit pouvoir être jugé. Car, tous les évêques, en tant qu’évêques, sont égaux, comme l’enseigne Denys l’aréopagite, quand il dit que tous sont du même ordre, et de la même dignité. Or, le pape n’est rien de plus qu’un évêque, puisque c’est par des évêques qu’il est ordonné, et parce que le même Denys ne reconnait pas, dans la hiérarchie ecclésiastique, de dignité supérieure à l’épiscopat. Le pape est donc, autant que les autres, lié par les décisions des conciles, et peut donc être jugé comme les autres évêques.
La deuxième. Que ces canons soient légitimes, et qu’ils soient l’œuvre d’un concile général, on peut le démontrer de plusieurs façons. D’abord, parce que le concile qui a promulgué ces canons est une réplique du sixième concile. Les mêmes pères qui, au début, se rassemblèrent pour expliquer la foi, se mirent, à la fin, à faire des canons. On peut dire ensuite que ne manqua pas, dans ce concile, la légation romaine, car l’évêque de Gortyne, en Crète, remplaça le pape, comme l’histoire de Basile nous le montre. Ensuite, puisque que le concile qui a produit ces canons s’appelle lui-même universel, il est difficile de croire que les pères d’un tel concile aient voulu mentir. Parce que le canon 1 du septième synode reçoit les canons des six conciles généraux; et parce que le sixième n’en a pas d’autre que ceux-là. Parce que le pape Adrien (dans son épitre à Taras) parle avec admiration de Tharase, du fait qu’il a toujours observé avec les siens, ces décrets, en citant le canon 82. On peut donc en conclure que ces canons avaient été confirmés par les pontifes romains.
Je réponds à la première objection, que l’égalité des évêques ne nous permet pas de rien conclure. Car, les évêques sont égaux par rapport au sacrement de l’ordre, comme le dit Denys, mais non par rapport à la juridiction. Cela, même Nil l’affirme quand il dit, dans le même livre, que l’évêque de Constantinople est de loin plus grand que celui de Césarée et des autres qui sont soumis au siège de Constantinople. Le pape ne peut pas être jugé non pas parce que sa dignité épiscopale est plus grande que celle des autres, mais parce qu’il a une juridiction épiscopale plus grande, de sorte que, présidant à tous, il n’est le sujet de personne. Ces arguments ne prouvent donc pas que les canons de Trulle soient légitimes. On ne peut pas dire non plus qu’il fut une répétition ou une continuation du concile 6, car les présidents des conciles ne furent pas les mêmes, les empereurs furent différents, et le nombre des évêques participants ne fut pas semblable. Car, dans le sixième, étaient présents l’empereur Constantin, les légats du pape Agathon, et 289 évêques, comme nous l’avons dans acte 3 du synode 6. Mais, au temps du pseudo sixième, n’étaient présents ou représentés ni Constantin ni Agathon, et les évêques étaient au nombre de 220 seulement. De plus, au début du pseudo sixième, ils disent eux-mêmes qu’ils ont repris les synodes 5 et 6. Et voilà pourquoi Théodore Balsamon ne l’appelle pas tant le sixième, que le cinq- sixième. Or, comment pouvait-on dire ou croire que ce synode avait repris ou prolongé le cinquième, quand aucun participant du cinquième n’y était présent ? Et de plus, entre le cinquième et ce cinquième-sixième, 130 ans s’écoulèrent. Ensuite, pourquoi fallait-il prolonger les conciles 5 et 6 et non en convoquer un autre ? C’est parce que, disent-ils, ces canons ils ne les firent pas. Ils n’ont pas non plus voulu le faire, car, ce n’était pas pour composer des canons, mais pour expliquer la foi, que le concile avait été institué.
Je réponds à la deuxième. Quel est donc cet évêque de Gortynensis ? Et qui lui a donné le mandat de représenter le pape dans le concile ? C’est à Nil à nous l’apprendre. Le nom, l’histoire qu’il raconte, le Basile dont il parle, tout cela est inconnu. Mais, quoi qu’il en soit de cette charade, nous savons, nous, que le pape Serge siégeait à cette époque, et qu’il a résilié le synode, comme étant erratique, comme l’attestent Bède le vénérable (dans les six états du monde, dans le jeune Justinien), Paul diacre, (livre six des gestes des Lombards, chapitre 4) Otho Frisigensis (livre 5, chapitre 13), Adon de Vienne, Marianus Scotus, et Rhegino (dans sa chronique) où ils parlent du jeune Justinien.) Que ce synode qui a composé ces canons soit le même que celui que le pape a réprouvé, nous l’enseignent Tharasius et Épiphanius, qui (dans le synode 8, actes 4 et 6) disent que, cinq ans après le synode 6, les Pères se sont réunis de nouveau, et ont alors, composé ces canons. Nous savons de source certaine qu’à ce moment, Serge était pape à Rome. Or, il ne reste aucun souvenir d’un autre concile célébré en ce temps. Nous traiterons plus longtemps de cela dans les conciles. De plus, Athanase le bibliothécaire écrit, dans sa préface au sixième concile, que ces canons n’existent pas pour les pontifes romains, ni pour les autres patriarches, à l’exception de celui de Constantinople. Il en déduit correctement que ce synode n’a été convoqué ni par l’autorité du souverain pontife, ni par celle des autres patriarches.
Ensuite, Humbert, le cardinal légat de Léon IX (dans son livre contre les grecs) écrit que non seulement ces canons ne sont pas reçus par le siège apostolique, mais qu’ils sont démentiels.
Je réponds à la troisième. Il ne faut pas se surprendre que ces pères donnent à ce concile un nom menteur, en l’appelant universel. Il savait, ce canon, qu’il ne pouvait prescrire de loi à l’église romaine qu’en s’appelant mensongèrement synode universel. De plus, quand, au canon 2, ils reçoivent le synode présidé par Cyprien, qui est jugé erratique par l’Église, et quand, au canon 19, ils mentent effrontément en affirmant que la cohabitation avec les épouses est permise aux prêtres en vertu d’une coutume apostolique, sans compter les autres mensonges, comment se surprendre que, dans le titre même, il y ait un mensonge ? Je réponds à la quatrième. Quand on dit que le concile 7 a reçu tous les canons des six conciles généraux, il ne faut pas penser qu’il n’ait reproduit que les canons qui portent sur les mœurs. Non, tous les canons, y compris les canons qui portent sur la foi. Ce n’est que le concile de Nicée qui a composé des canons moraux. Car, les conciles 2 et 5 ajoutèrent d’autres canons, mais ils ne furent pas approuvés par le siège apostolique, comme l’acte 16 du concile de Chalcédoine nous le montre. Ces canons ne sont donc pas, à proprement parler, des canons de conciles œcuméniques. Les synodes 3, 5 e 6, pour leur part, ne composèrent aucun canon portant sur les mœurs.
Je réponds à la cinquième. Le pape Hadrien aurait félicité Tharasius parce qu’il aurait constaté qu’il gardait la vraie foi selon les décrets du sixième concile général. Or, Ce que l’on trouve des canons du cinq-sixième concile général dans l’épitre d’Hadrien provient exclusivement de la lettre de Tharase. Même si, à ce moment, le pape ne réprouve pas ces canons, parce que ce n’était pas le temps opportun de le faire, il ne les approuve cependant pas. Mais, ce qu’Hadrien n’a pas fait, Nicholas l’a fait dans sa lettre à l’empereur Michaël quand, en voulant citer un de ces canons, il dit avoir appris de l’Apôtre de se servir même des témoignages des ennemis, quand il le fallait. Enfin, la sixième et la dernière. Il est intolérable de voir que le pontife romain ne veuille pas se soumettre aux canons des saints pères alors que c’est d’eux qu’il reçoit sa dignité. Ayant lui-même fait beaucoup de canons, il serait indigne d’être honoré comme un père, puisqu’il méprise les saints pères. Je réponds que les raisons alléguées ne peuvent pas prouver que le pape soit soumis aux canons, car ce n’est pas des pères qu’il a reçu sa dignité, mais du Christ, comme nous l’avons démontré plus haut. Et, puisque c’est lui-même qui fait les canons, c’est là le signe que c’est lui le chef et le législateur. Et le prince ne peut pas être lié par ses lois, puisqu’il n’a personne qui lui soit supérieur, et que les lois ne sont données qu’à des inférieurs par un supérieur.
De plus, s’il est honoré par tous comme le père, c’est qu’il n’a, dans l’église, aucun père, et que tous sont ses fils. Y a-t-il lieu de s’étonner si ce n’est pas le père qui est soumis aux fils, mais les fils au père ? Ajoutons que le pape ne méprise ni les pères ni leurs canons, même s’il ne peut pas être contraint par eux; s’il s’en sert comme d’une direction à donner à l’Église, et ordonne aux autres de les observer.
2017-10-21 17h07 fin. 2017 10 25 20h12 début
CHAPITRE 28 : On réfute les objections de Calvin
Quand Calvin nous reproche de dire que le pontife romain ne peut être jugé par personne, (livre 4, chapitre 7, versets 19, 20, et 21 de ses institutions), il ne présente aucun argument qui s’y rapporte de près, mais dit seulement qu’il peut tirer, des conciles, des historiens et des anciens écrits, beaucoup de choses que les pontifes romains ont été contraints de faire. Mais jusqu’à présent, de cette si grande masse de documents, il n’a rien voulu nous faire part. Ses considérations sur le nom de prêtre suprême et d’évêque universel relèvent plutôt du prochain chapitre. Cependant, dans un autre endroit (livre 4, chapitre 11, verset 12), il cite certains passages de saint Grégoire qui, tout pape qu’il était, se reconnaissait le sujet de l’empereur. Car (dans le livre 3, épitre 61), il appelle l’empereur son Seigneur sérénissime, et se déclare loyalement son indigne serviteur. Il confesse même ingénument qu’il lui doit allégeance (livre 4, épitre 31). Il dit la même chose au livre 4, (épitre 31). Il parle là de lui, et se range parmi ceux qui sont gouvernés par l’empereur. Il dit la même chose dans l’épitre 34 : « J’ai confiance que le Dieu tout-puissant accordera une longue vie aux pieux souverains, et, selon sa miséricorde, nous gardera sous leur main. »
Je réponds qu’il ne faut pas se surprendre de ce que saint Grégoire se déclare le serviteur de l’empereur, car, comme l’écrit Jean le diacre (livre 4 de sa vie, chapitre 58), il donnait à tous les prêtres le nom de frères, à tous les clercs le nom de fils, et à tous les laïcs le nom de seigneurs. Mais on ne peut pas déduire de cela qu’il pouvait être jugé par tous les laïcs. L’obéissance et la sujétion lui faisaient, par humilité, s’appeler serviteur de l’empereur, et lui faisaient recevoir les désirs de l’empereur comme des ordres et des commandements. Il nous arrive même à nous de dire que nous obéissons quand nous faisons ce que quelqu’un désire, même si cette personne n’avait donné aucun ordre, ni ne pouvait même en donner. Ajoutons que ce n’est pas sans raison que le pape Grégoire parlait si humblement à l’empereur, parce que, à cette époque, l’empereur était le maître temporel de la ville de Rome; et le pape avait un urgent besoin de l’aide et de l’amitié de l’empereur pour qu’il le défende, lui et le peuple romain, contre les glaives et la fureur des Lombards. De plus, dans l’administration de la république temporelle elle-même, l’empereur, qui demeurait loin, se servait beaucoup du pape, comme leurs épitres le révèlent. Et il est certain que le pape devait rendre compte à l’empereur des choses qu’il faisait en son nom.
Mais si nous ne regardons que les personnes, l’empereur était une brebis, et le pape son pasteur. C’était donc au pape à juger l’empereur et non à l’empereur à juger le pape, car on voit que souvent de pieux pontifes ont jugé des empereurs, comme Fabien Philippe, Ambroise Théodose, Innocent Arcadius; mais on ne lit jamais que des empereurs pieux aient jugé des pontifes romains, ou leur aient ordonné quoi que ce soit, comme Nicholas le prouve, par plusieurs témoignages, dans sa lettre à l’empereur Michaël. Ce n’est pas que le pape saint Grégoire ignorât ces choses ou les ait passées sous silence. Car dans la même épitre que Calvin cite (livre 4, épitre 31), il ajoute, après s’être reconnu son serviteur, que l’empereur doit porter respect aux prêtres, ce qui est surement le comportement d’un inférieur, non d’un supérieur. Il présente, au même endroit, l’exemple de Constantin qui n’a jamais osé juger des évêques, même quand ils le demandaient et le voulaient. Cet exemple, saint Grégoire ne l’aurait certainement pas donné, s’il avait pensé qu’un pape doive être jugé par un empereur. De plus, quand l’empereur l’appela simplet, il ne garda pas le silence, mais lui dit qu’il lui avait fait une injure par ce mot, puisque simplet semble le synonyme de stupide. Et où serait l’injure, je le demande, si le maître appelait son serviteur simplet, ou si le juge appelait un coupable simplet ? Saint Grégoire comprenait donc quelle était la nature de son poste, et la révérence que l’empereur lui devait, même si, en partie par humilité, et en partie par nécessité, il se déclarait son serviteur. Lisez l’épitre 47, et le commentaire de saint Grégoire sur le psaume pénitentiel 101, et vous constaterez que l’empereur Maurice se comportait an tyran, et que l’obéissance que le pape lui rendait n’était pas due, mais imposée de force.