Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 101)
53. S. ANSELME, ad quamdam dominam, Epist. 4 :
" Si vous êtes repentante, j'ai encore bonne espérance de votre salut ; mais si vous ne l'êtes pas, que puis-je attendre autre chose que votre damnation ? Car il est impossible que vous puissiez être sauvée autrement qu'en reprenant l'habit et l'état que vous avez quittés. " p.322 fin p.323 début
Question V
Est-ce donc que l’Eglise contraint certaines personnes au célibat ?
L'Eglise, comme une tendre et sage mère, n'y contraint aucun de ses enfants ; elle n'en impose d'elle-même la loi à personne ; mais à ceux qui d'eux-mêmes l'ont embrassé de la manière que nous l'avons dit, elle demande qu'ils accomplissent leur vœu ou leur engagement, au lieu de manquer à la parole qu'ils ont donnée à Jésus-Christ et à son Eglise.
L'Eglise est donc autorisée à les presser d'acquitter leur promesse, et d'observer le conseil évangélique dont ils ont fait la profession solennelle ; conseil évangélique si clairement exprimé par ces paroles de saint Paul : Celui qui marie sa fille fait bien (il faut sous-entendre ici, tant qu'elle n'est pas liée par le vœu de célibat) et celui qui ne la marie pas fait mieux ; et encore par ces autres paroles : Il est avantageux à l'homme de ne toucher à aucune femme. C'est pourquoi l'Eglise, fidèle à suivre en tout l'exemple de Jésus-Christ, a de tout temps fait l'éloge des eunuques volontaires, de ces spadones voluntarii, comme les appelle Tertullien, qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le royaume de Dieu, c'est-à-dire pour être saints et purs de corps comme d'esprit, en combattant pour Dieu, quoique revêtus de chair, comme s'ils étaient étrangers à la chair.
Nous avons ici deux erreurs dangereuses à éviter : l’une, de ceux qui avec Jovinien exaltent tellement le mariage, qu'ils l’égalent ou le préfèrent même au célibat ou à la virginité, malgré la doctrine contraire et bien formelle de saint Paul et de tous les Pères ; l'autre, de ceux qui représentent la continence et le célibat comme à peu près impraticables pour les chrétiens et qui prétendent pour cette raison qu'on ne doit ni l'embrasser facilement, ni en faire la promesse. C'est que ces hommes ne savent pas apparemment combien la grâce de Jésus-Christ, qui n'a cessé depuis tant de siècles, pas plus qu'elle ne cesse encore aujourd'hui, d'être accordée ceux qui ont la foi, et qui la demandent avec humilité, ardeur et persévérance, de force pour alléger le joug du Seigneur, et pour rendre l'état de continence aussi praticable que salutaire. Du nombre de ces eunuques volontaires était saint Paul, qui affirmait avec tant de confiance, que Dieu est fidèle, et qu’il ne souffrira pas qu'on soit tenté au-dessus de ses p.323 fin p.324 début forces, mais qu'il fera même tirer avantage de la tentation en donnant la force d'y résister. C'est pourquoi saint Augustin, ayant à expliquer ces paroles du Psalmiste, Faites des vœux au Seigneur votre Dieu et accomplissez-les, s'exprime ainsi : " Ne soyez pas négligents dans les vœux que vous faites. Ce n'est pas, il est vrai, par vos propres forces que vous pourrez les accomplir : vous succomberez, si vous présumez de vous-mêmes. Mais, si vous mettez votre appui en celui à qui vous offrez vos vœux, vouez-lui avec assurance ce que vous voudrez, et soyez sûr de pouvoir l'accomplir par sa grâce. " Saint Augustin dit encore ailleurs : " C'est une heureuse nécessité que celle qui oblige de faire ce qu'il y a de mieux. "
TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
2. MATTHIEU, XIX, 10-12 : " Ses disciples lui dirent :
Si telle est la condition de l'homme et de la femme, il n'est pas avantageux de se marier. - Il leur dit : Tous n'entendent pas cette p.324 fin p.325 début parole, mais ceux-là seulement à qui il a été donné de l'entendre. - Car il y a des eunuques sortis tels du sein de leur mère ; il y en a qui ont été faits eunuques par les hommes, et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes pour gagner le royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre ceci le comprenne. "
3. ISAIE, LVI, 3-5 : " Et que l'eunuque ne dise point
: Je ne suis qu'un bois aride. - Car voici ce que le Seigneur dit aux eunuques : Ceux qui gardent mes jours de sabbat, qui se portent à ce qui m'est agréable et qui demeurent fermes dans mon alliance, - je leur donnerai dans ma maison et dans l'enceinte de mes murs un nom et une place d'honneur qui leur vaudra mieux que des fils et des filles ; je leur donnerai un nom qui ne s'éteindra jamais. "
4. I Corinthiens, VII, 32-34, 38-40 : " Celui qui n'est point marié s'occupe du soin des choses du Seigneur, et de ce qu'il doit faire pour plaire au Seigneur. -Mais celui qui est marié s'occupe du soin des choses du monde et de ce qu'il doit faire pour plaire à sa femme, et ainsi il se trouve partagé. - De même une femme non mariée et une vierge s'occupent du soin des choses du Seigneur, afin d'être saintes de corps et d'esprit ; mais celle qui est mariée s’occupe du soin des choses du monde et de ce qu'elle doit faire pour plaire à son mari. . . - Celui qui marie sa fille fait bien ; mais celui qui ne la marie point fait encore mieux. La femme est liée à la loi du mariage, tant que son mari est vivant ; mais si son mari meurt, elle est libre : qu'elle se marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur. - Cependant elle sera plus heureuse si elle demeure veuve, comme je le lui conseille ; et je crois que j'ai aussi l'esprit de Dieu. "
5. I Corinthiens, X, 13 : " Dieu est fidèle, etc. Il vous fera tirer avantage de la tentation, en vous donnant la force d'y résister. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
SUR LE CELIBAT DES PRETRES ET DES AUTRES ECCLESIASTIQUES (1).
4. Le V. BEDE, Lib. III de tabernaculis et vasis ejus ac vestibus sacerdotum, c. 9 : " Personne ne peut recevoir le sacerdoce ou être consacré pour le service de l'autel, s'il n'a cette sorte de chasteté qui réprime tout désir du mariage, c'est-à-dire, s'il n'est (1) Déjà beaucoup de ces témoignages ont été produits à la suite de la question précédente.
p.325 fin p.326 début demeuré vierge, ou du moins s'il n'est libre de tout engagement matrimonial. Ce genre de vertu n'est commandé à personne par une loi expresse de Dieu, mais doit être un sacrifice volontaire qui lui soit offert, puisqu'il a dit lui-même : Tous ne sont pas capables de cette résolution (MATTH., XIX, 11). Et cependant il invite pathétiquement à la prendre tous ceux qui en sont capables, par ces autres paroles : Que celui qui peut comprendre ce que je dis, le comprenne. Et un peu plus bas, il promet à ceux qui quitteront pour l'amour de lui leur femme, leur famille ou les embarras de ce siècle le centuple pour le temps présent, et la vie éternelle pour le siècle à venir. Aussi n'est-ce pas sans dessein que Moïse reçoit l’ordre de vêtir Aaron et ses fils d'une manière différente du reste du peuple, et que Dieu lui dit en particulier : Vous leur ferez des caleçons de lin pour couvrir ce qui n'est pas honnête dans le corps (Exod., XXVIII, 42) ; comme s'il disait : Qu'ils aient soin de couvrir les parties déshonnêtes de leur corps ; et vous, faites faire des caleçons au pontife et à ses fils, tracez-leur la règle de la chasteté, intimez à ceux qui doivent exercer le sacerdoce l'obligation de s'abstenir de leurs femmes. Toutefois vous n'imposerez par contrainte à personne le joug de la continence ; mais ceux du moins qui voudront exercer le sacerdoce, et servir au ministère de l'autel, cesseront de leur plein gré de donner pouvoir sur eux à leurs femmes. Une fois ce sacrifice accompli, et leur dessein arrêté de se dévouer aux fonctions du sanctuaire et de l'autel, il ne leur restera plus qu'à observer cette loi divine qui règlera jusque dans ses derniers détails la vie dont ils devront donner l'exemple, et l’enseignement qu'ils auront à donner au peuple, et, donnant sa sanction à leur résolution généreuse, relèvera dignement leur sacerdoce par l'éclat de toutes les vertus, telles en particulier que la sagesse, la patience, la douceur, la miséricorde, le zèle du salut des âmes, l'humilité et la crainte de Dieu. Sans ce cortège qui doit les accompagner, ils seront tenus pour prévaricateur et condamnés à mourir. Car c'est donner très-certainement la mort à son âme, que de prétendre au sacerdoce tout en menant une vie voluptueuse. "
2. Le même, in primum caput Lucæ, sur ces paroles, Et factum est ut implerentur dies officii ejus, abiit in domum suam : " Cela appuie ce que je viens de dire, que les pontifes, tant que duraient leurs fonctions, devaient non-seulement ne pas fréquenter leurs épouses, mais n'approcher pas même de leurs maisons. Et par là l'exemple se trouve donné aux prêtres du temps actuel de p.326 fin p.327 début garder une chasteté perpétuelle, puisqu'ils doivent servir l'autel sans interruption. Comme il fallait alors que tous les prêtres fussent pris dans la famille d'Aaron pour se succéder les uns aux autres, il était indispensable de leur accorder un temps qu'ils pussent employer à se susciter des descendants en même temps que des successeurs. Mais aujourd'hui qu'il ne s'agit plus dans le sacerdoce de succession charnelle, mais uniquement d'une succession de vertus, les prêtres, pour pouvoir constamment servir à l'autel, doivent s'abstenir constamment aussi du commerce des femmes, et garder conséquemment une perpétuelle chasteté. "
3. S. JEROME, in caput I Epistolæ ad Titum
: " Si l'on recommande aux laïques de s'abstenir de leurs femmes pour vaquer à la prière, que dirons-nous d'un évêque qui doit offrir tous les jours à Dieu des victimes sans tache pour ses péchés et pour ceux de son peuple ? Ouvrons les livres des Rois, et nous verrons le prêtre Abimélech ne consentir à donner des pains de proposition à David et aux gens de sa suite, qu'après lui avoir demandé si lui et ses gens s'étaient abstenus d'approcher, non pas seulement de femmes étrangères, mais de leurs propres femmes. Et si David ne lui eût répondu qu'ils n'avaient point fréquenté de femmes depuis trois jours, il ne leur aurait jamais cédé de ces pains qu'il leur avait d'abord refusés. Or, il y a entre les pains de proposition et le corps de Jésus-Christ la même différence, qu'entre l'ombre et le corps, entre la figure et la vérité, entre l'image des biens futurs et ces biens eux-mêmes. En même temps donc que les autres vertus, telles que la douceur, la patience, la sobriété, la modération, le désintéressement, l'hospitalité et l'affabilité doivent se faire remarquer dans l'évêque, à plus forte raison que dans les laïques eux-mêmes, il doit de plus offrir dans sa personne l'exemple d'une chasteté, et pour ainsi parler, d'une pudeur sacerdotale qui le porte à s'abstenir non-seulement de toute action impure, mais même d'un regard, d'une pensée qui distrairait un cœur tout occupé, comme il doit l'être de l'honneur de consacrer le corps de Jésus-Christ. "
4. Le même, in Apologiâ pro libris adversùs
Jovinianum, c. 5 : " Nous avons dit clairement que le mariage est permis dans l'Evangile, mais sans pouvoir toutefois prétendre en se renfermant dans ses limites, obtenir le prix de la chasteté. Si les personnes mariés trouvent cela difficile à digérer, qu’elles ne s'en fâchent pas contre moi, mais plutôt contre les saintes Ecritures, p.327 fin p.328 début ou bien encore contre tous les évêques, les prêtres et les diacres, contre tout l'ordre sacerdotal et clérical, où personne ne croit pouvoir offrir le saint sacrifice, s'il ne s'abstient de l'acte permis entre les époux. " Et c. 8 : " Les apôtres, ou étaient vierges, ou s'ils étaient mariés, gardaient la continence ; les évêques, les prêtres et les diacres, pour être éligibles, doivent être ou vierges, ou veufs, ou du moins garder, à partir de leur sacerdoce, une perpétuelle chasteté. "
5. ORIGENE, Hom. XXIII in libr. Numerorum : " Si la prière du juste est pour Dieu un encens qu'il accepte volontiers, si l'élévation de ses mains est comme le sacrifice du soir (Ps. CXL, 2) ; si, d'un autre côté, l'Apôtre dit aux personnes engagées dans le mariage : Ne vous refusez point l'un à l'autre le devoir conjugal, si ce n’est d'un mutuel consentement et pour un temps, afin de vous exercer à l'oraison, et ensuite revenez à vivre ensemble comme auparavant (I Cor., VII, 5) ; il est certain que le sacrifice perpétuel est impossible à ceux qui s'embarrassent dans les nécessités du mariage. De là il me semble s'ensuivre comme une conséquence nécessaire, qu'il n'appartient d'offrir le sacrifice perpétuel, qu'à celui qui se dévoue lui-même à une chasteté perpétuelle. "
6. S. AMBROISE, Epist. LXXXII (al. 63) ad Vercellensem
Ecclesiam, n 62 : " L'Apôtre prescrit à l'évêque de n'avoir qu’une femme, non qu'il exclue de l’épiscopat celui qui n'en a pas du tout, cela étant au-dessus de la loi et du précepte, mais pour faire entendre qu'il doit, en gardant la chasteté conjugale, conserver la grâce de son baptême.
Ce n'est pas non plus pour l'obliger par son autorité apostolique à se donner des enfants dans le sacerdoce ; car il dit : qui ait des enfants, et non pas : qui fasse des enfants ; et il lui défend de plus de contracter de nouveaux mariages. "
" Je n'ai pas voulu omettre cette explication, parce que plusieurs entendent ces paroles comme si saint Paul avait voulu dire, que l'évêque n'ait qu'une femme qu'il ait épousée depuis son baptême, et que le baptême eût, en le purifiant, levé l'obstacle qui l'aurait empêché auparavant de contracter ce nouveau lien. Je conviens que ce sacrement efface généralement tous les péchés et que, si un homme s'est souillé avec plusieurs femmes auxquelles il n'était point uni par les liens du mariage, tous ces crimes lui sont remis par la grâce qu'il reçoit ; mais le baptême ne dissout pas le mariage, lorsqu'on l'a contracté une seconde p.328 fin p.329 début fois. Il purifie du péché, mais il ne dispense pas de la loi. On ne commet aucune faute en se remariant ; mais c'est au contraire une loi à laquelle on se soumet de nouveau. Le baptême n'affranchit donc pas de cet engagement comme si c'était un péché ; mais il le laisse subsister comme une loi. C'est cette loi que reconnaît l'Apôtre en disant : Que l’évêque soit sans crime, et qu'il n'ait épousé qu’une femme. Celui donc qui est sans crime et qui n'a épousé qu'une femme, est dans les conditions exigées pour entrer dans l'épiscopat. Pour celui qui a épousé deux femmes, quoiqu'il n'ait commis en cela aucun péché qui le souille, il n'en est pas moins exclu de la dignité du sacerdoce. "
" J'ai exposé ce que prescrit la loi ; disons aussi ce que dicte la raison. Mais auparavant, reconnaissons que non-seulement saint Paul a fait cette ordonnance pour les évêques et pour les prêtres, mais que les Père du concile de Nicée y ont ajouté que quiconque serait bigame ne serait point admis à la cléricature Et en effet, comment un bigame pourrait-il consoler une veuve, l'honorer, l'exhorter à rester dans le veuvage, à ne pas violer la foi qu'elle a promise à son mari, si lui-même ne l'a pas gardé à sa première épouse ? Quelle différence y aurait-il entre le peuple et le prêtre s'il n'y avait que les mêmes lois pour l'un comme pour l'autre ? Un évêque ou un un prêtre doit exceller par son genre de vie, autant que par la dignité de sa profession (Cf. Les Lettres de saint Ambroise, etc., trad. par le P. Duranti de Bonrecueil, de l'Oratoire, t. III, p. 180-182). "
7. Le même, Des devoirs des ministres sacrés, liv. 1, c. 50 : " N'oubliez pas que vous devez remplir votre ministère dans toute sa sainteté, dans toute son intégrité ; que vous devez craindre de le souiller par une union illicite, puisque vous étiez déjà purs de corps, pleins d'une incorruptible pudeur, étrangers même aux liens du mariage, lorsque vous avez reçu la grâce de ce saint ministère. J'insiste sur ce point, parce que, dans presque tous les lieux éloignés des villes, des hommes même investis du saint ministère ont eu des enfants, et ils s'autorisent d'un ancien usage, relatif à une époque ou les sacrifices ne se célébraient que par intervalles ; et cependant, même alors, la chasteté était imposée au peuple deux ou trois jours durant, pour qu'on pût s'approcher du sacrifice exempt de toute souillure ; on lavait aussi ses vêtements, l'Ancien-Testament nous le dit (Exod., XIX, 10). Si l'on abordait avec tant de respect l'image de la vérité, que ne devrait-on p.329 fin p.330 début pas faire pour la vérité elle-même. Apprenez, prêtre et lévite, ce que c'est que laver vos vêtements, pour que vos corps soient purs quand vous célébrerez le sacrifice. "
8. EUSEBE, Démonstration évangélique, livre I, c. 9 : " On pourra nous demander pourquoi (les anciens patriarches) désiraient ardemment le mariage et la multiplication de leur famille, tandis que nous négligeons entièrement ce soin, et pourquoi, tandis qu'il est écrit qu'ils se rendaient le Seigneur propice par l'immolation des victimes, nous évitons les sacrifices comme une impiété. Ces deux difficultés d'un assez grand poids semblent détruire ce que nous venons d'avancer, en montrant qu'en cela nous ne nous conformons pas aux usages de l'ancienne religion. Or, nous pouvons offrir la réponse suivante, tirée du livre des Hébreux, et dire : Ceux qui, avant Moïse ont mérité un glorieux témoignage pour leur piété, ont vécu au commencement de la vie et des jours du monde ; au lieu que les préceptes qui nous sont donnés tendent à la consommation de toutes choses. Aussi ces saints personnages cherchèrent-il avec grand soin à augmenter le nombre de leurs héritiers, car c'était le temps de l'accroissement et de la multiplication du genre humain, qui était pour ainsi dire à la fleur de son âge. Pour nous, ce n'est plus notre but, car maintenant toutes choses déclinent et tendent à leur fin ; la consommation générale approche ; voici la fin de la vie ; l’Evangile est prêchée à nos portes, et l'on entend retentir la nouvelle de la rénovation et de la régénération du siècle futur qui approche.
- Voilà notre première réponse ; en voici une autre.
"
" Ces hommes des premiers jours, dont la vie était sans sollicitude et libre d'obligations, n'éprouvaient nul obstacle à réunir leur famille et leurs enfants pour se livrer avec recueillement à l'adoration de la Divinité avec leurs femmes, leurs enfants et leur famille, n'ayant point à craindre d'être distraits d'une si noble occupation par des étrangers, tandis que mille choses extérieures, mille privations étrangères nous assiègent et nous écartent de la pratique continuelle de ce qui plaît à Dieu. Une instruction évangélique nous apprend que tel est le motif de s'abstenir du mariage. Voici donc ce que je vous dis, mes frères, le temps est court, et ainsi il faut que ceux mêmes qui ont des femmes soient comme n'en ayant point, et ceux qui pleurent, comme ne pleurant point, ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant point, ceux qui achètent, comme ne possédant point, enfin ceux qui usent de ce p.330 fin p.331 début monde, comme n'en usant point ; car la figure de ce monde passe. Je désire vous voir dégagés de soins et d'inquiétudes. Or, celui qui n'est pas marié s'occupe uniquement du soin des choses du Seigneur et de ce qu'il doit faire pour plaire au Seigneur ; mais celui qui est marié s’occupe du soin des choses du monde, et de ce qu'il doit faire pour plaire à sa femme, et ainsi il se trouve partagé. De même, une femme qui n'est pas mariée et une vierge s'occupent du soin des choses du Seigneur, afin d'être saintes de corps et d'esprit ; mais celle qui est mariée s'occupe du soin des choses du monde et de ce qu'elle doit faire pour plaire à son mari. Or, je vous dis cela pour votre avantage ; non pour vous dresser un piège, mais pour vous porter à ce qui est plus parfait et qui vous donnera un moyen plus facile de prier Dieu sans empêchement (I Cor., VII, 31). "
" En blâmant les ineptes futilités des circonstances et des choses extérieures, qui n'existaient pas pour les anciens, l'Apôtre fait connaître clairement pourquoi il faut s'abstenir du mariage. Nous ajouterons une troisième raison de l'ardeur qu'eurent les anciens fidèles à voir se multiplier leur race : tandis que les autres hommes se plongeaient dans le mal, que leurs mœurs devenaient cruelles, inhumaines et sauvages, que leur culte dégénéra en superstitions impies, ces hommes de foi, peu nombreux et faciles à compter, s'écartèrent de la vie commune et des usages du reste du monde. Séparés donc des autres nations et vivant loin d'elles, ils instituèrent des usages contraires, une vie conforme à la sagesse et à la vraie religion et libre de tout commerce avec les autres hommes. Afin donc de conserver à ceux qui viendraient après, comme une étincelle sacrée qui ranimât le culte qu'ils suivaient eux-mêmes, et pour qu’à leur mort ne périt pas la sainte piété, ils durent former le dessein d'avoir des enfants et de les élever pour être les maîtres et les précepteurs de leur postérité, persuadés de l'obligation de laisser des héritiers de leur piété et de leur religion à ceux qui viendraient dans la suite des temps. C'est d'eux que descendent les nombreux prophètes les justes, le Sauveur lui-même, ses disciples et ses apôtres. Si quelques-uns de leurs descendants ont été pervers, ainsi que la paille naît avec le bon grain, il ne faut pas accuser ceux qui furent leurs pères et leurs maîtres ; ne savons-nous pas que quelques disciples du Sauveur s’égarèrent par un désordre de leur volonté ? "
" Telle est la cause du dessein que formèrent les patriarches pour la multiplication de leur race, cause qui n'existe plus pour nous ; car aujourd'hui, dans les contrées, dans les villes, dans p.331 fin p.332 début les campagnes, nous voyons de nos yeux une multitude de nations, des peuples innombrables attirés par la grâce de Dieu à la lumière de l'Evangile, et animés du même esprit, s'empresser d'accepter le joug de la loi évangélique ; de sorte que les docteurs et les prédicateurs de la parole de vie peuvent à peine suffire, quoique dégagés de tout lien de la vie et de toute sollicitude. Or, l'affranchissement des liens du mariage les met en état de s'occuper de soins d'un ordre plus relevés en procurant une naissance spirituelle et divine, non pas à deux ou trois enfants seulement, mais à des milliers d’âmes, en se chargeant de leur éducation dans l'ordre du salut, et de la direction de toute la suite de leur vie. "
" Enfin, si l'on examine la vie des anciens patriarches dont nous parlons, on trouvera que si dans leur jeunesse ils cherchaient à avoir des enfants, ils s'abstenaient de bonne heure du mariage. Il est écrit en effet (Gen., V, 22), qu’après avoir engendré Mathusala, Hénoch plut au Seigneur. L'histoire sacrée marque spécialement que ce fut après la naissance de ce fils qu'Hénoch plut au Seigneur, et elle ne dit pas qu'il ait engendré d'autres enfants dans la suite. Lorsqu'après la naissance de ses fils, Noé, cet homme juste, eut échappé à la destruction générale seul avec sa famille, il cessa d'avoir des enfants, quoiqu'il ait vécu encore longtemps depuis. Isaac, après le double enfantement de son épouse, ne s'approcha plus d'elle. Joseph, quoiqu'il vécût en Egypte, ne fut père que de deux fils, que lui donna une seule épouse. Il est raconté de Moïse, et d'Aaron son frère, qu'ils eurent des enfants avant l'apparition dont ils furent favorisés ; mais on ne saurait trouver qu'ils en aient engendré après la révélation qui leur fut faite des desseins de Dieu. Que dire de Melchisédech ? Il apparut sans famille, sans race, sans héritier. Ainsi de Josué, successeur de Moïse, et d'un grand nombre de prophètes. Nous avons exposé au long, dans un autre endroit, le motif qui porta Abraham et Isaac à multiplier leur race ; c'est là que nous avons traité de la polygamie et de la nombreuse race des anciens fidèles, et nous y renvoyons le lecteur studieux, en l'avertissant que les lois de la nouvelle alliance n'interdisent pas absolument le mariage, mais que les prescriptions en sont conformes à celles qui dirigeaient ces saints personnages. Il faut, dit l’Ecriture, qu'un évêque n'ait épousé qu'une seule femme (I Tim., III, 2).
Ceux qui sont consacrés à Dieu, et qui se livrent à l'exercice du sacré ministère, doivent s'abstenir désormais de tout commerce avec leurs épouses.
p.332 fin p.333 début Cependant les saintes lettres condescendent à la faiblesse de ceux qui ne sont pas jugés dignes d'un si grand honneur (Cf. Démonstr. évangel., édit. Migne). "
10. S. GREGOIRE-LE-GRAND, Epist. ad Petrum subdiaconum
: " Que les évêques n'ordonnent sous-diacres que ceux qui ont commencé par leur promettre de vivre dans la chasteté, parce qu'on ne doit employer au service de l'autel que ceux dont la chasteté a d'abord été éprouvée. "
11. INNOCENT II : " Nous ordonnons que ceux qui se seront mariés ou qui auront pris des concubines depuis qu'ils auront reçu le sous-diaconat, soient privés de tout office comme de tout bénéfice ecclésiastique. Car, comme ils doivent être les temples vivants et les vases du Seigneur, les sanctuaires de l'Esprit-Saint, ce serait une indignité qu'ils se livrassent à la dissolution et l'impudicité. "
12. Le cinquième (Ou plutôt le 4e tenu l'an 633. Cf. LABBE, Conc., t. V, col. 1713-1714) concile de Tolède, canon 26 : " Lorsque des prêtres ou des diacres sont placés dans des paroisses, ils doivent promettre à leur évêque de vivre chastement et dans la crainte de Dieu, afin que cet engagement qu'ils prendront les oblige de vivre selon la sainteté de leur état. "
4 : " Ceux qui, dès l'enfance, seront destinés à la cléricature par leurs parents, recevront d'abord la tonsure, et seront mis ensuite au rang des lecteurs pour être instruits dans la maison dépendante de l’église, sous les yeux de l'évêque, par celui qui leur sera préposé. Lorsqu'ils auront dix-huit ans accomplis, l’évêque leur demandera, en présence du clergé et du peuple, s'ils veulent se marier ou non : si Dieu leur donne la pensée de conserver la grâce de la chasteté et qu'ils promettent d'y être fidèle sans jamais contracter mariage, on aura égard à leur désir d’entrer dans la voie étroite, et on les admettra à se charger du joug si léger du Seigneur. On commencera par éprouver leur résolution, et puis on leur confiera, à la vingtième année de leur âge, l'office de sous-diacres. A vingt-cinq ans accomplis, s'ils se sont conduits sagement, on les ordonnera diacres, mais en veillant sur eux, afin qu'ils ne se marient point, et qu'ils n'aient aucun commerce secret avec des femmes. S'ils sont convaincus d'une pareille faute, ils seront regardés comme des sacrilèges et chassés de l’Eglise. S'il y en a p.333 fin p.334 début qui, au moment où ils seront interrogés, témoignent désirer le mariage, nous ne pouvons pas leur ôter une liberté que leur laisse l'Apôtre, et si, mariés et arrivés à l'âge mûr, ils promettent de garder la chasteté du consentement de leurs femmes, ils pourront aspirer aux ordres sacrés. "
14. Le troisième (Ou plutôt le second (tenu l’an 453), canon 2. Quant à l'autre canon cité à la suite de celui-ci, il ne se trouve dans les actes d'aucun des trois premiers conciles d'Arles. Cf. LABBE, Conc., t. IV, col. 1011) concile d'Arles : " On ne doit pas admettre au sacerdoce quelqu'un qui se trouve engagé dans les liens du mariage, à moins qu'il ne se soit préalablement converti (nisi præmissa, al. promissa, fuerit conversio), c'est-à-dire, qu'il n'ait promis ou fait profession de garder la continence. " Gratien cite encore cet autre canon du même concile : " Le concile a décrété de plus, qu'on n'ordonnerait plus à l'avenir de diacres qui fussent mariés, à moins qu'ils n'eussent pris la résolution de se convertir en faisant profession de chasteté. "
15. On trouve encore dans Gratien, distinction 82, la citation suivante de la lettre du pape Sirice (à Himère, évêque de Tarragone) : " Nous avons appris de plusieurs tant prêtres que lévites (ou diacres), qu'après avoir blanchi dans le ministère sacré, ils sont venus à avoir des enfants, soit de leurs propres femmes, soit d'autres qui leur sont étrangères, et qu'ils cherchent à s'en justifier par ce qu'on lit dans l'Ancien-Testament, qu'il était permis aux prêtres et aux ministres du temple d'user du mariage. Qu'il me dise maintenant, cet avocat de la volupté, ce précepte du vice, s'il croit que la loi de Moïse ou plutôt cette même loi qui avait pour auteur Dieu lui-même, lâchât absolument toutes brides à la passion dans les ministres sacrés, pourquoi donc Dieu faisait à ceux d'entre eux qui étaient chargés de la garde du Saint des saints, la recommandation ainsi conçu : Soyez saints, parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu (Lévit., XX, 26) ? Pourquoi encore, pendant l'année qu'ils avaient à remplir leurs fonctions, les prêtres étaient-ils obligés d'habiter dans le temple, loin de leurs maisons ? C'était sans aucun doute afin qu'ils ne pussent pas avoir de commerce charnel avec leurs épouses, et qu'ainsi exempts de toutes souillures, ils pussent offrir à Dieu des sacrifices qui lui fussent agréable. Si, le temps de leur service achevé, ils pouvaient s'occuper de se donner des descendants en fréquentant de nouveau leurs épouses, c’est parce qu'il n'y avait que la tribu de Lévi qui dût fournir des ministres pour les diverses fonc- p.334 fin p.335 début tions à remplir dans le temple. C'est pour cela que le Fils de Dieu, pendant les jours qu'il a honoré les hommes de sa présence, a déclaré qu'il était venu accomplir la loi, plutôt que la détruire. Et il a voulu que l’Eglise, dont il est l'époux remarquable par sa beauté entre tous les enfants des hommes (Ps. XLIV, 3), resplendit de la gloire de la chasteté, afin que, lorsqu'il reviendra pour exercer son jugement, il puisse la trouver sans tache et sans aucune ride, comme il l'a ordonné par son Apôtre (Eph., V, 27). Cette loi nous oblige à perpétuité, nous autres prêtres et lévites, de sorte qu'à partir du jour de notre ordination, nous devons consacrer nos corps et nos âmes à la modestie et à la pureté en nous attachant du reste à plaire en tout à notre Dieu dans l'offrande des sacrifices que nous lui faisons tous les jours. Or, ceux qui vivent selon la chair ne peuvent, comme nous l'enseigne ce vase d'élection, être agréables à Dieu (Rom., VIII, 8). Mais vous, vous ne vivez plus selon la chair, mais selon l'esprit, si toutefois l'Esprit de Dieu habite en vous (I Cor., III, 16). Et où l'Esprit de Dieu pourra-t-il habiter, sinon dans des corps qui soient saints, comme nous le disions tout-à-l'heure ? Toutefois, comme quelques-uns de ceux dont nous parlons gémissent ainsi que vous nous le rapportez, de ce que leur ignorance a été la cause de leur chute, notre sentiment est qu'il faut user à leur égard de quelque indulgence, à condition que, sans espérance de pouvoir s'élever plus haut, ils resteront toute leur vie au rang où ils étaient quand ils sont tombés et avec promesse de leur part de garder désormais la continence. Quant à ceux qui allèguent pour leur excuse un privilège abusif, et qui soutiennent que cela leur était permis par l'ancienne discipline, qu'ils sachent qu'en vertu de notre autorité ils seront privés dorénavant de toute charge ecclésiastique, puisqu'ils en ont si mal usé jusqu'ici, et qu'ils ne pourront plus à l'avenir célébrer les saints mystères, dont ils se sont eux-mêmes exclus en cherchant à satisfaire d'impures passions. Et comme les exemples que nous avons sous les yeux sont pour nous un avertissement de nous précautionner pour l'avenir, si désormais ce qu'à Dieu ne plaise, un évêque, un prêtre ou un diacre se trouve dans un cas semblable, qu'il sache que tout accès lui sera interdit à notre indulgence ; car il est indispensable de retrancher avec le fer des chairs corrompues qu'aucun médicament ne peut guérir. "
Le même, Epist. IV ad episcopos Africæ, c. 9 : " Nous recommandons en outre aux prêtres et aux lévites, conformément aux lois de la pudeur et de l'honnêteté, de n'avoir pas de commerce p.335 fin p.336 début avec leurs femmes, à cause du ministère divin qu'ils sont obligés d'exercer tous les jours. Car saint Paul écrivait aux Corinthiens : Abstenez-vous d'user du mariage pour pouvoir vaquer à la prière (I Cor., VII, 8). Si donc la continence est ordonné aux laïques pour qu'ils puissent être exaucé dans leurs prières, à combien plus forte raison un prêtre ne doit-il pas être préparé à tout moment par une parfaite pureté au saint sacrifice, ou au sacrement de baptême qu'il peut être appelé à administrer tous les jours ? S'il se voyait en pareille occasion souillé de quelque impureté charnelle, que pourrait-il faire ? S'excuserait-il de répondre à la demande qu'on lui ferait ? ou, s'il y répondait dans quelles dispositions le ferait-il ? Comment pourrait-il se croire en état d'être exaucé, tandis qu'il est écrit : Tout est pur pour ceux qui sont purs ; rien au contraire n'est pur pour les impurs et les infidèles (Tit., I, 15) ? Je vous exhorte donc, je vous avertis, je vous conjure d'ôter de dessus nous un tel opprobre, qui pourrait nous être reproché par les gentils eux-mêmes. On objectera peut-être que l'Apôtre compte parmi les qualités de l'évêque qu'il n'ait qu'une femme.
Mais l’Apôtre ne dit pas que l'évêque doive pour cela continuer à engendrer des enfants ; il veut plutôt lui marquer les règles de continence à garder par la suite. Car il ne pouvait pas repousser du sacerdoce ceux qui seraient purs de tout commerce charnel, celui qui avait dit : Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi (I Cor., VII, 7), et ailleurs en termes encore plus significatifs : Ceux qui vivent selon la chair ne sauraient être agréables à Dieu (Rom., VIII, 8). Pour vous, vous ne vivez plus selon la chair, mais selon l'esprit. "
16. Ibidem, distinct. 82, c. 1, on trouve citées ces paroles du pape Innocent I : " Vous demandez quelle conduite il faut garder à l’égard des diacres ou des prêtres dont des femmes devenues mères ont trahi l'incontinence. Sur ce point les prescriptions divines sont assez connues, ainsi que les instructions données par l’évêque Sirice, de bienheureuse mémoire, portant que les prêtres et les diacres incontinents devaient être privés de toute fonction ecclésiastique, et que tout accès devait leur être interdit à un ministère que la continence seule peut remplir convenablement. Car c'était un point de l'ancienne loi, et qui a été observé dès le commencement, que les prêtres demeureraient dans le temple pendant tout le cours de l'année où ils seraient en fonctions, afin qu'étant occupé à offrir des sacrifices, ils passent se conserver purs et sans tache, et qu'on n'admettrait p.336 fin p.337 début à remplir ce saint ministère personne qui aurait eu commerce avec sa propre femme, attendu qu'il est écrit : Soyez saints, parce que je suis saint, moi qui suis le Seigneur votre Dieu. Il est vrai qu'on leur permettait pourtant d'user de leurs femmes à cause de la nécessité qu'il y avait pour eux de se donner une postérité, le sacerdoce étant exclusivement réservé aux hommes de la tribu de Lévi. Combien donc la continence ne doit-elle pas être gardée davantage, à partir du jour de leur ordination, par des prêtres ou des lévites dont le sacerdoce ou le ministère n'a point à se perpétuer dans une même famille, et pour qui il ne se passe pas un seul jour où ils ne puissent être appelés, soit à célébrer les saints mystères, soit à conférer le sacrement de Baptême ? Car si l'apôtre saint Paul écrivait aux Corinthiens de s'abstenir de l'usage du mariage pour qu'ils pussent vaquer à la prière, c'est à des laïques qu'il faisait cette injonction, à combien plus forte raison des prêtres devront-ils user de cette retenue, eux dont les prières et les sacrifices doivent être continuels ! Que s'ils sont souillés de quelque impureté charnelle, de quel front oseront-ils offrir des sacrifices ? Comment pourront-ils se croire en état d’être exaucés, tandis qu'il est écrit : Tout est pur pour ceux qui sont purs ; rien au contraire n'est pur pour les impurs et les infidèles. Mais peut-être s'autoriseront-ils de ce que l'Apôtre compte parmi les qualités d’un évêque, qu’il n'ait qu'une femme. Mais l'Apôtre ne dit pas que l’évêque doive pour cela continuer à engendrer des enfants ; il veut plutôt indiquer les règles de continence que l'évêque devra garder par la suite. Car il ne pouvait pas repousser du sacerdoce ceux qui seraient purs de tout commerce charnel, celui qui avait dit : Je voudrais que tout le monde fût comme moi ; et encore plus expressément : Ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l'esprit. L'Apôtre ne dit pas non plus que l’évêque doit engendrer des enfants, mais seulement qu'il peut en avoir ; ce qui est bien différent. S'il est prouvé que quelques-uns n'auront pas pu avoir connaissance du règlement donné pour toutes les provinces par l'évêque Sirice, on leur pardonnera leur ignorance, à condition que dorénavant ils s'abstiendront de l'usage du mariage ; et on pourra les maintenir dans le rang qu'ils occupent, mais sans qu'ils puissent être élevés à un degré supérieur. Ils devront même regarder comme une grâce d'être maintenus dans une place qu'ils auraient mérité de perdre. Mais si d'autres sont convaincus p.337 fin p.338 début d'avoir connu le règlement de Sirice, et de n'en avoir pas moins continué de s'abandonner à leurs désirs sensuels, il faudra les déposer sans miséricorde, en punition de ce qu'ils auront mieux aimé suivre leur convoitise, que d'obéir à une injonction qu'ils ne pouvaient ignorer. "
17. Le concile d'Agée (Cf. LABBE, Conc., t. IV, col. 1384-1385), c. 9, recommande dans les termes suivants l'observation des décrets des papes Sirice et Innocent : " Le concile a décrété en outre que, si des prêtres ou des diacres mariés veulent cohabiter de nouveau avec leurs épouses, on observera à leur égard le statut du pape Innocent ou du pape Sirice, inséré à la suite de ces canons. " Le concile rapporte ensuite des extraits de la lettre d'Innocent I à Exupère de Toulouse, où ce pape fait mention du statut de son prédécesseur en ajoutant que, " si ce statut concernant la vie que doivent mener les ecclésiastiques envoyés par l'évêque Sirice aux diverses provinces, n'était pas parvenu dans quelques-unes, l'ignorance de ces provinces sur ce point serait excusée, pourvu qu'à l'avenir elles se missent en devoir de s'y conformer. Quant à ceux qui se trouveraient (par suite de cette ignorance antérieure) dans le cas de la défense portée par le statut, ils seront maintenus dans les fonctions de leur ordre, mais sans espérance d'être promus à un ordre supérieur. C'est assez pour eux, etc., " comme on vient de lire au témoignage précédent.
18. THEOPHYLACTE, in caput VII prioris ad Corinthios
: " Ainsi c'est une gloire pour un père chrétien que sa fille reste vierge, et c'est une chose qui lui mériterait les éloges de l'Apôtre. Un autre cependant qui marierait sa fille ferait bien de même, c'est-à-dire qu'en cela il ne pècherait point. Car tout ce qui n'est pas péché, est bien par là même. Mais il vaut mieux qu'un père ne marie pas sa fille ; car c'est non-seulement un bien, mais de plus un acte de vertu. " Ce commentateur avait dit un peu plus haut : " Si une vierge se marie, elle ne pèche pas en cela. L'Apôtre dans cet endroit appelle vierge, non celle qui est consacrée à Dieu (car pour cette dernière si elle se mariait, elle pècherait très-certainement, comme coupable d'adultère pour avoir violé la foi jurée à son véritable époux qui est Jésus-Christ), mais simplement une fille non mariée qui n'a pas perdu sa virginité. Dans ce cas, si elle se marie, elle ne pèche pas ; car le mariage n'est pas une chose impure. " p.338 fin p.339 début
20. S. GREGOIRE-LE-GRAND, in caput XV libri I Regum
: " Quelques-uns, après avoir fait profession de continence, se laissent vaincre par la concupiscence de la chair, et croient pouvoir se sauver dans l'état de mariage. D'autres, entendant ces paroles de l’Apôtre, Que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son mari, s'imaginent que tout le monde indistinctement est compris dans cette injonction, et qu'en conséquence les personnes consacrées à Dieu peuvent user du mariage. Ceux qui donnent un tel sens à ces paroles se trouvent d'avance figurés par les chameaux d'Amalec : ils ruminent ce qui leur est enseigné, puis à une doctrine toute spirituelle ils donnent une signification toute terrestre (Hujusmodi enim sensus Amatechita camelus est, qui quasi à ratione incipit, sed ad irrationabilem vitam trahit. L. c., p. 344 C. édit. de Paris, 1705, S. Greg. Papæ I oper., t. III). "
21. S. EPIPHANE, contra apostolicos, hær. LXI, dit sur ces paroles de saint Paul, Si quis autem turpem se videri existimat super virgine suâ, qu d sit superadulta, et ita oportet fieri, quod vult faciat, non peccat si nubat (I Cor., VII, 36) : " Est-ce que l'Apôtre donne cette instruction pour faire changer de parti à la vierge qui a une fois vouée à Dieu sa virginité ? Non, ce n'est pas de ces vierges-là qu'il s'agit, mais de celles qui, arrivées à l'âge de se marier, ont gardé le sceau de la virginité, non pour la virginité même, mais parce qu'elles ne trouvaient personne qui les demandât en mariage. "
22. S. JEROME, in caput LVI Isaiæ : " Il faut entendre par eunuques ceux dont Notre-Seigneur nous parle dans l’Evangile, et qui se sont faits tels pour le royaume des cieux ; tels étaient les apôtres eux-mêmes, à qui, comme ils demandaient dans leur étonnement, à la vue de la difficulté de la chose : Qui pourra être sauvé ? le Sauveur répondit : Que celui-là comprenne, qui est capable de comprendre (MATTH., XIX). C'est pour cela aussi que l'Apôtre dit au sujet de ces sortes d'eunuques, c'est-à-dire des vierges, qu'il n'a point de commandement du Seigneur à leur intimer, mais seulement un conseil, comme ayant obtenu lui-même cette grâce du Seigneur, et n'ayant pas d'autre désir que de les voir la partager avec lui. En effet, ajoute-t-il, le temps est court : ce qui reste à faire, c'est donc que ceux qui p.339 fin p.340 début ont des épouses vivent comme s'ils n'en avaient pas. Car celui-là est un vrai serviteur de Jésus-Christ qui, pour mieux s'attacher à son service, se trouve libre de tout engagement ou de tout lien conjugal. . . . . "
" Nous avons déjà dit que les véritables eunuques sont ceux qui peuvent s'occuper tout entiers de ce qui regarde le service de Dieu, et au sujet desquels la Sagesse s'exprime ainsi : Heureuse celle qui, étant stérile, n'a rien qui la souille, et qui a conservé sa couche pure et sans tache : elle recevra sa récompense, lorsque Dieu visitera les âmes saintes (Sag., III, 13).
Heureux aussi l'eunuque dont les mains sont pures de toute iniquité, et qui n'a pas médité le mal contre le Seigneur. En récompense de sa fidélité, il recevra des faveurs particulières, et une place privilégiée dans le temple du Seigneur. Une telle stérilité sera rendue féconde par la virginité qui en est le principe ; de tels eunuques forceront l'entrée du royaume des cieux, et en feront la conquête. Ce sont ceux-là qui gardent véritablement le sabbat, en s'abstenant comme ils le font de l'œuvre de la chair. Ce sont ceux-là qui ont vraiment choisi ce qu'il y a de plus agréable à Dieu, en lui offrant au-delà de ce qu'il exigeait de leur part, et en consultant son désir, plutôt que d'user du pouvoir que leur laissait l'Apôtre. Ce sont ceux-là qui ont fait avec le Seigneur une alliance éternelle, en ne vaquant pas seulement quelques instants à la prière, pour retourner aussitôt après à ce qui en éloigne, mais en tenant à occuper dans la maison de Dieu, qui est son Eglise, la place qu'ils savent être la plus avantageuse. Car il y a plusieurs demeures dans la maison du Père céleste (JEAN, XIV, 2)
; et l'eunuque qui aura observé tout ce qui est marqué dans la loi, aura une place distinguée dans la cité de Dieu, dont il sera comme une des tours par le caractère sacerdotal dont il sera revêtu et, au lieu d'une postérité charnelle, il engendrera une multitude d'enfants spirituels. Tel était, au rapport des historiens ecclésiastiques, cet eunuque que Jésus aimait entre tous ses autres disciples, l'évangéliste saint Jean, qui reposa sur la poitrine de Jésus, et à qui sa virginité donna des ailes pour le faire arriver à son tombeau plus vite que le chef même des apôtres qui, pénétré dans les secrets de la génération du Verbe, a osé dire ce que tous les siècles ignoraient jusque-là : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu : il était en Dieu au commencement.
"
23. S. BASILE, Lib. de verâ virginitate :
" Et il y a des eunuques p.340 fin p.341 début qui se sont faits eux-mêmes tels pour le royaume des cieux ; qui sont même d'une qualité qui les élève au-dessus de tous les autres, parce que, n'ayant pour se conserver chastes, ni les moyens naturels, ni l'attrait d'aucune récompense à recevoir d’hommes dont ils peuvent dépendre, ils se dévouent d’eux-mêmes en vue du royaume des cieux aux glorieuses luttes de la virginité, dédaignant par le même motif les plaisirs du mariage et toutes les séductions du siècle, et ils font la conquêt du royaume céleste à force de sueurs et de fatigues. . . Celui qui, obéissant aux mouvements de la grâce, s'est fait lui-même eunuque, et a pris pour son partage le don précieux de la continence et l'accomplissement le plus parfait de toutes les vertus, c'est à lui qu'en récompense de ses héroïques actions sera réservée une place distinguée dans le royaume céleste. " Saint Basile donne ici l'explication des paroles d'Isaïe sur le même sujet. Le saint docteur avait dit là-dessus dès le commencement de son livre : " La virginité est quelque chose de grand et de tout-à-fait admirable, puisque, pour tout dire en un mot, elle rend l'homme, autant que possible, semblable à Dieu par sa pureté. Elle n'est pas une perfection corporelle qui se communique à l'âme ; mais elle est une vertu de l'âme qui maintient le corps dans son intégrité. "
24. S. AUGUSTIN, de sanctâ virginitate, c.
24 : " Quels sont ces eunuques dont Dieu parle par la bouche d'Isaïe, et à qui il promet de donner dans sa maison et dans sa sainte cité une place distinguée, et qui leur vaudra mieux qu'une nombreuse postérité, sinon ceux qui se font eux-mêmes eunuques pour le royaume des cieux ? Car pour ceux qui sont eunuques par une opération faite dans leur chair pour les rendre inhabiles à engendrer, tels que sont les eunuques des riches et des souverains, s'ils se font chrétiens et qu'ils gardent les commandements de Dieu, mais dans une telle disposition d'esprit, que s'ils pouvaient se marier, ils le feraient, ils n'ont point à attendre dans la maison de Dieu une place au-dessus de celle qui peut appartenir tout autre fidèle engagé dans le mariage, qui élèverait dans la crainte de Dieu ses enfants nés d'un mariage légitime en leur apprenant à mettre en Dieu leur espérance ; mais ce n'est point à ceux-là qu'est promise cette place distinguée, qui vaut mieux qu'une nombreuse postérité. Car ce n'est pas par vertu, mais par une nécessité physique, qu'ils s'abstiennent de l'œuvre charnelle du mariage. " p.341 fin p.342 début
25. Ibidem, c. 25 : " Après avoir dit des eunuques : Je leur donnerai dans ma maison, et dans l'enceinte de ma cité, une place distinguée, et qui leur vaudra mieux qu'une postérité nombreuse ; de peur que quelqu'un ne donnât à ces paroles un sens trop grossier, en les entendant d'une récompense temporelle, il ajoute aussitôt : Je leur donnerai un nom éternel et impérissable. Ce nom éternel, quel qu'il puisse être du reste, qui est promis aux eunuques de Dieu, et qui signifie sans doute une gloire singulière et privilégiée, est un nom qui ne leur sera point commun avec les autres, pas même avec ceux qui seront d'ailleurs admis comme eux dans ce même royaume et cette même maison. Et c'est peut-être pour cette raison que cette récompense promise aux eunuques volontaires est désignée par ce mot de nomen ou de nom, puisque le nom est le mot qui sert à distinguer dans l'esprit, une personne ou une chose de tout le reste. "
26. TERTULLIEN, Lib. I ad uxorem, c. 6 : " Si l'on embrasse la continence dans le mariage, à combien plus forte raison faudra-t-il se l'imposer quand la mort a rompu ce lien, etc. ? "
27. S. JEROME, adv. Jovinianum, lib. I, c. 2 :
" Jovinien dit que les vierges, les veuves et les femmes mariées qui une fois ont été baptisées en Jésus-Christ, ont toutes le même mérite, si elles ne diffèrent point les unes des autres par le reste de leurs actions. " Dans la suite de l'ouvrage, l'illustre docteur réfute au long cette hérésie.