Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 8)
Que l’Apocalypse soit vraiment un produit de l’apôtre Jean, qu’il soit un livre divin et admirable, nous pouvons facilement le prouver. D’abord, à partir des conciles. Car, dans le concile d’Ancyre, avant 1200 années, au dernier chapitre, on le cite sous le nom de Jean. Dans celui de Carthage 111, can 47, et dans le concile romain sous Gélase 1, ce livre est énuméré parmi les livres sacrés et canoniques. De même, au concile de Tolède 4, chap 16. De nombreux papes et conciles confirment que l’Apocalypse est vraiment canonique et divin, et qu’il est l’œuvre de saint Jean l’apôtre.
On peut prouver la même chose avec les pères grecs et latins. Car Denys l’Aréopagite au chapitre 3 de sa hiérarchie ecclésiale, dit que l’apocalypse est une vision mystérieuse et divine du disciple bienaimé. Vers le milieu de son dialogue avec Triphon, saint Justin affirme que l’apocalypse est de Jean l’apôtre, et en fait des commentaires, comme l’explique saint Jérôme dans son livre des hommes illustres au mot Jean. Saint Irénée, vers la fin du livre 5, déclare que l’apocalypse est de Jean l’apôtre, et qu’elle a été écrite presque en son siècle, à la fin du règne de l’empereur Domitien. Et il en a fait des commentaires, d’après saint Jérôme dans son livre des hommes illustres au mot Jean. Théophile d’Antioche, Méliton de Sardaigne et Denys d’Alexandrie, évêques grecs très anciens et très doctes, ont reçu l’apocalypse comme un livre divinement écrit, au témoignage d’Eusèbe de Césarée, au livre 4, chap 24 et 26, et au livre 7, chap 23. Clément d’Alexandrie, livre 2, pédagogue, chap 12 cite l’Apocalypse. Origène, dans son homélie 7 sur Josué et dans le psaume premier, attribue l’Apocalypse à Jean l’apôtre. Et c’est ce que font aussi Eusèbe dans sa chronique de l’année du Seigneur 96, Athanase dans sa synopsis, Épiphane dans les hérésies 51 et 76. Saint Jean Chrysostome dans son homélie 3 sur le psaume 91, et saint Jean Damascène, livre 4, chapitre 18, reconnaissent que l’apocalypse est sacrée, et qu’elle est de Jean. Il est donc nécessaire que les Grecs qui, au témoignage de saint Jérôme, n’acceptaient pas l’apocalypse, aient été peu nombreux et obscurs.
On le prouve enfin par le consentement unanime des pères latins. Car, Tertullien, dans son livre 4 contre Marcion, affirme que l’apocalypse est de l’apôtre Jean. Saint Cyprien, dans son exhortation aux martyrs, aux chapitres 3, 8, 10, 11 et 12 cite souvent l’Apocalypse parmi les autres écritures divines. C’est ce que fait également saint Hilaire dans sa préface aux psaumes. Saint Ambroise, au psaume 40, dit que l’apocalypse est de Jean l’évangéliste. Saint Augustin dans son traité 36 sur saint Jean, dit que l’apocalypse est du même Jean qui a écrit l’évangile; et au livre 2, chapitre 8 de la doctrine du Christ, il le rapporte parmi les livres sacrés et divins. Ce que fait également le pape Innocent 1 dans son épitre 3 à Exupérium, et Ruffin dans son exposition du symbole, ainsi que saint Isidore dans le livre 6, chap 1 de ses étymologies. Ce n’est pas seulement dans lettre à Paulin sur l’étude des Écritures que saint Jérôme enseigne que l’Apocalypse est de Jean, mais dans sa lettre à Dardane sur la terre promise, il affirme que c’est là l’opinion de tous les latins. Enfin, Sulpice, au livre 2 de son histoire sacrée, déclare que c’est sottement et de façon impie que quelques-uns la rejettent.
L’objection de Luther. « L’Apocalypse nous dit qu’est bien heureux celui qui conserve ces paroles, alors que personne n’en comprend le sens ». Même s’il y a plusieurs prophéties obscures dans ce livre, il y a également des préceptes de vie très clairs, comme la constance à avoir dans les persécutions, la haine à nourrir envers les hérésies, la fuite des pseudos prophètes etc. Le dessein et la visée de ce livre ne sont rien d’autre qu’une exhortation à la persévérance et à la patience en temps de persécution. Ce qui est clair et facile à comprendre.
Mais venons-en à l’intervention d’Érasme. Il fait l’objection suivante. Il parle d’abord des auteurs qui n’avaient pas gardé de souvenir de ce livre comme Dorothée et Anastase, et de ceux qui doutèrent qu’il fût de Jean l’apôtre comme Denys d’Alexandrie et Eusèbe de Césarée. Il note qu’il fait souvent mention de son nom : « moi, Jean, moi Jean », comme s’il rédigeait un contrat au lieu d’écrire un livre. Tandis que le vrai Jean, lui, parle modestement de lui, et ne se nomme jamais dans son évangile. Enfin, il dit que dans les bibles grecques on ne trouve pas Jean l’apôtre, mais Jean le théologien.
Ces objections ne valent pas grand-chose. Car, pour deux qui ne se souvenaient pas de ce livre, et pour deux qui eurent des doutes à son sujet, nous avons pu citer quatre conciles et plusieurs pères qui ont constamment attribué ce livre à l’apôtre saint Jean. Ce qui affaiblit encore l’objection c’est que cet Eusèbe de Césarée, qu’Érasme range parmi ceux qui ont des doutes, dit en toutes lettres dans sa chronique, qu’il ne doute en rien de l’auteur du libre et de sa canonicité. Dans la deuxième objection, nous déplorons le manque de modestie d’Érasme, lui qui ose accuser d’arrogance l’auteur de ce livre que toute l’Église a toujours vénéré comme sacrosaint. Ce n’est même pas vrai que ce « moi Jean » soit si souvent répété, puisqu’on ne le trouve en tout que trois fois. Ce n’est pas quelque chose de nouveau pour les prophètes de répéter souvent leur nom, car Daniel le répète au moins huit fois. Ensuite, le fait que l’auteur de ce livre ait été appelé théologien ne représente en rien une objection, car il n’y a jamais eu d’autre Jean à recevoir le surnom de théologien, en dehors de Jean l’apôtre et l’évangéliste. Et non sans motif, car, comme le note saint Augustin dans son traité 36 sur Jean, Jean est comparé à un aigle volant parce qu’il a écrit surtout sur la divinité du Christ, tandis que les autres évangélistes, qui ont parlé surtout de son humanité, sont comparés à des animaux qui marchent sur la terre. C’est pour cette raison que Denys l’Aréopagyte le salue sous le nom de théologien et d’apôtre. Saint Athanase aussi, et beaucoup d’autres l’appellent le théologien.
CHAPITRE 20 Les livres apocryphes
Après avoir expliqué le canon des livres saints, et après avoir répondu brièvement aux objections des adversaires, il nous reste à dire quelques mots de ces livres qui, même s’ils ont été considérés par certains comme canoniques, ne le sont aucunement, mais s’appellent de plein droit apocryphes. Le mot apocryphe vient du grec, et signifie dans leur langue une chose occulte et cachée. C’est ainsi que apokuptein signifie cacher, et apokruphè une cachette, un repaire. Mais les auteurs ecclésiastiques ne donnent pas toujours le même sens à ce mot. Car ils appellent apocryphes les écritures dont on n’est pas certain qu’elles soient canoniques et divines, même s’il est évident que ne se trouve en elles aucune erreur. C’est ainsi que saint Jérôme entend ce mot dans son prologue à l’épitre aux Galates. Il dit qu’on doit énumérer parmi les livres apocryphes tous ceux qui ne se trouvent pas dans le canon. On appelle aussi apocryphes des livres qui ont des erreurs mêlées à des vérités. C’est dans ce sens qu’Origène emploie ce mot dans son homélie 1 sur le cantique des cantiques; saint Jérôme dans sa lettre à Laeta sur l’éducation des filles, et saint Augustin dans son livre 15, chap 29 de la cité de Dieu. C’est ce sens que fait sien le pape Gélase dans son décret sur les livres ecclésiastiques : il appelle apocryphes ceux qui sont édités par des auteurs hérétiques ou suspects pour de bonnes et justes raisons.
Ne semble pas probable ce que dit la glose dans le canon de sainte romaine, dist 15, à savoir qu’on appelle apocryphes les livres dont on ignore les auteurs. Car, alors, beaucoup de livres saints seraient apocryphes, comme les livres de Judith, de Ruth, de Job, du premier des Maccabées, et de beaucoup d’autres dont on ne sait rien du nom des auteurs. Ce qui est tout à fait contraire à la façon habituelle de parler de l’Église. Car qui a déjà entendu dire qu’un livre canonique est apocryphe ? Plusieurs livres apocryphes ont été énumérés par le pape Gélase, comme on le trouve dans la distinction 15 du canon sur la sainte romaine, par le pape Innocent 1 dans son épitre 3, par Athanase dans la synopsis, et par Eusèbe de Césarée dans le livre 3, et le chapitre 25 de son histoire ecclésiastique. Mais la plupart de ces livres apocryphes n’existent plus. Ce qui a survécu jusqu’à nos jours c’es d’abord la prière du roi Manassé qu’on a coutume d’annexer aux livres Paralipomènes. Il nous semble pouvoir dire qu’elle est apocryphe ou certainement non canonique, parce qu’elle ne fait partie d’aucun livre saint, et qu’elle n’a jamais été placée nommément dans le canon par aucun concile, par aucun pontife, par aucun des pères cités plus haut. Elle ne se trouve ni dans l’édition hébraïque, ni dans la grecque, seulement dans la latine. Apocryphe aussi est le psaume 151 de David, dont se souvient Athanase dans la synopsis, et qu’on trouve dans les psautiers grecs. On dit que ce psaume est apocryphe parce que le concile de Laodicée au canon 59 et le concile romain sous Gélase, ainsi que le concile de Trente dans la session 4, ne reconnaissent, par leur nom, que 150 psaumes.
Apocryphe est aussi l’appendice au livre de Job qui ne se trouve que dans les bibles grecques. Car le concile de Trente, à la session 4, n’a voulu reconnaître comme canoniques que les livres de ceux qui sont dans l’édition latine de la vulgate. De plus, saint Jérôme, dans sa question sur la Genèse, montre qu’est faux ce qui se trouve dans cet appendice, à savoir que Job ait été de la lignée d’Ésaü, alors qu’il avait pour ancêtre Hus qui fut le fils de Nachor, frère d’Abraham, comme il est dit dans la Genése 22. Ajoutons que cet appendice s’appuie surtout sur l’autorité de la Genèse, chapitre 36, qui comte Jobab parmi les descendants d’Esaü. Or, le mot Job est bien différent du mot Jobab que l’on trouve dans la Genèse. Apocryphe aussi est la courte préface qui est placée au début des lamentations de Jérémie, car elle ne se trouve ni dans les codex hébraïques ni dans les bibles latines.
Il ne faut pas considérer comme moins apocryphe le livre d’Hermas qui porte le nom de Pasteur. Origène l’a considéré, il est vrai, comme divinement inspiré dans le livre 10 de l’épitre aux Romains. Tertullien, dans son livre sur l’oraison, en cite des passages, ainsi que saint Irénée dans son livre 4, chap 37, Clément d’Alexandrie dans son livre 6 des Stromata, saint Athanase dans son livre sur les décrets du concile de Nicée, Cassien dans la coll 15, chapitre 12. Eusèbe de Césarée a jugé ce livre utile au livre 3, chap 3 de son histoire ecclésiastique, ainsi que Ruffin dans son symbole, et saint Jérôme dans son livre sur les écrivains ecclésiastiques au nom Hermas. Mais aucun concile ne l’a jamais reçu comme canonique. Et le pape Gélase, dans son décret sur les livres ecclésiastiques, l’a rejeté du canon en termes précis. Saint Athanase, dans son livre sur les décrets de Nicée, et Théodoret dans le livre 1 de son histoire, chap 16, disent tous deux que c’était d’un livre non canonique, le pasteur, que les Ariens allaient puiser des arguments pour soutenir leur hérésie.
Enfin, apocryphes sont les livres 3 et 4 des Maccabées, ainsi que le troisième et le quatrième d’Esdras. Il est évident que le livre quatrième des Maccabées est un apocryphe, parce que seul saint Athanase en fait mention dans sa synopsis, en le plaçant en dehors du canon. Le quatrième livre d’Esdras est cité par saint Ambroise dans son livre sur le bien de la mort, dans son livre sur saint Luc, et dans sa lettre 21 à Horatien. Il est quand même, sans aucun doute possible, non canonique, car aucun concile ne l’a jamais considéré comme tel, et on ne le trouve ni en hébreu ni en grec. Et, au chapitre 6, il contient une fable sur le poisson Hénoch et le Léviathan que les mers ne pouvaient pas renfermer, ce qui est proche des rêveries des rabbins talmudiques. Et on se demande avec étonnement à quoi a bien pu penser Genebrardus quand, à la page 90 de sa chronologie, il a voulu faire entrer ce livre dans le canon.
Le troisième livre des Maccabées offre de plus grandes difficultés, car Clément d’Alexandrie, au canon 84 de son canon apostolique, place dans le canon trois livres des Maccabées. La difficulté n’est pas moins grande pour le troisième livre d’Esdras, car dans les codex grecs, c’est celui-là qu’on appelle le premier livre d’Esdras; et ceux que nous, nous appelons premier et deuxième, les Grecs les nomment deuxième. Il est donc vraisemblable que quand les pères et les anciens conciles plaçaient dans le canon les deux livres d’Esdras, ils pensaient aux trois en en nommant deux. Car ils suivaient la traduction des septante, dans laquelle nos trois livres d’Esdras sont comptés comme deux. Il est même arrivé que ce troisième livre d’Esdras soit cité par saint Athanase dans son troisième discours contre les Ariens, par sains Augustin au livre 18, chapitre 36 de la cité de Dieu, et par Clément d’Alexandrie au livre 1 de ses stromata, par l’auteur de l’homélie imparfaite 1 sur Matthieu, et par saint Cyprien dans son épitre à Pompée.
En ce qui a trait à la première difficulté, il semble probable que ce canon ne soit pas de saint Clément, car le pape Zéphirin, le quinzième après saint Pierre, dans son épitre 1 nous rapporte qu’il n’y a que 70 canons apostoliques. Mais d’autres n’en nomment que 60. Humbertus, dans son livre contre le concile de Nicée, n’en reconnait que 50. Or, celui-ci est le 84ième. Et il est certain que le pape Zéphirin connaissait mieux le nombre des canons que tous ceux qui sont venus longtemps après lui. Ce n’est donc pas sans raison que le pape Gélase dans la distinct 15 du canon de sainte romaine, plaça parmi les apocryphes des canons des apôtres qui semblaient avoir été corrompus ou ajoutés par des hérétiques. Il importe peu que dans les canons que l’on dit être du concile 6, au deuxième canon, 85 canons d’apôtres aient été approuvés. Car ces canons ne sont pas vraiment du sixième concile, mais d’un autre concile célébré après. Ce concile, non seulement le pape Serge, qui siégeait alors, ne l’a pas approuvé, mais il l’a réprouvé, comme il appert de Bède le vénérable, dans son livre des six âges, à Justinien.
De plus, dans ce canon 84, on énumère les livres canoniques, mais on en omet quelques-uns qui sont certainement canoniques, comme les livres d’Esdras, de Tobie, de Judith, de la Sagesse, de l’Ecclésiastique, de l’Apocalypse, chose qui n’est pas sans importance. Car l’Église qui exista après les apôtres, n’eut pas d’autre moyen que la tradition apostolique pour apprendre quels étaient les livres qui étaient canoniques et ceux qui ne l’étaient pas. Or, saint Clément a suivi avec la plus grande exactitude les traditions apostoliques, lui qui a vécu longtemps avec les apôtres saint Paul et saint Pierre, comme l’attestent saint Irénée, livre 3, chapitre 3, Eusèbe de Césarée au livre 5, chapitre 6 de son histoire ecclésiastique. Ceux donc que saint Clément n’a pas mis dans le canon sont manifestement non canoniques. En conséquence, ou les livres d’Esdras, de Tobie, de Judith et de l’apocalypse ne sont pas canoniques, ou ce décret n’est pas de saint Clément. Quelques-uns disent que saint Clément ne fait pas mention de l’apocalypse parce qu’elle n’avait pas encore été écrite en son temps. Mais cela ne tient pas debout, car l’apocalypse a été écrite à la fin du règne de Domitien, comme nous l’apprend saint Irénée, à la fin de son cinquième livre; et saint Clément est mort la troisième année de Trajan, comme nous l’apprend saint Jérôme dans son livre des hommes illustres. Saint Clément a donc pu lire l’apocalypse.
De plus, n’est-ce pas dans ce même canon 84 qu’il place l’évangile de saint Jean ? Or, l’apocalypse a été écrite avant l’évangile, comme l’attestent plusieurs graves auteurs. Eusèbe de Césarée au livre 3, chapitre 24 de son histoire ecclésiastique, dit ceci : « On rapporte que saint Jean, jusqu’à la toute fin de sa vie, a prêché l’évangile sans l’aide d’aucune écriture ». Saint Athanase dans sa synopsis dit : « L’évangile selon saint Jean a été prêché par Jean l’apôtre le bien aimé, quand il était en exil dans l’île de Patmos; et il fut édité par la suite à Éphèse ». Épiphane, dans l’hérésie 51 qui porte sur les Alogores, écrit en toutes lettres que c’est après qu’il eut quatre-vingt-dix ans qu’il édita son évangile, et après son retour de l’île de Patmos .» Théophylacte, Euthyme, Bède le vénérable et Rupert dans la préface à son commentaire sur saint Jean, enseignent d’un commun accord que c’est à Patmos, ou après son retour de Patmos que saint Jean a écrit et édité son évangile. Ne répugne pas à cela ce que dit Denys l’aréopagyte dans son épitre sur saint Jean qui s’en va en exil. Car Denys appelle Jean le soleil de l’évangile, et son théologien céleste, non à cause d’un écrit qui porterait son nom, mais à cause de sa divine et admirable prédication.
Ensuite, dans ce même canon 84, on énumère parmi les livres saints, non seulement le troisième livre des Maccabées, mais même les deux lettres de saint Clément, et les constitutions apostoliques de ce même Clément, livres que l’Église n’a pourtant jamais reconnus comme canoniques. Or, si canon était vraiment de saint Clément, l’Église ne pourrait pas, sans une grande témérité, ne pas recevoir ces livres, car saint Clément était souverain pontife, et les canons apostoliques c’est lui-même qui les a composés, ou, ce qui est plus vraisemblable, les a recommandés par lettres comme ayant été faits par les apôtres. Or, il n’est pas permis à l’Église de récuser des lois apostoliques, hormis celles qui ont déjà été abrogées, parce qu’elles se rapportaient plus aux besoins passagers d’un temps qu’à la vérité des dogmes, comme les prescriptions portant sur le sang et la suffocation.
À l’autre difficulté je réponds que même si dans les codex grecs les deux livres d’Esdras sont pour nous trois, il ne faut pas penser pour cela que les conciles des premiers siècles et les anciens pères, qui placent dans le canon deux livres d’Esdras, entendent par ces deux livres nos trois livres. Car un grand nombre d’anciens, comme Mélito, Épiphane, saint Hilaire, saint Jérôme, Ruffin, dans le canon qui parle de l’ancien testament, ont suivi les Hébreux, non les Grecs. Or, les Hébreux n’ont pas de troisième livre d’Esdras. Ensuite, au bréviaire et à la messe on ne lit jamais rien de ce troisième livre. Ce qui est un bon argument pour démontrer que, depuis très longtemps, ce livre n’a pas été placé parmi les livres sacrés. De plus, le pape Gélase, dans le concile romain des soixante-dix évêques, ne met qu’un seul livre d’Esdras dans le canon. Par ce livre unique il entend certainement nos deux livres, comme saint Jérôme l’atteste dans sa préface à Esdras, deux volumes contenus dans un. Voilà pourquoi le pape Gélase rejette celui qui, chez les Grecs, est le premier
Ensuite, saint Jérôme, dans sa préface à Esdras, dit clairement que le troisième livre et le quatrième livre d’Esdras ne figurent ni chez les Hébreux, ni chez les Septante. C’est pourquoi, même si certains codex grecs ont trois volumes d’Esdras en deux livres, ils ne les considéraient pas comme plus corrects. Les pères grecs se servent de temps en temps de témoignages tirés de ce livre, que même nous, nous n’estimons pas inutile, mais ils le font rarement, et ne l’appellent jamais sacré et divin.
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Fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin : JesusMarie.com, France, Paris, juillet 2017.
Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chretienne contre les Heretiques de ce Temps
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Saint Robert Bellarmin
Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps
Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos. télécharger Livre 2 Les différentes éditions de la Parole de Dieu
1ere Controverse : la parole de Dieu, écrite ou conservée par la tradition, l. IV (4 livres).
livre 1 : Les livres sacrés et les livres Apocrypes (20 chap.)
livre 2 : Les Différentes éditions (16 chap.)
livre 3 : L'interprétation de la Parole de Dieu (10 chap.)
livre 4 : La parole de Dieu non écrite (12 chap.)
Livre 2 Les différentes éditions de la Parole de Dieu (16 chap.)
5 mars 2017
CHAPITRE 1 Où l’on montre que l’édition hébraïque de Moïse et des prophètes n’a jamais péri
CHAPITRE 2 Est-ce que l’édition hébraïque est corrompue ?
5 mars 2017 fin
29 juillet 2017début
CHAPITRE 3 De l’édition chaldéenne
CHAPITRE 4 L’édition syriaque
CHAPITRE 5 Les variantes des éditions grecques
29 juillet 2017 fin
11 mars 2017 à 19:21
CHAPITRE 6 La traduction des septante
CHAPITRE 7 L’édition grecque du nouveau testament
CHAPITRE 8 Les éditions latines
CHAPITRE 9 L’auteur de la traduction vulgate
11 mars 2017 à 19:21
17 mars 2017 à 17:53
CHAPITRE 10 L’autorité de la vulgate latine
CHAPITRE 11 Réponses aux objections des hérétiques contre la vulgate latine
CHAPITRE 12 On prend la défense des passages de la vulgate que Kemnitius déclare contaminés.
CHAPITRE 13 La défense des psaumes qui, selon Calvin, ont été mal traduits.
17 mars 2017 à 17:53
24 mars 2017 à 17:56
CHAPITRE 14 La défense de textes du nouveau testament que les hérétiques jugent corrompus
CHAPITRE 15 Les éditions en langue vernaculaire
CHAPITRE 16 Réponse aux objections des hérétiques
24 mars 2017 à 17:56
16 chapitres en tout.
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5 mars 2017 à 19:02
LIVRE SECOND LA PAROLE DE DIEU
CHAPITRE 1 On montre que l’édition hébraïque de Moïse et des prophètes n’a jamais péri
Dans le livre précédent, nous avons traité des livres sacrés, de leur nombre et de leur canonicité; et nous avons pris victorieusement leur défense contre les calomnies des hérétiques. Il reste à traiter des éditions des divers livres : de l’hébraïque, de la latine, de l’allemande, et de la française, et des autres qu’on appelle vernaculaires. Nous le ferons en quelques mots. Car quel serait le profit de connaître le nombre des livres divins, si nous ignorons quelle autorité accorder aux éditions de toutes sortes qui existent aujourd’hui.
Commençons par l’édition hébraïque. Il y a deux choses que nous aimerions savoir. La première. Cette écriture, que Moïse et les prophètes ont composée, s’est-elle rendue jusqu’à nous ? La deuxième. L’Écriture, qui est contenue dans les manuscrits hébraïques, a-t-elle été, par un zèle pervers des Juifs, corrompue et déformée au point de n’avoir plus, dans l’Église, aucune autorité ? À la première question, il y a deux réponses. La première est donnée par ceux qui enseignent que la sainte Écriture a péri complètement au temps de la captivité de Babylone, quand la ville de Jérusalem a été renversée et le temple brûlé; et qu’elle a été restituée ensuite par Esdras, l’Esprit saint lui suggérant et lui dictant tout ce qui avait été écrit auparavant. C’est ce que semble penser saint Basile dans son épitre à Chilon : « Ce champ, dans lequel, après la déportation, Esdras lut à voix haute, sur l’ordre de Dieu, tous les livres divins ». Certains ajoutent qu’ont pensé ainsi saint Irénée, Tertullien, et Clément d’Alexandrie. Mais ces auteurs n’enseignent pas cela ouvertement.
Cette opinion nous semble improbable. Car, le seul témoignage sur lequel elle s’appuie est le quatrième livre d’Esdras, livre apocryphe, s’il en est, où l’on nous explique longuement qu’Esdras, pendant quarante jours, a, sous l’inspiration du Saint Esprit, fait, à chaque jour, la dictée à cinq hommes, qui écrivaient avec une grande rapidité tout ce qu’il leur disait; et que c’est de cette façon que fut récupérée la sainte Écriture qui avait péri au complet. Mais non seulement ce livre est apocryphe et n’a jamais été reçu par l’Église, mais, en plusieurs endroits, il regorge de fables judaïques. Et dans ce chapitre 14, il ne parle pas autrement de certains livres occultes et mythiques que ne parlent les Talmudistes de leur cabale. C’est pourquoi le témoignage de ce livre est plutôt de nature à plaider contre la thèse qu’il devrait défendre. Les livres canoniques ne rapportent rien de semblable.
Il est, d’ailleurs si peu vrai qu’on puisse tirer cette opinion du livre 2 d’Esdras, chapitre 8, que c’est plutôt le contraire que l’on y trouve. Car voici ce qu’il contient : « Les scribes dirent à Esdras d’apporter le livre de la loi de Moïse. Il l’apporta donc ». Ils ne lui dirent pas de composer le livre de la loi, mais de l’apporter, car ils savaient pertinemment qu’on pouvait encore le trouver. De plus, même si l’Écriture qui servait publiquement au temple a été brûlée et a péri, il est incroyable que n’en soient pas demeurés d’autres exemplaires, ou certaines parties du moins, auprès d’hommes privés, et surtout auprès de Juifs comme Daniel, Jérémie, Aggée, Zacharie, Mardochée, et Esdras lui-même, hommes qui certainement ont pris le plus grand soin de la loi du Seigneur.
Il y a une autre opinion selon laquelle Esdras fut le restaurateur des livres saints, non en les dictant tous de nouveau, mais en réunissant et colligeant les Écritures éparses, dont il aurait trouvé les différentes parties en divers lieux. Et même en les corrigeant, si elles avaient été déformées par la négligence des scribes, quand, pendant tout le temps de la captivité, la loi était conservée tant bien que mal, puisque les Juifs n’avaient alors ni temple ni tabernacle. C’est ce que semblent avoir pensé de graves auteurs. Car saint Jean Chrysostome, dans sa huitième épitre aux Hébreux, enseigne qu’Esdras recomposa l’Écriture à partir de restes. Saint Hilaire, dans sa préface aux psaumes, dit qu’Esdras a réuni tous les psaumes, et en a fait un seul livre. Théodoret, dans sa préface sur les psaumes, dit : « L’ancienne Écriture, qui avait été déformée par le temps de la captivité, fut restaurée par Esdras ». C’est ce qu’il me semble que pensent aussi saint Irénée, livre 3, chap 35, Tertullien, dans son livre sur l’habillement des femmes, et Clément d’Alexandrie dans son livre 1 des stromata. Car ils disent qu’Esdras a recensé et restauré tous les livres de l’ancien testament. Mais ils n’ajoutent pas « de mémoire »; et ils ne se souvenaient pas non plus de l’histoire qui est racontée dans le quatrième livre d’Esdras.
Saint Jérôme dit, dans le prologue de la lettre aux Galates, qu’Esdras a trouvé de nouvelles lettres hébraïques. Les anciennes, il les a laissées aux Samaritains, et les nouvelles il les a communiquées aux Juifs. Ce sont celles dont on se sert encore aujourd’hui. Car, comme le même Jérôme l’atteste au chapitre 9 d’Ezéchiel, la dernière lettre de l’alphabet hébraïque antique était semblable au t des Grecs, et représentait la figure de la croix, puisque la fin de la loi est le Christ crucifié. Maintenant, la dernière lettre de l’alphabet ne semble avoir aucune analogie avec une croix. Nous avons donc, sans l’ombre d’un doute, de nouvelles lettres. Mais, d’une nouvelle édition des livres saints faite par Esdras, saint Jérôme ne dit rien, bien que ce fût alors le moment d’en parler.
De plus, si Esdras avait dicté de nouveau les livres sacrés, il ne l’aurait pas fait en langue hébraïque, mais chaldéenne, ou en un mélange d’hébreu et de chaldéen. Car telle était la langue en usage, et dans laquelle ont été écrits les livres d’Esdras et de Daniel. Or, il est certain qu’en dehors des livres d’Esdras et de Daniel, les livres sacrés ont été écrits en langue hébraïque, celle-là même dont se servaient Adam et Ève, et les autres patriarches. Ce qu’on peut découvrir par l’étymologie des mots, qu’on ne rencontre pas dans d’autre langue. Prenons quelques exemples. Adam dit de sa femme récemment créée : « elle sera appelée virago, parce qu’elle est tirée de l’homme. » (mots hébreux de l’homme et de la femme). Or, dans aucune autre langue, l’homme et la femme ont cette similitude sémantique. Car, dans la langue chaldéenne qui est apparentée à l’hébraïque, l’homme et la femme (mots chaldéens de la femme et de l’homme) n’ont aucune lettre en commun. De la même façon, les mots grecs anèr et gunè (homme et femme), et les mots latins vir et mulier (homme et femme) n’ont aucune lettre semblable. Donc, ou Adam n’a pas dit ces paroles que nous venons de citer et le plus grand des prophètes ment, ou il est nécessaire que nous admettions que la langue, dans laquelle les livres sacrés ont été écrits, était celle que parlaient nos premiers parents. On peut dire la même chose de ce que nous rapporte l’Écriture du sens des mots Éve, Caïn, Abel, Seth, Noé, Phaleg, Abraham, Isaac, Jaco et tous les autres noms. Et même des noms de montagnes, de fleuves, de villes et de plusieurs autres choses. Dans la langue hébraïque, on trouve toujours des rapports de similitude des choses avec les lettres, ce qu’on ne trouve jamais dans les autres langues ou rarement.
De plus, la langue hébraïque, dans laquelle nous voyons que les livres sacrés ont été écrits, est la plus antique et donc la première de toutes les langues. En témoignent sa brièveté et sa simplicité, et l’autorité des hommes les plus doctes. Voir Eusèbe de Césarée au livre 10, chap. 2 de sa préparation évangélique. Amorosium au chap. 3 de la lettre aux Philippiens, saint Jérôme, dans son épitre au pape Damase sur la vision d’Isaïe, saint Augustin au livre 16, chap 11, de la cité de Dieu. Ne s’oppose pas à ce qui précède l’affirmation de saint Augustin, dans son livre 16, au dernier chapitre de la cité de Dieu voulant que la langue hébraïque ait été inventée après l’exil. Car, en parlant ainsi, saint Augustin ne voulait pas enseigner qu’elle ait commencé à cette époque, mais que c’est seulement alors qu’elle en avait reçu le nom. Comme l’explique correctement Eucherius, au chapitre 11 de la Genèse, la langue hébraïque, avant la division des langues, était commune à tous les hommes, et n’avait donc pas un nom particulier. Or, au temps d’Héber, quand toutes les langues ont commencé, cette langue commune a reçu le nom d’hébraïque pour la distinguer des autres, puisque Héber demeura dans une maison, d’où le nom d’Hébreux.