Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 95)
Onzième. On nous objecte aussi le concile de Tolède, dans le canon 17, duquel il est écrit qu’on peut admettre à la communion celui qui a une concubine, pourvu qu’il ne soit pas marié. Et que ce concile a été célébré sur l’ordre du pape Léon (chapitre 21). Je réponds que ce qu’on appelle ici concubine c’est une femme mariée sans dot et sans solennité, comme on le voit défini par Gratien (dist 34, canon omnibus). Ce qui est conforme au droit civil, comme on le voit dans la « nouvelle » 18 de Justinien. De la même façon, Agar et Cethura sont appelées concubines d’Abraham, bien qu’elles aient été de vraies épouses (Genèse 16, au sujet d’Achar, et Genèse 25 au sujet de Cethura.) Mais tu m’objecteras que ce même Léon qui a ordonné que soit ce concile, et qui l’a approuvé, dit (dans une lettre à Rutidus de Narbonne) en parlant d’épouse et de concubine : « La concubine n’est pas une vraie épouse, et leur union n’est pas un sacrement, mais un mariage. Voilà pourquoi une femme qui épouse un homme ayant une concubine ne pèche pas comme si elle épousait un homme marié, car on ne peut pas dire d’un homme qui a une concubine qu’il est marié. » Je réponds que le pape Léon prend ici le mot concubine dans un autre sens que celui que les pères de ce concile lui ont donné, à savoir celle qui partage la couche d’un homme sans promesse mutuelle de vivre perpétuellement ensemble. Le concile, lui, entend par concubine celle qui est épousée avec cette promesse mutuelle, mais exprimée privément, et non formulée publiquement.
Mais, diras-tu, si Léon est l’auteur de ce concile comment a-t-il pu nier formellement qu’on puisse donner le nom d’épouse à une concubine ? Je réponds que Léon ne fut pas l’auteur de tout le concile, mais de seulement ce canon. Car, au début du concile, on dit que le concile s’est assemblé au temps des empereurs Honorius et Arcade. À un moment, donc, où Léon n’était pas encore pape, puisque c’est au temps de l’empereur Théodose junior qu’il a été sacré, trente-trois ans après la mort d’Arcade (la chronique de Prospère). Ensuite, dans le dernier chapitre, on insère une explication de la foi que l’on dit avoir été faite sur l’ordre du pape Léon le grand. Toutes ces choses manquent de cohérence, à moins de dire que le concile de Tolède ait été tenu avant le temps de Léon, et qu’après, au temps de Léon, ait été ajoutée cette explication de la foi, et annexée au même concile. Car les évêques qui apposèrent leur signature à cette explication avaient été présents au concile. Ce qui donne beaucoup de vraisemblance à cette hypothèse c’est de voir, avant cette explication de la foi, les signatures des évêques qui mettaient fin au concile; et ensuite, après l’explication de la foi, les signatures d’autres évêques. Saint Léon n’a donc confirmé, de ce concile, que le dernier canon qui a été fait de son temps.
Le douzième. Harmann Hamelmannus nous objecte aussi le concile de Wormatiens, dans le canon 3 duquel on trouve une énorme erreur. On ordonne que les voleurs occultes soient testés par la réception de l’eucharistie. Or, saint Thomas d’Aquin lui-même enseigne que c’est une erreur (par 3, q. 80, ar. 6, ad 3). Je réponds que ce fut un concile provincial non confirmé, mais plutôt réprouvé par les souverains pontifes, précisément à cause de canon. C’est ce que saint Thomas enseigne au même endroit. Le treizième. Ils mettent de l’avant d’autres canons du sixième synode, qui semblent avoir été reçus. Car Hadrien 1 (dans sa lettre à Tharasius, qui se trouve dans la deuxième moitié du concile), appelle ces canons divins, et légalement prescrits. De même, Nicolas 1 (dans sa lettre à Michel) et Innocent 111 (ca a multis,extra de etate ordinandorum) et le synode 7 (actes 2-6) se servent ce ces canons. Mais, dans ces canons, on trouve de graves erreurs. Car, dans le canon 2, on reçoit le concile tenu sous Cyprien sur la réitération du baptême des hérétiques, ce que saint Augustin appelle une erreur (souvent dans ses sept livres sur le baptême). Le canon 71 juge invalides et annulables les mariages entre catholiques et hérétiques, ce qui est une erreur fragrante. Car, même s’il pèche celui qui épouse une hérétique, le mariage est un sacrement à cause du caractère du baptême que l’hérétique conserve. Un tel mariage ne peut donc pas être annulé.
Je réponds que non seulement ces canons, mais même beaucoup d’autres sont erronés. Il faut pourtant savoir qu’ils n’ont été promulgués par aucun concile légitime et approuvé. Car Tharasius nous montre que dans l’acte 4 du synode 7, ces canons n’ont pas été promulgués par le synode 6 qui fut tenu au temps de Constantin et d’Agathon, mais plusieurs années après, au temps de l’empereur Justinien 11. À ce concile ne fut présent le pontife romain ni par lui-même ni par des légats. Et non seulement il ne confirma pas ce concile, mais il le réprouva publiquement, comme l’attestent Bède le vénérable (dans son livre sur les six états, au mot Justinien), Paul Diacre (dans sa vie de Justinien) et Platina (dans sa vie de Serge). Aux paroles d’Hadrien 1, je réponds qu’il n’a fait que rapporter la sentence de Tharasius, sans la réprouver, parce que ce canon 81 sur les peintures avait une certaine utilité à cette époque. Aux paroles de Nicholas je réponds qu’elles parlent en notre faveur. Car il dit qu’il cite ce canon des Grecs comme saint Paul avait cité des paroles de poètes païens. Au sujet d’Innocent, je dis qu’il n’a rien défini, là, au sujet de ces canons, mais qu’il n’a fait que citer un d’entre eux. Qu’il l’ait cité au nom du synode 6, cela a pu se faire, soit parce qu’on les nomme ensemble, même s’ils ne le sont pas vraiment; soit parce que Innocent a reçu ce canon de Gratien (dist 32, canon si quis). Or, Gratien, dans cette partie, a souvent erré, attribuant des livres à ceux qui n’en étaient pas les auteurs. Je dis au sujet du septième synode, que ces canons ont été cités par des hommes privés dans le synode, pendant la période de discussion, mais qu’ils n’ont pas été définis par le concile. Car, à l’acte 7, on trouve une définition du concile dans laquelle aucune mention n’est faite de ces canons. Voir François de Tours, dans son livre sur le septième synode, et les explications que nous avons données de ces canons au livre 2, chapitre 14 du souverain pontife.
Un quatorzième est présenté par Hermann Hamelmannus (livre 3, dernier chapitre des prolégomènes), Calvin (livre 1, chapitre 11, verset 14 des institutions, et dans le livre 4, chapitre 9, verset 9) et les magdebourgeois (centurie 8, chapitre 9), le synode 7, Nicée 11. Ils disent qu’ils s’opposent à deux conciles, un antérieur, celui de Constantinople, et un autre postérieur, celui de Francfort, sous Charlemagne. Est--ce qu’il faut suivre la règle de saint Augustin (livre 2, chapitre 3 sur le baptême), qui veut que les conciles anciens soient amendés par les récents, ou la règle d’Isidore (que l’on trouve dans Gratien dist 50, canon le Seigneur saint) qui enseigne que les conciles plus anciens doivent être placés avant les plus récents. Il deviendra donc nécessaire de rejeter le concile de Nicée. Que le deuxième concile de Nicée s’oppose au concile de Constantinople plus ancien, le concile de Nicée lui-même le reconnait à l’acte 6, dans lequel les pères déclarent que c’était au temps du précédent empereur que fut défini au concile de Constantinople que les images ne pouvaient en aucune façon être vénérées. Ce qui est en opposition avec le concile postérieur de Francfort, dans lequel les légats du pontife romain furent présents. Les adversaires le prouvent par des historiens comme Adon, Aimonius, Platina et d’autres, qui, en parlant de l’époque de Charles et d’Adrien disent que, dans le concile de Francfort, a été condamné le septième concile des Grecs. Ils le prouvent ensuite par les quatre livres de Charlemagne qui venaient d’être publiés, c’est-à-dire en 1549. Dans ces livres, Charlemagne milite avec force contre le concile qui a condamné les images, et nous y lisons qu’ils ont été approuvés par le concile de Francfort.
Je réponds que le concile de Nicée n’est en opposition avec aucun concile légitime. Et d’abord, en ce qui a trait au concile de Constantinople sous l’empereur Constantin Copronyme, il est évident que ce concile ne fut pas un concile général, qu’il ne fut légitime en aucune façon, puisque le pontife romain n’y participa , ni par lui-même, ni par ses légats, comme le racontent les historiens Zonaras et Cedrenus dans la vie de Constantin Copronyme. Et c’est ce que reconnaissent aussi les magdebourgeois (centurie 8, chapitre 9, colonne 55). Que sans pontife romain, aucun concile légitime ne peut être tenu, c’est la règle du concile de Nicée qui nous le dit, (que l’on trouve dans le livre 2, chapitre 13 de Socrate ». Et que dire de ce que ne furent pas présents, non plus, les trois principaux patriarches, celui d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, comme le rapportent Zona, Cedrenus et les magadebourgeois. Et comment peut-il être légitime un concile que n’approuvent ni l’Orient ni l’Occident, ni la région médiane, mais seulement quelques évêques de l’Aquilon ? Comme ils sont nombreux les historiens, tant grecs (comme Zonaras, Pfellus, Photius, Nicetas, Cedrenus) que latins, (Rheginus, Sigebert, Adon, Paul diacre, Urspergensis,) qui réprouvent ouvertement ce concile, ou qui ne le comptent pas parmi les conciles ecclésiastiques.
Au sujet du concile de Francfort sur lequel misent principalement nos adversaires, je dis trois choses. D’abord, tout ce que concile a défini est sans grande importance, car il ne faut surement pas l’estimer plus grand que le concile de Nicée qui fut certainement universel et plus ancien, et approuvé par le souverain pontife. Le concile lui-même nous montre que furent présent les légats du pape Hadrien. Il fut approuvé par Léon 3. Je dis, en second lieu, que si ce que disent les magdebourgois est vrai (centurie 8, chapitre 9, colonne 639), ce concile ne nous fait aucun tort. Car, c’est eux-mêmes qui disent qu’Hadrien n’a pas consenti au synode de Francfort, mais l’a réprouvé, ainsi que ses légats. Et il est certain qu’un synode que réprouve un pape n’est d’aucune autorité, comme on le voit chez Gélase (dans le tome sur le lien de l’anathème), et par l’expérience. Car aucun synode réprouvé par le pape n’a jamais été considéré légitime. Et que dire si le concile de Francfort enseigne cela lui-même, car les livres carolingiens montrent que le synode a décrété que le jugement ultime dans les controverses appartenait au pape, et que c’est principalement avec cet argument qu’il rejette le septième synode. Il estimait, en effet, qu’il avait été célébré sans l’autorisation du souverain pontife. Selon le témoignage des magdebourgeois, le synode de Francfort se détruit lui-même.
De plus, les mêmes magdebourgeois disent que le synode de Nicée confirmé par le pape Hadrien réprouve le concile de Francfort fait sans l’autorité du pape. Donc, au jugement des magdebourgeois, ce n’est pas notre concile de Nicée, mais un autre qui est condamnée par le concile de Francfort. Au même endroit les magdebourgeois enseignent que n’a pas été décidé dans le concile de Francfort que les images soient enlevées des temples, mais qu’elles demeurent dans les temples sans être « adorées ». Pourquoi donc, eux, enlèvent-ils les images des temples ? Pourquoi les brisent-ils ? Pourquoi ne conservent-ils pas le décret de Francfort ? C’est ce qui nous permet de réfuter le mensonge de l’apologie des anglais qui enseigne que le concile a décrété qu’on détruise les images, alors qu’il a décrété tout le contraire, au témoignage des livres carolingiens, d’Hincmar, et des magdebourgeois eux-mêmes, à savoir que soient anathématisés ceux qui veulent détruire les images. De plus, la chose parle par elle-même. Car, si le concile avait statué cela, pourquoi ne l’a-t-on pas fait ? Car, qui, dans l’église occidentale, résisterait à un décret de tous les évêques et de l’empereur ? Il est plus que certain que rien de semblable n’a été fait, car aucun des historiens ne le rapporte. À l’exception de Jonas d’Aurélie, qui raconte, comme une chose nouvelle et sacrilège, que Claude Taurin a voulu, dans son diocèse, détruire des images.
Je dis, en troisième lieu, que ce qui a été statué définitivement dans le concile de Francfort au sujet des images, demeure incertain. Car, les anciens auteurs ne sont pas toujours cohérents avec eux-mêmes. Tout d’abord, le décret lui-même de Francfort qui est cité dans la préface des livres carolingiens, atteste que, dans le concile de Francfort, a été condamné le concile qui s’était rassemblé à Constantinople et qui avait commandé d’adorer les images. Quand il parle de Constantinople, il semble parler des hérétiques qui sont contre les images; et quand il parle d’un décret ordonnant d’adorer les images, il semble se référer au concile des catholiques. Semblablement, les livres carolingiens eux-mêmes disent que, dans le synode de Francfort, a été condamné le synode qui s’était rassemblé en Bithynie, sans l’autorisation du pape, au sujet de l’obligation d’adorer les images. Quand il nomme Constantinople, et dit qu’il a été tenu sans l’autorisation du pape, il semble parler du synode des hérétiques. Mais, quand il dit en Bithynie, et qu’il a été célébré pour les images, il semble parler de notre concile de Nicée, car Nicée est la métropole de la Bithynie, et Constantinople est dans la Thrace.
Hincmar de Reins (chapitre 20 du livre contre Hincmar de Laudunensen, qui vivait à peu près à cette époque), dit que, dans le synode de Francfort, a été condamné le synode qui s’était tenu à Nicée sans l’autorisation du pape, où il met deux choses contraires ensemble, comme le montrent Aimonius (livre 4, chapitre 85, les gestes des Francs), et l’abbé Urspergensis (dans sa chronique, à l’année 793). Ils écrivent que, dans le synode de Francfort, a été condamné le septième synode des Grecs, qui s’était réuni à Constantinople sous Constantin et Irène. Même eux se contredisent aussi. Plusieurs historiens plus récents disent que, dans le synode de Francfort, a été condamné le concile qui enseignait d’enlever les images, que les Grecs appelaient le septième. Ainsi, Platina (dans la vie d’Adrien), Blondus (décade 1, livre 1), Sabellius (livre8, Enneadis), Paul Émilien (livre 2 des gestes des Francs). À cause de cette confusion, Alanus Copus (dialogues 4 et 5) enseigne que, dans le concile de Francfort, seul a été condamné le concile de Constantinople hérétique, que l’autre non seulement n’a pas été condamné, mais qu’il a même été confirmé. C’est cette version que j’aimerais considérer comme vraie, mais je soupçonne qu’elle est fausse.
Premièrement, parce que les livres carolingiens ont été faussement attribués à Charlemagne. Ils ont cependant, sans aucun doute, été écrit au temps de Charlemagne, comme on le voit par la réfutation des livres qu’Adrien 1 a édités. Et ils semblent avoir été écrits pendant le concile de Francfort, et contenir des actes du concile. C’est ce qu’affirme Hincmar, un auteur du temps, et ces livres eux-mêmes portent un témoignage en leur faveur. Que le synode qui dans ces livres est réfuté soit vraiment Nicée 11, on ne peut en douter, si on prend la peine de les lire, eux, ou la réponse d’Adrien. En second lieu, tous les auteurs anciens sont d’accord pour rapporter que, dans le concile de Francfort, a été réprouvé le septième synode, qui avait décrété qu’il fallait adorer les images. C’est ce que Hincmar, Aimonius, Rhegino, Adon et d’autres enseignent souvent. Dire que tous ces gens-là mentent, ou que leurs œuvres ont été corrompues me semble dur à avaler.
Troisièmement, si ces auteurs avaient parlé du faux sixième synode, c’est-à-dire du concile de Constantinople contraire aux images, ils se souviendraient quand même dans leurs récits du vrai synode de Nicée. Or, ils ne se sont souvenus que du concile de Nicée qui a été condamné. Peu importe que les livres carolingiens, comme l’abbé Urspergensis et Aimonius le disent, réprouvent le synode qui a eu lieu à Constantinople, car le dit abbé a suivi les livres carolingiens, comme aussi Aimonius. L’auteur de ces livres, par un trou de mémoire ou par incompétence, a mis le mot Constantinople au lieu de Nicée. Car, quand il dit que le synode a été célébré dans la province de Bithynie, où se trouve Nicée, et non Constantinople, il indique suffisamment que c’est de Nicée qu’ii parle. Et, il en va de même pour l’abbé et Aimonius. Quand ils disent que le synode a été célébré sous Constantin et Irène, ils démontrent clairement qu’ils parlent du concile de Nicée 2, même si, par erreur, ils nomment Constantinople. Il importe peu, non plus, que Hincmar et les livres carolingiens disent que le synode réprouvé à Francfort ait été célébré sans l’autorité du pape, ce qui est faux de Nicée, et vrai de Constantinople. Car Hincmar a suivi les livres carolingiens, comme lui-même le spécifie : l’auteur de ces livres a inventé de toutes pièces ce mensonge, avec beaucoup d’autres, pour s’opposer au concile de Francfort, comme nous le dirons bientôt.
Il importe peu, enfin, que Platina, Blondus, Sabellicus, et Paulus Émilianus écrivent que le synode qui a été réprouvé c’est celui qui a commandé d’enlever les images, car ils sont tous plus récents. De plus, ce qu’ils disent n’est pas en opposition avec ce que disent les historiens anciens. Car, dans le synode de Francfort, deux synodes ont été réprouvés, celui de Constantinople contraire aux images, et celui de Nicée 2 favorable aux images, comme nous le font voir les livres carolingiens et aussi Hincmar. Et c’est peut-être pour cette raison que quelques historiens anciens nomment Constantinople, d’autres Nicée, quand ils disent qu’un synode des Grecs a été condamné à Francfort. Il me semble donc à moi, que, dans le synode de Francfort, c’est le synode de Nicée 2 qui a vraiment été condamné, mais par erreur, et matériellement, pour une raison semblable à celle qui a poussé le concile d’Ariminensis a condamner le mot consubstantiel (homoousion). Car, l’auteur des livres carolingiens a attribué au concile de Nicée 2 deux mensonges. Le premier. Le concile a décrété que les images doivent être adorées d’un culte de latrie. L’autre mensonge. Ce décret a été fait par les Grecs sans le consentement du souverain pontife. Après avoir considéré comme vrais ces deux mensonges, le concile de Francfort a condamné à juste titre le concile de Nicée 2 comme profane et illégitime.
Que le concile ait été persuadé de ces deux choses, les livres carolingiens eux-mêmes nous le font comprendre. Car, voici ce qu’on lit dans la préface : « Dans le concile de Francfort est revenue sur le tapis la question du nouveau synode des Grecs qu’ils tinrent à Constantinople au sujet de l’adoration des images, dans lequel il est écrit que celui qui s’interdirait d’adorer les images des saints comme on adore la très sainte trinité serait anathématisé. Nos pères, refusant de toutes leurs forces de rendre aux images, par la parole ou les gestes, une adoration, de latrie, se sont tous mis d’accord pour condamner ce concile. » Voilà ce qu’ils disent à un endroit. Dans la même œuvre, on fait entrer le concile d’évêques de Chypre qui , dans le concile de Nicée 2, dit anathème à ceux qui n’adorent pas les images comme on adore la très sainte Trinité. C’est clairement le premier mensonge. Le même auteur enseigne ouvertement que c’est au souverain pontife qu’appartient le jugement sur les controverses de foi, et que, par conséquent, ce concile ne vaut rien, parce qu’il n’a pas été approuvé par le pape.
De plus, les auteurs anciens qui rapportent qu’a été condamné un faux synode, entendent surement par le mot vénérer, adorer d’un culte de latrie. Car, ils enseignent, eux aussi, qu’il faut vénérer les images, et pourtant exècrent ce synode qui ordonne d’adorer les images. Adon (dans sa chronique à l’année 696) dit qu’au jour de l’exaltation de la sainte croix, le peuple avait coutume d’embrasser la sainte croix et de l’adorer. Également, dans sa chronique (en l’an 717), il dit que doit être vénérée l’image que l’hérétique Philippe avait enlevée, et que l’empereur catholique Théodose avait restituée. Rhegino (livre 1 de sa chronique, vers la fin) accepte l’adoration de la sainte croix, et appelle un crime honteux la destruction des images faite par Léon iconoclaste. Jean Aventinus (au livre 4 de ses annales) raconte que, quand Charlemagne a été nommé empereur, son image a été placée dans le temple et vénérée par le peuple, en sa présence même. L’abbé Urspergensis (dans sa chronique) se déchaîne contre Léon Isaurien et Constantin Copronyme, à cause de leur rejet des images, et les appelle impies, et précurseurs de l’antichrist. Et, à l’inverse, il loue le pape Grégoire, et dit qu’il fut un saint, parce qu’il a excommunié l’empereur à cause des images du Christ et des saints.
Que le concile de Nicée n’ait pas été approuvé par le pape, et qu’il ait décrété que les images soient adorées d’un culte de latrie, il est absolument certain que ce sont des mensonges. Car, dans le concile de Nicée 2, on reproduit les lettres du pape Adrien en faveur des images, et tous ses actes ont tous été signés d’abord par les légats du pape. Ensuite, en ce qui se rapporte au culte de latrie, dans l’acte 1, nous lisons que quand Basile d’Ancyre, qui était autrefois hérétique, reçut et émit la profession catholique, pendant que tout le concile écoutait et approuvait, il dit qu’dit qu’il rendait un culte aux images, mais pas de latrie, car cela n’était du qu’à Dieu. Constantin, évêque de Constance de Chypre, parla également de la même façon, dans ce même synode de Nicée 2. Ainsi que d’autres évêques (actes 4 et 7). Il n’y a pas à se surprendre que l’auteur des livres carolingiens ait attribué au concile de Nicée ces gros mensonges que le concile de Francfort prenait pour des vérités. Car, si, de nos jours, les magdebourgeois et Calvin osent écrire que nous adorons les images en leur rendant des honneurs divins, comme si elles étaient des dieux, alors que tant de livres catholiques, et le concile général latin lui-même qui a été célébré à Trente, aux frontières de la Germanie, clament ouvertement le contraire, comment se surprendre que la même chose soit arrivée au sujet d’un concile tenu en grec, langue que très peu pouvaient lire, et qui a été célébré en Orient?
Si tu tires la conclusion que le concile de Francfort, auquel beaucoup d’évêques ont participé, et qui était légitime, a pu errer, je répondrai qu’il a pu errer, non dans la doctrine, mais dans une question de faits. Et, de plus, il n’y a pas à se surprendre qu’il ait erré, car les légats romains ne consentirent pas, comme le disent les magdebourgeois. Le pape non seulement ne consentit pas, mais il réfuta le décret de Francfort, comme on le voit dans le livre d’Adrien à Charlemagne sur les images, où il réfute tous les mensonges des livres carolingiens. Et l’enseignement qu’ils tirent des livres carolingiens selon lequel le firmament principal est cause de lui-même, je dis que ces livres ne sont ni de Charlemagne, ni d’aucune personne à qui on puisse faire confiance. Qu’ils n’aient pas été écrits par Charlemagne, on le prouve ainsi. Dans le livre du pape Adrien 1 à Charlemagne qui nous est parvenu, dans lequel ces livres sont réfutés avec précision, il apparait clairement que ces livres ont été composés par un hérétique, et envoyés par Charles au pontife pour qu’il y réponde. Ce livre d’Adrien on le trouve dans le tome 3 des conciles, et ailleurs, car, dans la quatrième partie de ce décret, on a tiré plusieurs choses de ce livre, au nom d’Adrien.
Deuxièmement. Les historiens grecs et latins, comme Zonara et Cedrenus (dans la vie de Léon Isaurien), ainsi que le diacre Paul (dans la vie du même), racontent que les pontifes romains Grégoire 111, et Adrien 1, ont refusé leur allégeance aux empereurs grecs, les ont excommuniés, et ont interdit aux Italiens de leur payer le tribut; et qu’ils se sont mis sous la protection des Francs, et que c’est à eux qu’ils ont transféré l’empire, surtout parce que les empereurs patronnaient les hérétiques iconoclastes, alors qu’au contraire, les rois francs demeuraient constamment dans la foi antique. Comment donc est-il vraisemblable que le même Charlemagne ait milité en faveur de cette hérésie, et qu’il ait écrit pour l’erreur des Grecs contre le souverain pontife ? Mais écoutons les paroles de Zonara : « Le pape Grégoire, ayant soustrait les occidentaux à l’obéissance à l’empereur, à cause de l’opinion perverse de celui-ci, fit la paix avec les Francs, comme il l’avait fait plusieurs fois auparavant, pour, par des lettres, retirer Léon de la colère de Dieu, et le ramener au culte des saintes images. » Et, plus bas, dans la vie d’Irène : « Après la mort d’Adrien, pape de la vielle Rome, Léon lui succéda, homme vénérable et honorable. Il se mit sous la protection de Charles, le roi des Francs, et depuis ce temps, Rome sous la garde des Francs. Charles fut couronné par Léon, et appelé empereur des Romains. » Car, ne voulant rien avoir en commun avec les impies gouverneurs de l’église de Constantinople, le pape Grégoire fit la paix avec les Francs.
Troisièmement. Jonas Aurélien, qui vécut au temps de Louis le Pieux, le fils de Charlemagne, et qui a écrit un livre sur le culte des images, rapporte que c’est Claude de Tours qui fut le patron de cette hérésie pendant tout le temps où vécut Charles, mais qu’il n’a jamais osé ouvrir la bouche. Le même auteur appelle l’empereur Charlemagne un homme très pieux et de sainte mémoire. Si donc, les iconoclastes, du vivant du Charlemagne, n’osaient pas prêcher leur hérésie, si les défenseurs des images vénèrent Charlemagne comme pieux et saint, quelle impudence ne serait-ce pas d’attribuer à un tel homme des livres contre les images ? Quatrièmement. Paulus Émilius (livre 2, histoire des Francs), ainsi que Rhegino (dans sa chronique) écrivent que dans un concile tenu à Gentiliace, le roi Pépin, le père de Charlemagne, a réfuté l’erreur des Grecs contre les saintes images, en présence des légats de l’empereur grec. De ce même Paul, on apprend que, un peu après, au concile, que le pape Stéphane avait célébré à Rome contre cette erreur des Grecs, Charles avait envoyé douze évêques, de la haute noblesse. Par quelle audace, donc, les adversaires s’efforcent-ils de transformer un prince très chrétien en un iconoclaste ? Surtout parce que les magdebourgeois sont du même avis que ce Paul Émile (centurie 8, chapitre 9, colonne 570).
Cinquièmement. Il appert, de tous les historiens, des lettres, des poèmes et des actions de Charles, que le pape et Adrien ont toujours été étroitement unis. Demeure encore l’épitre du pape Adrien composée par l’empereur Charles, qu’on trouve chez Onuphrius et chez Platina , dont voici le début : « Que ce père de l’Église, l’honneur de Rome, et auteur illustre, le bienheureux pape Adrien, repose en paix ! Homme dont la vie est Dieu, la piété, la loi, la gloire sont le Christ. Un père apostolique, prompt à tout bien. » Et, plus bas : « Pleurant son père, Charles écrit ces vers : Toi, mon doux amour, je te pleurs, mon père. Souviens-toi de moi. Mon esprit te suivra toujours. Avec le Christ, règne dans la bienheureuse cité ! » Est-il donc croyable que Charles ait été d’une autre religion, d’une autre foi que celle d’Adrien; qu’il ait écrit avec tant d’aigreur contre cet Adrien qu’il vénérait tant, et qu’il a loué après sa mort ?
De plus. Il est certain que Charlemagne était versé en latin et en grec, qu’il était prudent, ingénieux. Or les livres qu’on lui attribue sont barbares, ineptes, simplistes, et presque idiots. Car l’auteur de ce livre nous dit que Constantinople est une ville très connue de Bithynie, alors que personne n’ignore qu’elle est en Thrace, à moins qu’à cause des nombreux tremblements de terre, elle ait changé de place. Ensuite, il déclare que le concile en faveur des images a été tenu à Constantinople, alors que personne n’ignore que c’est à Nicée qu’il a été convoqué, sauf celui qui n’a jamais rien lu. Et, ce qui est plus grave, ces livres, par mensonge et calomnie, attribuent aux pères de Nicée beaucoup de choses qu’ils n’ont jamais dites. Par exemple : que l’eucharistie soit l’image du corps du Christ, proposition que non seulement les pères du concile de Nicée n’ont jamais avancée, mais qu’ils ont expressément condamnée.
Ils n’ont fait que donner à Calvin l’occasion d’un nouveau mensonge. Car, parce que les iconoclastes avaient dit qu’il n’y avait qu’une seule image qu’on devait adorer, l’eucharistie, et que le pseudo Charles avait attribuée cela au concile de Nicée, il a plus à Calvin de changer le tout, en disant : « De plus, pour que la fable ne manque pas d’applaudissement solennel (celui du concile de Nicée 2) : qu’ils se réjouissent et qu’ils exultent ceux qui, ayant l’image du Christ, l’offrent en sacrifice ! » Ce qui est un mensonge extrêmement impudent. Car, le concile de Nicée 2 est si loin de vouloir offrir des images en sacrifice, qu’il déclare expressément (article 7) que ce n’est pas une adoration de latrie qu’on doit rendre aux images, mais une vénération.
Il s’adonne enfin, que ce livre, comme un autre Melchisédech, est sans père, sans mère, sans généalogie. Il a vu tout à coup le jour, sans qu’on sache quand, où et comment, et par qui il a été découvert. Il n’a pas de nom d’auteur, ni d’imprimeur, ni du lieu où il a été imprimé. Toutes ces choses sont des signes de fraude. Mais, concédons qu’il est le livre de l’empereur Charlemagne. Quel avantage en retireront les adversaires ? Aucun. Car l’auteur de ce livre s’oppose énergiquement à presque tous les dogmes des calvinistes. Car, il enseigne clairement que c’est au pontife romain que revient le jugement ultime dans les controverses de la foi; et que c’est non des conciles, mais de Dieu lui-même qu’il a reçu la primauté. Il veut aussi qu’on pratique un exorcisme pendant le baptême, qu’on invoque les saints, qu’on vénère les reliques, qu’on conserve, dans l’Église l’usage du saint chrême, de l’eau bénite et du sel bénit.
Il dit aussi que, dans l’eucharistie, se trouve le vrai corps du Christ, et qu’il doit être adoré, et qu’on doit l’offrir comme un vrai sacrifice, toutes choses que nient et rejettent nos adversaires. Si donc, ils veulent que nous croyions à cet auteur quand il enseigne que le concile de Nicée 2 a erré, qu’ils y croient donc, eux aussi, quand il enseigne les choses que nous venons d’énumérer. Car, même s’il était prouvé que Charlemagne est l’auteur de ces livres, et qu’il est d’accord en tout avec les calvinistes, qu’auraient-ils d’autre que le témoignage d’un laïc, et d’un soldat ! Opposer un tel homme à un concile général d’évêques, c’est de la démence ! Car, comme le dit à bon droit saint Jean Damascène (deuxième discours sur les images) : « Le Christ n’a pas confié son Église aux rois, aux empereurs, mais aux évêques et aux pasteurs. »
Le quinzième. Ils nous présentent deux conciles, qui se contredisent, et qui ont été tous deux présidés par des légats romains. Car, le concile romain sous Stéphane 7 a résilié tous les actes du pape Formose, son prédécesseur. Ensuite, le concile de Ravenne, sous Jean X1, a annulé tous les actes du concile sous Stéphane 7, et a approuvé les actes de Formose. Voir Sigebert (chronique à l’an 903), et Platina (dans ses vies de ces deux pontifes). Je réponds que la question portait sur un fait, à savoir, Formose était-il un pape véritable et légitime ? Et, parce qu’un Stéphane mal informé, était arrivé à la conclusion qu’il n’avait pas été pape, il a annulé ses actes. Et, parce que, plus tard, Jacques, mieux informé, trouva le contraire, il a corrigé l’erreur du premier concile, selon la règle de saint Augustin qui dit que les conciles antérieurs peuvent être amendés par les conciles postérieurs, dans des cas de genre.
Le seizième. Ils en veulent au concile romain sous Nicolas 11, dans lequel fut défini que non seulement ce n’est pas uniquement le sacrement du corps du Christ, mais le vrai corps du Christ qui est touché et rompu par les mains des prêtres, et mâché par les dents des fidèles, comme nous l’indique le canon Moi, Bérenger, dans le code dist 2. Or, ceci est une erreur manifeste contre la résurrection glorieuse de Christ, de laquelle l’apôtre dit : « Ressuscitant des morts, le Christ ne meurt plus. » Si le corps du Christ est véritablement rompu par les mains et mâché par les dents, il se corrompt donc et meurt. Je réponds qu’il ne fut jamais question que le corps du Christ soit réellement rompu et mâché. Car, il est certain que le corps du Christ qui existe maintenant est incorruptible et ne peut pas être fractionné et broyé, si ce n’est par signe, dans le sacrement, de sorte qu’on dit qu’il est rompu et mâché quand son signe, c’est-à-dire l’espèce du pain est rompue et broyée. Or, la question qui se posait était la suivante : le signe qui est rompu et broyé est-il simplement un signe, ou contient-il vraiment le corps du Christ ? Parce que Béranger avait enseigné que ce n’était qu’un signe, le concile, en composant une formule d’abjuration de son erreur, a voulu qu’il dise que ce n’était pas seulement le sacrement, mais le corps véritable du Christ qui est rompu et mâché, voulant dire par là que ce qui est rompu et broyé ce n’est pas un simple signe, mais le vrai corps du Christ, c’est-à-dire un signe auquel est réellement uni le corps du Christ. Et aussi que le vrai corps du Christ réellement présent est rompu et mâché non en lui-même, mais dans son signe. C’est ainsi que nous comprenons ce que saint Jean Chrysostome a dit dans son homélie 83, sur saint Matthieu : « O combien disent : je voudrais voir son visage, ses sandales. Mais c’est lui que tu vois, lui que tu touches, lui que tu manges ! »
Dix-septième. Hermann nous présente le concile du Latran sous Innocent 111, dans lequel il est défini que c’est un article de foi que le pain et le vin dans le sacrement sont transsubstantiés dans le corps et le sang du Christ. Or, dans le concile d’Éphèse, on dit anathème à tous ceux qui professeraient un nouveau symbole. Je réponds, d’abord, que le concile du Latran n’a composé aucun symbole, mais qu’il n’a que défini une chose de foi, comme l’ont fait beaucoup de conciles après le concile d’Éphèse. Je dis, ensuite, que le concile d’Éphèse a dit anathème à ceux professant un autre symbole que celui de Nicée, non un autre qui l’expliquerait et le complèterait. Je dis, enfin, que le concile d’Éphèse a prohibé la composition d’un nouveau symbole aux évêques et aux conciles particuliers, mais non au pape ou à un concile général. Car, personne ne possède le pouvoir de commander à un égal ou à un supérieur. Dix-huitième. Ils nous présentent le concile de Constance et de Bâle, qui, dans la session 13, a excommunié tous ceux qui communiaient sous les deux espèces, tout en le permettant aux Bohémiens.
Je réponds que, quoi qu’il en soit de l’autorité de ces conciles, ils ne se contredisent pas, car le concile de Constance a excommunié ceux qui communient sous les deux espèces sans la permission de l’Église. Car, c’est ainsi qu’on entend les préceptes des anciens, car celui qui prescrit ne perd pas l’autorité de dispenser.
Le concile de Bâle a porté sur les Bohèmes, et leur a donné l’autorisation de communier sous les deux espèces.
Enfin, ils présentent les conciles de Constance et de Bâle qui statuent que le concile est au-dessus du pape, alors que le concile du Latran (session 2) enseigne le contraire. Mais, nous parlerons de ce sujet à la fin de ce livre.
CHAPITRE 9
On réfute les objections tirées de la raison humaine
Dans toute assemblée où se trouvent réunies plusieurs personnes, il arrive souvent que la partie la plus nombreuse vainque celle qui est la meilleure. Dans un concile d’église, où toutes choses sont définies à la pluralité des voix, il pourra facilement arriver que se glisse une erreur. Mais qu’il en soit comme vous dites. Accordons qu’un concile général ne peut pas errer. Qui saura si un concile est légitime ou pas ? Aucun concile ne sera légitime à moins d’être composé d’évêques fidèles. Or, qui peur savoir si les évêques qui répondent à la convocation ont la vraie foi et la vraie ordination ? De plus, dans les anciens conciles, où les évêques provenaient de plusieurs provinces, d’où savons-nous si la question proposée a été examinée avec soin, si tous ont signé librement sans être contraints par aucune force externe, s’ils ont fait correctement tout ce qu’exige d’eux un vrai concile. Nous ne savons que ce que rapportent les historiens. Mais les historiens (à l’exception des sacrés) mentent souvent, et on ne peut leur faire une confiance aveugle et absolue. Il en résulte donc que tous les décrets des conciles sont douteux.
Je réponds que dans les assemblées humaines, il arrive parfois que la partie la plus nombreuse vainque la meilleure. Mais, dans le concile de l’Église, c’est le Saint-Esprit qui préside. Et nous n’avons rien à craindre de tel là où le Christ est au milieu de ceux qui sont réunis en son nom, et où est présent celui qui a dit : « J’ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas, et pour que, une fois converti, tu confirmes tes frères. » Car, même si le plus grand nombre résiste aux meilleurs, comme cela est arrivé aux conciles d’Arimiensis et d’Éphèse 2, il n’est jamais vainqueur, car les actes de pareils conciles sont vite annulés par celui qui a reçu la charge de confirmer ses frères, comme nous l’avons vu dans ces conciles.
Je réponds à l’autre objection qu’il n’est pas nécessaire que nous sachions si les évêques qui sont convoqués à un synode aient la vraie foi et la vraie ordination, mais qu’il suffit que le contraire n’ait pas été prouvé. Car même si le souverain pontife (ce qui ne peut pas arriver pensons-nous), et tous les évêques assemblés en concile par le souverain pontife, étaient hérétiques de cœur, ne professaient qu’extérieurement la foi catholique, et n’avaient pas vraiment reçu le caractère invisible du sacrement de l’ordre, mais une simple imposition des mains, nous savons avec certitude que Dieu ne permettra jamais qu’un concile de ce genre n’erre en formulant des canons. Car, c’est le Saint-Esprit lui-même qui assiste un concile, non pas tant à cause du concile lui-même, mais à cause de l’église universelle qui est tenue, par un précepte divin, de ne pas contester la décision des évêques, mais de la vénérer. En conséquence, pour que n’erre pas l’église universelle, la providence divine a fait en sorte que même un concile d’évêques fictifs, bon gré mal gré, propose à l’église universelle, de suivre la vraie foi. Donc, pour qu’un rassemblement d’évêques soit légitime et soit considéré comme tel, la seule chose qui est requise c’est que des évêques se rassemblent, ceux qui président ordinairement dans les églises, et qui sont considérés publiquement par tous comme des évêques véritables et catholiques, quoi qu’il en soit de ce qu’ils cachent dans le fond de leur cœur.
Et parce que nous savons non seulement que Dieu prend soin du salut de son église, et parce que nous apprenons aussi des Écritures que la providence de Dieu dispose tout suavement, nous croyons fermement que Dieu ne permettra pas que, dans un concile, que l’Église considère légitimement convoqué, la plus grande partie ne soit ni légitime ni catholique. Ce serait quelque chose de difficile et même de violent (même si non impossible à Dieu qui a corrigé le manque de sagesse de son prophète par une jument) qu’un concile complètement hérétique fasse, contre sa volonté et son intention, un décret catholique. À la dernière objection certains répondent comme Vega (dans le concile de trente, livre 3, chapitre) qu’un concile est légitime, et doit être tenu par les catholiques comme étant la foi catholique, non parce que c’est ce qu’attestent les historiens, mais parce que c’est ce que le concile lui-même a défini. Car les conciles ont coutume, au début des actes, de déclarer que leur assemblée est légitime, et qu’elle a été convoquée par l’Esprit Saint.
Mais cette réponse ne semble pas suffisante. D’abord, parce que les anciens conciles n’avaient pas l’habitude de déclarer que leur rassemblement était légitime, et opéré par l’Esprit Saint. Et des conciles postérieurs, comme Constance, Bâle, Latran, Trente et d’autres ont déclaré cela, mais non comme un décret engageant la loi des fidèles. Car, on ne trouve jamais, dans les canons proprement dits, un canon particulier qui définit que ce concile est légitime. Deuxièmement. Ou nous savons, par ailleurs, que tel concile était légitime, alors qu’il aurait pu définir s’il était légitime, ou nous ne le savons pas. Si on le sait, c’est inutilement qu’on aurait ajouté cette sorte de canon; si on ne le sait pas, nous douterions même de ce décret. Car si je me demande s’il est légitime avant qu’il définisse lui-même qu’il l’est, je me demanderai aussi si le concile ne s’est pas trompé dans le canon dans lequel il déclarait qu’il était légitime.
D’autres répondent donc que le concile est légitime pour ceux qui sont présents, que la chose est pour eux évidente, et qu’ils n’ont besoin d’aucune autre preuve. Car ils voient les évêques se rassembler en un seul corps, ceux que tous considèrent comme de vrais évêques, provenant de différentes provinces, et appelés par celui qui a l’autorité de le faire. Et s’il y avait une autre chose qui serait requise à un vrai concile, ils pourraient la voir aussi cette chose-là, car rien d’invisible n’est requis. À ceux qui viennent après ainsi qu’à ceux qui étaient absents, cela est connu d’une foi humaine, mais très certaine, qui peut même se comparer à une évidence naturelle. Car, par exemple, que le concile de Nicée ait été légitime ce n’est pas un seul écrivain ou un seul historien qui l’atteste, mais plusieurs et divers historiens de ce temps, et des siècles postérieurs. Et l’église d’aujourd’hui affirme la même chose, et il n’y a pas ou il n’y pas eu d’écrivains qui écrivent ou pensent le contraire. Que Cicéron ait été consul, que Jules César ait été dictateur, qu’Octave ait livré une bataille navale avec Antoine, toutes ces choses, même si elles ne dépendent que d’une foi purement humaine, sont certaines, et même évidentes. Il en est de même des conciles de l’Église que nous disons avoir été légitimes. Ils ont tant de témoignages des autres âges, qu’ils ne laissent dans nos âmes aucun doute. Nous croyons sans hésiter qu’ils ont existé comme on nous le dit.