Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 92)
Et ils nous objectent l’exemple de Paphnutius , d’après Socrate (livre 1, chapitre 8) et Sozomène (livre 1, chapitre 22). Lorsque le concile de Nicée voulut prohiber aux prêtres les relations sexuelles avec leurs épouses, Paphnutius fut le seul à résister, et son opinion prévalut. Luther, article 115 (Cochlaeus chapitre 24) : « C’est une chose insensée que les conciles veuillent conclure et statuer ce que l’on doit croire. Puisque souvent, il n’y a personne qui ait reçu le Saint-Esprit, ou qui soit devenu médecin, comme cela est arrivé au concile de Nicée. On discutait et on voulait faire des lois sur l’état ecclésiastique pour empêcher les prêtres de vivre en hommes mariés. Alors que tous étaient dans le faux, se lève un homme bon, du nom de Paphnutius, qui les réfuta tous, en leur disant : « Non, pas ainsi. Cela, n’est pas chrétien ».
Alors, le concile a du se désister de sa conclusion. » Je répons d’abord que ce récit est incertain, puisque des écrivains plus anciens ne le rapportent pas, comme Eusèbe, Athanase, Épiphane, Ruffin. Je réponds ensuite que, si ce récit est vrai, il montre aussi que c’est avant la décision du concile que Paphnutius a fait valoir ses réticences. C’est ce que les auteurs eux-mêmes déclarent. Cet exemple est donc présenté mal à propos.
Je dis, en troisième lieu, que Paphnutius n’a pas cité l’Écriture, mais que c’est avec son seul jugement personnel qu’il a contesté l’avis du grand nombre; et que, d’après le jugement de nos adversaires, il n’y avait aucune obligation de se ranger à son avis. J’ajoute, en quatrième lieu, que Paphnutius a seulement désiré que ne soit pas interdit l’usage des femmes à ceux qui en avaient déjà; mais qu’il a quand même exhorté le concile à inciter sévèrement les prêtres et les moines à ne pas se marier après l’ordination sacerdotale ou la profession monastique, comme l’attestent les même Socrate et Sozomène. Et il y a de quoi s’étonner de ce que ces paroles de Paphnutius ne fassent pas rougir les luthériens, eux qui, contre son avis, convolent en justes noces même après l’ordination sacerdotale ou la profession monastique.
J’ajoute finalement, que le concile a statué le contraire de ce qu’ils rapportent de Paphnutius. Car, il a statué ( au canon 3) que, dans les maisons des prêtres, ne soit présente aucune femme, en dehors de la mère, de la sœur ou d’une parente. Voilà pourquoi Épiphane (hérésie 59) dit que c’est contraire aux canons qu’un prêtre, un diacre ou un sous-diacre ait des enfants. De plus, Luther, militant contre lui-même à sa façon accoutumée, écrit, dans la première partie de son livre des conciles, que le concile de Nicée a prohibé aux prêtres l’usage de leurs épouses, et qu’il ne comprenait pas pourquoi l’Esprit Saint, dans ce concile, interdisait la castration et les relations matrimoniales.
Quelques catholiques font l’objection suivante. Si tous les juges étaient des juges, le pape, en tant que président du concile, serait tenu à suivre l’opinion de la majorité des évêques, ce qui est certainement faux, puisque le pape Damase a invalidé les actes du concile d’Arminensis, auxquels avaient consenti la majorité des évêques, comme nous le montre la lettre du pape Damase aux évêques d’Illyricus. Le pape Léon, également, a annulé un certain décret du concile de Chalcédoine, comme il l’atteste lui-même dans les lettres 53, 54, 55. Je réponds d’abord qu’il n’est jamais arrivé qu’un pape ait pris partie pour la minorité d’un concile, quand les évêques votaient sans fraude et sans crainte. Car, dans le concile d’Arminensis, les pères ont été trompés par l’obscurité du mot grec employé (adorer pour vénérer); et, au concile de Chalcédoine, il y a eu de la fraude, comme les actes de ce même concile le montrent (actes 16). Les vicaires du pontife romain, en effet, se sont plaints de ce qu’un certain décret ait été adopté en leur absence. Je dis, en second lieu, que le président d’un concile, en tant que président, doit, en formulant un verdict, suivre la majorité des votants. Cependant, le pontife, non en tant que président, mais en tant que prince suprême de l’Église, peut rétracter ce jugement. Et, en conséquence, s’il agit en tant que président du concile, il peut, non en tant que président, mais en tant que prince suprême, ne pas suivre la majorité. De la même façon que, dans les jugements civils, un préfet établi par un roi doit suivre la majorité des juges, tandis que le roi, en tant qu’autorité suprême, peut annuler tout jugement. Et cela se produit surtout dans le cas du pape, à qui il appartient de confirmer et de diriger ses frères, et qui a, pour cela, l’assistance du Saint-Esprit pour ne pas errer, selon Luc 22 : « J’ai prié pour toi … » Voir Jean de Turrecremata (livre 3, chapitre 63, eet 64, et le livre 5 des canons, chapitre 5, question 2.
2018 01 16 19h28 fin
2018 01 20 a22h32 début
CHAPITRE 19 : À qui revient-il de présider les conciles généraux ?
Quelqu’un doit-il présider ? Et qui ? Les hérétiques de notre temps enseignent que le président ordinaire des conciles doit être l’empereur, ou quelqu’un envoyé par lui; et que, si l’empereur n’envoie personne, ce sera au concile à le choisir. Ils vont même jusqu’à affirmer que dans les conciles antiques, ce n’est jamais un pape qui a présidé, mais un empereur, ou son légat, ou un patriarche plus ancien, ou l’évêque du lieu, comme l’enseignent les magdebourgeois (centurie 4, chapitre 7, colonne 536), et Calvin (livre 4, chapitre 7, versets 1 et 2 des institutions). Charles Molina (dans son livre sur « il ne faut pas recevoir le concile de trente », verset 4), ment froidement quand il dit que les légats pontificaux ont toujours, dans les conciles, siégé après les autres évêques, alors que dans aucun concile on ne les voit assis à la dernière place. De même Harmann Hamelmannus (livre 1, chapitre 8 des prolégomènes) et Brentius sans ses prolégoménes contre Petrus a Soto.
Tous les catholiques, par contre, enseignent que c’est le rôle propre du pape de présider à un concile, par lui-même personnellement, ou par un délégué, pour pouvoir tout mener à bien, en tant que juge suprême. Nous disons par lui-même ou par un légat, car le souverain pontife n’a jamais été présent à un concile oriental. Et cela ne s’est pas fait par hasard, mais pour une raison bien précise, comme on peut le voir par la lettre de saint Léon (17) à Théodose, et 47 au concile de Chalcédoine, dans laquelle il explique qu’il n’ira pas au synode, parce que la coutume ne le souffre pas, et parce que ses prédécesseurs n’ont laissé aucun exemple de cette sorte. Ajoutons que le pape Vigile était à Constantinople quand eut lieu, dans cette cité, le cinquième concile général. Il ne voulut pourtant pas y prendre part personnellement, mais il confirma par écrit les actes du concile, comme l’écrit Photius dans son livre sur les sept conciles. Les empereurs eux-mêmes, quand ils ordonnaient un concile, convoquaient les autres évêques par un édit, mais ne faisait qu’inviter le pontife romain, pour qu’il daigne y venir, selon son bon plaisir, comme on le voit dans la lettre de l’empereur Martien au pape Léon, laquelle fut écrite avant le concile de Chalcédoine. Quelle fut la raison de cette conduite des papes, la chose demeure incertaine, e t les raisons que donnent Turrecremata (livre 3, chapitre 11) ne me semblent pas pertinentes.
J’imagine, pour ma part, qu’ont joué deux causes principales. Une première. Parce qu’il ne semblait pas convenir que la tête suive les membres, puisque ce sont les membres qui doivent suivre la tête. Voilà pourquoi le pape a été présent aux conciles romains, et à d’autres qu’il avait convoqués à l’endroit où il demeurait lui-même; et n’a voulu ni du aller à d’autres conciles convoqués ailleurs. L’autre raison. Parce que, dans les conciles orientaux, l’empereur fut toujours présent, ou un de ses légats. Bien que ni l’empereur ni son légat ne présidassent comme juges au sens strict du terme, ils présidaient quand même en raison du lieu qu’ils occupaient. Et même si le souverain pontife avait été là, ils auraient quand même voulu que l’empereur préside de cette façon, comme on l’a bien vu au concile de Florence. Les Grecs voulaient à tout prix que leur empereur occupe la place d’honneur, et qu’il précède le souverain pontife. Et bien qu’on ait pu tolérer que des rois ou des princes s’assoient dans un concile devant les évêques, cela ne convient en aucune façon pour le souverain pontife. On ne pouvait tout simplement pas tolérer cela, et il fallait éviter les contestations qui pouvaient facilement en résulter. Voilà, semble-t-il, pourquoi le pape n’allait pas à ces conciles, mais envoyait des légats.
Que ce soit au souverain pontife qu’appartienne, de droit, la présidence d’un concile général, on le prouve, d’abord, par une raison tirée de l’Écriture. Le souverain pontife est le pasteur et le père de l’Église universelle, de façon telle que même tous les évêques et les princes sont dits ses brebis et ses fils, comme nous l’enseigne saint Jean : « Pais mes brebis ». Et on le confirme par le fait que les conciles l’appellent père, et qu’il appelle parfois fils les évêques réunis dans un concile, comme le rapporte Theodoret (livre 5, chapitre 10 de son histoire). Il raconte que, répondant aux évêques du second concile général, Damase commença ainsi : « Vous avez montré la vénération due au siège apostolique, ce qui est honorable à vous, vénérables fils. » De même, par la lettre du concile d’Antioche à Jules, qui commence ainsi : « Au seigneur très bienheureux et honorable, père Jules. » Et Stéphane, l’archevêque de Carthage, ainsi que les trois conciles ont écrit : « Au seigneur très bienheureux, et saint père de pères, Damase ! » Et le concile de Chalcédoine dans sa lettre à Léon : « Nous te demandons d’honorer notre jugement par tes décrets, pour que ta fermeté assure ce qui convient à des fils. » Or, qui pourrait jamais imaginer que ce soient les pères qui doivent obéir aux fils, les pasteurs aux brebis, plutôt que les fils aux pères, et les brebis aux pasteurs ?
On le prouve ensuite par le concile des apôtres de Jérusalem. Dans sa lettre à saint Augustin, saint Jérôme affirme que saint Pierre (actes, 15) présida le concile. Il déduit ce fait de ce que saint Pierre est le premier à se lever, le premier à prendre la parole, le premier à définir la question, et de ce que tous ont accepté sa décision. On le prouve, en troisième lieu, à partir des actes des huit conciles généraux. Car, que dans les autres, c’est le pontife romain qui a présidé, même les adversaires l’admettent. Au sujet du président du premier concile, celui de Nicée, il y a quatre opinions. Les uns veulent que ça ait été l’empereur, comme Brentius; d’autres, Eustathius d’Antioche, comme les magdebourgeois (au lieu cité, ainsi que Luther (livre sur les conciles, partie seconde); d’autres Athanase, comme le dit Calvin (lieu cité); d’autres l’évêque Hosius et les presbytes légats du pontife romain, Vitus et Vincent. La première opinion est d’une grande fausseté. Car, d’abord, Constantin souscrivit après tous les évêques, comme l’atteste l’empereur Basile (à la fin du synode 8). Or, c’est le président qui souscrit en premier. De plus, Constantin n’osa pas s’asseoir, même pas sur un siège moins honorable que ceux des évêques, malgré l’insistance des évêques. C’est ce que rapportent Théodoret (livre 1, chapitre 7 de son histoire) et Eusèbe (livre 3 de la vie de Constantin). Enfin, l’empereur protesta, dans ce concile, que c’était à lui à être jugé par les évêques, non à lui de les juger; qu’il était leur sujet, non leur supérieur, comme l’écrit Ruffin (livre 10, chapitre 2). Comment n’aurait-il pas perdu la face, s’il avait voulu présider dans un concile d’évêques ?
Saint Ambroise le confirme par sa lettre 32. Il dit que Constantin, dans le concile de Nicée, ne s’est pas fait juge, mais a laissé les évêques librement juger. Saint Athanase, dans sa seconde apologie, dit la même chose. Il affirme qu’ « il ne peut pas y avoir de concile présidé par un comte, et non par un évêque ». Et dans son épitre aux ermites, il reproche avec force à Constance de vouloir tenir le premier rôle dans les conciles : « Si c’est un jugement qui relève des évêques, qu’a de commun avec lui l’empereur ? » Et dans ses lettres précédentes, il rapporte ce que Hosius a écrit au même Constance : « Dans ce genre de choses (les temporelles), donne des ordres. Mais les autres choses (les spirituelles) apprends-les plutôt de nous. À toi, Dieu a donné l’empire, à nous, il a remis les choses ecclésiales. »
Et (pas très loin de la fin) : « Car qui, voyant un empereur se faire, en décrétant, le prince des évêques, ou présider aux assemblées ecclésiastiques, ne dira pas, avec raison, que c’est cela l’abomination de la désolation prédite par le prophète Daniel ? » Il appelle clairement en cet endroit Constance antichrist, parce qu’il a osé présider à un jugement ecclésiastique. Svidas dit aussi, dans la vie de sain Léon, que quand Léonce le vit présider et parler dans un concile, il lui dit qu’il s’étonnait qu’il négligeait ce qui lui appartient en propre, la guerre et l’administration civile, pour montrer tant de curiosité dans les affaires ecclésiastiques qui lui étaient étrangères. » Et il est certain que Athanase, Hosius, et Léontius n’auraient jamais reproché à Constance d’avoir voulu présider dans des conciles, si son père Constantin avait présidé à Nicée.
Qu’Eusthatius ne fut pas président du concile de Nicée, on le prouve d’abord parce qu’il n’a pas signé le premier, ni le deuxième, ni le troisième, mais après beaucoup d’autres. Ensuite, parce qu’était présent l’évêque d’Alexandrie, Alexandre, qui était plus grand et plus digne que celui d’Antioche. Il n’y avait donc rien qui lui permette de présider. Mais les magdebourgeois objectent que, d’après Eusèbe (livre 3 de la vie de Constantin), nous lisons que celui qui était immédiatement à la droite de l’empereur, avait à faire un discours pour louanger l’empereur. Or, il appert qu’Eusthate est celui qui fit le discours, selon Theodoret (livre 1, chapitre 7 de l’histoire). Je réponds qu’Eusthate fut le premier à droite de l’empereur, parmi les évêques, mais pas le premier tout près de l’empereur. Saint Athanase, dans sa lettre aux solitaires, nous rapporte qu’Hosius fut le prince de ce concile, et qu’il s’est donc assis avant Eusthate.
En effet, les sièges étaient disposés de trois façons. Un était à droite, un à gauche, et le troisième en avant de tous. C’est dans ce troisième que siégeait, au milieu, l’empereur, entres les évêques Hosius, le légat du Pape, et Alexandre, évêque d’Alexandrie, ainsi que les légats apostoliques, Vite et Vincent. Ensuite, Eusthate, évêque d’Antioche, siégeait à droite, comme étant le premier de son ordre. Pour l’autre ordre qui était à gauche, siégeait, en premier, Macaire évêque de Jérusalem. C’est de cette façon qu’on respectait l’ordre de dignité entre les patriarches. Il est très probable que c’est cette disposition qui a été adoptée dans le concile. Mais, on peut aussi répondre qu’on a donné à Eusthate le siège le plus honorable à cause de l’ancienneté de son siège et de sa sainteté personnelle. Mais il n’a pas, pour autant, présidé au concile. Car, autrement, c’est l’empereur qui aurait présidé aux conciles 6 et 7, puisqu’il occupait le siège le plus élevé. Ce n’est donc pas tant le siège que la signature qui est à même de nous renseigner sur la présidence d’un concile. Car, il arrive souvent que, pour reconnaitre les mérites de quelqu’un, on fasse siéger en premier celui qui ne détient pas le premier rang.
Qu’Athanase n’ait pas été président, est-ce vraiment nécessaire de le prouver ? Calvin est le seul à le prétendre, et sans donner aucune raison. Tous savent qu’Athanase n’était alors qu’un diacre qui accompagnait son évêque; qu’il ne s’est pas assis parmi les évêques, et qu’il n’a pas signé. Voir Ruffin (livre 10, chapitre 14 de son histoire), Sulpice (livre de son histoire sacrée), Grégoire de Naziance (dans son discours sur Athanase), et saint Athanase lui-même dans sa seconde apologie. De plus, on n’a jamais entendu dire qu’un diacre ait siégé avec des évêques, qu’il ait présidé un concile d’évêques, à moins qu’il ne remplace son évêque. Or, saint Athanase ne remplaçait certainement pas son évêque, puisqu’il était présent, et qu’il l’accompagnait. Dans les signatures, on trouve celle d’Alexandre, évêque d’Alexandrie près de celle des presbytes de Rome. Mais la signature d’Athanase diacre n’apparait nulle part.
Que les légats du pape aient présidé, l’évêque d’Espagne Hosius et les prêtres Vite et Vincent, on le prouve d’abord par les signatures. Car ce sont ces trois qui ont signé les premiers. On le prouve ensuite par Cedrenus (une compilation d’historiens) et Photius (livre des sept synodes) qui disent que « Sylvestre a exercé son autorité sur ce concile par ses légats ». En troisième lieu, par l’épitre d’Athanase aux ermites, où il écrit qu’Hosius a été le prince dans ce concile, et que c’est lui qui a composé le symbole dit de Nicée. Comme Hosius était un simple évêque, et donc inférieur aux patriarches, qui étaient présents au concile, il n’aurait certainement pas occupé la première place n’il n’avait pas agi comme représentant du pape. C’est pourquoi, dans la préface du concile de Sardaigne, (que l’on trouve dans le tome 1 des conciles, ce qui a peut-être été écrit par Denys le petit , un grand érudit) on lit qu’Hosius de Cordoue a agi, dans le concile de Nicée, en tant que légat du pape. On peut voir la même chose dans le codex grec qui est conservé dans la bibliothèque vaticane. Voir dans le deuxième livre du concile de Nicée, édité par Alphose Pisano, jésuite, en 1581.
Le deuxième concile général fut celui de Constantinople 1, dans lequel il appert qu’aucun empereur romain n’a présidé, et que seules ont été envoyées par le souverain pontife des lettres aux évêques pour les convoquer au concile, comme nous l’explique la lettre du concile au pape Damase, d’après Theodoret (livre 5, chapitre 9). Il est établi aussi que ce n’est pas le pontife romain qui a présidé, mais Nectare, évêque de Constantinople, parce que le pontife romain ne s’y rendit présent ni par lui-même ni par ses légats. Car, le pape Damase avait convoqué les évêques d’Orient à Constantinople, mais il voulait, que, de ce lieu, ils viennent à Rome, ou il tiendrait lui-même un concile d’évêques orientaux, pour qu’il devienne à Rome un concile universel. Mais les évêques orientaux déclinèrent l’invitation, invoquant des raisons jugées valables, et ils s’unirent avec les Occidentaux par la pensée et les décrets, mais non par la présence corporelle. Voir les épitres de Damase au concile de Constantinople, et du concile à Damase, dans Theodoret (livre 5, chapitre 9, verset 10 ). Que Damase aurait présidé s’il avait été présent, le révèlent les deux lettres citées, où les évêques orientaux appellent Damase leur père, et lui mes fils.
Le troisième concile fut celui d’Éphèse. Il est certain que l’empereur ne l’a pas présidé, mais le pontife romain par ses légats. Que ce ne soit ni l’empereur, ni un des siens, nous le révèle l’épitre de Théodose junior au synode d’Éphèse (premier tome 1 de ce concile, chapitre 32). Il écrit, là, qu’il a envoyé le comte Candidien au concile, non pour qu’il se mêle des choses ecclésiastique, mais pour assurer la défense du concile. Voir l’épitre de Nicolas 1 à l’empereur Michel. Que le pontife romain Célestin ait présidé par son légat saint Cyrille, tous les historiens l’attestent, Évagre (livre 1, chapitre 4), Photius (dans le livre des 7 synodes), Prospère (dans sa chronique), Nicéphore (lire 14, chapitre 34), l’abbé Liberatus (dans son bréviaire, chapitre 15). Ensuite, Justinien dans un édit, et Nicolas dans son épitre à l’empereur Michel, et le pape Célestin lui-même dans une épitre à Cyrille (que l’on trouve dans le synode, tome 1, chapitre 16, et dans les œuvres de Cyrille.
Calvin répond que c’est par un certain artifice, que Célestin a réclamé le titre de président du concile, puisque la chose n’a pas pu se passer ainsi.
Après avoir envoyé ses propres légats, il a délégué Cyrille, qui de toute façon, allait présider, comme son représentant, afin qu’il semble présider par lui. Il est facile de réfuter cette insinuation de Calvin qu’il avance sans preuve. D’abord, par Prospère qui dit que « Nestor a résisté surtout à la science de Cyrille et à l’autorité de Célestin ». Ensuite, par la lettre de Célestin, dans laquelle Célestin mandate Cyrille comme son représentant, e t cela, bien avant qu’il ait envoyé des légats. Enfin, par Nicéphore (lieu cité), qui raconte que les évêques orientaux prirent tellement au sérieux ce privilège que Cyrille reçut de Célestin, qu’ils lui donnèrent la tiare et le nom de pape, et l’appelèrent juge de tout l’univers. Il ajoute aussi qu’il transmit ces ornements à ses successeurs. On le prouve aussi par le même synode, comme le rapporte Évagre (livre 1, chapitre 4) et la sentence elle-même (que l’on trouve au tome 2, chapitre 10 de ce synode). Quand il voulut prononcer une condamnation contre Nestor, il se prémunit des autres canons ecclésiastiques, surtout des lettres du pape Célestin, quand il fut placé dans l’obligation de rendre cette sentence. Demeure aussi la lettre du synode à Célestin dans laquelle il remet au jugement du pape la cause de Jean, évêque d’Antioche, pour qu’il porte lui-même une sentence sur lui. Ces citations sont toutes de solides preuves qui démontrent que c’est Célestin qui présida ce concile.
Le quatrième concile est celui de Chalcédoine, dans lequel fut présent, au début, l’empereur Martien, qui s’assit dans le premier siège. Mais il ne présida pas, en tant que juge, comme lui-même l’atteste dans son discours au synode (qui nous est parvenu) dans lequel il dit (acte 4) qu’il est venu pour confirmer la foi, comme avait fait autrefois Constantin le grand, c’est-à-dire qu’il n’était pas venu pour expliquer la foi, ou juger des controverses, mais pour confesser fermement et fortement la foi expliquée par le concile, et la défendre par les ressources et l’autorité de l’empereur. Furent donc présents, dans certains actes, au nom de l’empereur, des juges séculiers, qui n’étaient pas des juges des controverses de la foi, mais qui veillèrent à ce qu’il n’y ait ni fraude, ni violence, ni escarmouches. Il faut se rappeler que, lors du concile d’Éphèse 2, l’évêque Dioscore fit entrer des soldats qui contraignirent les évêques à signer. Mais dans ce concile, c’est pour empêcher la violence que furent présents l’empereur et son vicaire. C’est ce qui apparait clairement dans le concile lui-même, car ils ne portèrent aucune sentence, ils ne signèrent pas, et approuvèrent toutes les décisions des évêques. Furent placés en premier, comme juges ecclésiastiques, les légats du pape Léon. Ce sont eux qui, dans tous les actes, sont nommés les premiers, qui s’assoient les premiers, qui parlent les premiers, qui signent les premiers. Ce sont eux qui, au nom du pape et du concile, ont proposé la sentence définitive contre Dioscore (acte 3) par les mots suivants : « Le très saint et bienheureux pape, Léon, chef de l’église universelle, par nous, ses légats, le saint synode consentant, muni de la dignité de l’apôtre Pierre, qui est appelé fondement de l’Église, pierre de la foi, et portier du royaume céleste, prive Dioscore de la dignité épiscopale, et le rend inapte à tout travail sacerdotal. » C’est ce qu’atteste saint Léon et tout le concile. Léon dans une lettre au concile de Chalcédoine (acte 1) : « Dans ces frères Paschasinus et Lucentius, les prêtres Boniface et Basile, qui sont mandatés par le siège apostolique, votre fraternité a estimé que c’était moi qui présidais le synode. » Le concile de Chalcédoine, dans une épitre à Léon (acte 1, dont on trouve parfois certains exemplaires à la fin du concile) écrit : « Toi, comme par tes membres, tu présides en ceux qui en avaient reçu de toi le mandat. Les empereurs, eux, avaient une présidence purement honorifique. »
Calvin répond qu’il est vrai que, dans ce concile, les légats du pontife romain ont présidé, mais par un privilège de l’empereur que le pape Léon avait extorqué : « Car, comme cela s’est passé au deuxième concile d’Éphèse, Léon n’a pas osé demander le premier siège dans le concile, mais il a envoyé des légats, et supporta qu’ils viennent après l’évêque d’Alexandrie, Dioscore qui présidait. Parce que la chose finit mal, et que Dioscore n’a pas correctement gouverné le navire, Léon sauta sur l’occasion, demanda à l’empereur qu’il permette qu’un autre concile soit tenu, lequel serait présidé par ses légats. Voyant qu’il n’y avait pas, en Orient, d’autres évêques capables d’une telle responsabilité, l’empereur remit, par défaut de personnes, la présidence aux légats romains. » Cette histoire à dormir debout, que Calvin raconte sans aucune preuve, est pleine de mensonges. Le premier. Que Léon n’ait pas osé demander le premier siège dans le concile d’Éphèse, c’est un mensonge. Car, voici ce qu’écrit Liberatus dans son bréviaire (chapitre 12) : « Les légats du pontife romain n’ont pas voulu s’asseoir dans le concile, quand ils virent que c’était Dioscore qui présidait, et que la première place n’était pas donnée au saint siège de Rome ». De plus, c’est Dioscore qui, contre tout droit, a extorqué de l’empereur cette présidence, comme l’écrivent Zonaras (dans la vie de Théodose) et Évagre (livre 1, chapitre 10.) Nous avons aussi les épitres de Léon 14, 25, et 26 à Theodose et Pulcharie, dans lesquelles il répète souvent que Dioscore, dans ce concile, a revendiqué pour lui la présidence. Il atteste aussi que l’évêque de Constantinople, Flavien, a appelé du concile au siège apostolique; qu’il avait remis aux légats romains un libelle. Comment donc Léon n’aurait-il pas osé demander la présidence dans un concile, duquel on faisait appel à lui comme à un plus grand ? Ensuite, que Léon aurait demandé à l’empereur que ses légats président au concile de Chalcédoine, et que l’empereur ait concédé cela par manque de personnes idoines en Orient, ce sont des mensonges impudents. Car, aucun historien ne raconte rien de tel. Ce que nous lisons, plutôt, c’est que Léon a envoyé ses légats tout simplement pour qu’ils président, sans avoir cherché de consentement préalable, et sans avoir demande de permission à personne.
Le cinquième concile fut celui de Constantinople 11. Dans ce concile, ne présida pas Mena, comme Calvin l’enseigne faussement. Le concile que Mena a présidé fut un concile particulier, non général, comme nous l’avons démontré plus haut. Mais c’est le successeur de Mena, Eutychius, qui le présida, lui qui reconnut et qui professa que la présidence était due au pontife romain, s’il daignait se rendre en personne au concile. Voilà pourquoi Zonaras, dans la vie de Justinien, s’exprime ainsi : « le cinquième concile réunit cent soixante cinq évêques, dont le prince fut Vigile, le pape de Rome. » Et le patriarche Eutychius lui-même, dans sa lettre à Vigile (que l’on trouve à la fin du premier tome du concile 5) dit : « Nous demandons à votre béatitude qui préside à ce concile, de nous enquérir et de discuter des trois chapitres. » Ces paroles du patriarche Eutychius non seulement réfutent le mensonge de Calvin, (qui écrivit que Mena a présidé dans ce concile), mais même cet autre d’Illyricus (qu’il a affirmé dans la centurie 6, chapitre 9, colonne 509), où il écrit que le pape n’a pas voulu participer personnellement au synode, pour ne pas avoir à s’asseoir à la deuxième place, après Eutychius. Or, comment pouvait-il redouter pareille chose puisque Eutichius lui-même lui offrait la présidence ?
Le sixième concile fut celui de Constantinople 111, dans lequel présidèrent les légats du pontife romain Agathon, les prêtres Pierre et Georges, et le diacre Jean. C’est ce qu’affirme Zonaras dans la vie de Constantin 1V, et c’est ce que raconte le synode lui-même, où, dans chacun des actes, les noms de tous ces légats sont nommés, et dans lesquels ils parlent et signent. L’empereur Constantin fut présent dans ce synode, comme quelques seigneurs du premier rang. Il présida, c’est-à-dire s’assit sur le premier siège, mais ne fut en aucune façon un juge ou un président, car il ne prononça aucune sentence, et signa le dernier de tous, non comme définissant, mais comme consentant. Le septième concile est celui de Nicée dans lequel, sans controverse possible, les présidents furent les légats du pape Hadrien 1, l’archiprêtre Pierre, l’abbé de sainte Saba, Pierre. Ce sont ceux-là qui sont nommés les premiers, et qui ont signé les premiers. On ne lit pas que l’empereur ait fait quoi que ce soit.
Le huitième concile est celui de Constantinople 1V, dans lequel, sans controverse aucune, les légats d’Hadrien 11 présidèrent, les évêques Donat et Stéphane, et le diacre Marie, qui sont les premiers à être nommés et à signer. Dans le premier acte, le concile leur demanda d’exhiber les lettres du pape qui leur donnaient la présidence, et les légats obtempérèrent. Ensuite, à la fin du concile, le premier signa ainsi : « Moi, Donat, par la grâce de Dieu, évêque d’Hostiensis, tenant la place de monseigneur Hadrien, pape universel, présidant à ce synode saint et universel, j’ai promulgué, par ma main propre, tout ce qu’on lit plus haut, et j’y ai souscrit. » L’empereur Basile fut présent, il est vrai, mais à la fin du concile, il a attesté, par un long discours, que ce n’était pas à lui ni à aucun homme laïc, de s’immiscer dans les jugements ecclésiastiques. Il signa, cependant, après tous les patriarches, non comme définissant, mais comme consentant. Le préfet devait, signer lui aussi avant lui, après tous les évêques, comme l’avaient fait autrefois Constantin, Thedose et Martien. Mais ils ont signé tout de suite après les patriarches, parce que les évêques avaient daigné leur laisser cet honneur.
Si à ces conciles, nous ajoutons les autres conciles généraux, dans lesquels, sans aucun doute possible, les pontifes romains présidèrent, nous serons en mesure de conclure que la coutume constante de l’Église nous enseigne que c’est proprement au pontife romain qu’il appartient de présider à un concile général. Et pour le reste, pour le protocole, les vêtements des évêques dans un concile, les procédures, voir Jean de Turrecremata (livre 3, chapitres 16 et 27), et le début des conciles de Constance et de Bâle.
CHAPITRE 20
On réfute les arguments des adversaires
Calvin tire ses arguments de la pratique de l’Église. Il nomme cinq conciles qui n’ont pas été présidés par le pape, celui de Nicée, présidé par Athanase, le cinquième présidé par Mena, Éphèse par Dioscorus, le carthaginois 6, présidé par Aurelius, même s’il y avait des légats romains; celui d’Aquilée, où Ambroise présida, et non Damase. Mais nous avons déjà répondu aux trois premiers. Au sujet du quatrième concile, je dis que c’est seulement dans les conciles généraux qu’il est nécessaire que le pape préside, et non dans les conciles nationaux ou provinciaux, comme le furent les conciles de Carthage. Car, nous ne nions pas que, pour ces conciles, la présidence revienne à l’archevêque ou au primat du lieu. J’ajoute que les légats romains n’y furent pas envoyés pour qu’ils président, mais pour qu’ils traitent de certaines affaires au nom de l’église romaine. Au cinquième, je réponds que l’argument est composé de deux mensonges de Calvin, qui constituent la proposition majeure et la mineure. On n’en peut conclure que des mensonges.
Le premier mensonge est que le concile d’Aquilée ait été un concile général. Car, s’il avait été un concile général, il aurait été le deuxième, et, en conséquence, celui de Constantinople, qui vint après lui, aurait été le troisième, et non le deuxième.
Ensuite, un très petit nombre d’évêques y participèrent, trente en tout, nombre tout à fait insuffisant pour un concile général. De plus, dans la lettre de ce concile à l’empereur, les pères expliquent qu’il n’avait pas été nécessaire de convoquer un concile général, mais que, pour le but qu’ils se proposaient, il avait été abondamment suffisant de réunir quelques évêques, surtout parce qu’ils venaient de toutes les provinces de l’Occident. Ce fut donc un concile provincial, mais qui reçut l’aide de légats d’autres provinces.
Le second mensonge est que c’est saint Ambroise qui a présidé. Or, celui qui est nommé en premier c’est Valérien, évêque d’Aquilée, et le second, Ambroise de Milan. Ce qui prouve, sans conteste, que c’est à Valérien qu’a été donnée la première place. Cette conclusion n’est pas contredite par le fait que, dans ce concile, c’est saint Ambroise qui a discuté tout seul avec les hérétiques, car on avait coutume de confier la charge de disputer, non de présider, au plus docte. Brentius tire ses arguments de l’ancien testament, dans lequel il appert que les principaux juges, même dans les choses spirituelles, ont été des princes ou des rois, comme on le voit chez Moïse, Josué, David, Salomon, Ézéchias et Josias. Il arrive que Dieu confie à des princes la charge de gardien de la loi divine, comme il est dit dans les Romains : « Si tu as mal agi, crains, car ce n’est pas pour rien qu’il porte un glaive. » Il revient donc aux rois de déterminer comment ont doit conserver la loi de Dieu, comment on doit punir les transgresseurs. Mais cet argument a déjà été réfuté par nous (dans le livre 3 du verbe de Dieu, et le livre 1 du pontife romain). Mais comme les adversaires ne se fatiguent pas à ressasser les mêmes arguments, nous ne nous fatiguerons pas, nous non plus, à répéter les mêmes réponses.
Je réponds d’abord, que Moïse ne fut pas seulement un chef politique, mais aussi un prêtre, comme le psaume 98 nous le montre : « Moïse et Aaron parmi ses prêtres. » Les autres, Josué, David, Salomon et quelques autres, ne furent pas seulement des rois, mais des prophètes, à qui Dieu confiait, hors de l’ordinaire, ce qui appartenait aux prêtres par leur fonction. C’est de cette façon que Salomon rejeta Abiathar du sacerdoce, et mit Sadoc à sa place ( 3, rois 4). Car, cela, il le fit non en tant que roi, mais en tant que prophète, par inspiration divine. On y ajoute, d’ailleurs la cause : « Pour que soit accomplie la parole du Seigneur, qu’Il avait prononcée sur la maison d’Hélie, à Silo. » Mais ce n’est pas à cause de ces cas exceptionnels qu’il faut effacer la loi générale du Deutéronome (chapitre 17) qui ordonne à tous, en cas de doute sur la loi, de recourir aux prêtres, ni cette sentence de Malachie 2 : « Les lèvres du prêtre garderont la science, pour que ce soit de sa bouche que les Juifs s’enquièrent de la loi. »
Je dis ensuite que les autres rois de la synagogue qui furent bons, ne se mêlèrent jamais des affaires ecclésiales. Et quand ils s’y immiscèrent, ils furent punis, comme il appert du très bon roi Josaphat, qui (2 paralipmon 19) distingue clairement les fonctions, en disant : « Le prêtre et pontife Amarias présidera dans tout ce qui se rapporte à Dieu. Zabadias, lui, qui est chef dans la maison de Juda, supervisera les choses qui sont du domaine du roi. » Mais, quand le roi Ozias (rois 1, paralipom 16) voulut usurper la tâche épiscopale, il fut rapidement frappé par Dieu, devint lépreux, et demeura ainsi jusqu’à sa mort. J’ajoute, pour confirmer, que les rois sont les gardiens de la loi divine, mais non les interprètes, et que c’est à eux qu’il revient, par leurs lois et par leurs décrets, d’ordonner de conserver la foi que les prêtres enseignent qu’il faut tenir, et d’infliger des peines temporelles à tous ceux que l’Église juge hérétiques. Comme l’enseignent saint Augustin dans ses épitres (48, 50 et 166,) et les pieux empereurs Constantin, Théodose, Martien. Et c’est ce qu’ils firent souvent, comme on le voit dans « tous les peuples, » dans « la sainte trinité et la foi catholique », dans tout le titre des hérétiques, dans le même code.
Herman tire ses arguments de différents exemples des anciens. Le premier, de la dispute d’Athanase avec Arius, présidée par un juge, homme laïc, et non encore chrétien, que l’empereur Constantin avait envoyé. Cette dispute existe encore aujourd’hui à l’état imparfait dans les œuvres d’Athanase, mais à l’état parfait dans les œuvres de Vigile, évêque de Trente, qui vécut autour de 500. Je réponds qu’une telle discussion n’a jamais eu lieu réellement, mais que Vigile l’a inventée de toutes pièces sous forme de dialogue, contre les ariens, comme lui-même le reconnait au livre 5 contre Eutychès, non loin du début, et comme la chose elle-même le proclame. Car la dispute a eu lieu entre quatre hommes, Sabellius, Arius, Photin et Athanase, alors évêque, comme on le voit par le commencement de l’épitre de l’empereur, qu’au début de la dispute il imagine avoir été envoyée à Probus. Or, Sabellius est mort avant que ne soit connu aucun des trois autres, comme nous l’explique Eusèbe (livre 7, chapitre 5 de son histoire). Puisque c’est au temps de Constantin que mourut Arius, avant que Constance ne commence à régner, (Socrate, livre 1, chapitre 12), il ne put donc pas se rencontrer avec Athanase avant le temps de Constance, comme eux l’imaginent. Quelques-uns disent qu’il y a eu deux Arius, et que c’est avec le dernier que s’est tenue la dispute avec Athanase. Mais Vigile lui-même suffit pour réfuter cette hypothèse, puisqu’il précise que la discussion en question s’est tenue avec celui qui a le premier exprimé l’hérésie arienne.
Mais tu diras que, même si le dialogue est fictif, il n’a pas paru absurde à Vigile qu’un juge laïc préside à un débat portant sur la religion. Je réponds que Vigile a composé ainsi le dialogue pour montrer que la vérité catholique était d’une force telle qu’un juge non chrétien pouvait lui décerner la palme de la victoire. Le second exemple est tiré de Zonara dans la vie de Constantin. Nous y lisons, que, à la demande d’Hélène, qui essayait de faire passer son fils Constantin de la foi chrétienne au judaïsme, Sylvestre a disputé avec les Juifs devant certains sénateurs, qui agissaient comme juges, à la demande de Constantin. Je réponds que ce récit semble incertain, car tous les anciens louent Hélène, comme une femme très chrétienne. Et cela non seulement les catholiques, mais même les magdebourgeois (centurie 4, colonne 694) rient de ce récit qu’ils estiment fabuleux. Et la chronique d’Eusèbe nous montre que, en l’an 325, le bois de la croix avait été trouvé par Hélène. Et ce dialogue Marianus Scotus le place en l’an 327, nous présentant une Hélène qui, à ce moment, persécutait le Christ. Ce qui est incohérent. Le troisième exemple est tiré d’Optatus de Milet et de saint Augustin qui disent plusieurs fois que, dans la cause de Cécilien, les donatistes ont demandé des juges à l’empereur; que l’empereur leur aurait donné l’évêque de Rome avec d’autres évêques; mais qu’ils ont alors fait appel, et qu’ils ont reçu d’autres juges dans la Gaule; et qu’ayant fait de nouveau appel, ils ont été jugés par l’empereur lui-même. L’empereur est donc le juge suprême dans les causes d’évêques.
Je réponds qu’il est normal que les hérétiques argumentent à partir d’exemples donnés par des hérétiques, leurs ancêtres. Car qu’ils aient mal agi en recourant à l’empereur comme à un juge, et qu’ils aient agi encore plus mal quand ils ont fait appel à lui, Optat, Augustin et l’empereur lui-même l’attestent. Saint Augustin (épitre 48)
dit « qu’il fallait grandement reprocher aux donatistes d’avoir accusé Cécilien auprès de l’empereur Constantin, puisque c’était plutôt aux évêques d’outremer qu’ils devaient aller plaider leur cause ». Et, au même endroit, il dit que « l’empereur aurait agi plus selon les règles s’il avait envoyé à l’évêque de Rome, Miltiade, les donatistes qui étaient venus vers lui ». Optatus (dans le livre 1 contre Parmenius) rapporte que l’empereur s’est exclamé : « O audace rageuse de la fureur ! Comme cela a lieu dans les causes des Gentils, ils ont fait appel ! » De même, Augustin (dans son épitre 162) : « À quel point l’empereur les a détestés pour avoir fait ce qu’ils ont fait, vous l’avez entendu vous-mêmes. Et comme il leur a cédé en jugeant leur cause après les évêques, puisse-t-il par la suite demander pardon aux saints évêques, pour que les donatistes cèdent à la vérité. » Tu vois ici que c’est à contre cœur qu’il a accepté qu’on fasse appel à lui, et qu’il a jugé après l’assemblée des évêques. C’était pour freiner la fureur des donatistes quand ils verraient que tous les abandonnent.
De plus, Constantin a compris qu’il n’avait pas le droit de les juger, mais qu’il ne pouvait le faire que dans l’espoir où les évêques lui donneraient la permission qu’il leur demanderait plus tard. Que cela ait vraiment été l’intention de Constantin, nous le montre Ruffin (livre 10, chapitre 2, histoire) disant « qu’il devait être jugé par les évêques, et non les juger. »
Le quatrième exemple est tiré du breviculum collationum sur le principe, où saint Augustin parle ainsi : « Quand les évêques catholiques et ceux du parti de Donat disputaient entre eux, sur l’ordre de l’empereur, devant le tribun et notaire Marcellin qui agissait en tant que juge. » Et à la fin de son récit, il affirme que Marcellin, en tant que juge, s’est prononcé en faveur des catholiques contre les donatistes. Le cinquième exemple ils le tirent de Sozomène (livre 4, chapitre 5), et d’Épiphane (hérésie 71). Ils écrivent tous deux que Photin a demandé et obtenu des juges de l’empereur, devant lesquels il plaiderait sa cause. Je réponds à la quatrième, que, selon la doctrine du même saint Augustin, ce colloque avec les donatistes a été quelque chose d’exceptionnel, et que c’est pour répondre à un besoin tout à fait spécial qu’il a été entrepris.
Car, comme l’écrit saint Augustin contre Julien (livre 3, chapitre 1), quand les pélagiens voulurent, au nom de l’empereur, forcer les catholiques à un débat public semblable à celui tenu entre catholiques et donatistes, saint Augustin répondit que cette rencontre avait été inhabituelle, et qu’elle avait semblé nécessaire parce que les donatistes avaient infecté toute l’Afrique, qu’on ne pouvait pas autrement les réprimer, ni les forcer à participer à un concile. Seul était possible un débat chapeauté par les pouvoirs publics. Je dis ensuite que le jugement ne fut pas semblable à celui dont nous parlons. Car, Marcellinus n’émit pas une sentence qui obligeât l’église universelle, mais qui n’eut pour effet que de contraindre l’audace des donatistes. Marcellin, en effet, avait jugé que les donatistes avaient été réfutés par les catholiques à un point tel qu’ils ne trouvaient plus rien à leur répondre. La même chose s’est passée quand saint Augustin discuta avec l’arien Pascentius devant l’arbitre Laurent. Il ne fit pas de sa décision une chose de foi, car elle ne servit qu’à confirmer la confusion de l’arien, qui se reconnut vaincu. Et on peut dire la même chose de la dispute de l’hérétique Photin, et d’autres semblables. Ces jugements n’ont jamais été considérés par l’Église comme des définitions légitimes, comme le sont les décrets des conciles.
Le sixième exemple il le tire de Socrate, (livre 5, chapitre 10), de Sozomène (livre 7, chapitre 12). Nous y lisons que l’empereur Théodose a ordonné que tous les princes des diverses régions, c’est-à-dire catholiques, ariens et eunomiens, lui présentent une formule écrite de leur foi; et que, quand ce fut fait, il a prié Dieu de diriger son âme vers la vraie foi qu’lui fallait choisir; et que, après avoir lu tous les symboles de foi, il n’a approuvé que la catholique, et a ordonné de l’observer elle seule. Je réponds d’abord que Théodose n’a pas entrepris de définir une nouvelle controverse, et qu’il n’a agi en aucune façon comme juge dans les choses de la foi. Cette chose, en effet, avait déjà été décidée dans le concile de Nicée, dont il était un fervent défenseur, à un point tel qu’il n’a pas voulu être baptisé par l’évêque de Thessalonique, avant de s’assurer qu’il était de la foi de Nicée, comme le rapporte Socrate (lkvre 5, chapitre 6). Il ne pouvait donc pas se demander si la foi arienne était supérieure à la foi catholique. Je réponds ensuite qu’Ambroise (dans la lettre 32) a dit «qu’ il n’appartenait pas aux empereurs de juger dans les choses de la foi ». Et cela, il le prouve par le témoignage de Constantin, de Valentinien sénior, et de Théodose.
Saint Ambroise a dit la même chose du concile d’Aquitaine, « que l’empereur Théodose a laissé le libre jugement aux prêtres. » Théodose n’a donc rien défini dans les choses de la foi. Il a seulement lu les confessions des sectaires, pour répondre à leurs désirs, et leur donner satisfaction, et pour ne pas paraitre les condamner sans les avoir entendus.