Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 83)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Je réponds d’abord qu’il est stupéfiant que les luthériens considèrent cela comme une erreur, puisque Luther lui-même, comme l’atteste Jean Cochlaeus, dans son chapitre sur le mariage, a enseigné la même chose. J’ajoute que Grégoire ne parle pas de n’importe laquelle incapacité, mais d’une impuissance perpétuelle et naturelle, qui rend la femme inapte au mariage. De tels mariages, en effet, s’ils sont contractés par erreur, sont jugés nuls et non avenus, et sont dissous par les tribunaux ecclésiaux. C’est ce que nous avons dans les décrétales, (titre de frig, chapitre ex litteris) : et c’est que répond la glossa (dans 20 dist canon de libellis). Mais on objecte que Grégoire semble juger que le premier mariage a été un vrai mariage, et qu’on ne doit pas tant le dissoudre qu’en ajouter un autre. Car, il écrit que l’homme ne doit pas cesser d’apporter du secours à sa première épouse, c’est-à-dire qu’il doit encore la nourrir et la sustenter. Mais on peut dire comme la même glosse (32, question 7, canon quod autem proposuisti) que le pontife donne un conseil, non un ordre quand il demande au mari de continuer à prendre en charge la première femme, si elle a besoin d’être secourue, et si elle n’a commis aucune faute qui l’empêche d’être encore son épouse. Il faut noter que cet enseignement ne vient pas de Grégoire 1, mais de Grégoire 111. Car, cette épitre à Auguste est une seule et même épitre que celle à Boniface que l’on sait être de Grégoire 111. On ne la trouve pas, en effet, parmi les œuvres de saint Grégoire, mais seulement dans les tomes des conciles. Dans le concile romain sur les grades qui prohibent le mariage, cette lettre est attribuée à Grégoire le grand, alors qu’elle ne peut être que de Grégoire 111, comme on le voit pas les empereurs qui sont nommés au début et à la fin du concile.

Le vingt-sixième est Nicholas premier. Certains lui reprochent d’avoir enseigné qu’était valide un baptême administré au seul nom du Christ, sans la mention des trois personnes de la trinité, ce qui est contraire non seulement à l’institution évangélique du baptême, mais même aux décrets des autres pontifes, comme les papes Pélage et Zacharie qui réprouvent le baptême de ceux qui n’ont été baptisés qu’au nom du Christ, et non expressément au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, comme on le voit dans le synode (dist. 4, canon multi, et canon in synodo). On ne peut pas, non plus répondre que, au temps de Nicolas, l’église n’avait pas encore défini qu’était invalide un baptême conféré au seul nom du Christ, car cela avait été défini dans un concile anglais, sous le souverain pontife Zacharie, qui avait précédé Nicolas, lequel concile avait été confirmé par le pape, comme on le voit dans le canon du synode, sur la consécration, dist. 4. Je réponds que Nicolas a dit cela sans vouloir en faire une définition de foi; qu’il n’avait que donné son opinion, en passant, en tant que docteur particulier. Car, ce qu’il entendait définir dans ce canon ne portait pas sur la forme du baptême, mais seulement sur le ministre, au sujet duquel on l’avait interrogé. C’est pourquoi, après avoir répondu et décrété qu’était valide un baptême donné par un juif ou un païen, il a jouté, en passant, que le baptême était valide, qu’il ait été donné au nom des trois personnes, ou au non du Christ seul. Il se rangeait, en parlant ainsi, comme il le dit lui-même, à l’avis de saint Ambroise (livre 1, chapitre 3, sur le Saint-Esprit). Cette opinion est fausse à mon avis, mais non hérétique. Mais, on ne trouve aucune définition sure de l’Église sur ce sujet, et les pères ont, là-dessus, des opinions différentes.

Les canons des papes Pélage et Zacharie ne nous sont pas d’un grand secours. Car, Pélage n’a rien défini, mais ne fait, dans sa lettre à Gaudentius, qu’expliquer son opinion personnelle. Quant au canon de Zacharie, il m’est grandement suspect. Gratien, en écrivant ce canon, a cité la lettre en question de Zacharie à Boniface. Mais cette lettre on ne la trouve pas dans les épitres de Zacharie à Boniface qui sont éditées dans les tomes des conciles. Ensuite, le vénérable Bède, qui a fait mention des autres conciles, ne s’est pas souvenu de ce concile anglais dans son histoire ecclésiastique d’Angleterre. Il a même une opinion tout à fait contraire. Car, au chapitre 10 des actes, il approuve l’opinion de saint Ambroise sur le baptême au nom du Christ, alors qu’il ne pouvait ignorer un décret d’un concile anglais, qui aurait été célébré de son temps, et du vivant du pape Zacharie. On ne peut en aucune façon croire qu’il ait voulu contredire un concile tenu dans son pays, et confirmé par le siège apostolique.

Mais si on admet la légitimité de ce concile confirmé par le pape Zacharie, on peut répondre de deux façons. La première. Ce concile (canon 4, dist, 3) a défini que le baptême était invalide sans l’invocation des trois personnes de la sainte trinité. Mais il n’a pas défini si ces personnes devaient être nommées explicitement ou implicitement. Ce canon ne contredit donc pas l’opinion d’Ambroise et de Nicolas qui enseignèrent que suffisait l’invocation implicite des trois personnes dans le nom du Christ. Et c’est de cette façon que saint Bernard a entendu ce canon dans sa lettre 340, ainsi que Hugo de saint Victor, et tous les autres docteurs du moyen-âge qui, en dépit du canon anglais, enseignèrent que le baptême administré au seul nom du Christ était valide. La seconde. Je dis que le concile n’a pas été vraiment et formellement approuvé par le siège apostolique, et qu’il ne fait donc pas, de cette décision, une matière de foi. Zacharie, il est vrai, loua ce concile anglais, et cita ses décrets dans le but qu’il se proposait, non proprement comme pontife. Et ce n’était pas dans l’intention de confirmer les actes de ce concile qu’il l’approuva. Car, c’est une chose différente pour un pontife de confirmer sérieusement les actes d’un concile, et de les recommander dans un but précis.

Le vingt-septième est Stéphane V1, auquel on ajoute Serge 111, comme on le voit dans Platine (28) et d’autres. On l’accuse d’avoir annulé les actes du pape Formose, son prédécesseur, et d’avoir prescrit d’ordonner, de nouveau, ceux qui avaient été ordonnés par lui. Il a estimé ensuite que le sacrement dépendait de la vertu du ministre, ce qui est une erreur manifeste dans la foi. Voilà pourquoi Jean 1X annula les actes de Stéphane V1, et approuva ceux de Formose. Mais, un peu après, Serge 111 annula de nouveau les actes de Formose, et aussi ceux de Jean, et approuva les actes de Stéphane. Comme ces pontifes se sont manifestement contredits, il est absolument nécessaire que certains d’entre eux aient erré, comme le remarquent les magdebourgeois (centurie 9, chapitre 10, dans la vie de Stephane 6, et centurie 6, chapitre 10, dans la vie de Jean1X et de Serge 111).

Je réponds que Stéphane V1 et Serge 111 ont erré, mais dans une question de fait, non de droit, en donnant un mauvais exemple, mais non une fausse doctrine. Voici comment les choses se sont réellement passées. Formose, cardinal et évêque portugais, déposé, dégradé et réduit à l’état laïc par le pape Jean V11, quitta la ville, et jura de ne jamais retourner ni à la ville ni à l’épiscopat. Puis, après la mort de Jean V111, son successeur Martin 11, absout Formose d’un serment fait sans réflexion, et le rétablit dans sa dignité première. Et un peu après, ce même Formose fur créé pape, vécut encore pendant cinq ans, et s’endormit avec ses pères. Stéphane V1 lui succéda. Enflammé de haine envers Formose, ignorant ou ne croyant pas qu’il avait été relevé de son serment par le pape Martin, il décréta publiquement, dans un concile d’évêques, que Formose n’avait jamais été un pape légitime, et que ses actes étaient donc nuls. Et il força ceux qui avaient été ordonnés par lui d’être ordonnés de nouveau, comme s’ils n’avaient reçu absolument rien de lui. Ce comportement déplut à tout le monde. Voilà pourquoi les trois pontifes qui lui ont succédé Romain 1, Theodore 11, et surtout Jean 1X, convoquèrent un autre concile et déclarèrent que Formose avait été un véritable pape, et renversèrent la décision de Stéphane V1,

Sergius fut élu après eux qui imita, en tout, Stephane V1. La question principale était la suivante : Formose a-t-il, oui ou non, été un pape légitime ? Nous ne nions pas que, dans ce genre de questions, les pasteurs peuvent errer, et que, de fait, ont erré Stéphane et Serge. Mais tu m’objecteras que Stéphane et Serge n’ont pas seulement jugé que Formose n’avait pas été un vrai pape, mais qu’ils avaient considéré invalides les ordres qu’il avait conférés, ce qui est manifestement une erreur contre la foi. Car, même si Formose n’avait pas été un vrai pape, et était demeuré constamment déposé et dégradé, cependant, du fait qu’il avait été évêque et qu’il l’était toujours quant au caractère et au pouvoir de l’ordre, que nul ne peut enlever, c’est une erreur dans la foi de dire que les ordres sacrés qui ont été conférés par lui n’étaient pas de vrais ordres sacrés. Je réponds que Stéphane et Serge n’ont émis aucun décret qui stipulerait que ceux qui sont ordonnés par un évêque dégradé doivent être de nouveau ordonnés. Il a seulement casuellement ordonné qu’ils soient de nouveau ordonnés. Ce commandement ne provenait pas de l’ignorance, ou d’une hérésie, mais d’une haine envers Formose. Sigebert (dans sa chronique, année 903), note dans sa chronique, que c’est comme cédant à la violence que lui faisaient les réclamations de tous, qu’il ordonna que soient réordonnés ceux qui avaient été ordonnés par Formose.

Le vingt-neuvième est Jean X111, ou comme d’autres disent, X1V. Les magdebourgeois (centurie 10, chapitre 6, colonne 294) l’accusent d’une erreur horrible et sacrilège. Contre l’institution du Christ, il a commencé à baptiser des cloches, ce que d’autres hérétiques nous reprochent souvent. Je m’étonne qu’ils ne disent pas que nous les avons avant catéchisées et instruites, pour qu’elles puissent sonner le symbole de foi de façon orthodoxe. Ou c’est le mot baptême qui fait problème, ou c’est ce que signifie le mot. Si c’est la signification du mot, ils se trompent ou ils mentent, car les cloches ne sont pas vraiment baptisées, mais seulement bénites et dédiées au culte divin, de la même façon que le sont les églises, les autels, les calices, et les vases sacrés. Comme on peut le voir dans le pontifical, où l’on trouve une bénédiction de cloches qui ne fait aucune mention du mot baptême. On ne dit pas non plus à la cloche : je te baptise au nom du père, du fils et du Saint-Esprit, mais on ne fait qu’offrir des prières à Dieu, comme dans les autres bénédictions. Si c’est le nom qu’ils blâment, qu’ils apprennent que ce nom de baptême n’a pas été donné par les pontifes, mais par le peuple, qui assimila la bénédiction à un baptême parce que les cloches sont aspergées d’eau bénite, et qu’on leur donne un nom pour les distinguer des autres.

Le trentième est Sylvestre 11, qui, selon eux, fut mage et nécromancien, et qui fut mis en pièces par le diable dans l’église de la sainte croix de Jérusalem, comme le rapporte Martin Polonus dans sa chronique. Et c’est cet auteur que citent les magdebourgeois (centurie 10) et Tilmannus (livre 1, chapitre 9 de l’Église). Tous savent que les nécromanciens, pour la plupart, sont des infidèles, et qu’ils adorent le diable à la place de Dieu. Je réponds que ce que l’on raconte de la magie, de la nécromancie et de la mort du pape Sylvestre 11 est une fable. Car, aucun auteur ancien de bonne foi n’a osé présenter cela comme une certitude. Et, dans l’église du Latran, existe encore le sépulcre de ce pontife, avec une épitaphe inscrite par le pape Serge 1V, un homme d’une sainteté reconnue par tous, qui ne fut postérieur à Sylvestre que de cinq ans. Dans cette épitaphe, il loue son prédécesseur en l’appelant un excellent pontife. L’occasion de la fable de la magie du pape Sylvestre vint du fait qu’il était versé en astronomie, et qu’il a écrit cinq livres sur ce sujet. En son siècle, c’est-à-dire au dixième (900), personne ne pouvait exceller dans l’astronome ou la géométrie sans être considéré, par le peuple, comme un mage.

CHAPITRE 13

Grégoire VII

Le trente-et-unième à être accusé d’erreur par les adversaires, est Grégoire, le septième du nom. Les magdebourgeois le représentent comme un hérétique, un nécromancien, un séditieux, un simoniaque, un adultère, et le pire non seulement de tous les pontifes, mais de tous les hommes. Et c’est pourquoi ils ne lui donnent pas le nom de Grégoire, comme il fut appelé dans son pontificat, ni d’Hildebrand, comme on l’appelait avant son pontificat, mais de Hellebrand, ce qui signifie en allemand tison d’enfer. Theodore Bibliander veut que ce Grégoire soit le Gog prince de Magog. Et tous les autres pontifes de ce temps ne détestèrent aucun pontife autant que celui-là. Et surtout Tilmannus (livre 1, chapitre 9 de l’église) où il ment effrontément, en assurant que tout le mal qu’on raconte de Grégoire se trouve dans les livres des moines, les adulateurs du pape. Mais ce Tilmann et les centuriates ne présentent, en tout et pour tout, qu’un seul témoin, un ennemi juré de Grégoire V11. Ils n’ont donc, pour prouver leurs allégations, que le témoignage du seul pseudo cardinal Bennonus, qui vécut à cette époque, et qui nous laisse une vie de Grégoire V11.

En lisant le livre de ce Bennonus, que je trouvai infesté des mensonges les plus abracadabrants, je me persuadai d’une ou l’autre de ces choses : ou Bennon n’a rien écrit de tel à cette époque, ou un certain luthérien en est l’auteur, ou le but de l’écrivain n’était pas tant de raconter la vie de Grégoire V11 que de dépeindre le modèle parfait du pire pontife, de la façon que Xénophon écrivit la vie de Cyrus, roi des Perses, en ne racontant pas tant ce qu’a fait Cyrus, que comment devait se comporter le meilleur des princes. Qu’on ne puisse accorder aucun crédit à cet auteur, en font foi tous les autres auteurs qui ont écrit juste le contraire, qui étaient eux aussi, des contemporains, et qui sont plus crédibles que ce Bennonus. Ils sont très nombreux à faire son éloge, et il est le seul, lui, à le diaboliser. Et ce Bennonus ne fut pas fait cardinal par le vrai pape Grégoire V11, comme l’affirme mensongèrement Bibliander dans sa chronique (table 13) en précisant qu’il fut un cardinal de Grégoire V11, et un de ses intimes. Il a plutôt été nommé cardinal par l’antipape Clément 111, que l’empereur avait imposé en haine de Grégoire V11, comme le rapporte Onuphrius dans son livre sur le pontife. Étant une créature de l’antipape, il pouvait difficilement parler en bien du vrai pape. Les autres auteurs qui n’étaient d’aucun parti, n’avaient pas les mains liées par des bienfaits reçus, et étaient donc en état de porter un jugement plus juste. Or, il est facile de démontrer que les autres écrivains ont écrit à l’opposé de ce que raconte Bennonus.

On peut regrouper en quatre chefs d’accusation les dénonciations de Bennonus. Le premier. Grégoire V11 a, par une force militaire qu’il avait payée de son propre argent, envahi le pontificat, sans le consentement ni du clergé ni du peuple. Mensonge flagrant ! Car voici ce qu’a écrit saint Anselme, évêque de Lucques, qui vivait à cette époque, dans une épitre à Guibert, pape schismatique du nom de Clément 111 : « Pour dire donc de notre pape ce que saint Cyprien a écrit de Corneille : il a été fait évêque par le jugement de Dieu et de son Christ, et de presque tous les clercs. Et, pour dire encore plus vrai, par le témoignage d’absolument tous, par le suffrage du peuple qui était présent, des prêtres âgés, et par le collège des hommes bons. Ce qui n’est arrivé à personne quand, ou à Alexandrie ou à Rome, la chaire pontificale vaquait. » C’est l’abbé Uspergensis qui rapporte cette lettre dans sa chronique, et il ajoute : « Cet Anselme fut un homme très saint et très savant, au point d’avoir été illustré par les miracles qu’il a faits de son vivant et après sa mort. »

Platina fait ainsi le récit de l’élection de ce pontife : « Nous, cardinaux de la sainte église romaine, clerc, acolytes, sous-diacres, prêtres, en présence des évêques, des abbés, d’un grand nombre d’ecclésiastiques et de laïcs, nous élisons aujourd’hui, ce dix des calendes de mai, dans la basilique de saint Pierre aux liens, en l’an du salut 1073, comme vrai vicaire du Christ, l’archidiacre Hildebrand, homme d’une grande doctrine, d’une grande piété, d’une grande prudence, justice, constance, et religion, homme sobre, modeste et continent. » Ce texte ancien semble n’avoir été conservé que pour réfuter les calomnies de Bennonus. Disent la même chose tous les auteurs que nous allons citer plus loin.

Bennonus dit ensuite qu’Henri 1V a été excommunié par Grégoire V11, alors qu’il était innocent. Les magdebourgeois osent affirmer la même chose (centurie 11, chapitre 6, colonne 264). Or, Étienne, évêque de Halberfatensis, homme saint et instruit, écrit ceci dans son épitre à l’évêque Walramum, au témoignage de Dodechinus dans son addit à Marian Scott, en l’an 1090, et de Trithemius dans sa chronique : « Entends des choses vraies, non fardées, puissantes, non plaisantes : celui qui vend les dignités spirituelles est un simoniaque. Le seigneur Henri, qu’on appelle roi, a trafiqué les évêchés et les abbayes. Il a vendu ceux de Constance, de Bamberg, de Moguntin, et plusieurs autres, pour de l’argent. Ceux de Ratisbonne, d’Augustensem, et de Strasbourg, pour le glaive. L’abbaye de Fuldens pour un adultère. Le monastère épiscopal, ce qui n’est permis ne de dire ni d’entendre, pour l’immondice sodomite. Si tu veux nier cela impudemment, le ciel et la terre en témoigneront, et même ceux qui retourneront, de la fournaise, sur la terre crieront qu’il est un hérétique. À cause de ces méfaits abominables, il a été excommunié par le siège apostolique, et il ne pourra désormais avoir aucun pouvoir sur nous, qui sommes catholiques. »

Marianus Scotus, qui vécut au temps d’Henri 1V, écrit, dans sa chronique à l’année 1075. Voyant et entendant parler des crimes inouïs et inénarrables du roi Henri, des hommes catholiques établis en autorité dans l’église à cette époque, enflammés du zèle du Seigneur comme le prophète Élie pour la maison d’Israël, ont envoyé des légats à Rome auprès d’Alexandre, le détenteur du siège apostolique, pour se plaindre par écrit, de vive voix, et en pleurant, de toutes les insanités simoniaques et hérétiques qui avaient pour auteur et patron le roi Henri. » Le même Dodechinus, continuateur de Marianus, écrit, en 1106 : « C’est par un juste jugement que Henri, homme pervers, a été éjecté par l’Église, car il est prouvé qu’il a vendu tous les biens spirituels. » Le même auteur rapporte, dans les années 1090 et 1093, beaucoup d’autres crimes honteux d’Henri 1V. Saint Anselme, qui était évêque de Kant à cette époque, appelle Henri 1V dans une lettre à Walram (qui précède le livre sur l’asime), « le successeur de Néron, de Domitien et de Dioclétien. »

De plus, Lambert Schaffnaburgensis, abbé d’Usbergensis, rapporte plusieurs crimes d’Henri 1V, dans sa chronique. Ainsi que Albertus Krantius (livre 5, metrop, et livre 6 saxoniae) et Jean Aventinus (livre 5, annales des Bojorum), auteurs auxquels les magdebourgeois ont coutume d’attacher beaucoup d’importance. Et que dire de ce que Calvin lui-même le reconnait ? Car, voici ce qu’il écrit dans ses institutions (livre 4, chapitre 11, verset 13) : « L’empereur Henri, quatrième du nom, homme léger et téméraire, dénué de jugement, d’une grande audace, et d’une vie dissolue, avait fait, dans son palais, de tous les évêques de Germanie, des simoniaques et des prédateurs. »

Voici quelle est la troisième accusation de Bennonus. « Le pape Grégoire fut un hérétique bérengérien, c’est-à-dire qu’il ne croyait pas avec certitude que le vrai corps du Christ était présent sous les espèces du pain. » Mais il est certain que, sur ce pontife, on ne peut pas faire d’accusation moins fondée que celle-là. Car, pour omettre qu’il a toujours été appelé saint par tous les écrivains, qu’il fut toujours en communion avec Léon 1X et Nicolas 11, qui condamnèrent Bérenger, qu’aucun autre auteur, enfin, pas même Sigebertus qui ne le prise guère, n’a osé affirmer rien de semblable, ce même Grégoire, dans le concile de Tours qu’il présidait au nom du souverain pontife, réfuta personnellement ce même Bérenger. Voici ce qu’écrit à ce sujet Guitmundus (livre 3, sur l’eucharistie) : « L’Église elle-même, par le pape saint Léon 1X, condamna les divagations bérengériennes à leur naissance. Ensuite par le pape actuel, Grégoire V11, qui était alors archidiacre du siège romain, elle convainquit dans le concile de Tours ce même Bérenger. Comme il semblait ramené sur la voie droite, et qu’il professa le mystère par écrit, il le reçut avec clémence. Mais, l’hérésiarque étant retourné un peu après à son vomissement, agissant au nom du pape Nicolas de sainte mémoire, Grégoire le réfuta de nouveau dans le concile général de Rome. »

Et pour qu’on ne dise pas que Grégoire sept était catholique quand il était archidiacre, mais hérétique quand il fut pape, qu’on lise Thomas Waldensis (tome, chapitre 43, sur les sacrements), où il rapporte mot pour mot la sentence de ce pape Grégoire V11 qu’il a prononcée, l’an 6 de son pontificat, dans un concile romain. Ce nouvel éclairage fera apparaitre une fois de plus Bennonus comme un fourbe. Voici quelle est la quatrième accusation de Bennonus. Grégoire été un homme méchant, simoniaque, magicien, adultère, homicide, enfin il est chargé de tous les crimes. Et, pour démontrer ses dires, il raconte des histoires dont on ne trouve aucune trace dans les bons auteurs, et que paradent comme des oracles Ilyricus et Tilmann. Mais c’est le contraire qu’ont écrit de lui les écrivains contemporains, et ceux des autres siècles, pour ne citer que les auteurs allemands.

Trithemius, dans sa chronique, parle de cette façon du conciliabule de l’empereur : « À ce concile des méchants qui l’avait convoqué, l’abbé Guillaume de Hirsaugiensis ne daigna pas aller, car il savait que le vicaire du Christ était saint et innocent. » Otho Frisingensis (livre 6, chapitre 32 de son histoire) écrit : « Hildebrand est toujours demeuré très constant dans la discipline ecclésiastique. » Et, au chapitre 34 : « Étant devenu la forme du troupeau, ce qu’il enseigna par la parole il le démontra par l’exemple; et se conduisant en toutes choses comme un athlète d’une grande force, il ne craignit pas de se dresser comme un mur pour protéger la maison de Dieu. » Et, au chapitre 36 : « L’Église n’a pas peu pleuré la perte d’un si grand pasteur, qui, parmi tous les prêtres et les pontifes romains, excella surtout dans le zèle et l’autorité. » Krantius (dans Metrop livre 5, chapitre 20) écrit : « Henri 1V a envahi les droits des églises, en instituant des évêques selon son bon plaisir, et en destituant le souverain pontife Grégoire V11. »

L’abbé Usbergensis ne semble pas avoir osé louer trop ouvertement Grégoire V11. Mais, en trois endroits, il dit ce qu’il en pense. Un premier, où, dans des termes très clairs, il vitupère Henri 1V. Voici ce qu’il dit : « L’an 1018, abusant de la liberté effrénée de l’adolescence, le roi Henri 1V commença, à l’exclusion de tout le reste de l’empire romain, à ne demeurer que dans la seule Saxonie, à mépriser les princes, à opprimer les nobles, à soudoyer les inférieurs par la chasse, les jeux et d’autres loisirs semblables. Au lieu de rendre la justice, il s’évertua à donner en mariage les filles des nobles à des bourgeois, et il choisit ses gardes du corps parmi les soldats, parce qu’il se méfiait des nobles. » Et plus bas : « Voici la fin, la mort et le sort ultime d’Henri, appelé par les siens quatrième empereur romain de ce nom, mais par tous les catholiques, qui continuent à obéir et à conserver leur fidélité à Pierre et à ses successeurs, archi pirate, hérésiarque, apostat, et persécuteur plus des âmes que des corps. »

Il enseigne là qu’Henri, dès son adolescence, a glissé vers la tyrannie; et il démontre que le jugement que Grégoire porta sur lui fut juste. Ensuite, plus bas, quand il cita les paroles du conciliabule contre le pape saint Grégoire, et la défense de saint Anselme en faveur du même Grégoire, l’abbé ajoute : « L’évêque Anselme écrivit des choses très contraires à la première sentence, lui qui était un lettré et un érudit, d’une grande intelligence, et qui avait la parole facile, et, ce qui importe plus que tout, il était célèbre pour sa crainte de Dieu et la sainteté de sa vie, tellement qu’on rapporte des miracles qu’il a opérés pendant sa vie, et après sa mort. » Même s’il ne semble pas facilement porté à louanger Grégoire V11, et s’il préfère son louangeur à tous ses accusateurs, il ajoute quand même, plus bas, au sujet du successeur de Grégoire V11 : « Desiderius, cardinal romain et abbé du mont Cassin, un vrai disciple du Christ, lui succéda, à son corps défendant. Mais, comme il était gravement malade quand il fut élevé au sommet du pouvoir, il obtint, par ses prières, d’être, après seulement quelques jours de pontificat, retiré de ce monde. » Qui peut hésiter à penser que ce Désiré n’aurait jamais approuvé la cause de Grégoire, s’il avait été persuadé qu’elle n’était pas juste ?

Nauclerus (dans sa chronique des générations, 37) écrit : « Grégoire fut un homme religieux, craignant Dieu, amoureux de la justice et de l’équité, constant dans les adversités, et qui ne craignait en aucune façon d’accomplir ce qui se rapportait à la justice. » Marianus Scotus, moine de Fuldens, qui vécut au temps de Grégoire V11, écrit (dans sa chronique, à l’année 1075) : « Grégoire, après avoir entendu les récriminations et les justes plaintes des catholiques envers l’empereur Henri 1V, et l’inhumanité de ses crimes, enflammé du zèle de Dieu, excommunia le dit roi, surtout pour cause de simonie. Ce qui plut grandement aux catholiques, mais déplut fortement aux simoniaques et aux favoris du roi. » L’abbé Dodechinus, le continuateur de Marien, écrit en 1085 : « Urbain confirma les écrits et les paroles du vénérable pape Grégoire V11 contre les schismatiques. » Et en l’année 1090, il le déclare bienheureux. Lambertus Schaffnaburgensis, qui vivait à la même époque, écrit ceci, dans son histoire des Germains : « La constance d’Hildebrand et son âme aguerrie contre l’avarice, faisaient fi de tous les arguments de la faiblesse humaine. » De même : « Les signes et les prodiges qui s’opéraient souvent par des prières à saint Grégoire, et son zèle très fervent envers Dieu et les lois ecclésiastiques le munissaient suffisamment contre les langues empoisonnées des détracteurs. »

Au même endroit, il raconte la mort de l’évêque Guillaume qui, avec Bennonus, avait milité contre Grégoire : « Il fut subitement atteint d’une maladie chronique. En des hurlements misérables, il vociférait devant tous, pour, par un juste jugement de Dieu, avoir perdu la vie présente et l’éternelle, parce qu’il avait prêté la main à tout ce que le roi entreprenait de mal, et parce qu’au pontife romain innocent, très saint, et homme de toutes les vertus, il avait infligé toutes sortes d’avanies, sciemment et consciemment, dans sa fausse prudence. » Ensuite, au même endroit : « Pendant la célébration d’une messe solennelle, le pape prit dans sa main le corps du Seigneur, l’éleva en direction du roi, en lui disant : « J’ai entendu dire par toi et par tes semblables que le siège de Rome est atteint de l’hérésie simoniaque, et que sa vie est entachée d’autres crimes. En guise de satisfaction, pour enlever à tous une occasion de scandale, je prie Dieu, aujourd’hui, de, par son jugement, de m’absoudre de tout soupçon de crime personnel si je suis innocent, ou qu’il me frappe d’une mort subite si je suis coupable. Et il prit ensuite une parcelle du corps du Christ et l’avala. En voyant avec quelle facilité le pape avait communié, le peuple remercia Dieu pour l’innocence du pontife, l’acclama en louant Dieu à haute voix. Le pape se tourna alors vers le roi, et lui dit : « Fais, mon fils, s’il te plait, ce que tu viens de me voir faire. » Après avoir demandé un temps de réflexion, le roi refusa finalement de se purger de cette façon. Et, dès qu’il rejoignit les siens, il renoua avec sa rancune, et ne trouva pas de repos tant qu’il n’eut pas expulsé Grégoire de la ville, et installé en sa place Gilbert, évêque de Ravenne. »

Jean Aventin, allemand qui a vécu à cette époque, nous a laissé quelques-uns de ses écrits. Même s’il déblatère contre notre Grégoire, en marchant sur les traces d’un auteur au nom inconnu, et donc de nulle autorité, il lui arrive parfois de s’avouer vaincu par la vérité, c’est-à-dire de louer Grégoire, et de blâmer Henri. Voici ce qu’il dit (livre 5, annales Bojor, pages 563) : « Que l’empereur Henri ait été avili par les rapts, l’impudicité, la luxure, les adultères, ses amis eux-mêmes ne le nient pas. » Et plus bas : « Grégoire, un très saint homme, est présenté comme un méchant homme par Paul bernietensis, qui a raconté sa vie en deux volumes, et qui donne la parole aux plus acharnés ennemis du pontife. » Et, plus bas (pate 579), après avoir décrit les crimes que ses adversaires lui oppose il ajoute : « Contre ces accusations, Anselme, évêque de Lucques (qui attribue à ce Grégoire les hymnes et les autres prières qui sont prescrits pour les souffrances de notre sauveur), et Guillaume Hursunus ont beaucoup écrit. Et ils déclarent que sa mémoire et ses actes ont été lavés de tout soupçon d’injustice par les miracles qui ont eu lieu après sa mort. »

L’innocente du pape Grégoire est donc prouvée de trois façons : par le témoignage des écrivains, par le témoignage d’un adversaire mourant, et par le témoignage de Dieu quand il a été invoqué par le pontife. Il ne reste qu’une seule calomnie, celle de Sigebert, qui écrit, dans sa chronique, que Grégoire pensait qu’un prêtre concubinaire qui tenait, malgré son état, à célébrer la messe, ne pouvait pas consacrer validement; et qu’il interdisait, pour cette raison, aux chrétiens d’assister au saint sacrifice offert par des prêtres concubinaires.

Je réponds que Sigebert faisait parti des fidèles d’Henri 1V, comme le rapporte Trithemius dans son catalogue des écritures, et que c’est pour cette raison qu’il a mal interprété l’interdiction du pape Grégoire. Ce que le pape Grégoire ordonne vraiment l’évêque Anselme, qui est plus ancien et plus saint que lui, le raconte plus au long, et plus fidèlement. Dans son épitre 8 à l’abbé Guillaume, il dit : « Au sujet des prêtres qui s’affichent comme des réprouvés et des gens exécrés par Dieu, à cause de leur commerce libidineux, il faut conserver ce que la providence apostolique a décrété par la rigueur d’un jugement ecclésiastique. Il ne convient aucunement qu’on assiste avec révérence là où ceux qui sont souillés par une luxure impudente, publique et obstinée, desservent les saints autels, ou qui plutôt, loin de les desservir, les maculent honteusement, en autant que cela dépend d’eux. Non parce qu’on pense devoir mépriser ce qu’ils font, puisque ce sont eux qu’on doit considérer comme exécrables, eux qui n’ont aucun respect de la présence de Dieu et des anges. Afin que, rabroués par l’indignation des hommes, ils cessent de contaminer les mystères. » Ce contemporain a parfaitement expliqué le sens du décret de saint Grégoire.

Il nous plait maintenant d’ajouter la liste de ceux qui ont parlé honorablement de saint Grégoire. Léon, contemporain, écrivit autour de l’année 1080 (livre 3 de l’histoire du mont Cassin) beaucoup de choses sur la sainteté du pape, y compris de ses révélations célestes, des visions que n’ont que les serviteurs de Dieu les plus éprouvés. À la même époque, Marianus Scotus (livre 3, chronique, an 1075 jusqu’à 1083) parla de lui comme d’un saint pontife. Lambertus dans sa lettre 8 à Guibert, d’après l’abbé d’Uspergen, Stephane Halberstatensis, dans l’épitre à Walramum, d’après Dodechinum, dans son addition à Maian Scot, Bernard Corbejensis, dans son apologie pour Grégoire, au témoignage de Trithemius (dans son catalogue des Écritures), Guilmundus (livres 1 et 3 sur le sacrement de l’eucharistie). Ensuite, Paul bernietensis, et Gerochus reicherspergensis, qui ont écrit pour Grégoire, et ont été exliés à cause de cela, comme l’atteste Jean Aventinus (livre 5, anales Bojor). Ces dix saints et doctes écrivains ont écrit pour défendre Grégoire pendant sa vie. Le seul écrivain qui nous reste de cette époque à écrire contre le pape Grégoire est ce pseudo cardinal Bennon.

Ensuite, en l’an 1100, Sigebert, dans sa chronique, même s’il était un partisan de l’empereur Henri, comme nous l’avons dit plus haut, n’osa accuser Grégoire d’aucun des crimes dont parlent Bennon et les centuriates. Tout ce qu’il lui reproche c’est un zèle inconsidéré, et une erreur sur les ministres du sacrement, donc Anselme l’a suffisamment purgé. Ensuite, ce même Sigebert ne cache pas qu’Anselme de Lucques a écrit en faveur de Grégoire, et que la sainteté d’Anselme a été démontrée par des signes et des prodiges. Ce qui contribue surement à la gloire de Grégoire. Un peu plus tard, Gratien, en l’an 1150, rapporte un décret de Grégoire (question 15, canon 6 nos sanctorum). Et il écrit admirablement en faveur de notre Grégoire. Otho frisingensis, anobli par sa sagesse et la probité de sa vie (livre 6 de son histoire), et Godefridus viterbiensis, en l’an 1200, dans sa chronique ne loue ni ne critique Grégoire. Il le loue quand même (comme nous l’avons déjà dit) indirectement de plusieurs manières, en ne lui reprochant rien. À la même époque, Dodechinus, dans son addition à Marian, loue ouvertement Grégoire, et blâme Henri. Vincent, en l’an 1250 (dans son livre d’histoire, livre 25, chapitre 44), atteste que saint Grégoire a brillé par le don des miracles et des prophéties. Saint Thomas le cite avec honneur (2,2, question 12, article 2). Martin Polonus, en l’an 1300, dans sa vie de Grégoire, Jean Villanus (livre 4, chapitre 21, de l’histoire florentine), Blondus, en l’an 1400, (dec. 2, livre 3), Malthaeus Palmerius, dans sa chronique, Thomas Waldensis (tome 2, chapitre 43), saint Antonin, 1450, (partie 2 de la somme historique, tit 16, chapitre 1, verset 21), Plaina dans la vie de Grégoire, Aeneas Sylvius (dans le comput), Blondi Joannes Trithemius, 1500, dans sa chronique, Joannes Nauclerus (chronique gener 37), Albertus Krantius (livre 5, Metrop),Sabellicus ( Enneade 9, livre 3) Volaterranus (livre 22, anthropologie, les actions de grégoire, tous ces auteurs ont décrit Grégoire comme un grand saint.

Voilà les autorités que nous opposons à l’unique Bennon, et aux perroquets centuriates, à l’impudence et au mensonge d’un Tilmann, qui a osé écrire que les crimes de Grégoire avaient été mis en lumière par les moines et les adulateurs des papes. Nous avons, nous, au contraire, montré qu’il a été loué par tous.

2017 12 20 22h09 fin

TTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTT 2019 09 25 14h43 correction de l'oubli

CHAPITRE 14 Des autres pontifes qu’on accuse d’avoir erré dans la foi

Le trente-deuxième est Alexandre 111 qui (dans le chapitre cum esses des testaments) dit qu’il est contraire à la loi divine et à la pratique de l’Église de requérir, pour les serments, plus que trois témoins. Et, au même endroit, il interdit, sous peine d’excommunication, de résilier des testaments faits avec trois témoins. Or, c’est le contraire qui est observé dans toute la chrétienté : on ne considère ratifiés que les testaments qui ont sept témoins. Le même Alexandre, (au chapitre il est permis à l’épouse de deux) dit que quelques-uns de ses prédécesseurs ont jugé qu’un mariage validement contracté, mais non consommé, pouvait être invalidé par un autre mariage. Mais que lui était d’un avis contraire. Il s’ensuit donc que c’est lui qui a erré, ou ses prédécesseurs. Je réponds à la première accusation par une glose des canonistes. Le pape Alexandre n’a donné cette loi qu’à ceux qui lui étaient soumis dans le temporel et le spirituel. Ce canon ne déroge donc pas aux lois civiles, ni à la pratique du reste de la chrétienté. Ou bien, s’il avait imposé cette loi à toute l’église, il faudrait l’entendre seulement des causes pieuses dont l’église est juge. C’est-à-dire que le pontife a voulu que certains testaments, non tous, mais seulement ceux qui font héritiers une église ou un lieu pieux soient valides, même s’ils ne sont certifiés que par trois témoins. À la deuxième accusation, je réponds que ni Alexandre ni ses prédécesseurs n’ont défini quoi que ce soit là-dessus. Ils ont seulement expliqué ce qu’ils en pensaient.

Le trente-troisième est Célestin 111. Alphonse de Castro (livre 1, chapitre 4, les hérésies) affirme qu’on ne peut, en aucune façon, l’excuser d’hérésie, parce qu’il a enseigné que le mariage est dissous par l’hérésie, et que, en conséquence, celui dont le conjoint est tombé dans une hérésie, peut contracter un nouveau mariage avec une autre femme. Et même si ce décret de Célestin ne se trouve plus aujourd’hui, on le lisait autrefois dans les anciennes décrétales (au chapitre laudabilem, sur la conversion des infidèles). Ce décret, Alphonse dit l’avoir vu. Or, il est évident que cette sentence de Célestin est hérétique parce que le pape Innocent 111 (chapitre quanto du divorce) a enseigné le contraire, ainsi que le concile de Trente (session 4, canon 5). Je réponds que ni Célestin, ni Innocent n’ont statué sur cette question. Ils ont répondu, l’un et l’autre, ce qui leur semblait le plus probable. C’est ce que nous font comprendre les paroles qu’emploie Innocent. Car, après avoir dit que son prédécesseur avait jugé autrement, il ajoute que, jusqu’à présent, cette chose est laissée à la libre opinion de chacun. Qu’Alphonse ait dit que la lettre de Célestin se trouvait parmi les lettres des décrétales, cela est vrai. Mais, on ne peut pas en déduire que Célestin a fait un décret pleinement apostolique, et ex cathedra, puisque, dans les autres épitres des décrétales, il y a beaucoup de choses qu’on n’a pas à considérer comme de foi. Elles ne font que nous déclarer les opinions des pontifes sur ces questions.

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