Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 98)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Le troisième argument de Gerson rapporté par Hermann, est tiré du concile de Constance. Le concile de Constance (session 40) a défini que le concile général a reçu de Dieu une autorité immédiate, à laquelle tous sont tenus d’obéir, tout comme s’il possédait la dignité papale. Ou ce concile est approuvé, ou il ne l’est pas. S’il est approuvé, il est donc vrai, et on doit recevoir ce qu’il a défini. S’il n’a pas été approuvé, c’est donc vainement qu’il a déposé Jean XX111, Grégoire X11 et Benoit X111, et élut Martin V, à qui succédèrent tous les pontifes postérieurs. Ajoutons, que, dans la dernière session, Martin V confirma tous les décrets de ce concile de Constance qui portent sur la foi. Ce décret semble donc être de foi. Je réponds de deux façons. La première. Le concile de Constance est légitime et approuvé, mais ne contredit pas ce que nous avons avancé. Car, il n’a pas défini de façon absolue que les conciles généraux avaient reçu du Christ un pouvoir au-dessus des pontifes, mais seulement dans le cas d’un schisme, quand on ne sait pas quel est le vrai pape. Car, un pape douteux est considéré comme un non pape. En conséquence, avoir un pouvoir sur lui, ce n’est pas avoir un pouvoir sur le pape proprement dit. C’est ainsi que l’interprètent Turrecremata, Campegius, et Sanderus, dans les lieux cités.

On peut répondre ensuite que ce n’est pas le concile de Constance qui a fait cette assertion, comme pouvant définir des choses de foi. Car, au début, il n’était pas encore un concile général quand n’était présent qu’un tiers de l’église, c’est-à-dire seulement les prélats qui reconnaissaient Jean XX111. Car, ceux qui adhéraient à Grégoire et à Benoit rejetaient ce que faisait ce concile. Il n’y avait pas de pape certain dans l’Église, sans lequel on ne peut pas définir de foi des choses douteuses. Et, dans le concile, aucun pape n’était présent. Car, Jean XX111 qui avait inauguré le concile, s’en était retiré au début de la quatrième session. Et il n’est pas vrai que Martin V ait confirmé ce décret. Car, il a dit explicitement qu’il ne confirmait que les décrets de foi qui avaient été faits collégialement, c’es-à-dire, à la manière accoutumée des conciles, après un examen consciencieux et attentif. Il appert que c’est sans examen et sans discussion que ce décret a été voté par le concile de Constance. Quand Martin V confirmait les décrets de foi promulgués collégialement, il ne parlait que de la condamnation des hérésies de Wyclif et de Hus

Il ne s’ensuit pas, non plus, que si le concile a erré en cela, il a aussi erré dans la déposition des souverains pontifes. Car, même si, sans le pape, un concile ne peut pas définir de nouveaux dogmes de foi, il peut quand même juger, en temps de schisme quel est le vrai pape, et pourvoir l’Église d’un vrai pasteur, quand le pape est inexistant ou douteux, comme l’a bien fait le concile de Constance. Ajoutons que Grégoire et Jean n’ont pas été déposés malgré eux, car ils avaient eux-mêmes spontanément abdiqué la papauté, comme on le voit dans les actes du concile de Constance, aux sessions 12 et 14. Benoit n’abdiqua pas, mais, après sa mort, son successeur Clément V111 céda sa place à Martin V, que toute l’Église vénérait comme vrai pasteur.

Enfin, Hermann nous objecte le concile de Bâle, qui a défini (à la session 33) qu’il fallait croire de foi catholique que le concile est au-dessus du pape. Ce concile a été convoqué par Martin V, (comme on le lit à la première session), et a continué légitimement depuis son début. Il a été ensuite confirmé par Martin V avec tous ses actes. Je réponds que le concile de Bâle a commencé légitimement, mais s’est terminé illégitimement. Hermann commet une grosse bourde quand il prétend qu’il a été confirmé par Martin V avec tous ses actes. Car, le pape Nicolas, comme nous le montre sa bulle annexée au concile, n’a confirmé que les décrets qui portaient sur les bénéfices et les censures ecclésiastiques. Et ce que le concile de Bâle a décrété au sujet de son autorité qui aurait été supérieure au pape, aucun pontife ne l’a approuvé. Le pape Eugène l’a d’abord réprouvé explicitement, comme on le voit dans le concile de Bâle, (session 38). Ensuite, le pape Léon X, dans le dernier concile du Latran, (session 38), ainsi que toute l’église, qui a toujours accepté comme vrai pape Eugène, déposé par les pères du concile de Bâle. Ensuite, les pères de Bâle eux-mêmes et le pape Félix, qu’ils avaient créé. Car le pape Félix résigna son poste à Nicolas, le successeur d’Eugène; et les basiliens eux-mêmes qui transférèrent le concile à Lausanne, se soumirent finalement à Nicolas, comme l’atteste Nicolas dans la dernière bulle.

Plusieurs arguments ont été proposés qui méritaient une réfutation, mais on leur a déjà répondu dans les livres sur le souverain pontife. Voir aussi ce que nous dirons sur le concile de Bâle dans le prochain livre, au chapitre 16

2018 02 03 20h02 fin

Fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin : JesusMarie.com, France, Paris, 18 mars 2019.

Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chretienne contre les Heretiques de ce Temps

JesusMarie.com

Saint Robert Bellarmin

Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps

Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.

télécharger

2018 02 09 21h27 début

LIVRE TROIS

L’ÉGLISE DISPERSEE SUR TOUTE LA TERRE

CHAPITRE 1

Le nom église

La controverse sur l’église militante a plusieurs parties. On parlera d’abord de l’église elle-même; ensuite, de ses membres : les clercs, les moines, les laïcs. Au sujet de l’église considérée en elle-même, dont nous entreprenons actuellement la dispute, il y a trois controverses principales. La première porte sur le nom et la définition de l’église; la deuxième sur sa qualité, ou sa visibilité; la troisième, sur les notes qui la font connaître avec certitude.

Indiquons d’abord les noms des auteurs qui ont écrit sur l’église, ou plutôt ceux dont nous avons lu les livres. Saint Augustin (le livre de l’unité de l’église), saint Cyprien (le livre du même titre), et Optatus (six livres contre Parmenianus). Parmi les auteurs récents, Thomas Waldensis (tome 1, livre 2, doctrine de la foi, chapitres 8,9 10), Jean Driedo (livre 4, chapitre 2 sur les dogmes ecclésiastiqiues), Albert Pighius (controverse 3), le cardinal Hosius (dans la confession, l’explication du symbole, livre 5 contre les prolégomènes de Brentius), Pierre a Soto (partie 1 de sa défense contre Brentius), Jean a Dauentria (dans réfutation 7 article de la confession augustinienne), Jean Cochlaeus (Philipique 4, et dans son livre sur l’autorité de l’Écriture et de l’église), Jean Eckius (au début de son enchiridion), Alfonsus a Castro (livre 6 contre les hérétiques), Melchior Cano (les lieux), Jean de Louvain (explication du symbole), et tous les autres qui ont expliqué le symbole. François de Tours (dans ses deux livres sur l’Église, et sur l’ordination des ministres). Après eux, au cours de l’année 1577, nous avons disputé dans les écoles, de ces choses que nous mettons maintenant en lumière. À la même époque, écrivit aussi sur ce sujet Grégoire de Valence, (dans son analyse de la foi catholique, partie 6), ainsi que d’autres. Mais nos nombreuses occupations ne nous ont pas permis de les lire tous.

J’en viens maintenant à la dispute annoncée. D’abord le nom, en suite la chose. Le mot église, ecclesia, est un mot grec, qui vient d’un verbe qui signifie appeler. L’Église est donc une convocation, ou une assemblée d’appelés. On appelle le peuple de Dieu assemblée d’appelés, parce que nul ne se joint à ce peuple de lui-même, ou par une démarche personnelle, mais tous ceux qui y viennent sont prévenus par un appel de Dieu. Car, l’appel ou la vocation est le premier bienfait que les saints reçoivent de Dieu. « Ceux qu’il a appelés, a dit l’apôtre, il les a justifiés, et ceux qu’il a justifiés, il les a glorifiés. » Et saint Luc (actes 2) : « Tout ce que notre Dieu a appelé. » Voilà pourquoi les apôtres, dans leurs lettres, appelle souvent les chrétiens des appelés.

Il y a trois choses à noter au sujet de ce mot. Le mot église, quant il est employé avec un autre mot, peut être pris dans un bon ou dans un mauvais sens. Car, on dit aussi « l’église des méchants » (psaume 25) comme on dit « l’église des saints », (psaume 88). Mais quand il est employé seul et sans qualificatif, il ne signifie que l’église du Christ, à l’exception d’un seul endroit (actes 19) où l’on parle d’un peuple de païens : « car c’était une église confuse. » En second lieu, notons, avec saint Augustin (psaume 81) : « Dieu s’est assis dans la synagogue des dieux. » Même si l’église de l’ancien testament et du nouveau est essentiellement la même, cependant, parce que le statut du nouveau testament est de loin plus excellent, les noms eux-mêmes sont distincts. Car, le nom propre du peuple de l’ancien testament est synagogue, c’est à-dire congrégation. Mais le peuple du nouveau testament n’est jamais appelé synagogue, mais église, assemblée. Le rassemblement est quelque chose qui est commun aux hommes et aux bêtes, mais la vocation est propre à l’homme. Il importe peu que le peuple des Juifs dans l’ancien testament soit parfois appelé église, car, en hébreu, ces deux mots synagogue et église viennent du même verbe : rassembler. Ce que nous traduisons synagogue vient du mot rassembler. Semblablement, kahal, c’est-à-dire église, vient de kahal être rassemblé. Deux mots différents, donc, qui signifient la même chose.

Comme une cité signifie, pour nous, tantôt un rassemblement d’hommes, tantôt un lieu où habite ce rassemblement, de la même manière, dans les Écritures, l’église signifie tantôt une assemblée d’hommes, (Romains 16 : « toutes les églises d’Asie vous saluent »), ou tantôt un lieu (Judith 6 : « Tout le peuple pria dans l’église pendant toute la nuit. ». Mais, maintenant, nous ne parlons de l’église qu’au sens d’assemblée des fidèles.

CHAPITRE 2

Définition de l’église

Voilà pour le nom. Au sujet de la chose elle-même, il y a cinq sentences hérétiques. La première, que l’église soit le rassemblement des prédestinés, de sorte que tous les prédestinés et eux seuls sont de l’église. C’est ce qu’on enseigné Jean Wyclif d’après Waldensem ( tome 1, livre 2, chapitres 8 et 9), et Jean Hus (articles 1, 2,3, 5, 6, concile de Constance, session 15) : « Le réprouvé, même s’il se trouve parfois dans la grâce selon la justice présente, ne fait, cependant, jamais partie de la sainte église. Le prédestiné demeure toujours membre de l’église, même si parfois il sort de la grâce adventice, sans jamais sortir de la grâce de la prédestination. » La deuxième définition. L’église est un rassemblement d’hommes parfaits, une multitude de fidèles qui n’ont aucun péché. C’est ainsi que la définirent certains pélagiens, comme le rapporte saint Augustin (dans son livre sur les hérésies, chapitre 88) : « Ils vont jusqu’à dire que la vie des justes dans ce siècle n’a absolument aucun péché, et que c’est d’eux que dans ce monde mortel, l’église est constituée. » Calvin attribue la même chose, en notre siècle, aux anabaptistes (livre 4, chapitre 1, verset 13 de ses institutions ».

La troisième est que l’église est le rassemblement des justes, ou plutôt de ceux qui n’ont pas failli dans la confession de la foi. Cette définition se distingue de la précédente en ce que la première exclut tous les pécheurs, tandis que l’autre n’exclut que les pécheurs insignes. C’est ce qu’ont pensé autrefois les novatiens, (Cyprien livre 4, épitre 1), et les donatistes (Saint Augustin livre sur les hérésies, chapitre 69). Je pense, personnellement, que Calvin s’et trompé ainsi que ceux qui pensent que les novatiens et les donatistes excluaient tout genre de péchés. Car, saint Cyprien dit explicitement (livre 4, épitres 1 et2) ainsi qu’Épiphane, qu’ils ont gardé dans l’église les fraudeurs, les adultères et les débauchés, et d’autres semblables. Les seuls qu’ils ont expulsés sont ceux qui, pendant la persécution, ont apostasié. Cette rectification n’est pas contredite par ce qu’enseignent saint Ambroise (livre 1 de la pénitence, chapitres 1 et 2) et Théodoret (livre 3 sur les fables des hérétiques), à savoir « que les novatiens ont enlevé le pouvoir de remettre tous les péchés, sauf les plus légers. » Car, même s’ils ne leur donnaient pas l’absolution pour leurs péchés graves, ils les retenaient quand même dans leur assemblée, à moins qu’ils n’aient péché contre la foi. Et saint Augustin (dans son livre 3, chapitre 2 contre Parmenianus) enseigne que les donatistes n’avaient pas horreur de tout, mais seulement des plus grands crimes, comme celui qu’ils reprochaient aux catholiques : d’avoir accueilli en leur sein ceux qui ont livré les livres divins.

La quatrième définition est celle des Confessionistes, qui, même s’ils condamnent verbalement les pélagiens, les donatistes et les novatiens , ont tiré leur sentence de leur hérésie. Car les confessionistes les pélagiens, --non tous les luthériens et les calvinistes--enseignent non seulement qu’aucun péché n’est véniel par sa nature, mais que tous sont d’eux-mêmes mortels, mais véniels à cause de la miséricorde de Dieu, qui ne les impute pas aux croyants. C’est ce qu’ont enseigné Luther ( assert. article 31), Mélanchton (article 7, sur la différence entre un péché mortel et véniel), et Calvin (livre 2 des institutions, chapitre 8, versets 58, 59). Deuxièmement, la confession augustinienne (article 7)

enseigne que l’église est la congrégation des saints, qui croient véritablement et obéissent à Dieu. Et, dans son apologie, Philippe s’efforce de montrer que les pécheurs n’appartiennent que nominalement à l’Église. Brentius (dans son prolégomène contre Pierre a Soto) enseigne la même chose. Ne s’oppose pas à ce que nous venons de dire ce que Brentius et Philippe enseignent aussi , à savoir que les bons sont mêlés aux méchants, car ces auteurs imaginent deux églises. Une vraie à laquelle appartiennent les privilèges décrits dans l’Écriture, la congrégation des saints, qui croient vraiment et obéissent à Dieu, laquelle n’est visible qu’aux yeux de la foi. Une autre externe qui n’est l’église que de nom, et en qui se rassemblement ceux qui ont en commun la profession de la foi et la pratique des sacrements, mais dans laquelle se trouvent les bons et les méchants. Voilà pourquoi les mauvais ne peulent jamais faire partie de la vraie église, et voilà pourquoi Philippe ne dit pas que l’Église est formée de bons et de mauvais, mais que les mauvais s’immiscent dans l’église. Et voilà pourquoi Brentius dit que les mauvais sont, en quelque sorte, dans l’église, mais non de l’Église.

Luther (dans son livre sur l’église et les conciles, troisième partie) dit que « l’église est le peuple saint des chrétiens ». Et pour montrer qu’il parle de la sainteté de chacun des membres, il donne la preuve suivante : le pape et les cardinaux ne sont pas de l’église, parce qu’ils ne sont pas saints. Si donc seuls les justes font partie de l’église, et si tous les péchés, même les imperfections, sont des péchés mortels et rendent l’homme injuste, il s’ensuit que seuls les parfaits, qui ne sont entachés d’aucun péché, sont de l’église. Et c’est ce qu’enseignaient les pélagiens.

Troisièmement, les confessionistes disent, d’accord en cela avec tous les luthériens, que toutes les œuvres des hommes, même des justifiés, sont des péchés mortels. C’est ce qu’enseigne la confession augustinienne (articles 6-10), mais plus clairement Luther (assert art 32), de quoi il semble s’ensuivre qu’aucun homme n’est de l’église. Car, si seuls les justes sont de l’église, nul homme n’est de l’église. En effet, si seuls les justes sont de l’église, et s’il n’y a dans le monde aucun juste, puisque les œuvres de tous les hommes sont des péchés, quels sont ceux, je le demande, qui font l’église ? Mais ils expliquent la chose facilement, eux, quand ils disent que les œuvres de l’homme juste sont toutes des péchés mortels, mais qu’elles ne sont pas imputées, si la foi est présente. En conséquence, celui qui a la foi est en même temps très juste, et pécheur dans chacune de ses actions. Les confessionistes ressemblent aux donatistes et aux novatiens d’une autre façon. Car, comme ils n’excluaient pas, eux, de l’église tous les pécheurs, mais seulement ceux qui avaient commis l’idolâtrie, les luthériens n’excluent pas tous les pécheurs, mais seulement ceux qui ne croient pas vraiment. Car, ils pensent, comme nous l’avons dit, qu’aucun crime n’est imputé aux croyants.

La sixième définition est comme composée de toutes celles-là. Car, elle enseigne que l’église n’est formée que des seuls justes prédestinés. Comme Calvin, qui enseigne trois choses. La première. Quand on a déjà eu la foi, on ne peut pas la perdre pendant toute l’éternité. Et, en conséquence, tous ceux qui ont la foi sont nécessairement prédestinés. C’est ce qu’il dit dans ses institutions (livre 3, chapitre 2, versets 8, 9, 10, 11). Or, c’est exactement ce qu’avait enseigné autrefois Jovinien (saint Jérome, livre 2, contre Jovinien). Il enseigne, ensuite, que la vraie église ne peut être connue que par Dieu seul, et que son fondement est l’élection divine, qu’elle est formée des fidèles, qui sont nécessairement au nombre des élus (livre 4, chapitre 1, verset 2, et dans la petite institution, chapitre 8, verset et suivants). Il enseigne ensuite qu’il y a, en plus, une autre église externe, dans laquelle sont les bons et les mauvais, comme ont dit, plus haut, les confessionistes. Il l’enseigne cela dans le même livre et chapitre, et en plusieurs endroits. Bucer semble penser de la même façon, car (dans le livre du règne du Christ, chapitre 5), il définit le royaume de Dieu comme étant la procuration du salut des élus de Dieu, que Dieu recueille sur la terre. De même Tilmann Heshusius, (livre des erreurs des souverains pontifes, lieu 12; et livre 1 sur l’église, chapitre 3).

Notre sentence à nous est la suivante. Il y a une seule église, et non pas deux. Elle est l’unique, vraie assemblée d’hommes réunis par la profession de la vraie foi chrétienne, par la communion dans les mêmes sacrements, sous le régime de pasteurs légitimes, et principalement du vicaire du Christ sur la terre, le pontife romain. De cette définition on peut facilement déduire quels sont les hommes qui appartiennent à l’église, et quels sont ceux qui ne lui appartiennent pas. Il y a, en effet, trois parties dans cette définition : la profession de la vraie foi, la communion dans les sacrements, et la soumission à un pasteur légitime, le pontife romain. La première partie exclut tous les infidèles, tant ceux qui n’ont jamais été dans l’Église, comme les Juifs, les turcs, les païens, que ceux qui l’ont été et en sont sortis, comme les hérétiques et les apostats. La deuxième partie exclut les catéchumènes et les excommuniés, car ils ne sont pas admis à la communion des sacrements. La troisième exclut les schismatiques qui ont la foi et les sacrements, mais qui ne sont pas soumis au pasteur légitime, et qui professent donc la foi et reçoivent les sacrements à l’extérieur de l’église. Tous les autres sont inclus, même les réprouvés, les criminels et les impies.

La différence existant entre notre opinion et celle de nos adversaires consiste en ceci : tous les autres requièrent des vertus internes pour insérer quelqu’un dans l’église, et c’est pour cela qu’ils font de la vraie église une église invisible. Quant à nous, nous croyons qu’on trouve, dan s l’église, toutes les vertus, la foi, l’espérance, la charité et toutes les autres. Mais, toutefois, pour qu’on dise de quelqu’un qu’il fait partie de la vraie église, dont parlent les Écritures, nous pensons que n’est requise aucune vertu intérieure, mais seulement la profession externe de la foi, la communion dans les sacrements, qui est perçue par les sens. Car, l’église est une assemblée d’hommes aussi visible et palpable que l’assemblée du peuple romain, le royaume de France ou la république de Venise. Il faut noter, à la suite de saint Augustin (collation 3), que l’église est un corps vivant, dans lequel nous nous tenons corps et âme. Dans l’âme, sont les dons internes du Saint Esprit, et les vertus théologales; et dans le corps, la profession externe de la foi, la communion dans les sacrements. De là vient que certains sont de l’âme et du corps de l’église, et donc unis au Christ-tête intérieurement et extérieurement. Et ceux-là sont parfaitement de l’église. Ils sont comme des membres vivants dans le corps, chacun participant plus ou moins à la vie. D’autres n’ont que le commencement de la vie, comme s’ils avaient la sensation sans avoir le mouvement, comme ceux qui ont la foi sans la charité, ce qui peut arriver. D’autres sont du corps et non de l’âme, comme ceux qui n’ont aucune vertu interne, ou qui, mus par la crainte ou l’espérance, professent la vraie foi pendant un certain temps, et qui participent aux sacrements sous la direction des pasteurs. De tels membres ressemblent aux cheveux, ou aux ongles, ou aux humeurs malignes du corps humain.

Notre définition comprend seulement cette dernière façon d’être dans l’église, car c’est le minimum qu’on peut requérir pour pouvoir de dire de quelqu’un qu’il fait partie de l’église. Il faudra donc prouver, par ordre, que ne font pas partie de l’église les non baptisés, les hérétiques, les apostats, les excommuniés et les schismatiques; et qu’appartiennent à l’église les non prédestinés, les non parfaits, les pécheurs même manifestes, les infidèles occultes, s’ils ont la profession de la vraie foi, la communion dans les sacrements et la soumission aux pasteurs.

CHAPITRE 3

Les non baptisés

C’est surement des infidèles non baptisés que parle saint Paul, quand il dit ((1 Cor 5) : « Car, qu’ai-je à voir avec ceux qui sont à l’extérieur ? » Il dit là que sont à l’extérieur tous ceux qui n’ont pas donné leurs noms au Christ par le baptême, mais suivent d’autres religions. Parler des catéchumènes est chose un peu plus difficile, car ils sont fidèles, et peuvent être sauvés s’ils meurent dans cet état. Et pourtant, hors de l’église, nul n’est sauvé, comme nul ne l’a été hors de l’arche de Noé, selon le concile du Latran, c.1 : « Il y a une seule église universelle des fidèles, en dehors de laquelle absolument personne n’est sauvé. » Or, il est certain que les catéchumènes ne sont pas dans l’église en acte et au sens propre du terme, mais seulement en puissance, comme un homme qui a été conçu, mais n’est encore ni formé ni né ne s’appelle un homme qu’en puissance. Car, nous lisons (actes 2) : « Ceux qui ont reçu la parole ont été baptisés, au nombre d’environ trois mille. » De même, le concile de Florence, dans son introduction, enseigne que les hommes deviennent membres du Christ et sont incorporés à l’Église quand ils sont baptisés. » Et c’est ce que les pères enseignent.

Saint Grégoire (dans son panégyrique d’un saint) dit « qu’un catéchumène est un vestibule de piété, et qu’il ne peut pas être appelé un fidèle tant qu’il n’entrera pas à l’intérieur par le baptême. » Saint Jean Chrysostome (homélie 14 sur saint Jean) dit « qu’un catéchumène est étranger à un fidèle, et n’a rien avec lui en commun, ni la cité ni la table. » Et Tertullien (dans le livre des prescriptions) reproche aux hérétiques de ne pas distinguer les fidèles des catéchumènes. Saint Cyrille (livre 12 sur saint Jean, chapitre 50) enseigne que « les catéchumènes sont pour les chrétiens ce qu’étaient, pour les Juifs, les incirconcis qui, à cause de cela, ne pouvaient pas se nourrir de l’agneau pascal. » Saint Augustin (traité 4 sur saint Jean, et ailleurs) distingue les catéchumènes des fidèles. Ce que font aussi d’autres pères. Il apparait donc clairement que l’église est la congrégation des fidèles. De plus, les catéchumènes n’ont droit à aucun sacrement, ni même à ceux qui sont communs à l’église universelle. Les catéchumènes ne sont donc pas proprement de l’église en acte. Comment se sauvent-ils, demanderas-tu, s’ils sont à l’extérieur de l’Église ? L’auteur du livre sur les dogmes ecclésiastiques (chapitre 74) répond que les catéchumènes ne sont pas sauvés. Mais cela parait un peu fort. Saint Ambroise, dans son sermon sur la mort de Valentinien, affirme que peuvent être sauvés les catéchumènes, dont faisait partie Valentinien, quand il émigra de cette vie.

Il faut donc chercher ailleurs une solution. Melchior Cano affirme que les catéchumènes peuvent être sauvés car, même s’ils ne sont pas de l’église chrétienne proprement dite, ils font partie de l’église qui comprend tous les fidèles, d’Abel jusqu’à la fin du monde. Mais cette explication ne semble pas satisfaisante, car, après l’avènement du Christ, il n’y a de vraie église que celle du Christ. Si donc les catéchumènes ne sont pas de celle-là, Ils ne sont d’aucune. Je réponds donc que quand on dit que hors de l’église, personne ne peut se sauver, il faut l’entendre de ceux qui ne sont de l’église ni réellement, ni par le désir, comme l’enseignent communément les théologiens. Les catéchumènes peuvent donc être sauvés, car s’ils ne sont pas de l’église réellement, ils le sont par le désir. L’image de l’arche de Noé ne contredit pas cet enseignement, car comme on dit, toute comparaison cloche. Voilà pourquoi saint Pierre lui-même qui compare le baptême à l’arche de Noé, reconnait que, sans le baptême, quelques-uns ont été sauvés. Mais, tu demanderas. Comment se fait-il que saint Augustin (traité 4 sur saint Jean) admette que les catéchumènes sont dans l’Église ? C’est vrai qu’il dit cela, mais, au même endroit, il les sépare des fidèles. Ce qu’il a voulu dire c’est ceci : ils sont dans l’église non en acte, mais en puissance. Et c’est ce qu’il a expliqué au début de son second livre sur le symbole, où il compare les catéchumènes à des hommes conçus, mais non encore nés.

CHAPITRE 4

L’hérésie et l’apostasie

Alphonse de Castro (dans son livre sur la juste punition des hérétiques, chapitre 24) enseigne que sont membres et parties de l’église même ceux qui professent publiquement une fausse doctrine.

Comme la fausseté de cette sentence saute aux yeux, il sera facile de la réfuter. Car, d’abord, l’Écriture, parlant de ce sujet (1 Tim 1), emploie le mot naufrage de la foi. Par cette comparaison, elle fait comprendre que, par la partie du navire de l’Église qui a été brisée, les hérétiques se sont engouffrés dans les flots. Il y a aussi la parabole du filet qui se déchirait à cause de la multitude des poissons (Luc 5). Ensuite, saint Paul à Tite (3)

: « Après une première et une deuxième réprimande faite à un hérétique, évite-le, sachant que celui qui se comporte ainsi est un orgueilleux et un délinquant, condamné qu’il est par son propre jugement. » Dans ce passage, l’apôtre ordonne à un évêque d’éviter un hérétique, ce qu’il ne ferait certes pas s’il le croyait dans l’église. Car, le pasteur ne doit pas éviter mais guérir ceux qui appartiennent à son troupeau. Et il en ajoute la raison : c’est parce qu’un tel hérétique est opiniâtre, et déjà condamné par son propre jugement. Ce qui veut dire, comme l’explique saint Jérôme, qu’il n’est pas expulsé de l’église par l’excommunication, comme plusieurs autres pécheurs, mais qu’il s’expulse lui-même de l’Église.

De même, saint Jean 11 : « Ils sont sortis de nous, mais ils n’étaient pas de nous. » C’est-à-dire : ils sont sortis de nous parce qu’ils étaient avec nous dans la même église, mais qu’ils n’étaient pas de nous selon l’élection divine, comme saint Augustin l’expose dans son livre sur la bonne persévérance, chapitre 8.

On prouve cela ensuite à partir du concile de Nicée (chapitres

8. Et 19). Il dit qu’on peut recevoir les hérétiques dans l’église, s’ils veulent revenir, avec, toutefois, certaines conditions. Nous avons aussi le concile du Latran (chapitre firmiter, de summa trinitate et de fide catholica) qui dit que « l’église est la congrégation des fidèles. » Il est évident que les hérétiques ne sont en aucune façon des fidèles. On peut le prouver aussi par l’enseignement des pères de l’église. Saint Irénée (livre 3, chapitre 3) dit que Polycarpe avait converti à l’Église beaucoup d’hérétiques. Ce qui suppose qu’ils étaient auparavant sortis de l’église.

Tertullien (au livre de la prescription) dit que si Marcion voulait revenir à l’église, il ne le pourrait qu’ à la condition d’accepter que ceux qu’il avait pervertis retournent à l’église. Saint Cyprien (dans son épitre à Jubaianum, dit que, bien qu’ils ne soient pas dans l’église, les hérétiques revendiquent l’autorité de l’église à la façon des singes, qui, bien qu’ils ne soient pas des hommes, veulent être vus comme des hommes. Saint Jérôme (dans son dialogue contre les lucifériens, vers la fin) : « Comme tu l’as toi-même entendu, ceux qui se disent du Christ non par le nom de Jésus Christ, mais par n’importe lequel autre nom, comme les marcionites, les valentiniens,etc sache qu’ils ne sont pas l’église du Christ, mais la synagogue de l’antichrist. Saint Augustin (livre 4, chapitre 10, contre les donatistes) dit « qu ’il arrive parfois qu’un hérétique qui est à l’extérieur de l’église, n’agisse pas contre l’Église, et qu’un catholique qui est à l’intérieur, agisse contre ».

Et, dans le livre de l’unité de l’Église (chapitre 4) : « Ceux qui ne croient pas que le Christ venu dans la chair de la vierge Marie, de la semence de David, est ressuscité avec le corps dans lequel il avait été crucifié, ne sont vraiment pas dans l’Église. »

Il arrive, enfin, que, comme l’église est une multitude unie (un seul peuple, un seul règne, un seul corps), cette union consiste principalement dans la profession de la vraie foi, des mêmes lois, et des mêmes rites. Aucune raison ne permet donc de dire que sont du corps de l’église ceux qui n’ont avec elle aucun lien.

Mais d’autres enseignent le contraire. D’abord, parce que Matthieu 13, dans la parabole de la zizanie, dit qu’on trouve dans le même champ du grain, de la paille et de la zizanie, lesquels représentent les bons catholiques, les mauvais et les hérétiques, comme l’exposent saint Augustin (question 2 sur Matthieu), saint Jérôme et saint Jean Chrysostome dans leurs commentaires de ce passage. Que ce champ soit l’église, l’enseignent saint Cyprien (livre 3, épitre 3), et saint Augustin (livre 1, chapitre 34 contre Cresconium). Je réponds que par zizanie, certains n’entendent pas les hérétiques mais les mauvais hommes qui sont dans l’Église, comme saint Cyprien (lieu cité, et livre 4, épitre 2), et saint Augustin, quand il ne parlait pas selon son opinion mais selon celle de saint Cyprien. Que par zizanie, saint Cyprien n’entend pas les hérétiques, on peut le déduire de ce que dans les endroits où il dit que la zizanie est dans l’église, il affirme que les hérétiques ne sont pas dans l’église; et aussi de son intention. Ces textes il les écrivait contre les novatiens qui ne voulaient pas admettre à la pénitence ceux qui avaient apostasié pendant les persécutions, parce qu’ils craignaient de communier aux péchés des autres. C’est à ceux-là que saint Cyprien montre, par une parabole du Seigneur, que, dans l’Église, il n’y a pas seulement des hommes forts, mais même des imbéciles qui tombent de temps en temps, comme dans un champ où il y a à la fois du froment et de la zizanie. Mais même si cette explication ne mérite pas d’être condamnée, et ne nous est pas contraire, il me semble préférable de répondre avec saint Augustin (question 11 sur Matthieu), que le champ ne signifie pas l’église, mais le monde universel. Et, en ce qui a trait au mot zizanie, même si on a de bonnes raisons d’y voir des hérétiques, il serait plus juste d’y reconnaitre des méchants de toutes sortes, qu’ils soient hérétiques ou pas. Car, le but de la parabole est de nous enseigner qu’il y aura toujours des mauvais dans le monde, et qu’il ne sera pas possible au zèle humain d’en purger complètement la terre avant le jour du jugement. Notre Seigneur dit, d’ailleurs, que la zizanie représente les hommes méchants, c’est-à-dire tous ceux qui seront finalement jetés dans le feu éternel.

Ils font ensuite l’objection suivante (1 Timothée 1) : « Dans une grande maison, il y a des vases d’or, d’argent, de bois, et de terre. » Par le nom de maison, Paul semble entendre l’église, et par les vases de bois et de terre les hérétiques. Car, il avait dit un peu auparavant : « Dont le discours se développe comme un cancer. Hymmeneus est un de ceux-là. Et Philetus, qui sont sortis de la vérité. » Que le nom de maison signifie l’église c’est ce qu’enseignent saint Cyprien (livre 3, épitre 3, et livre 4, épitre 2) et saint Ambroise (en commentant ce passage) et saint Augustin (livre 2, chapitre 12, le baptême.) Je réponds que les anciens ont donné des interprétations différentes de ce passage. Celle des grecs, Chrysostome, Theophylacte qui, par le nom de maison n’entendent pas l’église, mais le monde, comme nous l’avons dit pour le champ où se trouve de la zizanie. Une autre est celle des latins, de saint Cyprien, de saint Ambroise, de saint Augustin, qui entendent l’église par le mot maison. Et bien que saint Augustin et saint Ambroise veuillent voir des hérétiques dans les vases de bois et de terre. Et Augustin explique là (livre 3, chapitre 19 du baptême) qu’ils sont bien dans l’église quand il dit qu’ils sont dans l’église avant qu’ils en soient séparés par l’obstination et l’opiniâtreté, et que c’est ce temps que l’apôtre considérait, de sorte que ce ne sont pas tant des hérétiques que des errants qui sont dans l’église. Il ajoute aussi qu’on peut dire qu’ils sont dans l’église après en être sortis, à cause de l’administration des sacrements, parce que même eux aussi administrent validement certains sacrements. Ce qui revient à dire qu’ils sont dans l’église à un certain point de vue, mais pas absolument parlant. Saint Ambroise donne au mot église un sens large, et beaucoup plus étendu que le sens strict, c’est-à-dire celle qui comprend tous ceux qui, de quelque façon sont nommés chrétiens. A ce sujet, les païens ont coutume de dire que, dans l’assemblée des croyants, il y a beaucoup d’opinions différentes et de sectes. Et, selon Cyprien (dont je crois l’explication plus proche de la vérité) les vases de bois et de terre ne représentent pas les hérétiques, mais les fidèles infirmes et débiles, qui sont facilement séduits. Ce que l’apôtre dit au sujet des différents vases qui sont dans une maison ne se rapporte pas à Hymenus et et Philetus, qui étaient sortis de la vérité, mais à cette autre phrase : « et ils faussèrent la foi de certains. » Car, l’apôtre veut dire que le fait que certains ont été séduits ne signifie pas que tous sont en danger d’être séduits, car, dans l’église, il y a les forts et les faibles.

Mais, tu diras qu’Augustin, qui voit dans les vases de bois et de terre des hérétiques, affirme avoir été amené à penser ainsi par les paroles de Cyprien dans l’épitre à Antonien, qui est la seconde (livre 4). Je réponds que saint Augustin a estimé que c’était par Cyprien que ces paroles de l’apôtre avaient été référées à l’église : « dans une grande maison, il y a des vases ….et ces autres : « le discours desquels se développe comme un cancer », comme lui-même l’avait référé. Mais, du reste, les paroles de Cyprien n’expriment rien de tel. Et que saint Cyprien n’a pas voulu dire que les hérétiques sont dans l’église, la même épitre nous le fait comprendre, où il écrit en toutes lettres : « Le novatien, du fait qu’il est hérétique, est en dehors de l’Église »

Le troisième argument. L’Église peut juger et punir les hérétiques. Ils sont donc dedans. « Car, dit l’apôtre, qu’est-ce qui me permet de juger ceux qui sont à l’extérieur ? » De plus, les hérétiques retiennent le caractère du baptême et du sacerdoce. Ils sont chrétiens et prêtres. Je réponds que, bien qu’ils ne soient pas dans l’église, les hérétiques doivent quand même être, comme des brebis, du bercail duquel ils se sont échappés, et donc lui appartenir. Comme on a l’habitude dire que cette brebis est de ce troupeau, même quand elle se promène loin de son troupeau. L’église peut juger ceux qui sont réellement à l’intérieur, ou qui doivent l’être, comme un pasteur peut contraindre à retourner au troupeau une brebis qui erre dans les montagnes loin du bercail. Et un empereur peut forcer à revenir à son camp ou même suspendre un transfuge qui est passé à l’ennemi. L’apôtre, lui, parle de ceux qui sont en dehors au point de ne jamais avoir été en dedans.

Et au sujet du caractère, je dis que les hérétiques retiennent, en dehors de l’église, les caractères indélébiles, comme retiennent les brebis perdues le caractère imprimé dans le dos, et les déserteurs de l’armée les marques militaires. Mais, ils ne sont pas, pour cela, de l’église, car ces caractères ne suffisent pas pour inclure quelqu’un dans l’église. Car, dans le cas contraire, l’église serait présente même dans l’enfer. Et cependant saint Thomas (3 p. q. 8, article 13) dit que les damnés ne sont membres du Christ ni en acte ni en puissance. De plus, le rôle du caractère n’est pas d’unir l’homme avec la tête mais d’être le signe d’une certaine puissance, et d’une certaine union. Voilà pourquoi, dans l’enfer, ceux qui ont été membres du Christ sont connus par ce signe. Qu’il n’unisse pas, la chose est évidente, car il n’unit pas à l’extérieur, puisqu’il est invisible; et il n’unit pas non plus à l’intérieur, car il n’est ni un acte ni un habitus opératoire. Voilà pourquoi saint Thomas place l’union interne dans la foi.

CHAPITRE 5

Les schismatiques

Quelques catholiques se demandent si les schismatiques sont dans l’Église. Qu’ils sont dans l’église, c’est ce qu’affirme Alphonse de Castro, au lieu cité. Mais il est facile d’enseigner le contraire, au moyen des saintes lettres et de la tradition des pères. Car, d’abord, quand dans Luc 5 on dit que les filets se rompaient, par la scission du filet et la sortie des poissons du filet, on entend un schisme ecclésial, et la sortie des hérétiques et des schismatiques de l’église, comme l’expose saint Augustin (traité 122 sur saint Jean).

De plus, l’Écriture parle d’une seule bergerie, (Jean 10), un seul corps (Romains, 12), une épouse, une amie, une colombe (cantique des cantiques, 6). Car le schisme scinde ce qui étaie un, et fait d’un tout des parties, comme le mot lui-même l’indique. Car skizôn est séparer, et skisma est une fissure. Les schismatiques ne sont donc ni dans ni de l’Église, car une partie séparée du corps n’est plus une partie du corps. Voilà pourquoi saint Cyprien, dans son livre sur l’unité de l’église, dit splendidement que l’église est représentée par la robe sans couture du Christ, qui n’a pas été découopée, pour que nous comprenions que l’Église peut être divisée, mais pas de la façon dont le sont les vêtements, pour que toutes les parties demeurent également les parties d’un même tout. Quand on coupe une branche d’un arbre, elle meurt instantanément, tandis que l’arbre continue à vivre. Si on sépare un ruisseau d’une source, le ruisseau tarit bientôt, pendant que la source continue à couler. Un rayon qui se sépare du soleil s’éteint instantanément, pendant que le soleil continue à briller. Mais, si tu prétends qu’une portion de l’église séparée est quand même l’église, tu crées plusieurs églises, ce qui est contraire à l’Écriture.

On le prouve, ensuite, avec les décrets du pape Pélage. Il affirme explicitement que les schismatiques ne sont pas de l’Église (14, q. 1, le canon sur les choses honteuses, et celui sur le schisme). Se présente aussi le témoignage de toute l’Église qui, à Pâque, prie pour les hérétiques et les schismatiques, pour que Dieu daigne les rappeler à l’église catholique. Ce qu’elle ne ferait certainement pas si elle croyait qu’ils sont dans l’église catholique. S’Impose ici aussi le témoignage du catéchisme romain, qui n’a pas une mince autorité dans l’église de Dieu. En expliquant le symbole des apôtres, le dit catéchisme, en paroles très claires, sépare les schismatiques de l’Église. On le prouve, de plus, par les témoignages de pères de l’Église. Saint Irénée (livre 4, chapitre 62), après avoir dit dans les chapitres précédents, que l’homme spirituel juge tous les hérétiques et les schismatiques, il passe en revue plusieurs hérésies, et parle même du schisme proprement dit. Il conclut en disant : « Il jugera tous ceux qui sont en dehors de la vérité, c’est-à-dire de l’église. » Saint Cyprien (livre 4, chapitre 9 à Florentin Papianus), dit : « L’Église est le peuple réuni au prêtre, le troupeau adhérant à son pasteur. Voilà pourquoi tu dois savoir que l’évêque est dans l’église, et l’église dans l’évêque, et que ceux qui ne sont pas avec l’évêque ne sont pas dans l’église. » Or, il est certain que les schismatiques ne sont pas avec l’évêque. Ils ne sont donc pas dans l’église.

Saint Jean Chrysostome (dans son homélie 3 sur la première épitre aux Corinthiens), écrit : « La signification du mot schisme les blâme suffisamment, et le nom même suffit pour les confondre.

Car ce ne sont pas plusieurs parties intègres qui sont faites, mais une seule, car plusieurs églises intègres formeraient plusieurs églises. » Et (dans son homélie 2 sur la lettre aux Éphésiens) il enseigne que les schismatiques ressemblent à une main coupée du corps, qui se dessèche bientôt. Et, ailleurs, il dit que les schismatiques sont dans une autre église, même s’ils acceptent la foi et les dogmes de la vraie église. Saint Jérôme (chapitre 1 sur Amos), écrit : « Les schismatiques séparent de l’église de Dieu une multitude trompée. Mais ils ne le font pas cela avec la même cruauté que les hérétiques. » Et (au chapitre 3, sur l’épitre à Tite) : « Entre l’hérésie et le schisme, voici ce nous pensons être la différence. L’hérésie a un dogme pervers; le schisme sépare pareillement de l’Église à cause d’une dissension épiscopale. » Noter le mot : également. Saint Augustin (dans le livre sur la foi et le symbole, chapitre 10) écrit : « Nous croyons dans l’église, c’est-à-dire la catholique, car les hérétiques et les schismatiques appellent aussi églises leurs assemblées. En pensant des choses fausses de Dieu, les hérétiques violent la foi elle-même; les schismatiques, eux, par leurs dissensions, se séparent de la charité fraternelle, même s’ils croient ce que nous croyons. Voilà pourquoi, l’hérétique n’appartient pas à l’église catholique qui aime Dieu, et le schismatique n’appartient pas non plus à l’église qui aime le prochain. »

Tous les livres