Grand Catéchisme (Somme de doctrine chrétienne) (page 103)

Pierre Canisius · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Grand Catéchisme, trad. Peltier, tomes 1 à 6 · 205 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

5. S. BERNARD, Serm. I in festo Pentecostes : "

Comme il nous a été commandé d'éviter le mal et de faire le bien, admirez comment l'Esprit-Saint vient pour ces deux choses au secours de notre faiblesse. Car il y a différentes espèces de grâces, quoique ce soit toujours le même Esprit (I Cor., XII, 4). Pour nous faire donc éviter le mal, il opère trois choses en nous, savoir la componction, la prière et la rémission des péchés. Maintenant, pour nous porter à faire le bien, que veut opérer en nous ce même Esprit, source lui-même de tout bien ? Trois choses encore : il nous avertit, il nous excite et il nous éclaire. Il avertit notre mémoire, il éclaire notre raison, il excite notre volonté. "

6. S. AUGUSTIN, Lib. de gratiâ et libero arbitrio ad Valentinum, c. 9 : " C'est Dieu même qui opère en nous le bien que nous faisons, selon cette parole de l'Apôtre : C'est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire selon, son bon plaisir (Philipp., II, 13). Voilà pourquoi le Psalmiste se dit à lui-même : Le Seigneur vous couronne de sa miséricorde et des dons de sa tendresse (Ps. CII, 4) ; parce que les bonnes œuvres que Dieu couronne sont des effets de sa miséricorde. Car il ne faut pas s'imaginer que, parce que saint Paul nous dit que c'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire selon son bon plaisir, il nous refuse pour cela le libre arbitre. Non, sans doute, ou si c'était là sa pensée, il n'aurait pas dit immédiatement auparavant : Opérez votre salut avec crainte et tremblement (Ibid., II, 12). Car ordonner à l'homme d'agir, c'est lui rappeler qu'il peut user de son libre arbitre. Mais l'Apôtre veut que les fidèles opèrent leur salut avec crainte et tremblement, afin qu'ils ne s'enflent pas de leurs bonnes œuvres en se les attribuant a eux-mêmes (Cf. Traités choisis de saint Augustin, Paris, 1757, tome Ier, p. 225-226). " p.355 fin p.356 début

7. Ibidem, c. 18 : " Afin qu'on ne se figure pas que le libre arbitre demeure sans action sous l'opération de la grâce. Dieu nous dit par la voix du Psalmiste : N'endurcissez pas vos cœurs (Ps. XCIV, 8). Il dit encore à son peuple par le prophète Ezéchiel (XVIII, 31-32) : Rejetez loin de vous toutes les abominations et les impiétés que vous avez commises contre moi. Faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau, et observez tous mes commandements. Et pourquoi mourriez-vous, Maison d’Israël ? Je ne veux point la mort de celui qui meurt, dit le Seigneur Dieu ; revenez à moi, et vous vivrez. Souvenons-nous que, si Dieu dit ici :

Convertissez-vous et vous vivrez, nous lui disons de notre côté : O Dieu, convertissez-nous. Souvenons-nous que celui qui dit : Rejetez toutes vos iniquités, est celui qui justifie l'impie. Souvenons-nous que c'est le même qui nous dit : Faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau, et qui dit ailleurs : Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau. Pourquoi donc celui qui dit : Faites-vous, dit-il : Je vous donnerai ? Pourquoi commande-t-il, si c'est lui-même qui doit donner ? Pourquoi donne-t-il, si c'est l'homme qui doit faire, sinon parce que Dieu donne ce qu'il commande, quand il aide celui à qui il commande, afin que celui-ci fasse ce qui lui est commandé ? Il faut donc reconnaître qu'il y a toujours en nous une volonté, libre, mais qu'elle n'est pas toujours bonne. Elle est toujours libre ; mais elle use de sa liberté tantôt par rapport à la justice, quand elle se rend esclave du péché, et alors elle est mauvaise ; tantôt par rapport au péché, quand elle s'en affranchit ou qu'elle demeure sous l'empire de la justice, et pour lors elle est bonne. La grâce de Dieu au contraire est toujours bonne, et c'est elle qui fait que la volonté de l'homme devient bonne, de mauvaise qu'elle était auparavant. C'est elle aussi qui fait croître la bonne volonté qu'elle a commencé de former, et qui la rend assez forte pour pouvoir accomplir tous les commandements de Dieu qu'elle voudra, en le lui faisant vouloir fortement et pleinement. Lors donc que l’Ecriture dit : Si vous voulez, vous observerez les commandements (Ecclé., XV, 10, selon les Septante), elle nous apprend par là que, quand l'homme veut accomplir les commandements et qu'il ne le peut pas, il doit reconnaître que cela vient de ce qu'il ne le veut pas encore pleinement, et prier pour obtenir de Dieu une volonté qui ait un degré de force suffisant pour les accomplir. Car c'est ainsi que Dieu aide l'homme à faire le bien qu'il lui commande.

Et en effet, il ne nous est p.356 fin p.357 début vraiment avantageux de vouloir le bien, que lorsqu'il est en notre pouvoir de le faire ; et il ne nous est avantageux de pouvoir faire le bien, que lorsque nous voulons faire usage de ce pouvoir : car, que nous sert-il, ou de vouloir ce que nous ne pouvons pas, ou de pouvoir ce que nous ne voulons pas (Cf. Traités choisis de saint Augustin, Paris, 1757, tome Ier, pag. 250-251) ? "

8. Ibidem, c. 16 : " Il est indubitable que nous gardons les commandements, si nous le voulons. Mais comme c'est Dieu qui prépare la volonté, il faut lui demander la grâce de vouloir assez fortement, pour accomplir effectivement ce que nous voulons. Il n'est pas moins certain que c'est nous qui voulons, quand nous voulons ; mais c'est Dieu qui nous fait vouloir le bien, lui dont il est dit dans le texte cité tout-à-l'heure : C'est Dieu qui prépare la volonté (Prov., VIII, 35 selon les Septante) ; dont il est écrit encore : C'est le Seigneur qui dirigera les pas de l’homme, et alors l'homme aimera la voie de Dieu (Ps. XXXVI, 23) ; dont l'Apôtre a dit à son tour : C'est Dieu qui opère en vous le vouloir même (Philip., II, 13). Enfin, il est certain que c'est nous qui agissons quand nous faisons quelque chose ; mais c'est Dieu qui fait que nous agissions alors, en donnant à notre volonté des forces très-efficaces, suivant ce qu'il dit lui-même : Je ferai que vous marchiez dans la voie de mes préceptes, que vous gardiez mes ordonnances et que vous les observiez (EZECH., XXXVI, 27). Quand Dieu s'exprime ainsi : Je ferai que vous fassiez, que nous dit-il autre chose sinon : Je vous ôterai le cœur de pierre qui vous empêchait de faire le bien, et je vous donnerai un cœur de chair, qui vous portera à le faire ? C'est-à-dire : Je vous ôterai ce cœur dur, opposé à la justice, et qui vous rendait désobéissants, et je vous donnerai un cœur docile et soumis, pour faire ce qui vous est commandé. Enfin, c'est Dieu qui fait que nous fassions le bien, puisque nous lui disons : Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche (Ps.

CLX, 3) ; c'est-à-dire, faites que je mette une garde à ma bouche : grâce que David avait obtenue quand il disait dans un autre psaume (XXXVIII, 2) : J’ai mis une garde à ma bouche (Cf. Ibid., pag. 250-251). "

9. Le même, Enchirid. ad Laurentium, c. 32

(al. 9) : " Il ne reste point d'autre parti à prendre que de reconnaître que par ces paroles : Tout dépend non de l'homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (Rom., IX, 16), saint Paul a voulu p.357 fin p.358 début marquer qu'il faut que tout soit attribué à Dieu, qui prépare en l'homme le vouloir pour l'aider ensuite, et qui l'aide après l'avoir préparé. Car il y a plusieurs dons de Dieu que la volonté de l'homme précède ; mais elle ne les précède pas tous, et elle est elle-même un des dons qu'elle ne précède pas. L'Ecriture sainte nous apprend ces deux vérités : l'une, quand elle dit : La miséricorde de Dieu me préviendra (Ps. LVII, 11) ; l'autre, quand elle dit : La miséricorde de Dieu me suivra (Ps. XXII, 6). Elle prévient l'homme lorsqu'il ne veut pas, afin qu'il veuille, et elle le suit lorsqu'il veut, afin que sa bonne volonté ne soit pas stérile (Cf. Traités choisis de saint Augustin, Paris, 1757, tome II ; le Manuel de saint Augustin, pag. 343). "

10. S. JEROME, adv. Jovinianum lib. II, c. 2 :

" Dieu nous a créés libres, et nous ne sommes entraînés nécessairement ni au vice, ni à la vertu. Car si c'était la nécessité qui nous ferait agir, il n'y aurait matière en nous, ni à châtiment, ni à récompense. Dans le bien que nous faisons, c'est Dieu qui nous donne la force ; car tout dépend non de l'homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde, et qui nous aide à mener notre œuvre à bonne fin ; dans le mal au contraire ou dans les péchés que nous commettons, c'est nous qui en posons le principe, et c'est le démon qui nous excite et nous anime à l'accomplir. "

11. Le concile de Trente, sess. VI, canon 2 : " Si quelqu'un dit que la grâce divine que Jésus-Christ nous a méritée, nous est donnée uniquement pour que nous puissions plus aisément vivre dans la justice et nous procurer la vie éternelle, comme si nous pouvions faire l'un et l'autre sans la grâce et par notre seul libre arbitre, quoiqu'avec plus de peine ou de difficulté, qu'il soit anathème. " p.358 fin p.359 début

SECTION I. DU MAL QU’IL S’AGIT D’EVITER.

ARTICLE I. DU PECHE EN GENERAL.

Question I

Qu’est-ce que le péché ? Comme le dit saint Augustin, le péché est la volonté de retenir ou d'obtenir ce que la justice interdit, et dont on est libre de se passer. Suivant ce même docteur, le péché est encore toute parole, toute action ou tout désir contraire à la loi de Dieu. Saint Ambroise dit à son tour : " Qu'est-ce que le péché, sinon l'infraction de la loi divine, et la désobéissance aux commandements qui nous sont venus du Ciel ? "

TEMOIGNAGES DE LA TRADITION.

1. S. AUGUSTIN, Lib. de duabus animabus contra manichæos, c. 11 : " Le péché est la volonté de retenir ou d'obtenir une chose que la justice interdit, et dont on est libre de se passer. "

2. Le même, Lib. I Retractationum, c. 15

: " La définition que nous avons donné du péché (dans l'ouvrage cité tout-à-l'heure), en disant que c'est la volonté qu'a un individu de retenir ou d'obtenir ce que la justice lui interdit, et dont il est le maître de se passer, me paraît une définition juste, parce que j'y définis ce qu'est le péché en lui-même, en faisant abstraction du châtiment qu'il entraîne après lui. Pourquoi donc, nous objectent les pélagiens, appelez-vous péché l'état des enfants, en qui vous reconnaissez que la volonté n'est nullement coupable ? Nous répondons que ces enfants ne sont pas coupables par leur propre volonté, mais qu'ils sont tenus pour coupables à p.359 fin p.360 début cause de leur origine. Or, Adam avait sans contredit sa volonté, et ayant péché par sa volonté, il a introduit de cette manière le péché dans le monde. . . . . Nous n'avons donc point à nous inquiéter de cette objection tirée de l'état des enfants, que nous savons n'être tenus pour coupables qu'à cause de l'origine qu'ils tirent d'Adam, qui certainement a péché par sa propre volonté. "

3. Ibidem, c. 13 : " Le péché appelé originel, qui se trouve dans les enfants mêmes qui n'ont pas encore l'usage de leur volonté, pourrait cependant sans abus de langage être appelé un péché volontaire, puisqu'étant contracté par l'effet de la volonté perverse du premier homme, il est devenu en quelque sorte héréditaire (lisez peut-être plutôt volontaire, volontarium au lieu de hæreditarium). Il faut donc admettre la vérité de ce que j'ai dit, qu'il est si vrai que le péché est un mal volontaire, qu'il cesserait d'être péché s’il n'avait pas la volonté pour cause. "

4. Le même, de Genesi ad literam lib. imperf., c. 1 : " C'est la croyance catholique, que toute espèce de mal est ou péché, ou peine du péché, et que le péché lui-même n'est qu'un assentiment coupable de la volonté libre, qui se porte à ce que la justice lui interdit, sans y être forcé par la nécessité ; qu'en conséquence le péché n’est pas dans les choses mêmes (que Dieu a faites), mais dans l'usage qu'on en fait qui n'est pas légitime. Or, pour que l'usage des choses créées soit légitime, il faut que l'âme s'en tienne aux prescriptions de la loi de Dieu, qu'elle aime Dieu parfaitement et reconnaisse son entière dépendance par rapport à lui, et qu'ensuite dans l'emploi qu'elle fait des choses soumises en quelque sorte à son propre domaine, elle se conduise sans passion, sans affection désordonnée, mais en se conformant en tout à ce que Dieu lui a prescrit. "

5. Le même, Lib. XXII contra Fanstum manichæum, c. 27 : " Le péché est une action, ou une parole, ou un désir contraire à la loi éternelle. Or, la loi éternelle, c’est la raison divine, ou la volonté de Dieu, en tant que cette divine volonté ordonne le maintien et s'oppose au renversement de l'ordre naturel. "

6. Le même, Lib. I contra duas epistolas pelagianorum, c. 13 : " Ce qui est péché, c'est tout ce qui se fait, se dit ou se médit d'une manière coupable, par l'effet, soit de la concupiscence de la chair, soit de l'ignorance (des devoirs à remplir) ; et l'on en reste coupable, quand même l'acte accompli n'aurait pas laissé de traces, tant que la faute n'a pas été pardonnée. "

7. S. AMBROISE, Lib. de Paradiso, c. 8 : " Qu'est-ce que le p.360 fin p.361 début péché, sinon l'infraction de la loi divine, et la désobéissance à ses commandements qui nous sont venus du Ciel ? "

8. S. AUGUSTIN, Lib. II de consensu Evangelistarum, c. 4 : " Le denier, qui représente le nombre nécessaire pour la justice exacte, sert à nous désigner les dix commandements. Or, le péché est la transgression de la loi. "

I Joannis, sur ces paroles, Tout homme qui commet un péché est violateur de la loi (verset 4) : " Que personne ne dise : Autre chose est de pécher, autre chose est de violer la loi. Que personne ne dise : Je suis pécheur mais sans être pour cela violateur. Car tout homme qui commet un péché commet une violation de la loi ; et le péché n'est rien autre chose que la violation de la loi. La vérité de cette sentence de l'Apôtre se sent mieux dans le grec, qui est la langue dans laquelle cette épître est composée. Car chez les Grecs le péché s'appelle ??????, mot qui, d'après son étymologie, veut dire ce qui est contre la loi ou qui est fait sans loi : car la loi en grec se dit ?????.

Lors donc que saint Jean nous dit que tout homme qui commet le péché commet une violation de la loi, ??????, et que tout péché est une violation de la loi, il fait clairement entendre que tout péché que nous commettons est une prévarication contre la loi de Dieu, conformément à ces paroles du Psalmiste (Ps. CXVIII, 119) : J’ai considéré comme prévaricateur tous les pécheurs de la terre. Car tous ceux qui pèchent sont coupables de prévarication : ce qui est vrai, non-seulement de ceux qui ne tiennent aucun compte des prescriptions de la loi écrite, mais encore de ceux qui, soit faiblesse, soit négligence, soit même ignorance, portent atteinte à l'intégrité de la loi naturelle qui nous a été intimée à tous dans la personne de notre premier père. C'est ce qu'indique la force du mot latin iniquitas, qui revient à dire la chose, quelle qu'elle soit, qui n'est pas conforme à l'équité ;

or, dit l'Apôtre, qui facit peccatum, et iniquitatem facit ; et peccatum est iniquitas. Car quiconque pèche blesse par-là même l'équité de la loi divine. "

Question II

Combien y a-t-il d’espèces de péché ?

Il y a trois espèces de péché, savoir : le péché originel, le mortel et le véniel.

Premièrement, nous appelons péché originel celui qui nous vient par transmission d'Adam, ce premier père du genre p.361 fin p.362 début humain, et qui, contracté par nous dans l'acte même de notre conception, est effacé par le baptême dont Jésus-Christ est l'auteur. Voici l'idée que nous en donne saint Paul : Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort est entrée ensuite par le péché, et c'est ainsi que la mort est passée dans tous les hommes par un seul homme, en qui tous ont péché. Ailleurs, adressant la parole aux fidèles baptisés eux-mêmes, il montre dans les termes suivants la vertu qu'a le baptême chrétien d’effacer le péché : Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et dans l'Esprit de notre Dieu.

En second lieu, le péché mortel est, pour nous servir de l'expression usitée, un péché actuel qui ôte la vie spirituelle et donne la mort à l'âme de celui qui le commet : mort qui le sépare de Dieu, qui lui ferme l'entrée de son royaume et le rend digne d'un supplice sans fin. De là vient qu'il est écrit : La mort est la solde du péché. Commettre l'injustice, c'est s'attirer sa propre perte. . . les méchants ont appelé la mort par leurs paroles et par leurs œuvres.

Enfin, le péché véniel est aussi un péché actuel, mais qui ne rend pas pour cela l'homme ennemi de Dieu, et que Dieu en conséquence nous pardonne facilement. C'est de cette sorte de péché que saint Jean a dit dans une de ses épîtres : Si nous disons que nous sommes sans péchés, nous nous en imposons à nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous. Car, comme le déclare aussi l'apôtre saint Jacques, nous commettons tous beaucoup de fautes. Et si nous en croyons le Sage, le juste tombe sept fois par jour et se relève. De plus, il est certain que parmi les péchés, les uns sont plus grands que les autres ; et la justice divine, comme la justice humaine elle-même, demande que les plus graves reçoivent un châtiment plus sévère. C’est pourquoi Notre-Seigneur Jésus-Christ a marqué dans les termes suivants la différence à mettre, tant pour la grièveté de la faute que pour celle du châtiment, entre les péchés commis sciemment et les péchés d’ignorance : Le serviteur qui aura connu la volonté de son maitre, mais qui ne se sera pas tenu prêt, et ne l'aura pas exécuté, sera battu rudement ; celui au contraire qui, pour ne pas l'avoir connue, aura fait des choses punissables, subira un châtiment moins sévère. Ailleurs, notre divin Sauveur, parlant du péché de colère et de ses différents degrés, a prononcé la sentence suivante : Quiconque se mettra en colère contre son frère méritera d'être condamné par le jugement ; quiconque dira a son frère Raca, méritera d'être condamné par le conseil ; et quiconque lui dira : Vous êtes un insensé, méritera d’être condamné p.362 fin p.363 début au feu de l’enfer. Comme on le voit dans ce passage, à mesure que le péché grandit, la peine qui lui est destiné grandit de même, pour parler comme saint Grégoire : la colère qui n'est encore que dans le cœur méritant de n'être reprise qu'au tribunal du jugement ; celle qui s'exhale en paroles méritant la confirmation de la première sentence au tribunal du conseil, et celle qui joint l'insulte aux paroles, méritant la condamnation au feu de l'enfer.

TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

3. I Corinthiens, VI, 11 : " C'est ce que quelques-uns d'entre vous ont été autrefois ; mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et dans l'Esprit de notre Dieu. " p.363 fin p.364 début

4. Ibidem, c. 9-10 : " Ne savez-vous pas que ceux qui commettent l'injustice n'hériteront pas du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, - ni les impudiques, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui ne seront héritiers du royaume de Dieu. "

5. Galates, V, 19-21 : " Or, il est aisé de connaître les œuvres de la chair, qui sont la fornication, l'impureté, etc., - et autres choses semblables, au sujet desquelles je vous déclare, comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui les commettent ne seront point héritiers du royaume de Dieu. "

6. Apocalypse, XXI, 8 : " Pour ce qui est des lâches déserteurs de leur devoir et des incrédules, des abominables et des homicides, des fornicateurs et des empoisonneurs, des idolâtres et de tous les menteurs, ils auront pour partage l'étang brûlant de feu et de soufre, qui est la seconde mort. "

7. I JEAN, I, 8-10 : " Si nous disons, etc. (comme dans le corps de la réponse). - Si nous confessons nos péchés, Dieu, qui est juste et fidèle, nous les remettra, et il nous purifiera de toute iniquité. - Si nous disons que nous n'avons point péché, nous le taxons de mensonge, et sa parole n'a plus d'actes dans nos cœurs. "

1. S. AUGUSTIN, Enchirid. ad Laurentium, c. 64

(al. 17, vel 22) : " C'est par la rémission des péchés que l’Eglise qui est sur la terre subsiste jusqu’à la fin des siècles, et que ce qui était perdu se retrouve, et ne périt pas pour l'éternité. Ce n'est pas par le baptême seulement que les péchés sont remis. Ce sacrement a été établi pour l'abolition du péché originel : en nous faisant renaître spirituellement, il nous a ôté la souillure que nous avions contractée par notre naissance charnelle : il efface de plus dans les adultes tous les péchés actuels qu'ils ont commis par pensées, par paroles ou par actions. Mais outre cette rémission pleine et entière, par laquelle l'homme commence à être renouvelé, et qui le délivre de tous les péchés, tant originels qu'actuels, qui le rendaient coupable, nous avons sans cesse besoin d'une nouvelle p.364 fin p.365 début rémission, parce que le cours de cette vie, dans les adultes qui ont l'usage de la raison, ne se passe pas sans péché, à quelque degré de justice qu'on soit parvenu. Les enfants de Dieu sont toujours aux prises avec la mort spirituelle, tant qu'ils sont dans cette vie. Et quoiqu'il soit vrai de dire, que les enfants de Dieu sont ceux qui sont mus par l'esprit de Dieu, l'esprit de Dieu qui les porte au bien, et qui les excite à se rapprocher de Dieu comme ses enfants, n'empêche pas que leur propre esprit, appesanti par leur corps mortel, ne produise en eux, enfants des hommes qu'ils sont aussi, des mouvements tout humains, qui, en les détournant de Dieu, les font retomber sur eux-mêmes, et les rendent coupables de péché. Il y a cependant une grande différence entre les péchés qu’ils commettent : car, quoique tout crime soit péché, tout péché n'est pas crime. C'est pourquoi nous reconnaissons que la vie des justes sur la terre peut être exempte de tout crime ; mais, dit saint Jean, si nous disons que nous n'avons pas de péchés, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous (I JEAN., I, 8) (Cf. Traités choisis de saint Augustin, t. II ; le Manuel de saint Augustin, pag. 390-391). "

2. Le concile de Trente, session V, comme nous le rapporterons plus loin dans l'Appendice sur la chute de l'homme et sa justification selon la doctrine du concile de Trente, chap. II et III.

3. S. AUGUSTIN, Lib. III contra duas epistolas pelagianorum, c. 5 : " Quoique le diable soit l'auteur et le provocateur de tous les péchés, tous les péchés cependant ne font pas qu'on soit enfant du diable. Car les enfants de Dieu pèchent eux aussi, puisque, s'ils disaient qu'ils n'auraient aucun péché, ils se séduiraient eux-mêmes et que la vérité ne serait point en eux. Mais ils pèchent en tant qu'ils font partie des enfants de ce siècle-ci : car, en tant qu'ils sont enfants de Dieu, ils ne pèchent point, puisqu'il est vrai de dire que quiconque est né de Dieu ne pèche point. "

4. Le même, Cité de Dieu, liv. XXI, c. 16 : " On ne saurait nier que le feu éternel soit plus vif ou plus léger suivant les degrés du crime, soit que la violence et l'intensité de la peine varie exactement selon l'intensité des fautes commises, soit que la flamme également ardente ne cause pas à tous une égale souffrance. "

5. Le même, Serm. XVIII de verbis Apostoli, c. 4 : " Il n'y a en résumé que deux demeures permanentes, savoir, ou le feu éternel, ou le royaume éternel. Il est vrai que dans le feu éternel, p.365 fin p.366 début par exemple, l'un sera plus tourmenté, l’autre le sera moins ; mais, malgré cette différence, tous seront de même tourmentés, tous seront de même dans le feu éternel. Toute la différence, encore une fois, consistera dans le plus et le moins. La ville de Sodome, par exemple, sera traitée au jour du jugement avec moins de sévérité que telle autre ville. Il y en a aussi qui parcourent les terres et les mers pour faire un prosélyte et qui, lorsqu'ils y ont réussi, font de ce prosélyte un enfant de perdition deux fois plus coupable qu'eux-mêmes. Ainsi les uns seront tourmentés deux fois plus que les autres ; les uns plus, les autres moins. Ce n'est pas là une région où vous puissiez vous choisir une place. Les moindres des tourments qu'on y endure sont plus affreux que ceux que vous redouteriez le plus dans ce monde. "

6. S. GREGOIRE, Lib. XXI Moralium, c. 5 (al. 3)

: " Raca en hébreu est une parole d'indignation, qui montre bien qu'on est en colère, sans marquer pour cela une colère tout-à-fait emportée. Jésus-Christ reprend donc premièrement le simple mouvement de colère, quand même on ne s'échapperait point en paroles ; ensuite la colère accompagnée de paroles vives, quand même elles ne seraient pas absolument emportée ; enfin la colère qui s'exprime par des paroles d'outrages, comme quand on traite quelqu'un de fou, en joignant l'éclat de la voix à l'emportement du langage. Et remarquez qu'il déclare que le simple mouvement de colère mérite d'être puni en jugement ; que la colère qui s'exprime par le mot raca doit être punie par le conseil, et que celle qui s'exprime par ces mots, vous êtes un fou, doit être punie par le feu de l'enfer. Car la rigueur de la punition doit être proportionnée à la faute commise, le jugement ayant pour objet de discuter la cause, le conseil de prononcer la sentence, et le feu de l'enfer étant l'exécution de la sentence prononcée (Cf. Les Morales de saint Grégoire, etc., t. III, p. 342-343). "

7. S. AUGUSTIN, Lib. I de sermone Domini in monte

: " Quelle différence y a-t-il entre la condamnation par le jugement, la condamnation par le conseil, et la condamnation au feu de l'enfer ? Cette dernière, d'après son simple énoncé, est la plus grave des trois, et sa gravité même fait voir que Notre-Seigneur a mis des degrés de la première à la seconde, comme de celle-ci à la troisième. Mais il n'y aurait pas de degrés dans le châtiment, s'il n'y en avait aussi dans la faute commise. Voici donc les degrés à distinguer dans ces trois péchés. Le premier, c'est de se laisser p.366 fin p.367 début aller à la colère, tout en la renfermant dans son cœur. Que si la colère s'exprime par des paroles qui, sans rien énoncer de distinct, marquent cependant le mouvement dont le cœur est agité, elle est certainement plus caractérisée que si elle était contenue par le silence. Mais si non-seulement la voix de la personne en colère se fait entendre, mais que de plus elle s'échappe en termes de reproches tout-à-fait injurieux, peut-on douter que ce soit encore beaucoup plus que si l'on n'avait pu entendre que le son sourd de la voix ? Dans le premier cas donc il n'y a qu'une chose à reprendre, savoir, le mouvement même de colère ; dans le second il y en a deux, savoir, la colère et le ton irrité ; dans le troisième il y en a trois, qui sont la colère même, le ton emporté et la parole injurieuse. Comparez maintenant à ces trois degrés de faute les trois degrés de châtiment.

Dans le jugement, on admet encore la défense. Dans le conseil, quoique le jugement aussi s'y trouve, le contexte du discours oblige d'y mettre une distinction, et d'y remarquer en particulier le prononcé de la sentence, puisqu'il n'y est plus question de discuter contre l'accusé s'il mérite d'être condamné, mais d'examiner entre juges quelle peine il est à propos de décerner contre cet homme d'avance condamné comme coupable. Enfin, le feu de l'enfer ne laisse plus douteuse ni la condamnation de l'accusé, comme le jugement, ni la peine du condamné, comme le conseil : l'une et l'autre est certaine, par-là même que c'est le feu de l'enfer. Voilà donc des degrés tant dans le crime que dans la peine ; mais qui pourrait dire la manière dont ces peines sont appliquées invisiblement aux âmes à proportion de ce que chacune d'elles a pu mériter ? "

Question III

Pourquoi doit-on éviter le péché ?

C'est premièrement, parce que Dieu n'a commandé à personne de faire le mal, et n'a donné à personne la permission de pécher, mais qu'il hait au contraire ceux qui commettent l'iniquité, comme l'Ecriture nous l'atteste en termes formels. Rien n'est même plus haïssable et plus détestable aux yeux de Dieu ; et quoiqu'il aime du reste tout ce qui existe, il poursuit le péché, mais le péché seul, de sa haine et de sa vengeance, et il ne souffre pas qu'il reste impuni sur la terre, pas plus que dans le ciel.

Ensuite, pour qu'on ne s'imagine pas que le péché soit un mal peu à craindre, qu'on fasse réflexion que c'est le péché qui p.367 fin p.368 début a été cause du supplice que Jésus-Christ, l’innocence même, a subi sur la croix, et de la mort cruelle qu'il y a endurée. Car c'est pour nos iniquités que ce divin Sauveur a été percé de plaies ; c'est pour nos crimes qu'il a été brisé ; c'est des iniquités de nous tous qu'il a porté le poids, et c'est pour nos péchés, pour les péchés, dis-je, du monde entier, qu'il s'est fait victime de propitiation. Mais, s'il nous a lavés de nos péchés dans son sang, c'est afin que tous ceux qui sont ensevelis avec lui par le baptême, meurent au péché par sa grâce, et qu'ils vivent pour la justice, sans jamais se lasser de marcher dans les sentiers de cette nouvelle vie. Ceux donc qui, après avoir reçu la grâce de Jésus-Christ dans le baptême, retombent volontairement dans le péché, pèchent contre Jésus-Christ même, se font ses persécuteurs, le crucifient de nouveau, et se verront condamnés au tribunal de ses vengeances non moins rigoureusement que les infidèles. Car voici là-dessus la doctrine de saint Paul : Si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il n'y a plus désormais d'hostie pour nos péchés, mais il ne nous reste plus qu'une attente effroyable de notre jugement. C'est de ceux qui se rendent ainsi coupables que l'apôtre saint Pierre a dit ces paroles : " Il eût mieux valu pour eux qu'ils n'eussent point connu la voie de la justice, que de retourner en arrière après l’avoir connue, et d'abandonner la loi sainte qui leur avait été donnée. Que celui donc qui est debout prenne garde de tomber ; car s'il fait cette rechute, son dernier état deviendra pire que le premier.

De plus, ceux qui commettent le péché et l'iniquité sont ennemis de leur âme, si nous voulons en croire l'archange Raphaël. L'homme en effet qui fait le mal tue son âme ; l’âme qui aura péché, c'est celle-là qui mourra. Or, rien de plus funeste que cette sorte de mort, qui prive l'homme pour l'éternité de la société de tous les saints, des joies du ciel qu'il partagerait avec les anges, et par-dessus tout du bien suprême et éternel, dont la connaissance et la possession peut seule faire notre parfaite félicité. Ajoutons à cela, que telle est la nature ou la malignité du péché, que non-seulement il fait perdre ceux qui le commettent, quelque justes qu'ils aient été jusque-là, la grâce de Dieu et sa gloire ; mais que de plus il les dévoue à des maux sans mesure et sans fin, tant pour l'âme que pour le corps, et les rend infiniment malheureux, non pas seulement pour cette vie, mais pour la vie future, en les asservissant à la tyrannie des démons et les livrant en proie à des supplices éternels. p.368 fin p.369 début Il est bon de noter ici les exemples nombreux de pécheurs condamnés et punis, que nous présentent les Ecritures, comme ceux de Caïn, de Pharaon, de Nabuchodonosor, des Sodomites, des Egyptiens, des Israélites, et de tant d'autres dont les crimes ont été si sévèrement punis par la justice divine. Il faut aussi bien nous pénétrer des maximes qui nous inculquent la fuite et la détestation du péché ; de celles-ci, par exemple, que celui qui commet le péché se rend esclave du péché ; que Dieu poursuit de sa haine et l'impie et son impiété ; que le péché rend les peuples malheureux ; qu'il faut fuir le péché comme on fuirait un serpent ; que Dieu ne veut pas l'iniquité ; que le méchant n’habitera point près de lui ; que ceux qui commettent l'injustice ne subsisteront point devant ses yeux ; que celui qui pèche même en une seule chose perdra beaucoup de biens ; que nous devons avoir Dieu présent à l'esprit tous les jours de notre vie, nous garder de consentir jamais à aucun péché, et de violer les commandements de notre Dieu.

Toutes ces maximes ont pour but de nous porter à voir en Dieu un juge équitable et sévère des péchés de l'homme, et nous servir de cette connaissance pour le craindre, et de cette crainte pour pourvoir à notre salut, et par là échapper aux châtiments effroyables qui sont réservés aux pécheurs ; car les fléaux qui les attendent sont sans nombre.

p.369 fin p.370 début TEMOIGNAGES DE L’ECRITURE.

1. Ecclésiastique, XV ; ISAIE, LIII ; I

JEAN, II ; Hébreux, X ; II PIERRE, II ; Tobie, XII ; Sagesse, XVI ; EZECHIEL, XVIII ; JEAN, VIII ; Sagesse, XIV ; Proverbes, XIV ; Ecclésiastique, XXI ; Psaume

2. Psaume, V, 7-8 : " Vous haïssez tous ceux qui commettent l’iniquité ; vous perdrez tous ceux qui profèrent le mensonge. - Le Seigneur aura en abomination l'homme sanguinaire et trompeur. "

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