Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 93)
Que Théodose ait demandé à Dieu dans la prière de le conduire vers la vraie foi, comme l’écrit Socrate, j’estime que c’est faux. Car, puisqu’il a prié en secret, comme l’affirme Socrate, qui peut savoir ce qu’il a demandé ? Il est certain qu’il n’a pas prié ainsi, car, en priant de cette façon, il aurait péché d’un péché d’infidélité, en doutant de la foi qu’il avait reçue une fois pour toutes. Mais, qu’ en faisant ce qu’il a fait, il n’a pas péché, mais a agi louablement, tous l’admettent. Il pria donc non pour qu’on l’amène à la vraie foi, mais, pour que, dans cette affaire, on le conduise pour qu’il n’agisse pas imprudemment, et n’en vienne pas à demander pardon à Dieu, s’il avait semblé usurper un droit qui lui était étranger. Et il a prié en même temps pour qu’il ne soit pas ébranlé en lisant les confessions de tant d’hérétiques. Le septième exemple est tiré du livre de Théodoret (livre 2, chapitre 23), où nous lisons que lorsque les romains ne voulurent pas que Flavien soit évêques d’Antioche, l’empereur Théodose en a jugé autrement, et ordonna que Flavien soit évêque d’Antioche. Je réponds que cette anecdote démontre admirablement le primat du pontife romain.
Je dis donc que c’est avec raison que le pontife romain n’a pas voulu que Flavien soit évêque; et que ce que l’empereur a fait, il l’a fait par la puissance, non par le droit. Je le prouve ainsi. Quand il y eut un schisme dans l’église d’Antioche (comme le rapporte Socrate, livre 5, chapitre 5), Meletius et Paulin, siégèrent ensemble. Tous furent d’accord pour qu’ils siègent ensemble, mais à la condition que, quand l’un des deux mourrait, l’autre demeurerait seul évêque, personne ne succédant au défunt.
Ce que tous confirmèrent par un serment. Mais, néanmoins, à la mort de Mélèce, Flavien lui succéda, et devint donc évêque à sa place, du vivant même de Paulin, ce qui était contraire au serment, et donc illicite, comme tous le savaient. Comment s’étonner que cette élection illicite ait déplu au pontife romain Damase ?
Saint Ambroise parle de cela (dans sa lettre 78 à Théophile d’Alexandrie), dans les termes suivants : « Ta sainteté écrit que Flavius a eu recours aux suffrages des secrétaires impériaux. Le labeur de tant de prêtres aura donc servi à rien, puisqu’on retourne aux jugements de ce siècle ! » Et plus bas : « C’est à juste titre que nous estimons qu’il faille référer les questions épineuses à notre saint frère prêtre de l’église romaine. » De plus, saint Jean Chrysostome n’a pas été ordonné à Antioche par Flavien, mais par le prêtre Évagre, le successeur de Paulin (Socrate livre 6, chapitre 3), ce qu’il n’aurait jamais accepté s’il avait considéré Flavien comme un vrai évêque. De même l’archevêque d’Alexandrie, Théophile, (Socrate livre 5, chapitre 15), demanda au pontife romain, par son légat, de remettre à Flavien le péché qu’il admettait. Saint Jean Chrysostome raconte aussi quelque chose de semblable (Sozomène, livre 8, chapitre 3). Il ressort clairement de tous ces textes que Flavien a péché, et que son juge et son supérieur a été le souverain pontife. De même, saint Jérôme (dans sa lettre à Damase sur le mot hypostase), parlant de ce même schisme, demande au pontife avec quel évêque il doit communiquer, et il assure qu’il sera en communion avec celui qui est uni au pontife romain. De plus, de grands et saints pontifes, comme Damase, Syricius, Anastase, comme l’écrit Théodoret (livre 5, chapitre 23) blâmèrent ouvertement l’empereur à ce sujet, et dirent qu’il lui suffisait d’opprimer diligemment les tyrans qui s’insurgent contre lui, au lieu de concéder l’impunité à ceux qui agissent en tyrans contre la loi de Dieu. Cette objurgation si atroce d’aussi saints pontifes ne l’auraient pas adressée à l’empereur s’ils n’avaient pas jugé qu’il avait gravement fauté. Et que dire de ce que, ému par cette objurgation, l’empereur (comme le rapporte Theodoret), ne s’est pas fâché contre les pontifes romains, mais ait ordonné deux fois à Flavien de naviguer jusqu’à Rome, pour se purger devant le pontife ?
Enfin, (comme le même Theodoret le rapporte), même si l’empereur a voulu que Flavien soit à Antioche par la force plutôt que par la justice, cette cause ne s’est jamais terminée, et les évêques d’Orient et d’Égypte ne voulurent pas communier avec Flavius avant que, à la mort d’Évagre, le pontife romain ne pardonne la faute de Flavius, qu’il promit d’envoyer ses légats, et que Flavius n’envoyât à Rome, comme légats, des évêques, des prêtres et des diacres illustres.
Nous avons donc ce qui est requis à un concile légitime. Maintenant, sous forme d’appendice, nous ajouterons ce que les protestants requièrent dans leur livre intitulé : « la raison pour laquelle les électeurs, les princes, d’autres, et ceux qui sont adeptes de la confession augustinienne, ne se sont pas rendus au concile de Trente. »
CHAPITRE 21
On réfute les conditions que Luther requiert pour la tenue d’un concile Les luthériens, qui s’appellent protestants, proposent huit conditions pour la célébration d’un concile, que Gaspar Villalpandeus a commentées dans le détail. Nous les réfuterons, nous, brièvement. La première. Avant qu’on puisse tenir un vrai concile, il faut annuler tous les actes du concile de Trente. La deuxième. Que le concile se tienne en Allemagne. Car, selon le canon ecclésiastique de Cyprien (livre 1, épitre 3), les litiges sont jugés là où ils ont pris naissance. La troisième. Que ce ne soit pas le pontife romain qui convoque ou préside le concile, mais que ce soit l’autre partie des belligérants, puisque c’est elle qui est accusée, et que personne ne peut être en même temps juge et partie. La quatrième. Que les décrets ne procèdent que de la seule Écriture, non de la tradition ou des canons. La cinquième. Que les décisions ne se fassent pas sur la base du plus grand nombre de votes, mais qu’elle soit prononcée d’après la norme de la parole divine. La sixième. Que le pontife romain libère tous les prélats du serment de fidélité qui le lient à lui. La septième. Qu’on permette aux théologiens des princes et des états de la confession augustinienne le même nombre de voix décisionnelles qu’aux autres évêques. La huitième. Que l’empereur donne un sauf-conduit non seulement aux personnes, mais aussi à la cause principale elle-même, c’est-à-dire pour que ne soient pas punis ceux qui n’accepteront pas les décisions du concile, et que la foi des luthériens ne puisse pas être condamnée par le concile, même si les théologiens luthériens ne sont pas capables de la défendre. Si ces conditions sont respectées, ils affirment désirer un concile de tout leur cœur, qu’ils pourront appeler vraiment pieux et libre.
La première condition est inique, car rien ne peut être annulé avant d’avoir été condamné par un jugement légitime. Le concile de Trente est, certes, accusé par les hérétiques, mais il n’a été condamné par aucun jugement légitime. Exemples. Le concile d’Éphèse 2 a été condamné par le concile de Chalcédoine; le concile de Constantinople iconoclaste a été condamné par le septième concile. Pour que le concile de Trente soit condamné, il doit être examiné par un autre concile et jugé, et non être invalidé avant la décision d’un concile. La seconde condition est, elle aussi, inique. Car, comme les luthériens semblent dans leur droit de demander que le concile ne se tienne pas en Italie, où les catholiques sont en majorité, mais en Allemagne où les protestants sont plus nombreux, c’est en vertu du même droit que les catholiques demandent que le concile ne se tienne pas dans une Allemagne majoritairement protestante, mais dans une Italie catholique. Et on ne peut, certes, choisir un lieu meilleur et plus convenable que Trente, qui est aux confins de l’Allemagne et de l’Italie. Un juge impartial, neutre, et étranger à la dispute ne pourrait pas faire de meilleur choix.
Au sujet du canon de Cyprien, je dis qu’il a été porté en vue des causes particulières, c’est-à-dire, des crimes des hommes privés, qui doivent être jugés là où ils ont été commis, parce qu’il est plus facile de trouver sur place des témoins. Mais, pour les causes de la foi qui concernent la totalité de l’Église, il en va autrement. Voilà pourquoi la dispute née à Antioche au sujet des observances judaïques a été réglée non à Antioche, mais à Jérusalem dans le concile des apôtres (actes 15). Et l’hérésie arienne, qui est née à Alexandrie, en Égypte, a été jugée à Nicée, en Bithynie; l’hérésie nestorienne née à Constantinople, fut condamnée à Éphèse. L’hérésie d’Eutychès, née à Constantinople, a été condamnée au concile de Chalcédoine. Celles d’Origène, de Didyme et d’Évagre ont été jugées au cinquième synode, à Constantinople, où elles n’avaient en aucune manière pris naissance. L’hérésie des monothélites, qui est née à Alexandrie, dont Cyrus a été l’auteur, a été d’abord condamnée à Rome, dans le concile du pape saint Martin, et ensuite, par le sixième concile œcuménique. L’hérésie des iconoclastes qui est née, s’est développée et s’est confirmée à Constantinople, a été jugée et condamnée à Nice en Bithynie, et même à Rome, auparavant, dans un concile.
Ajoutons qu’il y a eu plusieurs conciles provinciaux , celui de Cologne, de Moguntinus, et d’autres, dans lesquels ils ont été condamnés. Les luthériens ne peuvent même pas nous objecter que ces conciles ont été des conciles papistes, car c’est une objection qu’ont faite tous les hérétiques du passé. Car, dans l’Église, on a toujours procédé de la même manière, c’est-à-dire que les controverses ont toujours été jugées par les évêques qui présidaient alors, sans, pour de nouvelles questions, créer de nouveaux évêques.
La troisième question est inique, elle aussi, car on ne peut pas priver le pontife romain de son droit de juger les conciles, et même de les présider, puisqu’il a exercé ce droit pendant 1500 ans. À moins de prouver, dans un concile légitime, qu’il n’est pas pape. Que le même ne puisse pas être partie et juge, comme ils le prétendent, je dis que cela vaut pour les hommes privés, non pour le pontife suprême. Car, le prince suprême, tant qu’on ne déclare pas, tant qu’on ne juge pas légitimement qu’il a outrepassé son pouvoir, est toujours le juge suprême, même s’il est en conflit avec lui-même. Voilà pourquoi la coutume veut que quand, ils ont un différend avec leur prince, les privés en appellent du prince mal informé au prince mieux informé, comme nous l’apprennent les anciens historiens. Car, quand Marcellin pécha et qu’un concile fut convoqué à cause de lui, tous les évêques déclarèrent qu’ils ne pouvaient par le condamner, mais qu’il devait être en même temps et accusé et juge, comme le rapporte Nicholas 1 (dans sa lettre à l’empereur Michel). De même quand Sixte 111 fut accusé d’adultère, l’empereur convoqua un concile, avec le consentement du pontife, mais, dans ce concile, personne n’osa discuter de la cause du pontife, avant que le pape lui-même déclare qu’il voulait qu’on en discute, comme si cela dépendait entièrement de lui qu’il soit jugé ou qu’il ne le soit pas. C’est ce qu’on lit dans les actes de ce concile, et dans la lettre de ce même Sixte aux évêques d’Orient.
De même, nous lisons dans le quatrième concile romain, sous Symmaque, que tous les évêques ont dit qu’un concile ne pouvait être juridiquement convoqué que par le pape, même si c’était lui l’accusé. Arius ne disputait-il pas au sujet de la foi avec Alexandre ? Et pourtant, au concile de Nicée. Alexandre siégea comme juge, parce qu’il était évêque. Semblablement, au troisième synode, c’est Cyrille qui présida au jugement épiscopal, lui que les nestoriens considéraient comme appartenant à l’autre partie. De la même façon, dans le quatrième synode, ce sont les légats du pape Léon qui ont présidé, alors que la cause portait sur un conflit entre Léon et Dioscore. Il arrive que, dans un concile, le pontife ne soit pas le seul juge mais ait plusieurs collègues, tous des évêques, qui, s’ils pouvaient le convaincre d’hérésie, pourraient aussi le juger et le déposer, même malgré lui. Les hérétiques n’ont donc aucune raison de se plaindre qu’un pontife romain préside à un concile avant qu’il ait été condamné.
La quatrième condition est inique, elle aussi. Car, ce qui a été défini une fois, on ne peut pas le mettre en doute, selon la loi de l’empereur Martien (l nemé, C de summa trinitate, et de fide catholica.) Il appert qu’il a été décrété, dans le sixième synode général, qu’on doit recevoir les traditions non écrites. Même si cette condition semble inique, on peut cependant l’admettre tant qu’il ne sera pas décidé, dans un synode légitime, qu’on doit les recevoir comme paroles de Dieu. Voilà pourquoi, le concile de Trente, avant de passer à autre chose, a défini que les Écritures et les traditions doivent être reçues comme la parole de Dieu. La cinquième condition enlève presque totalement la raison d’être des conciles, comme nous l’avons montré plus haut, parce qu’on ne peut mettre fin à aucune controverse sans recourir au vote majoritaire. Car, comme les deux parties en présence citent des textes de l’Écriture, comment peut-on savoir ce qu’en pense le concile, sans compter les voix, et sans s’en ternir à la majorité ?
La sixième condition est inique et impertinente. Inique, parce que les inférieurs ne peuvent pas être libérés du devoir d’obéissance à leur supérieur, avant que celui-là ne soit déposé légalement, ou ait été déclaré non supérieur. Inique, en effet, est cette condition, car à toutes les fois que se tiennent des comices impériaux, l’empereur devrait délier de leur serment de fidélité tous les princes qui lui sont soumis. Que ne soit pas une nouveauté le serment d’obéissance que prêtent les évêques envers le souverain pontife, nous l’apprennent le pape Grégoire le grand (livre 10, épitre 31), le canon significasti, et le concile de Tolède 11 (chapitre 10). Cette condition est impertinente, parce que le dit serment n’enlève pas la liberté de parole aux évêques, laquelle est nécessaire dans un concile. Car, ils jurent qu’ils obéiront au pape tant qu’il agit en pape, c’est-à-dire tant qu’il ordonne ce que, selon Dieu et les saints canons, il peut ordonner. Ils n’ont jamais juré de ne pas dire ce qu’ils pensent, dans un concile, ou de ne pas déposer celui qu’ils convaincraient d’hérésie.
La septième condition, si on l’entend au sens d’un vote décisionnel à valeur de jugement, répugne à la cinquième condition, et est contre la pratique et le but de tous les conciles, comme nous l’avons montré plus haut. Si on entend le mot dans un sens impropre, et si l’on veut dire que la voix vraiment décisionnelle est l’Écriture divine présentée en témoignage d’une sentence, la condition est très équitable, et n’a jamais été niée par les protestants. Elle a même été présentée trois fois dans le concile de Trente (sessions 13, 15, et 18). La dernière condition, dans sa première partie, c’est-à-dire en ce qui a trait au sauf-conduit des personnes, a déjà été proposée aux protestants, comme on le voit dans ces mêmes passages du concile de Trente, les sessions 13, 15, 18. En ce qui a trait à la deuxième partie, elle est inepte et ridicule. Car, c’est comme s’ils disaient ouvertement : nous voulons imposer de grandes fatigues aux évêques catholiques, leur faire faire d’énormes dépenses, et supporter les fatigues d’un long voyage pour qu’ils se rendent au concile, mais, cependant, nous voulons, qu’une fois venus, ils ne décident rien et ne mettent pas fin aux controverses. 2018 01 20 22h32 fin
2018 01 24 a2031 début
LIVRE 2
L’autorité des conciles
CHAPITRE 1
L’argumentation et la division de ce livre
Sur la définition du concile et sur ses causes nous venons tout juste de discuter brièvement. Il reste à déterminer son autorité. Il est démontré et par les conciles eux-mêmes qui nous sont parvenus, et par le livre 4 sur le souverain pontife, que des conciles épiscopaux peuvent juger des controverses portant sur la foi ou les mœurs, lesquelles surviennent périodiquement dans l’Église. Ce n’est pas de cela que nous traiterons ici. La seule chose que nous entreprendrons d’expliquer est la suivante : les jugements des conciles sont-ils certains et infaillibles ?
Cette étude sur l’autorité des conciles se fera en deux parties. La première, l’autorité des conciles en elle-même. La deuxième. L’autorité des conciles comparée à d’autres principes de foi semblables : l’Écriture, et les décrets pontificaux.
Sur l’autorité des conciles en elle-même deux questions se posent. La première. Des conciles, qui ont été confirmés par le souverain pontife, peuvent-ils errer ? La deuxième. Des conciles non encore confirmés par le souverain pontife, mais légitimement convoqués, peuvent-ils errer ? Car, des conciles réprouvés, ou en partie réprouvés et en partie approuvés, nous n’avons rien à dire, puisqu’il n’est pas douteux qu’ils ont erré. On porte sur eux le même jugement que l’on porte sur les conciles approuvés ou condamnés.
CHAPITRE 2
On démontre par l’Écriture que des conciles généraux confirmés par le pape ne peuvent pas errer.
Nous commençons par cette question, parce que les hérétiques de notre temps ne veulent aucun concile qui ne puisse errer. C’est ce que Luther affirme (art 28 et 29, et dans le livre des conciles), ainsi que Brentius (dans son confession de Wittemberg, chapitre des conciles), et Calvin (livre 4, chapitre 9, verset 8 de ses institutions, et au chapitre 8, verset 163, et en plusieurs endroits). Mais les catholiques, eux, enseignent, comme ils l’ont toujours fait, que les conciles généraux approuvés par le souverain pontife ne peuvent pas errer, ni en expliquant la foi, ni en prescrivant des préceptes moraux pour l’église universelle. Au sujet des conciles provinciaux, il semble y avoir une dissension entre catholiques. Car, comme toute leur certitude dépend de l’autorité du souverain pontife, ceux qui disent que le souverain pontife peut errer, doivent dire en conséquence que des conciles de ce genre peuvent errer. Pour expliquer la chose plus clairement, réduisons-la à deux propositions.
Voici la première. Il faut tenir, de foi catholique, que les conciles généraux confirmés par le pape ne peuvent pas errer, ni en matière de foi, ni en matière de mœurs. On prouve la première proposition par des témoignages de la sainte écriture qui peuvent être ramenés à quatre classes. Dans la première, se trouveront les témoignages eux-mêmes. Dans la seconde, les choses qui prouvent que l’Église ne peut pas errer. Dans la troisième, les choses qui prouvent que le pape ne peut pas errer. Dans la quatrième, les choses qui prouvent que tous les docteurs et tous les évêques de l’Église ne peuvent pas errer.
Nous avons trois témoignages à présenter. Le premier est de Matthieu 18 : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je sui au milieu de vous. » Calvin ne fait pas grand cas de ce texte, précisément parce qu’il semble nous donner la preuve qu’un concile de deux hommes ne peut pas errer. Mais il ne va pas jusqu’à mépriser ce témoignage, puisque, l’argument qu’on peut en tirer ne doit pas être pris de ces seules paroles prises isolément, mais en tenant compte de celles qui précèdent. Le Seigneur, en effet, venait de dire au sujet d’un homme incorrigible : « Dis-le à l’église, et s’il n’écoute pas l’Église, qu’il soit pour toi comme un païen ou un publicain. » Et pour que personne ne pense qu’on doive mépriser l’église ou l’assemblée des prélats, il ajouta tout de suite après : « En vérité je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel. »
Et pour que personne ne doute de l’assistance de Dieu quand les évêques réunis condamnent quelqu’un ou l’absolvent, il dit : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Le sens de ces paroles est le suivant : si deux ou trois qui sont réunis en mon nom obtiennent toujours ce qu’ils demandent à Dieu, à savoir la sagesse et la lumière qui leur suffit pour connaître les choses qui leur sont nécessaires, à plus forte raison tous les évêques réunis en mon nom obtiendront-ils toujours ce qu’ils demandent justement, c’est-à-dire la sagesse et la lumière pour juger des choses nécessaires à la direction de toute l’Église. On peut donc conclure que, qu’Ils soient nombreux ou peu nombreux, des évêques ou des laïcs, tous ceux qui sont réunis en mon nom ont tous le Christ présent, et aidant, et ils obtiennent ce qu’il convient qu’ils obtiennent. Mais, comme dans une assemblée de peu de personnes et de laïcs, le Christ est présent pour les aider dans des choses petites et privées, dans une assemblée d’évêques, il est présent pour les aider dans des choses grandes et publiques. C’est de cette façon que, dans sa lettre au pape Léon, (que l’on trouve à la fin de l’acte 3), le concile de Chalcédoine commente ce passage, et qu’il en fait même un argument. De même, le concile général 6, ( acte 17, le concile de Tolède 3, pas loin du début). De même le pape Innocent (sur la grâce, dist 20, canon de quibus). Et Célestin (dans son épitre au concile d’Éphèse 1), et Cyrille, dans son exposition sur le concile de Nicée, près du début.
L’autre citation est celle de Jean 16 : « L’Esprit de vérité vous enseignera toute vérité. » Et, pour que nous ne pensions pas que cela a été dit pour les seuls apôtres, et non aussi pour leurs successeurs, le Seigneur (ca 14), déclare que le Saint-Esprit demeurera éternellement avec les apôtres, c'est-à-dire avec eux, et avec leurs successeurs, à perpétuité. Le Saint Esprit n’enseigne pas toute vérité aux apôtres pris séparément; c’est donc quand ils sont tous rassemblés en un seul corps que le Seigneur leur enseigne toute vérité. Et comme il n’y a pas, dans l’Église, une chaire d’enseignement, de par Dieu, différente de la chaire du souverain pontife, auquel s’ajoute le consentement d’un concile général, si cette chaire peut faillir elle aussi quand elle enseigne à l’église universelle, je ne sais pas comment sera vraie cette promesse : « Il vous enseignera toute vérité. »
La troisième citation est celle des Actes (15) , où le premier concile dit avec confiance : « Il a paru bon à l’Esprit Saint et à nous ». Or, si ce concile qui fut le modèle de tous les autres qui ont suivi, déclare que ses décrets sont ceux du Saint-Esprit, peuvent certainement déclarer la même chose les autres conciles généraux qui prescrivent des règles de foi et de morale à l’Église universelle. Au premier concile a été présent le Saint Esprit, parce que c’était nécessaire pour la conservation de l’Église. Mais, aux autres époques, à l’apparition de nouvelles hérésies, le Saint-Esprit n’a pas été et ne sera pas moins nécessaire à l’Église.
La deuxième classe de témoignages contient tous les passages qui prouvent que l’Église ne peut pas errer ni en croyant, ni en enseignant. Et cela de deux façons. La première. Parce que toute l’autorité de l’Église n’est, formellement, que dans les prélats, comme la vue de tout le corps n’est formellement que dans la tête. C’est donc la même chose de dire que l’Église ne peut pas errer en définissant des choses de foi, et que les évêques ne peuvent pas errer. Et comme nous l’avons déjà dit, chacun en particulier et isolément pris, peut errer, mais quand ils sont tous réunis en seul corps, ils ne le peuvent pas. La deuxième. Un concile général représente l’église universelle, et possède donc le consentement de l’Église universelle. Si donc l’Église ne peut pas errer, un concile légitime approuvé ne peut donc pas errer, lui non plus. Que par un concile général l’Église universelle soit représentée, Calvin le nie, mais on peut facilement le démontrer. Car, d’abord, dans les 3 Rois, chapitre 8, est clairement appelée église d’Israël l’assemblée des princes qui s’étaient réunis avec Salomon, car il ne pouvait se faire que tout Israël, qui était d’un nombre supérieur à mille milliers d’hommes, soit présent dans le temple simultanément. Et, au début du chapitre, nous lisons que s’étaient assemblés près du roi les prêtres et les chefs des tribus.
De plus, c’est ce qu’enseignent Athanase (dans son épitre sur les synodes d’Ariminum et de Séleucis, et dans son épitre aux évêques africains), Épiphane ( à la fin d’Ancoratus), Eusèbe (livre 3, sur la vie de Constantin), saint Augustin (livre 1 contre les donatistes, chap 18, et livre 2, chapitre 4, livre 4, chapitre 6), Gélase (dans son épitre aux évêques de Dardanie), saint Grégoire (livre 1, épitre 14 à Jean Eulogium, et aux autres patriarches, ainsi que le huitième concile général (acte 4). Tous tant qu’ils sont appellent un concile général une assemblée de toute la terre, ou un consensus de toute l’Église. De plus, Martin 5, à la fin du concile de Constance, a ordonné d’interroger ceux qu’on soupçonnait d’être hérétiques, en leur posant la question suivante : « croyez-vous qu’un concile général représente l’église universelle » ? Semblablement, (livre 4, lettre 9), quand saint Cyprien a dit que « l’Église est dans l’évêque », il est certain qu’il voulait dire que toutes les églises sont dans tous les évêques. De plus, si dans un royaume non démocratique, ce que le sénat ou les comices statuent est perçu comme ayant été fait par la totalité du royaume ou de la nation, pourquoi ne dirait-on pas la même chose des décrets ecclésiastiques, qui se font par la décision commune de tous les évêques ?
La troisième classe de témoins contient tous les passages qui prouvent que le pontife romain ne peut pas errer dans la foi. Comme, par exemple, ce passage de Luc 22 : « J’ai prié pour toi, pour que ne défaille pas ta foi. », et d’autres semblables qui ont été expliqués ailleurs. De tous ces textes, on déduit clairement qu’un concile approuvé par le pape, ne peut pas errer. Car, même si quelques catholiques estiment que le pape peut errer, ils disent qu’il ne peut errer que quand il ne prend pas suffisamment la chose au sérieux. Mais, quand il convoque un concile général, il est certain qu’il veut faire tout ce qu’il peut pour investiguer la question à l’ordre du jour. Car, que peut-il faire de plus ? Donc, au consentement de tous, il est certain qu’alors il n’erre pas.
La quatrième classe de témoignages contient ces passages qui enseignent qu’il faut considérer les évêques comme des pasteurs, qu’on doit les écouter comme des maîtres, qu’on doit les suivre comme des chefs. Comme, par exemple, Luc 10 : « Qui vous écoute, m’écoute ! » Et Hébreux 13 : « Obéissez à vos préposés, et soumettez-vous à eux ! » De même, ces endroits où on les appelle pasteurs (actes 1, éphésiens 4). Quand on leur ordonne de paître, on nous ordonne à nous de les suivre dans les pâturages. Surtout parce que saint Paul nous dit que les apôtres ont été constitués pasteurs pour que nous ne soyons pas emportés par tout vent de doctrine. De même, ceux où ils sont appelés docteurs, (Matthieu, à la fin de son évangile) : « Allez enseigner toutes les nations ! » Et saint Paul (i Timothée 3, et Tite 1). Par l’ordre qu’ils ont reçu d’enseigner, nous avons reçu l’ordre d’écouter. De même, dans ce passage d’Ezéchiel (33) où ils sont dit surveillants ou des éclaireurs : « Donnez-le comme surveillant à la maison d’Israël. » Saint Jérôme et saint Grégoire appliquent ce mot aux évêques. C’est donc avec quelque raison que le concile de Tolède 8 (chapitre 4) compare les évêques à des yeux. Et saint Ambroise (dans la dignité sacerdotale, chapitre 6). Si on ordonne aux évêques de nous indiquer la voie en tant que surveillants et yeux, on nous ordonne à nous de marcher dans la voie qu’ils nous indiquent. De plus, là ou les évêques sont dits des pères, nous sommes dits des fils, comme dans Galates 4, i Jean 2.
À partir de tous ces textes, nous pouvons faire le raisonnement suivant. Si on nous ordonne d’écouter et de suivre les évêques, comme étant des préposés, des pasteurs, des docteurs, des surveillants, et des pères, il est certain qu’ils ne nous induiront pas en erreur, car nous pourrions renvoyer la faute à Dieu. Sans aucun doute, chaque évêque, isolément pris, peut errer, et erre parfois; et il arrive qu’ils ne soient pas tous d’un même avis sur un sujet, de façon à ce qu’on ne sache plus lequel il faut suivre. Il reste donc, au moins, que, quand ils sont rassemblés au nom du Seigneur, quand ils enseignent d’une seule bouche, ils ne peuvent pas errer.
CHAPITRE 3
On prouve la même chose avec les pères de l’Église.
Que se présente le second témoignage, la tradition des anciens pères. L’Église et les pères ont écrit beaucoup de choses sur les conciles, d’où il apert qu’ils ont compris que les conciles généraux ne peuvent pas errer. Ils affirment, d’abord, que la sentence d’un concile général est, dans une cause de foi, l’ultime jugement ecclésial, duquel on ne peut pas faire appel; qu’elle ne peut être ni annulée ni rétractée. Il s’ensuit de là clairement que des conciles de cette sorte ne peuvent pas errer. Car, autrement, il serait extrêmement inique d’interdire aux chrétiens de faire appel d’un concile qui peut errer. Voilà pourquoi on retrouve souvent chez les anciens cette première affirmation. Athanase, dans son épitre à Épictète (que rapporte Épiphane à l’hérésie 77), s’étonne qu’ils osent remettre en question les choses qui ont été définies à Nicée, car ce n’est qu’en se trompant qu’on peut changer les décrets de ce genre de concile. Saint Augustin (dans l’épitre 162) dit « qu’un concile général est l’ultime jugement de l’Église. » Saint Léon (dans sa lettre 50 à Martien) demande que ce qui a été défini une fois pour toutes dans un concile général ne soit pas rétracté, ce que lui-même a sanctionné par sa loi (nemo C de summa trinitate, et fide catholica). Le même Léon enseigne la même chose dans sa lettre au concile de Chalcédoine, et dans l’épitre 62 à Maxime d’Antioche. La même chose Gélase (dans son épitre aux évêques de Dardanie). La même chose a été statuée dans le concile d’Éphèse, près de la fin, et dans le concile de Chalcédoine (acte 5, dernier canon).
En second lieu, les pères et l’Église enseignent que sont hérétiques et doivent être excommuniés ceux qui n’acceptent pas les conciles généraux. Il suit manifestement de cela qu’ils pensaient que les conciles ne pouvaient pas errer. D’ailleurs, au tout début, tous les conciles généraux anathématisaient les contradicteurs, comme saint Athanase l’atteste du concile de Nicée, dans une lettre aux évêques africains. Et pour les autres conciles, leurs actes attestent la même chose. Dans une lettre au prieur de Clidonium, comme les apollinarites niaient qu’ils étaient des hérétiques, et disaient qu’ils avaient été reçus dans un concile catholique, saint Grégoire de Naziance écrivit ceci : « Ils montrent cela, et nous acquiescerons ? Car il sera évident qu’ils ont donné leur assentiment à la vraie doctrine, car la chose ne peut pas avoir lieu autrement, s’ils obtiennent cela. »
Le bienheureux Léon (épitre 78 à l’empereur Auguste) enseigne qu’on ne peut pas compter parmi les catholiques ceux qui n’acceptent pas le concile de Nicée ou de Chalcédoine. Le même Léon (épitre 77 à Anatole) ordonne que le prêtre Atticus accepte le concile de Chalcédoine, ou soit excommunié. Saint Basile (épitre 78), dans laquelle il explique la foi, enseigne qu’à ceux qu’on soupçonne d’hérésie, il faut présenter les décrets du concile de Nicée, pour qu’on sache s’ils sont hérétiques ou pas. De plus, saint Augustin (dans son livre sur le baptême, chapitre 18), donne une seule raison pour excuser Cyprien d’être hérétique, à savoir qu’à son époque, aucun concile général n’avait encore été convoqué pour régler cette question de la réitération du baptême des hérétiques. De même, saint Grégoire (livre 1, épitre 14) dit anathème à ceux qui ne reçoivent pas le cinquième concile général, qui est le seul à avoir été célébré de leur temps.
Troisièmement. Les pères enseignent que les décrets des conciles généraux légitimes sont divins, et ont été édités par le Saint-Esprit. D’où il suit qu’ils ne peuvent pas être entachés d’erreur. De même, Constantin, dans sa lettre aux églises (selon Eusèbe, livre 3 de la vie de Constantin), donne le nom de commandements divins aux décrets du concile de Nicée. Athanase (dans son épitre aux évêques africains) dit : « La parole de Dieu émise par le concile de Nicée demeure éternellement. » Saint Grégoire de Naziance (dans son discours à Athanase) dit « qu’au concile général de Nicée, les évêques ont été rassemblés par l’Esprit-Saint. » Saint Cyrille (dans le livre 1 de la trinité) dit que « le concile général de Nicée est un divin et très saint oracle». Saint Léon (dans son épitre 53 à Anathole, et 54 à l’empereur Marien), affirme que « les canons du concile de Nicée ont été faits sur l’ordre du Saint-Esprit ». Et dans l’épitre 37 à l’empereur Léon, il affirme que « le concile de Chalcédoine a été convoqué par le Saint-Esprit » Saint Grégoire (livre 1, épitre 24), affirme « qu’il vénère les quatre premiers conciles comme les quatre évangiles. » Nicolas premier dans son épitre à l’empereur Michael, appelle les décrets des conciles « des sentences inspirées par la divinité. » Enfin, les conciles eux-mêmes affirment qu’ils ont été assemblés dans le Saint-Esprit.
Quatrièmement, ils enseignent qu’il est préférable de mourir plutôt que de prendre ses distances avec les conciles généraux de l’Église. C’est ce que dit saint Ambroise (épitre 32) : « J’adhère au traité du concile de Nicée, de qui ni la mort ni le glaive ne pourront me séparer. » Saint Hilaire a vraiment souffert l’exil pour la foi dans le concile de Nicée, comme lui-même l’atteste à la fin de son livre sur les synodes. Et Victor l’Africain, dans ses trois livres sur la persécution des Vandales, décrit plusieurs martyres célèbres de saints, qui sont morts pour la foi expliquée dans un concile général. Saint Jérôme, dans son livre contre les lucifériens, dit, en parlant d’Athanase, d’Hilaire, d’Eusèbe, et d’autres saints confesseurs : « Comment auraient-ils pu faire quoi que ce soit contre le concile de Nicée, pour lequel ils subirent des exils ? »
CHAPITRE 4
On montre la même chose avec des arguments tirés de la raison
Recourrons à la fin à la lumière de la raison naturelle. Le premier argument. Si les conciles généraux pouvaient errer, il n’y aurait, dans l’Église, aucun jugement certain qui permette de régler des différends, et de conserver l’unité de l’Église. Car, il n’y a rien de plus grand qu’un concile légitime approuvé. Le second. Si le jugement d’un concile n’était pas infaillible, on pourrait trouver des raisons pour réhabiliter toutes les hérésies condamnées. Car, Arius dirait que le concile de Nicée a erré; Macédoine en dirait autant pour le concile de Constantinople, Nestor pour celui d’Éphèse, et Eutychès pour celui de Chalcédoine. Le troisième. Il n’y aurait aucune certitude sur de nombreux livres de la Sainte Écriture. Car, au sujet de l’épitre aux Hébreux, de l’épitre 2 de Pierre, 3, de Jean, de Jacques, et de Jude, et de l’apocalypse, livres que même les calvinistes reçoivent, le doute fut permis jusqu’à ce qu’un concile général se prononce catégoriquement là-dessus. Le quatrième. Si tous les conciles généraux pouvaient errer, il s’ensuivrait certainement que tous admettraient une erreur intolérable, et ne seraient donc dignes d’aucune estime. Car, c’est une erreur intolérable de présenter comme un article de foi une chose qu’on ne sait pas si elle est vraie ou fausse. Or, les principaux conciles généraux comme ceux de Nicée, d’Éphèse, de Constantinople, et de Chalcédoine, formulèrent de nouveaux symboles de foi, ou certainement de nouvelles propositions, qu’ils ont clairement présentées comme articles de foi. Qui donc oserait dire que ces quatre conciles contiennent une erreur intolérable; qu’ils ne sont dignes d’aucune considération, alors que nous voyons que les adversaires eux-mêmes les reçoivent avec honneur, et les citent souvent comme témoignage de vraie doctrine ? Il reste donc que nous croyions que leurs jugements sont surs et infaillibles.
CHAPITRE 5
Les conciles particuliers, approuvés par le pape, ne peuvent pas errer.
L’autre proposition : les conciles particuliers portant sur la foi et les mœurs, qui ont été approuvés par le pape, ne peuvent pas errer. Cette proposition n’est pas reçue comme l’est la première. La première, aucun catholique ne la nie; la deuxième, il ne manque pas d’auteurs qui la nient. Nous n’affirmons pas qu’elle soit de foi, et qu’elle doive être tenue par tous les catholiques, parce que nous ne voyons pas que ceux qui la nient aient été, jusqu’à présent, condamnés par l’Église comme hérétiques. Nous avons appris de l’historien Eusèbe (livre 7, chapitres 2 et 3 de l’histoire de l’Église), que le pape Corneille, avec un concile national formé de tous les évêques d’Italie, avait statué qu’on ne pouvait pas rebaptiser les hérétiques; que la même sentence avait été approuvée par le Pape Étienne, et qu’il avait même ordonné qu’on ne les rebaptise pas. Et on apprend du même Eusèbe que saint Cyprien pensait le contraire, et qu’il a défendu sa cause passionnément, comme on le voit dans la lettre qu’il a écrite à Pompée, dans laquelle il démontre que le pape se trompe. Et, pourtant, saint Cyprien a toujours été considéré comme un membre de l’Église.