Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 90)
CHAPITRE 10
Les conciles généraux sont, par eux-mêmes, nécessaires, mais non en toutes circonstances et toujours.
À la vue de ces différentes causes d’une convocation de conciles, il sera facile de juger s’ils sont utiles ou nécessaires à la conservation de l’Église. Voici donc ce que je déclare au sujet des conciles généraux : ils sont très utiles, et d’une certaine façon nécessaires, mais non absolument. Ce qui m’incite à penser ainsi est le fait bien attesté que, pendant les trois premiers cents ans, l’Église a survécu sans conciles généraux. Comme elle a pu vivre sans conciles pendant trois cents ans, elle aurait pu le faire encore pendant encore trois cents autres ans, et pendant encore trois cents ans, et jusqu’à aujourd’hui. Car, à cette époque, ne firent pas défaut les hérésies, les schismes, les vices et les abus, qui n’ont pu, malgré l’absence de conciles, opprimer et détruire l’Église. On peut en tirer la conclusion que pour aucune des causes énumérées un concile n’est absolument nécessaire. Car l’épuration des mœurs peut normalement se faire par les lois des souverains pontifes, ou par les décrets des conciles provinciaux, même si un concile général serait plus efficace. Car la cause alléguée pour l’élection d’un souverain pontife est purement théorique, et a peu de chance de se présenter dans la réalité. Qui pense vraiment qu’il soit possible que des cardinaux ne peuvent ni ne veulent créer un pontife; et que si la chose arrivait, on ne saurait plus quels sont ceux qui sont capables d’élire un pape ? Car, comme c’est un évêque romain qui est élevé au pontificat suprême de l’Église, il est certain que ceux qui ont le pouvoir d’élire un pape sont précisément ceux qui ont le pouvoir d’élire un évêque romain. Or, il est évident que, sans tenir compte des constitutions pontificales, ceux qui élisent l’évêque de Rome sont les mêmes que ceux qui, ailleurs, élisent les autres évêques. Mais on reparlera de cela plus tard.
Et c’est un fait que jamais aucun concile n’a été convoqué pour cette raison. On peut dire la même chose pour la quatrième cause. Car, aucun concile, ni général ni provincial, n’a jamais été convoqué parce qu’on aurait soupçonné que le pape enseigne une hérésie, ou scandalise par ses mœurs. Et on ne voit pas d’ailleurs comment cela conviendrait à un concile général, puisqu’un vrai pape ne peut pas être jugé par un concile, à moins que lui-même n’accorde à un concile le pouvoir d’examiner sa cause, et de porter une sentence indicative non coercitive. Ce pouvoir le pape peut le donner aussi bien à un concile particulier qu’à un concile général. La troisième cause n’exige pas la convocation d’un concile général pour deux raisons. D’abord, parce qu’il n’est pas absolument nécessaire qu’on résiste à un ennemi commun, comme les Turcs. Car si l’Église a pu se conserver pendant les persécutions inhumaines de Néron, Domitien, Dèce et Dioclétien, pourquoi ne le pourrait-elle pas dans des persécutions infligées par les Turcs ? Et qui ne voit que, sans concile général, on peut livrer la guerre à un ennemi commun, comme cela se fait presque toujours. Que ni la première ni la seconde cause ne peuvent nécessairement exiger la convocation d’un concile général, l’histoire l’atteste. Car, si, pour éteindre sept hérésies, sept conciles généraux ont été célébrés, le siège apostolique à lui seul, ou avec l’appui de conciles particuliers, a éteint une centaine d’hérésies. Et si un seul schisme a été combattu par le concile de Constance, vingt-cinq schismes au moins ont été résolus sans concile général.
Et saint Augustin (livre 4, contre 2 épitres de Pélate), affirme que peu d’hérésies ont exigé, pour être surmontées, la convocation de conciles généraux d’Occident et d’Orient. Saint Léon (lettre 43 à Martien) loue l’auguste Martien d’avoir jugé nécessaire le concile général qu’on lui avait demandé.
Saint Isidore, dans sa préface des conciles, écrit qu’avant l’époque de Constantin, l’église avait été attaquée par plusieurs hérésies, et qu’à cause des constantes persécutions, il n’était pas permis aux évêques de se réunir en concile. Il parle, évidemment, des conciles généraux, car il est bien connu qu’avant le concile de Nicée, beaucoup de conciles particuliers ont été tenus. C’est pourquoi Isidore semble vouloir dire que les conciles généraux sont absolument nécessaires à l’extirpation des hérésies. Parlent dans le même sens saint Eugène évêque de Carthage, comme le témoigne Victor (livre 2 de la persécution des Vandales). Quand le roi Hunéric le pressa de débattre de la foi en public avec les Ariens, il répondit que la cause de la foi est commune à toute l’Église, et qu’il fallait donc convoquer les évêques de toutes les parties de l’Église, et saisir de ce sujet l’église romaine, qui est la tête de toutes les églises. Par cette réponse, saint Eugène indique que pour élucider les questions de foi, un concile général est absolument nécessaire. Enfin, cette antique question du rebaptême des hérétiques ne prit fin qu’après la convocation d’un concile général, même si s’étaient prononcés là-dessus des conciles provinciaux et des papes.
On voit donc que pour terminer des controverses de foi, des conciles généraux sont nécessaires.
C’est de quoi parle saint Augustin (livre 1, chapitre 7, sur le baptême contre les donatistes : « Dans les premiers temps de l’église, bien avant le schisme de Donat, l’obscurité de cette question amena de grand hommes, et des évêques remplis d’une grande charité, à disputer et à vaciller, tout en gardant la paix, de telle sorte que pendant longtemps, dans leurs régions, divers conciles émirent des décrets différents, jusqu’à ce qu’un concile général, que tous appelaient de leurs vœux, confirma la doctrine en éliminant tous les doutes. » Et au chapitre 18, il écrit : « Au sujet du baptême, nous croyons pieusement ce que l’Église universelle conserve loin du schisme sacrilège. Il est arrivé que les uns pensaient une chose, les autres d’autre chose là-dessus, tout en conservant la paix, jusqu’à ce qu’un concile général tranche, pour que la charité de l’unité excuse l’erreur de la fragilité humaine. » Et (livre 2, chapitre 4) : « Ni nous, non plus, nous n’oserions affirmer rien de tel sans être confirmés par l’autorité de l’Église, à laquelle lui-même (saint Cyprien) aurait cédé si, de son temps, la vérité de cette doctrine avait été définie par un concile général. »
Mais, il n’est pas difficile de répondre au premier témoignage de saint Augustin. Car, il n’enseigne pas que les conciles généraux sont en tout temps absolument nécessaires, mais qu’ils sont nécessaires d’une certaine façon, c’est-à-dire pour apporter plus suavement et plus facilement la paix dans l’Église. Si, en cet endroit, saint Augustin enseigne que pour réprimer l’hérésie arienne, un concile général fut nécessaire, il écrit, au même endroit, qu’on a pu réprimer l’hérésie pélagienne et plusieurs autres sans le recours à un concile général. Si tu demandes pourquoi l’hérésie arienne exigea un concile général alors que l’hérésie pélagienne n’en a pas eu besoin, saint Augustin ne dira pas que l’hérésie arienne était plus obscure que la pélagienne. Cela, en effet, ne semble pas vrai, car les témoignages sur la divinité de Jésus qu’on trouve dans l’Écriture sont beaucoup plus clairs que ceux qui portent sur le péché originel. Il dira plutôt que, par la volonté et la disposition de Dieu, l’hérésie pélagienne fut condamnée dès le début par l’église universelle qui jouissait de la paix, c’est-à-dire, par le pape, les conciles orientaux de Palestine, et occidentaux d’Afrique. L’hérésie arienne eut, par contre, à ses débuts comme promoteurs plusieurs évêques, qui semblaient ne pouvoir être réduits au silence que s’ils étaient contraints par l’autorité de toute l’Église. Un concile général ne fut donc pas nécessaire pour venir à bout de l’hérésie pélagienne, mais il s’imposa pour l’hérésie arienne, qui continua encore à faire des ravages pendant plusieurs siècles.
Au témoignage de saint Léon on peut répondre. Il jugea nécessaire le concile de Chalcédoine, pour pouvoir détruire par son autorité, le tort causé par le deuxième concile d’Éphèse. Que cette nécessité n’ait pas été absolue, mais relative, on le constate par l’annulation du concile d’ariminensis. Or, le concile d’ariminensis fut un concile général et très important par le nombre des pères, et bien plus célèbre que celui d’Éphèse
2. Mais, il a pourtant été invalidé par le pape Damase, sans le conseil d’aucun concile général. Voir à ce sujet, la lettre de Damase aux évêques d’Illyricum, (et l’épitre 51 de Basile à Athanase.) C’est de la même façon qu’on est forcé d’expliquer le témoignage d’Isidore de Séville. Il dit il est vrai qu’avant le concile de Nicée, l’église était troublée par un grand nombre d’hérésies et qu’elle ne convoquait pas de concile parce qu’elle ne pouvait pas le faire à cause des constantes persécutions. Si on prend cette assertion à la lettre, elle est manifestement fausse, car avant le concile de Nicée, plusieurs hérésies ont été supprimées par des conciles d’évêques; et, après l’époque de Constantin, ne manquèrent pas les nouvelles hérésies qui vexèrent longtemps l’Église. Il est certain que les hérésies de Nestorius et d’Eutychès ne purent jamais être complètement éradiquées, et elles sont pourtant apparues après l’époque de Constantin, et pour les extirper plusieurs conciles ont vainement peiné. Ce qu’Isidore veut dire, Victor d’Utique l’exprime au même endroit. Il écrit qu’Eugène a fait mention d’un concile général et des églises d’outre mer, quand on lui a demandé d’engager un débat public avec des ariens, non parce qu’il n’y avait pas, en Afrique d’hommes suffisamment savants, qui auraient été capables de jouter avec les évêques ariens, mais parce qu’il estimait que les docteurs d’outremer seraient plus libres de défendre la foi, s’ils traversaient le détroit de Gibraltar, puisqu’ils n’étaient pas, comme les évêques africains, des sujets des rois vandales. Il n’a quand même pas menti Eugène quand il a dit que la cause de la foi était commune, et qu’il ne pouvait pas défendre sa foi sans la présence des évêques d’outremer. Car, même s’il lui était permis de conférer avec les Ariens sur la foi, ce que faisaient souvent d’ailleurs les catholiques avec les donatistes, c’est une chose, qui, dans les circonstances présentes ne convenait pas, et ne pouvait se faire sans un grand risque. Eugène ne pouvait donc pas, sans ses collègues d’outremer, relever le gant, non par manque d’autorité, mais d’opportunité. Ce ne fut pas de la lâcheté, mais de la prudence. Il voulait par l’ambigüité de sa réponse éluder la demande de ce tyran.
Il reste l’ultime objection, celle du baptême des hérétiques, qu’on peut résoudre de deux façons.
La première. Il n’est peut-être pas vrai que saint Augustin pensait vraiment que cette question ne pouvait pas être résolue sans la convocation d’un concile général. Car le premier concile général fut le concile de Nicée, célébré au temps de l’empereur Constantin. Or, saint Jérôme a écrit un dialogue contre les lucifériens, ces mêmes évêques qui avaient décrété avec saint Cyprien qu’il fallait rebaptiser les hérétiques, et qui avaient ensuite émis un décret contraire. On peut déduire de ce dialogue que, finalement, ces évêques ont acquiescé à la décision du pontife romain Étienne, lesquels sont pourtant tous morts avant le concile de Nicée. Le même saint Jérôme (dans son livre des écrivains ecclésiastiques), écrit que Denys d’Alexandrie se rallia à l’opinion de Cyprien au sujet du rebaptême des hérétiques (ce que confirme Eusèbe livre 7, chapitre 4). Mais on sait que, peu après, il a changé d’idée, et qu’il n’osa plus rebaptiser personne, quand il pouvait avoir la preuve qu’un tel avait été réellement baptisé, comme le rapporte Eusèbe (livre 7, chapitre 8, histoire de l’Église). Et que dire de ce que saint Augustin se doutait que Cyprien avait rétracté son erreur, comme il le dit dans sa lettre 48 à Vincent. Il est donc possible que, même avant le concile de Nicée, cette question ait été réglée dans toute la chrétienté par l’autorité du siège apostolique, mais que, avant la décision d’un concile général, elle ne soit pas vraiment devenue universelle. Car même si ne manquait pas d’autorité le siège apostolique appuyé par les conciles provinciaux, les souverains pontifes préférèrent remettre à un temps plus opportun la décision définitive sur cette question plutôt que d’exclure de l’Église de si nombreux et de si grands hommes. Et parce qu’une telle opportunité ne s’est pas présentée avant le concile de Nicée, voilà pourquoi saint Augustin répète souvent que c’est par un conseil plénier universel que la question a été définitivement réglée.
Mais tu diras que le pape Étienne, après avoir convoqué un concile particulier, ordonna de ne pas rebaptiser, et qu’il menaça d’excommunication ceux qui rebaptiseraient, comme le rapporte Denys d’Alexandrie, au témoignage d’Eusèbe (livre 6, chapitre 4 de son histoire), et de saint Augustin (au livre du baptême unique, chapitre 14). Le pape voulait donc, avec un concile particulier, régler la question une fois pour toutes, et ne le put pas. Les conciles généraux sont donc absolument nécessaires.
Je réponds ce que dans le livre 4 du pontife, chapitre 7, j’ai déjà répondu, que Stéphane a ordonné que ne soient pas rebaptisés ceux qui avaient été baptisés par les hérétiques, et qu’il avait pensé excommunier les prévaricateurs, mais qu’il ne les avait pas, à ce moment, excommuniés, ce qu’on peut apprendre de plusieurs auteurs anciens. Car, tout d’abord, saint Cyprien, dans sa lettre à Pompée, ne dit pas que Stéphane a excommunié, mais qu’il avait l’intention d’excommunier ceux qui agiraient autrement. « Il pense que les prêtres, en tant que gardiens de la vérité de Dieu, de l’unité du Christ et de l’église, doivent s’abstenir du rebaptême. » Et dans son épitre à Jubaianus, il dit que « sont en paix ceux qui font le contraire, lui et ses collègues. » Ce qu’il n’aurait certes pas dit s’il avait pensé avoir été excommunié par d’autres, ou si lui-même les avait excommuniés. « Nous, dit-il, en autant que cela dépend de nous, nous ne sommes pas à couteaux tiréa, à cause des hérétiques, avec nos collègues et nos coépiscopes, avec lesquels nous gardons la concorde divine, et la paix du Seigneur. »
Saint Jérôme, dans le dialogue contre les lucifériens dit ceci au sujet de Cyprien : « Il demeura en communion avec ceux qui pensaient autrement que lui. » Saint Augustin (livre 1, chapitre 7, sur le baptême) dit que de grands hommes, des pères de l’Église et des évêques, c’est-à-dire Cyprien et Étienne, ont été d’une opinion différente tout en conservant la paix et la charité. Pacianus (épitre 2 à Sympronianum, dit : « Cyprien, en concorde avec tous, dans la paix commune, a souffert dans le troupeau des confesseurs. » Vincent de Lérins dans son opuscule, dit : « O mélange étonnant de choses, les auteurs d’une même communion, des catholiques, des gens de la même église, sont déclarés hérétiques. Les maîtres sont absous, les disciples sont condamnés; ceux qui ont écrit les livres seront fils du royaume, la géhenne recevra leurs lecteurs. Car qui doute que cette sainte lumière de tous les saints, des évêques et des martyrs, ne soit pas, avec ses autres collègues, dans le royaume du Christ ? Ou qui sera sacrilège au point de nier que seront éternellement avec le diable les donatistes et les autres pestes, qui se vantent de rebaptiser de par l’autorité du concile de Cyprien ? »
CHAPITRE 11
Quelques conciles d’évêques sont absolument nécessaires
Même si les conciles généraux ne sont pas absolument nécessaires, cependant, quelques conciles, soit généraux soit particuliers, sont, on ne peut en douter, tout à fait nécessaires à la bonne marche de l’Église. Car s’ « il est nécessaire que viennent les scandales », comme a dit le Seigneur en Matthieu 18, et « s’il faut qu’il y ait des hérétiques », comme le dit l’Apôtre (1 Corinthien 2), il est nécessaire aussi que, dans l’Église, il y ait un jugement certain qui chasse les scandales, condamne les hérésies, autrement, en un court moment, toutes les parties de l’Église se sépareraient et elle périrait. Car, « tout royaume divisé contre lui-même sera détruit, » Matt 12. Même si le souverain pontife est vraiment un juge, et le vicaire du Christ, et que pour toutes les controverses, la fraternité universelle, comme le dit Cyprien,(livre 1, épitre 3), doit lui obéir, comme nous l’avons démontré par toutes sortes d’arguments, cependant, le souverain pontife ne doit pas, dans les jugements à porter sur les controverses de foi, s’appuyer sur son seul jugement, ou attendre une révélation de Dieu, mais agir avec diligence, et les moyens ordinaires, comme le requiert la cause en question; attendre enfin l’assistance du Saint-Esprit et une directive divine. Or, le moyen ordinaire, et donc nécessaire, est le concile, grand ou petit, un seul ou plusieurs, selon son jugement, comme il est facile de le prouver.
En premier lieu, on le prouve par la promesse divine en Matthieu 18 : « Là où deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai au milieu de vous. » Le concile de Chalcédoine a déclaré que ce texte se rapportait aux conciles (dans son épitre à Léon), ainsi que les autres conciles, dont nous avons souvent parlé dans ce livre. En second lieu, par la façon d’agir des apôtres, qui, bien qu’ils aient pu, par eux-mêmes, dénouer des controverses, de peur de négliger le moyen ordinaire et prescrit par le Christ, n’ont pas voulu, sans un concile, régler la controverse sur les prescriptions légales de l’ancien testament, qui naquirent à Antioche, Actes 15. En troisième lieu, par la coutume de toute l’Église, et de tous les siècles. Car, cette coutume a toujours existé dans l’Église, pour que soient expliquées des choses douteuses par des conciles d’Évêques. Et les évêques romains eux-mêmes ne condamnèrent jamais une nouvelle hérésie sans un nouveau concile, comme pourront s’en rendre compte ceux qui liront les tomes des conciles ou les histoires ecclésiastiques. Ce qui a été fait toujours et par tous, qui pourra nier qu’on puisse le dire ordinaire, et qu’il le soit vraiment.
Mais que se présente la confirmation qui nous vient des pères. Saint Cyprien (livre 2, épitre 1 à Stéphane) : « Nous avons pensé qu’il était nécessaire de convoquer un concile où se rencontrent en un seul corps plusieurs prêtres. » Gelase (dans le livre du lien de l’anathème) : « S’il prescrit quelque chose avec le consentement du pontife, qu’on nous apprenne par qui et où le concile a été tenu, s’il a été célébré selon la règle de l’Église, s’il provient de la tradition des pères, s’il a été édité à la façon des anciens, s’il a été approuvé par un examen compétent, s’il oblige hors de tout doute, s’il a été décrété par une assemblée synodale, ce qui dans la réception du condamné, et l’expulsion du catholique, parce que la cause est neuve, doit certainement être fait. » De plus, le concile de Tolède démontre, dans sa préface, la nécessité des conciles dans l’Église. Elle est si grande que si les conciles font défaut, tout sera bientôt rempli de vices et d’erreurs. Si donc Dieu, par sa puissance absolue, peut confirmer son église sans conciles, cependant, selon l’ordre de sa providence ordinaire, les conciles sont nécessaires pour une bonne administration de l’Église.
2018 01 11 a22h51 fin
2018 01 16 19h28 début
CHAPITRE 12
À qui revient-il de convoquer des conciles ?
Après avoir parlé de la fin des conciles, il nous faut parler maintenant de la cause efficiente. Nous admettons, nous et nos adversaires, que les conciles diocésains doivent être convoqués par l’évêque, les provinciaux par l’archevêque, les nationaux par un patriarche ou un primat. Tous les catholiques, à la suite d’Augustin (épitre 217 à Victorin) considèrent que cela est vrai. Et c’est ce que pensent également Calvin (livre 4, chapitre 7, verset 8 des institutions), et Illyricus (centurie 4, chapitre 7, col 534). Mais, au sujet des conciles généraux il y a une grande controverse. Les catholiques veulent qu’appartiennent au pape le devoir et le pouvoir de convoquer des conciles généraux, ou à une autre personne agréée par le pontife; ou qu’il suffise qu’il approuve après coup un concile qu’il n’a pas convoqué personnellement. De telle sorte que si ce n’est pas lui qui convoque un concile, ou quelqu’un qui a été mandaté par lui, ou si un concile qu’il n’a pas convoqué n’est pas approuvé par lui après coup, on ne donnera pas à cette assemblée le nom de concile, mais de conciliabule.
Or, les hérétiques de notre époque attribuent ce pouvoir à un empereur. C’est ce qu’enseigne Luther (dans son livre sur les conciles, page 58). Il dit que la raison pour laquelle il y eut des conciles universels, c’est parce que tous les évêques étaient convoqués par l’empereur, le maître de tous. Expliquant pourquoi il ne fallait pas recevoir le concile de Trente, Charles Molina (verset 6) dit qu’il n’ pas été convoqué par l’empereur, mais par le pape. Le libelle des protestants dit la même chose, quand ils expliquent pourquoi ils ne sont pas venus au concile de Trente. Calvin et les magdebourgeois enseignent la même chose (lieu cité), ainsi que Brentius (dans ses prolégomènes contre Pierre a Soto.) Et, avant eux tous, Nil, dans son livre sur la primauté du pape. Mais, en toute vérité, c’est au pape, non à l’empereur, à convoquer un concile. On peut le démontrer d’abord par les saintes lettres. Car, un concile n’est légitime que s’il est convoqué au nom de Jésus-Christ (Matt 18), comme l’admet aussi Calvin (livre 4, chapitre 9, versets 1 et 2). Or, convoquer au nom du Christ ne semble être rien d’autre que convoquer en vertu de l’autorité du Christ, c’est-à-dire par celui qui a reçu du Christ le pouvoir de convoquer. Calvin dit que convoquer au nom du Christ c’est être convoqué de façon à ce que le Christ seul préside, sans avoir de collègues mais seulement des sujets. Mais c’est une opinion qui ne vient en aucune façon des Écritures. Car, dans les Écritures le « au nom de » signifie celui qui est là par autorité. Marc : « Ils chasseront des démons en mon nom ». Jean 5 : « Je suis venu, moi, au nom de mon Père. » Matt 7 : « N’avons-nous pas prophétisé en ton nom ? » On ne trouve aucun passage où faire quelque chose au nom du Christ signifie que c’est le Christ qui préside sans collègue. Mais, quoi qu’il en soit de cela, une chose est certaine, on ne peut pas, par cette voie, découvrir quels sont les conciles légitimes. Car, s’il est vrai que, dans un concile légitime, le Christ doit présider de façon à n’avoir aucun collègue, mais seulement des sujets, qui jugera, qui discernera si le Christ préside ainsi, si le concile a été convoqué ou pas ? Car, manifestement, le Christ ne préside pas dans un concile sous une forme visible.
Calvin répondra qu’il est facile de le discerner, car le Christ préside sans collègue quand tout est confié à sa parole, et conduit par son esprit, c’est-à-dire quand les évêques ne définissent rien qu’ils tirent de leur tête, mais de la seule Écriture. Mais cela aussi est ambigu et obscur, car même les adversaires, dans leurs conciles, affirment avec les catholiques, qu’ils n’ont rien tiré de leur tête mais de la seule écriture. Qui donc jugera s’ils font un vrai concile ? Si être rassemblé au nom du Christ c’est avoir le Christ comme président, comme le prétend Calvin, nous n’aurons rien qui nous permettra de distinguer un concile légitime d’un faux. Demeure donc ce que nous avons dit au début : être rassemblé au nom du Christ ne signifie rien d’autre que d’être convoqué par celui qui a reçu du Christ le pouvoir de convoquer.
De plus, quand le Christ monta au ciel, il a privé l’Église de sa présence visible. Il n’a pas alors remis à l’empereur Tibère le pouvoir de commander dans son église et de convoquer des conciles, mais c’est à l’apôtre Pierre qu’il a dit : « pais mes brebis ! » Ceux donc qui sont rassemblés par le successeur de Pierre le sont au nom du Christ; mais non ceux qui sont réunis par le successeur de Tibère. Car Pierre, et celui lui succède légitimement, est pasteur de toutes les brebis, et donc aussi des rois, des empereurs et des évêques. Car, il a inclus tout le monde celui qui n’a exclu personne, quand il a dit : « pais mes brebis ». Voilà pourquoi saint Léon, à l’anniversaire (3) de son intronisation, disait : « De tout l’univers, un seul Pierre est élu pour la vocation de toutes les nations. Voilà pourquoi l’Église, au consentement de tous les pères, le place avant tous les apôtres. Et bien que dans le peuple de Dieu il y ait plusieurs prêtres, plusieurs pasteurs, Pierre régit tous ceux qui sont principalement régis par le Christ. » Qui ne verra pas que c’est au berger qu’il revient de rassembler les brebis, plutôt qu’aux brebis de convoquer le pasteur ? Puisque le pontife est le pasteur suprême, l’empereur des brebis, ce n’est donc pas à l’empereur qu’incombera le devoir de convoquer un concile, mais au pape.
En second lieu, un concile général doit être convoqué par celui qui a le pouvoir de commander. Or, aucun empereur n’eut jamais toute l’église comme sujette, même pas au civil, comme l’a le souverain pontife, au spirituel. Car l’époque où les empereurs régnèrent sur le plus grand empire fut au temps de saint Léon et du bienheureux Prospère. Mais, cependant, même alors, les pays soumis au pape étaient plus nombreux que ceux qui l’étaient à l’empereur. Car c’est ainsi que parle saint Léon (sermon sur saint Pierre et saint Paul) : « Par le siège sacré de Pierre, Rome est devenue la tête du l’univers, ayant étendu sa domination plus loin par la religion que par la conquête militaire. » Et Prospère, dans son livre sur les ingrats, rime ainsi : « Rome, siège de Pierre, toi qui, par l’honneur pastoral, es devenue la tête du monde, tout ce que tu n’a pas possédé par les armes, tu le tiens par la religion ! » Même maintenant, l’empereur ne possède le pouvoir de rassembler les évêques que dans une seule province. Car, ni les Italiens, ni les Espagnols, ni les Gaulois ne sont soumis à l’empereur, puisqu’ils ont leurs propres rois, et leurs propres princes temporels. Et qu’arriverait-il s’il n’y avait plus d’empereur, ni même de prince chrétien ? Serait-il impossible, à cause de cela, de convoquer des conciles ?
Troisièmement. Les conciles provinciaux sont entrepris par le métropolitain, les nationaux par le primat ou le patriarche, même au témoignage de nos adversaires, comme nous l’avons indiqué plus haut. Les conciles généraux sont donc entrepris non par l’empereur, mais par le souverain pontife. Car si c’était l’empereur qui avait le pouvoir de convoquer des conciles généraux, ce serait le roi, le duc ou le magistrat civil qui aurait le pouvoir de convoquer des conciles provinciaux ou nationaux. Car le rapport que l’empereur entretient avec un concile général est le même que celui qu’entretient un roi envers un concile national, ou un duc envers un provincial. Or, puisque tous reconnaissent que ces conciles nationaux ou provinciaux ne peuvent pas être convoqués par une autorité civile, mais religieuse, pourquoi nos adversaires ne voient-ils pas que les conciles généraux, ne peuvent pas, pour les mêmes raisons, être convoqués par une autorité civile, mais seulement ecclésiastique ? Que le pape de Rome soit la tête de toute la chrétienté, nous venons tout juste de l’entendre dire par le pape Léon le grand, ce que d’ailleurs, nous avons suffisamment démontré dans les livres sur le souverain pontife.
Ajoutons que même si le pape n’était pas le vrai prince, le vrai monarque de l’Église, comme nous l’avons enseigné, même seulement l’évêque du premier siège, ou le premier parmi les patriarches, comme Nil le voudrait, ce serait quand même à lui que reviendrait le droit de convoquer un concile général. Car, les primates ne donnent pas, à proprement parler, d’ordres aux autres évêques. Mais, cependant, puisqu’ils tiennent le premier rang parmi les évêques de leur nation, ils peuvent, de plein droit, convoquer des conciles nationaux. Et c’est pour la même raison, parce qu’il préside à toute une province, qu’un métropolitain peut convoquer un concile provincial. Le pape peut donc, parce qu’il préside à l’univers entier, convoquer un concile général, comme nous l’explique saint Léon (sermon 3 sur l’anniversaire de son couronnement, et dans son épitre 4 à Anastase, à la fin.)
On le prouve quatrièmement, par un canon antique qui statue que, sans une décision du pontife romain, aucun concile ne peut être célébré. Le pape Marcel (dans son épitre aux évêques d’Antioche) écrit que ce canon est apostolique. Ce même canon, le concile de Nicée le prescrit de nouveau, comme l’atteste un synode alexandrin dans une lettre à Félix et Julien 1 dans une épitre aux évêques orientaux, dont parlent Socrate (livre 2, chapitre 13), Sozomène (livre 3, chapitre 9), et Nicéphore (livre 9, chapitre 5). Si donc on ne peut, sans le pape, célébrer des conciles, il s’ensuit donc que c’est à lui qu’il revient de les convoquer. Calvin répond ( au lieu cité) que tout ce qu’on peut tirer de ce canon c’est que le pape devait, lui aussi, être convoqué à un synode, parce qu’il était un des principaux patriarches. Or, s’il en était ainsi, le canon pourrait aussi signifier que sans le consentement des évêques d’Alexandrie et d’Antioche, aucun concile ne pouvait être convoqué, car ils étaient eux aussi des patriarches principaux, et des égaux des évêques de Rome, ou supérieurs, selon Calvin.
Les magdebourgeois (centurie 4, chapitre 7, col 533) ont excogité une autre solution. Ils disent, en effet, que les paroles de Socrate ne signifient pas que, sans le pape, un concile général ne puisse pas se célébrer, mais que les églises ne devraient pas en convoquer. Car c’est ainsi qu’on le lit en grec. Or les mots grecs qu’ils citent ne peuvent pas signifier « dédier des temples », mais « convoquer une assemblée canonique, ou un concile », comme le disent les pontifes Marcel et Jules, qui semblent avoir écrit en latin. Et c’est ainsi que l’a traduit Cassiodore (dans son histoire tripartite, livre 4, chapitres 9 et 19), ainsi que Nicéphore (livre 9, chapitre 5).
Mais on peut démontrer clairement le sens du canon, que présente Socrate, par l’épitre de Jules où il reproche aux Orientaux d’avoir célébré le concile d’Antioche sans son assentiment. Et voulant leur expliquer pourquoi il les réprouvait, il leur cita ce canon. Ou il faut comprendre que ce canon parle de la convocation d’un concile, ou déclarer que Jules est stupide. Qui peut hésiter à répondre ? Ajoutons qu’aucun auteur ancien ne se souvient d’un canon qui interdise de consacrer des églises sans l’autorisation du pape; et qu’aucune coutume de cette sorte n’a jamais existé dans l’Église. On le prouve en cinquième lieu avec le concile de Chalcédoine (acte 1) où on ordonne à Dioscurus, évêque d’Alexandrie, de ne pas s’asseoir avec les autres évêques, parce qu’il a osé tenir un synode sans l’autorisation du souverain pontife. « Ce qui, est-il dit, n’a jamais été permis, et n’a jamais existé. » Nous trouvons la même chose dans le concile général 7 (acte 6), où a été jugé invalide un concile tenu à Constantinople, parce qu’il avait été convoqué par l’empereur sans l’assentiment du pape. On le prouve en sixième lieu par le concile romain 4 sous Symmaque, dans lequel le roi Thodoric a dit qu’il avait convoqué un synode pour que soit jugée la cause du pape Symmaque. Tous les évêques lui répondirent que c’est par le pape, non par le roi que devait être convoqué le synode, même si c’était le pape qui y était accusé. Le roi reprit alors que c’est par la volonté et le consentement du pape que le concile avait été convoqué. Mais les évêques ne le crurent pas avant qu’il leur montrât les lettres qu’il avait reçues du pontife, et que le pontife lui-même ne l’atteste en personne.
On le prouve en septième lieu par le témoignage des pontifes anciens. Saint Léon (dans son épitre à Turbius, question 93, chapitre 17) : « J’ai donné des lettres aux frères et aux coépiscopes à l’effet que nous convoquions un concile général. » Pélage (11, épitre 1 aux Orientaux) : « Le pouvoir de convoquer des synodes généraux a été, par un privilège insigne, accordé au siège apostolique du bienheureux Pierre » Sixte 111, qui précède Pélage et Léon, écrit dans son épitre aux Orientaux : « C’est par notre autorité que l’auguste Valentinien a convoqué un synode. » Hadrien 11 (dans l’épitre à l’empereur Basile qui a été lue dans le synode 8, acte 1) : « Nous voulons que par ta piété soit convoqué à Constantinople un concile général. » Ajoutons à ce qui précède que quand les évêques demandèrent à l’empereur Valentinien de célébrer un concile, il leur répondit, comme le rapporte Sozomène (livre 6, chapitre 7) : «Il n’est pas permis à moi qui fais partie de la plèbe, de scruter curieusement ces choses. Que les évêques, qui sont chargés de ces choses, se réunissent dans un lieu comme ils le voudront ! » S’offrent à nous, à la fin, plusieurs anciens canons, que l’on trouve dans la dist 17, et plusieurs raisonnements qu’a faits Turrecremata (livre 3, chapitre 6, ) et le dernier concile du Latran sous Léon 1X (session 11) où on affirme qu’il appartient au pontife romain de convoquer des conciles. Ce décret a été émis un an avant la naissance de l’hérésie de Luther.
CHAPITRE 13
On réfute les arguments des adversaires
Il nous reste encore, pour confirmer davantage la vérité, à réfuter les arguments des adversaires.
Calvin et les magdebourgeois tirent leurs arguments des trois premiers conciles généraux, qui ont été convoqués par l’empereur et non par le pape. Car, au sujet du concile de Nicée, Ruffin (livre 10, chapitre 1 de son histoire) écrit : « Alors Constantin convoqua un concile général dans la ville de Nicée. » Au sujet du premier concile de Constantinople, Theodoret (livre 5, chapitre 9 de son histoire) écrit qu’il fut décidé par Theodose senior. Pour celui d’Éphèse, Évagrius (livre,1 chapitre 2, de son histoire) rapporte que c’est par l’assentiment de Theodose junior qu’il a été convoqué.
Pour celui de Chalcédoine, Léon dans son épitre (43) et d’autres affirment qu’il a été ordonné par l’empereur Martien.
Celui de Sardaigne, par l’empereur Constance, selon Theodoret (livre 2, c 4). Ils confirment cet argument par le témoignage de Nil. Saint Léon le grand (dans son épitre 43 à l’empereur Théodose) supplie Théodose d’ordonner qu’un concile provincial soit tenu en Italie. Les magdebourgeois confirment ce même argument par le témoignage du pape Libère, qui, selon Théodoret, livre 2, chapitre 16, reconnait que c’est à l’empereur qu’il revient de convoquer un concile général.
Charles Molina le confirme à son tour par le conseil de ne pas recevoir les décrets du concile de Trente (session 6), et par le témoignage de saint Jérôme (livre 2, apologie contre Ruffin), où, parlant d’un certain synode, il dit, en propres termes : « Dis, quel empereur oserait convoquer ce synode ? » Nous ajoutons comme quatrième confirmation que les conciles généraux et les empereurs chrétiens ont commencé à exister ensemble. Et si on peut en célébrer sans les empereurs, pourquoi n’y en a-t-il pas eu dans les trois premiers siècles ?
Je réponds d’abord que nous serions en droit de ne pas prendre au sérieux ce genre d’arguments, car, pour nos adversaires, les arguments valables ne peuvent être tirés que de la seule Écriture sainte, et non de la tradition ou de la coutume de l’Église. Or, tous ces arguments ne sont tirés que de la simple tradition ou de la pratique de l’Église, sans aucun témoignage de l’Écriture. Je dis ensuite que nous pouvons, nous, opposer à une coutume une autre coutume. Car, si quatre ou cinq conciles avaient été décidés par les empereurs, plus de douze l’ont été par les papes, comme les adversaires eux-mêmes le reconnaissent. Je dis enfin qu’aucun concile général catholique n’a été convoqué par le seul empereur, c’est-à-dire sans le consentement et l’autorité du souverain pontife. Ce que je démontrerai brièvement pour les cinq en question.
D’abord, le concile de Nicée.
Nous lisons dans le synode 6, acte 18, que « Constantin et Sylvestre ont convoqué un grand concile à Nicée». Damase écrit aussi dans le pontificale, que « c’est avec le consentement de Sylvestre qu’a eu lieu le concile de Nicée. » Et Ruffin (livre 10, chapitre 1 de son histoire) dit que c’est « à la demande des évêques que Constantin a convoqué un concile. » Ces citations confirment non seulement ce que nous pensons, mais permettent de conclure qu’est faux ce qu’a écrit Pighius (livre 6, chapitre sur la hiérarchie ecclésiastique) : « la convocation de conciles généraux est une invention de l’empereur Constantin ». Car, ce n’est pas lui qui en a eu l’idée, mais il a mis en application la décision des évêques. Au sujet de Constantinople 1, Théodoret rapporte que Théodose ne l’a pas tant convoqué qu’il a envoyé aux évêques les lettres de Damase qui instituaient un concile général (livre 5, chapitre 9 de son histoire) : « par le mandat de lettres envoyées, l’an passé, par votre révérence au très saint empereur Théodose, nous nous préparons à faire le voyage jusqu’à Constantinople. » Même si c’est Théodose qui convoqua le concile, il la fit cette convocation d’après un mandat qu’il avait reçu de lettres apostoliques. C’est pourquoi, dans le synode 6, (acte 18), les pères disent que Théodose et Damase ont fait obstacle à Macédoine par le deuxième synode, comme il avait dit auparavant que c’étaient Constantin et Sylvestre qui avaient convoqué le premier synode, pour s’opposer à Arius.
Au sujet du Concile d’Éphèse 1, Prospère, dans sa chronique, indique que le synode d’Éphèse a été fait par l’industrie de Cyrille et l’autorité de Célestin. Il appert même du livre d’Évagre (livre1, chapitre 4) et de la lettre de Célestin à Cyrille (qui se trouve dans les œuvres de Cyrille), et de Phocion (livre des sept synodes), que Cyrille est parti au concile en tant que légat du siège apostolique, ce qui est un argument à toute épreuve pour démontrer que le concile d’Éphèse ne s’est pas fait sans l’aval du pape. Au sujet du concile de Chalcédoine, nous avons une lettre de l’empereur Martien au pape Léon, écrite avant le concile. Dans cette lettre, l’empereur, sur le point de convoquer un concile, demande au pape de venir lui-même, et de présider le concile. Il précise que s’il ne peut pas venir lui-même, il devrait dire par lettres ce qu’il veut que l’on fasse. Et, à la fin, il conclut qu’il va écrire à tous les évêques pour qu’ils se réunissent à un lieu déterminé. « Et pour qu’il soit profitable à la religion des chrétiens, et à la foi catholique, qu’ils prennent des dispositions conformément aux règles que ta sainteté a définies. » Nous sont parvenues parmi les lettres qui se rapportent au concile de Chalcédoine, une lettre des évêques à l’empereur Léon, où on lit ceci : « Dans la cité de Chalcédoine, plusieurs saints évêques se réunirent sur l’ordre du pape Léon de Rome, qui est le vrai chef des évêques. »
De plus, Gélase, dans son épitre aux évêques de Dardanus, affirme que le siège apostolique à lui seul, par son autorité propre, a décrété que se tienne le concile de Chalcédoine. Il faut noter ici le lapsus des magdebourgeois (centurie 5, chapitre 7, col 786). Ne comprenant pas ce que le mot « seul » excluait, ils ont pensé que le pape excluait l’empereur; et ils en ont profité pour accuser Gélase de mensonge. Or, par le mot « seul », le pape n’excluait pas l’empereur, mais les autres sièges épiscopaux. Car, ce n’est ni le siège d’Alexandrie, ni celui d’Antioche, de Jérusalem ou de Constantinople qui ont voulu qu’existe ce concile, mais le seul siège de Rome. Et c’est ce qui arriva, même si non sans l’aide de l’empereur. Au sujet du concile de Sardaigne, que nous avons dit avoir été décidé par le pape Jules, c’est Socrate qui nous le fait comprendre (livre 2, chapitre 19) quand il dit que les évêques orientaux reportèrent sur le pape Jules la faute de leur absence du concile de Sardaigne, « parce qu’il avait prescrit un temps trop court. » On voit donc que ce n’est pas par l’empereur seul, mais aussi par le pape Jules, et par lui principalement, que le concile a été convoqué.
Nous avons donc fait la preuve que ces premiers conciles ont été convoqués par les empereurs, mais à la demande du pontife, ou avec son assentiment. Pourquoi donc le pape n’a-t-il pas agi seul dans la convocation de conciles, comme il l’a fait plus tard ? La raison n’en est pas que, sans l’autorité d’un empereur, un concile n’aurait pas été vu comme valide par les chrétiens, comme l’imaginent nos adversaires, puisque saint Athanase dit clairement dans sa lettre aux ermites : « Quand a-t-il été jamais décrété que l’Église ait reçu son autorité de l’empereur ? » Cela s’est produit pour de nombreuses justes causes. La première. Était encore en vigueur l’antique loi impériale qui interdisait les rassemblements ou les attroupements sans autorisation de l’empereur, en raison de la peur qu’avaient les empereurs des séditions et des révoltes populaires. (Voir livre 1 sur les réunions illicites et les associations, au canon des évêques et des clercs. » La deuxième. Même si cette loi n’avait pas existé, comme les empereurs, à cette époque, régnaient sur de grands territoires, on ne pouvait tenir de concile que dans une cité impériale. Or, pour aucune raison, il n’était permis, sans la permission du maître du lieu, de tenir une assemblée dont les participants venaient de toutes les parties de l’empire. Cela vaut même pour aujourd’hui, car on ne peut tenir un concile dans un pays quelconque, sans demander la permission au chef du gouvernement.
La troisième raison. Les dépenses des conciles, à cette époque, étaient défrayées par l’argent public, surtout en ce qui a trait aux déplacements d’une ville à l’autre. Ils voyageaient alors à cheval, ou en calèches, aux frais du gouvernement. C’est ce que rapporte Eusèbe dans sa vie de Constantin. Il ajoute même que, pendant tout le temps du concile, les évêques ont vécu des largesses de l’empereur. Theodoret raconte la même chose (livre 2, chapitre 16. Car, quand Libère demanda un concile général, il lui fut répondu que le denier public ne suffirait pas pour subvenir aux besoins de tous les évêques. On tire la même chose de la lettre de Constantin 1V au pontife romain, (que l’on trouve au début du concile 6.) La quatrième raison en est que, bien qu’il fut, au spirituel, la tête de tous et des même des empereurs, le pontife, à cette époque, était soumis, dans les choses temporelles, à l’empereur, et ne pouvait donc rien faire sans l’autorisation de ce dernier. Et bien qu’il n’était tenu qu’à demander à l’empereur de l’aider à convoquer un synode, ou de lui permettre d’en convoquer un, cependant, parce qu’il le reconnaissait comme son maître temporel, il le suppliait de daigner vouloir convoquer un concile. Mais, dans les siècles suivants, toutes ces contraintes disparurent. . Aujourd’hui, en effet, cette loi n’est plus en vigueur, et les empereurs ne règnent pas sur toute la chrétienté. Les conciles ne se tiennent plus aux frais des gouvernements, et il n’y a pas de païens qui peuvent l’empêcher. Et le pape, qui est la tête dans les choses spirituelles, n’est plus le sujet de chefs temporels, puisque, dans ses provinces, il est le prince temporel suprême, comme le sont les rois et les princes, ce qui est l’œuvre de la providence, pour que le pape puisse librement remplir son ministère.