Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 102)
28. S. AUGUSTIN, de hæresibus ad Quodvultdeum, hær. 82 : " L'hérésie des Jovinianistes, qui a eu pour auteur un moine nommé Jovinien, s'est élevée de notre temps, et lorsque nous étions encore jeunes. Jovinien prétendait, à l'exemple des philosophes stoïciens, que tous les péchés étaient égaux ; qu'un homme une fois régénéré par le baptême ne pouvait plus pécher, et que les jeûnes et les abstinences ne servaient de rien. Il réduisait à néant la virginité de Marie, qui, disait-il, avait cessé d'être vierge en devenant mère. Il ne voulait pas non plus que les vierges qui se consacraient à Dieu, et les hommes qui faisaient vœu de continence et de chasteté perpétuelle, eussent plus de mérite en cela que les personnes mariées qui menaient la vie commune : tellement que des vierges consacrées à Dieu, et d'un âge même avancé, qui vivaient à Rome où il enseignait cette doctrine, se marièrent, dit-on, après qu'elles l'eurent entendu la leur débiter. Quant à lui, ni il n'avait, ni il ne voulait avoir de femme, non qu'il eût l'intention en cela d'acquérir p.342 fin p.343 début plus de mérites devant Dieu pour la vie éternelle, mais son motif était qu'il ne voulait pas avoir les embarras du mariage. Cette hérésie cependant n'a pas tardé à être étouffer et à s'éteindre, sans avoir pu faire seulement une victime ou une dupe dans tout le sacerdoce. "
29. Le concile de Trente, session XXIV, canon 10 : " Si quelqu'un dit que l'état de mariage doit être préféré à celui de virginité ou de célibat, et que ce n'est pas quelque chose de meilleur ou de plus heureux de demeurer dans la virginité ou dans le célibat que de se marier, qu'il soit anathème. "
11 : " Je croyais que je serais trop malheureux d'être à jamais privé des embrassements d'une femme ; et le remède de votre miséricorde (ô mon Dieu), efficace contre cette infirmité, ne venait pas à ma pensée, faute d'en avoir fait l'épreuve ; car j'attribuais la continence aux propres forces de l'homme, en même temps que je sentais ma faiblesse. J'ignorais, insensé qu'il est écrit : Nul n'est chaste, si vous ne lui en donnez la force. Et vous me l'eussiez donnée, si le gémissement intérieur de mon âme eût frappé à votre oreille, si ma foi vive eût jeté dans votre sein tous mes soucis. "
31. Ibidem, livre VIII, chapitre 11 : " Du côté où se tournait mon front, et où je redoutais de passer, se dévoilait la chaste majesté de la continence, m'invitant, non plus avec le sourire de la courtisane, mais par d'honnêtes caresses, à m'approcher d'elle sans crainte ; et elle étendait pour me recevoir et m'embrasser ses pieuses mains, toutes pleines de bons exemples, enfants, jeunes filles, jeunesse nombreuse, tous les âges, veuves vénérables, femmes vieillies dans la virginité ; et dans ces saintes âmes, la continence n'était pas stérile ; elle enfantait ces générations de joies célestes qu'elle doit, Seigneur, à votre conjugal amour ! Et elle semblait me dire, par une douce et encourageante ironie : Quoi ! ne pourras-tu ce qu'ont bien pu faire ces enfants et ces femmes ? Est-ce donc en eux-mêmes qu'ils le peuvent, et non dans le Seigneur leur Dieu ? C'est le Seigneur leur Dieu qui leur a fait don de moi. Tu t'appuies sur toi-même et voilà que tu chancelles : cela t'étonne ? Jette-toi hardiment entre ses bras, n'aie pas peur ; il ne se retirera pas pour te laisser tomber. Jette-toi hardiment, il te recevra, il te guérira. "
32. ORIGENE, in caput XIX Matthæi, tract.
7 : " C'est une parole que tous ne comprennent pas, mais ceux-là seulement à qui il p.343 fin p.344 début a été donné de la comprendre.
Comme quelques-uns abusent de ces derniers mots, à qui il a été donné, pour alléguer qu'ils voudraient bien garder la chasteté, mais qu'ils n'en ont pas le pouvoir, nous devons leur répondre, que s'ils prennent ces mots simplement en eux-mêmes, sans faire attention à cette autre parole : Demandez, et il vous sera donné ; quiconque demande, reçoit (MATTH., VII, 7), ou ils ne sont pas chrétiens, ou ils ne connaissent pas les Ecritures ; car celui qui veut devenir capable de comprendre cette parole dite à l'avantage de la chasteté, n'a qu'à en faire avec foi la demande à celui qui l'a prononcée, et il recevra infailliblement de lui ce qu'il lui aura demandé ; étant assuré de ce qu'il nous a dit, que quiconque demande reçoit. Qui est donc celui qui demande de cette manière ? C'est celui qui croit à cette autre parole de Jésus-Christ : Si vous priez avec persévérance, croyez fermement que vous recevrez (MARC, XI, 24). Or, celui qui demande, doit, autant qu'il est en lui, prier d'esprit et de cœur, en se rappelant cet avertissement de l'Apôtre : Priez sans relâche (I Thess., V, 17). Il est bon de savoir aussi quelles sont les choses qu'on doit demander, pour qu'on puisse espérer de les recevoir ; comme de faire attention à ces paroles : Je vous dis que, quand il (l'ami) ne se lèverait pas pour lui donner (à l'autre) les pains qu'il lui demanderait à cause qu'il est son ami, si néanmoins celui-ci persévérait à frapper, il se lèverait à cause de son importunité, et lui en donnerait autant qu'il en aurait besoin (LUC, XI, 8-10) ; je vous dis de même : demandez, et il vous sera donné ;
cherchez : et vous trouverez ; frappez à la porte, et elle vous sera ouverte : car quiconque demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et on ouvrira à celui qui frappe. "
33. S. JEROME, in c. XIX Matthæi : " Tout le monde ne comprend pas cette parole. Que personne ne croie qu'il faille pour cela attribuer à la destinée ou bien encore au hasard l'avantage accordé aux uns d'être vierges, tandis que les autres ne le sont pas ; mais c'est qu'il est donné de l'être à ceux qui l'ont demandé, qui l'ont voulu, qui ont fait leurs efforts pour l'obtenir. Car il sera donné à quiconque demandera ; celui qui cherchera trouvera, et on ouvrira la porte à celui qui y aura frappé. . . " Cette parole de Notre-Seigneur : " Que celui qui peut comprendre, comprenne, est celle d'un général qui anime ses soldats à remporter le prix de la chasteté, et c'est comme s'il leur disait : Que celui qui peut combattre, combatte donc, s'il veut vaincre et triompher. " p.344 fin p.345 début
XIX Matthæi : " Qui peut comprendre ceci, le comprenne.
Il dit ces paroles pour animer encore davantage les hommes à la pratique de cette vertu, en leur représentant combien elle est élevée, sans les y obliger comme une loi qu'il leur impose. C'est donc par l'effet d'une grande miséricorde qu'il nous tient ce langage, nous montrant en même temps que la chose nous est possible, et par là nous excitant plus vivement encore à nous y porter de nous-mêmes. "
" Vous direz peut-être : Si la chose dépend de nous, comment Jésus-Christ a t-il commencé par dire :
Tout le monde n'est pas capable d'entendre cette parole, mais ceux-là seulement à qui il a été donné d’en haut ? Je répondrai que Jésus-Christ s’est ainsi exprimé pour nous faire entendre que cette vertu ne s'acquiert qu'à la suite d'un grand combat, mais non pour nous faire penser qu'elle soit l'effet de la destinée ou d'une nécessité inévitable.
Dieu fait ce don à l'âme qui en a la volonté. Il nous enseigne donc par ces paroles, que celui qui entre dans cette carrière a besoin d'un puissant secours d'en haut, qui lui sera toujours donné, pourvu qu'il en ait le désir sincère. "
" Toutes les fois, en effet, que Jésus-Christ parle de quelque grande vertu, il parle en même temps du don de Dieu, comme lorsqu'il disait à ses apôtres : Il vous a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu (LUC, VIII, 10). Et il est aisé de voir ici que le don du ciel n'exclut nullement l'action de notre propre volonté. Car si la virginité était un don de Dieu, qui n'exigeait nul concours de notre part pour l'obtenir, ce serait vainement que Jésus-Christ nous aurait promis le ciel pour récompense, et qu'il aurait distingué des eunuques ordinaires ceux dont il parlait en ce moment (Cf. Homélies de S. Chrysostôme, trad. par P.-A. de Marsilly, t. III, pag. 88-89 ; S. Joannis Chrysost. opera, pag. 624, édit. des Bénéd. ; pag. 702-703, édit. de Gaume). "
36. Le même, Epist. XLV ad Armentarium et Paulinam uxorem ejus : " Avant que votre vœu fût prononcé, il vous était libre de vous mettre à un rang inférieur, quoique ce ne soit pas après tout une liberté si heureuse, que celle qui consiste à ne pas devoir ce qu'on ne payerait qu'avec profit. Mais enfin, puisque p.345 fin p.346 début maintenant vous vous trouvez lié, je n'ai plus à vous engager à un grand acte de vertu ; mais seulement à vous détourner d’un acte énorme d’infidélité. Car ne pensez pas qu'en manquant au vœu que vous avez fait, vous retourniez simplement à l'état ou vous étiez avant de le faire. Car alors vous eussiez eu simplement moins de mérite, mais sans être pour cela criminel. Au lieu que maintenant, si, ce qu'à Dieu ne plaise, vous violiez votre promesse, vous deviendriez d'autant plus malheureux, que vous eussiez été plus heureux en vous y montrant fidèle. Et que cela ne vous porte pas à vous repentir d'avoir fait ce vœu ; réjouissez--vous au contraire de n'avoir plus une liberté qui n'eût fait que vous appauvrir. Tenez donc ferme ; accomplissez ce que vous avez promis : celui qui l'exige de vous vous aidera à le lui acquitter. C'est une heureuse nécessité que celle qui nous pousse à ce qu'il y a pour nous de plus avantageux (Cf. Lettres de saint Augustin, t. III, p. 260). "
Question VI RESUME DE TOUTE LA DOCTRINE PRECEDENTE.
Tout ce que nous avons dit jusqu'ici, avec toute la brièveté que nous avons pu y mettre, a particulièrement pour but de donner aux simples une idée précise de la doctrine catholique sur les sept sacrements de l'Eglise. On trouvera que ces sacrements peuvent se ranger dans deux classes : la première, qui se compose des cinq premiers, se rapporte généralement au salut de tous les fidèles ; la seconde, qui comprend les deux derniers, se rapporte en particulier à la propagation de l’Eglise et à la multiplication du peuple de Dieu. Mais à quelque classe qu'ils appartiennent, tous ces sacrements, si nécessaire d’ailleurs à l'Eglise dans son état présent, n’ont d'autre vertu que celle qu'ils ont reçue de l'institution divine.
Le Baptême a pour effet de nous faire renaître à la vie spirituelle, dont le principe est en Jésus-Christ. La Confirmation accroît les forces que le chrétien a déjà reçues dans le Baptême. L'Eucharistie est la nourriture et le breuvage tout à la fois, le viatique enfin qui convient à notre état de pèlerinage ici-bas. La Pénitence nous présente un antidote efficace contre toutes les maladies de l'âme ; elle nous relève de nos chutes, et nous guérit p.346 fin p.347 début de nos blessures. Vient ensuite l'Extrême-Onction qui nous fortifie, nous console et nous soutient dans notre dernière lutte avec la mort. L'Ordre donne des ministres à l'Eglise, pour que, par leur moyen, les choses saintes soient traitées avec la dignité convenable, et fidèlement administrée aux fidèles. Enfin, le Mariage a pour objet de perpétuer le peuple chrétien et de remédier au penchant qui pousse l'homme à l'incontinence.
Observons encore une autre différence qui existe entre les sacrements : c'est que le Baptême, la Confirmation et l'Ordre, mais ces trois seulement, une fois conférés, ne peuvent plus se réitérer. Le Baptême est nécessaire à tout le monde indistinctement. L'Eucharistie n'est nécessaire qu'à ceux qui ont le discernement suffisant, et la Pénitence à ceux qui sont retombés dans le péché depuis leur baptême.
Quant à tous les autres sacrements, l'usage en est arbitraire, pourvu qu'on n'ait de mépris pour aucun, et qu'on ne néglige pas de les recevoir comme on le doit, dès que le besoin s'en fait sentir. Tels sont les remèdes divins que le céleste Samaritain a puisé dans son infinie miséricorde, et dont il a confié la dispensation aux pasteurs de l’Eglise, pour venir au secours de ces pauvres blessés qui sont tous les pécheurs, et les rétablir, s’ils le veulent, en état de parfaite santé. Connaître la valeur exacte de ces remèdes, les recevoir avantageusement pour le salut, les appliquer fidèlement aux autres, c'est là ce qu'il faut demander, non à l'industrie de l'homme, mais uniquement à la sagesse du chrétien. Puisque nous avons achevé ce que nous avions à dire de cette SAGESSE dans la mesure que nous nous étions proposée, il nous reste à traiter, avec l'aide de Dieu, l'autre partie de cet ouvrage, qui comprendra les principes de la JUSTICE chrétienne.
LA SAGESSE INSPIRE LA VIE A SES ENFANTS ; ELLE ATTIRE A ELLE CEUX QUI LA CHERCHENT ET ELLE MARCHE DEVANT EUX DANS LA VOIE DE LA JUSTICE : CELUI QUI L'AIME, AIME LA VIE (Ecclé., IV, 12). p.347 fin p.348 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
4. JEAN, VI, 52, 56 : " Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. - Ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. "
6. EZECHIEL, XVIII, 30-31 : " Convertissez-vous et faites pénitence de tous vos péchés, et votre iniquité ne vous attirera plus votre ruine. - Faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau, etc. "
7. JACQUES, V, 14-15 : " Quelqu'un parmi vous est-il malade
; qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, et que ceux-ci prient sur lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur. - Et la prière de la foi sauvera le malade ; le Seigneur le soulagera, et s'il a des péchés, ils lui seront remis. "
8. Tite, I, 5 : " Je vous ai laissé en Crète afin que vous établissiez des prêtres en chaque ville, comme je vous l'ai commandé. "
9. I Corinthiens, VI, 1-2 : " Que les hommes nous regardent p.348 fin p.349 début comme les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu. - Or, ce qui est à désirer dans les dispensateurs, c'est qu'ils soient trouvés fidèles. "
11. I Corinthiens, VII, 2 : " Pour éviter la fornication, que chaque homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari. "
13. Apocalypse, II, 5 : " Souvenez-vous donc de quel état vous êtes déchu, et faites pénitence en revenant à la pratique de vos premières œuvres : si vous y manquez, je viendrai à vous, et j'ôterai votre chandelier de sa place, si vous ne faites pénitence. "
14. LUC, X, 33-34 : " Un samaritain qui voyageait étant venu à l'endroit où était cet homme, et l'ayant vu, en fut touché de compassion. - Il s'approcha donc de lui, versa de l'huile et du vin dans ses plaies, et les banda. "
1. Le concile de Florence : " Les cinq premiers sacrements se rapportent à la perfection spirituelle de chaque chrétien pour son salut particulier ; les deux derniers, au gouvernement de l’Eglise entière et à la multiplication de ses enfants. Le Baptême nous donne une nouvelle naissance ; la Confirmation augmente en nous la grâce et nous fortifie dans la foi ; ainsi régénérés et fortifiés, l'Eucharistie entretient nos forces par l'aliment divin qu'elle nous présente. Si le péché vient à affliger notre âme de quelque maladie spirituelle, la Pénitence est là pour nous en offrir la guérison ; l'Extrême-Onction a aussi pour effet de nous guérir de nos maux, soit spirituels, soit corporels, selon qu'il convient au salut de notre âme ; l'Ordre a été institué pour le gouvernement de l’Eglise et pour la multiplication spirituelle de ses enfants ; le Mariage, pour fournir à cette multiplication ou à cet accroissement ses éléments même matériels. "
2. Le même concile : " Trois de ces sacrements, savoir le Baptême, la Confirmation et l'Ordre, impriment dans l'âme un caractère ou un signe spirituel ineffable, qui les distingue des autres. C’est ce qui fait que la même personne ne peut pas les p.349 fin p.350 début recevoir plus d'une fois. Les quatre autres n'impriment pas de caractère, et peuvent par conséquent être réitérés. "
3. Le concile de Trente, session VII, canon 9, des Sacrements en général : " Si quelqu'un dit qu'il n'y a pas trois sacrements, savoir le Baptême, la Confirmation et l'Ordre, qui impriment dans l'âme un caractère, c'est-à-dire une marque spirituelle et ineffaçable qui empêche qu'on puisse les réitérer, qu’il soit anathème. "
4. S. AUGUSTIN, Lib. II contra epist. Parmeniani, c. 13, enseigne au sujet du Baptême et de l'Ordre, que ces sacrements ne se réitèrent pas. Voir plus haut, article du sacrement de l'Ordre, question I, témoignage 1, page 163.
5. Le concile de Trente, session XXI, chapitre 4 : " Enfin le saint concile enseigne à ce sujet, que les petits enfants qui n'ont pas encore l’usage de la raison n'ont aucune nécessité qui les oblige de recevoir le sacrement de l'Eucharistie, puisque, étant régénérés par l'eau du baptême, et ainsi incorporé à Jésus-Christ, ils ne peuvent pas perdre il cet âge la grâce d'adoption divine qu'ils ont reçue. Il ne faut pas pour cela condamner l'antiquité qui observait cet usage en divers pays. Car en même temps que l'Eglise d'alors avait de bonnes raisons pour se conduire de la sorte eu égard aux circonstances où elle se trouvait, elle agissait ainsi, n'en doutons pas, sans croire pour cela que ces enfants ne pussent être sauvés que par ce moyen. " p.350 fin p.351 début
SECONDE PARTIE. PRINCIPES DE LA JUSTICE CHRETIENNE.
Question préliminaire.
Quelles sont les choses qui entrent dans le domaine de la justice chrétienne ? Deux choses principalement, telles qu'elles sont indiquées par ces paroles : Evitez le mal, et pratiquez le bien. Ce qu'Isaïe nous marque aussi par les paroles suivantes : Cessez de faire le mal, et apprenez à faire le bien. C'est-à-dire, comme le dit saint Paul, qu'il nous faut dépouiller du vieil homme avec ses actes, et revêtir le nouveau par des actes d'une justice et d'une sainteté véritables. La première de ces deux choses s'obtient en s'appliquant à connaître et à fuir le péchés qui est en effet le plus grand mal que nous ayons à craindre ; la seconde, en recherchant et en pratiquant la vertu. Mais, pour remplir ce double devoir de justice, nous avons toujours besoin de la grâce de Dieu, qui nous a été acquise et en même temps promise par Notre-Seigneur Jésus-Christ. A l'aide de cette grâce, qui doit présider au commencement et à la suite de toutes nos actions, nous verrons s'opérer dans nos âmes ce que dit l'apôtre saint Jean, que celui qui fait les œuvres de justice, c'est celui-là qui est juste, comme Jésus-Christ est juste. Le même apôtre nous avertit en même temps, que celui au contraire qui commet le péché est enfant du démon. p.351 fin p.352 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.
2. Psaume XXXIII, 15 : " Détournez-vous du mal et faites le bien ; recherchez la paix et appliquez-vous avec ardeur à l'acquérir. "
3. I PIERRE, III, 10-11 : " Si quelqu'un aime la vie et désire avoir des jours heureux, qu'il empêche que sa langue ne se porte à la médisance, et que ses lèvres ne prononcent des paroles de tromperie. - Qu'il se détourne du mal et qu'il fasse le bien ; qu'il recherche la paix et s'applique avec ardeur à l'acquérir. "
4. Tobie, IV, 23 : " Ne craignez point, mon fils.
Il est vrai que nous sommes pauvres ; mais nous aurons une affluence de biens si nous craignons Dieu, si nous nous retirons de tout péché et que nous fassions le bien. "
7. Colossiens, III, 8-10 : " Mais maintenant quittez aussi vous-mêmes tous ces péchés : la colère, l'aigreur, la malice, la médisance que les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche. - N'usez point de mensonge les uns envers les autres ; dépouillez-vous du vieil homme et de ses œuvres ; - et revêtez-vous de cet homme nouveau, qui par la connaissance de la vérité, se renouvelle selon l'image de celui qui l'a créé. "
8. Ephésiens, IV, 22-32 : " Dépouillez-vous du vieil homme, dont vous avez suivi les penchants dans votre première vie, et qui se corrompt en s’abandonnant aux désirs que fomente l’erreur. Renouvelez-vous dans l’intérieur de votre âme. - Revêtes-vous de l'homme nouveau qui est créé à la ressemblance de Dieu dans la justice et la sainteté, qui sont l'apanage de la vérité. - C'est pourquoi, vous éloignant de tout mensonge, que chacun de vous parle à son prochain selon la vérité parce que nous sommes membres les uns des autres. - Si vous vous mettez en colère, gardez-vous de pécher ; que le soleil ne se couche point sur votre colère. - Ne donnez point entrée au démon. - Que celui qui dérobait ne dérobe plus ; mais que plutôt il s'occupe, en travaillant de ses propres mains, à quelque ouvrage bon et utile, pour avoir de quoi donner à ceux qui sont dans l'indigence, p.352 fin p.353 début - Que votre bouche ne profère aucune parole mauvaise ; mais que tout ce que vous direz soit propre à nourrir la foi, et inspirer la piété à ceux qui vous entendent. - Et ne contristez point l'Esprit de Dieu, cet Esprit-Saint qui vous a marqué comme d'un sceau pour le jour de la rédemption. - Que toute aigreur, tout emportement, toute colère, tout cri emporté, toute médisance, que toute malice enfin soit bannie d'entre vous. - Mais soyez bons et miséricordieux les uns envers les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu aussi vous a pardonné en Jésus-Christ. "
TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.
1. S. AUGUSTIN, Serm. LIX de tempore : " La justice n'est autre chose que s'abstenir de pécher et s'abstenir de pécher, c'est garder les prescriptions de la loi. L'observation de ces prescriptions se réduit à deux chefs : ne rien faire de ce qui est défendu et faire tout ce qui est ordonné. C’est ce que dit le Psalmiste en d'autres termes : Eloignez-vous du mal, et pratiquez le bien (Ps. XXXIII, 18). Si vous vous éloignez du mal, mais sans faire aucun bien, vous êtes transgresseur de la loi ; car la loi ne prescrit pas seulement d'avoir horreur des choses mauvaises, elle prescrit aussi de faire de bonnes actions. On ne vous dit pas seulement de ne pas dépouiller le prochain des vêtements qui le couvrent ; on vous dit encore de revêtir des vôtres ceux que vous trouvez dépouillés des leurs. "
2. S. CHRYSOSTOME, in Psalmum IV, sur ces paroles,
Sacrificate sacrificium justitiæ : " Ce n'est pas assez pour nous de nous abstenir du mal ; mais il faut encore que nous fassions le bien. C'est pourquoi le Psalmiste ne manque pas de dire : Evitez le mal, et pratiquez le bien (Ps. XXXVI, 27). Car l'omission des actes de vertu peut nous rendre punissables tout aussi bien que les actions mauvaises. Et en effet, ceux qui n'auront pas nourri des pauvres affamés, qui n'auront pas donné à boire à ceux qui avaient soif, qui n'auront pas vêtu ceux qu'ils auront trouvés nus, n'auront sans doute ni volé, ni fait acte d'avarice, ni usurpé le bien d'autrui par cela seul ; néanmoins comme ils n'auront pas fait l'aumône, cela suffira pour les faire condamner à des supplices sans fin. Nous voyons par là qu'il ne nous suffit pas pour être sauvés de nous abstenir du mal, mais qu'il nous faut encore faire le bien et pratiquer la vertu. C'est pour cela aussi que le Prophète, après nous avoir inspiré l’aversion du mal en éveillant la componction dans nos âmes, après nous avoir disposés à faire p.353 fin p.354 début des actes de vertus, après avoir amolli la dureté de nos cœurs, ne manque pas de nous recommander aussi les œuvres de justices par ces paroles : Offrez à Dieu un sacrifice de justice et mettez votre espérance dans le Seigneur. Or, par ce mot de justice il n'entend pas ici une seule vertu particulière mais l'ensemble de toutes les vertus, de même que nous disons un juste, pour dire un homme qui pratique toutes les vertus à la fois. "
3. Le même, Hom. XVI in Epist. ad Ephesios :
" Ce n'est pas assez d'être exempt de tout mal, si l'on veut obtenir le royaume du ciel ; il faut de plus faire une ample provision de vertus. Car si nous devons nous abstenir de faire le mal pour n'avoir rien à craindre des peines de l'enfer, nous devons aussi pratiquer la vertu pour pouvoir prétendre à la récompense céleste.
A moins encore qu'on n'aime mieux dire que ne pas faire le bien, c'est déjà un mal. Car ne pas faire le bien, c'est le fait de la paresse ou de la lâcheté ; or, la paresse est un mal, et non-seulement un mal, mais la cause et le principe de bien d'autres maux. Car, comme le dit le Sage, l'oisiveté a appris aux hommes à faire toute sorte de mal (Ecclé., XXXIII, 29). Gardons-nous donc bien de nous occuper de questions insensées, telles que celle-ci : Quelle sera la place de celui qui n'aura fait aucun bien ? Car ne pas faire de bien, c'est par-là même faire le mal. Dites-moi en effet, je vous prie, si vous aviez un serviteur qui ne vous volerait pas, qui ne vous manquerait pas de respect, qui ne vous contredirait jamais, qui ne s'enivrerait point, qui ne commettrait aucun autre désordre semblable, mais qui, d'un autre côté passerait les jours entiers sans rien faire, sans remplir aucun des services qu'un serviteur doit à son maître, ne lui infligeriez-vous aucun châtiment ? ne le feriez-vous pas plutôt châtier comme un mauvais serviteur ?
Dites-moi si ce n'est pas là ce que vous feriez. Ce serviteur cependant n'aurait point fait de mal. C'est donc déjà un mal, que de s'en tenir à ne point en faire. Etendons notre comparaison à d'autres états. Qu'un de vos fermiers ne fasse aucun dégât dans vos biens, qu'il n'en usurpe, qu'il n'en dérobe rien, mais qu'il reste à la maison continuellement les bras croisés, sans s'occuper ni de semer, ni de labourer, ni de mettre les bœufs à l'attelage, ni de cultiver les vignes, ni de faire aucun des autres travaux qui concernent le bien de la ferme, ne le punirez-vous pas de sa négligence ? Et cependant, il ne vous aura fait aucun tort direct que vous puissiez lui reprocher. Que dis-je ? il vous aura fait tort, par cela seul qu'il sera resté sans rien faire. Car c'est faire tort, p.354 fin p.355 début d’après la manière commune de penser, que de ne pas rendre les services qu'on est obligé de rendre. Si donc un domestique, un ouvrier, un membre d'une société quelconque se rend coupable lorsque, se contentant de ne pas faire le mal, il néglige de faire le bien, il doit en être de même dans la société fondée par Jésus-Christ. "
98 : " La justice tout entière se réduit à éviter le mal et faire le bien : règle qu'on doit observer à travers toutes les adversités de la vie ; car la seule chose qui ne soit point sujette à se perdre, c'est l'accomplissement des devoirs. "