Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 78)
« Quand il dit qu’il s’agit d’un mystère, je pense que cela se rapporte à ce que, peu à peu, l’évêque de Rome se soit élevé au-dessus des autres. » J’ai déjà annoté cela brièvement, car il ne fait que répéter ce qu’on avait écrit avant lui. Pour vous, c’est saint Pierre qui doit être l’antichrist, et Simon le magicien et Néron, le Christ. Car, saint Paul n’a pas dit que le mystère d’iniquité opèrera plus tard, mais qu’il opère maintenant. Or, si ce mystère d’iniquité se rapporte au pontife de Rome, il doit nécessairement s’appliquer à Pierre. Et si, ce qui est horrible à penser et difficile à écrire, c’est saint Pierre qui est l’antichrist, qui ne voit, que Simon et Néron, les ennemis de Pierre, sont Christ et Dieu ? Prends pour toi ce genre de Christ et de Dieu, si ça te plait. Nous ne te les envions pas. Mais il persiste : « L’Écriture dit que l’antichrist viendra avec des signes menteurs. Ce que fait le pape, comme l’histoire l’atteste. » Il ajoute : « Dieu lui donnera un grand pouvoir de tromperie, ce que nous voyons aussi dans la papauté. Nous croyons, en tout, au pape beaucoup plus qu’à Dieu. » Nous avons parlé plus haut des miracles de l’antichrist au chapitre 15. Et Illyricus ment impudemment quand il dit que les faits nous enseignent cela, car les papes n’ont fait ni de vrais ni de faux miracles, ni à notre époque, ni dans les siècles où, selon eux, l’antichrist régnait d’une façon toute particulière. Et ce qu’il ajoute au sujet du pouvoir de tromperie, il n’y a personne qui ne voie à quel point il est facile de leur retourner l’accusation. Car quel plus grand pouvoir de tromperie peut-on imaginer que de trouver des gens, à notre époque, qui préfèrent prêter foi à deux ou trois apostats plutôt qu’à l’église universelle, à tous les conciles, à tous les pères, qui, en plus d’avoir brillé par une doctrine admirable et une grande sainteté de vie, ont corroboré leur enseignement divin par un grand nombre de miracles éclatants ? Et ce qu’il fait dire à saint Ambroise a été réfuté dans la seconde démonstration, là où nous avons prouvé que l’antichrist n’était pas encore venu.
Illyricus ajoute une citation de saint Paul (Timothée 1 ) : « Saint Paul enseigne à Timothée que, dans les derniers temps, plusieurs s’éloigneront de la foi. Or, le pape nie qu’il y a une autre foi en plus de l’historique.
Ils feront confiance à des imposteurs. Or, le pape approuve tout par les visions des esprits et des âmes. Ils interdiront le mariage, et l’usage des aliments. Il est connu de tous que c’est ce que fait le pape ». Mais, mon bon, le pape a appris de saint Paul (Ephes 4) qu’il n’y a qu’une seule foi : « Un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême. Or, cette foi, saint Paul ne l’a jamais définie comme une confiance qui s’appuie sur la promesse et la parole de Dieu, comme vous la définissez, vous (centurie 1, livre 2, chapitre 4, colonne 262). Mais, il a dit aux Romains (chapitre 10) : « Voici quelle est la parole de la foi que nous prêchons. Si tu confesses de bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. » Et aux Hébreux (chapitre 11), il dit : « Nous croyons par la foi que les siècles trouvent leur accomplissement dans la parole de Dieu. » Qui ne sait qu’appartiennent à l’histoire sacrée et la résurrection du Christ et l’accomplissement des siècles par la parole de Dieu ? Mais la foi par laquelle nous croyons tout ce que Dieu a daigné révéler par les prophètes et les apôtres nous ne l’appelons par seulement historique, mais catholique. Car nous vous laissons l’invention de nouveaux mots. Quand tu oses dire que tout ce que le pape approuve c’est par les visions d’esprit et d’âmes qu’il le fait, je suis curieux de savoir quel esprit t’a révélé cela. Il est vrai que pour confirmer ce qui se rapporte à l’état des âmes, nous nous appuyons sur des récits d’apparitions d’âmes, racontés par des auteurs anciens approuvés. Comme, par exemple, ce qu’écrit Eusèbe (livre 6, chapitre 5 de son histoire ecclésiastique) sur l’apparition de sainte Potamienne, et aussi ce qu’écrit saint Augustin (dans son livre les soins à apporter aux morts, chapitre 16), sur l’apparition de saint Félix de Nolin. Mais, pour confirmer les autres dogmes, je ne connais personne qui ait jamais eu recours aux apparitions d’âmes du purgatoire ou de saints. Mais, ce n’est pas votre premier mensonge.
Ce que tu dis ensuite au sujet de la prohibition du mariage et des aliments, a déjà été réfuté parfaitement par saint Augustin (livre 30, chapitre 6, contre Faust ) : « Vous avez en horreur la virginité, comme nous en exhorte la doctrine apostolique : « celui qui la donne en mariage fait bien, celui qui ne la donne pas fait mieux ». Apprenez donc que le mariage est bon, mais que la virginité est meilleure, comme le pratique l’Église qui est vraiment l’église du Christ. Ce n’est pas le Saint Esprit qui vous interdirait de vous marier. Car celui qui l’interdit c’est celui qui dit qu’il est mauvais, non celui qui fait passer le mieux avant le bien. » Et plus bas : « Vous voyez donc qu’il y a une grande différence entre exhorter à la virginité, en donnant la priorité à un bien supérieur sur un bien inférieur, et interdire le mariage, en blâmant l’accouplement qui vise à la propagation, qui est le seul à être proprement nuptial. Il y a, de même, une grande différence entre s’abstenir de nourritures dans un but saint, ou par mortification, et refuser de manger ce que Dieu a créé, en prétendant que ce n’est pas Dieu qui l’a créé. La première doctrine est celle des prophètes et des apôtres, et l’autre des démons et des apostats. » Ce qu’il a dit pour les hérétiques de son temps vaut parfaitement pour ceux de notre temps. Il n’y a rien à ajouter.
Illyricus conclut en déclarant que « tous ces signes démontrent clairement que le pape est le vrai antichrist prédit par les Écritures. » Mais, on pourrait conclure plus justement qu’Illyricus est un des précurseurs de celui qui parlera impudemment, comme l’a prédit Daniel bien avant son avènement.
2017 11 27 17h17 fin
2017 11 30 20h33 début CHAPITRE 22 : On réfute les inepties de Tilmann
Au lieu de claironner les six cents erreurs des pontifes, Tilmann Heshusius aurait du plutôt dénoncer les six cents mensonges de Luther. Il consacre un chapitre entier à l’antichrist, le trente-troisième, qu’il consolide par quatre erreurs de son cru. La première. Les pontifes romains enseignent que l’antichrist proviendra de Babylone, et sera issu de la tribu de Dan (compendium theologiae, livre 7, chapitre 8). Nous rendons grâce à Tilmman pour nous avoir persuadés que les pontifes romains sont très antiques et très saints. Car, si ce sont les pontifes romains qui enseignent que l’antichrist sera issu de la tribu de Dan, sont donc des pontifes romains Irénée, Hyppolite, Ambroise, Augustin, Prospère, Theodoret, Grégoire, Bède, Arethas, Rupert, Anselme et Richard. Ce sont eux, en effet, qui, comme nous l’avons montré plus haut (chapitre 12) enseignent à l’unisson que l’antichrist naitra de la tribu de Dan. Mais continuons.
La deuxième. Les papistes nient que le pontife romain, avec toute sa cour, soit l’antichrist, bien que cela ait été démontré et prouvé par des témoignages très convaincants et très clairs. Mais nous, ces témoignages, nous ne les avons pas encore aperçus. Et il ne s’en trouve aucun dans nos bibles hébraïques, grecques ou latines. Les témoignages présentés par vos auteurs ne nomment même pas le pontife romain. La troisième. Ils enseignent que l’antichrist ne règnera que trois ans et demi. Je te rends des actions de grâces immortelles pour avoir admis que sont papistes tous les anciens pères, et même Daniel le prophète et Jean l’évangéliste. Et vous me faites pitié, vous, qui vous vous réservez le rebut des écrivains, en rangeant dans le camp des papistes tous les savants anciens et tous les pères les plus illustres. Examine, si le cœur t’en dit, ce que nous avons enseigné plus haut (chapitre 8), et tu trouveras que les plus célèbres pères ont enseigné ce que tu appelles l’enseignement des papistes : saint Irénée, Hyppolite, saint Cyrille, saint Jérôme, saint Augustin, Theodoret, Primasius, Arethas, Bède.Ansemble, Richard, Rupert, et même Daniel et saint Jean.
La quatrième. Les pontifes romains enseignent que l’antichrist sera tué sur le mont des oliviers (compendium theologiae, livre 7, chapitre 14). Que l’antichrist doive être tué sur le mont des oliviers, saint Jérôme (commentaire du chapitre 11) le déduit de Daniel et d’Isaïe. En commentant ce passage, Theodoret enseigne, même s’il ne nomme pas expressément le mont des oliviers, que l’antichrist sera tué près de Jérusalem. Mais voyons plutôt par quels arguments tu réfutes ces soit disant erreurs. Car, tu apportes immédiatement l’antidote par les paroles suivantes : « Les rêveries pontificales sur l’antichrist, on doit les détester et les rejeter, car elles ne s’appuient sur aucun témoignage de la sainte Écriture. Car, comme le dit à juste titre saint Jérôme, ce qui n’est pas basé sur l’Écriture est méprisé avec autant de facilité qu’on a eue à l’affirmer. Et saint Paul (Coloss 2) nous demande de nous mettre en garde contre les traditions humaines : « Je vous dis cela pour que personne ne vous en impose par des traditions purement humaines. » Et : « Voyez à ce que personne ne vous détourne de la voie droite par la philosophie ». On doit donc se demander ce qu’il faut penser de l’antichirst d’après la parole de Dieu. Comme, par exemple, saint Jean 1,2 : « Qui est menteur si ce n’est celui qui nie que Jésus est le Christ. C’est lui l’antichrist. » De même (2 Thessal 2) : « L’homme de péché et le fils de perdition s’élève au-dessus de tout dieu ». De même Matth 24 : « Apparaitront des pseudos christ et des pseudos prophètes, et ils donneront des signes. » Daniel (11) : « Et il munira le temple du dieu Mozim ». Apocalypse 17 : « Et j’ai vu la femme ivre du sang des saints, et du sang des martyrs de Jésus. » De ces témoignages sacrés de l’Écriture, apparait clairement en quoi consiste la foi chrétienne dans l’antichrist, dont le Christ et les apôtres ont prédit la venue. Et il est plus clair que la lumière du jour que tout ce qui est écrit là se rapporte, dans tous ses détails, au pontife romain. On ne peut avoir aucun doute que le tyran romain ne soit le pire antichrist. »
Tu n’auras pas d’objection, je crois, si je donne à tes arguments frustres une forme logistique, et termine par là la dernière réfutation de tes écrits. Car, c’est ainsi qu’a été réfutée la première erreur. Il faut rejeter les rêveries pontificales parce qu’elles ne sont fondées sur aucun texte de l’Écriture. Or, le Verbe de Dieu crie : celui qui nie que Jésus est le Christ est l’antichrist. C’est donc une erreur de dire que l’antichrist sera issu de la tribu de Juda. On réfute de la même manière l’autre erreur. Saint Jérôme a dit : « tout ce qui n’est pas fondé sur l’Écriture s’écroule aussi vite qu’il a été formulé ». Or, saint Paul a dit : l’homme du péché et le fils de perdition s’élèvera au-dessus de tout ce qui est dieu. Donc, les papistes se trompent quand ils nient que le pape est l’antichrist. Pour la troisième, on peut procéder de la même manière, et avec plus de raison encore. Parce que saint Paul a écrit : « je vous dis cela pour que personne ne vous trompe par de fausses raisons » » Or, « apparaitront des pseudos prophètes et des pseudos Christ, et ils feront des signes ». L’erreur des pontifes est donc intolérable, celle qui enseigne que l’antichrist ne règnera que trois ans et demi. Enfin, avec encore plus de raison : Paul nous avertit de ne pas nous laisser égarer par la philosophie, et l’antichrist munit le temple du Dieu Mozim. Or, Jean a vu une femme ivre du sang des martyrs. Ils se trompent donc les papistes qui disent que l’antichrist sera tué sur le mont des oliviers.
Que le lecteur me pardonne d’avoir tourné Tilmman en ricidule. Car, c’est l’impudence de l’homme qui m’y a forcé. Il ne présente, en effet, rien qui vaille la peine d’être réfuté, et, comme un vrai matador du verbe, il se vante d’avoir apporté des démonstrations plus certaines et plus claires que les mathématiques. CHAPITRE 23 : On réfute les mensonges de Chytraeus
David Chytraeus décrit la vision de saint Jean (Apocalypse, chapitre 9). Au son de la trompette du cinquième ange, on a vu d’abord une immense étoile tomber du ciel sur la terre, à qui a été donnée la clef du puits de l’abyme. On a vu ensuite une fumée très épaisse monter de l’abyme, qui obscurcit le ciel et empoisonna l’air. À la fin, on vit sortir de la fumée des locustes mystérieuses, qui prirent ensuite la forme de chevaux, de lions, de scorpions et d’hommes armés. Chytraeus explique ensuite cette vision, et déclare qu’elle convient parfaitement au pontife romain. Il ajoute même : « On ne peut douter que, dans cette vision, soit décrit l’antéchrist, ou le règne de la papauté romaine. » Il place le début de cette vision en l’an 606, et il voit, dans l’étoile tombée, le pontife saint Grégoire le grand, et ses successeurs, qui, après avoir rejeté les clefs du royaume des cieux, ont reçu les clefs du puits de l’abyme. Il dit aussi que la fumée qui sort du puits représente la corruption de la doctrine, et les différentes traditions des pontifies romains. Enfin, l’armée des locustes lui semble être les évêques, les clercs, et les moines. Et, pour dissiper cette fumée, il oppose, sous forme d’antithèses, la doctrine pontificale à l’évangélique, c’est-à -dire celle de l’antichrist, à celle du Christ. Cette doctrine évangélique différente de celle du pape, il la présente en douze articles, qui forment un autre symbole des apôtres.
Mais ce qu’il enseigne là on peut le réfuter de bien des façons. Premièrement.
Son affirmation ne s’appuie sur aucun témoignage. Car tous les commentateurs anciens de ce passage, comme Arethas, Bède, Primatius, Anselme, Rupert, ont vu le démon dans cette étoile tombée du ciel, non un évêque quelconque. Et Isaïe a dit du démon : « Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer, étoile du matin ? »
Et parce que le diable est tombé du ciel bien avant que saint Jean ne l’écrive dans son Apocalypse, les pères ont noté que saint Jean n’a pas dit : « J’ai vu une étoile descendre du ciel », mais « j’ai vu une étoile qui était descendue du ciel sur la terre. » Car saint Jean a vu par terre cette étoile qui brillait autrefois dans le ciel. Convient parfaitement aussi au démon ce qu’on ajoute après : « Et la clef du puits de l’abyme lui fut donnée. » Car comme le Christ a et communique aux siens la clef du royaume des cieux, et règne dans les esprits des fidèles et des dévots, le diable a, lui aussi, et communique les clefs du puits de l’abyme, et il règne dans le fils de l’impiété. Et, dans l’Écriture, on l’appelle souvent « le prince des ténèbres, le prince de ce monde, le Dieu de ce siècle (Jean 12, 14, 2 Corinth, 4 Éphésiens, 6 Colossiens, 1, et ailleurs). C’est lui qui, avec la permission de Dieu, a émis la fumée des erreurs du puits de la haine; et qui, presque à chaque siècle, a envoyé, jusqu’aux frontières de l’église, de nouvelles armées de locustes, c’est-à -dire de nouveaux hérésiarques avec leurs satellites. Deuxièmement. L’interprétation que donne Chytraeus répugne à ce que Jean dit, dans le même chapitre, du sixième ange, et de la sixième persécution. Car, saint Jean (chapitres 8 et 9 de l’apocalypse) par les trompettes des six anges, entend six persécutions d’hérétiques, qui vont du temps des apôtres à la consommation finale. Le même Chytraeus a raison de voir dans la première trompette l’hérésie des Ébionites, qui a sévi au temps des apôtres; dans la deuxième, celle des gnostiques; dans la troisième celle de Samosate et d’Arius, et dans la quatrième, celle de Pélage.
Or, si par la cinquième, on entend la persécution de l’antichrist romain qui, comme eux-mêmes le reconnaissent, sera la dernière, que penser de la sixième ? Chytraeus répond que par la sixième, on entend la persécution de Mahomet et des Turcs. Mais cela, on ne peut le dire, car les mahométans ne sont pas des chrétiens, mais des païens; et la persécution de Mahomet ne suit pas celle de l’antichrist, mais la précède, comme nous le pensons.
Et Chytraeus sera forcé de confondre la cinquième trompette avec la sixième, alors qu’il semble clair que chacune appartienne à une époque différente. Les catholiques ont donc de bonnes raisons de voir dans la sixième trompette la persécution de l’antichrist, qui sera la dernière et la pire de toutes; et dans la cinquième trompette, l’hérésie extrêmement pernicieuse qui précède les temps de l’antichrist, celle des luthériens et de tous les autres protestants. Troisièmement, il fait une grosse bourde quand il enseigne que saint Grégoire est l’étoile tombée du ciel. Car, si on prête quelque peu foi aux témoignages des historiens anciens, saint Grégoire n’est pas une étoile tombée du ciel sur la terre, mais montée de la terre au ciel. Car, de préteur il est devenu moine, de moine évêque; et il n’est jamais retourné de l’épiscopat à la préture, ni de la vie monastique au siècle. De la même façon, saint Basile, saint Grégoire de Naziance, saint Jean Chrysostome, parmi les Grecs, saint Martin, saint Paulin, et saint Augustin sont des séculiers devenus moines, et des moines devenus évêques; mais on n’a jamais prétendu que, à cause de cela, ils étaient tombés du ciel. De plus, saint Grégoire n’eut pas son pareil pour la continence, la sobriété, et l’amour des choses célestes.
Il l’emporta même sur tous pas l’humilité. Et cependant, Chytraeus a le front de dire qu’il est tombé du ciel, c’est-à -dire de la vie céleste à la vie terrestre. Ne sait-il donc pas que Luther ( dans la supputation des temps) a déclaré que le pape Grégoire était un saint; que Theodore Bibliander (chronologie, table 18) a, à la suite de Luther, comblé saint Grégoire d’éloges, en précisant «qu’on peut, par ses livres, se faire une idée de son zèle pour la piété et la doctrine »
Ne tient pas debout, non plus, ce qu’il dit au sujet de la fumée épaisse qui sort du puits. Il y voit la corruption de la doctrine introduite dans l’Église par saint Grégoire et ses successeurs. Il doit pourtant savoir que saint Grégoire n’a rien innové en ce qui a trait à la doctrine. Mais, dans le domaine des rites et de la discipline, il a corrigé les abus qui s’étaient glissés avec le temps, il a restitué plusieurs choses que la négligence avait laissé tomber, et, après mure réflexion, il a ajouté aussi de nouvelles choses, comme on peut le voir dans les quatre livres de sa vie écrits par le diacre Jean, et par sa soixantième-troisième épitre (livre 7) où il explique pourquoi il a rénové et institué certains rites. Mais tout deviendra beaucoup plus clair si on examine de près les antithèses de la doctrine évangélique et pontificale, qu’il expose longuement, et à laquelle il renvoie souvent ses lecteurs. 1 Première antithèse « De la vraie connaissance et de la vraie invocation de Dieu »
« L’Évangile enseigne qu’il ne faut invoquer et adorer qu’un seul Dieu, comme lui-même l’a ordonné en paroles; et il faut placer toute la confiance de notre salut dans la seule bonté et dans la seule miséricorde de Dieu. Les papes enseignent qu’il ne faut pas invoquer seulement le seul vrai Dieu, mais même des hommes morts, c’est-à -dire des saints; qu’il faut demander et attendre d’eux du réconfort et du secours dans nos périls. Enfin, à la façon des païens, ils lient l’invocation de Dieu et son culte à certaines statues, supposant que l’invocation de ces statues leur rendra Dieu plus propice. »
Comme nous avons déjà ailleurs discuté amplement de ces choses, que cette brève démonstration suffise ! La doctrine que Chytraeus appelle pontificale n’est pas contraire à la parole de Dieu, et n’a pas commencé au temps de saint Grégoire. La parole de Dieu, en effet, enseigne que Dieu seul doit être invoqué et adoré, de l’invocation et de l’adoration qui ne sont dues qu’à Dieu seul. Car le Dieu vrai, qui est un Dieu jaloux, ne souffre pas qu’une créature quelconque soit considérée comme Dieu. Et pourtant, la même parole de Dieu enseigne d’honorer les créatures excellentes, et même de les invoquer non comme dieux, mais comme chers à Dieu et amis de Dieu. On peut dire la même chose des rois. Ils voient d’un mauvais œil qu’on rende à leurs serviteurs des honneurs royaux; mais ils se réjouissent de les voir honorés et reconnus. David ne dit-il pas (psaume 98) : « Adorez l’escabeau de ses pieds » ? Et job (chapitre 5) : « Appelle pour voir si quelqu’un te répondra. Et tourne-toi vers un des saints. » Abdias, (Rois 3, 18) un grand homme et un saint, ne s’est-il pas agenouillé et prostré devant Élie ? Et quand les fils des prophètes entendirent dire que l’esprit d’Élie reposait sur Élisée, ne l’ont-ils pas adoré par une prostration ? Et l’apôtre Paul, dans presque toutes ses épitres, supplie les chrétiens de prier pour lui, pour qu’il soit libéré de ses nombreux périls. On ne peut donc donner aucune raison qui prouverait que les prières qu’on adresse aux saints diminuent l’honneur qui est du à Dieu. Pa plus qu’on ne peut dire que l’aide qu’on demande aux vivants diminue l’honneur qui n’est du qu’à Dieu.
Saint Ambroise, qui a vécu 200 ans avant saint Grégoire, parle ainsi (dans son livre sur les veuves) : « Il faut prier les anges, qui nous sont donnés comme aides. Il faut prier les martyrs. » Et plus bas : « Ne rougissons pas, dans notre faiblesse, de nous en servir comme des intercesseurs. » Aux statues des saints, aux tombeaux des martyrs, et aux autres monuments, nous ne lions pas notre culte et notre invocation autrement que Dieu ne se lie à un sanctuaire, ou au temple de Salomon. Car, même si Dieu est partout, et même si nous pouvons lever nos mains vers lui dans n’importe lequel lieu, ce n’est pas sans raison que le Saint-Esprit, dans Isaïe (chapitre 6), et le Christ (matth, chapitre 21) ont appelé le temple de Dieu maison de prière. Ce n’est pas, non plus, sans raison que le très pieux empereur Theodose (pour omettre un grand nombre d’exemples anciens) allait à pied, avec les prêtres et le peuple, dans tous les lieux de prière, se prosternait, revêtu d’un cilice, devant les reliques des apôtres et des martyrs, et demandait, avec foi, de l’aide par l’intercession des saints. Et il est certain que Théodose, qui a agi ainsi, et Ruffin qui l’a rapporté dans son histoire ecclésiastique (livre 2, chapitre 33), ont précédé saint Grégoire d’au moins deux cents ans. 2 La deuxième antithèse « Du rôle et des bénéfices du Christ »
« L’évangile éternel enseigne que la rémission des péchés et le salut éternel sont donnés à cause du seul Fils unique Jésus-Christ crucifié, mort et ressuscité pour nous, gratuitement, non à cause d’aucune de nos œuvres ou de nos mérites. Et que cela est le propre de Dieu seul, comme il est dit dans Isaïe (43) : «C’est moi, moi, qui efface les iniquités. » De même, il n’y a pas de salut en d’autre. Les pontifes, au contraire, enseignent que ce n’est pas seulement à cause des mérites du Christ, que nous sommes justifiés et sauvés, mais en partie à cause du Christ, en partie à cause de notre contrition, de notre obéissance et de nos bonnes œuvres. »
Ce n’est pas cela la doctrine catholique. L’Église n’enseigne pas que les pécheurs sont justifiés en partie par le Christ, et en partie par leurs bonnes œuvres. Nous distinguons, en effet, trois genre d’œuvres. Le premier est celui où les œuvres ne se font que par les forces de la nature, sans la foi et sans la grâce de Dieu. Et, de ces œuvres nous disons ce que dit l’apôtre, que, sans la foi, elles ne justifient pas l’homme. Car, si des œuvres de ce genre justifiaient, c’est l’homme qui en retirerait l’honneur, non Dieu, comme saint Paul le dit d’Abraham (Romains 4). Donc, de ces œuvres, il n’est pas question entre nous, même si, sans rougir, et en mentant, vous nous les attribuez, comme si nous enseignions que, sans le Christ, les œuvres étaient méritoires par elles-mêmes. Il y a un autre genre d’œuvres. Celles qui procèdent de la foi et de la grâce de Dieu, et disposent à la rémission des péchés, comme la prière, les aumônes, les jeûnes, la contrition, et d’autres du même genre. Ces œuvres nous ne disons pas qu’elles sont méritoires pour la réconciliation en vertu de la justice, c’est le plutôt le contraire que nous enseignons. Écoutons donc le concile de Trente (session 6, chapitre 8).
« Les hommes sont justifiés gratuitement parce que ni la foi ni les Å“uvres qui précèdent la justification ne la méritent, en vertu de la justice, comme si la justification était due à ces Å“uvres. Nous déclarons, cependant, que ces Å“uvres, du fait qu’elles proviennent de la foi et d’un secours divin, sont divines, et sont méritoires à leur manière, c’est-à -dire qu’elles implorent la rémission des péchés. » Cela, même si vous ne l’admettez pas, la parole de Dieu, elle, l’admet. Qu’est-ce donc que dit Ézéchiel au chapitre 18 ? « Quand l’impie se détournera de son impiété, il vivifiera son âme. » Que dit donc aussi Daniel ? « Par les aumônes, rachète tes péchés ! » Que dit également Jonas, au chapitre 3 ? « Dieu a vu leurs Å“uvres (les jeûnes et les cilices), et a eu pitié d’eux. » Et que dit le Christ (Luc 7) : « Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu’elle a aimé beaucoup. »
Cette doctrine, ce n’est pas seulement saint Grégoire qui l’a enseignée, mais, avant lui, un grand nombre de prêtres. Saint Ambroise (livre 10 sur Luc) : « Les larmes ne méritent pas le pardon, mais elles le demandent. » Saint Jérôme (livre 2 contre Pélage) : « Ceux qui confessent avec sincérité leurs péchés méritent, par leur humilité, la clémence du Seigneur. » Saint Augustin (épitre 105) : « Cette rémission des péchés n’est pas non plus sans mérite, si c’est la foi qui la demande. Car n’est pas nul n’est le mérite de cette foi par laquelle il disait : « Aie pitié de moi pécheur. » Et il descendit, méritoirement justifié, le croyant qui s’était humilié. » Et, dans l’épitre 106 : « Si quelqu’un dit que la foi mérite la grâce de bien agir, nous ne pouvons pas le nier, nous le confessons, au contraire, de tout notre cœur. »
Le dernier genre d’œuvres, enfin, est de celles qui sont faites par l’homme justifié, et par le Saint-Esprit qui habite dans le cœur de l’homme, et qui procèdent de la charité infuse. À ces œuvres, que vous le vouliez ou non, nous attribuons le mérite. Nous ne disons pas qu’elles méritent la rémission des péchés qui les précédent, elle qui, au sens propre, ne peut pas entrer dans la catégorie du mérite; mais qu’elles méritent vraiment et proprement la gloire et la béatitude éternelle. S’il n’en était pas ainsi, comment saint Paul pourrait-il dire (2 Timothée 4) : « J’ai livré le bon combat, j’ai terminé ma course, j’ai conservé la foi, est déjà préparée la couronne de justice que le juste juge me rendra en ce jour ?» Car si la vie éternelle n’est pas une récompense des bonnes œuvres, pourquoi l’appelle-t-il une couronne de justice, et non plutôt un don de clémence ? Pourquoi dit-il qu’elle doit être rendue et non qu’elle doit être donnée ? Pourquoi par un juste juge, et non plutôt par un roi débonnaire? C’est donc avec raison que saint Augustin enseigne dans son épitre 105 : « La vie éternelle sans fin, qui aura lieu à la fin, est rendue par les mérites précédents. Mais ces mérites, par lesquels elle nous est rendue, n’ont pas été préparés par nous, par notre suffisance, mais ont été faits en nous par la grâce, et sont appelés eux-mêmes grâce. On ne peut donc pas dire que la vie éternelle n’est pas donnée aux mérites, mais que sont donnés ces mêmes mérites par lesquels elle est donnée.
Ne nous ébranlent pas non plus ses deux citations de l’Écriture : « Je suis celui qui efface les iniquités », et « il n’y a dans aucun autre de salut ». Car, ces textes excluent d’autre dieu, d’autre christ, d’autre sauveur, d’autre médecin des âmes, qui, à l’exclusion du seul vrai Dieu et du Christ Jésus Sauveur, apporteraient le salut. Ils n’excluent pas la foi, la charité, la pénitence, les sacrements, par lesquels, comme par des moyens et des instruments, le mérite du Christ, par l’opération de Dieu, nous est appliqué. Autrement, comment pourraient-ils cohabiter avec les phrases déjà citées (« Je suis celui qui efface les iniquités; il n’y a de salut dans aucun autre ») ces autres textes de l’Écriture : « Ta foi t’a sauvée (Luc 7)», et « Il sauvera ceux qui espèrent en lui (psaume 36), « Il vivifiera lui-même son âme (Ézéchiel 18) », « La crainte du Seigneur expulse le péché (Eccl 1) », « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, (Marc dernier chapitre) », « Celui qui mange ce pain vivra éternellement (Jean V1) ». Que cela suffise. Chytraeus continue. 3 La troisième antithèse
« L’évangile enseigne que celui, qui fait pénitence et écoute la promesse, doit croire à la promesse et affirmer que les péchés sont remis, à cause du Christ, non seulement aux autres, Pierre ou Paul, mais à lui aussi; qu’il plait à Dieu, qu’il est reçu et exaucé par Dieu; et que cette foi lui donne accès auprès du Dieu qu’il invoque à chaque jour. Les pontifes prétendent, eux, qu’on doit toujours douter qu’on ait reçu la rémission des péchés. Ce doute milite contre la foi, et est tout-à -fait païen. » Notre évangile enseigne assez clairement qu’il faut prêter foi aux promesses de Dieu; et tous les catholiques enseignent qu’il n’y a aucune raison d’en douter. Mais que la rémission des péchés soit promise inconditionnellement à tous les hommes, on ne le lit pas dans notre évangile. On lit encore beaucoup moins que chacun doit être sur que ses péchés sont remis par Dieu, qu’il plait à Dieu, qu’il est reçu et exaucé par Dieu. Et ce n’est pas pour rien qu’on ne le lit pas, car cette assurance réduirait à néant d’autres passages qui sont écrits en toute clarté et limpidité. Le sage ne dit-il pas (Eccles 9) : « Ils sont justes et savants, et leurs œuvres sont dans la main de Dieu, et pourtant, l’homme ne sait pas s’il est digne d’amour ou de haine ». Job ne dit-il pas lui aussi : « Même si j’étais innocent, mon âme ignorera cela ? » Et plus bas : « Je redoutais toutes mes œuvres, sachant que tu n’épargnes pas le fautif. » Et que dire de ce que les promesses divines sont presque toutes liées à une condition que personne ne peut connaitre avec certitude, ou remplir comme il le faut ? Matthieu 19 : « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. » Luc 14: « Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, sa mère, son épouse, ses fils, ses frères, ses sœurs, et aussi son âme, il ne peut pas être mon disciple. » Romains 8 : « L’Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes fils de Dieu. Si nous sommes fils, nous sommes aussi des héritiers, des héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, pour que nous soyons glorifiés avec lui. » Enfin, saint Ambroise qui est bien plus ancien que saint Grégoire, a dit (dans son sermon 5 sur le psaume 118) : « Il voulait que soit enlevé son opprobre, dont il soupçonnait l’existence, ou parce qu’il n’avait pas fait ce qu’il avait résolu dans son cœur, ou parce que, après avoir été absous par la pénitence, il craignait que ne demeure encore un opprobre. Il prie donc Dieu pour que l’enlève celui qui seul sait ce que ne peut savoir celui qui l’a contracté ».
4 La quatrième antithèse
« L’évangile enseigne qu’il n’y a, dans le monde, qu’un seul sacrifice qui soit propitiatoire (Hébreux 7, 10). Le Christ s’est offert une fois pour enlever les péchés. Les pontifes enseignent que le Christ doit être offert à Dieu le Père, à chaque jour, en sacrifice à la messe, par les prêtres. » L’évangile enseigne, il est vrai, qu’il n’existe au monde qu’un seul sacrifice propitiatoire, celui qui a été offert une fois sur la croix. Les catholiques ne nient pas cela. Mais que cet unique sacrifice ne puisse pas être répété à chaque jour dans le sacrement, par le même pontife, l’évangile ne l’enseigne nulle part. Et c’est ce que les catholiques affirment. Et ceux qui l’affirment, ce ne sont pas uniquement ceux qui ont vécu après saint Grégoire, mais tous les pères absolument qui l’ont précédé. Écoute saint Augustin parler au nom des autres (épitre 23 à Boniface) : « Le Christ n’a-t-il pas été immolé une fois pour toutes ? Mais cependant, dans le sacrement, il est immolé pour les peuples, non seulement à la fête de Pâque, mais à chaque jour. » 5 La cinquième antithèse
« L’évangile enseigne que le péché n’est pas seulement dans les actions externes contraires à la loi de Dieu, mais dans les doutes sur Dieu, dans la sécurité charnelle, la contumace, et la concupiscence qui est née avec nous, et qui demeure dans les renés, (Romains 7). Les pontifes nient que ces mauvaises choses, qui restent dans les renés, soient des péchés qui sont en guerre avec la loi de Dieu. » Les pontifes, c’est-à -dire les catholiques n’ont jamais enseigné que seules les actions externes sont des péchés. Mais, à vous, il est permis de mentir. Cela, vous l’avez appris de votre père qui n’a pas sur demeurer dans la vérité. Les doutes envers Dieu, la sécurité charnelle, la contumace, et la concupiscence, si elles sont volontaires, nous ne doutons pas qu’elles soient des péchés. Si elles sont involontaires, comme étaient ces désirs de la chair contre l’esprit, que ressentait saint Paul sans y consentir, nous avons toujours nié qu’elles soient des péchés. Notre différent ne consiste pas en ce que les paroles de saint Paul que vous trouvez vraies nous les trouvions fausses, mais en ce que nous les interprétions autrement. Et vous ne devez pas vous sentir humiliés de ce que nous préférons saint Augustin et tout le chœur des saints à vos auteurs récents. Car, voici ce que disait saint Augustin livre 1, deux épitres contre Pélage, chapitre 13) : « Mais je crois qu’il y en a qui sont trompés ou qui trompent les autres au sujet de cette concupiscence contre laquelle même un baptisé doit lutter pieusement, avec grande attention et sous le souffle de l’Esprit. Car, elle est appelée péché non parce qu’elle est un péché, mais parce qu’elle a été faite par le péché, comme l’Écriture appelle main ce que la main a fait. »
6 La sixième antithèse « L’évangile enseigne que, dans cette imbécilité de nature, l’homme ne peut jamais satisfaire à la loi de Dieu, et que c’est par le parfait accomplissement de la loi que l’homme devient juste et exempt de tout péché (Romains 8). Le sens charnel est en inimitié avec Dieu, car personne n’obéit à la loi de Dieu, ni ne peut le faire. Les pontifes soutiennent que l’homme peut satisfaire à la loi de Dieu, et que c’est par l’accomplissement de cette loi qu’on devient juste et qu’on mérite la vie éternelle. » Les pontifes, c’est-à -dire les fils de l’église catholique ne disent pas que l’homme, dans cette imbécilité de nature, est exempt de tout péché. Car, nous reconnaissons et nous professons qu’est très vrai ce que dit saint Jean dans sa première épitre : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous trompons nous-mêmes.» Mais, parce que ces péchés quotidiens n’enlèvent pas la justice, et qu’ils ne sont pas tant contre la loi qu’en marge de la loi de Dieu, parce que chaque saint prie en temps opportun (psaume 31) pour la rémission de ses fautes, et parce qu’on enseigne à tous les fils de Dieu qui sont justes et saints de dire à chaque jour : « pardonnez-nous nos offenses », nous ne craignons pas d’affirmer que l’homme justifié peut, par la grâce de Dieu, et par le secours de cette grâce, accomplir la loi et mériter la vie éternelle. Car nous connaissons celui qui a dit (Jean 5) : « Mes commandements ne sont pas lourds à porter. » Et qui a dit aussi (Matt 20) : « Appelez les ouvriers, et donnez-leur à chacun leur récompense. » Et aussi : « Venez, les bénis de mon Père, et possédez le royaume préparé pour vous. Car, j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger.»
C’est pourquoi, saint Augustin, (dans le livre de la grâce et du libre arbitre, chapitre 16) dit : « Il est certain que nous pouvons observer les commandements si nous le voulons, parce que notre volonté est préparée par Dieu pour que nous demandions de vouloir seulement ce qui suffit pour que nous le fassions volontairement. » Et (dans l’esprit et la lettre, chapitre 10) : « La grâce n’est pas donnée parce que nous avons accompli la loi, mais pour que nous puissions l’accomplir. » Ne nous contredit pas cette parole de l’apôtre : « Le sens charnel est en inimitié avec Dieu. » Car, le même apôtre avait dit auparavant (Romains 7) : « Donc, moi-même, avec mon esprit, j’observe la loi de Dieu, mais par la chair, la loi du péché. » Ce que nous faisons avec l’esprit, c’est nous qui le faisons, mais ce que nous faisons avec la chair, si cela répugne à l’esprit, n’est pas de nous, comme le dit le même apôtre : « Si je fais ce que je ne veux pas, c’est comme si ce n’était pas moi qui le faisais. » 7 La septième antithèse
« L’évangile enseigne que les bonnes œuvres ne sont que celles qui sont commandées par Dieu. C’est-à -dire, fais ces choses selon seulement la règle que je te prescris, sans rien y ajouter, sans rien y enlever.
Les pontifes, au contraire, ont encombré toute l’Église de traditions. » Ces choses ont été répétées des milliers de fois par vous, et autant de fois réfutées par nous. Est faux, d’abord, ce que tu dis que dans l’évangile les œuvres bonnes ne sont que les choses que Dieu a ordonnées. Car, où Dieu a-t-il prescrit la virginité ?
Or, Paul n’a-t-il pas dit : « Au sujet des vierges, je n’ai pas de commandement du Seigneur. » Et, cependant (aux Corinthiens 7) n’a-t-il pas dit que c’était une excellente chose de demeurer vierge ? « Celui qui marie sa fille fait bien, celui qui ne la marie pas fait mieux. » Ne t’est donc pas d’un grand service cette règle : ne fais que ce que je te commande de faire. Car, dans ce passage, tout ce que Dieu prohibe c’est que nous ne corrompions pas ses préceptes, que nous les observions intégralement, comme il les a prescrits, sans décliner à gauche ou à droite. C’est pourquoi, saint Augustin (dans son livre sur la virginité, chapitre 30), dit, en distinguant les préceptes des conseils : « Car on ne dit pas : tu ne te marieras pas, comme tu ne tueras pas. L’un est exigé, l’autre est offert librement. On loue quelqu’un s’il fait ce qui n’est que conseillé, mais on blâme quelqu’un qui ne fait pas ce qui est commandé. Dans l’un, il exige un du, dans l’autre, il vous rendra ce que vous avec donné en surplus. »
8 La huitième antithèse
« L’évangile enseigne que les deux parties de la cène du Seigneur doivent être distribuées. Et au sujet du calice, il a dit expressément : buvez-en tous. Les pontifes ont statué et défini en sens contraire. » Nous n’avons pas encore vu ce texte de l’évangile où il est dit qu’il faille donner l’une et l’autre espèce à tous les chrétiens. Même au sujet du calice, le Seigneur n’a pas dit : buvez-en tous, vous, les chrétiens. Mais buvez de cela tous : tous ceux qui étaient là . Marc l’explique quand il dit : « Ils en burent tous » : manifestement pas tous les chrétiens, mais tous ceux qui prenaient leur repas avec le Seigneur. 9 La neuvième antithèse
« L’évangile enseigne que la vraie pénitence, ou la vraie conversion à Dieu, est une douleur sincère du cœur pour les péchés commis, et la foi qui nous assure que les péchés nous sont surement remis à cause du Christ. Les pontifes, au contraire, même s’ils énumèrent la contrition parmi les parties de la pénitence, s’imaginent que cette rémission des péchés est méritée. Et ils ajoutent une confession auriculaire qui n’a pas été commandée par Dieu, et une satisfaction, ou des œuvres non dues, par lesquelles on satisfait pour les peines éternelles des pécheurs. Et ils imaginent même que toutes les choses peuvent être rachetées par de l’argent. » Ce qui est un blasphème contre la doctrine des mérites du Fils de Dieu, qui seul satisfait pour nos péchés. » Je ne vois aucune preuve de tout cela, aucun texte de l’Écriture. Seulement des mots creux mêlés à autant de mensonges.
2017 11 30 20h33 fin
2017 12 04 17h14 début
9 : La Neuvième antithèse (suite et fin)
10 : La dixième antithèse
11 : La onzième antithèse
12 : La douzième antithèse CHAPITRE 24 : [début] On réfute les arguments de Calvin et d’Illyricus avec lesquels ils cherchent à prouver que le pape n’est plus évêque. On réfute aussi la fable de la papesse Jeanne.
Ce que tu dis sur la conversion et sur la componction, tu aurais fort bien pu l’omettre. Car nous exigeons des pénitents un vrai regret du péché, et le ferme propos de ne plus pécher à l’avenir. Alors que vous n’avez, vous, pour toute contrition, je ne sais quelles terreurs de l’âme. Ce que tu ajoutes ensuite au sujet de la foi qui certifie que nos péchés nous sont remis, cela a déjà été réfuté plus haut. Tu dis aussi que les pontifes romains enseignent que les pénitences temporelles satisfont pour les peines éternelles. C’est un mensonge grossier. Car nous ne pensons pas devoir satisfaire pour les peines éternelles, que nous ne doutons pas avoir été remises dans la justification, mais pour les peines temporelles, que Dieu exige de nous, ici-bas ou dans le purgatoire, et qui servent, après le baptême, de pénitence et de réconciliation. C’est ce qu’écrit saint Augustin (traité 124 sur Jean) : « La peine dure plus longtemps que la faute, de peur que la faute n’apparaisse petite si la peine finissait avec elle. » Tu dis ensuite que la confession auriculaire n’a pas été commandée, et que la satisfaction entre en opposition avec le mérite du Christ. Tu le dis, cela, mais tu ne le prouves pas. Si tu as le cœur de lire le sermon du bienheureux Cyprien sur les renégats, tu y trouveras que la confession et la satisfaction sont nécessaires. Il ne le dit pas seulement une fois, mais il le répète souvent. Au sujet de l’argent qui tient lieu de satisfaction (n’y vois pas une négociation honteuse), ce n’est rien d’autre, pour les catholiques, qu’un changement de satisfaction qui est fait au jugement du prêtre, comme quand le jeûne est changé en aumônes. Mais continuons.
10 La dixième antithèse
« L’évangile enseigne que le mariage est accordé et permis à tous les hommes, qu’ils soient laïcs ou prêtres; et que la prohibition du mariage et des aliments est une doctrine diabolique. Les pontifes, au contraire, interdisent le mariage à une grande partie des hommes, aux prêtres et aux religieux, et prescrivent l’abstention de certains aliments à certains jours. » Mais ici, je fais la demande suivante. L’évangile enseigne-t-il que le mariage soit permis à ceux qui ont fait un vœu de chasteté ? Peut-être à Hébreux 13 ? : « Le mariage est honorable pour tous ». Mais non, car si « pour tous » signifiait vraiment tous les hommes, il serait honorable à un père de se marier avec sa fille, à une mère avec son fils, et à un frère avec sa sœur. Et si cela ne vous plait pas, il ne nous plait pas non plus qu’on doive appeler honorable un mariage entre un moine et une moniale, et entre des hommes qui se sont engagés par vœu à ne pas se marier. Ce que l’apôtre enseigne c’est que le mariage est honorable pour ceux qui sont licitement et légitimement unis. Il vous reste donc à prouver que peuvent légitimement et validement se marier ceux qui ont fait le vœu de chasteté perpétuelle. Écoute ce que saint Jean Chrysostome écrit (dans sa lettre 6) à un moine, Théodore, qui voulait se marier, et qui l’avait peut-être déjà fait : « Le mariage est honorable, mais il ne te convient plus de conserver les privilèges des époux. Même si tu lui donnes plusieurs fois le nom de mariage, je l’estime, moi, pire qu’un adultère. »
11 La onzième antithèse
« L’évangile enseigne qu’il n’y a qu’un seul fondement solide et véritable sur lequel le Christ a construit son église, le Seigneur Jésus-Christ (1 Cor. Actes 4, et Matth 16). Saint Augustin l’interprète ainsi : sur cette pierre que tu as connue, en disant « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est-à -dire que c’est sur mon Fils, le Fils du Dieu vivant, que j’édifierai mon Église. Je t’édifierai sur moi, non toi sur moi. Le pontife romain, au contraire, crie à haute voix que c’est sur la pierre de l’Église romaine, et sur la succession ordinaire des pontifes romains que l’Église de toute la planète est édifiée. » Saint Paul ne se contredit certainement pas quand il écrit aux Éphésiens 2 que « nous sommes surédifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes ». Sains Jean ne contredit pas non plus saint Paul (« personne n’est un fondement de l’Église en dehors du Christ, 1 Cor 3 ») quand il écrit (Apocalypse, chapitre 21) : « Les douze apôtres sont les douze fondements de l’Église. » Car, Paul (1 Cor 3) parlait du premier fondement, et lui-même (Éphésiens 2) et saint Jean (apocalypse, chapitre 21) des fondements secondaires. C’est de ce même fondement secondaire dont parle saint Augustin contre le parti de Donat : « Énumérez les pontifes qui proviennent du siège de Pierre. Car, c’est elle la pierre que ne vaincront pas les portes orgueilleuses des enfers. » Sur ce sujet, nous avons dit plusieurs choses dans le livre 1, chapitre 2 du souverain pontife.
12 La douzième antithèse
« L’évangile enseigne qu’aucun apôtre, aucun évêque, aucun ministre de l’évangile, n’est supérieur à un autre, n’a un pouvoir plus grand, ni ne domine les autres en ce qui a trait au ministère; mais que tous les ministres obtiennent un pouvoir égal d’enseigner l’évangile, d’administrer les sacrements, de lier les impénitents, et d’absoudre les repentants, comme l’enseigne clairement l’Écriture (Luc 22, 1, 1 Cor 3, verset 4, Jean 20, et Matth 18). C’est à tous les apôtres également qu’ont été remises les clefs du royaume des cieux.
Le pontife romain, au contraire, se vante de posséder un pouvoir suprême sur les autres évêques et sur toute l’Église, et de dégainer, de droit divin, les deux glaives, le spirituel et le temporel. »
Je n’ai pas encore pu repérer le passage où l’Écriture enseigne qu’un évêque ou un ministre ne possède pas un pouvoir plus grand qu’un autre. Car les textes que tu cites enseignent le contraire.
Il est vrai que, en Luc 22, le Seigneur exhorte les siens à devenir humbles, et interdit à ceux qui président dans les églises de gouverner à la manière des tyrans. Il a, quand même déclaré qu’un des douze était plus grand que les autres, et il l’a établi leur chef. Car il a dit : « Celui qui est le plus grand parmi vous, qu’il se fasse le plus petit, et celui qui est le chef, qu’il agisse comme celui qui sert. » Quand l’apôtre dit (1 Cor 3) que là où il avait planté, Apollon a arrosé, et que, comme un architecte, il a posé les fondations, sur lesquelles les autres ont construit l’édifice, ne dit-il pas qu’il était plus grand qu’Apollon, et que les autres n’ont été que ses coadjuteurs ? IL est vrai qu’en Jean 20, c’est à tous les apôtres qu’il a été dit : « Les péchés à qui vous les remettrez seront remis. ». Mais, au chapitre, 21 les apôtres et les autres fidèles sont placés sous les ordres de Pierre, comme des brebis sous leur pasteur. Et c’est au seul Pierre qu’il a été dit : « Pais mes brebis ».
Il est vrai aussi que, en Matthieu 18, il a été dit à tous les apôtres : « Tout ce que vous délierez ». Mais, c’est au seul Pierre qu’il a été dit (en Matt 16) : « Je te donne les clefs du royaume. » Et il est certain qu’il ne lui aurait pas promis quelque chose à lui seul, s’il n’avait pas voulu exprimer par là quelque chose qui lui appartînt en propre. Mais nous avons parlé longuement de ce sujet dans le livre premier, aux chapitres 12, 13, et 14. À ce que tu objectes aux deux glaives de l’extravagant Boniface V111, en te moquant de ses arguments, j’ai une réponse toute prête à te donner. Il a puisé tout cela chez saint Bernard, qu’ont coutume d’appeler un grand saint Mélanchton, Calvin, et d’autres parmi les vôtres. Voir les livres 2 et 4 de la considération, ou, si tu préfères, ce que nous en dirons dans le dernier livre sur le souverain pontife. Que cela suffise pour ton antithèse.
Nous démontrerons maintenant que cette vision de saint Jean s’applique parfaitement à Luther et aux luthériens. Oui, on peut penser que c’est Luther qui est symbolisé par cette étoile qui tombe du ciel sur la terre. Car, de moine il est devenu laïc, de célibataire, marié, de pauvre, riche, et il a échangé des repas sobres et frugaux contre des ripailles et des beuveries. Qu’est-ce d’autre cela que de tomber d’une vie céleste à une vie terrestre ? Et ensuite, la fumée du puits de l’abyme qui a suivie sa chute, il faut être stupide ou complètement aveugle pour ne pas comprendre sa signification. Car, avant que Luther ne se détourne de l’Église catholique, tout l’Occident était de la même religion et de la même foi. À quel qu’endroit que quelqu’un allât, il y trouvait des frères, qui tous étaient dans la lumière. Mais après la chute de Luther, une telle fumée d’erreurs, de sectes et de schismes s’est élevée dans le ciel de l’Église, que dans la même province, voire dans la même ville ou dans la même maison, personne ne reconnait plus personne. Et, comme le dit l’Apocalypse, cette fumée a obscurci le soleil et l’air. Car par soleil on entend le Christ, et par air, les Écritures, qui nous permettent de respirer dans cette vie, comme nos commentateurs et ceux de nos adversaires l’expliquent. Et à quel point cette fumée a obscurci le Christ, le témoignent la Transylvanie et les régions avoisinantes où l’on nie ouvertement la divinité du Christ. Le témoigne aussi l’Allemagne où les anabaptistes, par leur profession publique d’ubiquité, nient, en l’obscurcissant, l’humanité du Christ. Il y eut certes, autrefois, des hérétiques qui ont combattu le Christ, mais jamais aussi impudemment que les hérétiques de notre temps. Car, plusieurs d’entre eux nient non seulement que le Christ est Dieu, mais ils ajoutent même qu’on ne peut pas l’invoquer, et qu’il ne sait pas ce que nous faisons. C’est une chose horrible d’avoir à écouter ou à lire avec quelle témérité on traite aujourd’hui des mystères du Christ.